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Sous-sol XII

Nous arrivâmes à Tchernobyl autour de 7 h 00. Une sombre végétation avait complètement recouvert la ville. Tout semblait si abandonné, si apocalyptique mais tellement paisible. Je devinais le fleuve Pripiat sous cette épaisse brume qui masquait aussi un sol gluant. Mes bottes s’empêtraient dans une boue épaisse et le froid mordait tendrement mes os. Petrov avait l’habitude, il soupira une longue condensation tout en se montrant résistant au froid. Il était comme taillé pour ça. Ses hommes l’imitaient mal. Sarah m’avait rejoint en faisant une moue qui exprimait le râle français en se recroquevillant dans une démarche hâtive. Les ordres étaient les suivants. Personne ne se séparerait du groupe. Il y eut deux groupes. Et comme je m’y attendais, Sarah n'était pas avec moi. Le premier groupe explorerait le flanc est de la ville quand le second irait à l’ouest. Petrov se montrait très pédagogue en même temps que directif. Il détaillait chacune de ses explications avec un geste mécanique sur la carte qu’il pointait du doigt. Nous prîmes alors les équipements, fîmes les quelques tests radio et démarrâmes l’opération. Je n’aimais pas ce silence glacial. L’ambiance rappelait la sobriété qu’ont les morts après avoir été apprêtés. Nous nous enfonçâmes au point de ne plus distinguer ce qu’il y avait derrière nous et devant nous. Notre repère dans cette vaste opacité était les colonnes de cheminées industrielles que l’on voyait au loin. Nous sentîmes bientôt le bitume sous nos pieds et c’est là que nous nous divisâmes. Petrov pris la route vers l’est où la forêt était plus dense. Nous continuâmes en ville. La route était cabossée, perforée par endroits. De ces imperfections sortait la vie. Il n’y a pas de mot pour décrire pareil endroit. Afin de bien nous distinguer dans ce brouillard nous avions des signaux clignotant sur nos sacs. Les nôtres étaient rouges. Les leurs bleus. On les remarquait qui s’éloignaient progressivement. Arrivés à Kirova Street nous fûmes rassurés, la brume s’était dissipée à cause des bâtiments. Nous la longeâmes pendant un temps qui me paraissait être trop long. Je prenais parfois des libertés en m’attardant sur des objets, des magazines, des choses en tout genre éparpillés ici et là, de part et d’autre de la rue. Je fus même pressée par Mikhaïl qui me reprochait de trop m’attarder sur ces détails. À un moment, il décida de prendre un raccourci par une petite rue adjacente où la végétation se montrait assez menaçante, jalonnée de maisons abandonnées. Il m’expliquait qu’après une vingtaine de minutes de marche on arriverait au « Monument of the third Angel » un endroit très prisé des adeptes de l’urbex car il y avait des souterrains construits pendant le milieu de la guerre froide afin de faire face à une invasion du camp occidental. Cet endroit me donnait le frisson. C’était désert. Une chaussure très ancienne trônait au milieu d’une ruine éventrée. Il y avait un immense trou donnant sur un tunnel. Mikhail m’expliquait que c’est ici que les touristes entraient et s’immergeaient dans l’aventure. Nous y entrâmes avec l’agilité qui me faisait défaut. Igor est entré en premier suivi de Fiodor qui examinait derrière lui les quelques outils assez récents de son point de vue. Il me l’indiqua après qu’Alexander m’a aidé à descendre. Mikhail testait la radio mais en vain. Des tags dans toutes les langues arpentaient le béton fracassé. Je les étudiais avec attention sans veiller où je mettais le pied. Fiodor qui veillait sur moi m’a ainsi empêché d’écraser un rat mort et en décomposition. Les vers s’agitaient tellement que j’en fus prise de panique. On continuait sous terre. L’écho des gouttes laissait paraître l’atmosphère tel qu’il était. Glauque. On arrivait à une intersection. Un sac à dos était par terre. Comme si quelqu’un l’avait fraîchement déposé là. Il me fut remis. Il n’y avait rien d’autre qu’un paquet de cigarette avec une clé un peu vieille. Je secouais le sac pour m’assurer que rien ne m’avait échappé. Un ruban noir en était tombé. Il était mentionné le prénom Romain avec des pentacles et autres gribouillis que personne ne comprenait. Nous débattions sur la signification quand nous entendîmes des coups de feu lointains. Assez saccadés. L’échange a été rapide mais intense. Nous revînmes sur nos pas précipitamment. La radio grésillait. On entendait des paroles entrecoupées et mêlées de cris comme si la peur s'était exprimée à travers elles. J’étais très inquiète. Nous remontâmes à la surface. Le silence surplombait l’atmosphère et la radio restait insensible malgré les appels incessants de Mikhaïl. _Alpha, ici bravo, on a entendu des tirs. Tout va bien ? Long crépitement _Alpha, vous me recevez ? Répondez ! Silence permanent _Alpha ici bravo ! Je réitère ! Si vous me recevez, utilisez le code morse. _… Fort râle d’animaux. Bruits inaudibles. Paroles ou incantations inaudibles. Langue étrangère ? Latin ? puis soudain : _ Fate is blood…  J’étais avec les autres très perplexes sur la situation. Mikhail en fut tourmenté. Il ne savait pas trop comment réagir. Il réitéra la communication, cherchant à savoir qui, quoi, comment et pourquoi… mais sans succès.    

Circeenne

Circeenne

"Love In The Darkness Between Two Souls, The Symbiosis (Dark Side)"

Lorsque les ténèbres grandissent
Et s’obscurcissent les étoiles
Quand les hiboux sur les branches
Crient de frayeur
Déterminés nous bravons
Ensemble les interdits
Nous nous enfonçons
Dans la douceur de la nuit
Sans désir d’aurore La nuit n’a ni accusateur
Ni censeur.   ********                       Mon corps, souviens-toi... Mon corps, souviens-toi seulement combien tu fus aimé,
Non seulement les lits où tu t'es allongé,
Mais aussi ces désirs qui pour toi
Brillaient ouvertement dans les yeux,
Qui tremblaient dans la voix – et qu'un obstacle
Quelconque a empêché de se réaliser.
Maintenant que tout cela appartient au passé,
C'est presque comme si à ces désirs aussi
Tu t'étais livré – comme ils brillaient,
Souviens-toi, dans les yeux qui te regardaient ;
Comme ils tremblaient dans la voix, pour toi, souviens-toi, mon corps. Constantin Cavafis
(1918)       Texte : @satinvelours Sélection des visuels & playlist : Karla* Descriptif et explications du choix des visuels  

Karla*

Karla*

"Love In The Darkness Between Two Souls, The Invitation (Bright Side)"

« Rêve »   Vois, les étoiles pleurent leurs larmes citrines
Dans l’azur lilial ... Et sur leurs tiges fines
Les roses, mollement, se bercent dans le soir
Avec des mouvements cadencés d’encensoir
Oh ! Le ciel est divin, et la lune opaline
Caresse de ses reflets la fleur incarnadine.
Sur la côte esseulée où la mer qui se brise
D’un long feston d’argent brode la plage grise,
Veux-tu que nous fassions de ces rêves sans fin,
Veux-tu que nous sentions palpiter dans nos âmes
L’infini de l’amour brûlant comme une flamme,
Que nous planions dans l’air comme des séraphins
Et que nous nous asseyions, par terre, sur la mousse
Et que nous rêvions longtemps à l’heure la plus douce ?   ********                             Texte : @satinvelours Sélection des visuels & playlist : Karla* Descriptif et explications du choix des visuels  

Karla*

Karla*

"Cocoon Of Love, When A Sad Dream Is Weaved By The Thread Of A Desire"

Toi le vent, le doux vent, allège mon tourment
Puisses-tu compatir aux larmes qui m’oppressent.
Les vantaux de ma nuit sont aveugles et clos,
Le désir, chaque nuit, vient partager mon lit
Et me farder les yeux à grands coups d’insomnie : Désir je ne connais que toi, toi ma détresse.
Sur mon cœur écorché pousse un arbre, ô tristesse,
Où fleurit le délire, ou pleuvent les sanglots.
Je ne vois nul matin à ma nuit sans lueurs.   ********                             Texte : @satinvelours Sélection des visuels & playlist : Karla* Descriptif et explications du choix des visuels  

Karla*

Karla*

 

Etude – IV

S’adapter, c’est pouvoir disposer de plusieurs options pour accéder à plus de confort _ ou moins de stress _ dans notre existence : en somme, arriver à échapper à l’alternative immobiliste et, à terme, destructrice, entre le recours à l’agression et le repli sur soi. C’est donc savoir, d’abord s’appuyer sur la mémoire des événements, ensuite sur la faculté d’en tirer des leçons _ être capable d’anticiper, de s’organiser, non seulement dans la conjoncture mais aussi dans la durée.
 C’est vrai pour la personne ; c’est vrai pour la société, dans son ensemble comme dans ses parties.


 Et justement, que découvrons nous quotidiennement à ce sujet?
L’obligation permanente des décisionnaires de choisir entre
  le maintien d’emplois, de bassins d’activités, de la croissance économique, et
  la sauvegarde de la biodiversité, du bilan carbone, et jusqu’à des exigences de santé publique.
 De fait, des alternatives binaires conduisant à léser gravement l’une des parties pour préserver les chances de l’autre.
Où la décision, quelle qu’elle soit, équivaut à une agression, clairement ressentie comme telle par la partie adverse.
Où l’absence de décision conduit au marasme, où tout le monde est perdant.

Ce qui s’observe également en géopolitique, où les multiples menaces de déstabilisation se dissolvent dans un statu quo infernal, qui condamne des populations entières à l’errance misérable ou au confinement meurtrier.

 Un constat sans appel de la perte de capacité du monde humain d’aujourd’hui à s’adapter et, bien au-delà d’une régression largement entamée, d’une involution désormais programmée.

Reo

Reo

 

2036. Chapitre 6. Avant la mission (11).

RÉSUMÉ DES CHAPITRES PRÉCÉDENTS :   La chaleur me ramollissant le cerveau, j’ai laissé tomber ce récit pendant les vacances. Comme je ne veux pas obliger le lecteur à tout reprendre, voici un bref résumé des événements : Nous sommes en 2036, sous la présidence de Michèle Le Bihan, leader du Front patriotique. Gérald Jacquet, ancien membre des Forces spéciales et des Services de renseignement français, est journaliste au « Figaro ». Il a été « désigné volontaire » pour accompagner en Russie Sophia Wenger, extravagante diva britannique, pianiste et chanteuse lyrique, en fait agent du MI6. Sous le couvert d’une tournée de concerts, ils ont pour mission d’éliminer un chercheur russe considéré comme particulièrement dangereux, Anatoli Visserianovitch Diavol. En guise d’entraînement, Gérald se retrouve – pas vraiment de son plein gré – pour une semaine de stage au fort de la Pointe aux Lièvres, près de Quiberon, en Bretagne. Ce qui lui rappelle des souvenirs… Bien entendu - et c'est valable pour l'ensemble de ce roman - toute ressemblance avec des personnes ou des lieux existants ou ayant existé ne saurait être que pure coïncidence. Cela va sans dire, mais cela va mieux en le disant...   Comment définir un individu comme l’adjudant Ramirez ? Gérald avait rencontré un certain nombre de salauds dans sa vie, suffisamment pour maintenant les reconnaître à première vue – enfin, la plupart du temps. Mais quand il avait débarqué à la Pointe aux Lièvres pour effectuer son stage commando, et qu’il avait rencontré Ramirez, il était encore jeune et inexpérimenté. Oh, l’adjudant ne s’était pas attaqué à lui – un type aussi baraqué, et qui en plus portait tatoué dans le dos un portrait réaliste du monstre sans doute le plus hideux de l’histoire du cinéma, c’était bien trop dangereux pour lui. En plus d’être un salaud, Ramirez était un lâche – cela va souvent ensemble. L’adjudant préférait des proies faibles, et sans défense. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, des gens faibles et sans défense, on en rencontrait, dans une caserne vouée à l’entraînement des Forces spéciales. Tout cela se passait vers la fin des années 2010, une période où la féminisation de l’armée était déjà largement entamée, et où le politiquement correct régnait (encore) en maître ; mais apparemment, il n’avait pas atteint la Pointe aux Lièvres. L’adjudant Ramirez était une brute avinée, trapu, musclé, l’œil aussi noir que ses cheveux coupés très court. Il faisait partie de l’équipe de sous-officiers qui étaient chargés de l’entraînement général des stagiaires, mais en plus il avait une spécialité : les arts martiaux. Il était ceinture noire de judo, de karaté et de jiu-jitsu, et il suffisait de le voir à l’œuvre pour comprendre qu’il n’avait pas déniché ces titres dans une pochette-surprise. Mais s’il maîtrisait l’aspect technique des arts martiaux, il n’était assurément pas imprégné de leur esprit… Sa première victime fut le brigadier-chef Delphine Di Méo, qui était gendarme. Le rêve de cette jeune femme était d’intégrer le GIGN, et pour cela le stage commando était une formalité – enfin plutôt une épreuve – indispensable. Gérald la trouva tout de suite très sympathique. Mais telle n’était pas l’opinion de l’adjudant Ramirez. Plus tard, avant de quitter la caserne, elle raconta à Gérald que le sous-officier avait tenté de coucher avec elle ; comme elle avait refusé, elle était devenue son souffre-douleur. En fait il y avait aussi une autre raison à ces persécutions, car elle avait été l’une des rares personnes à apporter son soutien à une autre des victimes de Ramirez, que nous évoquerons ensuite. Sous le moindre prétexte, il lui infligeait des punitions, des heures de trou, ou bien faire dix fois le tour de la caserne en petite foulée ; lors des marches, il chargeait son sac à dos plus que celui des autres. Tellement bien qu’elle finit par aller se plaindre au commandant. Elle savait très bien que dans l’armée en général, et à la Pointe aux Lièvres en particulier, on n’aime pas trop ce genre de démarche, et que cela lui vaudrait obligatoirement un mauvais point dans son dossier. Mais elle était à la veille de craquer. Ramirez se fit passer un savon de la part du commandant, mais il fallait être bien naïf pour penser que cela le calmerait. Deux jours plus tard, au cours d’une séance de judo, il immobilisa la jeune femme sur le ventre en lui tordant un bras derrière le dos ; il força un peu trop sur sa prise, et lui cassa le bras… Elle quitta le dojo en pleurant, soutenue par deux camarades, dont Gérald, pour gagner l’infirmerie ; le lendemain, le bras dans une attelle, elle quitta la Pointe aux Lièvres, pour retourner dans son unité d’origine. C’était une affaire scandaleuse, mais l’adjudant Ramirez pouvait plaider l’accident, et c’est ce qu’il fit quand, bien évidemment, il fut convoqué par le commandant du fort. De la part d’un professionnel aussi expérimenté, l’hypothèse était peu crédible, mais personne ne put prouver le contraire. Cependant, Ramirez s’était déjà trouvé une autre victime, qu’il avait repérée bien avant le départ de Di Méo. Cette fois, c’était un homme : Mounir Djedoui. Aux yeux d’un abruti, raciste et homophobe, comme l’adjudant, Djedoui cumulait un triple handicap : il était arabe, musulman… et gay. Si Gérald comprenait assez bien les raisons qui pouvaient pousser un type dans son genre à s’engager dans l’armée pour fuir les persécutions des racailles de sa cité natale, par contre, les circonstances qui avaient fini par l’amener au fort de la Pointe aux Lièvres lui demeuraient mystérieuses, d’autant que, contrairement au caporal Di Méo, il ne nourrissait aucune ambition de s’engager dans le GIGN ou un autre corps prestigieux. Mounir Djedoui n’était pas un musulman très pratiquant – par exemple, s’il ne mangeait pas de porc, par contre il lui arrivait de boire de l’alcool. Il est vrai que vouloir faire carrière dans l’armée et ne pas être capable de boire une bière de temps en temps avec les potes, cela semble incompatible. Quant aux cinq prières quotidiennes qui sont le lot des croyants, il s’en acquittait plus ou moins, suivant les circonstances et le temps disponible. Donc il lui arrivait de prier deux, trois fois par jour, quatre fois le vendredi, jour sacré des musulmans. En fait, Mounir n’était pas le seul musulman dans la caserne – le contraire aurait été étonnant. Il y en avait plusieurs autres. Eux aussi priaient, plus ou moins fréquemment, et s’accommodaient du mieux qu’ils pouvaient des différentes obligations de leur religion. Cela pouvait parfois devenir très problématique, surtout en période de ramadan… Après la vague d’attentats qui avait endeuillé la France au début des années 2010, on avait craint un déchaînement de haine antimusulmane. Ce n’était heureusement pas arrivé. A l’époque, on imaginait, un peu vite, qu’on avait triomphé de l’islamisme. La vague de terreur de l’automne 2020, qui contribuerait largement à la victoire électorale du Front patriotique aux présidentielles de 2022, n’avait bien sûr pas encore eu lieu. Mais en plus d’être musulman, Mounir était gay. Comment Ramirez l’avait-il su ? Ce n’était pas écrit sur son visage. A croire que les salopards comme Ramirez possèdent une sorte de sixième sens – ou qu’il était lui-même un homo refoulé, ce qui est encore possible. Dès le premier jour, l’adjudant avait appelé Mounir « petite tapette », ce qui avait déchaîné les rires de tous ses camarades. Ils n’étaient pas vraiment homophobes – en fait, parmi eux il y avait même certainement d’autres gays, sauf qu’eux le cachaient mieux. C’était juste ce vieil instinct de meute, qui fait que l’on se réjouit d’être comme les autres et qu’on crache sur ceux qui sont différents. Ramirez l’avait appelé « petite tapette », et Mounir n'avait pas protesté. Dès ce moment, il était fichu. Plus tard, Gérald lui avait demandé s’il était vraiment gay, et Mounir, la tête baissée, lui avait répondu que oui. Pourquoi lui avait-il posé cette question idiote ? Il n’en savait trop rien. Par curiosité, sans doute. Donc Mounir Djedoui était devenu la bête noire de Ramirez. Et à la Pointe aux Lièvres, un sous-officier sadique pouvait vraiment pourrir la vie d’un soldat… Mais Gérald n’avait pas très envie de penser à l’adjudant Ramirez. Il but quelques bières avec Leduc, et lui raconta quelques-uns de ses reportages les plus mouvementés. Au milieu de la conversation, Leduc dit soudain : -          Tu as su que Bokanofski était mort ? Gérald pâlit. Décidément, l’adjudant avait le don pour réveiller les vieux souvenirs. Oui, il avait su que le lieutenant Bokanofski était mort – après tout, il était journaliste. -          Oui dit-il, je l’ai appris. J’ai même assisté à la cérémonie donnée en son honneur aux Invalides. Ça s’était passé sept ans plus tôt, en République centrafricaine, pas très loin de la ville de Batoko. Le véhicule blindé du lieutenant avait sauté sur une mine antichars posée par les rebelles islamistes. Aucun des quatre membres de l’équipage n’avait survécu. Une commémoration solennelle s’était déroulée dans la cour d’honneur des Invalides, et le ministre de la Défense avait épinglé sur les quatre cercueils recouverts du drapeau tricolore la médaille de chevalier de la Légion d’honneur. « Jojo » Bokanofski, encore surnommé « le Petit », était un colosse blond de près de deux mètres de haut, avec des muscles en proportion. Gérald, qui était pourtant loin d’être un gringalet, semblait rapetisser quand il se trouvait à côté de lui. Comme son nom l’indiquait, il était de lointaine ascendance polonaise – un de ses ancêtres était venu de Pologne travailler dans les mines de charbon du nord de la France, un siècle plus tôt. Quand Gérald l’avait connu, il n’était encore que sergent, mais il songeait déjà à faire une école d’officier. C’est ce qui s’était effectivement passé, comme en témoignait son grade de lieutenant. Bokanofski était un type brillant, très intelligent, et tout le monde lui prévoyait un grand avenir. En plus doux comme un agneau malgré son physique impressionnant, le genre de gars qui ne ferait pas de mal à une mouche. A se demander ce qu’il faisait dans l’armée. Une seule chose pouvait le pousser à se mettre en colère : l’injustice. Et s’il se mettait en rogne, là il valait mieux se planquer… Bokanofski avait été le meilleur ami de Gérald à l’armée, avec Leduc bien entendu. Mais quelque chose de spécial le rattachait au « Petit » : à eux deux – et personne d’autre n’était au courant, sauf l’intéressé bien sûr, même Mounir Djedoui ne savait pas tout -, ils avaient réglé « l’affaire Ramirez ». A l’époque Gérald avait été plutôt content de lui, et même fier, mais plus les années passaient, et plus il avait tendance à revenir sur ce jugement… Il ignorait ce qu’était devenu Ramirez ; tout ce qu’il savait, c’est qu’il avait quitté l’armée. Était-il même encore vivant ? Ce n’était pas sûr, et en fait il ne voulait pas le savoir. Mais le monde est petit, et un soir, des années plus tôt, il avait croisé l’ex-adjudant, près de la place de la République. Maigre, mal vêtu, tassé sur lui-même, les cheveux sales, il avait l’air minable. L’homme avait blêmi en l’apercevant, comme s’il avait croisé le Diable, et immédiatement fait demi-tour… Ils gagnèrent le mess, et pendant le repas continuèrent à parler de Bokanofski. Comme Marion, bien évidemment, ne l’avait pas connu, ils racontèrent quelques anecdotes à son sujet. L’homme avait ses aspects comiques, comme sa propreté méticuleuse ou sa détestation absolue – étonnante chez un pareil gaillard - des souris et autres rongeurs, et finalement, la bière aidant, ils rirent beaucoup. Et puis, après avoir un peu regardé la télévision, Gérald regagna sa chambrée. Il n’était pas vraiment un couche-tôt, mais ici les nuits pouvaient être courtes… Lundi 18 août 2036. A son grand étonnement, le journaliste passa encore une nuit paisible. Il se réveilla à une heure normale, encore tout étonné qu’on ne l’ait pas tiré du lit sans ménagement à deux heures du matin pour l’envoyer crapahuter au fin fond de la forêt bretonne. La journée commença comme la veille, avec le salut aux couleurs suivi du petit-déjeuner ; ensuite, une heure de sport, puis un cours théorique également d’une heure afin de mettre en garde les stagiaires à propos des méthodes modernes de manipulation. Après cela, avant le déjeuner, deux heures de tir avec différentes armes : armes de poing, fusil automatique, pistolet mitrailleur. Après le repas de midi, on passa aux choses sérieuses, avec un parcours du combattant. Si Gérald avait eu besoin d’une confirmation du fait qu’il n’avait plus vingt ans, il l’aurait trouvée au cours de cette épreuve. D’un autre côté, il savait à quoi s’attendre, car le terrain n’avait guère changé depuis sa jeunesse. Certains obstacles avaient été supprimés, mais d’autres les remplaçaient, et globalement la difficulté n’avait pas baissé, ce qui fait qu’il se retrouva rapidement à la traîne. Le parcours du combattant du fort de la Pointe aux Lièvres était assez différent de celui que l’on trouvait dans la plupart des casernes de France. Les obstacles étaient plus larges ou plus longs, les fossés plus profonds, les murs à escalader plus hauts. Une sorte de pont de singe, comme on en voit maintenant dans certains parcs de loisirs, reliait deux arbres, sur une distance d’une centaine de mètres, et à une hauteur de cinq ou six mètres. Il fallait avancer sur un câble, tout en se retenant à un autre câble placé deux mètres plus haut. Ce n’était pas si difficile… à condition bien entendu de ne pas avoir le vertige. Gérald n’avait pas le vertige, et donc la traversée ne lui posa pas de problème. Mais elle lui rappela des souvenirs… Normalement, les hommes étaient assurés pendant cette épreuve par une sangle à cliquet fixée à la ceinture et au câble supérieur. Mais l’adjudant Ramirez avait décrété que ça, c’était bon pour les tarlouzes, et que les vrais hommes n’en avaient pas besoin. Quand vint le tour de Mounir Djedoui, il se trouva paralysé sur la plate-forme de départ ; car le soldat Djedoui souffrait de vertige. -          Alors petite tapette, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ? lui lança Ramirez d’en bas. Djedoui fit un pas mal assuré sur le câble, mais on voyait qu’il était complètement paralysé par la terreur. Tous ses camarades, ceux qui avaient déjà franchi l’obstacle comme ceux qui attendaient, le contemplaient avec des sentiments divers, certains se moquant franchement de lui, d’autres, plus nombreux, compatissant à ses problèmes et cherchant à l’aider. - Ne regarde pas en bas! cria quelqu'un. Mais regarder en bas, il ne faisait que ça, et plus il contemplait le vide plus il était tétanisé. Excédé, le sous-officier grimpa sur la petite plate-forme de bois, puis commença à donner des coups de pied au malheureux pour le forcer à avancer. Djedoui progressa de quelques mètres. Ramirez le suivit, continuant à lui balancer des coups de pied pour le pousser en avant. De plus en plus médusés, les autres soldats suivaient cette scène surréaliste. Bokanofski fut le premier à réagir. Il alla se placer juste en-dessous du pont de singe. Gérald le rejoignit. -          Il va se casser la gueule, grommela le géant blond entre ses dents. Le brigadier-chef Di Méo était là aussi – c’était quelques jours avant que l’adjudant Ramirez ne mette fin à sa présence au stage en la renvoyant dans son unité avec un bras cassé –, et elle semblait particulièrement scandalisée par ce spectacle révoltant. Djedoui fit encore quelques pas. Il semblait de plus en plus terrorisé. Ramirez le suivait, et continuait à lui balancer des coups de pied avec ses rangers cloutées, tout en l’insultant. Au bout d’un moment, tout le monde commença à se demander s’il cherchait à le faire avancer ou à le faire tomber. Tant bien que mal, Djedoui gagna le milieu du pont de singe, toujours suivi par le sous-officier hurlant. Il tremblait de tous ses membres. Du fait de toute cette agitation, les câbles oscillaient, ce qui devait encore ajouter au malaise du malheureux. Un autre sous-officier était présent.  C’était le sergent Sabatier, qui assistait Ramirez dans la supervision du parcours du combattant. Ce n’était pas un abruti comme Ramirez, mais il n’était que sergent, et bien plus jeune que l’adjudant, et jusque-là il s’était bien gardé d’intervenir. Mais il dut sentir que les choses allaient mal se terminer, car il dit : -          Laissez-le continuer, mon adjudant. Je suis sûr qu’il va y arriver. -          Mêlez-vous de ce qui vous regarde, Sabatier, répliqua sèchement l’adjudant. Néanmoins, à partir de ce moment, il cessa de balancer des coups de pied à Djedoui, sans doute parce qu’il était conscient que son collègue l’observait. Soulagé, le jeune soldat sembla recouvrer un peu le moral. Il avança encore de quelques mètres… et puis l’un de ses pieds glissa, et il tomba… Directement dans les bras de Bokanofski, qui se trouvait juste en-dessous. Djedoui n’était pas très épais, et le géant blond le posa à terre comme si c’était un fétu de paille. -          Merci ! fit Djedoui, haletant et soulagé. -          De rien. Mais à ce moment, Ramirez, qui avait rejoint la plate-forme et était descendu à toute allure, se rua vers Bokanofski, l’air fulminant. -          Pourquoi vous l’avez rattrapé ? rugit-il. Je ne sais pas ce qui me retient de vous mettre huit jours. L’adjudant était nettement plus petit que Bokanofski. Ce dernier le toisa de toute sa hauteur, et le regarda avec une expression d'absolu mépris, l’air de dire : « Toi, je vais t’écraser comme une merde. » Ce n’était pas une menace, c’était une promesse. Gérald en resta médusé – et l’adjudant aussi, qui pâlit et baissa les yeux. Puis il fit quelques pas de côté, balaya tout le monde du regard comme pour vérifier qu’il ne manquait personne – ou pour défier qui que ce soit de rajouter un mot -, et finit par dire : -         Bon, on continue.    

Gouderien

Gouderien

 

Comment se sécurisé en informatique pour monsieur tout le monde

Par se sécurisé, j'entends: ne pas avoir de virus informatique et ne pas faire en sorte que son ordinateur soit contrôler par d'autres. Simple règle: ne pas avoir son root et ne pas donner son root, jamais. Par root j'entends: outil qui donne accès total à un programme. (le programme peut prendre le contrôle total de l'ordinateur) Ne pas avoir son root, c'est laisser le code root à quelqu'un d'autre et ne pas le savoir. Noter que les mise à jour auto des OS, c'est donner le root à Microsoft. *** C'est vraie que certain programmes ne peuvent plus être installer/fonctionner. Je dis que ça ne vaut pas la peine d'avoir ces programmes pour compromettre le système. Noter que tout les jeux qui sont pas malware fonctionne avec cette directive de sécurité. Et bien d'autres programmes.    

Mak Marceau

Mak Marceau

 

Etude - III

L’objectif de cette étude est de rechercher pourquoi notre espèce, si riche en potentialités individuelles, demeure à ce jour incapable de maîtriser collectivement sa propre destinée. Certes, les défaillances individuelles peuvent entraîner des ratages collectifs et vice-versa, avec des diagnostics divers généralement bien étayés, mais si comme moi, on est conduit à penser qu’ils recouvrent une raison profonde inhérente à nos modes de fonctionnement, alors il paraît indispensable de mettre en cause le phénomène de stress.  Avec lui, on tient le processus élémentaire de l’adaptation individuelle, soit l’impact d’un événement sur une personne, suivi de la réaction de cette dernière, qui comporte :
 - une résonance interne sur son organisme et son psychisme,
 - une réponse en direction de la source de l’événement.

 Cependant, si la réponse est inadéquate, les effets internes de l’impact subsistent avec elle, accroissant le risque de non-adaptation; il ne reste alors, pour les réduire _ c’est-à-dire supprimer ou amoindrir une partie des contraintes subies _ que l’alternative suivante:
 - éviter ou atténuer l’impact (fuite, évasion, déni de la réalité),
 - en effacer l’origine (intervention non négociée, agression).

 Dans ce cas, le seuil d’inadaptation est atteint, puisque les options d’accommodement ou de négociation n’ont pas pu être considérées, et surtout parce que la conduite à tenir dans l’avenir face à une telle situation n’a pu être définie.

 Il est évident que ce seuil dépend, d’une part, du type d’événement, d’autre part de la personne et de son vécu. Et que tout un chacun peut, le cas échéant, y trouver ses limites de résistance ou d’endurance.

 Dans une certaine mesure, grâce à la vie en société, l’implication mutuelle ou collective des individus leur a permis d’élever le niveau de performance adaptative de chacun pour un nombre sans cesse croissant de situations.
 Mais, a contrario, la persistance de nombreuses réponses inappropriées peut compromettre la bonne adaptation de l’ensemble des personnes impliquées dans les situations qu’elles doivent gérer, en communauté ou en solo.

 Ce qui signifie que, si la vie sociale apporte indéniablement des avantages adaptatifs, elle peut aussi introduire des contraintes supplémentaires _ génératrices de stress _ en raison de l’interaction des relations mutuelles de dépendance, matérielles ou affectives.
 Cela implique également que les effets négatifs de situations non maîtrisées collectivement soient susceptibles de s’étendre au groupe impliqué, voire de se propager à d’autres groupes également concernés.

 Le problème de toute insuffisance d’adaptation collective, c’est qu’elle efface les possibilités d’accommodement ou de négociation et que les situations qui en sont entachées ne puissent être tranchées que par la force ou l’autorité, cette dernière fût-elle collégialement consentie.

 Comme lorsqu’il s’agit d’adaptation  individuelle, la réussite de l’adaptation collective repose essentiellement sur l’expérience, vécue ou transmise : l’éventail des options qu’elle peut offrir avec la connaissance des contraintes, subies ou à venir, permet d’en préciser l’objectif, l’ampleur et le délai de réalisation. Il faut donc en revenir à la conclusion du billet «Etude - I» :
  «D’où l’importance capitale de l’information et de l’éducation pour s’adapter.»

Reo

Reo

 

Etude - II

Couramment, pour tenter d’expliquer le divorce entre les potentialités individuelles et cette faillite collective de l’humanité (même s’il est possible de retenir des avancées, il subsiste et malheureusement s’étend, de par le globe, une prépondérance de barbarie et d’incurie), c’est l’agressivité qui est stigmatisée, avec des motivations comme la convoitise ou la vengeance.
Cependant, l’usage de ces termes ne donne pas la clé du mécanisme et des processus qui conduisent à ces dérives dans les relations humaines.    Nous sommes obligés, pour d’indispensables éclaircissements, de remonter à la source, c’est-à-dire à l’exigence pour notre espèce de s’adapter, sous peine de voir les situations de stress se prolonger et s’intensifier.

 Le terme de stress désignant indifféremment
 - un syndrome d’inconfort organique et/ou psychosomatique lié à la perception d’un assortiment de contraintes ou de menaces, ou
 - un épisode banal constitutif de notre vie relationnelle,
plutôt que de considérer qu’il s’agit de deux phénomènes distincts, il me semble plus juste d’y voir des manifestations de même nature intervenant avec plus ou moins d’intensité.

 Le processus est le même : un événement survient qui implique notre personne, nos affects, ou intéresse notre organisme, puis une réaction, d’abord spontanée, qui évolue plus ou moins rapidement selon l’expérience acquise et l’importance de l’impact, et ensuite, sauf sérieux dommages, un «débriefing» des sentiments et des pensées qui nous permet d’enchaîner, avec ou sans modification immédiate de notre conduite.

 En haut de l’échelle se situe l’urgence vitale, où toute notre énergie est dépensée à lutter pour échapper au pire.
Puis, en descendant les échelons, des situations de souffrance qui laissent peu de place à l’accommodement ; celles dans lesquelles la douleur ou la colère nous privent plus ou moins durablement de lucidité et d’objectivité.
Enfin, les plus courantes, qui sont le lot de tout un chacun, avec la grille de lecture de son éducation et de son vécu, avec un répertoire de recettes plus ou moins limité. Auxquelles nous ne consacrons généralement que le strict nécessaire.

 Dans tous ces cas, le curseur de notre énergie spontanément disponible parcourt la gamme de l’agressivité, avant même que nous soyons capables d’en déterminer la cible. Et, le plus souvent, nous n’allons guère plus loin, soit par insuffisance, soit par économie.

 Toutefois, la vie en société, en nous libérant des préoccupations basiques de survie au jour le jour, et en nous alimentant de motivations non égocentrées, nous a conduits à affiner nos conduites et orienter notre énergie _ vers l’élaboration commune de processus adaptatifs plus performants que des comportements individuels non socialisés.

 Une première civilisation de proximité, rudimentaire pour les gens de la glèbe, un peu mieux dégrossie chez leurs protecteurs et donneurs d’ordre.

Reo

Reo

"Night Distances, Waiting For The Sun, Waiting For Love, Waiting To Be Saved By The Light"

Parfois le soir toute la tristesse du monde entre dans mon âme.
La vie se traîne comme une lente agonie.
L’espoir, la joie me quittent, m’abandonnent.
Dans ma chair s’allument d’inguérissables nostalgies.
Dans mon cœur brûlent de vastes incendies. Comme l’onde limpide, la vie, entre mes mains, s’échappe.
Je vis et me nourris d’ombres et de fantômes.
J’aime, et mes bras étreignent le vide et l’absence.
Illusions ! Je ne veux plus de vos présences trompeuses. Mais soudain le voici qui approche, éblouissant, irrésistible. C’est Lui.
Lui que j’attendais. Lui que j’espérais.
La fontaine de la joie, en gerbes, s’élève dans le ciel de mon âme.
La vie revient avec Lui.   ********               - Kaiti Kink Ensemble -
"Remedy" Lay down, stay down
With me
No pain, no sound
Just me
Lay down, stay down
Feel me
No pain, no sound
Just me
Please give me this token
Let the words be unspoken
May you never know what I did to you
Please give me this feeling
Your touch may be healing
My heart and my soul
Lay down, stay down
Feel me
No pain, no sound
Just me             Texte : @satinvelours Sélection des visuels & playlist : Karla*
Descriptif et explications du choix des visuels  

Karla*

Karla*

"The Eternal Beginning, When Time is Frozen By A Farewell Moment"

« La Dernière Rose »   Battue par le vent, la pluie monotone,
Dans le jardin plein d’ombre une rose d’automne
S’effeuille lentement. Les gouttes sur son cœur
Ruissellent comme autant de larmes de douleur. Oh ! Fleur éphémère, toi si fière et si belle,
Ton destin t’a soumise à une mort cruelle.
De ta frêle beauté dont s’ornait le jardin
Plus rien ne restera à l’aube demain. Tu es la dernière rose et tu vas mourir,
Mais je veux à jamais garder ton souvenir,
Car avec toi ce soir meurent mes illusions,
Tous mes pauvres rêves de gloire et d’ambitions. Déjà le vent d’automne a, dans sa course folle,
Dispersé d’un souffle ta fragile corolle.
Dans le jardin plein d’ombre, il n’y a plus de fleur,
Dans le jardin plein d’ombre est demeuré mon cœur.   ********                         Texte : @satinvelours Sélection des visuels & playlist : Karla*
Descriptif et explications du choix des visuels  

Karla*

Karla*

"Nostalgia Of A Magical Place, A Garden Where We Feel Secure"

« Crépuscule »   Le couchant est ce soir comme un champ de blé mur ;
Dans l’heure de cristal large et poudrée d’azur,
Les arbres chuchotants embaument de leurs fleurs,
Les aubépins vêtus de neige et de candeur,
Voluptueux, frémissants au baiser d’un vent
Plus doux dans le soir bleu que le parfum des champs.
C’est l’heure doucement mélancolique et tendre,
L’heure méditative ou pleut comme une cendre
Le crépuscule cher aux cœurs vibrants d’amour.
Tout chante l’allégresse et clame le retour
De la vie expansive, nombreuse et nouvelle
Qui roucoule partout comme une tourterelle.
Qu’il serait doux de faire un voyage, là-bas,
Dans le ciel diaphane et couleur de lilas !…
Mon âme, loin de toi, est comme une glaïeule,
Elle a soif de printemps et pleure d’être seule.   ********                               Texte : @satinvelours Sélection des visuels & playlist : Karla*
Descriptif et explications du choix des visuels  

Karla*

Karla*

 

Etude - I

L’être humain est actuellement la plus aboutie des créatures évoluant sur notre globe : c’est nous qui l’affirmons, et nos arguments paraissent assez solides, d’après l’analyse des individus et de leur filiation tout au long des âges. Ce qui pose problème, et qui pèse de plus en plus sur notre devenir, c’est la médiocrité de notre intelligence collective, laquelle, au-delà de notre créativité et de nos savoir-faire, repose d’abord sur nos aptitudes à nous organiser ensemble, et c’est là que le bât blesse ; sur ce dernier point l’Histoire, et particulièrement la plus récente, l’a abondamment démontré _ et n’a jamais cessé depuis de nous en administrer les preuves, accessibles à qui veut bien les appréhender.

 Non qu’il n’existe, partout et continuellement, de très nombreux contre-exemples de réussites bien construites, au premier rang desquelles des entreprises, et aussi toutes sortes de communautés, territoriales ou associatives. Mais c’est justement leur durabilité, leur existence même, qui est à tout moment remise en cause, du fait de l’instabilité désormais persistante du monde humain dans sa généralité.
Comment préjuger que l’adaptation des personnes _ et celle du genre Homo lui-même _ puisse se poursuivre dans un tel contexte ? Et comment souffrir que ce qui est possible et faisable à différents échelons de la société soit perçu comme irréalisable à l’échelle de l’humanité ?
 D’où l’exigence de rechercher les causes de ce hiatus entre l’achèvement organique et l’épanouissement collectif, de nature à compromettre notre maturation psychologique, chaînon fondamental de la viabilité de notre espèce.  A l’origine de notre adaptation se trouve en chacun la conscience de sa propre fragilité face au monde, la perception des menaces précises ou diffuses qu’il recèle, induisant le stress, et donc la nécessité impérative de réagir ; d’utiliser tous nos moyens, au premier rang desquels notre cerveau, qui nous permet d’analyser les éléments d’une potentielle agression à notre encontre, et en fin de compte de l’anticiper : d’imaginer la mise en œuvre de dispositifs d’évitement ou de défense, voire d’accommodement.
 Tout cela ne se fait pas sans dépense d’énergie, d’abord pour éliminer ou atténuer les contraintes subies, ensuite pour organiser le quotidien afin de récupérer au plus tôt l’équilibre, de le maintenir coûte que coûte. Suivant le bilan de cette opération, celle-ci se traduit par une sensation de confort ou de stress plus ou moins marquée.
   La réponse au stress est orientée grâce à l’identification des contraintes subies, limitée par contre par le niveau de l’énergie disponible et par le degré d’urgence requise.
Il est clair qu’une erreur d’orientation ou d’ajustement, un retard, peuvent la rendre inadéquate.

 La pertinence de cette réponse repose essentiellement sur l’expérience, vécue ou transmise : l’éventail des options qu’elle peut offrir avec la connaissance des contraintes, subies ou à venir, permet d’en préciser l’objectif, l’ampleur et le délai de réalisation.

  D’où l’importance capitale de l’information et de l’éducation pour s’adapter.

Reo

Reo

"Rebirth, How To Revive A Broken Mind"

Je suis sortie du Royaume des Ombres, dans la nuit éternelle, au sein des ténèbres profondes, entourée de mânes aux lueurs tremblotantes. Je viens de surgir dans le monde de la Lumière. J’ai aperçu l’éclair, j’ai vu la lueur, diadème scintillant dans la nuit. Je suis revenue aux sources de la Vie, je viens m’y désaltérer.   ********                           Texte : @satinvelours Sélection des visuels & playlist : Karla*   Descriptif et explications du choix des visuels  

Karla*

Karla*

"Whisperings From The Inside, The Story Of A Haunted Dream"

J’ai mes idées, mes idées folles. Souvent elles me persécutent la nuit. Dans ma solitude, dans mes rêves comme dans mon sommeil elles me poursuivent. Je ferme les yeux. Mais ces idées folles, tapageuses tournent et valsent dans mon cerveau ! Elles réclament tout. Elle brodent et tissent cent mille rêves. J’ouvre les yeux… Il n’y a que fantôme et fumée. Mes idées folles ne sont que fantômes et fumées, et je suis une incorrigible chasseresse de fantômes et de fumées .   ********           - Lisa Germano -
"...To Dream" Only when its real,
When it speaks to you and
No one else can hear.
Don't give up your dream,
Its really all you have
And I dont wanna see you die. To dream, to live. In your darkest moments,
In your deepest thoughts,
Then it speaks to you,
To dream.
Listen you are dreaming,
This is who you are,
You don't have to run away         "Johnny can you talk ?"   "...laissez venir à moi les petits enfants..."                           Texte : @satinvelours Sélection des visuels & playlist : Karla*   Descriptif et explications du choix des visuels  

Karla*

Karla*

"Life : A Birth, A Love, A Death, A Place Where Feelings Are Expressed By Contrast..."

Je marche en un désert de pierre et de fer
Que le soleil consume en des fusions d’enfer
Je marche en une rue qu’un soleil évapore
Sous un ciel lourd de bleu, un ciel indifférent
Je peine de chercher et de chercher encore
Le port où aborder à l’abri du néant.
Je plane en un cosmos épris de lassitude
Où le soleil m’aveugle de ma solitude
Je flotte en des lueurs qui vident ma pensée
En des rayons hantés par des rayons d’absence
Je me perds et ne peux en elle m’évader
Tant sont loins souvenirs, rêves et espérances
Je ne sens plus en moi souffrir que le présent...
Un port où aborder à l’abri du néant !   ********                 - Dakota Suite -
"Because Our Lie Breathes Differently" In half light turn to see you sleep
another day of beeing scared to live
and I will never have the way
to look this whole again
to touch you heart. You and I both know
that this is all that I could ever be
but thats not enough to keep you here with me
and i reach to hold you
and then i let you go
and watch you fall...             Texte : @satinvelours Sélection des visuels & playlist : Karla*   Descriptif et explications du choix des visuels  

Karla*

Karla*

Quatrains — 12

Comme il est irréel, je chuchote son nom
À la nuit, à l'absence, à mes envies aussi
Et au lieu dormir, je me souviens de son
Odeur et de ses bras, idéaux paradis. 

Isadora.

Isadora.

 

Midinette, 3. − Clore ou conclure.

Les semaines ont passé. Fauchée, détachée de lui, prise dans d'autres turpitudes, j'ai appris à écrire chez moi. Je pense à lui parfois mais je suis heureuse d'avoir retrouvé une forme, même paradoxale de tranquillité.  Un soir de pluie, nous nous rapatrions chez lui. Je le revois, ça me fait un choc mais je reste impassible, saluant les uns et les autres, ne lui adressant qu'un vague salut. J'ai l'impression qu'il a un regard qui me dit, presque en m'engueulant, ah bah ça y est, tu es revenue et aussitôt, je me dis que j'ai dû l'halluciner. Puis, je vais commander : « Je vais te prendre une triple.
− En pinte ? 
− Ouais… Quoi d'autre ? 
− C'est parti ! 
− Tu t'es coupé la barbe ? 
− Ah euh… ouais. Tous les ans, je la rase, parce qu'à force, ça repousse dur et… voilà. 
− C'est la tonte annuelle, quoi. » Il rit et approuve la formule. Je me sens comme un gros lourd qui fait du rentre dedans à la pauvre serveuse. Dans le fond, c'est vraiment ça. J'ai tout imaginé, je le colle, ça doit être insupportable. Je remonte avec les autres et je lui fous la paix. Dans la soirée, on discute et c'est plutôt fluide. Je retrouve les autres. Ça se prolonge, je suis. Je rentre ivre. Le lendemain, j'ai la tête en vrac mais j'ai réservé une visite de musée alors je me motive pour une expédition au bout du monde − vraiment, j'ai cru que je n'y arriverais jamais − pour visiter un lieu très étonnant, situé sur une base militaire désaffectée.  Le chemin du retour est non moins éprouvant, même si je le fais sans aucune pression, heureuse d'avoir appris des tas de choses. Mes pas me conduisent machinalement chez lui, où je m'installe sans aucune envie d'écrire. Je suis là, au comptoir, fermement vissée sur mon tabouret. Nous papotons. Il s'en va. Je dégaine le Dude Manifesto, qui me brûle les doigts. Il bosse et me voit éclater de rire à chaque page. Il me demande pourquoi je ris. Je lui demande s'il a déjà vu The big Lebowsi. Il me dit que oui, mais je doute de la véracité de sa réponse. Je lui raconte l'histoire et là, ça revient. Il l'a vu. Je lui explique que des gars ont fait de la manière de vivre du petit Lebowski une pseudo-religion et que c'est un livre qui explique comment vivre en Dude en France. Il me regarde, un peu hagard, l'air de ne pas comprendre pourquoi lire ce livre. Je me dis qu'il y a des gens sur cette terre qui ne connaissent pas le bonheur immense de lire un bouquin marrant et je me demande quelle serait sa réaction s'il me voyait en train de lire Les écritures de Cavanna ou Vivons heureux en attendant la mort de Desproges. Je lui lis un passage. L'auteur préconise d'arrêter la muscu et de se mettre au jokari. Il ne pige pas le second degré. C'est un désastre. Ça ne le fait pas rire du tout.  Quand je lui explique que c'est un bouquin à la con, il ne semble pas comprendre l'intérêt de cette lecture. Je m'abstiens d'une explication approfondie de type bah c'est drôle, du coup ça fait rire, du coup c'est chouette parce que rire, ça fait oublier les problèmes. Non, décidément, je ne peux pas expliquer l'intérêt de lire pour oublier ses emmerdes à quelqu'un pour qui la lecture a toujours été une souffrance. Je pense à ces gens qui m'expliquent l'intérêt d'aller courir et j'opte pour l'abstention. Mais je replonge dans ma lecture.  Quelques instants plus tard, je ressors de mon bouquin pour lui dire : « Finalement, c'est pas un bouquin si à la con que ça. » Il m'interroge, je lui raconte que l'auteur explique que pour être un vrai Dude, il faut acheter le moins possible et aller plutôt au marché, chez les petits commerçants et les artisans du quartier. À mon plus total non-étonnement, il s'enthousiasme et commence à développer. C'est fou cette tendance des gens à haïr l'écoute et à se ruer sur la moindre occasion de parler. Je ne comprendrai jamais en quoi c'est mieux de parler que d'écouter. Bref, il parle.  De fil en aiguille, serait-ce l'influence de mon récit du musée des horreurs, il me raconte qu'il a fait un stage dans un abattoir, adolescent. On ne parle pas des vegans mais de ces omnivores qui ne veulent pas savoir comment se passe la transition de animal à produit. Il y a de l'hypocrisie, dans tout cela. On ne parle pas trop fort, parce qu'il y a des clients qui mangent autour. Nous racontons nos différences expériences en matière de mise à mort d'animaux à des fins de consommation, du lien entre le truc vivant et le truc que tu manges, de comment le lien se fait ou pas. D'ailleurs, j'ai très faim, parce que je n'ai rien avalé depuis la veille au soir, et je lui commande à manger. Une valeur sûre : la planche. Laquelle ? Mixte… Petite ou grande ? Mixte, ça n'existe pas en petite. On peut s'arranger. Non, une GRANDE ! Aussi grande que moi, aussi grande que mon surpoids, parce que je suis comme ça et que j'ai faim, et que je ne veux pas de passe-droits, tu veux filer des petites mixtes à tout le monde ? Mets-les à la carte. Et arrête de surveiller ce que je mange, file-moi une grande planche. Évidemment, je n'ai fait que penser tout cela…  Ma planche arrive, et avec elle une inconnue qui demande si on peut manger. Elle s'installe au bar, à côté de moi, elle dit qu'elle veut faire un bon repas mais elle a surtout l'air d'avoir envie de parler.  Elle vient d'une autre ville. Elle passe souvent ici, mais pour voir de la famille, alors elle n'a jamais vraiment visité quoi que ce soit. Elle a eu une réduction sur le transport, elle est dans une auberge de jeunesse et elle a envie de voir quelque chose par elle-même.  Tout en saluant intérieurement l'effort du voyage et la curiosité saine que dénote cette démarche, je m'interroge ; aurais-je affaire à une de ces femmes qui se lancent dans une quête d'indépendance par obéissance à l'injonction d'indépendance de la société ? Cette joie de vivre me semble un peu nerveuse, pour ne pas dire suspecte. Cette attitude positive a des airs de dernier sprint avant la dépression, qu'il convient pour ce genre de personne d'appeler un burn-out. Peut-être suis-je trop pessimiste mais la jeune voyageuse a, de toute manière, manifesté un besoin légitime de parler.  Elle a visité tel et tel et tel quartiers dans la journée. Elle est venue en bus, d'une ville bien connue pour son luxe. Elle y vit en colocation et c'est sympa. Ils ont beaucoup fêté l'ouverture de cette colocation. Lui, il est derrière le bar, il écoute, prêt à participer. Il entre en jeu très vite, d'ailleurs, puisqu'il a vécu là-bas. Ah, il voit où elle est. Super. Formidable. Passionnant. Suis-je de mauvaise foi ? Je m'en fous, je suis le narrateur, je peux bien me le permettre, et dans cette histoire, je suis l'idiotie même.  Par une transition alambiquée, elle en arrive à évoquer ses genoux, qui se sont blessés alors qu'elle pratiquait l'escalade. J'en profite pour faire une brève parenthèse dans mon récit : la fille est très jolie, une blonde sportive, dotée d'un style vaguement bohème, discret mais remarquable par la justesse ; c'est juste sympathique et de bon goût. Sa pratique de l'escalade m'inspire une escalade de la violence narrative que je vais m'autoriser sous vos yeux ébahis, consternés, amusés, puisque, encore une fois, c'est moi qui raconte et que je fais ce que je veux de ma mémoire.  Elle parle de sport. Elle aime le sport. Elle aime beaucoup le sport, si je comprends bien, autant que moi, j'aime ce bar. Elle explique à quel point il est difficile de devoir s'en passer, le temps de se rétablir. Au début, elle ne pouvait même pas marcher, alors elle se faisait conduire par… son ex. Oui, parce que quand l'accident est survenu, elle venait de quitter son conjoint, pour aller vivre dans cette fameuse colocation. Alors il la conduisait gentiment jusqu'à la salle, pour qu'elle continue de travailler tout ce qui était au-dessus de la ceinture. Ce sont quand même les deux genoux qui ont craqué en même temps. Et à part ça, elle est graphiste. Et elle a quitté un poste qui lui rapportait un salaire tout-à-fait convenable, mais depuis qu'elle est en freelance, c'est un peu juste, pour cette ville où tout est cher. Il intervient pour confirmer, il raconte ses premiers temps là-bas, et les week-ends flambeurs au début, quand une soirée coûtait… ce serait indécent de le révéler. Quand elle a déménagé, elle a fêté, fêté, elle a beaucoup trop dépensé mais ça aussi, la double blessure l'en avait privée. Elle a l'air rigolote mais je l'imagine mal dans la débauche la plus totale. J'essaie d'imaginer ce qu'elle appelle, concrètement, fêter.  La conversation revient sur le sport. Elle fait la liste de tous ceux qu'elle pratique, s'attarde sur le running. C'est éprouvant au départ mais très vite, on atteint un stade au-delà duquel on en a besoin. Et la régularité vient d'elle-même. Il surenchérit et fait sa liste à lui, c'est impressionnant. Ces deux personnes ont pratiqué simultanément plus de disciplines que moi dans toute ma vie. J'explique que je n'ai jamais réussi à passer ce cap mais que j'ai connu cet effet avec la méditation pleine-conscience. Les deux semblent brusquement mal à l'aise et s'empressent de m'expliquer de concert que ah moi, la méditation, je n'y arrive pas, j'arrête pas de penser, c'est horrible.  J'ai beau envier quelque peu leur goût de l'activité physique, j'ai quand même un petit choc. Il y a donc des gens qui, sincèrement, ne supportent pas de s'entendre penser. Sans rien dire, je pense à cette époque où mes pensées me tenaient éveillée jusqu'au petit matin, comme des gouttes d'eau tombant régulièrement sur mon crâne. J'écoute.  Il débarrasse et lui propose un dessert, qu'elle accepte. Il se tourne vers moi, l'air de dire par politesse et professionnalisme, je dois t'en proposer un aussi mais tu sais comme moi que tu as trop mangé. Je décline, il me dit que c'est sûrement plus raisonnable.  Puisqu'on est sur la méditation, j'explique que je dois me muscler le dos pour une longue méditation et j'explique ce en quoi cela va consister. Elle écoute, mange son dessert vite et s'en va. Je lui indique une salle de concert où elle devrait trouver des gens sympa avec qui sympathiser. Bonne soirée, jeune voyageuse ! Fais gaffe à toi. J'ai l'impression que des kilos de stress se retirent d'un coup de mes épaules. On se retrouve tous les deux, visiblement désireux de débriefer mais un peu mal à l'aise tout de même. Allez, je lance le truc et on reconstitue ensemble cette histoire :  Elle vit avec un mec. Il a trompe ou commet une erreur dans ce genre. Elle trouve, comme elle peut, une colocation et souffre énormément, alors elle fuit dans l'alcool, tout en se lançant dans des entraînements très rapprochés, pour s'épuiser et compenser le manque de sexe. Au travail, l'ennui est de moins en moins supportable, elle craque. Elle démissionne. La situation s'englue, son ex lui manque de plus en plus et elle augmente les doses de sport, un peu pour compenser, un peu pour rencontrer quelqu'un d'autre, ce qui ne marche pas, jusqu'à l'accident. Là-dessus, elle s'effondre et rappelle son ex qui, par culpabilité, fait le taxi pour qu'elle puisse un peu se dépenser. Elle espère pouvoir coucher avec lui de nouveau, et là, nous ne sommes pas d'accord : lui pense qu'elle y parvient, moi je pense qu'elle n'y parvient pas.  On fait ces conjectures tranquillement, amusés. Il insiste sur le fait que lui, qui est un homme, il sait bien comment ça fonctionne, parce que l'ex qui fait le taxi, ça ne peut pas être autre chose qu'une reprise des activités. Je reste dubitative, parce qu'il y aurait, mais je n'en suis pas assez certaine alors je ne l'évoque pas, un lien entre l'activité sexuelle et la solidité des ligaments croisés, aussi parce qu'elle a continué à se ruer sur le sport… C'est à ce moment-là qu'il me demande :  « C'est pour ton bouquin ? » La question me fracasse. Comment ça, pour mon bouquin ? Celui qui écrit trahit toujours mais… pas comme ça. Et je ne veux pas trahir tout le monde. À la rigueur, l'écouter est intéressant car cela me renseigne sur la forme du discours d'une personne imbibée de pensée positive, confrontée à l'état dépressif mais c'est tout. Les pensées vont trop vite et je me sens blessée par cette remarque alors je balbutie, je nie poussivement. Il surenchérit.  « J'ai bien vu que tu lui posais beaucoup de questions. » Je m'en défends timidement, confusément, perturbée à l'idée qu'il perçoive chacune de mes interactions sociales comme une recherche destinée à alimenter le roman. Il enfonce le clou en me demandant si elle sera un personnage.  Je me sens découragée, tout-à-coup, par son incompréhension, dans le fond innocente et légitime, de mon processus de création. J'ai envie de lui expliquer mais il y a dans ma tête une phrase qui occupe toute la place et me sidère : il croit qu'il sera dans le bouquin. Si on se parle quand même, c'est qu'il veut bien y être, en fait. Il veut être dans mon bouquin. Dans ce cas, qu'est-ce qu'il m'a présenté ? Est-ce qu'il ne serait pas raisonnable de retracer toute l'histoire en prenant en compte le fait qu'il ait, sans doute, posé. Tout simplement posé, par pur narcissisme. Il ne regarde pas de séries mais il est sur Facebook. Et ces deux vidéos… Et ce snobisme constant… Je suis considérée comme un biographe ou non, plutôt comme un filtre Instagram. Cela me consterne.  Je paye et je rentre chez moi. Il me retient un peu. Les livres, c'est pas son truc, mais le Dude Manifesto, il pourrait. J'en suis fort aise.  De retour à mon bout de la rue, j'ai l'impression d'avoir traversé un monde. Quelques mois de fixation se referment. Dans mon appartement, je laisse la lumière éteinte mais j'allume une bougie, et toutes les guirlandes, toutes les LEDs que je possède. Elles m'aident à écrire, d'un seul jet « Midinette 1. » jusqu'à ce que le jour renaisse.  Je pense à cette chanson de Placebo que j'aimais tant et qui disait : I know / you like the song / but not the singer. Je pense à Cyrano, de loin. Je pense à Pygmalion, de près. Je pense à lui, triste. La tristesse ralentit le temps et c'est ainsi que nous aimons vivre, nous qui ne faisons pas de moto, nous qui lisons et méditons, nous qui craignons la mort plus que l'angoisse. Je pense à ce fœtus, que l'alcool conserve encore, lui qui n'est jamais né, lui qui aurait dû vivre au temps du Premier Empire, lui qui n'aura jamais aimé, qui n'aura jamais eu d'enfant mais que j'ai vu dans ce musée, conservé dans ce bocal comme dans un texte. Voilà ce que sont les personnages, les souvenirs et les amours inavoués. Ils peuplent la galerie de notre mémoire, ils alourdissent nos pas et hantent nos rêveries. Nous leur donnons un peu de vie quand nous y repensons et nous les trahissons à chaque instant, puisque nous les hébergeons dans un explicite sournois.  Voici venue la fin de mon éloge funèbre, voici venu le moment de te remercier, lecteur. Grâce à toi, il vivra un peu plus mais il a pu quitter mon cœur. Nous avons respecté sa dernière volonté, il est un personnage. Et puis… tu ne trouves pas que nous l'avons très bien tué ? 

Isadora.

Isadora.

Quatrains − 10

Après ta mort, tu te diras :  « Mais quel idiot ! 
Si j'avais su que tout cela n'était qu'un jeu
J'aurais joué ma vie, j'aurais joué mon je
J'aurais pu en coulisses trouver que c'était beau ! » 
 

Isadora.

Isadora.

Quatrains − 9

La bougie tendre et l'air du soir qui se balance
Tout est en paix dans mon royaume couronné 
Demain peut-être le malheur viendra sonner
Mais pour l'instant je nage dans cette présence

Isadora.

Isadora.

 

Midinette, 2. − Souvenirs minuscules.

On fait une soirée là-bas. La majorité du groupe rigole dehors, je suis accoudée au comptoir avec F., qui me parle de sa dernière relation en date… Et elle date ! C'est bien là tout le problème. Il évoque sa récente démission, son appétit de vivre renouvelé, son urgence de trouver une copine mais, surtout, cette image de mec coincé qui lui colle à la peau, son besoin de faire éclater tout cela. Durant la soirée, un des convives lui a dit qu'il était le parangon de l'homme au balai dans le cul. Il trouve cela très juste. Il le reconnaît volontiers, puisque c'est sa réalité qu'il doit changer et non les tristes constats, honnêtes, que l'on peut dresser à son propos. Il revient sur cette femme avec qui il a vécu, sur ces moments insupportables qu'il a traversés à la fin. Moi, en totale empathie, je me reconnais dans certains passages, quand il est question de la manière dont elle s'est métamorphosée au fil de la rupture. J'évoque mon ex, la mesquinerie qu'il a déployée après mon déménagement, les incohérences nombreuses de ses actes. Nous sommes deux personnes accoudées à un comptoir qui se soulagent un peu en pestant sur ceux qui ont cessé de les aimer. Rien que de très banal, et pourtant cela rapproche.  Lui, de son côté, il ne dit rien. Il fait comme si la vaisselle l'occupait tout entier mais il écoute, ça se voit, qu'il écoute. Il n'en perd pas une miette. Son visage impassible est très réussi. Nous baissons la voix, parfois. Je ne sais ni ce qu'il en pense, ni l'intérêt qu'il trouve à nous écouter.  Le bar ferme, les autres veulent prolonger, ils s'en vont. Moi et F., nous sommes toujours là, à discuter. Quand le patron s'en va, il nous demande ce que nous faisons. F. dit qu'il est un peu embêté parce qu'il habite très loin et qu'il a raté le dernier métro. Le patron est désolé pour lui, il nous salue, prend sa moto tandis que nous nous éloignons, pour finir notre conversation assis sur un muret.  Le lendemain, je retourne au bar. Il est dehors, sur le trottoir et il regarde la rue. Il y a eu une braderie, les services de nettoyage de la ville sont à l'œuvre. Il a l'air soucieux. J'ai l'impression de voir Jean de Florette chercher dans le ciel un nuage. J'arrive, souriante, et lui demande comment il va. Nous parlons de la braderie. Sans quitter sa mine maussade et sans crier gare, il tourne ses yeux vers moi et me demande, abrupt : « T'es bien rentrée, hier ? » Désarçonnée, je lui réponds que oui. Je suis étonnée, il sait pourtant que j'habite au bout de la rue. Comment aurais-je pu ne pas bien rentrer la veille ? « Et ton pote, il est bien rentré ? » C'était donc cela, la question. C'est intrusif, totalement déplacé mais cette question me flatte. Au terme de quelques jours de mauvaise foi, je finirai par descendre de mon petit nuage pour envisager toutes les autres possibilités… j'ai beau me dire que je débloque, j'ai beau savoir que ça ne rime à rien, cela me fait plaisir, l'espace de quelques jours, de l'imaginer jaloux.  ______________________________ Je viens de sortir du travail. Je suis allée là-bas. Mon havre de paix est devenu un enfer ; quand je n'y suis pas, j'y pense sans cesse. Quand j'y suis, au bout d'un moment, je dois en partir. J'y suis et ça me fait mal. Il y a un homme au comptoir, visiblement une personne qui l'a aidé à créer son entreprise, un comptable ou je ne sais pas qui. Il vient pour voir si les comptes sont ok. Ça vient de rouvrir alors il n'y a quasiment personne et j'ai l'impression forte de déranger, puisque j'entends tout.  Il y a un moment délicat, quand on devient l'habitué d'un lieu, c'est ce moment où l'on commence à se fondre dans le décor. On n'est pas encore un ami mais on n'est plus une nouveauté non plus. Typiquement, dans ce genre de configuration, ça se sent et c'est très désagréable. On n'est plus un client courtisé mais un client acquis, qui peut donc être négligé. C'est comme aller chez quelqu'un que l'on connaît ; au début, l'hôte propose d'aller chercher tout et n'importe quoi, il brique le lieu à fond, tout sent la fleur et l'opération séduction. Au bout de quelques visites, il faut aller se servir tout seul dans le frigo. Plus tard, il sera même possible de faire la vaisselle, voire de passer un coup de balai. Après seulement, on peut se voir remettre les clefs. C'est toujours comme ça. Les lieux sont comme les chats : naturellement polis, courtois et très procéduriers.  Je suis donc à ce croisement, ni proche ni lointaine. La compta, je fais semblant de ne pas l'entendre en mettant des écouteurs sans musique, juste pour le rassurer. Je ne sais pas si c'est l'effet contrôle de connaissance, ma présence ou ma paranoïa mais il a l'air très nerveux. Ses yeux se fixent à des endroits variables de la pièce, dans un ordre aléatoire. Il semble incapable de se rendre compte que je sollicite son attention quand je me présente pour reprendre un verre, jusqu'à ce que le Monsieur des chiffres me signale. Il s'agite, il fait des aller-retours que je soupçonne inutiles. Je n'aime pas l'idée de déranger, parce qu'elle suppose que je devrais partir. En même temps, c'est un bar, il est ouvert. Je n'ai aucune raison de me sentir de trop, aucune raison de m'éclipser discrètement. Nous sommes au croisement où par amitié, je devrais lui laisser de l'intimité et où, par sens du commerce, il devrait me traiter comme une cliente lambda. Toutes ces surcouches émotionnelles révèlent le malaise de cette transition.  Toutes mes surcouches émotionnelles se révèlent, aussi, douloureusement. Je voudrais partir mais je ne le peux pas. J'aimerais écrire mais je n'y parviens pas. J'ai un livre à lire mais mon attention s'est envolée bien loin. Je suis aux prises avec la douleur, l'âpre douleur spécifique de mon mal. J'ai longtemps appelé cela de l'amour mais je sais bien dorénavant que ce n'est pas le véritable nom de ce démon. Sors de ta cachette, je t'ai reconnue, dépendance affective. Toi qui me tortures depuis dix-neuf ans. Tu es née avec O., tu as culminé avec U., bien souvent tu m'as mise dans de beaux draps, vite souillés par toutes les sécrétions qu'un corps peut rejeter. Ce n'est pas lui, c'est toi qui me cloues à ma chaise, qui m'empêche de vivre normalement, c'est à cause de toi que je n'ose pas lui révéler quoi que ce soit, c'est toi qui me fais mal, quand une situation anodine me rend malade ainsi.  Je prends mon téléphone et me voilà, au comble du pathétique, à supplier une amie de me rejoindre pour m'exfiltrer. Je suis prête à lui payer tout ce qu'elle veut boire ou manger pour la dédommager, je ne sais pas comment faire autrement qu'appeler quelqu'un à l'aide pour que ce quelqu'un me sorte de là. On est là à un autre croisement, entre SOS amitié et SOS médecin. Elle m'appelle et croit dans un premier temps que je me fous de sa gueule. Elle comprend que c'est sérieux et m'explique qu'elle ne peut pas venir mais que je peux la rejoindre chez elle. Futée, elle me fixe un horaire de départ, pas trop lointain mais pas trop rapproché non plus. Ah, on reconnaît la fille qui a consulté abondamment en thérapie cognitivo-comportementale. Je me détache progressivement et je change de quartier comme un zombie, de la musique dans les oreilles et regardant mes pieds, désagréable aux touristes comme à moi-même, je me précipite dans cet asile que mon amie m'a offert et qui seul pourra me réconforter. J'arrive chez elle en sueur. Ça y est, on est en sécurité, dans le monde réel. Il me semble que je viens de traverser le Styx.  ______________________________ Je lui dis en riant que le lendemain, je dois assister à un stage de méditation utérine. C'est pour les besoins du livre et ça promet d'être très drôle. Il dit : « Ah ouais. » et il part faire autre chose.  Le lendemain, je reviens, alors que je n'aurais pas dû. Je suis invitée ailleurs mais c'était sur le chemin. Je suis crevée, je pue la sueur et j'ai une rose à la main. Quand je pose le premier pied dans le bar, vingt personnes, installées en hauteur sur la mezzanine, m'applaudissent, se lèvent. Il y en même un qui siffle. Je lève les bras dans un simulacre de victoire, riant, hochant la tête et je monte les rejoindre. On me demande : « Alors ?! » et je raconte. La soirée était tellement improbable de "pratiques" rafistolées n'importe comment que je raconte, même si ça ne devrait pas se faire. C'était complètement pourri, ce truc, mais ça m'aura permis d'entendre une personne remercier publiquement toutes ces belles âmes, toutes ces femmes, ainsi que mon utérus, qui m'a donné ce merveilleux petit être de lumière : mon fils. Il monte me demander, tout sourire, ce que je bois ; je passe ma commande et sans transition enchaîne sur les chants dédiés à l'utérus et à notre Mère la Terre. Il a l'air vexé.  Notre jeu du Maître et de l'Esclave, notre dialectique de sourds a ces moments cruels, quand on se vexe l'un l'autre. Un soir, je suis la cliente qui squatte le comptoir faute d'avoir une vie et te raconte des choses qui ne t'intéressent pas, le lendemain, tu n'es qu'un serveur. Allez, patron, si tu veux. Mais si ça ne t'intéressait pas hier, je ne vois pas pourquoi ça t'intéresserait aujourd'hui.  ______________________________ Un soir, on était proche de la fermeture, tous bourrés ou presque. On s'est mis à chanter. Ce n'est pas « La chenille » qui est sortie et on n'a pas non plus fait tourner les serviettes. C'était « Et vice et versa », que nous étions cinq à connaître par cœur. Un soir, on s'est balancé des répliques des Monty Pythons dans la gueule, une espèce de Kamoulox dans la langue d'origine. Un soir, on s'est mis à parler de cul, juste après avoir parlé de cinéma. C'était trash. Très trash.  Je ne sais pas ce qu'il pense de moi. Il me voit dans ce groupe, exubérante, souvent. Courtisée quelques fois et dans ces cas, diplomate. Parfois j'écoute, parfois je parle, parfois je ris. Je fais des blagues que tout le monde comprend, des fois je me demande s'il fait exception. Des fois, je chante. Il arrive que je me moque avec cruauté. Je mange trop. Je bois trop. Et puis le lendemain, je prends du thé, je me tais et j'écris pendant des heures, sans communiquer avec personne.  Je ne sais pas ce qu'il pense de nous. Ce que je sais, c'est que nous me protège de lui et, au travers de lui, de moi. Je sais que j'ai bousculé l'ordre des choses et qu'il faut nous remettre en place. On est bien peu de choses… Sa présence est un miroir qui reflète mes peurs. Qu'est-il ? Une pure projection de mon esprit malade, sans doute. Qui suis-je, au fond ? Dans ce miroir, je n'en sais rien.    

Isadora.

Isadora.

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