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puis Ganesh brama, ce fut dur, gars : on rama...

Tequila Moor

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1° août. Après l’avoir laissée à l’aéroport, elle, m’octroyant un baiser hollywoodien et partant la tête haute, avec son air ravi de Lauren Bacall de cour de récré, j’étais en forme : trucs divers à faire, puis j’ai tracé vers ma maison de campagne. Long périple pour y arriver, pour cause de retard du bus ; autres trucs à faire, puis je repars vers Paname. Parti tôt : envie de manger avant de prendre le train. Mais dans mon joyeux village, pas possible évidemment. Ou alors avec un lance-pierres. Décidé donc d’aller au buffet de la gare : j’en sors ¾ d’heure après, avec 3-4 bières dans le cornet. Idéal pour voyager, sauf que je supporte plus difficilement de ne rien faire, en étant high.

Posé dans une voiture, sans grand monde : un type à mots croisés, à ma gauche, de l’autre côté du couloir. 5 minutes après, un rastacouère vient s’installer plus loin devant, sens inverse de la marche. Un temps passe : arrivée dans une station, puis on repart. Une demoiselle est entrée, genre mannequin, en tenue de vacancière d’été. Elle va s’asseoir, formant un parallélépipède parfait avec nous 3, de sa place : symétrie de figure qui répond à l’asymétrie des regards qui se sont posés sur elle... Puis on l’oublie.

Ensuite, elle change de siège, furtivement. Ou presque. Se place d’une façon qui me permet de la voir entre 2 fauteuils, de biais. Puis commence à se déshabiller. Pour mieux se rhabiller, dans un idem mouvement : j’entrevois son short corsaire crème qui descend, dévoilant une fine culotte de dentelle blanche. Puis elle enfile une robe brune qui recouvre cette charmante vision, enlève son chemisier jaune en faisant remonter la robe, cachant sa peau bronzée – avant de refermer le zip arrière de sa nouvelle tenue, elle n’oubliera pas d’ôter son soutien-gorge... Cela en observant souvent derrière elle, au cas où on entrerait dans le compartiment : elle se rendra compte assez tard que je la matais, peu après, rencontrant mon oeillade et mon sourire, goguenards. Non gênée, elle me sourira en retour, se concentrant de suite sur sa tâche : un temps, puis elle se recoiffe, va ensuite reprendre sa place d’origine.

J’ai toujours été surpris par l’aplomb de certaines femmes, correspondant aux critères de beauté valorisés dans nos sociétés, qui leur fait oser ce que de moins jolies filles ne s’aviseraient de faire : une sorte d’arrogance légère, doublée d’une conscience aiguë de leur capacité à séduire, leur permet d’agir comme si elles étaient dotées de droits spécifiques. Changer de tenue dans un train, entourée d’hommes, et répondre par un sourire à leur voyeurisme, en faisant partie ; mais sans doute savait-elle ne rien craindre, dans cette situation : il aurait suffit qu’un de ceux présents ose un geste irrespectueux, se permette une parole déplacée, pour que les autres réagissent. Amusant, et curieux.

M’enfin : arrivé à Paris, debout sur le quai, je l’ai vue pour ce qu’elle était. Moins anorexique qu’une professionnelle du mannequinat, mais habillée prolo jet-set (mules dorées imitation cuir de luxe, sac prout-prout à l’avenant, lunettes de soleil clinquantes pour tenir sa décoloration, et cætera) et qui, bien sûr, se la jouait. Son visage était anodin, typique de la jeune fille n’ayant aucun charme spécifique, qui cherche à ressembler la plus possible à l’archétype plastique montré ad nauseam dans les magazines, soit disant féminins. Je l’avais trouvée bien plus émouvante, ne voyant d’elle que fragments de ses yeux, de son sourire. Mais foin de ces plaintes : ne pas médire d’une occasion de rigoler dans un train...

Cependant il faisait faim, mes bières m’ayant ouvert l’appétit : il était temps de sortir de la gare, partir manger un morceau – direction un resto nord-africain déjà essayé avec ma douce et tendre, j’avais envie d’harissa ! Grande salade marocaine en entrée, tajine canard olive citron confit à suivre, et salade d’orange en dessert. Accompagnement ? Un bon gris tunisien, je n’avais pas qu’envie de manger. L’entrée expédiée, le tajine arrive : je commence à dévorer ; là un truc bizarre se passe... Un autre client, non loin de ma table, un solitaire dont j’avais déjà croisé le regard – entre solitaires, on se comprend, non ? – commence à causer dans son cellulaire. À causer fort. En fait, de ma petite personne. De ma queue de cheval. De ma face de petit-bourgeois content de lui. De ma tenue ridicule. Du fait qu’il me mettrait bien une balle dans la tête. Tiens tiens. Truc intéressant.

Selon son discours, il est très méchant, flic assermenté, autorisé à tuer, etc… Il a connu de vrais hommes, il n’aime pas les pédales, il est même branché dans le Milieu, il en croque… Tous les poncifs y passent. Au début je m’interrogeais, si c’était du lard ou du cochon : le mec était à fond dans la provoc’, me jetant des coups d’oeil, et avait une gueule pas nette. Me suis demandé si on n’allait pas devoir me frapper, s’il venait à ma table : et là, avec environ 2 litres d’équivalent bière dans le sang, et du sommeil en retard, je ne le sentais pas. Mais après… Quand il commença de divaguer, détourner les yeux quand je lui imposais les miens, ainsi que mon sourire de soûlard, il fallut se rendre à l’évidence : j’avais affaire à un petit schizophrène hargneux, un poil plus insultant que toi, chère génitrice, mais qu’il suffisait de gérer.

Donc lui montrer que je fais attention, s’imposer même dans sa folie, par le rire et l’œil, mais sans exagérer, sans confrontation directe ; en gros réduire à néant le discours de sa personne, sans vouloir réduire à néant sa personne. Cela ne se fit sans mal, les serveurs du couscoussier peuvent en témoigner : surtout quand notre ami le fou à commencé à déblatérer sur les noirs et les arabes, que certains se sont sentis visés… On frisa l’incident diplomatique : pseudo Place Beauvau contre fierté marocaine, la totale ! Au final, la guerre méditerranéenne n’eut pas lieu : y’avait un diplomate dans le staff du restaurant, et mister dingo est reparti tranquille.

Il a même payé, c’est dire… Je discutai ensuite avec tout le monde, constatant que tous ne croyaient pas aux problèmes psychologiques du type : ça les arrangeait, ils gardaient ainsi le beau rôle dans un film où ils se voyaient lui dévisser la tête. Contagion classique de l’aliénation. Puis le diplomate (en fait le patron) m’a offert un digestif, et je les quittai en affirmant qu’ils se trompaient, que le plus barjo était moi ! Bien bourré donc. Bien content aussi d’avoir eu une mère folle : ça sert dans certains cas… Restait plus qu’à rentrer.

À pinces. Profitant du temps clément. J’avoue avoir eu envie de finir de m’enivrer dans un bar hype de Bastille, mais qui était fermé. C’est quand même beau – clic-clac cliché – une ville la nuit : spécialement quand on passe sur un pont où, dessous, des SDF font la fête au milieu de leurs tentes. Commençant à délirer un peu, je m’imaginais le moment où la société exploserait, où plus de routards-crevards-clochards-soulards-zautres-en-tard prendraient leur revanche : « Vive le Feu » de Bérurier Noir, ce genre de choses…

J’exultais. Puis je me suis rappelé être pas trop mal intégré dans cette société, et sacrément risquer de connaître le feu vengeur, au cas où… Enfin rentré, j’ai discuté un peu sur le net. L’endroit idéal pour un membre virtuel comme moi du sub-boboïsme – un de ces gogos qui crachent sur les bobos en attendant de prendre leur place. Ou peu s’en faut.

Puis dodo, en pensant à elle, point encore arrivée en Inde… Mais qui me manque, mince !


   Alerter


11 Commentaires


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Intéressant ce sub-boboïsme, je n'y avais jamais pensé.

Ce texte "tranche de vie" change des poèmes, mais il y a un petit côté poétique, je trouve.

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J'ai vu "Ganesh", forcément je suis entrée. Je croyais avoir droit aux effluves de jasmin et d'encens mais non, rien de tout ça... Alors je dépose un bonjour à l'auteur et à ces fidèles lecteurs et je m'en vais (probablement porter plainte pour publicité mensongère).

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@ Ocytocine

De toute manière, pour moi les bobos n'existent pas, alors je peux me permettre d'inventer un sur boboïsme et un sous boboïsme, pour ce que ça change... Oui j'essaye de mettre dans la prose ce que j'ai appris à mettre dans la poésie. ;)

@ Théia

Quand j'ai été en Inde, j'ai bien plus senti différents fumets de poussière, dont je pourrais certainement dresser un tableau comparatif : la publicité mensongère est plutôt de faire croire que Inde = jasmin & encens. :p Quant au titre, tu as vu Ganesh mais oublié Brahma et Durga et Rama, c'est pas bien !

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Les temples que j'y ai visités, les demeures qui m'ont accueillies, sentaient tous le jasmin ou l'encens...

En dehors de ça, faut le reconnait', ça fouette.

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Je t'avoue que ça fait un peu longtemps, je ne me rappelle que des odeurs les plus marquantes... Oui dans les temples, c'est vrai qu'ils mettent souvent de l'encens. Tu as été où ?

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Alors, en plusieurs fois : L'Orissa, Goa, la région de Delhi, le Kerala, le Tamil Nadu. Mais je connais surtout Pondichery et sa région. Et toi ?

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Bah qu'une fois, malheureusement... Andhra Pradesh, Maharashtra, Rajasthan, Delhi, Punjab, Haryana... En 5 semaines : ce fut épuisant mais enthousiasmant. :)

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En même temps, c'est mon sujet : si j'ai envie de faire du HS, c'est comme que je veux, épicétou !

Tu as raison, il vaut mieux citer les villes, car je n'ai pas vraiment bivouaqué dans la campagne : donc Hyderabad, Mumbay, Nasik, Udaipur, Jaisalmer, Jodhpur, Delhi, Chandigarh, Amritsar, Pathankot.

Aussi tenté Dharamsala, mais vu que le bus a essuyé une sévère tempête de neige au fur et à mesure que l'on montait sur l'Himalaya, et qu'il n'est pas arrivé jusqu'au terminus en s'arrêtant avant dans un bled paumé, je suis redescendu vite fait bien fait du territoire des dieux...

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