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Avènement

Amma et Vaillant : 40 jours avant le voyage d’une vie   -          Amma, s’il te plait raconte ! -          Que veux-tu que je raconte ? Tu n’es plus un enfant. Seuls les enfants peuvent quémander des histoires et seulement à l’heure de dormir. -          Je ne suis plus un enfant, je suis un homme qui part dans quelques jours pour le voyage d’une vie. Ne voudrais-tu pas que j’emmène avec moi l’histoire de grand-père et que je la répande ? -          C’est vrai que je t’ai toujours promis qu’une fois assez grand je te conterai son histoire. -          Merci Amma ! Et peut-être que grâce à ça je le reconnaitrai si je venais à le rencontrer ! -          A ta place je n’aurai pas trop d’espoir Vaillant ! -          Oui Amma, allez, raconte !   A la rencontre du mal   Las de sa propre folie, Vecen entreprit de quitter les siens, et de s’isoler, pour rester seul avec les voix dans sa tête. Depuis quelques mois, il suit le cours de la rivière Daugava sans savoir pourquoi. Dans ces contrées de Biélorussie on se méfie déjà assez des étrangers. Mais quand l’étranger est aussi un vagabond puant qui gesticule et parle tout seul, il est plus qu’indésirable. Ainsi Vecen se faisait chasser à chaque village qu’il traversait.   Rassemblant ses dernières forces, il put parvenir à Beshenkovichi, une petite ville au bord de l’eau. Même titubant, à bout de force, lorsqu’il vit un enfant se faire malmener par quelques adultes, quelque chose s’est réveillée en Vecen, une colère noire. Et cette foule qui semblait s’occuper davantage d’un clochard fou que d’un enfant qui se faisait brutaliser, il ne les voyait plus comme des Hommes, mais comme des bêtes monstrueuses. Des démons qui ricanent et exhortent au mal. Les voix dans sa tête se turent toutes, à l’exception d’une seule qui ne cessait de répéter « Viecny, Viecny, Viecny,… ». C’est alors qu’il hurla comme s’il poussait son dernier cri avant de dépérir « Viecny ! ». Puis l’obscurité emplit ses yeux et son esprit. Au même moment, les haillons qu’il portait semblèrent prendre flamme ! Non ce n’était pas une illusion, les passants s’en rendent compte. Certains terrifiés n’eurent même pas le réflexe de s’en écarter. D’autres, croyant assister à un spectacle de magie sur rue se mirent à filmer avec leur smartphones. Mais l’air autour de Vecen s’embrasait de flammes noires, dont les langues commençaient à lécher les gens les plus proches. Et de les lécher elles se mirent à les dévorer, et bientôt la rue Volodarskogo ne fut que cendres. L’embrasement fut si fulgurant que nul n'eut le temps ne serait-ce que de pousser un cri.   Par on ne sait quel miracle, l’enfant, un jeune garçon d’à peine 13 ans, avait survécu à ce drame. Et dans son inconscience, il tira le corps de Vecen jusqu’à la pension où il vivait avec sa famille adoptive. Quel ne fut l’étonnement de sa grand-mère en le voyant tirer à bout de bras un homme massif, nu. D’ailleurs l’attention de toute la famille se porta tant sur ce Tarzan qu’ils ne remarquèrent guère que les cheveux de leur protégé autrefois bruns sont devenus roux. Mais pas le temps de l’enguirlander, l’homme qu’il a amené semble souffrir de brulures, de déshydratation, et la peau de son dos était abimée à force d’être tiré sur le sol. Alors on s’entreprit à lui prodiguer les soins nécessaires.   Quelques jours passèrent avant que Vecen ne revienne à lui, et la première chose qu’il vit en ouvrant les yeux, ce fut un gros bonhomme joufflu, avec une moustache en guidon, qui le braquait avec un fusil de chasse au gros gibier. Vecen sentait quelque chose agripper sa main, il tourna la tête pour s’apercevoir que c’était un jeune garçon aux cheveux roux qui lui souriait bêtement. -          Bonjour moi c’est Viecny, comment connaissais-tu mon nom ? (étrange depuis quand Vecen parle-t-il biélorusse ?) -          Tais-toi ! C’est à lui de nous dire son nom, et qu’est-ce qu’il faisait tout nu dans la rue où la moitié de la ville a été incinérée on ne sait comment ! s’exclama le gros moustachu. -          Moi c’est Vecen, je ne suis qu’un vagabond avec un petit oiseau dans la tête, ou plusieurs. -          Et moi c’est Taustun, on va devoir prévenir la police maintenant que tu es réveillé. -          S’il vous plait Monsieur Taustun, non ! Je n’ai plus mes papiers, laissez-moi juste partir -          Mon oncle, s’il vous plait, laissez-le le temps qu’il guérisse et il partira.   Malgré ses airs d’ours mal léché, Taustun semblait quelqu’un de compréhensif. Il baissa son fusil, puis quitta la pièce. C’est là que Vecen se rendit compte de quelque chose, il n’entendait plus aucune voix. Mais Viecny n’arrêtait pas de parler, de tout et de rien,  le sujet récurrent était la proximité de leurs prénoms, et le fait que Vecen ne se souvenait plus de son nom alors que Viecny n’en avait jamais eu. Une voix féminine l’appela depuis au-delà la porte, alors il sortit la rejoindre. Et c’est là que les tourments de Vecen recommencèrent, mais cette fois les voix était plus puissantes, ça criait dans tous les sens, terrassé par cette souffrance Vecen perdit à nouveau connaissance. C’est à ce moment-là que, chez les Bietchovien famille d’accueil de Viecny, Vecen prit le surnom de Belle au Bois Dormant.   Les semaines passèrent, et le vagabond n’en était presque plus un, ces compétences en des domaines très variés étaient appréciées. Il contribuait et en échange il était logé, nourri, blanchi. Les Bietchovien n’avaient aucune idée du danger qu’ils abritaient en leur sein. Vecen se vit accorder l’honneur de diner avec l’ensemble de la famille. Les regards que l’ainée posait sur lui étaient sans équivoque, mais quand Vecen lui esquissait un sourire en retour, Taustun se mettait à parler de la puissance de son fusil. Un jour que le vagabond était de corvée de courses, il se fit accompagner par Macha, et au détour d’une ruelle elle se saisit de lui, le plaque contre un mur, et l’embrassa avec une fougue qu’il n’eut jamais connu. Mais un homme les observait au loin, la tête enfouie sous une capuche ne put tout de même cacher son regard haineux. Vecen l’ayant senti, il s’est défait de l’étreinte de Macha et se mit sur ses gardes, telle une sentinelle, le voyeur avait déjà disparu. Cette amourette naissante ne présageait alors rien de bon.   De retour au pensionnat, Macha s’empressa de raconter à sa grand-mère la fougue du baiser et la réciprocité, et de se feu qui la brulait pendant que leurs lèvres se découvraient. Sans délai ce fut rapporté au père, qui convoqua l’ensemble de la famille, de sang, ou adoptive. Vecen se sentait en danger, surtout en voyant trois bouteilles de Vodka vides, 6 autres encore pleine, un révolver et une balle décorant la table, et une assemblée à moitié éméchée. -          Alors ainsi, tu as embrassé ma fille en public ! s’écria Taustun. -          Et moi tu as embrassé ma sœur en public, faire perdre l’honneur à deux femmes le même jour ! -          Tais-toi Piotr, ma fille, c’est ta sœur,… Bon, il y a offense et elle doit être réparée qu’en penses-tu Vecen ? Ou alors tu acceptes le défi pour demander sa main ! -          J’aime votre fille, et je n’aimerai pas la façon dont vous corrigeriez l’offense. Alors je prends le défi ! -          Bien, bien, mon fils, enfin même si tu ne l’es pas encore… alors tu vas affronter deux de nos champions. Si tu réussis ne serait-ce qu’un seul de ces tests alors tu es des nôtres. Mamouchka, que les bouteilles de vodka se vident ! -          Je vais affronter grand-mère dans un concours de shots de vodka ? -          Oui Monsieur ! s’écria Mamouchka   Au contraire de toute attente, il n’y eu presque pas de concours de shots, puisque Vecen était soul comme cochon dès le premier verre ! Que restait-il ? Défier le frère à un autre jeu, la roulette russe. Est-ce par ce qu’il était soul, ou parce qu’il était confiant, ou encore une inspiration des oiseaux qu’il a dans la tête, Vecen demanda un léger changement des règles. Et Viecny, d’habitude si protecteur envers lui, ne vit aucune objection. Les nouvelles règles consistaient à mettre, à l’insu de Vecen, trois balles dans le six-coups, et que lui seul tirerai, s’il ne se fait pas sauter la cervelle après trois tentatives, alors il aurait gagné la main de celle qui le désire tant.   Le premier coup partit, sans balle. Le second coup partit, sans balle. Quand il allait tirer le troisième coup, Macha hurla, et demanda à son père de le considérer comme gagnant. -          Si tu l’avais laissé tirer une troisième fois, même s’il gagnait, il n’y aurait pas eu de mariage. Tu m’as montré que tu l’aimais, et je ne sais s’il est vraiment fou ou s’il t’aime. Mais vous avez ma bénédiction.   Alors que les Taustun, étaient fous de joie d’accueillir Vecen en membre de la famille, un bruit assourdissant retentit. Et en une fraction de seconde des dizaines de policiers investissaient le pensionnat. Menés par l’homme à la capuche. Ce dernier retira d’abord ses gants dévoilant des mains ou la chair était fondue à tel point qu’on voyait les os. Puis il retira sa capuche, le visage défiguré par une brulure. -          Voilà le responsable, lui et le petit. Par je ne sais quelle science ou quelle magie, il mit le feu à toute la rue, et si je n’avais plongé dans la rivière je ne serai plus que cendres comme nos voisins, nos frères, notre sang ! et comme c’est étrange, le gamin lui n’a pas une seule marque de brulure. Les policiers se saisirent de Vecen, mais laissèrent Viecny en paix. Le vagabond se mit à genoux pour être enlacé par son protégé, à moins que ce soit Viecny qui le protège. -          Je sais qui tu es Vecen. Je sais pour les voix. Je sais car nous sommes pareils, mais tu es le premier, et je suis issu de toi. A l’entente de ces mots qu’il craignait de comprendre, une larme coula des yeux de Vecen… et à l’ instant où cette larme se brisa sur le sol, on eut cru que la ville entière fut soulevée, puis retournée, et projetée contre le sol. Les yeux de Viecny étaient couleur de sang, ses cheveux étaient dressés et enflammés telle un buisson ardent. Le peu de personnes qui pouvaient encore se mouvoir se faisait poursuivre par Viecny, qui leur arrachait le cœur et le dévorait alors qu’il palpitait encore. L’ange était devenu démon. Vecen, comme in-affecté par l’écrasante aura du mal qui pesaient était bouche bée. Mais arriva un moment, ou le regard de Viecny se porta sur Mamouchka, et là Vecen ne pouvait rester sans rien faire. Il se saisit de l’enfant et le serra fort contre lui, ainsi il scella le maléfice comme s’il l’absorbait en lui.   Quel désastre. Des milliers d’âmes balayées en un claquement de doigts. Certaines voix dans la tête du vagabond avaient raison. Il est le mal, et il engendre le mal. Autrefois c’était des mots dans une tête, mais il a vu les cendres de ses victimes. Et maintenant il n’est plus seul, un second fléau est apparu, que faire ? Vecen a bien trop peur de se séparer de Viecny. Ce dernier est dangereux, et immature, et autrement plus puissant que lui. Il doit veiller à ce que cela ne se reproduise point. Mais où aller, des caméras ont dû filmer la destruction de la ville, ils vont être recherchés, traqués. A côté de cela, il doit savoir qui ils sont, ce qu’ils sont, et comment se débarrasser du mal qui les habite.   Amma et Vaillant : Interlude   -          Tu sais Amma, quand tu as commencé par parler d’un clochard fou j’ai eu un peu peur. Je me disais que pour un héros mon grand-père ne menait pas large. Mais je comprends mieux, tu veux d’abord me parler des méchants, me montrer leurs pouvoirs pour que je sois encore plus fier de la victoire de grand-père. -          Vaillant, ce n’est que le début de l’histoire, ne tires pas de conclusion si tôt. D’ailleurs, avant d’en finir avec Vecen et Viecny, je vais te raconter un peu l’histoire de l’Arbre Monde. -          Bien Amma, mais quand parlerons-nous de grand-père ? -          Bientôt Vaillant, très bientôt mon fils. Tu sas, c’est ton grand père qui a planté la première graine de l’Arbre Monde sur notre planète.  
 

2036. Chapitre Six : Avant la mission (2).

Le reste de la réunion porta sur des points secondaires. Quand elle fut terminée, on reconduisit Gérald dans sa chambre, et on lui apporta un plateau-repas en guise de déjeuner. L’après-midi, on le conduisit dans un laboratoire, où deux techniciens, en manipulant les boutons d'une console, s’appliquèrent à régler son nouvel implant. Au début ce fut une expérience assez traumatisante. On diffusa tout un échantillonnage de sons, du plus aigu à l’ultra-grave, afin de vérifier comment l’appareil les recevait. Il crut que sa tête allait éclater, ce qui n’arrangea pas la migraine dont il souffrait déjà. Quand la réception de l’implant fut à peu près réglée, on lui montra comment s’en servir – en fait, il était à la fois plus puissant, plus complet et plus facile d’utilisation que le précédent. Il comportait aussi des fonctions nouvelles ; ainsi, il était virtuellement indétectable – par les « méchants » s’entend, puisque les Services français pourraient, eux, suivre en permanence sa position. Comme le bruit courait que les Russes avaient inventé un appareil permettant de lire dans les pensées – même si personne ne savait si c’était vrai -, l’implant possédait aussi un système de brouillage intégré. Par la suite, il se demanda si on l’avait bien informé de toutes les caractéristiques de cet implant, et si celui-ci ne possédait pas une ou plusieurs fonction(s) cachée(s).  Ce fut Sophia, naturellement, qui lui révéla la vérité à ce sujet, et ce qu’elle lui dévoila fut très loin de le rassurer… Il rentra dans sa chambre épuisé, et avec l’impression qu’on lui avait tapé sur la tête avec un marteau-pilon. Cela lui coupa presque l’appétit, et il fit à peine honneur à son repas du soir. Il dormit très mal.   Mardi 5 août 2036. Le lendemain matin, il se sentait un peu mieux. Il eut droit à la visite du médecin, toujours accompagné d’une infirmière, qui l’examina et le trouva apparemment en bonne forme, car il signa son autorisation de sortie. L’infirmière remplaça son pansement par un autre, beaucoup plus discret. Il était en train de prendre son petit-déjeuner, quand le commandant Trifaigne entra dans sa chambre. Vous allez bien ? demanda-t-il en lui serrant la main. Franchement, j’ai connu mieux. La séance de réglage de l’implant a été plutôt pénible. Le militaire sourit : Nos techniciens font de leur mieux, mais ça reste un moment difficile. Rassurez-vous, ça n’arrive qu’une fois ! J’espère bien ! Vous allez rentrer chez vous, maintenant ? Oui, mais ensuite je vais regagner la Dordogne, où ma fille m’attend. Comme je l’ai dit l’autre jour, nous allons partir quelques jours à Venise. N’oubliez pas que vous devez être de retour à Paris au plus tard le 25 août. Et le départ pour la Russie aura lieu le 29. Vous aurez droit à un nouveau briefing, le 26 au matin. Ici ? Bien sûr. Ah, il y a une chose qu’on a oublié de vous dire. Vous êtes bien écrivain ? Oui. Vous avez écrit des biographies de musiciens, je crois ? C’est exact. Vous êtes sur quoi, en ce moment ? Je travaille sur un livre qui traite d’une guerre oubliée, en Amérique du Sud. Pourquoi me demandez-vous ça ? Gérald ne voyait pas trop où Trifaigne voulait en venir. Voilà, dit le commandant, on a pensé, Geffrier et moi, que pour peaufiner votre couverture, il serait intéressant d’annoncer que vous avez commencé une biographie d’un compositeur russe. Et pourquoi pas simplement un livre sur Sophia ? Après tout, si je l’accompagne en tant que journaliste, je peux aussi écrire un ouvrage sur elle. Oui, mais vous ne seriez pas obligé d’aller en Russie pour ça. Non, un livre sur un grand musicien russe, je suis sûr que ça plairait beaucoup, là où vous allez vous rendre. Quel musicien ? Il y en a plein. Je ne sais pas, je ne suis pas très mélomane. Stravinski ? Surtout pas ! Il s’était exilé à l’ouest. Vous savez qu’en ce moment, on assiste à un grand retour à la mode de l’URSS – et des idées qui vont avec. Tchaïkovski ? L’officier tiqua : Non, il était homosexuel. L’ouverture d’esprit des Russes dans ce domaine n’est pas grande. Rachmaninov ? Même problème que pour Stravinski. Borodine ? Trop ancien. Vous n’êtes jamais content. Prokofiev, alors ? Ou Chostakovitch ? Mais il y déjà plein de bouquins sur eux. Oui, il faudrait quelque chose de plus original. Khatchatourian ? Il était arménien, non ? Exact. Alors non. Gérald pensa à Sviatoslav Richter, l’immense pianiste auquel on comparait parfois Sophia Wenger, mais d’abord, si ses souvenirs étaient bons, il était ukrainien. Et en plus, tout comme Tchaïkovski, il avait la réputation d’avoir des mœurs « particulières ». Et soudain, l’idée jaillit. Ça y est ! s’exclama Gérald en frappant ses mains l’une contre l’autre. Vous voulez de l’originalité ? J’ai trouvé : Reinhold Glière ! Qui ça ? demanda Trifaigne. Reinhold Glière. Jamais entendu parler. Ça ne fait pas très russe, comme nom. Normal, sa mère était polonaise, et son père allemand. Mais il était tout ce qu’il y a de plus soviétique. Et en plus, un parfait stalinien. Les Russes vont être ravis ! Qu’est-ce qu’il a écrit, ce Glière ? Un tas de trucs, des symphonies – entre autres l’une des plus longues du répertoire -, et aussi des ballets, des marches en l’honneur de l’Armée rouge, enfin ce genre de choses. Il avait pas mal de talent, d’ailleurs. OK, va pour Reinhold Glière. Dès que je rentre chez moi, je commence à me documenter. Vous savez, vous n’êtes pas obligé d’écrire vraiment ce livre. L’important, c’est qu’on pense que vous l’écrivez. Cher commandant, dit Gérald en souriant, vous sous-estimez grandement ma conscience professionnelle ! En plus ça me changera agréablement, parce que je n’arrive pas à avancer sur mon bouquin actuel. Alors tout est pour le mieux. Comment ça se passe, pour le briefing du 26 ? Je viens ici ? Nous enverrons une voiture vous chercher de bon matin, chez vous, dans l’île Saint-Louis. OK. Pas de problème. Ils se serrèrent la main. L’officier allait s’éloigner, quand le journaliste le rappela : Une dernière question. Oui ? fit Trifaigne en faisant un demi-tour sur place. Est-ce que cet implant va vous permettre de m’espionner en permanence ? Le commandant hésita : Eh bien… En théorie, cela pourrait se faire. Sauf que vous n’avez pas une vie si passionnante. Pourquoi vous espionnerait-on ? D’ailleurs nous nous intéressons surtout à Miss Wenger. Mais quand on sera en Russie, je suppose que vous allez écouter toutes nos conversations ? C’est bien possible, oui. Mais vous avez compris l’importance de cette mission. Il est capital que nous puissions vous aider, en temps réel. J’ai compris, oui. N’empêche que quand je rentrerai en France, la première chose que je ferai sera de me faire enlever cette cochonnerie. Et terminé les implants ! Comme vous voulez ! Gérald ramassa le peu d’affaires avec lesquelles il était venu, et on le reconduisit à la surface. On lui avait fourni une casquette noire, afin de dissimuler son pansement et les cheveux qui manquaient, et il se sentait passablement ridicule. Devant la porte du 16 rue Saint-Dominique l’attendait un véhicule banalisé qui, à sa demande, le déposa près du parking de la place de la Concorde, où il avait laissé sa voiture. Il faisait toujours aussi chaud, et même s’il était à peine dix heures du matin, le soleil parisien brillait de tous ses feux. La première chose qu’il fit – à part se mettre à l’ombre -, quand il se retrouva sur ce trottoir surchauffé, fut d’appeler son père et Agnès, afin de les prévenir qu’il rejoindrait Chennevières d’ici un ou deux jours. Puis il gagna le parking, où Olga l’attendait tranquillement. Il n’avait pas envie de conduire, et laissa l’intelligence artificielle le mener jusqu’à l’immeuble du « Figaro ».   Assise derrière son bureau, Ghislaine Duringer l’attendait avec un petit sourire en coin – une expression qu’elle arborait souvent, l’air de dire « Toi, je t’ai bien eu ! ». La rédactrice en chef du « Figaro » était quelqu’un qui possédait toujours un ou deux coups d’avance sur les autres. D’ailleurs, il avait joué avec elle aux échecs, et elle l’avait toujours battu – et pourtant il était loin d’être un débutant à ce jeu. Ils s’embrassèrent. Il y avait peu de monde dans la salle de rédaction : la plupart des journalistes étaient en vacances, en reportage ou travaillaient chez eux. Alors j’ai appris que j’avais gagné un petit voyage en Russie ? dit-il sur un ton ironique. Et oui. On m’a suggéré que ce serait une bonne idée que tu accompagnes Sophia Wenger dans sa prochaine tournée chez nos amis russes. Il ne demanda pas qui était ce « on ». Il savait que Ghislaine Duringer avait des relations dans les milieux gouvernementaux, et des amis haut placés. Par contre, ce qu’il ignorait, c’est dans quel mesure on l’avait mise au courant de la mission. Le plus probable est qu’on ne lui avait rien dit du tout. Quant à savoir ce qu’elle avait deviné, c’était une autre histoire – car elle était très loin d’être idiote. Ça va ? demanda-t-elle. Tu fais une drôle de tête. Et qu’est-ce qui est arrivé à tes cheveux ? Par réflexe, en entrant, il avait retiré sa casquette, exposant du même coup son pansement et sa calvitie partielle. C’est rien, dit-il, embarrassé. J’ai eu un petit problème à l’oreille, il a fallu que j’aille aux urgences. C’était quoi ? Une otite ? Non non. Un furoncle mal placé. Un furoncle ? L’autre jour, tu n’avais rien du tout. C’est venu brusquement. Elle le considéra d’un air soupçonneux : Toi, tu me fais des cachotteries ! Eh bien, c’est un prêté pour un rendu, tu ne crois pas ? Elle le regarda un moment d’un air énervé, puis se calma. Tu as faim ? Quelle question ! Tout à l’heure, nous irons déjeuner dans un restaurant russe que je connais. Ça te mettra dans l’ambiance. Ça paraît une bonne idée. Attends-moi à ton bureau, je viendrai te chercher. Je croule sous le boulot. Comme d’habitude ! Et oui. Il fit le tour de la rédaction pour saluer ses rares collègues présents, puis gagna son bureau. Après avoir vérifié ses messages, il s’occupa à diverses tâches d’intérêt secondaire. Finalement, il se connecta à la page « Wikipédia » consacrée au fameux Reinhold Glière et l’imprima. Il passa en revue d’autres sites, et imprima encore deux textes intéressants. Il ne savait pas encore s’il allait vraiment écrire une biographie de ce compositeur, comme il l’avait assuré au commandant Trifaigne, mais ça ne pouvait pas faire de mal de se documenter. Ghislaine vint le chercher peu avant midi. Ils allèrent déjeuner au « Café Pouchkine », un restaurant russe du quartier de la Madeleine. Gérald ne connaissait pas beaucoup la cuisine russe, n’ayant que peu voyagé dans ce pays, et encore essentiellement pour son travail. D’ailleurs la Russie est plutôt renommée pour ses boissons que pour sa gastronomie – à part le caviar, bien entendu… Il suivit les conseils de Ghislaine quant au choix des plats, et s’en trouva bien, car c’était excellent. Elle avait demandé du vin de Crimée, et il ne tarda pas à baigner dans une douce euphorie, même s’il craignait que l’alcool ne relance ses maux de tête. Ils discutaient, une fois de plus, de la canicule qui pesait sur la France, et qui menaçait de prendre dans certaines régions du sud des proportions catastrophiques, quand, changeant brusquement de sujet, Ghislaine demanda : Qui t’a annoncé que tu allais partir en Russie ? Euh… Sophia elle-même, répondit-il après avoir hésité. C’était, bien entendu, un pur mensonge, mais il n’allait pas quand même pas lui avouer la vérité. Il se traita intérieurement d’imbécile : pourquoi n’avait-il pas attendu que sa rédactrice en chef lui annonce la chose elle-même ? Vous restez en relations ? interrogea-t-elle. Oh, pas plus que ça. Tu dois être content : trois semaines de voyage en compagnie d’une aussi jolie femme, c’est quelque chose ! Je ne réalise pas encore. Elle te plaît ? Il se rendit compte brusquement, avec un frisson d’effroi qui dissipa instantanément les vapeurs d’alcool dans lesquelles il baignait, qu’elle était jalouse. S’il y avait une chose qu’il détestait chez une femme, c’était bien la jalousie ! C’était en grande partie en raison de la jalousie de son ex-épouse qu’il avait divorcé. Mettons les choses au point, dit-il d’une voix plus cassante qu’il ne l’aurait voulu. Je vais suivre la tournée de Miss Wenger en Russie parce qu’on me l’a demandé – TU me l’as demandé -, et que ça fait partie de mon boulot. Et ce ne sera pas une corvée, car j’aime les voyages et la musique. Quant à mademoiselle Wenger, je n’éprouve aucune attirance spéciale pour elle. Nous avons déjà eu ce genre de discussion, si je ne me trompe ? C’est bien possible. Ne te fâche pas. Ils changèrent une fois de plus de sujet de conversation, et oublièrent un moment Sophia Wenger. Qu’est-ce que tu fais ce soir ? demanda-t-elle comme ils sortaient du restaurant. J’ai un vernissage à 19 heures, mais après je suis disponible. Je crois que je vais rentrer chez moi et me reposer, dit-il. J’ai l’impression que j’en ai besoin. Ah oui c’est vrai, tu te remets de ton « furoncle » ! Ne blague pas avec ça ! Excuse-moi. Et demain ? Demain soir ? Oui. Pas de problème. OK, alors disons à demain soir. On se retrouve au journal vers 18 heures, comme d’habitude ? Ça marche pour moi ! Ils s’embrassèrent, puis il reprit sa voiture pour regagner son domicile de l’île Saint-Louis. Pendant le trajet, il réfléchissait à l’attitude de Ghislaine. Il l’avait rarement vue aussi empressée. Était-elle vraiment jalouse de Sophia ? Il est vrai qu’il y avait de quoi, celle-ci étant à la fois très jolie et mondialement connue pour ses dons de virtuose. Et en plus, elle était docteur en physique nucléaire, et agent secret… Cela faisait beaucoup pour la même personne. De quoi donner le tournis. La canicule était à son point culminant, mais heureusement la Toyota était climatisée. Pas vraiment ça qui allait permettre de combattre le réchauffement climatique, mais de toute façon cela ressemblait de plus en plus à une cause perdue. Arrivé dans l’île Saint-Louis, il ne trouva une place pour se garer qu’à une certaine distance de chez lui. Le trajet était court jusqu’à son domicile, mais il faisait tellement chaud que cela lui suffit pour être en nage. Les rares piétons que l’on croisait dans les rues, touristes aventureux ou Parisiens courageux, étaient tous coiffés d’un chapeau ou parfois d’un simple mouchoir en guise de protection, et ils tenaient une bouteille d’eau à la main, et ce n’était pas du luxe. Il prit le courrier dans la boîte à lettre, puis gagna son appartement et après avoir bu un jus de fruit car il crevait de soif, fonça sous la douche. Il avait eu l’intention de prendre une douche froide, mais en fait l’eau était tiède.

Gouderien

Gouderien

 

Bonsoir de Victor

Bonsoir je voulais passer un coucou à vous tous je trouve le forum plutôt sympa, en ce moment j'ouvre pour l'Afrique si vous voulez participer ou nous aidez rejoignez nous Africaonelovvictor.blogspot.com Parcequ'il sont vraiment extraordinaire et ils en ont besoin. Ont peut vraiment faire quelque chose de bien pour une fois dans l'année, merci à vous, sinon je suis ouvert aux questions j'aime échanger et écrire pour un peu que quelqu'un veuille bien parler avec moi. 
 

Ç'te chance !

Tous vos vers perpétuels m'ennuient : votre somme
Asservie à ma loi, qui nie l'altérité,
Est moins qu'une dague de fer, désincarnée,
Egorgeant les enfants de votre mère – hommes !
 
J’ai tout affronté : vide ou air, feu, terre et eau ;
Et tout couché : la mort, les femmes, le fatum ;
Tout vu : du pic solitaire au secret tombeau…
Ç'te chance, est-ce le son par lequel on me nomme ? J'élève certains, puis réduis d'autres – égaux
Dès qu'il s'agit de venir dans ma main manger,
Ou qu'il s'agit de jouer aux libres mendigots... Vous m'êtes soumis : chez vous, nulle volonté
Mais la peur et l'espoir et les airs saligauds
De qui me donne ou me tente. Hélas, j'ai tourné !
 

J'aime danser (Débutant) ma passion

Bonjour , est ce qu'il serait possible d'avoir votre avis sur ma danse improvisé sur la chanson de taylor swift sur delicate ? Je voudrais savoir si j'ai un on ou un très mauvais niveau ?     Mes mouvements sont très répétitif ou pas et est ce que je danse en rythme ou pas ? Qu'en pensez vous sincèrement ?   Je tiens vraiment à m'amélioré car la danse est ma plus grande passion   Merci ... Je sais que j'ouvre souvent des sujets mais cette fois si je me suis décidé à le laisser ouvert   https://youtu.be/cxmX6vkpeTE

thealex40

thealex40

 

Orteil dans l'eau (tater le terrain)

Bonjour à tous, Ce blog voit le jour parce que nous vivons chacun dans un environnement différent, vous, moi faisons des gestes quotidiens, avons des habitudes mais dans cette routine j'aimerais connaître autre chose, ainsi, je me renseigne sur l'environnement de vie de chacun, qui m'intéresse.  Pour ma part, (si vous vous préoccupez du quotidien d'un inconnu) il y'a presqu'un an j'ai terminé mes études, ma routine du matin se résume à chercher les offres d'emplois susceptibles de correspondre à mon profil. Je n'ai jamais constitué un dossier aussi volumineux sur mon ordinateur composé de CV et de lettres de motivation. Bref, depuis Juin 2017, seuls trois entreprises m'ont contacté et une seule m'a répondu malgré le fait que les autres ont conclu l'entretien sur "on vous contactera quelque soit la réponse" . Je ne sais si leur session de recrutement dure deux mois mais après ce temps aucune réponse ??? Sans illusion, je considère ce silence comme un refus de leur part.  Je sais que je ne suis pas le seul candidat à répondre à ces offres et même que certaines entreprises sont débordées de candidatures mais il faut peu de temps pour générer des messages automatiques refusant notre candidature.  Cet aspect du fonctionnement de recrutement basé sur la sureté et non la prise de risque en osant recruter des collaborateurs sans expériences. Beaucoup d'entre nous ne se satisfont pas de ces méthodes.On ne peut porter notre mécontentement sur l'Etat qui par "leurs réformes" produit du chômage et des emplois précaires.  Je pense que notre système doit changer, la société évolue mais les gouvernements restent encrés dans une constitution vieillie. Ce billet est un appel à l'action en faveur d'une meilleure gestion de notre société en changeant ce qui est pourri. J'en ai assez de ressasser, je souhaite agir mais je sais que seul, je n'ai aucun poids mais à plusieurs, on peut faire de belles choses. Je ne comprend pas pourquoi le peuple français ne s'est toujours pas rebellé contre cette vie misérable que nous propose notre société, mais ce qui pense qu'une action individuelle serait inutile, ce qui pense que ça doit changer. J'ai pour argument que l'histoire nous à montrer que la puissance des foules prévalaient sur la puissance d'un individu. La Révolution française, les combats contre les tyrannies et les dictatures. Toutes sont tombées aucune n'a persisté. La justice naturelle a pris le dessus.  C'est pourquoi, grâce à ces exemples, j'appelle à un rassemblement. Si vous voulez me suivre vers la constitution d'un monde meilleur veuillez me contacter.  Merci à tous.

SuprM

SuprM

 

2036. Chapitre Six : Avant la mission (1).

CHAPITRE VI : AVANT LA MISSION.     Dimanche 3 août 2036. L’établissement où se trouvait Gérald – quelque fut son nom - comportait en son sein une clinique ultra-moderne ; c’est là qu’on le conduisit. On lui fit revêtir une blouse jetable, il abandonna ses chaussures au profit d’une paire de pantoufles analogues, puis on l’assit dans un fauteuil et on lui rasa une large bande de cheveux, autour de l’oreille gauche. Tout cela n’était pas nouveau pour lui : quand, des années plus tôt, on lui avait fixé l’implant qu’il portait actuellement, il avait déjà eu droit au même cérémonial. Puis une infirmière l’emmena en salle d’opérations. On le fit asseoir sur un siège qui ressemblait fichtrement à un fauteuil de dentiste, et on l’inclina au maximum. Et l’anesthésiste arriva. C’était le moment qu’il craignait le plus, car il avait horreur des piqures. Il eut droit théoriquement à une simple anesthésie locale, mais comme l’opération allait toucher une région critique – l’oreille interne – elle était quand même assez puissante. Il sentit l’aiguille s’enfoncer dans la chair du haut de son cou, près de l’oreille, puis il perdit progressivement la notion de ce qui lui arrivait. Sans rien sentir – heureusement – il vit le chirurgien placer le vieil implant dans un plateau métallique, avant de le remplacer par un neuf. La dernière vision qu’il eut avant de sombrer dans l’inconscience fut celle du sang qui recouvrait le minuscule appareil électronique. Il reprit conscience en salle de réveil. Il était assis dans un fauteuil roulant. Il toucha prudemment le côté gauche de sa tête, et constata qu’il était couvert d’un énorme bandage. Pour le moment, il ne sentait toujours rien, mais il savait que cela n’allait pas durer. Ça va ? demanda une infirmière en constatant qu’il était revenu à lui. Elle était brune et potelée ; assez jolie, en fait. Tout ce qu’il parvint à articuler fut une sorte de borborygme inintelligible. Ça ne devait pas avoir l’air très convaincant, car elle plaça sa main devant ses yeux en cachant le pouce et le majeur, et interrogea : Combien j’ai de doigts ? A tout hasard, je dirais un nombre situé entre deux et quatre. J’ai bon ? On va dire que oui. Comment vous sentez-vous ? J’ai l’impression d’être passé sous un train. Vous avez mal ? Non. Pas pour le moment. L’anesthésie fait encore de l’effet. Il regarda sa montre : 9 h 30. Un bon petit-déjeuner m’aiderait à récupérer. On va vous ramener dans votre chambre et on vous en apportera un. Après, vous devrez vous reposer. Ça me paraît un programme alléchant. Une autre infirmière vint le chercher pour le reconduire dans sa chambre. Quelques minutes plus tard, on lui apporta un solide petit-déjeuner, et il se sentit tout de suite mieux, même si ça tête commençait à le faire souffrir. Le commandant Trifaigne, accompagné d’un toubib, lui rendit visite un peu plus tard. Tandis que le médecin l’examinait, l’officier lui annonça la suite du programme des réjouissances : Demain matin, vous assisterez à un briefing, durant lequel on vous donnera des renseignements complémentaires concernant votre mission. Et dans l'après-midi, on vous apprendra à vous servir de votre nouvel implant. Il fonctionne, au moins ? demanda le journaliste. Bien sûr. On a vérifié avant de refermer. Et mardi vous pourrez rentrer chez vous. Et pour mes cheveux, comment ça va se passer ? Ils n’auront jamais repoussé avant le départ en Russie. Vous reviendrez nous voir un jour ou deux avant le départ, et on arrangera ça. De nos jours on fait des postiches pratiquement indétectables. En attendant, vous n’aurez qu’à porter une casquette. Vous n’avez pas trop mal à la tête ? Si, plutôt. J’ai l’impression que toutes les cloches de Notre-Dame carillonnent dans ma tête. On va vous donner des cachets, intervint le médecin. Vous en prendrez deux par jour pendant cinq jours, ça devrait bien calmer les douleurs. Merci. Vous voulez de la lecture ? demanda Trifaigne. C’est pas de refus. On va vous apporter ça. L’officier et le médecin ressortirent. Un peu plus tard, on lui apporta des calmants et une bouteille d’eau minérale. Enfin, un troufion passa comme promis pour lui remettre des magazines d’actualité – enfin, ceux qui possédaient encore une édition papier – et quelques romans policiers. A midi, il eut droit à un nouveau plateau-repas. Après avoir déjeuné en regardant la télévision, il fit la sieste. Quand il se réveilla deux heures plus tard, son mal de tête avait encore gagné en intensité. Il reprit un cachet, et cela alla un peu mieux. Une infirmière vint changer son pansement en fin d’après-midi. Il passa la soirée à lire en regardant la télé, et se coucha tôt.   Lundi 4 août 2036. Quand il se réveilla le lendemain matin après une nuit fiévreuse, il avait un peu moins mal à la tête. On lui apporta son petit-déjeuner, puis le même médecin qu’il avait vu la veille revint, accompagné d’une infirmière. Elle ôta le pansement, et le toubib se pencha sur son oreille gauche afin de l’examiner. Il parut satisfait de ce qu’il voyait, et dit : C’est très bien, dans quelques jours il n’y paraîtra plus. Comment vous sentez-vous? Globalement mieux, sauf que je n'entends rien de l'oreille gauche. C'est normal, l'audition reviendra progressivement. L’infirmière lui remit un pansement, plus léger, et l’autorisa à prendre une douche, à condition qu’il se protège la tête d’une charlotte. Et dans la matinée, on vint le chercher pour le briefing. Celui-ci ne se déroula pas dans la grande salle qu’il connaissait, mais dans une autre pièce, plus petite, comportant juste une table, quelques chaises et un distributeur d’eau dans un coin. Cela aurait pu être la salle de réunion de n’importe quelle entreprise. Le colonel Geffrier était là, ainsi que le commandant Trifaigne et sir Irving Butler. Il y avait également une personne qu’il ne connaissait pas : une petite femme d’un certain âge, toute de rose vêtue, qui parlait avec un accent slave prononcé. On la présenta comme une spécialiste de la Russie. Il fut étonné de l’absence de sa future « coéquipière » Sophia Wenger, mais il en comprit la raison par la suite. Une bonne partie du briefing fut consacrée à une description détaillée de leur future victime – si tout se passait bien -, le professeur Anatoli Visserianovitch Diavol. La petite dame en rose, qui s’appelait Ludmilla Karpaski et qui était une opposante politique russe exilée en France depuis des années, avait jadis travaillé avec ce Diavol, et elle le connaissait bien. Il était né à Volvograd – l’ancienne Stalingrad, siège de l’une des batailles décisives de la Seconde Guerre mondiale. Son père était professeur de mathématiques, et sa mère enseignait l’anglais. Anatoli Diavol avait montré des dispositions étonnantes, dès son plus jeune âge, apprenant à compter, à lire et à écrire au moins un an avant la plupart des enfants de son âge. Il était tellement doué qu’il avait sauté un grand nombre de classes, et réussi son baccalauréat, avec mention, à 14 ans. Il avait ensuite intégré l’université de Moscou, où il avait obtenu – toujours avec les notes les plus brillantes – des diplômes en mathématiques, en physique, en chimie et en informatique. Il avait été embauché à l’accélérateur « Lomonossov » avant même la fin de ses études. Au départ chef d’un département secondaire, il avait gravi tous les échelons de la hiérarchie en cinq ans, avant d’accéder à son poste actuel : directeur de l’Institut russe de recherche en physique expérimentale. Pour un homme d’à peine trente ans, c’était une ascension fulgurante. Comment expliquez-vous une carrière aussi brillante ? demanda Gérald. Qu’a-t-il donc découvert ? Ses ennemis – car il en a, expliqua Ludmilla – justifient sa promotion par ses accointances politiques. Et en effet, il se trouve que son père était un ami d’enfance de l’actuel président russe, Victor Koromenko, qui est lui aussi originaire de Volvograd. Les deux familles se connaissent donc bien. Mais ce n’est qu’une partie de l’explication. En général, on juge un scientifique par ses publications. Diavol a commencé à publier des articles dans des revues scientifiques il y a une douzaine d’années, intervint le commandant Trifaigne. Il n’avait encore que 26 ans quand il a écrit un article qui s’appelait « Matière noire, matière étrange et antimatière : la physique moderne au seuil de l’inconnu ». Cet article a fait sensation, car il annonçait des percées décisives dans des domaines où les savants piétinent depuis des décennies. Mais ensuite il s’est fait plus discret, rédigeant uniquement des opuscules sur des points très techniques, et assez obscurs. Vous pensez qu’on lui a demandé de se taire ? J’en ai bien l’impression. Ce qui fait que nous en sommes réduits aux conjectures. Pas tout à fait, car il y a eu des fuites, encouragées par nos agents de renseignements. Et puis bien sûr, il y a eu l’accident du 18 juillet. Tout à fait, dit Geffrier. Ce qui s’est passé ce jour-là n’a d’ailleurs pas été une totale surprise pour nous, car nous nous y attendions. La surprise est plutôt venue de l’ampleur du phénomène. Nous avons des gens à nous là-bas ? Le colonel haussa les épaules : Vous pensez bien que je ne peux pas répondre à ce genre de question. Mais tous les Services occidentaux coopèrent dans ce domaine. Même ceux des Allemands, avec qui nous ne sommes pas toujours d’accord ces temps-ci. Je croyais que les Allemands étaient au mieux avec les Russes ? Officiellement, oui. Un ange passa. Et à part l’aspect scientifique, qu’est-ce que vous pouvez me dire à propos de cet individu ? demanda le journaliste. C’est un grand sportif, répondit Ludmilla. Il pratique l’équitation, le judo, la natation, l’hiver le ski, tout ça a un très haut niveau. Il a longtemps fait partie de l’équipe olympique russe d’équitation. Et on m’a dit qu’il aimait la musique et les femmes ? Tout à fait, dit Trifaigne. Il est d’ailleurs le compagnon de la chanteuse Patricia Mathieu. Patricia Mathieu ? LA Patricia Mathieu ? Et oui. Patricia Mathieu était une chanteuse française d’une quarantaine d’années. Native d’Arles, elle avait commencé à chanter très jeune, et avait connu un immense succès avant même d’avoir 20 ans. Elle avait enchaîné les tournées à travers le monde, et avait été reçue de façon si chaleureuse en Russie, qu’elle passait désormais une bonne partie de son temps dans ce pays, ce qui fait qu’elle était un peu oubliée en France. Mais dites-moi, et si jamais elle était là, cette Patricia Mathieu, qu’est-ce qui se passerait ? Tout d’abord, précisa Geffrier, au moment où vous arriverez à Smolensk, elle sera en tournée au Japon. Elle est connue pour faire des pauses de temps en temps pour aller retrouver son homme, mais normalement ce n’est pas prévu à cette époque. Vous connaissez donc bien son agenda, remarqua Gérald. Le calendrier de ses tournées est affiché sur son site Internet. Ce n’est pas un secret d'État. Il faut souligner, intervint Ludmilla, que Diavol est connu pour être un coureur de jupons. Les journaux russes se délectent de ses frasques. A priori, la fidélité ne fait pas partie de ses nombreuses qualités. On l’a même accusé de harcèlement sexuel sur plusieurs de ses collaboratrices. Dans un pays occidental, sa carrière aurait été sérieusement compromise par ces affaires, souligna Trifaigne. Mais en Russie, on en rigole plutôt. La mentalité à ce sujet est un peu ce qu’elle était en France il y a une quarantaine d’années, avant le déferlement de la vague de puritanisme venue des États-Unis. Heureux pays ! s’exclama Gérald. Patricia Mathieu, de son côté, est renommée pour être jalouse, expliqua Ludmilla. Alors ça doit faire des étincelles ! Comme vous dites. Les scènes de ménage entre Diavol et sa chanteuse font les délices de la presse russe à scandale. Je vois. Je crois que je commence à cerner le personnage. Et au sujet de la musique ? C’est un mélomane averti. Il adore surtout le piano. Il en joue lui-même, d’ailleurs. Assez mal. On ne peut pas être doué pour tout, conclut le journaliste. A moins de s’appeler Sophia Wenger, naturellement. Bizarrement, sa petite plaisanterie ne fit rire personne. Il eut même l’impression que l’atmosphère de la salle se refroidissait sensiblement. Sir Irving Butler, qui n’avait pas dit un mot jusque-là, se contentant d’écouter leur conversation, toussota, comme pour rappeler sa présence. Vous avez quelque chose à ajouter, sir Irving ? demanda le colonel aimablement. Oui, dit l’intéressé en regardant Gérald. Ce jour-là, il était vêtu d’un costume trois pièces écossais en laine, avec une cravate pourpre impeccablement nouée autour du cou. A croire que cet homme n’était pas sensible à la chaleur étouffante qui, d’après les informations, continuait à peser sur Paris et la plus grande partie de la France. Puisque nous en sommes à ce genre de choses, commença-t-il, je ne voudrais pas que notre jeune ami se fasse des idées à propos de Miss Wenger. Comment ça, des idées ? interrogea le journaliste, surpris. Oui, des idées. Miss Wenger est très séduisante, et l’on sait que les voyages favorisent les rapprochements. Mais je vous déconseille d’essayer d’avoir… une relation intime avec elle. L’idée ne m’en était pas venue jusque-là, répliqua Gérald avec la plus parfaite mauvaise foi. Mais si jamais elle me venait, je ne crois pas que j’irai vous demander votre avis, surtout si nous nous trouvions à ce moment-là au cœur de la Russie. Le vieil homme secoua la tête. Vous ne me comprenez pas bien. Je dis ça dans votre propre intérêt. Miss Wenger est une personne très brillante, comme vous avez pu vous en rendre compte. Mais… elle souffre d’autisme. Quoi ? Oui, elle est atteinte de ce qu’on appelle, je crois – je suis loin d’être un spécialiste – le syndrome d’Asperger. Ses réactions peuvent parfois être inattendues. Et violentes. Sur le coup, Gérald avala sans broncher cette salade, qui expliquait en grande partie cette impression de bizarrerie que l’on ressentait au contact de la pianiste britannique. Gérald Jacquet était un homme plutôt plus intelligent que la moyenne, et il était assez calé dans un certain nombre de domaines : histoire, géographie, politique, géopolitique, armement et tout ce qui concernait les affaires militaires, langues, musique en général et musique classique en particulier. Mais il n’entendait que goutte à ce qui concernait la médecine et les maladies mentales. Il avait vaguement entendu parler du syndrome d’Asperger, qui faisait partie de ces maladies à la mode bien commodes pour expliquer des comportements jugés autrefois aberrants. Les victimes de ce syndrome étaient handicapées dans la vie sociale, mais par contre développaient parfois des dons extraordinaires dans tel ou tel domaine artistique, scientifique ou autre. Parmi les malades célèbres avérés ou seulement supposés, on citait des personnalités très diverses : Isaac Newton, Charles Darwin, Albert Einstein, le poète Yeats, le président Jefferson, le général confédéré « Stonewall » Jackson, le pianiste Glenn Gould, le champion d’échecs Bobby Fischer, le fondateur de « Facebook » Mark Zuckerberg etc. S’il avait été plus au fait des réalités de cette maladie, Gérald aurait compris tout de suite qu’on lui racontait des bobards. Mais il crut aux paroles de sir Irving. D’ailleurs, si on lui avait dit la vérité, il se serait enfui en courant…

Gouderien

Gouderien

 

La vie est belle

Hier, dominicale balade en centre ville,
J'y ai vu un graffiti, trônant fièrement
Sur un panneau de pub, expression malhabile
Ecrite à la va-vite, à côté d'un mendiant. Ainsi était tracé, parmi de petits coeurs,
Parmi la pollution, le gris, l'odeur de merde,
"La vie est belle" et c'était joyeux comme un choeur
De pieux scouts en camping - avant qu'ils ne se perdent. Pour d'autres, "la vie est dure" ; cela s'avoue
De plus en plus. Zut, voici que le rire afflue :
En cette époque où l'absurde est au garde-à-vous,
J'avais omis que ce refrain m'était connu. Lalala vie est belle...
Lalala vie est dure...
J'y crois, d'ailleurs j'ai renommé ma bite Vie
Car c'est mon zèle, c'est mon hure, c'est mon vit.
Oui j'avais oublié, ceux qui disaient "on t'aime",
Ces parents qui m'imaginaient comme eux : esclave.
Puis ceux des autres, noyés en dettes... problèmes...
Faisant des enfants, leur souhaitant d'être des caves. De leurs gamètes, voulant la reproduction :
Excuse bidon habituelle ? L'amour
En point de mire, sans aucune réflexion,
Juste inconscience, belles fesses, cerveau gourd. Citoyens ! Si vous désirez vous reproduire !
Au choix : commencez par changer de société
Ou devenez riches, donnez un avenir
À qui vous forcez de vivre, puis décéder. Lalala vie est belle...
Lalala vie est dure...
J'y crois, d'ailleurs j'ai renommé ma bite Vie
Car c'est mon zèle, c'est mon hure, c'est mon vit.
Mon refrain ? Pour ne pas le laisser dans les limbes,
Le coucher par écrit de peur qu'il ne s'envole.
Reste à trouver une musique qui le nimbe
Bien : j'aurai l'air de rien, et même les paroles. Comment font-ils donc pour se convaincre du mieux -
Voire du meilleur - que le monde ouvre les bras
À leurs engeances, à leurs ventres, à leurs yeux :
Ils se voudraient moutons, se révèlent cobras. Le temps les mènera sans doute à la raison :
L'horizon fini, sa ligne sera trompeuse.
En attendant, je lis leurs idées, leur graillon.
L'optimisme ? Toujours pas maladie honteuse. Lalala vie est belle...
Lalala vie est dure...
J'y crois, d'ailleurs j'ai renommé ma bite Vie
Vu qu'elle est ridée, flasque, enfin manque d'envie.      
 

J'aime chanter (débutant)

Bonsoir , est ce qu'il serait possible d'avoir votre avis sur ma reprise des fréro delavega sur ton visage ? Je prends des cours de chant et j'aimerais vraiment m'améliorer   Je voudrais avoir votre avis concernant la justesse et le rythme , est ce que c'est audible à écouter ou pas ? Qu'en pensez vous ?   J'ai vraiment très envie de m'améliorer car j'aime chanter   Merci  

thealex40

thealex40

 

pour rire.

Tiens le téléphone sonne.  -allo. - c'est toi ? -évidemment que c'est moi qui veux tu que ce soit . - salut Pascou. - salut Gaston. C'est un voisin, je l'appelle Gaston comme la gaffe , mais ce n'est pas son vrai prénom. Il habite une ferme un peu plus loin, un peu rustique mais sympa. - pourquoi tu m’appelles toujours Gaston, tu sais bien que j'ai horreur de ça , j'ai eu un chien de chasse nommé Gaston, en dehors de rapporter des mulots, bernique ! Bernique c'est une de ses expressions ! Bon qu'est que tu veux Gaston avant d'aller à la chasse aux mulots ? Oh ! Te fous pas de ma figure. Non je déconne, alors ? Les granulés ! Quoi les granulés ? Ils ne brûlent pas. Pourquoi veux tu brûler des granulés ? Pour me chauffer. Ah ! Tu veux dire des pellets ? Oui, mais si je veux dire des granulés. Comme tu veux , et alors ils ont quoi tes granulés ? Les pellets tu veux dire ? Oui, t'es chiant ! ma  gazelle (c'est sa femme)voulait un poêle à pellets , j'ai cédé tu sais bien elle m'a eu à l'usure sinon bernique pour la bagatelle, tu sais ce que c'est ? Je suis un gentleman, même si je sais comment elle fonctionne je ne cafte pas ! Que t'es con ! Bon tu peux venir voir, ce matin il marchait du feu de dieu et depuis ce midi elle .a fait le plein ça fume, ça pue et ça ne chauffe pas, elle est au coiffeur , si j'ai déglingué son bordel, je suis mort ! Ok ! Prépare un café je viens voir. La ferme de Gaston, c'est un vrai tableau ancien, il y a encore le vieux silo à betteraves en ajoncs à l'entrée de la cour, authentique je dirais, un écolo avant l'heure mais pas par idéologie,  par rébellion, contre le progrès, bref passé de la cuisinière à bois de ses parents au poêle à pellets il a fallu qu'elle galope la gazelle. Salut Gaston ! Pascou. Vl'a la bête, en me montrant de sa main , authentique aussi, le beau poêle à pellets. Bon alors, on boit le café ou on désosse la bête tout suite ! T'es con ou quoi va pas l'achever cause la gazelle va remuer dans les brancards, tu la connais? Tu veux des confidences ou on répare ? On boit le café et une petite goutte, ça détresse avant l'opération. Le café et le pousse et on se penche au chevet du patient, j'ouvre la porte, je prends une poignée de pellets, et comme le rebouteux renifle les selles et les urines, je dis : -ton poêle n'a pas l'air de digérer tes granulés ! Il fronce les sourcils se gratte le crane signe dune grande réflexion. tu crois qu'il est cuit ? Je ne sais pas mes tes pellets pas du tout ! Tu les stokes où ? Sous le hangar. t'es sûr qu'ils ne sont pas humides ? Tu me poses de ces questions, j'en sais rien je n'y connais rien, c'est le deuxième jour qu'elle le met en route, c'est elle la spécialiste. Viens ,on va aller voir comment ils sont stockés ! Sous le hangar, une palette et dessus des sacs de 15 kilos de pellets, dont un ouvert. Je prend une poignée et je lui montre. et ?  Qu'il fait. Tu ne vois pas la différence ? Non ! Vas chercher une poignée dans le poêle. Il revient avec une bonne poignée, et la ça saute aux yeux, la différence de taille n'est pas franchement flagrante mais ils sont plus gros.   c'est quoi tes granulés ? Oh  gast, qu'est ce qu'elle a fait comme gourance. Ça sent la luzerne on dirait, c'est ça que je cherchais tout à l'heure . Oh ! Putain, elle a mis le reste du sac de granulés pour le poney. Oui, pauvre poney s'il mange des pellets, il va péter des flammes. Finalement tu avais raison en disant des granulés, mon Gaston, et mes amitiés à ta gazelle, il ne te reste plus qu'à le vider et le rallumer avec des pellets et pas de granulés, ce n'est pas bon pour ce qu'il a , je te fais une ordonnance ?  

PASCOU

PASCOU

 

Apprendre à chanter (Débutant)

Bonjour , est ce qu'il serait possible d'avoir votre avis sur ma reprise de slimane sur viens on s'aime ? Je prends des cours de chant et j'ai vraiment très envie de m'améliorer   Je voudrais avoir votre avis concernant la justesse et le rythme de ma voix ? Est ce que je chante juste ou faux et est ce que je suis en rythme ou pas ?   Qu'en pensez vous vraiment ?   Merci     

thealex40

thealex40

 

Apprendre à chanter (Débutant)

Bonsoir , est ce qu'il serait possible d'avoir votre avis sur mon chant car je prends des cours de chant et que j'ai très envie de m'améliorer Je prends des cours de chant et j'ai très envie de m'améliorer   Je voudrais avoir votre avis concernant la justesse et le rythme de mon chant ? Est ce que je suis horrible à écouter ou pas tant que ça ?   J'ai vraiment envie de m'améliorer car je ne chante que pour le plaisir de chanter   Qu'en pensez vous ? Je ne supprimerais pas cette fois si   Merci       

thealex40

thealex40

 

2036. Chapitre Cinq : Rendez-vous à l'hôtel Crillon (8).

C’est ce qu’ils firent, en effet, levant leurs verres à la réussite de la mission. Voilà ce qui va se passer, expliqua le colonel. Sophia, que voici, part pour la Russie à la fin du mois, pour une tournée de trois semaines, prévue depuis longtemps. Les principales étapes sont : Moscou, ensuite une croisière d’une semaine par les voies navigables entre Moscou et Saint-Pétersbourg, puis Saint-Pétersbourg, Smolensk, Voronej, Ekaterinbourg, enfin Novossibirsk. Sauf qu’en fait la tournée ne dépassera pas Smolensk, précisa Trifaigne. Parce que notre ami Diavol possède une datcha dans la région. Il ne pourra pas résister à la tentation de venir voir le concert de Sophia, et l’invitera dans sa maison. Et là, elle le tuera, conclut sir Irving. Vous êtes bien sûrs de vous, commenta Gérald. Et si jamais il ne venait pas ? Aucune chance, répliqua Geffrier. Une aussi jolie femme et bonne musicienne que Sophia, il ne pourra pas résister. C’est comme quand vous placez sous le nez de votre chat une assiette de sa pâtée favorite : même s’il n’a pas vraiment faim, il ne peut pas se retenir d’y goûter. D’ailleurs je sais que Diavol est un de mes admirateurs, dit la jeune femme. Il m’a déjà écrit. Et j’espère que vous lui avez répondu, ma chère ? demanda Geffrier. Of course ! Tout ça c’est bien gentil, déclara le journaliste, qui commençait à s’impatienter, mais vous ne m’avez toujours pas dit quel est mon rôle dans cette histoire ! C’est pourtant évident, annonça Geffrier : vous, vous êtes le reporter qui accompagne Sophia pendant sa tournée, et envoie de temps en temps des articles à son journal. En bref, vous êtes là pour apporter la touche finale à la couverture de notre agent, et aussi lui donner un coup de main si nécessaire. Qu’en pensez-vous ? interrogea Trifaigne. J’en pense que c’est complètement dingue. Et, imaginons que l’on parvienne à tuer votre savant fou : je suppose que les Russes ne vont pas être particulièrement ravis ! Bien sûr. C’est pourquoi il est très important que la mort de Diavol passe pour un accident : ni la France ni la Grande-Bretagne ne peuvent s’offrir le luxe d’une guerre avec la Russie. Sophia séduira Diavol, continua Geffrier, ce qui ne devrait pas être trop compliqué ; et quand elle se retrouvera seule avec lui, elle lui injectera un produit léthal et indétectable, que nous lui aurons fourni au préalable. Des milliers d’hommes meurent chaque année en faisant l’amour, poursuivit Trifaigne. Même des hommes de l’âge de Diavol. Ça n’aura rien d’invraisemblable. Pour les Romains, c’était l’une des meilleures façons de quitter la vie. Et si les Russes ne croient pas à la version de l’accident ? demanda Gérald. Un silence gêné régna un instant dans la pièce. Geffrier se resservit un autre whisky. Alors, dit-il, nous monterons une opération spéciale pour vous libérer. Il n’est pas question que nous vous laissions aux mains des Russes. Mais espérons que nous n’aurons pas à en arriver là. En serez-vous, mon ami ? demanda sir Irving. Gérald hésita. Pour gagner du temps, il se resservit de porto, et mangea quelques cacahuètes. Jamais dans sa vie il ne s’était trouvé confronté à un tel choix. Ça porte un nom votre truc, finit-il par dire : c’est un piège à con. In english : a booby trap. D’un autre côté, si personne ne se bouge, l’avenir pourrait bien se terminer bientôt. C’est juste que… je n’ai pas envie de vous dire non, mais je ne suis pas certain d’avoir les épaules pour faire ça. Pourtant vous avez de larges épaules, mon cher, déclara Sophia d’un ton appréciateur. Je ne sais pas si cela peut vous motiver, dit Trifaigne, mais en cas de succès de la mission, vous recevrez une prime substantielle. De quel ordre ? Au moins une année de votre salaire habituel de journaliste. C’est gentil, mais je ne suis pas un homme d’argent. D’ailleurs j’ai une autre question. Allez-y. Et l’accélérateur « Lomonossov », vous en faites quoi ? C’est bien de buter le cerveau, mais comme on dit, deux précautions valent mieux qu’une. Trifaigne regarda Geffrier, lequel regarda à son tour sir Irving… qui haussa les épaules. Comme nous vous l’avons dit, commença le colonel, l’accélérateur « Lomonossov » a été sérieusement endommagé au cours de l’expérience de juillet, et il ne sera pas opérationnel avant plusieurs mois. Nous disposons donc d’un petit délai pour agir. Nous croyons que la mort de Diavol portera un coup fatal à la recherche russe en physique des particules. Mais, continua Trifaigne, vous avez raison, il ne faut rien laisser au hasard. La destruction de l’accélérateur a déjà été envisagée. Mais vous comprendrez bien que moins vous en saurez à ce sujet, mieux cela vaudra pour tout le monde. Vous devez vous concentrer sur votre objectif. J’ai compris. J’ai droit à une autre question ? Ne vous gênez pas, dit le commandant d’un ton jovial. Nous sommes là pour ça. Pourquoi moi ?       Geffrier sourit :  C’est pourtant évident, non ? Vous êtes un ancien agent de nos Services, et en plus vous êtes un journaliste connu, ce qui fait déjà de vous le membre d’une élite très restreinte. Si à cela on ajoute que vous parlez russe... Disons que je le baragouine, plutôt. Ne soyez pas trop modeste, intervint Trifaigne. ...Et que vous vous intéressez à la musique classique, termina le colonel, alors votre nom s’imposait. De plus, notre amie Sophia pense le plus grand bien de vous. Vu sous cet angle…       Par la suite, Gérald se demanda souvent pour quelle raison il avait fini par accepter. Il en arriva à la conclusion qu’il devait être bourré.   Excellent, excellent ! dit sir Irving en se frottant les mains. Bien entendu, au cas où les choses tourneraient mal, nous avons prévu pour vous une assurance-vie très avantageuse. Ça me rassure vachement ! grommela le journaliste. A ce moment, à sa grande surprise, et pour la première fois depuis qu’il la connaissait, Sophia Wenger s’approcha de lui et lui claqua deux bises sonores sur les joues. Il trouva qu’elle avait les lèvres froides. En quel honneur ? demanda-t-il. Elle ne l’avait pas habitué à une telle familiarité. Eh bien, pour fêter la constitution de notre équipe. Vous avez raison. D’ailleurs, on va trinquer. Il remplit à nouveau son verre, et le leva, imité par la jeune femme. For the king ! lança-t-elle d'une voix forte. Un peu étonné, il fit comme elle, aussitôt suivi par sir Irving, quasiment au garde-à-vous, puis par les deux militaires français. Trifaigne toussota. Hum, dit-il, je ne voudrais pas casser l’ambiance, mais il faut que nous abordions un point délicat. Oui ? fit Gérald, qui avait un mauvais pressentiment. Vous portez un implant. C’était plus une affirmation qu’une question. C’est exact, reconnut le journaliste. Malheureusement, s’il est, comme je le crains, de l’ancien modèle, il va falloir le modifier. Pourquoi ? Parce qu’il comporte une puce GPS, qui vous rend beaucoup trop repérable. Si jamais les choses tournaient mal et que vous deviez vous enfuir, les Russes vous retrouveraient tout de suite. Vous allez être opéré, l’ancien implant sera retiré et nous vous en installerons un nouveau, indétectable. De plus, ainsi, nous pourrons communiquer avec vous sans que nos communications soient interceptées. Gérald avait la bouche sèche. Et ça va se passer quand ? demanda-t-il, peu rassuré. Le plus rapidement possible. Nous avons une clinique, ici. Vous allez passer la nuit dans ces locaux, et demain matin un chirurgien vous opérera. Rassurez-vous, ce sera rapide. Et dès mardi vous pourrez rentrer chez vous. Ça m’ennuie, je n’ai pas d’affaires de toilette, pas de vêtements de rechange… Ne vous en faites pas, vous trouverez tout le nécessaire dans votre chambre. Je dois dire que j’avais déjà songé à me faire enlever ce truc, mais pas pour le remplacer par un modèle plus performant. Et Sophie ? Quoi, Sophie ? Elle n’a pas d’implant, elle ? Bien sûr que si, déclara l’intéressée. Et ne vous en faites pas, je suis parfaitement équipée. Encore une chose, demanda Gérald. Oui ? fit Trifaigne. J’ai promis à ma fille de l’emmener en voyage en Italie. Juste quelques jours. Ça pourra se faire ? Bien sûr, répondit Geffrier. Vous ne partirez en Russie qu’à la fin du mois. Si vous allez juste en Italie, il n’y a pas de problème. Mais il faudra que nous sachions toujours où vous vous trouvez. Normalement, nous devons aller à Venise. Aucun problème, dit Trifaigne. Le départ aura lieu le vendredi 29 août. Ça vous laisse le temps d’aller voir Venise. Bien entendu, pas un mot à qui que ce soit de ce que vous venez d’entendre. Évidemment. Mais dites-moi, il ne faut pas un visa, pour se rendre en Russie ? Si. Mais nous l’avons déjà demandé en votre nom. Vous devriez le recevoir ces jours-ci. Vous étiez décidément bien sûr de vous. Certaines personnes qui vous connaissent bien nous avaient assuré que vous accepteriez. Il songea tout de suite à Ghislaine. Quelle cachottière, celle-là ! Si vous n’y voyez pas d’inconvénients, dit Geffrier, nous allons interrompre ici cette réunion. Gérald, pendant que vous serez dans nos locaux, vous assisterez à un briefing complémentaire, où nous vous apprendrons tout ce que vous devez savoir au sujet de cette mission. Je vais appeler quelqu’un pour vous conduire dans votre chambre. Je pourrai téléphoner ? Oui oui, pas de problème. Deux minutes plus tard, une caporale en uniforme de l'armée de terre, appelée par le colonel, pénétra dans la salle. Charlotte, dit Geffrier, vous allez conduire notre ami Jacquet dans la chambre qui a été préparée à son intention. A vos ordres, colonel. Gérald salua tout le monde et fit la bise à Sophia ; comme il sortait, Trifaigne déclara : Nous nous reverrons bientôt. La jeune militaire, blonde, les cheveux coupés court – bien sûr – lui fit prendre l’ascenseur. Ils s’arrêtèrent à l’étage du dessus. Elle l’entraîna dans un dédale de couloirs, où circulaient des tas de gens à l’air affairé, les uns en uniforme, les autres en civil. Enfin elle s’arrêta devant une porte à l’aspect tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Elle l’ouvrit. A l’intérieur, il découvrit une chambre spacieuse, spartiate mais correctement meublée. Une fenêtre donnait sur la rue Saint-Dominique. Je pourrais avoir quelque chose à manger ? demanda-t-il. Il se rendait compte brusquement qu’il avait pas mal bu, et s’il avait grignoté des cacahuètes et quelques olives, c’était largement insuffisant pour le rassasier. Bien sûr, dit-elle, on va vous apporter ça. Par contre, demain matin, on viendra vous chercher à 7 heures pour l’opération, et il faudra que vous soyez à jeun. OK. Merci. De rien. En attendant son repas, il fit le tour du propriétaire. Dans une penderie, il trouva des affaires de toilettes et des vêtements à sa taille. Il était impossible d’ouvrir la fenêtre, ce qui ne l’étonna guère. D’ailleurs, la porte aussi était hermétiquement fermée. Ce n’est pas qu’il ait eu envie de foutre le camp – après tout, et quitte à s’en mordre les doigts, il avait accepté la mission – mais cela lui donnait la désagréable impression d’être un rat enfermé dans une cage de laboratoire.  Comme l’ensemble des locaux, la chambre était climatisée, et sentait le désinfectant. Il y avait des toilettes, et une salle de bains rustique. L’ensemble était propre et digne d’un hôtel de catégorie moyenne. Dix minutes plus tard, un autre troufion vint lui livrer un plateau-repas. C’était presque la copie conforme de ce que l’on mange chez « Air France », et il supposa que le fournisseur devait être le même. Tout en mangeant, il appela son père, pour le prévenir qu’il restait quelques jours de plus que prévu à Paris. Philippe lui passa ensuite sa fille : Ça va papa ? demanda-t-elle. Oui, mon ange. Tu reviens quand ? Mardi ou mercredi, je ne sais pas encore. Tu t’es occupé des vacances en Italie ? Pas encore. Mais je vais y penser. J’espère bien ! Maman m’a encore appelée, pour que je rentre chez elle. Mais j’ai dit non. C’est bien. Papa ? Oui. Tu as une voix bizarre. Ah ? A mon avis, c’est le téléphone qui fait ça. Il aurait bien aimé lui en dire plus, mais il était persuadé que leur conversation était écoutée, et il devait se montrer discret. D’ailleurs, à partir de maintenant, il allait devoir surveiller chacune de ses paroles. Il dit encore : A bientôt mon ange ; je t’embrasse. Il eut le temps de l’entendre répondre « A bientôt papa », puis il raccrocha. Il appela ensuite Ghislaine. Alors, il paraît que tu as prévu pour moi trois semaines de reportage en Russie ? demanda-t-il. Oui, dit-elle. J’ai pensé qu’en ces temps de canicule, ça te ferait du bien de changer d’air. Tu es une mère pour moi. N’est-ce pas ? Et en plus, tu vas voyager en galante compagnie. Oui, j’ai appris ça. Tu n’es pas jalouse ? Pourquoi ? Je devrais ? Jusqu’à présent, non. Mais il peut se passer bien des choses, en voyage. Il y eut un instant de silence. Puis elle dit : Avant de rentrer dans ta campagne, passe me voir au journal. OK, pas de problème. A bientôt. A bientôt. Bises. Et il raccrocha. Cette nuit-là, il dormit assez mal. Il avait trop bu, et il avait mal à la tête. En plus il appréhendait l’opération du lendemain. D’une manière générale, il fréquentait peu les médecins, surtout pour des affaires aussi sérieuses. Et cette histoire de nouvel implant le turlupinait. Au fond, il ignorait ce qu’on allait lui mettre dans la tête. Et cela n’avait rien de rassurant. Enfin le jour se leva, et il sortit du lit. Il eut juste le temps de faire un brin de toilette, avant qu’on vienne le chercher.              

Gouderien

Gouderien

 

Soirée saucisse chez Juliette



J’assure ma prestation "Chippendale" chez Juliette

Comme précisé dans le contrat signé entre Clémentine et Juliette, j’arrive à 19 h30 avec ma mobylette bleue. Clémentine et Juliette sont dans le jardin. Elles m’attendent. Je suis invité à mettre ma mobylette bleue à la cave. Comme chaque samedi soir, ce seront encore une fois les WC qui me serviront de loges pour me préparer.

Ce soir, c’est l’anniversaire de Juliette. Etudiante à la Fuck de droit, Juliette fête ses 19 ans avec ses copines. A cet effet, elle a organisé cette festivité en invitant une vingtaine d’étudiantes de la Fuck de droit, comme elle. C’est Clémentine, mon agent artistique et mon manager qui a supervisé l’ensemble des préparatifs et les détails.

Nous sommes tous les trois, Clémentine, Juliette et moi, dans les WC. Je m’habille avec mon premier costume. Clémentine m’aide à chausser mes palmes de plongée sous-marine que je porte systématiquement et à chaque fois. Au dehors, nous entendons venir les premières arrivantes. Juliette, en hôtesse, nous laisse pour aller les accueillir.

Clémentine, elle aussi m’abandonne car elle assure le rôle de "Disc-Jockey". Je termine de me coiffer, me poudrer. Il est 20 h. J’arrive. Je suis déguisé en "Roi Soleil", le grand Louis XIV. Je grimpe sur scène. Je fais des courbettes. Juliette me rejoint. Elle s’empare du micro pour me présenter. Il y a déjà de très nombreux applaudissements.

< Bonsoir les filles. Je vous présente Maître Gilbert, le monsieur des saucisses ! > fait Juliette me tenant par la main. Dans la salle, c’est l’effervescence. < La saucisse ! La saucisse ! On veut la saucisse ! On la veut ! > hurlent les filles. Je commence en interprétant "Les petits pains au chocolat" de Jo Dassin que je chante en dialecte Autrichien.

Je parcours la scène de gauche à droite et de droite à gauche en faisant mon "Moon-Walk" façon Michael Jackson. Dans l’assemblée, c’est le délire. Les filles chantent le refrain avec moi. J’attaque avec "Gaston" de Nino Ferrer. J’ai beaucoup de mal à effectuer un pas de danse correct chaussé de mes palmes de plongée sous-marine. C’est dur.

Des filles montent sur scène. C’est la pagaille. Une d’entre elles s’empare de ma perruque de "Roi Soleil", Louis XIV. Une autre essaie de m’arracher ma cape d’hermine. Je saute de scène. Fuir. Clémentine et Juliette m’accompagnent. Des filles tambourinent contre la porte en beuglant : < Ta saucisse, on veut ta saucisse Louis machin truc, vite ! >

Enfin les choses se calment. Pendant que je fais pipi, Juliette tente d’ajuster la ficelle de mon string doré à paillettes. La lectrice qui suit avec passion mes prestations sait que je porte mon string doré à l’envers avec la ficelle devant. Aussi, Juliette a toutes les peines du monde pour mettre la ficelle bien droite. Clémentine tente de l’aider un peu.

Je sors pour attaquer la seconde partie de mon spectacle. Je suis déguisé en docteur Arnold AlbertSchweitzer. Je ne porte qu’une blouse blanche sur mon string doré. Chaussé de mes palmes de plongée c’est du plus bel effet. J’attaque avec "Maladie d’amour" de la Compagnie Créole que je chante en Mandarin ancien du XVIème siècle.

Rapidement la pagaille recommence. Mon succès est tel que nombre de petites culottes tombent autour de moi. Je reçois même un soutien-gorge 95 b qui m’empêche de voir. Une fille monte sur scène et m’arrache ma blouse. Une autre m’arrache mon string. Me voilà complètement à poil juste chaussé de mes palmes noires de plongée.

Il me faut fuir. Clémentine, Juliette et moi, nous nous enfermons dans les WC à double tour. Je fais enfin pipi. Clémentine m’enfile. Elle m’enfile mes collants roses et me fixe la grande plume mauve derrière, en l’enfonçant. Je garde toujours mes palmes de plongée. Ce sont un peu mes portes-bonheur, mes fétiches, mes amulettes sacrées.

Des filles cognent de toutes leurs forces contre la porte. < On veut ta saucisse ! > hurlent-elles de concert. Furies. Enfin, cela semble se calmer un peu. J’y retourne pour terminer le show. Je grimpe sur scène avec un pas de danse. J’attaque avec "Tata Yoyo" de Annie Cordy que je chante en dialecte Finlandais du XVIIème siècle. C’est formidable.

Hélas, c’est sans compter avec l’excitation considérable qui gagne l’assemblée. Une fois encore je suis obligé de fuir. Une fille m’a arraché mes collants. Une autre agite fièrement mon string comme un trophée. Nous nous enfermons. Clémentine, Juliette et moi, nous attendons une demi-heure au moins avant que tout redevienne normal. Silence.

Il est temps d’y retourner pour le rituel de la photo souvenir. Clémentine fixe son appareil photo sur le trépieds. Les filles m’entourent. Elles me tiennent pas les hanches, d’autres par les épaules ou encore par les poils pubiens. Moi, au milieu, j’agite jésuitiquement ma superbe saucisse de Morteau dont le jus, à cause des projecteurs, gicle de tous côtés.

Nous voilà enfin seuls, Clémentine, Juliette et moi. Juliette ramasse les petites culottes trempées qui traînent au sol. Certaines, trempées, collent sous les chaises ou il faut passer la serpillère. Clémentine agite un nouveau contrat. < Samedi prochain, tu assures la soirée chez Céline, pour ses 19 ans ! > me fait-elle avec un clin d’œil et le chèque.

Quand tout est en ordre, vers minuit, Juliette regarde ma saucisse de Morteau avec envie. Du jus gras en suinte. < C’est quoi, qui colle au bout ? On dirait du "Chaussée-aux-Moines ? > me demande t-elle en la reniflant à plein nez. Je lui révèle la nature exacte du "Chaussée-aux-Moine. < Vieux salop ! > s’écrie t-elle avant de se régaler, ravie…

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-GILBERT-

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2036. Chapitre Cinq : Rendez-vous à l'hôtel Crillon (7).

Comment ça, ma cible ? demanda Gérald. Eh bien, en d’autres mots, l’homme qu’il vous faudra tuer. Mais rassurez-vous, ce ne sera pas à vous de faire ça. Qu’a-t-il fait pour mériter la mort ? Nous allons y venir. Terminez, Mathieu. A vos ordres. Le film reprit son cours ; de toute façon, il était bientôt terminé. Il s’acheva par une proclamation à la gloire de la science russe, sur fond d’hymne national. Une nouvelle fois, les lumières se rallumèrent. Et de deux ! s’exclama Geffrier. Nous avons fait le plus dur. Vous verrez, le troisième film est bien plus court. D’ailleurs vous le connaissez peut-être déjà. Encore une histoire d’accélérateur de particules ? demanda Gérald. Si l’on veut, oui. C’est un film anglais qui s’appelle « Quatre scénarios pour la fin du monde », précisa Serreules. Vous l’avez peut-être déjà vu, ça date de 2008, et on le trouve facilement sur « Youtube ». Oui, dit Gérald, ça me dit quelque chose. En fait, poursuivit Serreules, c’est juste le quatrième épisode qui nous intéresse. Ça raconte une expérience scientifique qui tourne mal. Très mal, même. Je vois ce que vous voulez dire. Mathieu, c’est à vous. Et pour la troisième fois, les lumières s’éteignirent.   Pour ceux qui, par hasard, ne connaîtraient pas ce film (que l’on peut effectivement visionner sur « Youtube »), en voici un bref résumé : un scientifique, britannique on peut le supposer, qui vient par ailleurs de regarder les trois premiers « scénarios » sur son écran, rejoint son laboratoire, devant lequel des gens manifestent pour protester contre le danger représenté par une prochaine expérience. Ledit laboratoire est en fait un accélérateur de particules. Un reportage à la télévision explique les craintes de certains physiciens à propos de l’expérience, qui pourrait faire surgir des particules de « matière étrange », (« Killer strangelets » en VO), un agglomérat qui présente la particularité terrifiante d’attirer tous les atomes environnants et de les convertir en matière étrange, et qui donc pourrait entraîner la destruction de la Terre.  L’expérience se déroule… et comme on le redoutait fait surgir une sorte de boule de matière inconnue, qui dévore tout autour d’elle et grossit au fur et à mesure, provoquant l’apocalypse redoutée. C’est un film court mais très bien fait et angoissant.  On ralluma les lumières, et il y eut un instant de silence. Je suppose que vous ne m’avez pas montré ce film sans raison ? interrogea le journaliste. Bien entendu, déclara le commandant Trifaigne. Ce que vous venez de voir s’est effectivement produit à l’accélérateur « Lomonossov », dans la nuit du 17 au 18 juillet de cette année. Gérald réalisa soudain : C’était la nuit de la panne, et de la collision de Roissy ? Je vois que vous commencez à comprendre, remarqua Serreules. Mais, une question idiote : si ça… cette catastrophe, s’est produite, comment se fait-il que nous soyons encore ici pour en parler ? Parce que, intervint Emma Courson, pour quelque raison inconnue, le phénomène s’est interrompu au bout de quatre secondes – ce qui a suffi pour provoquer la mort de huit savants ou techniciens russes, ainsi que des dégâts considérables aux installations. Mathieu, reprit Serreules, vous allez rediffuser ce film, mais en vous arrêtant exactement à 4 minutes 47. A vos ordres, dit l’opérateur. Une fois de plus on fit l’obscurité, puis le film fut projeté à nouveau, mais Mathieu l’arrêta pile au moment demandé, c’est-à-dire quand le visage d’un technicien paniqué apparaissait sur un écran, criant : « Coupez le jus, vite, l’expérience a échoué ». Merci Mathieu, dit Trifaigne. Ce sera tout pour ce soir. Vous pouvez éteindre votre ordinateur et sortir. Merci commandant. Les lumières se rallumèrent. Le grand écran mural s’éteignit, puis le nommé Mathieu sortit de la salle. Voilà, dit Serreules, les choses en sont restées là. Apparemment, remarqua Gérald, quelqu’un a « coupé le jus », pour reprendre l’expression employée dans le film. Oui, approuva Emma Courson, on peut le supposer, même s’il y a d’autres explications possibles. Il n’est pas inimaginable que le phénomène se soit arrêté de lui-même. Malgré sa brève durée, les dommages ont tout de même été très importants, enfin pour ce qu’on en sait : parce que bien évidemment, les autorités russes ne s’en sont pas vantées. D’après nos informateurs, les trois accélérateurs du site « Lomonossov » ont subi des dégâts considérables, qui nécessiteront de trois à six mois de réparation. Et ce n’est pas tout, ajouta Trifaigne. Dans une certaine mesure, l’« incident » a eu des effets comparables à ceux d’une éruption solaire de grande ampleur, sur une large partie du réseau électrique européen. Dans la région de Smolensk et en Biélorussie, des transformateurs ont été détruits, des lignes électriques ont grillé. Et il y a eu une panne générale de tout ce qui fonctionne à l’électricité, qui a duré d’un quart d’heure à 30 secondes, suivant l’éloignement du site. Je vous laisse imaginer tous les accidents que cela a pu entraîner, dans les trains, les voitures, et aussi les avions, bien entendu. D’où la collision des deux appareils, conclut Gérald. Voilà. Il y eut un instant de silence. Et cette « matière étrange » dont il était question dans le film, elle existe ? demanda le journaliste. Je présume que depuis que ce film a été réalisé, on en sait un peu plus à ce sujet ? Elle existe… peut-être, répondit la physicienne sans se mouiller. Comprenez-bien, nous sommes là dans un domaine qui, jusque récemment, n’avait pas dépassé le stade de la théorie. Un strangelet est un état hypothétique de la matière nucléaire. Hypothétique ? Donc nous ne sommes même pas certains que ça existe ? La matière étrange pourrait – je dis bien pourrait - constituer une des composantes des étoiles à neutrons, à l'intérieur desquelles la pression due à l'attraction gravitationnelle est très importante. La physique actuelle ne permet pas de trancher avec certitude sur cette question. A moins que les Russes n’aient réussi une percée fulgurante dans ce domaine ? L’inconnu assis au fond de la salle, et dont Gérald avait quasiment oublié la présence, toussota discrètement. That’s the question ! lança Serreules. En fait nous n’en savons rien. Nous ne sommes même pas sûrs de l’origine du problème rencontré par les scientifiques russes. Il n’y a que deux choses dont nous soyons certains, et croyez-moi la seconde est diablement inquiétante. Je crois que je peux deviner quelle est la première, dit Gérald : ça s’est produit. Tout juste. Et l’autre point, c’est que malgré les pertes en vies humaines et les destructions, l’expérience a été considérée comme un succès ! Comment ça, un succès ? demanda Gérald. Oui, dans la mesure où elle a confirmé les théories des physiciens russes. Et comprenez bien que cette « matière étrange », ou quelque nom qu’on lui donne, malgré sa dangerosité, pourrait représenter, si l’on parvenait à la domestiquer, une source d’énergie infinie, ou bien l’explosif de nouvelles armes auprès desquelles la bombe nucléaire serait aussi désuète que l’arbalète. Ça paraît fou. Comment pourrait-on « domestiquer », comme vous dites, une matière qui attire à elle et transforme tous les atomes environnants ? Sur le plan théorique, ce n’est pas impossible, intervint le professeur Courson. Par exemple, en la confinant à l’aide d’un champ magnétique dans un conteneur où on aurait auparavant fait le vide intégral. C’est ainsi qu’on procède avec l’antimatière. Car il existe de l’antimatière ? s’étonna Gérald. Bien entendu. Pour l’instant on ne la produit qu’en quantités infimes et à grands frais, mais on a bon espoir d’améliorer le rendement dans les années à venir. Mon cher Jacquet, vous devriez lire plus souvent les pages scientifiques de votre propre journal, commenta Geffrier en rigolant. S’il vous plaît, revenons à nos moutons, déclara le commandant Trifaigne en fronçant les sourcils. Vous comprenez maintenant que nos bons amis russes, et en particulier ce cher professeur Diavol dont vous avez vu la photo tout à l’heure, n’ont qu’une hâte, c’est de réparer leurs petites machines et de recommencer. Et la prochaine fois, vous craignez qu’on n’arrive pas à « couper le jus » à temps, supposa le journaliste. Voilà. C’est ici que vous intervenez. Sauf que je me demande bien en quoi je pourrais vous être utile. Ces messieurs vont vous expliquer tout ça, répliqua Serreules, et en particulier notre invité, qui commence à s’impatienter dans son coin. Moi je vais vous laisser, les modalités pratiques de la mission ne me concernent pas. Mouais, songea le journaliste, sceptique. En fait, cette sortie de Serreules signifiait plutôt qu’il voulait pouvoir dire qu’il n’était pas au courant – et donc le Premier ministre non plus -, si jamais les choses tournaient mal. L’homme prit la veste qui reposait sur le dossier de sa chaise, l’enfila, puis il ramassa sa serviette et, avec un grand sourire, serra la main de Gérald. Bonne chance mon garçon, dit-il en partant. Oui, j’en aurai besoin. Le conseiller, qui s’apprêtait à ouvrir la porte, se retourna : Nous en aurons tous besoin ! Puis il sortit. Emma Courson l’imita, après avoir dit aurevoir à Gérald. Le troufion qui montait la garde près de la porte sortit lui aussi. Ne restaient plus que Geffrier, de la DGSE, et Trifaigne, de la DCR. Et aussi l’énigmatique personnage dissimulé dans l’ombre au fond de la salle. Bien, dit Trifaigne. Maintenant que les civils sont partis, nous allons pouvoir parler sérieusement. On vous a expliqué le « Pourquoi ? », maintenant nous allons évoquer le « Quoi ? », le « Quand ? » et le « Comment ? » Avez-vous soif ? demanda Geffrier. Pourquoi pas ? dit Gérald. Je dois dire qu’après tout ce que je viens d’apprendre, je prendrais bien quelque chose de fort. C’est prévu. L’officier s’approcha d’un petit frigo mural que Gérald n’avait pas remarqué jusque-là, et en sortit une bouteille de whisky et une de porto, ainsi que des glaçons. Puis il prit dans un placard quatre verres, des cacahuètes salées et des olives. Gérald était en train de se faire la réflexion qu’ils n’étaient que trois, quand la voix du personnage dissimulé dans l’ombre retentit pour la première fois : Si c’est l’heure du whisky, alors que je crois qu’il est temps que je vous rejoigne. L’homme, qui parlait avec un fort accent anglais, se leva, fit quelques pas dans leur direction et apparut enfin en pleine lumière. Il n’était pas très grand, presque chauve avec des favoris blancs, et portait malgré la chaleur un costume trois pièces en tweed d’une étrange couleur tirant sur le rose, avec une cravate vert pâle nouée autour du cou. Il s’approcha du journaliste, et lui tendit la main : How do you do, my friend ? Ces Messieurs-dame ne vous ont pas trop assommé ? Non, balbutia Gérald, impressionné par le nouveau venu. Enchanté de vous rencontrer. Voici sir Irving Butler, déclara sentencieusement le commandant Trifaigne. Et j’exerce le coupable métier de directeur du MI6, les Services secrets de Sa Majesté, termina l'intéressé. Et si nous goûtions ce fameux whisky ? Le commandant Trifaigne déboucha la bouteille, et commença à remplir les verres. Merci, mais je préfère le porto, dit Gérald en se servant un verre de Ramos Pinto Vintage. Qu’est-ce que c’est ? demanda avec curiosité sir Irving Butler en examinant la bouteille que tenait le commandant. Hibiki ? What kind of shit is this ? Du whisky japonais, répondit Trifaigne. Vous verrez, il est excellent. My goodness ! s’exclama le directeur du MI6. L’Angleterre a déclaré des guerres pour moins que ça ! N’exagérez pas, dit Geffrier. Et si nous trinquions, plutôt ? A quoi allons-nous trinquer ? demanda Trifaigne. Au succès de la mission, je présume, répondit Gérald. Mais il manque encore mon coéquipier. Étant donné la présence de sir Irving, je suppose qu’il sera anglais? Vous supposez bien, admit Geffrier. Sauf que ce sera une coéquipière. A cet instant, en entendant les paroles du colonel, le journaliste sut avec certitude de qui il parlait – même si cela lui semblait totalement délirant. Et alors, il s’entendit prononcer cette phrase : Dans ce cas, qu’est-ce que vous attendez pour la faire entrer ? Ça me paraît une bonne idée, dit Geffrier en se dirigeant vers la porte, tandis que Trifaigne sortait un nouveau verre du placard. Le colonel ouvrit la lourde porte, et dit : Please come in, Sophia. Et la belle entra. Sans doute pour passer inaperçue, elle était vêtue d’une robe jaune informe, coiffée d’un bob vert, et chaussée de tongs ; elle portait de grosses lunettes de soleil. Hello everybody, lança-t-elle à la cantonade. Nice to see you again, dit sir Irving Butler. Vous arrivez juste à temps pour trinquer avec nous. Je vous conseille le porto, à moins que vous n’aimiez les boissons exotiques. Elle serra la main des trois Français. En tendant la main à Gérald, elle dit : Vraiment, le monde est petit ! Comme vous dites ! répliqua le journaliste. Ainsi, en plus d’être pianiste, chanteuse lyrique et adepte des arts martiaux, vous êtes aussi agent secret ? Et bien d’autres choses encore ! répondit sir Irving à la place de la jeune femme. Mais vous le découvrirez petit à petit. Notre amie Sophia est une surdouée. Nous avons un terme en français pour définir ce genre de personne, déclara Geffrier : polymathe. Oui, le mot est le même en anglais. Le plus connu des polymathes est Leonardo da Vinci, naturellement. Vous peignez, aussi ? demanda Gérald. Elle fit la moue : Jusqu’à présent, je n’ai guère eu le loisir d’essayer. Mais je dessine pas trop mal. Eh bien, je serai content de faire équipe avec une surdouée. Vous vous y connaissez en physique ? Je possède un ou deux diplômes dans ce domaine. Ne faites pas la modeste, dit sir Irving. Sophia est docteur en physique nucléaire. Mais ses connaissances scientifiques ne seront sans doute qu’un atout accessoire, au cours de cette mission. Nous comptons plus sur son charme, et sur ses talents de musicienne. Il faut expliquer, intervint Trifaigne, que le professeur Diavol, que l’on surnomme déjà l’« Einstein russe », bien qu’il n’ait que 37 ans, est lui aussi un surdoué. Nous pensons que les récentes percées de la science russe peuvent lui être en grande partie imputées. Mais cet homme, en plus de la physique, a deux passions, dont nous espérons bien pouvoir tirer profit : les femmes, et la musique.  Et moi, demanda Gérald, qu'Est-ce que je viens faire là-dedans? Nous allons y venir, répondit Geffrier. Mais d'abord, si nous trinquions?            

Gouderien

Gouderien

 

J'aime danser (débutant)

Bonjour , est ce qu'il serait possible d'avoir votre avis sur ma danse sur amir sur les rues de ma peine ? Je voudrais savoir si j'ai un bon ou un mauvais niveau ?   Mes mouvements sont très répétitif ou pas et est ce que je danse en rythme ou pas ? Qu'en pensez vous sincèrement ?   J'ai très envie de m'améliorer car j'aime énormément danser   Merci Alystair    

thealex40

thealex40

 

J'aime danser (débutant)

Bonsoir , est ce qu'il serait possible d'avoir votre avis sur ma danse improvisé sur la chanson de the chainsmokers sur paris ? Je voudrais savoir si j'ai un bon ou un très mauvais niveau ?   Mes mouvements sont répétitif ou pas et est ce que je danse en rythme ou pas ? Qu'en pensez vous sincèrement ?   Merci ...      

thealex40

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J'aime chanter (Débutant)

Bonjour , est ce qu'il serait possible d'avoir votre avis sur mon chant sur ma reprise de vianney sur dumbo ?
Je prends des cours de chant et j'ai très envie de m'améliorer Je voudrais avoir votre avis concernant la justesse et le rythme de ma voix ?
Est ce que je chante juste ou faux et est ce que je suis en rythme ou pas ? Qu'en pensez vous sincèrement ? J'ai vraiment envie de m'améliorer car je suis passionné de chant Merci ...
https://youtu.be/qfj13cs9b5Y

thealex40

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J'aime chanter (Débutant)

Bonjour , est ce qu'il serait possible d'avoir votre avis sur ma passion sur le chant sur ma reprise de vianney sur dumbo ?
Je prends des cours de chant et j'ai très envie de m'améliorer car j'aime chanter uniquement pour le plaisir Je voudrais savoir si je chante juste ou très faux et est ce que je chante en rythme ou pas ?
Ma voix est horrible à écouter ou pas tant que ça  J'ai vraiment envie d'avancer pour afin m'améliorer , j'aime vraiment chanter même si ce n'est pas encore parfait Qu'en pensez vous ? Merci ...    

thealex40

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2036. Chapitre Cinq : Rendez-vous à l'hôtel Crillon (6).

Durant les 45 minutes suivantes, Gérald, comme les autres participants de cette étrange réunion – sauf qu’eux connaissaient déjà le sujet – suivit, avec plus ou moins d’attention, le documentaire projeté. Ce film, qui avait été réalisé pour la télévision, remontait à une quinzaine d’années. Son titre était : « Le Grand collisionneur de hadrons » ; avec en sous-titre : « Des installations géantes pour traquer l’infiniment petit ». On commençait par expliquer comment était né le CERN : après la Seconde Guerre mondiale, la science européenne, autrefois triomphante, était tombée au plus bas. Et parmi toutes ces disciplines scientifiques en détresse on comptait la recherche en physique. Pourtant ni les idées ni les hommes ne manquaient. Un savant français, Louis de Broglie (prix Nobel de physique 1929) prit alors l’initiative, en 1949, de créer un laboratoire scientifique européen. En 1952, avec le soutien de l’UNESCO, onze gouvernements européens s’associèrent pour créer le Conseil européen pour la recherche nucléaire, ou CERN. On choisit d’implanter ses installations en Suisse. Les premiers travaux pour la construction du laboratoire du CERN et de son accélérateur commencèrent en mai 1954. En 1957, le premier accélérateur, le Synchro-Cyclotron à protons, fut mis en service, suivi trois ans plus tard du premier gros accélérateur, le Synchrotron à Protons. En 1965, le gouvernement français donna son accord pour que les installations du CERN s’agrandissent en débordant sur le sol français. Dans les années 70, d’autres installations et laboratoires, toujours plus perfectionnés, entrèrent en service : les anneaux de stockage à intersections ou ISR, une chambre à bulles à hydrogène, enfin le Super Synchrotron à Protons (SPS), de 7 kilomètres de circonférence. En 1981 on décida de construire le « Large Electron Positron collider” (LEP ou « Grand Collisionneur Électrons-Positrons » en français), dans un tunnel d'une circonférence de 27 kilomètres. Il était alors le plus grand accélérateur de particules du monde. Il fut inauguré le 13 novembre 1989. Ce n'est qu'avec le LHC ou « Large Hadron Collider » (« Grand collisionneur de hadrons »), mis en service en septembre 2008 et qui réutilisait son tunnel, qu'il fut détrôné. Pour ceux qui se demanderaient ce que peut bien être un hadron, c’est (dixit la « Wikipédia ») « un composé de particules subatomiques régi par l'interaction forte ». Une grande partie du film montrait les travaux gigantesques qu’il avait fallu réaliser pour installer le LHC, dont la construction avait été décidée en 1994. Il avait d’abord fallu démonter le LEP, puisque son successeur le LHC allait utiliser le même tunnel. Ce démontage, qui commença en mai 2001, fut loin d’être une petite affaire. Une fois le tunnel libéré, la construction du « Large Hadron Collider » put enfin débuter. Il entra en service le  10 septembre 2008. Sept détecteurs de particules, dont quatre de très grande taille, étaient installés sur cet accélérateur, à savoir ATLAS, CMS, TOTEM, LHCb, ALICE, LHCf et MoEDAL. A ce moment, c’était le plus important accélérateur de particules au monde. Il conserva cette position pendant une douzaine d’années, avant d’être détrôné par l’accélérateur "Lomonossov" (du nom d’un célèbre savant russe, fondateur de l’université de Moscou), inauguré en 2021, qui était situé près de Smolensk, en Russie, et qui était encore en 2036 le plus grand du monde. Gérald suivait ce documentaire d’un œil distrait, en se demandant en quoi tout cela le concernait. D’ailleurs il était nul en physique. Mais quand il entendit – une fois de plus – parler de la Russie, le signal d’alarme résonna à nouveau dans sa tête, et il redoubla d’attention. En vain, d’ailleurs. Le reste du film proposait une visite guidée du LHC, incroyable machinerie faite d’interminables tuyaux bleus et gris qui filaient dans des tunnels sans fin, et d’installations qui semblaient tout droit sorties d’un film de science-fiction. Pour égayer un peu la chose, le narrateur citait quelques anecdotes, comme celle de la fouine qui s’était introduite fin avril 2016 dans les tunnels, endommageant un transformateur et provoquant une « perturbation électrique », interrompant pendant quelques jours la course folle des particules dans un système qui, autrement, ne s’arrêtait jamais pendant plusieurs années de suite. Personne ne disait ce qu’il était advenu de cet animal, mais on pouvait supposer le pire. On évoquait aussi, mais plutôt pour s’en moquer, les craintes qu’avait suscitées l’entrée en service du LHC. Le 21 mars 2008, deux Américains, Walter L. Wagner et Luis Sancho avaient  intenté un procès au CERN devant la cour d'Honolulu à Hawaï, au motif que le collisionneur pourrait se révéler dommageable d'une manière ou d'une autre, par exemple en créant un trou noir. Leur plainte avait été jugée recevable, pour être ensuite définitivement rejetée. Une autre plainte fut déposée, fin  août 2008, en Europe, devant la Cour européenne des droits de l'Homme de Strasbourg pour les mêmes raisons. La plainte fut finalement rejetée quelques jours plus tard. À la suite de ces affaires, plusieurs chercheurs, puis le  CERN, publièrent divers documents sur la  sécurité du LHC, concluant que l'accélérateur était sûr. Le principal argument mis en avant était que la haute atmosphère terrestre, et en fait tous les corps célestes, sont continuellement bombardés de particules très énergétiques, les rayons cosmiques. L'énergie dégagée par ces collisions peut parfois être bien supérieure à celle mise en jeu dans un accélérateur de particules sur Terre comme le LHC, aussi sont-ils certains que quels que soient les effets secondaires de ces réactions, ils ne seront pas dangereux pour la biosphère, sans quoi elle n'aurait pu se développer pendant plusieurs milliards d'années.     La crainte que des collisions de particules élémentaires donnent lieu à un événement catastrophique n'était pas nouvelle, elle remontait à près de dix ans. En 2000, lors de la mise en service du collisionneur d'ions lourds « Realistic Heavy Ion Collider » (RHIC) du Laboratoire national de Brookhaven (État de New York), le physicien espagnol  Alvaro de Rujula et deux de ses collaborateurs avaient imaginé un scénario catastrophe susceptible, en principe, de provoquer la destruction de la Terre. L'affaire avait à l'époque également suscité suffisamment d'intérêt pour nécessiter une analyse détaillée expliquant l'innocuité d'une telle expérience. Le célèbre physicien anglais Stephen Hawking, après avoir exposé, en 2008, ses raisons de penser que l’on n’observerait pas le fameux « boson de Higgs », s'était exprimé sur ses craintes à l'égard de cette particule, en 2014 : « Le boson de Higgs a le potentiel inquiétant de devenir métastable à des énergies dépassant les 100 milliards de gigaélectron volt. Cela pourrait dire que l'univers pourrait subir une désintégration du vide catastrophique, avec une bulle s'étendant à la vitesse de la lumière. [...] Cela pourrait se produire à tout moment et nous ne le verrions pas venir. » Mais les défenseurs de l’accélérateur objectèrent que des collisions à 100 milliards de GeV par proton requerraient un accélérateur de la taille de la Terre. Au cours des années suivantes, diverses expériences avaient mis en évidence l’existence du boson de Higgs – que certains avaient baptisé « la particule de Dieu » -, sans provoquer pour cela les catastrophes redoutées. Le film se poursuivait en rappelant que le CERN avait joué un rôle essentiel dans la création d’Internet. On présentait ensuite un panorama des recherches en cours, y compris sur d’autres particules encore plus mystérieuses que le boson de Higgs. La conclusion évoquait l’avenir du site, et le remplacement du LHC par un « VLHC » (« Very Large Hadron Collider »). Cette fois on n’allait pas déconstruire les installations existantes, ce qui aurait représenté un travail colossal, mais simplement les agrandir et les perfectionner.  Et les lumières se rallumèrent. Qu’avez-vous pensé de ce film, Monsieur Jacquet ? demanda le commandant Trifaigne. Euh… commença-t-il. En fait, j’ai compris un mot sur deux. Vous savez, j’ai peur que vous ne vous adressiez pas à la bonne personne. J’étais déjà mauvais en physique au lycée, et ça ne s’est pas amélioré depuis. L’officier sourit : Ça n’a strictement aucune importance, parce que la personne qui vous accompagnera est très calée, elle, dans ce domaine. C’était la première fois que l’on faisait allusion à cette « seconde personne », et il se demanda à qui il allait être associé. Le colonel Geffrier intervint à son tour : Monsieur Jacquet, avez-vous entendu parler du « Concordoff » ? Là, Gérald retrouvait un domaine qui lui était plus familier : Tout à fait. C’était le Tupolev 144, la version soviétique du « Concorde ». On l’avait appelé ainsi en raison de la troublante ressemblance qu’il présentait avec le supersonique français. Absolument, dit Geffrier. Et savez-vous d’où venait cette similitude ? Bien sûr. A l’époque où on a conçu le « Concorde », c’est-à-dire dans les années soixante, les espions soviétiques sévissaient à l’Ouest dans tous les domaines, y compris naturellement en aéronautique. En bref, les Soviétiques se sont contentés de nous piquer les plans du « Concorde ». Et vous savez comment ça c’est fini ? Évidemment. Ce qu’ils ignoraient, c’est que nous savions qu’ils nous espionnaient. Et donc on leur a refilé des plans légèrement modifiés. Et le résultat a été la catastrophe du 3 juin 1973, quand le Tupolev 144 s’est écrasé au cours du salon du Bourget, devant les caméras de télévision du monde entier. C’est une triste histoire, remarqua Serreules. Sur le moment on s’est cru très malins, mais en fait s’il avait existé un second supersonique sur le marché, les Américains auraient eu beaucoup plus de mal à torpiller la carrière du « Concorde », ainsi qu’ils l’ont fait. Mais nous ne sommes pas venus ici pour évoquer l’histoire de l’aviation. Le deuxième film que nous allons vous projeter est beaucoup plus court que le premier, et il vous montrera à quoi ressemble l’accélérateur « Lomonossov ». C’est actuellement le plus grand du monde dans son genre, même si le VLHC dont il était question dans le premier documentaire le surpassera certainement quand il sera terminé. Vous vous demandez certainement quel est le rapport avec l’histoire du « Concordoff » ? Effectivement. Ce fut au tour d’Emma Courson de parler : Le CERN comprend un certain nombre de pays, essentiellement européens, mais il y a aussi des pays « observateurs ». Le Japon depuis 1995, les États-Unis depuis 1997, etc. La Russie en fait partie. Ces nations apportent un concours financier, et en contrepartie ont accès à toute la documentation concernant les expériences qui ont pu être effectuées grâce à leur argent. Je crois que je vous vois venir, dit Gérald. Geffrier prit la suite : Depuis la chute de l’URSS, les Russes n’ont pas perdu leurs mauvaises habitudes, et leurs agents de renseignement continuent à sévir dans le monde entier, espionnant tout et n’importe quoi. Donc, il y a environ 25 ans, quand ils ont commencé à s’intéresser au CERN, quelqu’un chez nous s’est dit que c’était un prétexte pour copier notre technologie afin de la reproduire dans leur pays, comme dans le cas du « Concorde ». Et alors ? Alors on leur a fourni une documentation revue et corrigée. C’était idiot, dans un sens, parce que les installations du CERN servent principalement à la recherche pure, et n’ont pas d’application militaire. Mais bon, c’est ce qui a été fait, et une fois de plus nous nous sommes plantés. Comment ça ? Ce fut Emma Courson qui répondit : Apparemment, nos documents modifiés ont ouvert de nouvelles voies de recherche aux physiciens russes. C’est ainsi qu’ils ont pu construire « Lomonossov », qui est plus puissant que tout ce que nous avions réalisé jusque-là. Mais ce n’est pas le seul problème. Les Russes ont obtenu des avancées foudroyantes dans des domaines où nous ne faisions jusque-là que balbutier. Mais eux, ils savent protéger leurs secrets. Les savants russes ne publient qu’une partie de leurs travaux – ce que le pouvoir les autorise à divulguer. Le reste demeure secret. Sauf, dit Serreules, que de nos jours il devient de plus en plus difficile de conserver un secret. Et puis, nous avons nous aussi nos espions, et nos hackers. Quand je dis « nous », il faut comprendre les Occidentaux en général, pas seulement les Français. Ce qui fait, poursuivit le professeur Courson, que nous avons une assez bonne idée de l’état des recherches en Russie. Et ce que nous savons n’est pas fait pour nous rassurer. Pourquoi ? demanda Gérald d’un air innocent. Parce que, dit Serreules, les Russes jouent avec le feu. Vous vous souvenez du documentaire, et des craintes exprimées par certains scientifiques à propos des accélérateurs de particules ? A l’époque, ces histoires étaient ridicules. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Mais faisons les choses dans l’ordre. Nous allons vous projeter un petit film russe, sous-titré en anglais – je suppose que vous êtes anglophone ? Of course I am ! Perfect. Mais avant, nous allons faire une pause. Peut-être voudriez-vous boire quelque chose ? Ce n’est pas de refus. Gérald avait la gorge sèche, et il demanda un jus de fruit. Quand tout le monde eut exprimé ses souhaits, Geffrier donna un coup de téléphone, et quelques minutes plus tard un planton frappa à la porte, portant les boissons sur un plateau. Dix minutes plus tard, la pause terminée, on éteignit à nouveau les lumières, et la projection du deuxième film commença. Gérald connaissait un peu le russe, mais pas assez pour suivre le commentaire ; heureusement, il y avait les sous-titres. Le documentaire s’appelait « Le Grand accélérateur », et racontait la construction et la mise en service de ce qui était à présent la plus grande installation de ce type dans le monde. Le site choisi se situait non loin de Smolensk, à l’ouest de la Russie, près de la frontière biélorusse. L’accélérateur "Lomonossov", qui était couramment appelé « la Machine de Krasny », du nom de la localité la plus proche, avait demandé une douzaine d’années de travail. Commencé en 2008, il avait été inauguré en grande pompe par le président russe en mai 2021. En fait il n’y avait pas un mais trois accélérateurs, reliés ensemble et fonctionnant conjointement : par ordre de taille, « Petite Ourse », « Grande Ourse », et « Stalin Bolchoï », c’est-à-dire « Staline le Grand ». Victor Koromenko, président de la fédération de Russie depuis 2026, était, plus encore que ses prédécesseurs Vladimir Poutine et Youri Medvedev, un nostalgique de l’URSS et un admirateur de ce que l’on appelait « l'ère de la grandeur soviétique ». On passait sous silence les millions de morts du stalinisme, les déportations, les famines et les pénuries généralisées pour ne retenir que les aspects positifs du règne du « Petit père des peuples » : le développement du pays, la victoire dans la Seconde Guerre mondiale, le rayonnement international et le plein emploi. Le film montrait la construction de la « Machine de Krasny », et particulièrement de « Staline le Grand » qui, avec une circonférence de 43 kilomètres, dépassait tout ce qui existait dans le monde. On disait d’ailleurs qu’il s’étendait en partie en territoire biélorusse, ce qui n’était pas étonnant car les deux pays entretenaient des relations très amicales. Comme dans le cas du CERN, la plupart des installations étaient souterraines. Par contre le commentaire était beaucoup moins prolixe en ce qui concerne les expériences menées ; on mentionnait seulement des avancées décisives dans la recherche du fameux boson de Higgs, ainsi que des tentatives prometteuses visant à découvrir ce qu’était la mystérieuse « matière noire », dont les travaux des physiciens avaient démontré qu’elle était l’un des principaux constituants de l’univers. Le film approchait de sa fin, quand apparut sur l’écran un personnage en blouse blanche, souriant, l’air d’un tennisman plutôt que d’un scientifique, et qui présentait une certaine ressemblance avec l’ancien président de la République française Emmanuel Macron. Le commentaire précisait qu’il s’agissait du professeur Anatoli Visserianovitch Diavol, directeur de l’IRRPE, « Institut russe de recherche en physique expérimentale ». Mathieu, arrêtez-vous un instant sur cette image, ordonna Serreules. Le militaire s’exécuta, et la photo du physicien russe s’immobilisa sur l’écran. Regardez bien cet homme, déclara Trifaigne d’une voix grave, et n’oubliez pas son visage. Pourquoi ? parvint à balbutier Gérald, qui pressentait le pire. Ce sera votre cible.

Gouderien

Gouderien

 

2036. Chapitre Cinq : Rendez-vous à l'hôtel Crillon (5).

Après avoir longuement hésité, Gérald s’habilla en gris clair, avec une chemisette blanche : sobre, classique et surtout léger, en raison de la chaleur. Il arriva dans les studios de Nation2, à Saint-Cloud, peu avant 18 heures. Sophia Wenger était déjà là, et ils se saluèrent. Il rencontra brièvement Roland Viellepousse, le journaliste qui devait les interviewer ; c’était un bellâtre blond et ignorant, qui avait la sale manie de couper systématiquement la parole à ses invités dès qu’ils étaient un peu trop diserts à son goût. Puis on l’emmena se faire maquiller, ce qui fut assez long. Sophia et lui se retrouvèrent ensuite dans une pièce proche du plateau, où on leur servit des rafraîchissements ; une télévision accrochée au mur diffusait le programme de Nation2. La jeune femme était plus belle que jamais, vêtue d’une robe rouge fuchsia qui découvrait ses bras et ses jambes. Avant qu’on ne les invite à entrer sur le plateau, ils durent subir le journal de Roland Viellepousse, durant lequel le présentateur, avec une satisfaction visible, énuméra les catastrophes du jour : guerre civile aux États-Unis et en Chine, famine en Afrique, tremblement de terre à Java, ouragan force 6 aux Caraïbes, accident de chemin de fer en Italie, canicule record sur l’Europe, etc. Enfin ce fut à eux. Gérald envisageait ce passage à la télévision comme une corvée, mais il était en-dessous de la vérité, car ce fut bien pire. D’abord le présentateur n’en avait que pour la belle musicienne, et c’est à peine s’il eut l’occasion de placer un mot. Par contre, on voulut à tout prix lui faire dire qu’il y avait quelque chose entre Sophia et lui, et il eut toutes les peines du monde à tenter de rétablir la vérité. Il faisait très chaud sur le plateau en raison des projecteurs, et bientôt, l’énervement aidant, il se retrouva en sueur ; Sophia, elle, était fraîche comme une rose, comme d’habitude. Elle parla de son prochain concert à Paris et de sa future tournée en Russie, et l’incorrigible Viellepousse demanda à Gérald s’il en serait. Pas à ma connaissance, non, répondit-il. Comme quoi tout le monde peut se tromper. On avait installé un piano sur le plateau, et on demanda à la jeune femme de jouer quelque chose ; elle choisit un morceau de Schumann, et ce fut le moment le plus agréable de cette soirée. Mais le pire, c’est qu’ensuite on fit venir des invités : Paul Ricquert, un idéologue du Front patriotique, et pour équilibrer les choses – car Nation2 se voulait une chaîne de télévision politiquement neutre, même si tout le monde savait de quel côté elle penchait en fait – Christelle Ragot, une mégère d’extrême gauche légèrement timbrée, vaguement écrivaine mais dont personne ne lisait plus les livres depuis longtemps. Naturellement Ricquert attaqua sur la question des clandestins, tandis que Ragot les couvrait d’injures, Sophia et lui, pour avoir tué trois Africains innocents. Puis les deux invités s’engueulèrent entre eux, et l’émission s’acheva dans le chaos le plus total. En sortant du plateau, on les invita à boire un verre, mais malheureusement la harpie Ragot était encore là, ce qui gâcha un peu l’ambiance. Et puis ils quittèrent les studios, et il eut à peine le temps de dire au revoir à la pianiste – « See you soon » lança-t-elle en s’éloignant -, que les appels commencèrent à se succéder : d’abord son père, qui voulait aller casser la gueule à cette Christelle Ragot, puis Ghislaine, qui l’avait trouvé très bien, et puis le magazine « Closer », immédiatement suivi par « Grazia » : l’un et l’autre voulaient à toute force faire un reportage sur Sophia et lui ; il refusa sèchement. Il rentra chez lui très énervé, et la perspective de son rendez-vous du lendemain n’était pas faite pour le calmer.   Samedi 2 août 2036. Le lendemain, Gérald était d’une humeur massacrante. Il tourna toute la matinée chez lui comme un lion en cage, déjeuna rapidement, puis se décida à sortir en début d’après-midi. Il avait mis ses Ray-ban, à la fois en raison du soleil et pour ne pas qu’on le reconnaisse. Il alla au musée du Louvre, qui était sur son chemin ; au moins y faisait-il un peu plus frais, sauf sous la fameuse pyramide, où on aurait pu faire pousser des bananes. Il passa devant de nombreux tableaux sans les voir, tellement il était obsédé par son rendez-vous à venir. Vers 16 h 20, il ressortit, prit sa voiture et alla se garer place de la Concorde, ce qui lui prit un moment. A 16 h 45, il pénétra dans le célèbre hôtel Crillon (pour être précis : hôtel de Crillon), et se mit à la recherche du fameux bar « les Ambassadeurs ». Cela faisait une éternité qu’il n’était pas venu ici, mais il se repéra facilement. Comme il était un peu en avance, il décida de s’offrir un verre. Une Vodka-Martini avec une rondelle de citron, commanda-t-il au serveur ; au shaker, pas à la cuiller. C’était une des boissons favorites de James Bond, et ça faisait très longtemps qu’il avait envie de dire ça ; c’était le moment où jamais. Il était en train de déguster son cocktail en admirant la décoration du bar quand, à 17 heures précises, un grand type en costume gris impeccable, cravate bleue nouée autour du cou malgré la canicule, s’approcha de lui. Monsieur Jacquet ? demanda-t-il d’un ton aimable. Lui-même. L’homme lui montra, rapidement et discrètement, une carte avec sa photo barrée de tricolore ; il eut le temps de lire « Colonel François Geffrier » et en-dessous : « DGSE ». On vous attend, déclara l’officier. Gérald n’eut que le temps de finir sa Vodka. Il voulut la payer, mais l’homme dit : On s’en occupera. Alors il le suivit.   Ils gagnèrent une berline Citroën noire, qui était garée non loin du palace. Ils montèrent à l’arrière, et le chauffeur démarra aussitôt. Où allons-nous ? demanda le journaliste. Dans les locaux de mon service, rue Saint-Dominique. Cela faisait longtemps que le ministère de la Défense avait déménagé ailleurs, mais apparemment il avait conservé quelques annexes dans cette célèbre rue de la rive gauche. C’était le mois d’août, et la circulation était assez fluide. Il ne leur fallut qu’une quinzaine de minutes pour parvenir à destination. Ils se garèrent devant le numéro 16, tout près de l’ancien ministère, et le colonel invita Gérald à descendre. C’était un petit immeuble, avec une porte cochère surmontée d’un blason tricolore marqué « RF ». Le colonel tapa un code, puis poussa l’un des montants. Ils entrèrent dans une cour où stationnaient deux factionnaires en uniforme, pistolet-mitrailleur au côté. Entre eux, une porte. Là encore, l’officier dut entrer un code pour entrer. Ils se retrouvèrent dans un couloir, où s’alignaient plusieurs portes de chaque côté ; au bout se trouvait un ascenseur.Geffrier le fit entrer dans une petite pièce sur la gauche ; là, deux fonctionnaires de police vérifièrent l'identité de Gérald, y compris en lui faisant passer un scanner de l’œil. Apparemment satisfaits du résultat, ils les laissèrent continuer leur chemin. Ils gagnèrent l’ascenseur. La cabine, ultra-moderne, était peinte en gris et blanc ; le panneau de commande ne comportait que cinq boutons. Le colonel appuya sur celui du bas. Ils descendirent très rapidement. Toujours sans un mot, l’officier ouvrit la porte et laissa Gérald passer devant. Des couloirs peints en jaune s’ouvraient dans tous les sens, et le journaliste songea qu’il aurait aussi bien pu se trouver dans un hôpital. Naturellement, les locaux étaient climatisés, et cela sentait le désinfectant. Des numéros et des flèches peints en noir en haut des murs permettaient de se repérer. Par ici, indiqua Geffrier en le conduisant vers la gauche. Là encore, des plantons en uniforme montaient la garde à intervalle régulier. Enfin le colonel ouvrit une porte, que rien ne distinguait apparemment des autres, sauf le grand « 1 » peint en haut du mur, juste à côté. Nous y voilà, annonça-t-il. Devant Gérald s’étendait une immense salle, aux murs couverts d’écrans et de cartes ; une vaste table en occupait le centre, et deux hommes et une femme se tenaient assis là ; ils se levèrent en les apercevant. Un peu à l’écart, un bidasse en uniforme était assis devant un ordinateur. Un autre soldat surveillait la porte. Et, tout au fond de la pièce, dans un recoin sombre, un sixième individu était également assis, immobile, le visage dissimulé dans la pénombre. Un grand type taillé en armoire à glace et vêtu d’un costume de prix s’approcha du journaliste et lui tendit la main : Nathan Serreules, conseiller du Premier ministre. Enchanté, marmonna Gérald. Son comparse se présenta à son tour ; il était plus petit et plus âgé, moustachu, le crâne dégarni, et habillé de vêtements plus ordinaires ; il lui serra également la main, d’une poigne énergique : Commandant Lucas Trifaigne, DCR. Ravi de vous rencontrer. La DCR, Gérald le savait, c’était la Direction centrale du Renseignement. Pas précisément n’importe quoi. Enfin l’unique femme du groupe lui tendit la main. Elle devait avoir la quarantaine, portait des lunettes, les cheveux coupés court, et était vêtue d’un tailleur gris. Professeur Emma Courson, déclara-t-elle. Je suis spécialiste en physique nucléaire, et j’appartiens au CERN. Enchanté. Gérald savait que l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire, aussi appelée laboratoire européen pour la physique des particules et couramment désignée sous l'acronyme CERN (du nom du Conseil européen pour la recherche nucléaire, organe provisoire institué en 1952), était le plus grand centre de physique des particules du monde. Même si l’Europe unie n’existait plus, certaines organisations internationales lui avaient survécu ; le CERN en faisait partie. Asseyez-vous, commanda Geffrier. Je crains que nous en ayons pour un moment. Discipliné, le journaliste choisit un siège au hasard, parmi la demi-douzaine qui entourait la table ; ses quatre interlocuteurs s’installèrent dans les autres. Monsieur Jacquet, commença Serreules, qui semblait être le leader du groupe. Avez-vous la moindre idée de la raison pour laquelle nous vous avons fait venir ? Eh bien, déclara Gérald avec hésitation, je suppose que vous avez quelque tâche à me confier ? Que cela arrive quinze ans après mon départ du Service, je dois dire que cela me laisse pantois, mais vous avez certainement vos raisons, bien que je ne distingue pas lesquelles. Serreules regarda ses trois comparses ; il semblait ne pas savoir par où débuter. Puis Trifaigne prit la parole à son tour : Est-il nécessaire de préciser que tout ce que vous allez entendre ici est marqué du sceau du secret le plus absolu ? Que vous acceptiez ou pas la mission que nous allons vous confier, rien de ce que vous allez apprendre ne doit franchir ces murs. C’est évident, dit Gérald. J’ai appartenu aux forces spéciales, puis à la DGSE ; je connais la musique. Je vois que nous sommes sur la même longueur d’onde. Et je suis rassuré de constater que vous me laisserez la possibilité du choix. Bien entendu. Nous sommes entre gens civilisés, tout de même. Évidemment. Bien, dit Serreules. Il désigna l’écran principal qui couvrait une grande partie du mur, juste devant eux. Nous avons pensé qu’afin de vous expliquer le plus rapidement possible la situation délicate dans laquelle nous nous trouvons, et le rôle que vous serez éventuellement amené à jouer afin de la dénouer, le mieux était encore de vous montrer cela par l’image. Vous allez donc voir trois films, le premier étant le plus long. Maintenant, je laisse la parole au professeur Courson. Tout d’abord, une question, commença-t-elle d’une voix douce : savez-vous ce qu’est un accélérateur de particules ? Gérald s’était attendu à tout, sauf à ce genre de question. Euh… balbutia-t-il. C’est un appareil très grand et très coûteux, qui sert à la recherche en physique nucléaire, non ? Emma Courson fit une moue approbatrice : Grosso-modo, c’est ça. En langage scientifique, on pourrait dire qu’un accélérateur de particules est un instrument qui utilise des champs électriques ou magnétiques pour amener des particules chargées électriquement à des vitesses élevées. En d'autres termes, il communique de l'énergie aux particules. On en distingue deux grandes catégories : les accélérateurs linéaires et les accélérateurs circulaires. Maintenant nous allons vous projeter un documentaire, déjà ancien mais ce n’est pas grave, à propos du Grand collisionneur de hadrons, un accélérateur de particules est entré en fonction le 10 septembre 2008 et qui est situé dans la région frontalière entre la France et la Suisse, entre la périphérie nord-ouest de Genève et le pays de Gex. C’est l’un des principaux outils de recherche utilisés par le CERN, même si c’est loin d’être le seul. Mais je vous laisse visionner ce film, qui vous expliquera tout ça mieux que moi. Mathieu, c’est quand vous voulez, ordonna Trifaigne au soldat qui était assis devant l’ordinateur. Bien commandant. Toutes les lumières s’éteignirent, tandis que l’écran s’illuminait.  

Gouderien

Gouderien

 

2036. Chapitre Cinq : Rendez-vous à l'hôtel Crillon (4).

Il gagna le quatrième étage, où se trouvait le bureau de sa patronne. Il y avait peu de monde dans les locaux : certains étaient déjà rentrés chez eux, et de toute façon c’était les vacances. Quand elle l’aperçut, Ghislaine se jeta dans ses bras et l’embrassa. Il fut plutôt étonné de cette démonstration d’affection, qui n’était guère dans ses habitudes. Ça va ? demanda-t-elle. Disons que ça va mieux. Si tu savais ce que je m’en suis voulu, de t’avoir expédié à l’autre bout du monde, quand ta fille a été enlevée. Jusqu’au moment où on a annoncé sa libération, je n’en dormais pas de la nuit. Je comprends. Moi aussi, j’ai passé des moments très difficiles. Tu as quelque chose de spécial à faire ? Non. Alors je termine un boulot urgent, et puis on va dîner. Comme ça on aura le temps de parler. OK, pas de problème. Il en profita pour gagner son propre bureau, où en fait il mettait rarement les pieds, les nombreux messages qui lui étaient destinés étant transférés directement sur son portable. Quelques-uns de ses collègues étaient encore là, et ils vinrent le saluer et le féliciter pour son article. A 19 h 30, Ghislaine sortit de son bureau et vint le chercher. Il songea qu’elle faisait des progrès : quand elle était plus jeune, elle était tellement absorbée par son travail qu’elle ne voyait pas le temps passer. Elle était tout à fait capable de convoquer des gens pour une réunion à 11 heures du matin, et à trois heures de l’après-midi de regarder sa montre en s’exclamant, sur le ton de la plus grande surprise : ah ben il est déjà cette heure-là ? Zut, on a raté le déjeuner ! Certains croyaient qu’elle faisait ça par vacherie, mais en fait non, simplement elle était tellement concentrée sur son travail qu’elle en venait à oublier tout le reste – c’est comme ça qu’elle était arrivée à son poste actuel. Ils descendirent au parking, au deuxième sous-sol, et elle s’arrêta devant une Lexus grise. On ne prend pas ta BMW volante ? demanda-t-il. Non, mon chauffeur est déjà rentré chez lui. Et je n’ai pas le permis pour piloter ce genre d’engin. Ah d’accord ! Qu’est-ce que tu as envie de manger ? Je te fais confiance. Elle le conduisit directement dans un restaurant étoilé du quartier des Champs-Élysées, une brasserie de l’avenue Franklin-Roosevelt où elle semblait avoir ses habitudes. Après être entré, il fallait monter au premier étage, où l’on découvrait un décor boisé et feutré et aussi – fort heureusement – climatisé. Tandis qu’ils examinaient la carte, elle dit : Alors tu passes au journal de Nation2, demain soir ? Et oui ! En compagnie de cette chère Sophia Wenger. Comment est-elle ? Comme femme, comme musicienne ou comme adepte des arts martiaux ? Fais-moi une synthèse ! Il se calla sur sa chaise, et parut réfléchir. Eh bien, comme femme elle est très jolie mais un peu bizarre, en tant que musicienne elle est fabuleuse, et comme adepte des arts martiaux elle est redoutable. Tu es amoureux d’elle ? Quelle question étrange ! Le garçon arriva, et ils commandèrent les apéritifs, les entrées, les plats et les vins. Gérald avait eu l’intention de manger léger, étant donné le temps, mais il céda aux sirènes de Ghislaine qui lui assurait qu’ici tout était délicieux, et il commanda finalement une salade de foies de volailles puis du confit de canard accompagné de pommes de terre sarladaises, le tout servi avec des Bordeaux blanc et rouge. En tous cas cela lui donna un peu de temps pour réfléchir. Quand je l’ai vue pour la première fois, répondit-il, elle m’a fait un effet prodigieux. Mais la suite m’a un peu refroidi. Elle a tué trois hommes sous mes yeux en moins de deux secondes, uniquement en se servant de ses mains. Je n’avais jamais vu ça, même à l’armée. Dans ton article, tu présentes ça comme de la légitime défense. Disons que c’est la version « politiquement correcte ». Les gendarmes s’en sont contentés ? Il faut croire, même s’ils n’étaient pas ravis. Mais je pense qu’ils ont subi de lourdes pressions. On avait fait appel à Sophia Wenger, il était difficile de lui reprocher ensuite d’employer des méthodes expéditives. Par contre, ma fille lui en veut beaucoup. Pourquoi ? Elle a dit que ses ravisseurs avaient été très gentils avec elle. Elle est très jeune, et facilement influençable. Oui. C’est possible. Le garçon vint apporter les apéritifs, deux kirs à la framboise. Ils trinquèrent : A nos retrouvailles ! lança-t-elle. A nos amours ! répliqua-t-il, sans bien savoir pourquoi. Il but une gorgée. Il avait soif, et la boisson était bien fraîche. Tu sais, reprit-il, j’ai trouvé toute cette histoire très étrange. Les ravisseurs avaient vraiment l’air de pieds-nickelés. Et nous avons découvert leur cachette un peu trop facilement. Il paraît que ta miss Wenger est aussi une bonne détective. Je sais. Il paraît. Bonne à ce point ? Si tout cela était une mise en scène, dans quel but ? Et pourquoi avoir tué ces trois hommes ? Cela fait plusieurs jours que je me pose ces questions, et je n’ai toujours pas trouvé la réponse. On apporta les entrées, et ils continuèrent leur conversation en mangeant. Tu avais raison, commença-t-elle. A quel propos ? L’accident d’avion de Roissy, l’autre jour. Ah oui. Il y a bien eu une panne générale d’électricité. Même dans les avions ? Oui. Qu’est-ce qui a pu produire ça ? On pense qu’il s’est produit une catastrophe en Russie. Mais nous n’avons que très peu d’informations. Moscou minimise les choses. Il secoua la tête, incrédule : Quel genre de catastrophe pourrait produire un tel effet ? Je ne vois qu’une explosion nucléaire. D’après les spécialistes, on n’a noté aucune élévation du niveau de radiation. Ouais, enfin je me méfie de ce genre de spécialistes ! C’est eux qui avaient assuré que le nuage de Tchernobyl s’arrêterait à la frontière française, en 1986. D’ailleurs, les russes possèdent encore des centrales nucléaires en activité ? Il paraît. C’est contraire à tous les traités. Tu sais, les Russes sont connus pour appliquer les traités quand ça les arrange. Cela dit, ça pourrait aussi être un accident militaire. Ces derniers temps, les théories les plus fantaisistes avaient circulé à ce sujet sur le Worldnet ; même s’il n’avait guère eu le temps de s’y intéresser, il avait quand même noté qu’on mettait souvent en cause la Russie – on ne prête qu’aux riches. Qui lui avait parlé de la Russie, aujourd’hui ? Ah oui, Sophia, à propos de la tournée qu’elle allait effectuer bientôt là-bas. Coïncidence ? Un signal d’alarme s’alluma dans sa tête, et il préféra changer de sujet. Dis-donc, dit-il, c’est une idée à moi, ou il fait de plus en plus chaud, à Paris ? Non, c’est une réalité. On est en train de battre tous les records de chaleur. Et de pollution. Elle se pencha vers lui par-dessus les assiettes et ajouta à mi-voix : On n’en parle pas trop encore, mais il paraît que de nombreuses personnes âgées n’y résistent pas. Les urgences des hôpitaux se remplissent. Et les morgues, aussi. C’est vrai ? fit-il, étonné. Pourtant on a eu assez de canicules ces dernières années. Je pensais que les gens étaient équipés, maintenant. Tu as toujours des radins, ou des personnes trop pauvres pour se payer la climatisation. Sans compter les maisons de retraite. Les choses se sont améliorées, mais il y a encore beaucoup à faire. Le sujet l’intéressait, et s’il n’avait pas eu son rendez-vous mystérieux de samedi au Crillon, il lui aurait proposé de rédiger un papier là-dessus. Mais il préférait ne pas prendre d’engagement pour le moment. Et si tu me parlais de ton voyage aux États-Unis ? demanda-t-elle, tandis qu’on enlevait les assiettes des entrées pour apporter les plats principaux. Houlà, il y en a pour un moment ! J’ai tout mon temps. Ils sortirent de là plus d’une heure plus tard, rassasiés et un peu éméchés. Entre-temps, la nuit était tombée. Comme je suis venu avec Sophia, déclara-t-il, j’ai programmé ma voiture pour qu’elle vienne toute me seule me rejoindre près de chez moi. J’espère qu’elle aura su trouver son chemin. Tu tiens à rentrer chez toi ? Tu as une autre idée ? Eh bien, je pourrais t’héberger pour cette nuit. Tu ferais ça ? dit-il en la regardant d’un œil intéressé. Mais oui. Je crois que nous avons encore des choses à nous dire. Et à faire. Certainement. Ils s’embrassèrent, puis regagnèrent la voiture de Ghislaine pour se rendre chez elle. Elle habitait un immense appartement, décoré d’objets d’art et d’antiquités venus des quatre coins du monde – avant d’être rédactrice en chef au « Figaro », Ghislaine Duringer avait énormément voyagé pour des reportages - au huitième étage d’un immeuble moderne, avenue Philippe Pétain à Neuilly-sur-Seine, juste en face de la Défense. Cela faisait au moins un an qu’elle ne lui avait pas fait l’honneur de l’inviter chez elle. En arrivant, il se précipita vers les baies vitrées, qui donnaient sur ce que l’on appelait depuis longtemps le « Manhattan parisien ». Maintenant que l’on y avait construit deux tours de près de 300 mètres de haut, le quartier de La Défense commençait vraiment à mériter ce nom – et encore, l’édification d’un gratte-ciel d’un demi-kilomètre de hauteur était-elle en projet. De nuit, c’était un spectacle fascinant, et il songea que s’il avait habité là, il aurait passé sa vie à le contempler. Elle arriva discrètement derrière lui, et se pelotonna dans son dos. Tu boirais un verre ? demanda-t-elle. Pourquoi pas, mais je ferais bien quelque chose d’autre avant. Oh, coquin ! A sentir la pression des pointes de ses seins dans son dos, à priori elle avait la même idée que lui. Ils firent l’amour, et cela lui fit un bien fou. Il songea qu’il avait un peu trop pensé à Sophia Wenger, ces derniers temps. Et puis, comme ni l’un ni l’autre n’avait sommeil, ils allèrent s’asseoir sur le balcon, une pina colada glacée à la main. Il faisait vraiment très chaud, heureusement les boissons étaient là pour les rafraîchir. Il montra à Ghislaine sur son portable toutes les photos qu’il avait prises pendant son bref séjour aux États-Unis, et dont il ne lui avait envoyé que quelques-unes, et elle les trouva très intéressantes et dignes, au moins pour les meilleures d’entre elles, de figurer dans un prochain numéro du « Figaro Magazine ». Il lui fit voir aussi les clichés pris à Charlagnac. Pendant un moment ils restèrent sans rien dire, observant les voitures qui filaient sur les quais, le long de la Seine. Et puis, à sa grande surprise, Ghislaine demanda : As-tu déjà songé à te remarier ? Pas ces derniers temps, non. J’ai été un peu trop occupé. Bien sûr. Mais avant ? Je vais t’avouer une chose, dit-il en la regardant droit dans les yeux, pendant des années après mon divorce, je n’ai pas ressenti le poids de la solitude, j’ai juste profité de ma tranquillité. Les dernières années de ma vie avec Isabelle avaient été épouvantables : des disputes permanentes, avec Agnès au milieu qui nous regardait d’un œil atterré. Je comprends. Et toi ? demanda-t-il. As-tu pensé à te marier ? Hum… Ça m’est arrivé, une ou deux fois. Mais finalement ça ne s’est pas fait. Elle ajouta en riant : Au moins ça m’a évité les frais de divorce. Sur ce elle finit son verre et se leva en disant : Il faut quand même que j’aille me coucher, demain je dois me lever tôt. Tu me rejoins ? Avec le plus grand plaisir.   Vendredi 1er août 2036. Le son du radio-réveil les réveilla à sept heures du matin. Gérald se leva péniblement, la tête un peu embrumée à cause des libations de la veille. Une douche et un bon petit-déjeuner le remirent en forme. Tout en mangeant, Ghislaine était concentrée sur son portable, et répondait aux nombreux messages qu’elle avait reçus durant la nuit. Quant à lui, cela faisait longtemps qu’il avait résilié ses abonnements à « Facebook », « Twitter » et autres parasites – à l’indignation de sa fille, qui le traitait de ringard. Mais bien sûr, une rédactrice en chef ne pouvait se permettre un tel luxe. Elle le conduisit jusqu’au « Figaro », et de là il prit un taxi pour rentrer chez lui. Un peu après neuf heures, il était dans l’île Saint-Louis. Il eut le plaisir de retrouver Olga, sagement garée devant son domicile. Il fit le tour du véhicule pour vérifier qu’il ne lui était rien arrivé, mais la carrosserie était impeccable.       Chez lui ne l’attendaient que des factures et des prospectus. Même si l’essentiel du courrier était désormais dématérialisé, le papier avait toujours ses adeptes. Il envoya un texto à Agnès pour lui dire qu’il était bien arrivé à Paris, elle lui répondit presque aussitôt pour l’assurer que tout allait bien de son côté. Il fit un peu de ménage puis des courses, car son frigo était vide. A midi, il alla déjeuner dans un restaurant grec du Quartier latin. Puis il rentra chez lui. Un peu plus tard, il reçut un coup de fil de la production de Nation2, qui lui rappelait son rendez-vous du soir et lui demandait de se présenter au moins deux heures en avance, pour le maquillage et autres préliminaires. Il promit d’être ponctuel.  

Gouderien

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2036. Chapitre Cinq : Rendez-vous à l'hôtel Crillon (3).

En fait, il dormit tellement mal qu’au bout d’un moment, las de tourner et se retourner dans son lit, il finit par se lever. Il alluma la lumière, chercha un papier et un stylo dans ses affaires, et s’assit devant la petite table placée contre un mur, en face de son lit. Et il établit une liste. Elle comportait dix lignes, chacune commençant par un numéro. La voici :   La panne. Interdiction de dire la vérité. Visite des policiers chez moi. On me parle du Trianon. Départ pour Las Vegas. Enlèvement d’Agnès. Arrivée de Sophia Wenger. Elle trouve facilement la cachette et tue les truands. Elle propose de me conduire à Paris. Rendez-vous à l’hôtel Crillon. ?         Le lecteur l’aura compris, c’était la liste de tous les événements étranges qui étaient arrivés dans la vie de Gérald, depuis cette nuit où sa rédactrice en chef l’avait réveillé pour l’envoyer sur le site d’un crash aérien. En fait il avait failli rajouter une autre ligne, entre la 4 et la 5, qui se serait intitulée « Guerre civile aux USA » ou quelque chose de ce genre. Mais il s’était ravisé : il ne fallait pas qu’il devienne parano, la Maison Blanche ne prenait pas ses décisions en fonction des faits et gestes de M. Gérald Jacquet, insignifiant journaliste français.      Quelle serait la suite ? Il n’en avait pas la moindre idée. Il la connaîtrait sans doute samedi, s’il allait à ce fameux rendez-vous – mais pouvait-il ne pas y aller ? En bonne logique, on allait lui confier une mission, mais si elle était aussi insignifiante que celles qu’il avait effectuées au temps lointain où il faisait partie des Services secrets, cela valait-il le dérangement ? Et si c’était une vraie mission, alors quoi ? Qu’est-ce qui pouvait justifier qu’on aille le chercher, lui, un ex-agent de 5e catégorie, sans qualification particulière ? Ça ne tenait pas debout. Une chose était certaine en tous cas, c’est que Mlle Sophia Wenger, pianiste, artiste lyrique et maîtresse ès arts martiaux – sans compter ce qu’il ne savait pas – tenait une grande place dans cette histoire. Une trop grande place, pour que ce ne soit qu’une suite de coïncidences. D’ailleurs les coïncidences n’existent pas : on le lui avait assez répété durant sa formation d’agent de renseignement. Il déchira la liste en petits morceaux et la jeta dans sa corbeille à papiers, puis finit par se recoucher.      Bien plus tard, revenant sur cette période de sa vie, il songea que son analyse de la situation à l’époque était juste, sauf sur un ou deux points, dont celui-ci : pour ce qu’on allait attendre de lui, il était largement assez qualifié. Et surtout, ainsi qu’il le comprit tardivement, il était sacrifiable…   Jeudi 31 juillet 2036. Gérald avait réglé la sonnerie de son portable à sept heure – ce qui n’était pas vraiment une bonne idée, car il avait été très long à trouver le sommeil. Mais comme Sophia Wenger n’avait pas précisé à quelle heure elle passerait le chercher, il préférait se lever tôt. Il prit sa douche, se lava les dents puis se rasa, enfin descendit à la cuisine. Son père était déjà là, dans une somptueuse robe de chambre bleue et jaune qu’il ne lui connaissait pas. - Un cadeau d’Irène, dit le vieillard en réponse à sa question muette, après qu’il lui ait fait la bise. Alors tu pars avec ta copine anglaise à Paris ? - Ce n’est pas ma copine, papa, objecta Gérald. - Je dis ça en plaisantant. Remarque, si c’était ta copine, je serais le dernier à te le reprocher ! Elle est très jolie. Et, ce qui ne gâte rien, elle doit être riche à millions. - Toujours romantique, à ce que je vois ! dit le journaliste en remplissant son bol de café fumant. - Il y a quand même un truc qui me gêne en elle, dit son père. - Quoi ? - Ben je sais pas. C’est ça qui est étrange. - C’est peut-être l’idée qu’elle ait tué trois hommes ? - Non. C’est physique. C’est comme quand un mec se déguise en femme. Même s’il est parfaitement habillé, maquillé, parfumé etc., tu sens qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Gérard se fit la réflexion qu’au cours de ses voyages et de ses pérégrinations à travers le monde, que ce soit pour le compte de l’armée, en simple touriste ou en tant que journaliste, il avait parfois été amené à fréquenter des endroits où évoluaient ce que l’on appelait maintenant des « transgenres », dont certains auraient facilement déjoué la sagacité de son père. - Tu la soupçonne d’être un travelo ? interrogea-t-il. Philippe Jacquet soupira. Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit ! Je dis juste qu’il y a quelque chose de bizarre en elle. Et pourquoi fait-elle peur aux chiens ? Elle fait peur aux chiens ? demanda Gérald de son ton le plus ingénu. Ne te fais pas plus bête que tu n’es. Éric est venu m’en parler, tellement il était troublé par l’attitude de ses animaux. Tu fais trop travailler ton imagination. En attendant, bizarre ou pas, tu ne t’es pas privé de lui refiler une de tes sculptures à 10.000 dollars ! J’en étais gêné pour toi. Pourquoi donc ? Elle est pleine de fric. Et moi j’ai de gros frais. Faire édifier une clôture du côté de la rivière, ça va me coûter un bras. Arrête ! Pas à moi ! Je sais que tu n’es pas dans le besoin, très loin de là. Et alors ? J’ai bien le droit de mettre de l’argent de côté, non ? Je te rappelle que quand je mourrai, c’est toi qui héritera de tout : de mon argent, de ma propriété et de mes œuvres. Sauf une part que je laisserai à Irène. Gérald détestait quand la conversation glissait sur ce terrain. Papa, dit-il, tu es en parfaite santé. Pas tant que ça. J’ai des douleurs au genou. Et des fois, j’ai des trous de mémoire : si ça se trouve, j’ai la maladie d’Alzheimer ! Le journaliste leva les yeux au ciel. Tout le monde a des trous de mémoire ! s’exclama-t-il. Avant, je n’oubliais jamais rien. Ce n’est pas normal. Si, c’est normal et ça s’appelle vieillir. Personne n’est à l’abri de ça. Même pas toi. Maintenant tu m’excuseras, il faut que je fasse ma valise. Il remonta dans sa chambre, énervé. Il adorait son père, mais c’est vrai qu’en vieillissant son caractère ne s’améliorait pas. Il devait cependant reconnaître qu’à propos de Sophia, le vieil homme n’avait pas tout à fait tort. Effectivement, il y avait quelque chose d’étrange en elle, même s’il n’avait pas la plus petite idée de ce que c’était. Il fit sa valise, ce qui ne lui prit que peu de temps. Théoriquement, il ne partait que pour quelques jours, et si jamais son séjour devait se prolonger, il avait tout ce qu’il fallait dans son appartement parisien. Puis il redescendit, et prépara le petit-déjeuner pour Agnès. Elle fit son apparition un peu plus tard, mal réveillée. Pendant qu’elle mangeait, profitant qu’ils étaient seuls dans la cuisine, il lui fit part du très étrange appel qu’il avait reçu la veille au soir ; elle était la seule personne à qui il pouvait en parler. Alors tu vas avoir une mission ? demanda-telle. Je le crains, oui. Mais d’une manière ou d’une autre, que ce soit avant ou après, nous partirons à Venise tous les deux. J’espère bien ! Surtout, tu ne parles à personne de ce que je viens de te dire. C’est notre secret. En temps utile, je dirai moi-même ce qu’il faut – et pas plus – à ton grand-père. J’ai bien compris. Et n’oublie pas de me regarder à la télé vendredi soir, au journal de Nation2. Bien sûr !   Il avait eu raison d’être matinal, car la Mercedes verte de Sophia Wenger se posa peu de temps après devant la maison. Il embrassa sa fille et son père, leur dit « A bientôt », prit sa valise et sortit. Cette fois, la pianiste était vêtue très simplement, d’un haut bleu et d’un jeans. Elle semblait d’excellente humeur. Comment allez-vous ? demanda-t-elle en lui ouvrant la portière. Ça va, et vous ? Oh très bien, comme d’habitude. Mettez votre valise dans le coffre. Il rangea son bagage puis embarqua à l’arrière, à côté de la jeune femme. Il régnait à l’intérieur une bonne odeur du cuir, mêlée aux effluves du parfum capiteux que portait la belle. Son père, Agnès et aussi Irène étaient sortis sur le pas de la porte, et ils lui firent au revoir de la main. Il répondit de même. Puis le véhicule décolla, et prit rapidement de la hauteur et de la vitesse, avant de se diriger vers Paris. Même s’il existait pour le moment infiniment moins d’aircars que de voitures traditionnelles, le législateur n’avait pas perdu de temps pour leur imposer des contraintes, et elles n’avaient pas le droit de voler à plus de 160 km/h - ce qui représentait tout de même le double de la limitation de vitesse qui s’appliquait aux véhicules traditionnels. De plus les voitures volantes devaient suivre des couloirs aériens bien précis, véritables « autoroutes du ciel », et ne pas dépasser une altitude de plus de 200 mètres au-dessus du sol, cela bien sûr pour ne pas risquer d’entrer en collision avec un avion. Voulez-vous un café, Monsieur Jacquet ? proposa aimablement la virtuose. Oh vous savez, vous pouvez m’appeler simplement Gérald, dit l’intéressé. D’accord pour un café. Un café ou quelque chose de plus fort, naturally ! intervint Cindy MacLaird depuis l’avant. Comme d’habitude elle était vêtue de noir, et coiffée d’une casquette de marin. Non, un café suffira, dit-il. Il est encore tôt. Sophia Wenger manipula quelques boutons sur un tableau de bord installé entre les deux sièges avant, et un expresso fumant ne tarda pas à apparaître dans un compartiment situé en-dessous. Finalement, c’était une installation très semblable à celle de la BMW de Ghislaine Duringer, à bord de laquelle il avait volé à Paris – sauf que la Mercedes était plus confortable. Nous nous arrêterons vers midi pour déjeuner quelque part, précisa la pianiste. Avez-vous une préférence pour un genre de cuisine, Gérald ? Si vous voulez – et si c’est sur notre chemin, bien entendu -, je connais un très bon restaurant à Bourges, qui sert de la cuisine française traditionnelle. Pourquoi pas ? Dans ce cas je vais appeler pour réserver, en espérant qu’il y ait de la place. Ce restaurant s’appelait l’« Auberge Jacques-Cœur », et il était situé non loin du palais du même nom. Ils avaient de la chance, car il y avait de la place. Il réserva pour trois personnes, entre midi et 12 h 30. Ils mirent un peu plus de deux heures pour gagner Bourges, où ils arrivèrent vers midi et quart. Ils passèrent tout ce temps à discuter, de musique et d’autres sujets. Elle lui parla de ses voyages. Au cours de ses tournées, elle avait fait plusieurs fois le tour du monde. Et pourtant, elle paraissait bien jeune. Elle évoqua longuement la Russie, un pays qui semblait l’avoir particulièrement impressionnée. Connaissez-vous la Russie, Gérald ? demanda-t-elle. Un peu. J’y suis allé trois fois. Une fois en touriste, et les autres fois pour mon métier. C’est un pays extraordinaire. Je vais y faire une tournée de récitals, dans un mois. Les Russes adorent la musique. C’est un peuple d’artistes. Elle parut vouloir ajouter quelque chose, et puis finalement se tut. Naturellement Gérald profita du voyage pour tester son pouvoir de séduction sur la jeune britannique, dont la présence à ses côtés ne pouvait le laisser indifférent - même si, comme le disait son père, il y avait quelque chose d'étrange en elle, c'était le genre d'étrangeté dont, pour l'instant, il pouvait s'accommoder. En fait, il avait même espéré que ce soit elle qui lui fasse des avances, car elle semblait du genre à bien savoir ce qu'elle voulait, et cette proposition de le raccompagner à Paris était prometteuse ; mais il en fut pour ses frais. Alors il lui frôla l’épaule, le coude ou la jambe, lui fit même ostensiblement du genou, sans que cela semble émouvoir si peu que ce soit sa charmante voisine. Comme il n’était pas un goujat – enfin, pas trop – il n’insista pas. Arrivés à Bourges, ils se posèrent sur un parking, puis gagnèrent le restaurant à pied. Une fois de plus, il faisait très chaud, et en sortant de la fraîcheur climatisée du véhicule, on avait l’impression de se retrouver au Sahara. Cela faisait plus de deux mois que la canicule régnait sur la France et sur une bonne partie de l’Europe, et, si l’on en croyait les prévisions météo, il ne fallait pas espérer un changement avant la fin août. Mais fort heureusement, la salle était elle aussi climatisée. Ce fut un excellent repas, même si c’était surtout Gérald qui mangeait. Sophia avait un appétit d’oiseau, et Cindy buvait plus qu’elle ne mangeait.       A un moment, le journaliste s’inquiéta : Vous croyez qu’elle sera encore capable de conduire ? demanda-t-il à la pianiste en désignant son assistante. Bien sûr, répondit Sophia. Et de toute façon, cette voiture possède un pilote automatique. Évidemment. Ne parlez pas de moi comme si je n’étais pas là, grommela Cindy en finissant son verre d’un très bon Bordeaux. Je m’inquiétais juste à propos de votre capacité à conduire. Vous avez une descente impressionnante. On dirait que vous ne connaissez pas les Écossaises. Effectivement, je n’ai pas ce privilège. Keep cool ! Ils dégustèrent une salade de fruits comme dessert, puis Sophia régla la note – malgré les protestations de Gérald, qui voulait au moins payer sa part – et ils regagnèrent la Mercedes. Ils reprirent le chemin de la capitale, survolant la campagne française écrasée de soleil. En fait, depuis Chennevières, ce qui faisait quand même un certain nombre de centaines de kilomètres, ils n’avaient pas aperçu le bout d’un nuage. En réfléchissant, Gérald se rendait compte maintenant qu’il aurait sans doute besoin de sa voiture à Paris, et il prit son portable afin de la programmer pour qu’elle vienne le rejoindre en se garant le plus près possible de chez lui. Olga n’avait jamais parcouru une aussi longue distance toute seule, mais après tout il n’y avait pas de raison pour qu’il y ait des problèmes. Vers 16 heures ils s’arrêtèrent une fois de plus, à Étampes, histoire de faire une pause et de boire un café - ou "a cup of tea" - avant de gagner la capitale. Puis ils repartirent. Et où allons-nous vous larguer, cher Monsieur? demanda Cindy. En face du « Figaro », si ça ne vous gêne pas. Aucun problème. Et ils finirent par arriver à Paris, où il faisait encore plus chaud, si une telle chose est possible, qu’en province. Il téléphona à Ghislaine, juste pour vérifier qu’elle était bien là. Elle fut ravie d’apprendre sa venue. Quelques minutes plus tard, la Mercedes le déposa devant le siège du « Figaro ». Il remercia les deux femmes, puis sortit du véhicule. See you to morrow ! lança Sophia. A demain. C'est vrai qu'ils allaient être amenés à se revoir dès le lendemain, puisqu'ils allaient participer - ensemble, on pouvait le supposer - au journal de Nation2. Il récupéra sa valise, et pénétra dans l’immeuble du journal.  

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