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La Trace

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Il vient me chercher.


Pirene

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2 semaines d'attente, 2 semaines de visage tantôt fermé tantôt souriant. 2 semaines de cris.

Je ne m'y attendais pas et ça fait comme un choc dans le ventre et dans la tête. Une nuit, un dimanche où j'étais justement ailleurs là où je pensais être à l'abri de tout, on m'appelle...On me dit que...mais la seule chose qui me capte déjà entièrement c'est le chant de mon père. Entre la panique et le calme total je discute néanmoins avec lui, jusqu'à ce qu'il me le passe. D'habitude je sais faire face à ça, je sais comment on fait ces choses mais je les fait sur d'autres normalement, et je me dis que peut-être ce n'est pas à moi de venir, où sont mes collègues de travail là ?? à l'aide ?

J'ai à peine le temps de prendre des affaires correctes, je n'ai pas le temps d'expliquer quoique ce soit, je n'ai pas le temps d'y réfléchir n'y de me faire à l'idée que....et pourquoi de toute façon puisque c'est terminé. Tant pis je ferai tout ça dans le train, je m'habillerai, je me poserai les questions et je regarderai par la fenêtre en pensant à rien comme d'habitude, je rassemblerai tout ce que j'ai pour y faire face.

Entre 3 et 5 heures de route qui me rapproche toujours un peu de cet endroit que je redoute maintenant. Le vent glacial qui annonce, le gigantesque parvis et ces hauts gardiens toujours là, comme pour faire une allée funèbre semblant m'indiquer l'endroit des cris... Ils ne m'aideront pas. Personne ne le fera d'ailleurs une partie de ma famille à moi n'est pas là. Il n'y a que moi.

Papa ?
...
Viens...
...,elle est partie...

Je ne dis rien, j'encaisse. Ce réflexe de faire bonne figure en me disant que les gens comptent sur moi, il me gardera debout jusqu'à ce que je reparte.
Il me raconte ses dernières paroles, le soudain de la scène. Le choc de la chair et de la table basse, puis le verre. La longue tentative de réa, la longue attente du médecin. 
C'est de chez elle qu'elle est repartie finalement, depuis le salon en regardant cette maudite fenêtre.

Les jours passent, je passe et repasse devant le portrait de R. J'apporte les cafés, je souris. Je range, j'essaie de me faire une place au sein de cette famille. Je m'occupe de la paperasserie, je vais aux courses. Je sors prendre l'air pour me recharger, je repasse devant les gardiens dans l'espoir d'obtenir une réponse....Rien, alors je reviens sur mes pas pour rentrer et rejouer certains mêmes vieux sketchs avec ces membres de la famille. Je remplace les cierges.
Personne ne parle français ? Ok, à la limite ça limitera la casse, car je n'ai pas vraiment le même comportement que les autres. Alors que les femmes crient, moi je me contente de regarder tantôt les gens tantôt le sol. Alors que les hommes regardent le sol, moi je les regarde eux. Il y a même des fois où je ne suis pas dans la pièce. Pendant la messe du soir ? je ne suis pas là non plus. Mais ça ne m'empêche pas de me souvenir de R...

La veille du jour de l'enterrement je n'avais pas pu dormir. Près de 50 personnes se sont succédés à l'appartement, 6 sont restés du coup on partageait nos misères jusque dans les lits et matelas mis à disposition. Sauf cette nuit là.
La fatigue s'était déjà accumulée et je ne pensais pas tenir debout toute la journée. Plus cette journée passait moins j'y croyais, plus elle défilait plus j'avais à faire.
Après avoir jeté un dernier regard au cercueil et jeté ma rose, s'est improvisée une prière pendant laquelle je crois avoir dormi. Que Dieu me pardonne....

Heureusement que E. était là, je ne l'a connaissais pas. Elle est comme moi quasiment et c'est fou ! Elle lit les mêmes livres que moi, les mêmes musiques à peu près, et on a presque la même détachement par rapport au circonstances....c'est fou. On a prévu de se revoir en juin, si je ne suis pas au ski c'est clair j'irai la revoir.

 

J'ai tenu jusqu'au moment de repartir, non, j'ai failli craquer mais trop de gens qui me regardent peut-être dans le train, je respire profondément presque bruyamment. Le train me ramenant chez moi.

Loin. Vraiment ?

Modifié par Pirene

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