January

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À propos de January

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  • Date de naissance 05/01/1917

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  1. 26 août 1976 Quand j’y pense, je crois vraiment que ce film représente la création artistique la plus importante d’aujourd’hui. On dit que Dean est chef décorateur ; mais ce n’est qu’une étiquette. Il n’y a sans doute personne au monde qui crée en ce moment une sculpture aussi intéressante que la sienne. Vittorio est un artiste visuel. Un poète de la lumière. Francis écrit, sauf qu’il n’est pas dans une mansarde romantique, il est penché sur sa machine à écrire électrique, en sueur ici à Pagsanjan, donc il ne s’en rend pas compte. En vérité, c’est Francis l’artiste conceptuel que je voulais tant connaître. Le plus grand artiste de 1976. Je suis précisément en train d’assister au moment auquel j’ai toujours rêvé. On est harcelés par les moustiques, on mange des mangues, et tout cela est bien loin de ce que j’avais imaginé, mais je suis prête à parier qu’un jour ce tournage sera considéré comme LE grand moment artistique de l’époque. J’en ris encore. 27 août 1976 Francis est furieux que le budget du décor ait été dépassé, et il a donc essayé d’économiser de l’argent sur la distribution. Il ne cessait de dire : « Le public s’en fout que les meubles du décor soient de vraies antiquités, ce qui les intéresse, ce sont les gens. » […] Francis est en colère et se sent pris au piège. Le département artistique a fait son travail sans regarder à la dépense. Ce qu’ils ont accompli est extraordinaire, mais c’est tellement complet et détaillé qu’il sera impossible pour Francis de tout saisir à l’image. Vittorio veut obtenir pour chaque cadre la meilleure composition d’ombre et de lumière. C’est presque un travail de peintre, et c’est sublime, mais il faut un temps fou pour que tous les éléments soient en place, et le temps, c’est de l’argent. […] Si le film est un gros succès, tout ira bien, mais s’il ne marche que moyennement, en ayant dépassé de loin le budget, Francis pourrait finir ruiné avec des millions de dollars de dettes. J’y pense parfois. Peut-être qu’au fond de moi j’aimerais qu’il échoue. Histoire de retrouver un mode de vie plus simple.
  2. 20 août 1976 Il est trois heures et quart du matin et je viens de rentrer du plateau. Ce devait être la dernière nuit de tournage sur le pont Do Long, mais tout est allé très lentement. Un jour de retard se chiffre entre trente et cinquante mille dollars de frais supplémentaires. Le tournage a pris deux jours de retard. […] Ce soir Francis a préparé une scène tôt dans la soirée et est rentré à la maison pendant quarante minutes pour manger un peu de soupe tandis que le reste de l’équipe mettait en place l’éclairage et le rail de la dolly. Il a plu sans discontinuer pendant qu’il était à la maison. Lorsqu’il est revenu sur le plateau, le niveau d’eau de la rivière avait monté de près de deux mètres. La scène à tourner devait montrer un acteur marchant dans la boue sur la rive, pour rejoindre le bateau. A présent, il n’y avait plus de rive, et ils ont dû tourner avec le type avançant dans l’eau jusqu’à la taille. 23 août 1976 Aujourd’hui, j’ai filmé la construction du plateau principal, le camp de Kurtz, censé être un lieu saint cambodgien en ruines au bord du fleuve. […] Tout est fait à base de blocs de terre séchée. J’entendais l’eau que des pompes acheminaient du fleuve jusqu’au lieu où ils fabriquent ces blocs, dont chacun pèse près de cent cinquante kilos. Il faut quatre hommes pour les tirer avec des courroies en bambou jusqu’au chantier où, grâce à des palans et d’épais cordages, une longue file d’hommes les soulèvent pour les mettre en place. […] J’ai été très étonnée par ces méthodes de construction à l’ancienne. John la Salandra m’a expliqué que la main-d’œuvre coûte moins cher ici que les machines, et qu’il était plus efficace d’expliquer aux autochtones ce qu’il voulait bâtir et les laisser réaliser les travaux de manière traditionnelle. Il a ajouté qu’il y avait en tout sept cents ouvriers, dont des sculpteurs sur bois, des céramistes, des charpentiers etc.. Certains abattaient des cocotiers pour libérer de l’espace pour construire les huttes en bambou où il est prévu de loger les Indiens embauchés sur le tournage. Dans le scénario, la bande de soldats renégats de Kurtz a entraîné une tribu d’Indiens montagnards pour en faire un groupe de combattants. Au lieu d’utiliser des figurants philippins, Francis a demandé à Eva, l’assistante de production, d’aller dans une province au nord où sont situées les rizières de Banaue, et d’y recruter une vraie tribu indienne qui viendrait ici pour vivre et jouer dans les scènes. On m’a dit qu’elle était en train de négocier avec un groupe de deux cent cinquante Indiens ifugaos. Leur contrat prévoit nourriture, salaire, soins médicaux ainsi qu’un certain nombre de poulets, de cochons et de buffles Pour leurs coutumes sacrificielles.
  3. Qu'est ce qui ne fonctionne pas ? Je trouve vachement plus simple qu'avant moi ! Là pour te citer j'ai mis en surbrillance, est apparu : "Citer ceci" j'ai cliqué sur cette mention et voilà. Je le refais : Et encore : et avec un des posts de tar baby : Bah... ça marche très bien. Tu veux râler ?
  4. 8 août 1976 Hier soir a eu lieu le premier tournage de nuit. […] L’attente s’est prolongée. Tous les figurants avaient des balles à blanc dans leurs mitraillettes ou leurs fusils et avaient hâte d’ouvrir le feu. Plusieurs nageurs étaient dans la rivière en train de répéter comment poser des mines et traîner hors de l’eau des Vietnamiens morts. […] De temps à autre, les effets spéciaux testaient une fusée éclairante pour s’assurer de son fonctionnement, et le plateau tout entier était illuminé. […] Des éclairs illuminaient le ciel au dessus du pont. C’étaient des espèces d’éclairs tropicaux que personne n’avait jamais vus. Je pouvais entendre les hommes des effets spéciaux en train de rire à la radio, disant : « Dis donc, c’était super ça, Joe, tu l’as fait avec quoi ce truc ? » […] Gio a été figurant. Il avait tout l’attirail du GI, portait un fusil automatique M-16 et avait du maquillage noir sur tout le visage. A 12 ans, il était aussi grand que certains des hommes les plus petits. 12 août 1976 Sofia est très intéressée par l’histoire de Jésus. Lorsqu’on est sorties de la douche l’autre matin, elle s’est enroulée dans sa serviette et m’a dit qu’elle était le bébé jésus. Elle voulait que je mette ma serviette sur ma tête pour faire la vierge Marie. […] C’était la sixième nuit de tournage consécutive sur le pont Do Long. L’ambiance de cirque avait disparu. Les prises de vues se déroulaient dans une tranchée. Il avait plu et le fond de la tranchée était plein d’eau. […] Vers la troisième répétition, une grosse partie de la tranchée s’est effondrée, recouvrant le rail de plusieurs tonnes de terre et de sacs de sable. Ca a pris un long moment avant d’avoir tout dégagé et de pouvoir enfin continuer. La scène suivante nécessitait de la fumée, et le type des effets spéciaux a allumé son fumigène. Une nappe de brouillard gris qui sentait l’anti-moustique a tout recouvert. Le vent tournait constamment, et il fallait recommencer à chaque nouvelle prise. Marty, Sam et l’équipe caméra toussaient et se frottaient les yeux. […] Plus tard, afin que le responsable des effets spéciaux puisse lancer une fusée éclairante d’une certaine hauteur, un philippin a grimpé dans un cocotier à environ vingt cinq mètre pour y attacher une poulie permettant de hisser et de redescendre la fusée pour la recharger entre les prises.
  5. 4 août 1976 Hier, Francis a tourné la scène dans la chambre d’hôtel. Il a laissé Marty boire, puisque le personnage est censé être très éméché. Ils savaient tous les deux qu’ils prenaient un risque. Marty a commencé par jouer une version mutique de son personnage, en en faisant une sorte de saint aux accents christiques. Francis l’a dirigé en lui parlant, et il est devenu plus théâtral, Willard le comédien shakespearien. Francis a continué à lui parler, et il s’est mué en petit dur, en bagarreur des rues qui revient de loin, mais qui est malin, qui connaît le judo et qui a l’habitude de se battre. A ce moment-là, Francis lui a demandé de se regarder dans la glace, d’admirer ses beaux cheveux, sa bouche. Marty a alors commencé une scène incroyable. Il a décoché un coup de poing dans le miroir, peut être sans faire exprès. Peut être a-t-il mal calculé son geste. Sa main s’est mise à saigner. Francis a dit qu’il avait envie de couper et d’appeler l’infirmière, mais Marty continuait de jouer la scène. Il était arrivé à mêler une partie de lui-même au personnage de Willard. Francis était tiraillé : il ne voulait pas passer pour un vampire qui suce le sang de Marty pour son film, mais ne voulait pas non plus arrêter de tourner quand Willard naissait sous ses yeux. Il n’a pas coupé le moteur. […] Enrico, Vittorio et les gens qui avaient assisté à la scène sortaient de la pièce, manifestement ébranlés. […] Francis et Marty étaient seuls. Marty était allongé sur le lit, ivre, en train de parler d’amour et de Dieu. Il chantait le vieil hymne « Amazing Grace » et il voulait que Francis et moi nous chantions avec lui alors qu’il nous tenait la main en pleurant. […] Marty voulait qu’on se tienne tous par la main et qu’on avoue nos plus grandes peurs. Un malaise planait, cette gêne qui existe quand quelqu’un est ivre ou sous drogue et que toi, tu ne l’es pas. […] Tout le monde essayait de l’emmener jusqu’à la voiture. […] Ca nous a pris environ deux heures pour le faire monter en voiture et le ramener à l’hôtel. […] Plus tard, on s’est demandé si la scène serait aussi puissante à l’écran qu’elle l’avait été pour tous ceux qui y avaient assisté sur le plateau. Sur le moment, on avait le sentiment que Marty aurait pu se ruer sur la caméra ou s’attaquer à Francis. Il y avait une telle électricité dans la pièce que n’importe quoi aurait pu se produire. C’était comme si tout le monde se trouvait à l’intérieur d’un être, dans son territoire intime, témoins d’instants intensément privés.
  6. Le permis de construire n'a rien à voir là dedans. Lui il doit respecter le PLU voilà tout. Et encore, quand il en existe un. Le permis de construire est toujours accordé (oh la jolie formule) : "Sous réserve du droit des tiers". Ce n'est pas un sésame inamovible, c'est peu de le dire...
  7. 23 juillet 1976 Nous retournons aux Philippines et faisons escale à l’hôtel Peninsula de Hong Kong. […] Cette suite doit être l’une des plus spectaculaires du monde : de grandes pièces avec une vue magnifique, de grandes salles de bains en marbre avec jacuzzi, des peignoirs en éponge et des bocaux en verre taillé pleins de boules de coton. […] Nous avons notre propre valet de chambre. Il s’appelle Kong. […] Hong Kong est le supermarché de l’Asie, comme Las Vegas est le centre de jeu des Etats-Unis. […] Francis adore tous ces nouveaux produits et gadgets. Il est allé voir tous les appareils photos, les magnétophones et autres matériels électroniques dans les magasins. 25 juillet 1976 Notre maison est cossue par rapport aux autres. C’est un bloc de béton avec des toilettes intérieures. On a des ventilateurs au plafond et des ampoules fluorescentes sous l’éclairage desquelles tout prend une teinte bleue dès la nuit tombée. Une statue d’un mètre cinquante de la Vierge de Guadalupe est abritée dans une niche dans les escaliers. Elle a des yeux de verre et des cils faits avec de vrais cheveux. 31 juillet 1976 On a inscrit Sofia dans une école de la ville voisine. Ils enseignent l’anglais le matin et le chinois l’après-midi. C’est la première étudiante américaine de l’histoire de l’école. Le vieux principal chinois est sorti pour nous accueillir et nous a fait une révérence à plusieurs reprises, souriant pour nous témoigner l’honneur qu’on faisait à son établissement en lui confiant notre enfant. […] On était loin du Creative Living and Learning Center de San Francisco. Mais les enfants avaient l’air heureux, et les professeurs très sympathiques et enjoués. 2 août 1976 Tonia a commencé à dire qu’on devrait faire bouillir de l’eau pour laver nos légumes. Un camion équipé d’un haut-parleur est apparemment passé dans la ville pour mettre la population en garde contre le choléra qui sévit dans la région.
  8. Ah non mais moi j'en peux plus de tout ça..
  9. C'est pas compliqué. Soit la voisine a donné droit à sa plainte dans les temps, soit non. J'espère qu'il y aura pourvoi en cassation, c'est là qu'on va savoir. Si la voisine a attaqué hors délai, hop, terminé, machine a le droit de garder sa maison. C'est tout simple. Moi je ne rentre pas dans la compassion, mettez vous à la place de la voisine. Si demain un promoteur décide de construire à côté de chez vous un immeuble de dix étages, vous réagiriez comment ? Les faits sont là : vous aviez un bien-être et vous ne l'avez plus. Parce que quelqu'un à côté a décidé de faire passer son bien--être avant le vôtre. Vous réagiriez comment ?
  10. 13 juin 1976 On s’est réveillé ici dans cette petite maison terne. […] Le monde des rêves semble enfin avoir rejoint la réalité. Je me sens entière et chez moi. Manille semble faire partie d’une vie antérieure. 24 juin 1976 Hier, Mike et Arlene ont regardé deux heures de rushes, et, […] Arlene a dit qu’elle trouvait le jeu des comédiens hésitant. Francis a immédiatement plongé dans une noire déprime. Il était totalement abattu. Après sept millions de dollars et des mois de production d’une difficulté inouïe, ils ne lui avaient pas dit : « Ouah ! Vous avez vraiment des trucs formidables, là ». Il était au fond du trou. […] Francis a dit qu’il avait rêvé de la fin de son scénario, mais, maintenant réveillé, l’idée ne lui semblait plus bonne. Il a parlé hier au téléphone avec Brando. Il sait qu’il sera formidable si le scénario est bon. On a parlé des peurs qui l’assaillent, et la plupart d’entre elles semblent liées au fait qu’il n’a toujours pas terminé le scénario. 1er juillet 1976 Francis a dû aller à Los Angeles pour rencontrer les avocats et United Artists, et signer l’accord de prêt. Le film a dépassé le budget prévu de trois millions de dollars, et United Artists doit maintenant couvrir cette somme, mais Francis devra la rembourser de sa poche si le film ne rapporte pas au moins quarante millions de dollars.
  11. Et ça va se gâter encore plus. Il y avait de quoi faire une déprime...
  12. Moi non plus ça ne m'a pas fait rigoler. Faudrait carrément citer leurs noms à ces connards.
  13. Tout à fait d'accord, pour moi aussi ce sont des oeuvres d'art.