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On avale

D'aucuns s'estiment libres de par leur logique,
Leur pensée, leur raison... Pure ou relativisme ?
D'autres ne savent d'où provient leur hédonisme :
Emotions reptiliennes, sentiments limbiques. Mais qui voici ? L'intelligence artificielle
Qui amène rumeur de la mort du bon sens
Ou du cerveau humain, lorsqu'on se dit  « je pense »
Et que ceci ne donne – hélas – rien de réel. Tous ces vils trucs qu'on ose mettre sur YouPorn :
Norme morne de l'apprentissage profond,
Triste licorne de nos données, de nos fions,
Tout ce gai gaspi de nos paquets de pop corn. Ovale, en aval, on avale.
C'est festival :
On n'a pas assez de valises
Pour faire bref, qu'on dévalise
Ou avalise.
Toutes croyances malignes – en fier progrès,
En chère science, en ces histoires malhabiles –
Qu'on invite en nos existences... Tous regrets
De ne pas être des machines, au babil Automatique, à l'artificiel jugement...
D'aucuns veulent prochaine singularité :
L'exécrable événement, est-ce un excrément ?
D'autres veulent rester tranquilles, alités. Las ! Quêter un refuge est fort compréhensible,
Pas plus mauvais calcul que lorgner vers la mort :
Tous deux aident à vivre ou gérer l'indicible,
Sans aider à trépasser – ironie du sort. Ovale, en aval, on avale.
Ne surtout point voir qu'on dévale.
Dans l'intervalle,
Ces couleuvres rivales...
Vaut mieux qu'on les ravale.
Au passé : le soir, avec les soeurs et les frères,
Ça parlait, chantait, voulait le monde refaire.
Certains parmi ceux-ci, actuels dirigeants,
S'avérèrent avec ce monde intransigeants. Au présent, relevons qu'existe ce beau choix,
Se débattre ou accepter. Rappel que l'on choie :
Hâter le court trajet avant notre épilogue ?
Forger nos faire-part en auto-nécrologues ? Au futur, ne reste plus grand-chose : à savoir
Enfin porter l'inintelligence au pouvoir,
Dotée d'une personnalité juridique –
Moins personnalité qu'oracle algorithmique. Ovale, en aval, on avale :
Preuve ? Ces quelques lignes, rimes digital,
Furent écrites par &2x-k@pital.

Tequila Moor

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Kevin7

Kevin7

 

2036. Chapitre Quatre : Disparue (6).

Histoire de changer de sujet de conversation, Gérald demanda : Vous avez exploré le reste de la cachette ? Oui, répondit-elle. Deux chambres pouilleuses, une salle de prière, un semblant de bath room, un débarras, la pièce où se trouve le générateur et une réserve de carburant. Il siffla : C’est drôlement grand ! C’est incroyable qu’on ait aménagé un abri pareil à une telle profondeur. J’ai l’impression que ça date de la guerre. Ça devait servir de cachette aux résistants. Sans doute. J’ai aussi trouvé deux fusils-mitrailleurs, des pistolets, des grenades, des couteaux, bref, tout un arsenal. Constatant qu’on ne s’occupait pas d’elle, Agnès s’était entre-temps levée, et était sortie de sa cellule. Quand elle découvrit le spectacle morbide qui l’attendait dans la pièce principale, elle éclata derechef en sanglots. Oh non, s’écria-t-elle en se mordant le poing, pourquoi vous avez fait ça ? Pour te délivrer, dit son père en la rejoignant. Mais ils ne m’ont fait aucun mal. Ils me disaient tout le temps que tout allait s’arranger, que c’était une simple blague entre eux et toi. Ils m’ont quand même appelé pour me réclamer une rançon d’un million, répliqua Gérald.   C’était une piètre justification pour ce massacre, il en était bien conscient, mais il était très surpris par la réaction de sa fille ; il ne s’y attendait vraiment pas. A sa décharge, il ne s’attendait pas non plus à ce que Sophia exécute le trio des ravisseurs en une seconde et demie. C’étaient des choses dont il avait entendu parler, mais dont il n’avait jamais été le témoin, même quand il faisait partie des forces spéciales ; ou alors, uniquement au cinéma. Il repensa à ce qu’elle lui avait raconté, à propos de ses connaissances en arts martiaux coréens. L’« Ange de la mort ». Eh bien, elle n’exagérait pas. C’est sans doute à cet instant qu’il commença à soupçonner que tout cela n’était qu’une machination, car c’était trop énorme. Mais dans quel but ? Il n’eut la réponse que plusieurs mois plus tard, comme nous l’avons déjà vu, et c’est la jeune femme elle-même qui la lui fournit. C’était pour que nous fassions connaissance, dit-elle. Que nous fassions connaissance ? répéta-t-il, abasourdi. Mais pourquoi avoir tué les ravisseurs ? Je suppose que ces malheureux n’avaient pas été prévenus du sort fâcheux qui les attendait ! Non, bien sûr. En fait, mes ordres à ce sujet étaient vagues. En les liquidant d’une façon aussi spectaculaire, je poursuivais deux buts. D’abord, il fallait que vous me preniez au sérieux, et pas pour une fofolle pleine de fric qui veut se donner des émotions. Et la seconde raison ? Elle le considéra d’un air étonné : Vous n’avez pas deviné ? Ça me paraît pourtant évident, et d’une logique totale : il ne fallait pas laisser de témoins vivants, qui risquaient de bavarder. Elle parlait souvent de la logique, un peu à la manière de Mr Spock, ce héros d’une vieille série américaine, « Star trek » ; mais il songea que le Vulcain aurait certainement trouvé une façon moins définitive de neutraliser ces trois clandestins doublés de petits truands. Il est vrai que Spock, lui, était à moitié humain…   Je ne savais pas, balbutia Agnès entre deux crise de larmes. Je devais dormir, à ce moment. Il sortit un paquet de mouchoirs en papier de sa poche, et lui en donna un pour qu’elle sèche ses larmes. Puis il appela Sophie, qui devait toujours être en train de fouiller le repaire des ravisseurs : Vous pouvez m’apporter des draps ou des couvertures pour recouvrir les corps, s’il vous plaît ? Ce n’est pas un spectacle pour ma fille. J’arrive. On est sûr qu’ils sont morts, au moins ? demanda Agnès. Je crois malheureusement qu’il n’y a pas de doute. Elle soupira, et il crut qu’elle allait à nouveau se mettre à pleurer. La pianiste survint peu après, les bras chargés de deux couvertures marron, qu’elle disposa sur les cadavres. Pourquoi vous avez fait ça ? demanda la jeune fille. Fait quoi ? répliqua Sophia. Tuer ces trois hommes. Il n’y avait pas une façon moins barbare de procéder ? La pianiste, les mains sur les hanches, la regarda d’un air ironique : C’est facile de dire ça quand tout est fini. Nous ignorions à qui nous avions affaire, ma petite. Et je te signale quand même que tes gars si gentils étaient armés jusqu’aux dents. Mais ils ne m’ont jamais fait de mal ! Encore heureux ! Si ça peut te consoler, essaye d’examiner les choses sous un angle positif : d’abord, nous t’avons libérée, ce qui est le principal. Et puis, en les débarrassant de leur défroque de chair, j’ai fait accéder ces trois hommes à un nouvel état de conscience. De la façon dont elle parlait, Gérald se demanda si elle était sérieuse, ou si elle se moquait tout simplement de la jeune fille. En tous cas, celle-ci ne se posa pas la question : C’est pas vrai ! s’exclama-t-elle. J’hallucine ! Une tueuse new age ! J’ai jamais entendu un pareil tas de conneries ! Votre fille a du caractère, Monsieur Jacquet, déclara la pianiste. Ouais. Parfois trop. Bon, assez bavardé. Il faut prévenir les gendarmes. Je vais appeler mon père. J’ai hâte de sortir de là, dit Agnès. Je m’en doute ! Tu as faim ? Non, ça va. Ils me faisaient du couscous, j’ai trop mangé, même. Faudra que je me mette au régime. C’est cela, oui… Il sortit son portable de la poche de son blouson, et s’aperçut qu’il n’y avait pas de réseau, ce qui ne l’étonna guère. Essaye avec leur téléphone, suggéra sa fille. Leur téléphone ? Il est où ? Je crois qu’ils le rangeaient dans un tiroir. Ils fouillèrent le mobilier, et il mit rapidement la main dessus. En découvrant l’appareil, modèle ultra-moderne d’une grande marque japonaise, bien plus avancé que le sien, tous ses doutes furent balayés : à sa connaissance, ce genre d’engin n’était même pas encore dans le commerce, il ne voyait donc pas comment trois clandestins auraient pu se le procurer. Il avait bel et bien été victime d’une machination. Mais ce n’était pas le moment de chercher le pourquoi du comment : il fallait d’abord sortir de là. Il composa le numéro du portable de son père ; presque aussitôt, la voix de Philippe Jacquet retentit, tandis que le visage du vieil homme s’affichait sur l’écran intégré : Gérald ? Oui papa. Vous l’avez retrouvée ? Bien sûr. Elle est avec moi. C’est fabuleux. Elle va bien ? Impec, répondit-elle. Et toi papy, ça va ? Je suis avec les gendarmes, nous venons vous chercher. Mais c’est un peu humide pour mes vieux os, par ici. Je vais t’expliquer par où passer, dit Gérald, parce que sinon, dans une semaine, vous serez encore en train de tourner. Je vais te passer les gendarmes. Juste une chose, avant : et les ravisseurs ? Alles Kaputt ! Le père Jacquet fit entendre un sifflement sonore : C’est toi qui… Non, c’est ma charmante coéquipière. Décidément, il n’y a plus de faibles femmes. Fais-moi penser à ne jamais la contrarier. Ça me paraît une bonne idée. J’entends tout ce que vous dites, Messieurs, intervint Sophia, et je peux vous garantir que je n’ai pas pour habitude de taper sur n’importe qui. J’espère bien ! dit Philippe dans l’appareil. Bon, je te passe le capitaine Leclerc. Merci, à tout de suite. Gérald expliqua au gendarme comment parvenir jusqu’à la cachette des ravisseurs. Nous allons remonter, conclut-il. Je pense que nous nous rencontrerons en chemin. Alors à tout de suite, dit le capitaine Leclerc avant de raccrocher. Prends toutes tes affaires, dit Gérald à Agnès. J’imagine que tu ne seras pas fâchée de quitter cet endroit. Ça c’est sûr, confirma-t-elle. En fait elle n’avait pas grand-chose à emporter. Les vêtements qu’elle portait le jour de son enlèvement étaient dans une pochette en plastique ; elle y joignit son sac à mains et la console Nintendo, cadeau des ravisseurs pour la faire tenir tranquille. Cependant, avant de partir, le journaliste voulait quand même découvrir les lieux par lui-même… et aussi faire quelques photos. Attendez-moi, dit-il, je n’en ai que pour quelques minutes. Pendant ce temps, moi je vais fouiller ces tristes individus, dit Sophia. Excellente idée. Il retourna dans le couloir. La première porte à droite ouvrait sur la chambre des ravisseurs. Elle était petite et miteuse, avec des lits superposés. Du linge sale traînait par terre. Il prit quelques clichés, en vue de l’article qu’il ne manquerait pas d’écrire – et qui, il en était sûr, connaîtrait un grand succès. Juste à côté se trouvait une autre chambre, plus confortable, avec un seul lit. La chambre du chef ? Était-ce l’homme qu’il avait eu au téléphone ? Probablement. En plus du lit, la pièce ne comprenait qu’une petite commode et une table de nuit. Il ouvrit tous les tiroirs, mais ne trouva que des objets d’usage courant : cigarettes, peigne, vêtements, affaires de toilette etc. Là encore, il mitrailla consciencieusement. Sur la gauche, à côté de la cellule où avait été enfermée Agnès, se trouvait la salle d’eau, plutôt spartiate, avec un évier, une douche sommaire et des WC électriques. Plus loin encore il entra dans ce qui devait être une salle de prière, avec un tapis comportant une boussole indiquant la direction de La Mecque. Sur une petite table il trouva deux Coran, un en français et l'autre en arabe. Tout au fond du local il découvrit la pièce du générateur, un vieil engin mais qui semblait fonctionner parfaitement ; une lourde odeur d’essence régnait ici, et plusieurs jerrycans, les uns vides, les autres pleins, étaient entreposés dans un coin. Il y avait aussi un débarras, avec une armoire où étaient rangées les armes. Il se demanda si elles avaient servi ; nul doute que les spécialistes se pencheraient sur la question. Enfin, il jeta un coup d’œil à l’installation de ventilation, assez moderne, et qui diffusait dans tout l’abri un air étonnamment frais. Tout cela était très étonnant. Par quels efforts surhumains avait-on amené ces meubles et ce matériel au fond de ce souterrain, enfoui à des centaines de mètres sous la surface de la terre ? Si cela avait été fait par le chemin qu’ils avaient emprunté, Sophia et lui, pour venir jusqu’ici, cela tenait de l’exploit. Ou alors existait-il une autre voie d’accès, plus aisée ? C’était possible aussi. Il retourna dans la pièce principale. Il était temps qu’ils partent, car sa fille faisait la tronche. Ça y est ? T’as fini ? demanda-t-elle. On peut s’en aller ? On y va ! dit-il. Tandis qu’ils sortaient du repaire, il demanda à Sophia : Et vous ? Vous avez trouvé quelque chose ? Leurs papiers, répondit-elle. Ainsi que nous le pensions, nous avons eu affaire à trois clandestins : Mohamed, un Algérien, Samir, un Mauritanien, et Patrick, un Camerounais. Et à part ça ? Quelque chose qui nous renseigne sur leurs motivations ? Pas vraiment. J’ai aperçu tout un tas de paperasses qui traînaient dans un tiroir, mais je n’ai pas eu le temps de tout examiner. Mais j’ai vu des lettres. Ces gens avaient l’air d’être en relation avec une organisation terroriste. Oui, ce n’est pas étonnant. Bah, il faut bien laisser un peu de boulot aux gendarmes ! Ils auront de quoi faire. Il ramassa le téléphone, dont l’examen se révélerait certainement très révélateur. Et puis ils regagnèrent le tunnel principal, et se dirigèrent vers la sortie. Vous pensez que vous aurez des ennuis, pour avoir liquidé ces trois malfrats ? demanda Gérald à Sophia. Ça m’étonnerait. Dans une société bien faite, on me donnerait une médaille. Vous êtes gonflée ! s’indigna Agnès. Ma chère amie, répliqua la pianiste, si on ne veut pas avoir d’ennuis, il ne faut pas sortir du droit chemin. Vous êtes un peu facho sur les bords, non ? Remarquez, ça correspond assez au climat actuel. N’oubliez pas que ce sont des gens qu’on a forcés à vivre dans la clandestinité, pour éviter l’expulsion. Je ne te demande pas de sauter au cou de notre amie Sophia, intervint Gérald, mais enfin tu pourrais quand même avoir un peu de reconnaissance envers elle. C’est quand même grâce à elle que tu vas revoir la lumière du jour. Tu l’as dit bouffi ! Pendant un moment, la jeune fille se mura dans un silence boudeur ; mais cela ne dura pas. Sur le chemin, elle ouvrait de grands yeux étonnés ; elle expliqua que quand elle avait été enlevée, on lui avait tout de suite mis un bandeau sur les yeux, et donc qu’elle n’avait rien vu du trajet qu’ils avaient parcouru. Elle se souvenait juste que c’était très long. Comme ils longeaient quelques-uns des grands passages qui s’ouvraient dans la paroi du tunnel, Gérald s’aperçut qu’Agnès n’était pas rassurée du tout. Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-il. Rien. Bien plus tard, elle lui avoua que ses ravisseurs eux-mêmes n’étaient pas ravis de devoir se cacher dans cet abri, et ils ne l’avaient fait que parce qu’on leur avait promis une régularisation de leur situation, doublée d'une récompense financière appréciable (sans même parler de la rançon réclamée, mais au sujet de laquelle ils semblaient ne pas nourrir trop d’illusions) - à propos de ce « on », elle ne pouvait pas donner plus de détails, car ses kidnappeurs étaient très discrets à ce sujet. Ce réseau souterrain avait, paraît-il, la réputation d’être hanté par des créatures meurtrières, ce qui ne l’empêchait pas toutefois d'héberger toute une faune de marginaux, qui s'y planquaient dans des niveaux encore plus profonds que celui où on l’avait retenue. C’était d’ailleurs la justification de leur armement, et non pas l’intention de commettre un attentat. Peu après, ils tombèrent sur les gendarmes, conduits par le capitaine Leclerc. Son père, Irène et Sandra étaient là aussi, ainsi que tout un groupe appartenant au GIGN. Ce furent de grandes embrassades, et aussi de nouvelles crises de larmes, de joie cette fois. Où sont les ravisseurs ? demanda l’officier qui commandait le détachement du GIGN, le capitaine Rénier. L’homme était chauve et moustachu ; tout comme ses hommes, il était protégé par tout un harnachement bleu foncé mêlant cuir et métal impénétrable aux balles, et portait un pistolet mitrailleur avec visée laser – ce qui se faisait de mieux en la matière. Toujours dans leur repaire, répondit Sophia. Morts. Vous voyez, on a fait votre job, finalement. Je vois, fit le capitaine en lui jetant un regard noir. Il ne devait pas apprécier que des amateurs se mêlent de ses missions, et accomplissent le travail à sa place.

Gouderien

Gouderien

 

2036. Chapitre Quatre : Disparue (5).

Tout à coup, une ouverture apparut sur la gauche. Encore des marches, humides et glissantes. Il commençait à se demander combien de temps ils allaient descendre, comme ça. Ça vous est venu comment, cette passion pour les arts martiaux coréens ? demanda-t-il. Lors d’une tournée de concerts en Corée, comme vous pouvez vous en douter. Comme vous, j’avais un peu pratiqué le karaté, mais sans plus. On m’a approchée, pour me proposer de m’enseigner le Chung Sool Won. Comme je venais de perdre mon père peu de temps auparavant, j’avais besoin de m’occuper l’esprit, et aussi de me fatiguer le corps. J’ai accepté. La musique ne vous suffisait pas ? Je croyais que le piano exigeait une pratique constante, et très astreignante. Le chant aussi, d’ailleurs. J’ai la chance de n’avoir pas trop besoin de répéter. D’ailleurs ça m’ennuie. J’aime le contact avec le public, cela m’oblige à me dépasser. Entre parenthèses, toute cette humidité n’est sûrement pas bonne pour votre gorge. Effectivement, de l’eau suintait du plafond et coulait sur les murs. Vous avez raison, approuva-t-elle. Il faut que nous trouvions rapidement l’endroit où est cachée votre fille. Peu après, les marches s’interrompirent. Rien qu’à la façon dont les sons résonnaient, ils surent qu’ils étaient arrivés dans une grande salle. Ils promenèrent la lumière de leurs torches dans tous les sens. Le plafond était très haut, et les parois éloignées. Peu à peu, ils se rendirent compte que la salle souterraine où ils se trouvaient était de forme circulaire. Des ouvertures apparaissaient à intervalle régulier dans la circonférence ; ils en comptèrent six. Soudain la torche de Sophia éclaira un détail au sol. Regardez, dit-elle ; je crois que nos amis les gendarmes sont venus jusqu’ici. Effectivement, se dessinait sur le sol humide une empreinte caractéristique, et Gérald reconnut la marque de ce que Boris Vian, trois quarts de siècle plus tôt, appelait une « chaussette à clous ». En fait ce n’était pas la première trace de ce genre qu’il voyait depuis qu’ils étaient entrés dans ce café délabré. Il regarda de tous côtés, sans apercevoir d’autres empreintes. Il faut dire que le sol dégoulinait tellement d’eau, que toute trace devait être rapidement effacée. Celle qu’avait remarquée la jeune femme se trouvait sur une sorte de saillie rocheuse, c’est pourquoi elle avait été épargnée. - Il est possible qu’ils n’aient pas été plus loin, supposa-t-il. - Je pense que vous avez raison, dit-elle. Ils ont dû penser qu’ils n’étaient pas assez nombreux pour explorer tous ces passages. - Alors à deux, je vous dis pas ! Elle fit un grand sourire, ce qui ne lui arrivait pas fréquemment : Oui mais je suis là, moi ! La suite fut assez déconcertante. Elle se dirigea vers le premier passage sur la gauche. Elle s’immobilisa, bien droite, face à l’ouverture béante impossible à détecter sans torche électrique, puis rejeta la tête en arrière, et plaça ses mains écartées de chaque côté de son visage. Qu’est-ce que vous faites ? demanda-t-il, éberlué. J’ouvre mes chakras, pour entrer en communication avec votre fille. De mieux en mieux ! se dit-il. V’la qu’elle nous la joue new age, maintenant. Il aurait mieux valu que je m’asseois par terre, continua-t-elle, mais c’est vraiment trop humide. Cela me déconcentrerait. Maintenant, restez silencieux. Elle demeura ainsi durant plusieurs minutes, rigoureusement immobile ; c’est à peine si sa respiration était perceptible. Puis elle se secoua, comme si elle se réveillait d’un profond sommeil. Non, dit-elle, ce n’est pas là. Passons au suivant. Le suivant n’était pas le bon non plus. Mais au troisième, son visage, qu’il observait à la lueur de sa lampe électrique, se détendit soudain : Votre fille est là ! s’exclama-t-elle. Et elle va bien, j’en suis certaine. Bien sûr, tout cela était encore de la mise en scène, mais sur le coup il fut très impressionné. Ils s’engagèrent dans un tunnel rond, qui avait bien deux mètres cinquante de diamètre. Là encore, il était légèrement en pente, ce qui fait qu’ils s’enfonçaient dans les profondeurs de la terre. Jusque-là, la température n’avait pas cessé de fraîchir, et il grelottait dans ses vêtements d’été trop légers, mais peu à peu elle se réchauffa. Vous ne trouvez pas qu’il fait de plus en plus chaud ? s’étonna-t-il au bout d’un moment C’est normal, dit-elle. Allez visiter n’importe quel puit de mine, et pourvu qu’il soit assez profond, vous verrez que plus on s’enfonce et plus la température augmente. C’est la chaleur interne de la terre, qui se diffuse à travers la croute terrestre. Je n’avais jamais pensé à ça. Nous sommes à quelle profondeur, à votre avis ? Pas très profond. A vue de nez, je dirais que nous sommes à 300 mètres sous la surface. Je me demande bien qui a creusé ces tunnels. Oui, c’est un travail étonnant. A mesure qu’ils avançaient, le souterrain allait s’élargissant. Plus surprenant encore, des ouvertures béaient sur les côtés ; à ce que put distinguer Gérald à la lueur de sa lampe, l’une d’elles était tellement grande, qu’un éléphant aurait pu la franchir aisément. Malgré lui, il pensa aux sculptures de son père, et aux rêves qui les avaient inspirées. Vous êtes certaine que c’est tout droit ? demanda-t-il. J’ai vu des ouvertures, sur les côtés. Je les ai vues aussi. Mais notre objectif est droit devant. Des bruits furtifs se faisaient entendre, et une ou deux fois il aperçut des yeux brillants dans l’obscurité. Il y a des rats ! s’écria-t-il. Certainement. Et sans doute des créatures plus grosses que ça. Vous êtes vachement rassurante ! Il commençait à regretter de ne pas avoir emporté le revolver de Sandra. Avec moi vous ne risquez rien, dit-elle sur un ton apaisant. Vous me vexez. Habituellement, c’est la femme qui a peur, et l’homme qui la rassure. Elle fit entendre un rire étrange, qui ressemblait presque à un grincement. Vous comprendrez tôt ou tard que je suis une femme assez spéciale. Maintenant, si vous n’y voyez pas d’inconvénient, il faudra parler plus bas, car je crois que nous approchons. Il se demandait bien comment elle s’en rendait compte, car il faisait toujours aussi noir : grâce à ses « chakras » ? Comme si, encore une fois, elle avait lu dans ses pensées, elle dit : Écoutez ! Il s’arrêta. D’abord il n’entendit rien, sauf le « flic-floc » incessant produit par les gouttes d’eau qui tombaient du plafond. Il se demandait d’où venait toute cette eau ; en ces temps de sécheresse, c’était étonnant. Et puis il perçut un bourdonnement sourd, qui semblait provenir de partout à la fois. Il connaissait ce son : C’est le bruit d’un générateur électrique ! Exact. Nous ne sommes plus très loin. Comme ils continuaient d’avancer, le sol devint de plus en plus pentu et glissant. Un véritable ruisselet d’eau s’écoulait à présent. Au bout d’une quarantaine de mètres, un nouveau bruit vint se rajouter aux autres : celui que produirait de l’eau, tombant d’une grande hauteur. Je n’aime pas ça, dit-il. Vous êtes certaine que nous sommes dans le bon passage ? Aucun doute là-dessus. Le problème, c’est que ça devient de plus en plus glissant. Vous avez raison. Arrêtez-vous. Pour la première fois, elle parut hésiter. Elle fit quelques pas en avant, et balaya de sa torche l’obscurité devant elle. A la stupéfaction de Gérald, un grand trou apparut, noir comme la nuit ; l’eau qui coulait le long du couloir s’y déversait avec fraças. Le journaliste fut content de constater que, finalement, cette Madame-Je-Sais-Tout n’avait pas toujours raison. Par contre, tout cela ne les rapprochait pas de sa fille. La lumière de leurs lampes balaya toute la largueur du passage, mais ne rencontra que l’obscurité de ce puits, qui exhalait une odeur méphitique. Impossible de passer par là. Restez où vous êtes, commanda-t-elle. Elle s’approcha du trou avec précaution, se pencha au-dessus du bord et promena la lumière de sa torche à l’intérieur. Rien à faire, dit-elle en reculant. On n’en voit même pas le fond. Il doit y avoir un autre tunnel quelque part, mais nous l’avons raté. Il faut rebrousser chemin. Pas de problème, on y va. Regardez bien de chaque côté. Il y a fatalement une issue. OK. Ils trouvèrent cette fameuse issue peu de temps après : un passage bas, étroit, qui s’ouvrait dans la paroi de gauche. A peine eurent-ils fait quelque mètres que le bruit du générateur se fit plus fort, ce qui confirma que, cette fois, ils étaient dans la bonne direction. Silence, maintenant, murmura-t-elle. On peut tomber sur eux à n’importe quel moment. Et si ça arrive, qu’est-ce qu’on fait ? Ne vous occupez pas de ça. Laissez-moi faire. As you like it. Il devait avouer que la perspective d’assister en simple spectateur à la suite des événements ne lui disait rien qui vaille. D’un autre côté, la jeune femme semblait très sûre d’elle. Néanmoins il était bien décidé à intervenir, si le besoin s’en faisait sentir. Ils avançaient courbés depuis un moment, car ce passage, contrairement à l’autre, ne devait pas faire plus d’un mètre et demi de haut. Et puis le plafond se réhaussa, et ils purent se redresser. Quelques mètres après, ils tombèrent sur une porte ; une porte de bois, toute bête. Et à travers elle, ils percevaient un bruit de discussion. Ils écoutèrent un moment. Il y avait trois voix, qui s’exprimaient dans une langue ou un dialecte africain. Gérald reconnut l’un des personnages qui parlaient ; c’est l’homme qu’il avait eu au téléphone, celui qui avait réclamé une rançon d’un million de francs. C’était trop facile : où était le piège ? Il n’y avait pas une sentinelle, même pas un détecteur de mouvement – et pourtant on trouvait ce genre d’appareil pour un prix modique dans n’importe quelle quincaillerie. Il soupira, puis regarda Sophia, et leva la main, pouce dressé : Good job ! It’s just the beginning ! répondit-elle à mi-voix Il ne comprit toute la signification cachée de cette phrase que bien plus tard. Reculez ! chuchota-t-elle Tandis qu’il s’exécutait, elle observa la porte un moment. Contrairement à ce qu’il pensait, elle ne se donna même pas la peine de vérifier si elle était ouverte ou fermée. Elle prit un peu d’élan puis donna un coup de pied d’une extraordinaire violence dans le ventail, dont le bois éclata sous le choc. Elle se rua en avant tête la première en faisant une roulade pour repousser ce qui restait de la porte, retomba sur ses pieds puis se lança à l’assaut, Gérald sur les talons. Ce qui suivit ne dura pas plus d’une ou deux secondes. Ils se trouvaient à présent dans une pièce carrée pas très grande (trois mètres sur trois, tout au plus), sommairement meublée d’une table, de quatre chaises et d’une commode ; un peu plus loin on voyait un coin cuisine, avec un évier, un frigo, un four à micro-onde, un buffet etc. La pièce, qui devait faire moins de deux mètres de haut, sentait le renfermé, l’urine et le tabac ; s’y mélaient des odeurs de cuisine africaine. Trois hommes étaient assis autour de la table. Gérald garda longtemps gravée dans sa mémoire l’image de leurs visages stupéfaits, tandis que son acolyte et lui pénétraient en tempête dans leur repaire. Deux d’entre eux avaient le visage cuivré des Noirs d’Afrique, le troisième était sans doute un Maghrébin. Ils voulurent se lever, et l’un des Noirs fit un geste, comme pour attraper une arme. Mais la jeune femme ne leur en laissa pas le temps. Il y eut deux chocs sourds, comme elle frappait leur tempe de toute sa force avec le tranchant de la main, puis immédiatement après un bruit écoeurant, comme d’œufs que l’on casse, au moment où elle fracassait leur crâne. Le troisième homme, celui qui avait tenté de s’emparer de son arme, connut un sort légèrement différent ; elle commença par lui casser le bras, lui balança ensuite un coup direct au foie, puis l’étourdit d’un revers de la main. Il s’effondra près des corps de ses complices, qui étaient morts avant même d’avoir touché le sol. Gérald se pencha vers le survivant : Où est ma fille ? Il avait le nez cassé, et le sang qui coulait semblait gêner sa respiration. Il ouvrit la bouche, comme pour dire quelque chose. Ça… Oui ? fit le journaliste. Ça... Quoi ? Ça ne devait pas se passer comme ça. Et sur cette phrase énigmatique, il mourut. A ce moment, Gérald entendit une voix qu’il chérissait entre toutes : Qui êtes-vous ? Pendant qu’il essayait de faire parler le troisième larron, Sophia avait exploré les lieux, et elle avait rapidement découvert une pièce fermée à clef. C’est là que se trouvait Agnès. Inutile de dire que la porte n’avait pas résisté longtemps aux assauts de la jeune femme. C’est ainsi qu’Agnès Bourdet s’était retrouvée face à cette furie vêtue de vert, qui venait en fait la délivrer – mais ça elle ne le savait pas, bien sûr. Gérald se rua dans la direction d’où venait la voix. Il tomba sur un couloir mal éclairé ; des deux côtés s’alignaient des portes. La plus à gauche était ouverte.  Me voilà, ma chérie ! s’écria-t-il. Papa ! Dépassant Sophia, il se rua vers sa fille, l’embrassa et la serra dans ses bras. Bon, je vous laisse à vos retrouvailles familiales, lança la pianiste. Moi je vais continuer à explorer les lieux. La pièce où Agnès avait été détenue mesurait environ un mètre et demi sur deux ; dans cet espace on avait casé, outre le lit sur lequel elle était assise, une table et une chaise ainsi qu’une petite commode. Une ampoule nue au plafond assurait la lumière – comme dans la pièce principale. Agnès était vêtue d’une tenue de sport bleu et rouge qu’il ne lui connaissait pas, et semblait en assez bonne forme, même si, sur le coup de l’émotion de sa libération, elle pleurait comme une madeleine – et lui aussi, d’ailleurs, tellement il était soulagé de retrouver sa fille saine et sauve. Elle tenait encore à la main une vieille console Nintendo, avec laquelle elle était manifestement en train de jouer quand Sophia avait démoli la porte pour la délivrer. Les flics sont là ? demanda-t-elle. Ils vont arriver. Il n’avait pas fait attention à l’heure, et en regardant sa montre, il s’aperçut que ça faisait une heure et demie déjà qu’ils étaient dans le souterrain. Son père avait certainement dû appeler les gendarmes. Il allait falloir qu’il les contacte, sinon ils n’avaient pas fini d’errer dans les souterrains. Qu’est-ce que vous avez fait des trois gars ? demanda-t-elle. Tu veux parler de tes ravisseurs ? Oui. Il ne faut pas leur faire de mal. Ils ont été gentils avec moi. Le journaliste se sentit subitement très mal à l’aise. Hum, dit-il. Je suis ravi de l’apprendre. Hélas, ça ne changera rien à ce qui s’est passé. Elle le regarda avec effarement : Il s’est passé quoi ? Je crains qu’elle ne soit atteinte du syndrome de Stockholm, intervint Sophia, qui venait de rentrer dans la cellule. Le syndrome de quoi ? demanda la jeune fille. Et puis c’est qui, cette grande bringue ? C’est marrant, sa tête me dit quelque chose. C’est normal, ma chérie, répondit Gérald. Tu as vu des photos d’elle. C’est Sophia Wenger, la… pianiste. La pianiste ? Qu’est-ce que le piano vient foutre dans cette histoire ? Et tu ne m’as toujours pas répondu à propos des trois mecs. Malheureusement, dit-il d’un ton embarrassé, je crois que ma coéquippière est du genre à taper d’abord, et à discuter ensuite. Ça fait gagner du temps, déclara la jeune Britannique d’une voix imperturbable.  Et comme chacun sait, « Time is money ».  

Gouderien

Gouderien

 

Mignonne

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait éclose
De radiations prit une dose
En cause ? Soleil qui implose Mignonne, allons jouir du bleu nuit
Bleu où nulle étoile ne luit
D'éclairage public, produit
Pollution visuelle nuit Mignonne, allons ouïr gazouiller
En forêt, les jeunes couvées
Qui bientôt finiront crevées
De n'avoir nib en leur becquées Mignonne, allons braver la crise
Dans la rue : cloches, mégots gisent
S'y trouvent : méprises, traîtrises
Celles-là : de mèche ou de mise ? Mignonne, allons faire l'amour
Dans la nature ou les labours
Avant que le compte à rebours
De la Terre soit sans retour Mignonne, allons jouer du fouet
Demain n'est plus ce qu'il était
Alors faisons ce qu'il nous plait
Ou pas : le plaisir, c'est surfait Hélas, si  tu me crois, mignonne
Tandis que ton âge fleuronne
Vieillir ou bien devenir conne
Ne sera ton destin aphone

Tequila Moor

Tequila Moor

 

2036. Chapitre Quatre : Disparue (4).

Pendant que la jeune femme discutait avec les gendarmes, Gérald en profita pour se connecter discrètement à la « Wikipédia » sur son portable, et il lut la fiche de Sophia Wenger ; il dut se mettre à l’ombre d’un arbre pour pouvoir déchiffrer quelque chose, car la lumière du soleil, qui brillait de plus en plus fort, se reflétait sur l’écran. Elle était née à Londres le 13 août 2003 – elle était donc du signe du Lion -, et avait 32 ans. Elle était la fille de sir Edward Wenger, grand savant britannique, célèbre pour ses travaux en informatique et robotique. Selon la version officielle – contestée sur le Web par les amateurs de théorie du complot -, il s’était suicidé, pour des raisons indéterminées, une dizaine d’années auparavant. Elle était considérée comme l’une des plus grandes pianistes vivantes. On comparait parfois son style de jeu à celui de Svatoslav Richter, qu’on avait surnommé au siècle précédent « le Titan du piano ». En France, on n’aime pas trop que les gens sortent de la case qu’on leur a attribuée, aussi se contentait-on de signaler en passant qu’elle chantait également, notamment des airs d’opéras de Puccini et des lieder de Schubert, Mahler et Richard Strauss. Il passa à la version anglaise, qui était plus complète. Là, après un résumé très détaillé de sa carrière musicale, on rappelait que Sophia Wenger avait plusieurs hobbies. Elle adorait jouer au détective, et avait résolu des enquêtes criminelles sur lesquelles la police se cassait les dents depuis longtemps. C’était aussi une pratiquante assidue des arts martiaux, et elle avait atteint le plus haut degré de maîtrise possible dans deux de ces sports traditionnels. Elle avait écrit deux livres, l’un sur Frédéric Chopin, l’autre sur un sujet très différent, l’histoire des arts martiaux en Corée. On ne savait pas grand-chose de sa vie privée, sinon qu’elle était fiancée depuis des années à un joueur de tennis américain. Il y avait des notes signalant des trous et des failles dans la biographie de la jeune femme, et renvoyant pour plus d’informations à des articles consacrés à ces questions, mais il n’eut pas le temps de les lire, car elle avait terminé sa conversation avec les gendarmes et revenait vers eux. Il ferma son portable. Alors ? lança-t-elle. Par où commence-t-on ? Que vous on dit les gendarmes ? demanda Philippe. Rien de spécial. J’ai l’impression qu’ils pataugent, les malheureux. Si nous ne nous en mêlons pas, ça peut durer longtemps comme ça. Soudain, son attention fut attirée par le chien : Il a du flair ? demanda-t-elle. Vous savez, dit Gérald, c’est plutôt un chien de garde et de défense. Pourquoi l’avoir amené, alors ? Des fois qu’on tombe sur les ravisseurs… Je vois. Mais bon, c’est un chien, donc il a forcément un sens olfactif plus développé que le nôtre. Quelqu’un a un objet appartenant à la gamine enlevée ? Oui dit Irène, j’ai ça. Elle sortit de son sac à main un petit foulard rouge, enveloppé dans une pochette en plastique. Elle le présenta à Malabar, qui le renifla longuement. Cherche, dit-elle. Pendant un moment l’animal ne fit rien d’autre que regarder autour de lui d’un air perplexe, comme s’il se demandait ce qu’on lui voulait, puis il sentit à nouveau le foulard et partit à petits pas dans la rue Gambetta, où ils étaient un moment plus tôt. Eh bien vous voyez, dit Sophia. Il semble savoir où aller. J’espère que vous avez raison, dit Irène. Le chien avança ainsi sur plus d’une centaine de mètres, la truffe au ras du sol, et ils dépassèrent la ferme qu’ils avaient aperçue de loin tout à l’heure, ainsi que plusieurs maisons. Et puis Malabar s’assit sur ses pattes de derrière, et ne bougea plus. Irène lui présenta à nouveau le foulard en répétant « Cherche ! », mais il ne voulut rien savoir. C’est comme si la piste se terminait ici, constata Gérald. Alors, c’est à partir d’ici qu’il faut chercher, conclut Sophia. Le repaire des ravisseurs ne doit pas être loin.   Comme elle s’agenouillait afin d’examiner le sol de plus près, sa jupe remonta, découvrant encore un peu plus ses cuisses galbées. A Gérald, qui lui faisait observer qu’elle n’avait pas choisi la bonne tenue pour se livrer à ce genre d’exercice, elle répondit : Ce n’est pas grave, je vous enverrai la facture de blanchissage ! Si vous retrouvez ma fille, je la paierai de grand-cœur ! Et même une autre tenue identique, si vous voulez ! Méfiez-vous, je pourrais vous prendre au mot ! Et ce n’est pas exactement bon marché. Elle se releva, et jeta un regard circulaire. A leur droite se dressait une grande maison, en ruines bien entendu. Ce qui restait d’une enseigne permettait de voir que là se trouvait autrefois un café. Puisque vous êtes si malin, Monsieur le journaliste célèbre, commença-t-elle, dites-moi donc en quoi cette bâtisse diffère des autres que nous avons aperçues jusque-là. Tout le monde regarda dans la direction qu’elle indiquait. Et puis Irène lança : Je sais ! Il y a beaucoup moins de végétation qu’ailleurs. Bravo ! la félicita la pianiste. Et c’est vrai que, contrairement à la majorité des maisons qui demeuraient encore debout, celle-ci avait été très peu envahie par les ronces, les plantes grimpantes, les racines et les mauvaises herbes. Elle se dirigea vers l’entrée ; la porte avait disparu. Tout le monde la suivit. Le chien trottinait derrière eux, s’efforçant de toujours conserver une distance raisonnable entre lui et la mystérieuse anglaise. Et qu’est-ce que ça peut vouloir dire, cette absence de végétation ? demanda Sophia sur le ton d’une institutrice interrogeant des élèves. Qu’on a fait du nettoyage, répondit Irène. Et donc que cette maison est encore utilisée de nos jours. Exact. Vous ne croyez pas, intervint Gérald, que des gens mal intentionnés auraient au contraire conservé cette végétation, et même en auraient rajouté, en guise de camouflage ? Tout à fait, approuva la pianiste. Sauf si nous avons affaire à des gars pas très malins, ce que laisse déjà supposer la facilité avec laquelle les services de gendarmerie ont repéré l’origine de leur coup de téléphone. Ils se trouvaient maintenant à l’intérieur de la maison, dans ce qui avait été la salle d’un bistrot. On discernait encore les vestiges d’un comptoir, ainsi que, dans un coin, une table et deux chaises cassées. Au mur, à côté d’un grand miroir piqué et très sale, s’affichait une antique publicité pour une marque d’apéritif. Et si c’étaient les gendarmes qui avaient nettoyé ? objecta Philippe. Pourquoi ici, et pas ailleurs ? En tous cas ce nettoyage avait été sommaire, comme en témoignait l’épaisse couche de poussière qui recouvrait tout. On discernait par terre des traces de pas, sans savoir bien sûr à qui ils appartenaient ; ils les suivirent. A gauche du comptoir s’ouvrait une autre porte ; ils entrèrent, et se retrouvèrent dans une grande pièce qui avait dû, autrefois, servir de réserve, ainsi qu’en témoignaient les grands casiers à bouteilles, couverts de toiles d’araignées, qui occupaient deux des murs. Il faisait sombre, mais heureusement ils avaient pensé à emporter des torches électriques. Sur la droite, on voyait une trappe, qui devait déboucher sur une cave ; les pas se dirigeaient vers elle. Comme Gérald se précipitait déjà pour l’ouvrir, Sophia lança : Attendez ! Il faut que je vérifie quelque chose. Elle retourna dans la salle du bistrot, dont elle se mit à inspecter méthodiquement chaque centimètre carré, en commençant par les murs. Qu’est-ce que vous faites ? demanda Philippe, étonné. Si les ravisseurs sont bien ici, répondit-elle, ils ont certainement laissé un signe quelque part, pour prévenir d’éventuels complices. Vous pouvez m’aider, ça permettra de gagner du temps. Et on recherche quoi ? demanda Irène. N’importe quoi qui vous semble bizarre. Une marque, un dessin, quelque chose de ce genre. A leur tour, ils se penchèrent donc sur les murs et le plancher du vieil estaminet, à la recherche de quoi que ce soit d’étrange. Dix minutes s’écoulèrent ainsi, sans qu’ils trouvent rien. Sophia en était arrivée à la vieille table entassée dans un coin en compagnie de deux chaises, quand tout à coup elle s’écria : Je le savais ! Venez voir. Ils s’approchèrent. Elle désigna une marque, tracée au milieu de la poussière qui recouvrait le meuble. On aurait dit un « H », avec une sorte de trait incurvé ressemblant à un sabre, en travers. Vous n’avez jamais entendu parler de l’alphabet des voleurs ? demanda-t-elle. Comme personne ne répondait, elle poursuivit : C’est très ancien, ça remonte au moins au XVe siècle. Chaque pays a le sien. Les voleurs tracent ces signes près de la porte d’une maison – aussi discrètement que possible, naturellement. Par exemple un rond avec deux flèches tournées vers la gauche, ça veut dire « Ici danger ». Un triangle, c’est « Une femme seule ». La lettre « D », ça signifie « A cambrioler le dimanche ». And so on. Enfin en France, bien sûr, parce que dans d’autre pays c’est différent. Et alors, ce signe, il veut dire quoi ? Ça vient de l’alphabet des voleurs d’Afrique du Nord. Et ça signifie : « Nous sommes là ». Elle les regarda d’un air triomphant : Ils sont ici ! Nous les tenons ! Gérald photographia discrètement cette marque. Malgré les recherches qu’il effectua plus tard, il n’en retrouva aucune mention nulle part. Par la suite, il soupçonna qu’en fait Sophia avait dû la tracer elle-même dans la poussière déposée sur la table. Elle n’avait nullement besoin de signes pour la guider, puisque – ainsi qu’elle le reconnut à demi-mot, alors qu’ils crapahutaient dans la boue d’un marécage de la Russie profonde, plusieurs mois plus tard – elle savait parfaitement où se trouvaient les ravisseurs d’Agnès, et comment les rejoindre afin de libérer celle-ci. C’était juste de la comédie. A ce moment elle pouvait bien s’offrir le luxe d’être franche avec lui, puisqu’il était déjà tellement impliqué dans les événements, que nul retour en arrière n’était possible. Le lecteur se demandera sans doute : pourquoi étaient-ils en train de patauger dans un marécage de l’immense Russie ? Et de quels événements est-il question ? Un peu de patience, s’il vous plaît !   Ils retournèrent dans la réserve et, cette fois, ouvrirent la trappe ; une volée de marches apparut. Ils les descendirent, et se retrouvèrent dans la cave classique d’un café, avec d’autres casiers – certains contenant encore des bouteilles vides -, de vieux tonneaux éventrés et même des futs de bière. La cave sentait le renfermé, le moisi, la vinasse abîmée et d’autres odeurs plus désagréables encore, qu’ils ne se donnèrent pas la peine d’identifier. Au moins y faisait-il frais, ce qui en ces temps de canicule constituait un avantage non négligeable. A la lueur des lampes électriques ils aperçurent encore de la poussière, des toiles d’araignées et même des squelettes de rats ou de souris. Logiquement, il devrait y avoir une autre trappe quelque part, expliqua Sophia. La cave n’était pas très grande ; d’autres traces pas les guidèrent rapidement vers une  nouvelle trappe. Ils l’ouvrirent, découvrant encore une volée de marches s’enfonçant dans l’obscurité. Sophia en descendit quelques unes, la torche électrique à la main. Puis elle remonta. Ça semble très profond, dit-elle. Voilà ce que nous allons faire. Gérald, vous allez venir avec moi. Les autres, vous attendrez ici. Si d’ici une heure nous ne sommes pas revenus, vous allez cherchez les gendarmes. Pourquoi ne pas les prévenir tout de suite ? demanda Philippe. Parce que nous ne sommes pas certains que c’est bien ici que se trouve la cachette des ravisseurs. Vous sembliez pourtant très affirmative, tout à l’heure. Oui, mais je peux quand même me tromper. Il est possible que cette marque soit ancienne. Vous avez une lampe, Gérald ? Oui. Vous êtes armé, Monsieur Jacquet ? demanda Sandra avec son délicieux accent espagnol. Je peux vous prêter mon Glock, si vous voulez. Et ce disant, elle ouvrit son sac à main, montrant l’arme en question. Gérald hésita. Quand il était à l’armée, et plus tard lors de son entraînement en tant qu’agent de renseignements, il avait appris à se servir de nombreuses armes – et d’ailleurs il en avait utilisé certaines sur le terrain, quand il appartenait aux forces spéciales. Mais tout cela remontait à bien longtemps. Sophia décida à sa place : Inutile. Je suis ceinture noire de deux arts martiaux coréens. Je peux vous garantir que je peux tout à fait neutraliser ces bandits toute seule, sans avoir besoin d’arme. Et si eux sont armés ? objecta Philippe. Qu’est-ce que vous ferez ? Êtes-vous plus rapide que les balles ? Oui, cher Monsieur, répondit-elle en le regardant droit dans les yeux. Sur le moment, Gérald pensa qu’elle se vantait. Plus tard, il eut l’occasion de changer d’avis sur la question. Assez discuté, trancha la pianiste. Ce n’est pas ainsi que nous retrouverons votre fille. Et elle commença à dévaler cet escalier qui plongeait vers l’inconnu. Gérald la suivit, sans savoir si ce qu’il faisait était bien raisonnable. Attention, dit-elle, les marches sont glissantes. Pas de problème, répliqua-t-il, j'ai de bonnes chaussures. Et c'était vrai : ignorant dans quoi cette aventure les entraînerait, il avait choisi des chaussures de randonnée. Vous parliez d’arts martiaux coréens, dit-il au bout d’un moment, histoire d'alimenter la conversation. Je peux savoir lesquels ? Pourquoi, vous vous y connaissez ? J’ai pratiqué les arts martiaux à l’armée, mais plutôt ceux du Japon : judo, karaté, etc. Bien sûr. Moi je suis spécialiste en Chung Sool Won et en Tang Mu do. Jamais entendu parler. Ça ne m’étonne pas. Très peu de gens en dehors de la Corée les connaissent. Ce sont des disciplines très anciennes, et presque secrètes, car elles sont très meurtrières. Alors il n'est pas question d'apprendre ça aux enfants de cinq ans dans les écoles, comme on le fait avec le judo. J’ai eu la chance de suivre l’enseignement de grands maîtres, et j’ai atteint le plus haut niveau possible – enfin c’est une façon de parler, parce que tant qu’on vit on ne doit jamais cesser de continuer à progresser, même si ça devient de plus en plus difficile. En Corée on m’appelle la « Légende vivante ». Il sourit intérieurement. La belle avait sans doute beaucoup de qualités, mais ce n’est pas la modestie qui l’étouffait ! Comme si elle avait lu dans ses pensées, elle se retourna et lui braqua sa lampe dans la figure : Je ne vous dis pas ça pour me vanter. C’est un fait, c’est tout. Bien sûr, bien sûr ! Ils continuèrent à avancer pendant un moment sans parler. Ils avaient descendu au moins deux-cents marches, quand elle dit : Je crois que nous arrivons en bas. Ils se trouvaient à présent dans un couloir rectiligne, très légèrement en pente, et qui semblait s’étendre sur une longueur indéterminée, car le faisceau de leurs torches n’en atteignait pas l’extrémité. Il n’y avait qu’une seule chose à faire : le suivre. Tout en marchant, elle revint sur le sujet des arts martiaux coréens, qui semblait lui tenir à cœur : Celui – ou celle – qui maîtrise le Chung Sool Won ou le Tang Mu do devient un combattant très redoutable. Mais si jamais il apprend à combiner ces deux techniques, alors c’est l’Ange de la Mort en personne. Eh bien ! songea-t-il. On ne se méfie jamais assez des pianistes ! Et puis, à la grande stupéfaction de Gérald, elle s'arrêta, le regarda et ajouta : Ça vous dirait que je vous les enseigne ? A moi ? Oui. Vous ne croyez pas que je commence à être un peu vieux pour ce genre de choses ? Pour l’instant, ma seule ambition se borne à retrouver ma fille, saine et sauve de préférence. Vous ne savez pas ce que l’avenir vous réserve… Le ton sur lequel elle avait dit cela le fit frissonner.

Gouderien

Gouderien

 

Aux jours de l'an

On rit
Au dernier jour de l'an
On pleure
Etants équivalents On se confie
On se confise
On se ravit
On se ravise De la gaie poussière d'étoiles
Ou triste poussière qui parle
Mais gaie ou triste, c'est idem
On reste poussière quand même Que on soit mien ou tien ou sien
On est part du décor immonde
Dont la parole ne peut rien
Devant future fin du monde
On vit
Au premier jour de l'an
On meurt
Les doigts gourds, les doigts lents On est un con
Mais qui s'y fit ?
Y'a qu'à, faut qu'on
Et qui s'y fie ? De la gaie poussière d'étoiles
Ou triste poussière qui parle
Mais gaie ou triste, c'est idem
On reste poussière quand même Que on soit biens ou liens ou fiens
On est part du décor immonde
Dont la parole reste en chien
Devant future fin du monde

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Au temps perdu.

Au temps passé, que l'on n'oublie pas, Au temps présent que l'on oublie de vivre, Au temps futur que l'on ne connaît pas, Au temps conditionnel, incertain hypothétique, Au temps qui s'écoule, qui s'étire et s'allonge, Au temps qui s'en va, et ne revient pas, Au temps qui court, que l'on ne rattrape pas,  Au temps qui s'enfuit, que l'on n'arrête pas, Au temps suspendu, temps mort,  Et moi j'attends !  Un train que je ne prendrai pas.   

Ines Presso

Ines Presso

 

2036. Chapitre Quatre : Disparue (3).

Avec toutes ces histoires, Gérald avait oublié de donner à son père le livre sur l’Ouest américain qu’il avait acheté pour lui. Il alla le chercher dans sa chambre. Il était emballé dans un sac rouge portant en grandes lettres dorées « Las Vegas Airport ». Il faillit redescendre et le remettre au vieillard, et puis il songea aux mangas qu’il avait achetés pour Agnès. Il distribuerait les cadeaux quand on l’aurait retrouvée. Pas avant. Il était encore dans sa chambre, quand il entendit soudain un tumulte de voix, lequel fut suivi bientôt par des aboiements de chiens ; un coup de feu retentit. Il descendit en hâte. La porte d’entrée était ouverte ; il sortit. Son père était là, qui observait d’un œil goguenard Éric, fusil dans une main, une torche électrique dans l’autre, reconduisant plusieurs individus vers la sortie ; les chiens les suivaient en grognant sourdement. Qu’est-ce qui se passe ? demanda Gérald. On dirait que tes chers collègues journaleux ont découvert le point faible de la propriété. Ils sont passés par l’Isle. Heureusement, le gardien veillait. Gérald songea que le destin avait d’amères vengeances : combien de fois cela lui était-il arrivé, d’harceler des gens qui se trouvaient dans la même situation que lui aujourd’hui, ou qui venaient de perdre un proche dans un accident ou une catastrophe, pour obtenir à tout prix une interview ? Le pire, c’est qu’il avait totalement bonne conscience : après tout, il ne faisait que son métier.  Il n’y a pas de blessés ? demanda-t-il. Non, répondit Philippe. Les chiens voulaient s’en payer une bonne tranche, histoire de découvrir quel goût ça a, un gratteur de papier – excuse-moi, j’oublie toujours que tu fais partie de cette corporation. Mais Éric les a arrêtés à temps. Vous n’avez pas le droit ! s’écria un des journalistes, et Gérald reconnut un de ses collègues du « Monde ». On va se gêner ! répliqua Jacquet père. Le gardien ouvrit la petite porte métallique qui se trouvait à côté du portail, et fit sortir tout ce beau monde. Le père et le fils demeurèrent quelques instants devant la maison, observant Éric qui, après avoir expulsé les intrus, refermait soigneusement à clef derrière eux. Le soleil n’allait pas tarder à se lever, mais on n’y voyait pas encore grand-chose. En cette période de canicule, c’était certainement le moment de la nuit où il faisait le plus frais. Va vraiment falloir que je fasse quelque chose pour clôturer ce passage, marmonna Philippe Jacquet en rentrant dans la demeure, son fils à sa suite. En plus, comme il fait de plus en plus chaud, il y a de moins en moins d’eau dans la rivière, si on peut encore appeler ça une rivière. En tous cas, ce n’est plus un obstacle. C’est sûr, dit Gérald. Et maintenant que ceux-là se sont aperçus qu’on peut passer par là, ils vont le dire à tout le monde. En attendant mieux, faudrait mettre du fil de fer barbelé. Ouais, je vais voir si je peux dénicher ça sur Internet, et me le faire livrer. Parce que sinon, faudrait aller je ne sais où pour trouver ça. Pas à Chennevières, en tous cas. En plus on va arriver au mois d’août, la plupart des magasins seront fermés. Un peu plus tard, Irène se leva, et alla acheter du lait, du pain, des croissants et des chaussons aux pommes. Quand elle revint, ils firent un solide petit-déjeuner. On dirait que l’appétit revient, remarqua Jacquet père. Ben oui, répliqua Gérald. Faut pas se laisser abattre. Je suis sûr qu’on va retrouver Agnès, et qu’elle ira bien. Qu’est-ce qui te fait croire ça ? D’abord je fais confiance aux gendarmes. Et puis mon instinct me le dit. Ton instinct ? Oui. Dans mon métier, si on ne sent pas les choses, on ne va pas loin. J’espère que tu as raison. Moi aussi, déclara Irène. Lui aussi l’espérait. En fait, il était moins confiant qu’il ne voulait bien le laisser paraître. Mais il croyait aux vertus de la « positive attitude ».   Le capitaine Leclerc, toujours flanqué de deux acolytes (sauf qu’aujourd’hui l’un des deux était une femme) passa dans la matinée, alors qu’ils se préparaient à partir pour Charlagnac. Malheureusement, il n’avait pas de bonnes nouvelles – ni de mauvaises d’ailleurs : en fait, il n’avait pas de nouvelles du tout, sauf qu’il leur apprit qu’Isabelle Bourdet était pour le moment neutralisée, ce qui soulagea grandement Gérald. A part ça les gendarmes poursuivaient leurs recherches, pour l’instant infructueuses. Ils remuaient chaque pierre des ruines de Charlagnac, mais jusque-là sans rien trouver. Apprenant que les Jacquet Père et fils allaient se rendre sur le lieu de la disparition, l’officier fit une moue dubitative :  C’est votre droit, et je ne chercherai à vous en empêcher, mais qu’est-ce que vous espérez découvrir, là-bas ? Je n’en sais rien, dit Gérald. Je pense que je le saurai quand je le verrai. Si des professionnels avec des chiens n’ont rien trouvé, malgré des jours de recherche, je doute fort que des amateurs dans votre genre aient plus de chance. Attention, dit Philippe Jacquet. Ce n’est pas un simple amateur, c’est un journaliste célèbre ! Ça change beaucoup de choses ! Te fous pas de moi, Papa ! grogna Gérald. Loin de moi cette pensée ! Leclerc reparti, ils embarquèrent tous dans le 4x4 de Gérald. Éric aurait voulu les accompagner, mais il fallait bien que quelqu’un surveille la propriété, surtout après les incidents de la nuit. Par contre Irène emmena avec elle l’un des chiens du gardien, un rottweiler de 5 ans qui portait le doux nom de « Malabar » ; et c’est vrai qu’on n’avait pas trop envie de s’y frotter. La sortie de la propriété fut un peu folklorique, avec tous les représentants de la presse agglutinés aux portières, mais Gérald avait décidé qu'il ne donnerait aucune interview tant qu'on n'aurait pas retrouvé sa fille; jusque-là, il n'avait rien à dire à ses collègues journalistes. Quelques-uns tentèrent bien de les suivre, mais les gendarmes les en dissuadèrent rapidement. Sur leur chemin ils s’arrêtèrent à la boutique de Sandra, et celle-ci monta dans la voiture. Elle avait, semble-t-il, signé une trêve provisoire avec sa rivale ; mais Gérald la soupçonnait d’être armée – cela dit, contrairement à son ex-épouse, elle possédait un permis de port d’armes. Charlagnac n’était éloigné que d’une douzaine de kilomètres, et le trajet ne fut pas très long. En arrivant près du village fantôme, ils tombèrent sur un barrage de la gendarmerie, mais quand Gérald dévoila son identité, on les laissa passer. Juste à l’entrée du bourg se dressait un second barrage, mais là encore, ils n’eurent aucun problème. Ils laissèrent la voiture sur le parking proche. Non loin de là, une petite construction en dur, à peine plus grande qu’une guérite, abritait ce qui tenait lieu de syndicat d’initiative ; c’est là que se tenaient en temps ordinaire les guides qui faisaient visiter les ruines aux touristes. Mais comme aujourd’hui ils accompagnaient les gendarmes dans leurs recherches, il n’y avait personne.  Ils descendirent du véhicule. Le chien tirait sur sa laisse, impatient de bouger, et Irène avait du mal à le maîtriser ; Philippe prit la relève. Le site était impressionnant, et rappelait Oradour-sur-Glane - village du Limousin anéanti par la division SS « Das Reich » le 10 juin 1944, et dont presque tous les habitants avaient été exécutés -, sauf qu’il y avait moins de maisons, et que les ruines étaient en grande partie recouvertes par la végétation. Naturellement, ils se dirigèrent vers l’endroit où Agnès avait disparu – enfin, où ils supposaient qu’elle avait disparue, car maintenant, avec le recul, les protagonistes de cette triste affaire n’étaient plus trop sûrs de rien. Ce que je sais, c’est que nous étions dans cette rue, déclara Philippe Jacquet. J’étais persuadé qu’Agnès me suivait. Et soudain je me retourne : plus personne. Moi j’étais un peu plus loin, dit Irène, et je pensais que la petite était avec toi. L’artère en question s’appelait « rue Léon Gambetta », à en juger par le plan qui s’affichait sur le portable de Gérald. Au sol, l’herbe poussait entre les pavés disjoints. C’était l’une des rues principales du village. D’un côté, les sapeurs avaient tout rasé, et la nature avait repris ses droits, dressant un entrelac touffus d’arbustes, de ronces et de hautes herbes. De l’autre, pour quelque raison inconnue, on avait à peine touché aux maisons, et si les toits s’étaient la plupart du temps effondrés, les murs tenaient encore presque tous debout. Depuis le temps, toutes les portes avaient été enfoncées, et la plupart des carreaux des fenêtres étaient cassés. . Gérald se dirigea vers la demeure principale, et poussa ce qui restait de la porte. Le toit crevé avait laissé s’échapper ses tuiles, qui s’entassaient sur le plancher de ce qui avait dû être une cuisine. Une porte s’ouvrait vers une autre pièce – une chambre, peut-être, ou une salle-à-manger – et une énorme araignée au corps noir strié de jaune, comme le journaliste n’en avait jamais vue dans notre pays – même s’il avait aperçu des spécimens encore plus impressionnants lors de ses séjours en Australie ou en Amérique du Sud -, avait édifié sa toile en travers. Avec le réchauffement climatique, de plus en plus d’espèces d’animaux divers migraient d'Afrique vers l’Europe. Ce n’était pas en soi un phénomène nouveau, sauf que maintenant, ces bestioles s’acclimataient et faisaient souche… Rien d’intéressant ? demanda son père. Une grosse araignée, s’il y a des amateurs. Brrr ! fit Sandra. Sinon, rien de spécial. Mais je pense que les gendarmes ont déjà fouillé les lieux. Il était encore tôt, et pourtant il faisait déjà très chaud. On avait l’impression que plus l’été avançait, et plus la chaleur augmentait. Des grillons ou des cigales stridulaient avec entrain, produisant un tintamarre d’enfer. Ils firent quelques pas ; la rue faisait un angle, et derrière s’alignaient d’autres constructions, dont une vaste ferme, encore en assez bon état. Gérald commençait à comprendre la nature du problème. Explorer méthodiquement ce village devait prendre un temps fou, sans parler des souterrains. Le découragement commença à s’emparer de lui… C’est alors qu’ils entendirent un bruit venant du ciel. Un rapide aircar se dirigeait vers le parking. Avec un brin d’envie, Gérald reconnut une Mercedes « Adler ».  Ce véhicule était un véritable mythe ; c’était ce qui se faisait de mieux – et de plus cher – dans ce domaine. L’engin se posa et, malgré eux, ils se hâtèrent dans sa direction, curieux de voir quel personnage important se déplaçait dans ce bolide aéro-terrestre. Ils n’avaient pas beaucoup de chemin à faire, et quand ils arrivèrent près du parking, le conducteur – on avait plutôt envie de dire le pilote – n’était pas encore sorti. La Mercedes était d’un vert tellement sombre qu’il tirait sur le noir. Soudain, ses portières en aile de papillon s’ouvrirent, et en descendit une sublime créature vêtue de ce qui ressemblait à un costume folklorique bavarois, avec une jupe courte verte qui découvrait de très longues jambes, une veste à galons de même couleur et un chapeau tyrolien orné d'une plume. Gérald Jacquet en demeura bouche bée. Il crut qu’il était en train de délirer. Bon sang, articula-t-il avec peine, c’est Sophia Wenger. Qui ça ? fit son père. La pianiste ! s’exclama Irène, qui devait être plus mélomane que son patron et amant. Qu’est-ce qu’elle fout ici ? That’s the question ! comme disait l’autre, prononça Gérald. La belle ramassa un sac à main Hermès dans sa voiture, referma les portières puis se dirigea hardiment vers la sortie du parking, un grand sourire aux lèvres. Elle était chaussée de bottines qui devaient valoir une fortune. Les gendarmes qui surveillaient l’entrée la regardèrent passer comme si elle était un rêve. Finalement l’un d’entre eux sortit de sa torpeur, et se dirigea vers elle pour lui signaler qu’en raison des événements l’entrée du village était interdite ; mais elle tira de son sac une carte qu’elle lui mit sous le nez, et non seulement le militaire la laissa pénétrer à Charlagnac, mais c’est tout juste s’il ne se mit pas au garde-à-vous.   Bien plus tard, à chaque fois que l’on évoquait cette affaire devant Gérald – et c’était souvent -, on ne manquait jamais de lui demander : « Mais enfin, quand vous l’avez rencontrée, vous avez bien dû vous rendre compte qu’il y avait quelque chose de bizarre en elle ? » A quoi il répondait généralement que des dizaines de milliers de spectateurs – des millions même, si l’on comptait tous les téléspectateurs - avaient assisté à ses concerts, sans rien noter d’étrange en elle, sauf l’immensité de son talent. Mais ce n’était pas tout à fait la vérité. Quand il l’avait vue pour la première fois « en vrai », à la sortie de ce parking, il avait été sidéré. Il savait déjà qu’elle avait les yeux vairons et six doigts à une main – ce qui lui avait valu le doux surnom de « Mutante » -, mais quand on la découvrait on comprenait que ce n’était qu’une petite partie de ce qui constituait sa singularité. Mais si on ressentait vivement cette singularité, par contre il était plus difficile de déterminer en quoi elle consistait exactement. Elle était grande, fortement charpentée sans être grosse, avec des formes épanouies mais harmonieuses. Elle était très belle. Ainsi qu’il l’avait déjà remarqué sur ses photos, elle ressemblait un peu à l’actrice Charlize Theron quand elle était jeune – mais, avait-on envie de dire, en mieux. Sous des cheveux blond vénitien, elle avait un visage de poupée de porcelaine, sauf qu’elle était bronzée – plus tard il se rendit compte qu’en fait elle n’était pas bronzée, c’était sa couleur de peau -, avec un sourire délicat et un peu espiègle. Sa démarche était souple, avec toutefois quelque chose de saccadé, comme si elle avait un problème à une jambe. Il se dit simultanément qu’il n’avait jamais rencontré une femme comme ça – ce qui était la pure vérité -, et qu’il en était amoureux. Et quand on est amoureux, même les petits défauts de son aimée deviennent des charmes de plus. Ce qu’ignorait Gérald en cet instant, c’est qu’au cours des mois suivants, il aurait amplement le temps et l’occasion de se pencher sur les singularités de la jeune femme. Mais déjà, aujourd’hui, il allait avoir un bon aperçu de ses multiples compétences… Elle remarqua leur groupe et se dirigea vers eux. Comme elle approchait, le rottweiler gronda sourdement, puis recula – ce qui était très étonnant, de la part d’un animal qui, en général, n’avait peur de rien. Mais sur le coup, personne n’y prêta attention. Excusez-moi, dit Gérald, vous êtes bien… Sophia Wenger ? Son sourire s’élargit : On ne peut rien vous cacher. Sa voix, comme toute sa personnalité, était étrange, à la fois sourde et suave, teintée d’un léger accent anglais. Mais sa maîtrise de la langue française était parfaite. Je dois jouer demain à Toulouse, mais comme j’avais une journée de disponible, je me suis dit que j’allais mettre mes talents au service de la police française, afin d’aider à retrouver cette jeune fille. Vos talents ? demanda Philippe, interloqué. Vos talents de pianiste ? Elle éclata de rire : Bien sûr que non ! Mes talents de détective. Gérald la dévisagea, stupéfait : De détective ? Vous allez répéter tout ce que je dis ? C’est vrai qu’en France vous n’êtes peut-être pas au courant. Dans mon pays, j’ai résolu plusieurs affaires criminelles. On m’appelle la Sherlock Holmes du piano. Le journaliste et son père, ainsi qu’Irène et Sandra, se dévisagèrent, éberlués. Gérald avait l’impression de vivre un rêve éveillé. Enchanté, dit-il, je suis Gérald Jacquet. Je suis le père de la jeune fille disparue. Et moi je suis son grand-père, dit Philippe. Il désigna les deux femmes : Et voici, Irène, et Sandra. Tout le monde serra la main de la jeune femme. Elle avait une poigne étonnamment ferme. Alors vous êtes vraiment détective ? insista Philippe. Ce n’est pas une blague ? Oh bien sûr que non, répondit-elle. Vous croyez vraiment que je m’amuserais à faire de l’humour sur un sujet aussi délicat ? Non, je ne pense pas. A ce moment, le capitaine Leclerc apparut, suivi d’un groupe de gendarmes, parmi lesquels se trouvait le commandant Lamotte – un homme de taille moyenne, chauve, l’air bourru -, qui dirigeait les opérations de recherche. Ils ne parurent pas surpris outre-mesure de la présence de Sophia Wenger. Commandant Lamotte, dit-il en se présentant. Un de mes collègues anglais m’a prévenu de votre arrivée. Good morning, commandant ! How do you do ? Fine, and you ? Fine. Ainsi, vous venez mettre vos compétences à notre service ? Comme vous le voyez. C’est très aimable à vous. Vous en êtes où ? Il lui expliqua qu’un des ravisseurs avait appelé pour demander une rançon, et que les services d’écoute de la gendarmerie avaient localisé l’origine de l’appel. C’est ici, à Charlagnac, conclut-il. Pourtant nous avons tout fouillé, et nous n’avons encore rien trouvé.  

Gouderien

Gouderien

 

Rappel

Il y a aujourd’hui quelque chose qui ne fonctionne pas dans l’échange. Reste à savoir d’où proviennent les déséquilibres et pourquoi ils s’installent. Pour cela, il est nécessaire de découvrir en quoi les différentes stratégies de développement en sont venues à se contrarier.
Essayons de partir d’un exemple pour entreprendre cette analyse. Pourquoi fabriquer (par exemple) des voitures ?
- pour les utiliser au quotidien : pour se déplacer, pour le travail et/ou les loisirs.
- pour les vendre : pour les revenus (profit, salaires), pour la croissance, pour l’emploi.
Demande et offre, en vue d’une satisfaction mutuelle. Ce qui est vrai pour les voitures l’est également pour un très grand nombre de produits et de services….

D’une part, les consommateurs, ménages ou collectivités, recherchent un équilibre budgétaire dans la répartition des postes de dépenses :
- plus le niveau de vie est élevé, plus importante pourra être la part réservée aux loisirs, à l’épargne, à l’investissement,
- part devenant au contraire très faible lorsque les revenus sont au plus bas : dans ce cas, les dépenses au poste «voiture», dans la mesure où on ne peut s’en passer sans mettre son emploi en péril, sont réduites à l’indispensable et le délai de renouvellement du véhicule est repoussé au maximum; la part réservée aux besoins de logement, aux charges, à la nourriture et à la santé, devient prépondérante. D’autre part, en entreprise, on recherche le plus grand profit, dont le facteur capital est le volume des ventes :
- plus on vend d’articles ou de services dans chaque créneau donné, plus on réalise de bénéfices, ceci afin d’assurer la pérennité de l’équilibre économique de la firme, du groupe et des régions d’implantation; et au-delà, son expansion;
- mais dans la mesure où, dans des secteurs de plus en plus nombreux, il s’avère difficile _ en raison de la pression d’offres concurrentes et/ou de l’insuffisance relative de solvabilité de la demande _ de conquérir des parts de marché supplémentaires, il est quasiment impératif d’inciter les acheteurs à adopter des délais de renouvellement de plus en plus courts. Mais : plus élevé le rythme des achats, plus restreint le nombre de clients, la capacité à suivre la cadence étant conditionnée par la possibilité d’acheter _ par le niveau du pouvoir d’achat.
L’incitation par la publicité va donc cibler en priorité les fractions les plus aisées de la clientèle. Comme, en consommation courante, ces dernières sont déjà pourvues à satiété et que les autres, pourvues ou non, ne renouvelleront leurs achats qu’à un rythme insuffisant pour procurer assez de marge, les autres marchés _ ceux du loisir, de l’accessoire et du prévisionnel _ vont être de plus en plus sollicités, avec une escalade continuelle vers la nouveauté, mais en même temps, toujours au moindre coût, pour éviter la perte de bénéfices et de compétitivité, synonyme de recul. D’où une tendance persistante à la limitation, voire à la diminution de la masse salariale (licenciements, temps partiels, CDD, moindre rémunération…), avec comme effets, de restreindre encore le potentiel d’achat d’une fraction croissante de la population. Par ailleurs, les services de base, les créneaux de consommation courante, limités par nature en volume solvable (rapporté à la durée d’un exercice), ne sont plus assez rentables pour ce qu’ils coûtent : ils sont donc _ logiquement _ contingentés ou délaissés, et/ou sous-traités à des entreprises moins bien armées, qui dès lors luttent pour leur survie. Il ne reste alors à ces dernières que de réduire encore les coûts, aggravant le chômage et la précarité des emplois, diminuant d’autant la solvabilité de la demande. Ainsi, l’éventail des prestations offertes se trouve-t-il progressivement écarté des besoins courants _ qui correspondent à une demande globalement limitée en solvabilité _ pour être réorienté vers des marchés susceptibles de soutenir une croissance, dès lors qu’ils garantissent aux fournisseurs la poursuite de leurs propres objectifs. De fait, il apparaît que l’équilibre comptable de toute entreprise ne puisse être désormais assuré, dans le contexte d’une offre toujours supérieure à la demande (solvable), qu’en s’efforçant de vendre toujours plus, à des prix qui doivent rester compétitifs, donc de dépenser toujours moins : aussi ce dernier impératif, même lorsqu’il entre en conflit avec des besoins de services, individuels ou collectifs, a-t-il tendance à devenir prioritaire. Tout semble se passer comme si, aux objectifs de services que s’étaient initialement assignés les populations et leurs gouvernements, en s’appuyant sur la finance comme moyen, s’étaient, en fin de compte, substitués les objectifs financiers : en particulier, toutes les entreprises _ et autres personnes morales _ doivent à présent obéir en permanence à une même exigence de «déficit interdit», impliquant la recherche incessante d’un profit maximal; ce qui confine leur statut à celui d’auxiliaires de ladite exigence, minimise en conséquence leur fonction institutionnelle de service, et de ce fait, entrave leur progression _ et la nôtre ! _ vers une véritable autonomie. En conséquence, l’adaptation des prestations de services à la satisfaction des besoins humains ne paraît plus, à l’heure actuelle, devoir être réalisée, voire envisagée, que dans la mesure où, non seulement ces prestations permettent de préserver les profits _ comme sources de tous les revenus _ et là est le problème _ mais doivent désormais être, avant tout, conçues comme le moyen de les pérenniser, fût-ce en renonçant, le cas échéant, à satisfaire les besoins basiques. Ce qui pourrait expliquer que,

. d’un ajustement naturel de la production de produits et de services à leur consommation, l’offre se contentant de suivre la demande, ou au moins de l’anticiper avec mesure,
nous ayons peu à peu évolué, pour tenter de garantir, coûte que coûte, l’ensemble des revenus sous la pression de la concurrence,

. vers un développement mal contrôlé de la production entraînant, jour après jour, le détournement systématique de la consommation
- d’une part, vers des situations de pénurie, génératrices de sous-équipement et de précarité, dans les secteurs (logement, santé, éducation, sécurité…) délaissés pour cause de moindre rentabilité _ par défaut de solvabilité des besoins de base d’une proportion croissante de consommateurs, particuliers ou collectivités (Etats compris) (*),
- d’autre part, vers des situations de pléthore, génératrices de gaspillages de ressources et d’énergie _ ainsi que de pollutions _ dus à une compétition sévère dans la recherche de créneaux et de parts de marché, pour conquérir des clientèles solvables, de plus en plus sollicitées de par leur raréfaction (**). Outre ces inconvénients, le découplage entre les besoins de services et les objectifs de revenus n’a cessé de faire apparaître des incompatibilités de plus en plus nombreuses et profondes dans leur poursuite conjuguée, ce qui constitue un sérieux handicap pour toute gouvernance
- fondée en principe sur la synthèse et l’équilibre des diverses exigences,
- appuyée en pratique sur la prévision et le contrôle,
en ce qu’il rend totalement aléatoires les effets des mesures entreprises et le succès des projets adoptés. -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  -  - (*) défaut de disponibilité de prestations basiques : offre en diminution constante ou croissante pour cause d'insuffisance de rentabilité;
(**) défaut d'accessibilité aux prestations non basiques : demande en diminution pour cause de raréfaction de la clientèle solvable.
 - Ainsi l'offre et la demande sont-elles amenées à se rencontrer de moins en moins, en qualité comme en quantité -

Reo

Reo

 

2036. Chapitre Quatre : Disparue (2).

A ce moment Philippe revint avec des boissons sur un plateau, ce qui détendit un peu l’atmosphère. Il servit un café à son fils, puis, s’adressant au capitaine : Je vous aurais bien proposé une bière, mais je suppose que vous n’avez pas le droit de boire durant les heures de service. Alors je vous ai apporté un jus d’orange. C’est parfait, merci. Moi je veux bien un café aussi, si c’est possible, intervint l’autre gendarme. Pas de problème. Heureusement, le café du père Jacquet était très fort, car son fils commençait à ressentir sérieusement la fatigue du voyage, doublée par les effets du jetlag. Mais, impitoyable, le capitaine Leclerc continuait à poser ses questions, dont certaines semblaient n’avoir qu’un très lointain rapport avec la disparition d’Agnès. Au bout d’un moment, excédé, Gérald explosa : Pourquoi n’êtes-vous pas sur le terrain à rechercher ma fille, au lieu de me casser les pieds avec vos questions à la con ? Le capitaine le considéra d’un air préoccupé, comme s’il était un enfant légèrement attardé auquel un professeur tentait en vain de faire entrer dans la tête des notions de calcul ou de grammaire pourtant élémentaires : Monsieur Jacquet, avez-vous la prétention de m’apprendre à faire mon travail ? Certainement pas. Alors répondez à mes questions aussi calmement et précisément que possible, ça nous fera gagner du temps à tous les deux. Dites-moi, Monsieur Jacquet, vous connaissez-vous des ennemis ? A part mon ex-femme, vous voulez dire ? Très drôle. Je parle sérieusement. Moi aussi. Si elle débarque ici ce soir, vous comprendrez ce que je veux dire. Pourquoi débarquerait-elle ? Agnès est sa fille à elle aussi, je vous le rappelle. Et quand je l’ai eue au téléphone tout à l’heure, elle était vraiment de très mauvaise humeur. Vos relations avec elle sont conflictuelles ? Gérald haussa les épaules : Vous vous doutez bien que si nous avons divorcé, c’est que ce n’était plus l’amour fou. Mais sans ça non, nos relations jusqu’à aujourd’hui n’étaient pas particulièrement mauvaises. Mon ex-femme a refait sa vie avec un dentiste, Kévin Bourdet. Rien de spécial à dire sur ce monsieur ? Non. Personnellement, je l’ai toujours trouvé insignifiant, même pour un dentiste. Mais vous allez peut-être me dire que je ne suis pas objectif. Le capitaine Leclerc se permit un demi-sourire : En effet. L’interrogatoire dura comme ça encore une bonne heure. Ils évoquèrent notamment son passé militaire : l’enlèvement pouvait-il avoir un lien avec ce qu’il avait fait durant les années où il appartenait aux forces spéciales ? Mais Gérald assura Leclerc que tout cela était de l’histoire ancienne, que d’ailleurs il n’avait jamais fait qu’obéir aux ordres, et qu’aucune des missions qu’il avait effectuées alors n’avait un caractère personnel. Ce n’était pas tout à fait exact, mais le gendarme n’avait pas besoin de le savoir – pas plus qu’il n’avait à connaître des cinq ans qu’il avait passés au sein des Services secrets. De toute façon, tout ce qu’il avait accompli durant cette période était tellement anodin, qu’il y avait peu de chances qu’il se soit attiré des inimitiés. Le capitaine n’était pas un méchant homme, et comme il l’avait dit, il ne faisait que son métier ; le questionnement tournait d’ailleurs souvent à la conversation entre gens de bonne compagnie. Néanmoins, Gérald, qui sentait l’épuisement le gagner, avait hâte que ça se termine. Et puis soudain, peu avant 18 heures, le téléphone de la maison sonna. Gérald se précipita sur le combiné. Monsieur Jacquet ? L’homme qui parlait ne tentait même pas de déguiser sa voix ; elle était pourtant teintée d’un accent africain à couper au couteau. C’est lui-même. Vous allez m’écouter bien sagement, sans m’interrompre une seule fois. Nous détenons votre fille. La phrase en elle-même n’était pas particulièrement rassurante, et pourtant, malgré tout, il ressentit un immense soulagement. Se tournant vers les gendarmes, il murmura, aussi discrètement que possible : C’est le ravisseur ! Faites durer la conversation ! chuchota Leclerc en saisissant son portable. Il reprit l’appareil. Elle va bien ? demanda-t-il. Je vous ai dit de ne pas m’interrompre ! Excusez-moi. Si vous tenez à la revoir vivante, voilà ce que vous allez faire. Nous vous donnons deux jours pour réunir un million de francs en petites coupures. Un million ! Comment voulez-vous que je réunisse une somme pareille ? Débrouillez-vous ! Demain soir nous vous rappellerons, et nous vous dirons où déposer l’argent. Nous sommes aujourd’hui samedi. Si nous n’avons pas cette somme d’ici lundi minuit, vous ne reverrez jamais votre fille vivante. Qu’est-ce qui me garantit qu’elle est toujours en vie ? Passez-la moi ! Il n’en est pas question. Pour un million, il me faut une preuve qu’elle va bien. Il entendit des bruits étouffés de conversation, comme si plusieurs personnes se chamaillaient à mi-voix. A priori, les ravisseurs étaient plusieurs, et ils n’étaient pas d’accord entre eux. Ils s’exprimaient dans une langue africaine ou arabe – mais il ne réussit pas à reconnaître laquelle. Et puis soudain : Papa ! C’était Agnès. Ça va bien ma chérie ? Oui mais… Vous devrez vous contenter de ça, la coupa le ravisseur d’une voix mécontente. Préparez un million de francs ! Pour un type de la télé comme vous, ça ne devrait pas être trop difficile ! Et l’on raccrocha sèchement. La télé ! Comme s’il y passait souvent, à la télé ! On l’invitait parfois dans des débats, c’est vrai, ou pour parler de ses livres, mais il n’était en aucune façon ce qu’il est convenu d’appeler une star de la télévision. Et en plus, elle payait mal, la télé ! Le capitaine Leclerc, qui avait son portable contre l’oreille, lui fit un grand sourire et un signe victorieux de la main. On les a localisés ! triompha-t-il. De vrais amateurs ! Ils sont où ? demanda Gérald. Toujours à Charlagnac ! C’est curieux, car on a fouillé les ruines de fond en comble sans rien trouver. Vous avez exploré les souterrains ? intervint Philippe Jacquet. Le sous-sol est un vrai gruyère, dans le coin. Nous en avons fouillé une partie, et nos hommes continuent à chercher. Mais il est exact que c’est un vrai labyrinthe. Nous attendons des spécialistes en spéléologie. L’officier se tourna vers Gérald : Ils vous demandent un million ? Oui. Il est pourtant évident que je ne possède pas une pareille somme. Et vous ? demanda Leclerc à Philippe. Celui-ci eut l’air surpris, et même gêné. Pourquoi vous me demandez ça à moi ? Après tout, vous êtes le grand-père de la petite Agnès. Et vos affaires ont l’air de bien marcher. Bien marcher, bien marcher, c’est vite dit. D’accord, un émir d’Abou Dabi m’a acheté une sculpture 300.000 dollars. Mais enfin, ça n’arrive pas tous les jours. Et puis j’attends encore le paiement… 300.000 dollars ? s’exclama Gérald, tout en regardant son père d’un œil nouveau. Ben mon cochon ! Tu t’es bien gardé de m’en parler ! C’est tout récent. Rassurez-vous, dit l’officier de gendarmerie, vous ne devriez rien avoir à payer. D’ailleurs payer la rançon n’est pas la bonne méthode. Cela ne garantit pas le retour de la personne enlevée, et cela donne aux malfaiteurs l'envie de recommencer. Nos services ont repéré sur la carte l’endroit où les ravisseurs se cachent. Nous aurons certainement libéré la petite avant demain soir. Oui enfin sur la carte et sur le terrain, ça fait deux, persifla Philippe. Évidemment. Et puis, lors d’une intervention, il y a toujours un risque que ça tourne mal. Le capitaine Leclerc soupira. C’est le GIGN qui va prendre les choses en main, expliqua-t-il patiemment. Ses hommes sont extrêmement entraînés, et tout à fait habitués à ce type de situation. Dans ce genre d’affaire, l’objectif numéro un est de sortir les otages vivants et sans la moindre égratignure. Et vous pouvez me croire, neuf fois sur dix c’est ce qui se passe. Avant que le père Jacquet n’ait eu le temps de répliquer quoi que ce soit, il ajouta : Sur ce, je ne vais pas vous déranger plus longtemps. Il tendit une carte à Gérald : Si les ravisseurs rappellent, ou s’il se passe quoi que ce soit de nouveau, n’hésitez-pas à me joindre, quelle que soit l’heure. Je viendrai demain matin pour vous dire où nous en sommes. Merci de vos efforts. C’est mon job. Je vais laisser deux factionnaires à l’entrée de chez vous, pour écarter les curieux… et les journalistes ! Il salua et dit « Bonsoir ! », puis sortit, suivi des deux gendarmes. Il y a un truc pas logique dans cette histoire, remarqua Gérald quand il se retrouva seul avec son père. Ah bon ? Oui. Ils réclament un million en petites coupures. Mais c’est absurde. Presque plus personne n’utilise l’argent liquide, de nos jours. En fait, même les chèques avaient quasiment disparu. Ces deux moyens de paiement, les espèces et les chèques, étaient à présent jugé aussi archaïques que les sesterces ou les louis d’or. A moins qu’ils ne veuillent les utiliser en Afrique ? continua Gérald, qui pensait tout haut. Le type que j’ai eu au bout du fil avait un net accent africain. Et c’est vrai que dans la plupart des pays africains, on se servait toujours des pièces et des billets de banque. Peut-être des clandestins qui souhaitent retourner chez eux, et qui veulent avoir de quoi payer les passeurs ? suggéra Jacquet père. Les passeurs, ça marche dans l’autre sens, Papa. Personne n’est prêt à payer pour revenir en Afrique. D’ailleurs ils n’avaient qu’à se livrer à la police, et on les aurait reconduits dans leur pays, gratuitement et par le premier avion. Ils ne veulent peut-être pas rentrer chez eux les mains vides ? A ce moment, Irène entra dans la pièce. Vous avez faim ? demanda-t-elle. C’est vrai que je commence à avoir les crocs, dit Gérald. Je n’ai rien mangé de la journée, sauf ce qu’on nous a servi dans l’avion de Toulouse, et c’était pas terrible. Je vais remédier à ça, promit l’intendante. Une heure plus tard, ils étaient assis devant une copieuse salade périgourdine. Gérald avait un peu retrouvé l’appétit en même temps que le moral, et il fit honneur à la cuisine d’Irène, dont les talents gastronomiques n’étaient plus à démontrer. Peu après le repas, Gérald alla se coucher. Il était exténué, et il pensait qu’il allait dormir comme une souche. C’était compter sans les effets pervers du décalage horaire, combinés à l’énervement dû à la situation. Après s’être tourné et retourné dans son lit, il finit par s’endormir d’un mauvais sommeil, hanté de cauchemars durant lesquels, à la recherche d’Agnès, il errait dans des souterrains sinistres où rodaient des créatures monstrueuses.   Dimanche 27 juillet 2036. Gérald se réveilla vers cinq heures du matin, à la fois en sueur et glacé. Il se demanda un instant si, en plus du jetlag, il n’avait pas rapporté la crève de son voyage à Las Vegas. C’est bien connu, avec la climatisation – et particulièrement dans les avions -, on attrape toutes sortes de cochonneries de microbes. Il alla prendre une douche brûlante, et après se sentit mieux. Il était optimiste : son instinct de journaliste, qui l'avait rarement trompé, lui disait qu’aujourd’hui il allait revoir sa fille, et qu’elle irait bien. Il gagna la cuisine. Son père était assis là, pensif, une cigarette au bec. Il lui fit la bise. Toujours insomniaque ? demanda-t-il. Ouais. En plus, je m’en fais pour la petite. Je suis certain qu’on va la retrouver. J’espère que tu as raison. Il y a du café chaud, sers-toi. Gérald ne se fit pas prier. Bien dormi ? demanda Philippe Jacquet. Moins bien que je n’aurais cru. En plus j’ai fait des cauchemars. Ça ne m’étonne pas. La télévision de la cuisine diffusait les images d’une chaîne d’infos en continu. Sur le coup, Gérald n’y avait pas prêté attention, et puis il reconnut une voix familière : …Et je vous garantis qu’il ne change de linge que deux fois par semaine. Mais c’est Isabelle ! s’exclama-t-il, stupéfait, découvrant sur l'écran l'image en gros plan de son ex-femme. Ouais mon gars, fit son père. Comme on ne l’a pas laissée entrer, elle est en train de tenir une mini-conférence de presse devant la propriété. Et je peux t’assurer qu’elle raconte toute ta vie. Ça ne va pas se passer comme ça ! Il saisit son portable, et composa le numéro que le capitaine Leclerc lui avait donné la veille. Ouais ? fit la voix ensommeillée de l’officier. Leclerc j’écoute ! C’est Gérald Jacquet. Du nouveau ? interrogea le militaire. Les ravisseurs vous ont rappelé ? Non. Il s’agit d’autre chose. Je ne sais pas où vous vous trouvez, mais je vous signale que mon ex-épouse est en train de tenir une conférence de presse devant le portail de la propriété de mon père. Elle déballe tous les griefs qu’elle a contre moi. Sur l’écran du portable, il vit le capitaine cesser de se frotter les yeux pour le regarder d’un air amusé. Et alors ? répliqua-t-il. Nous sommes encore dans un pays libre, je crois. Elle a le droit de dire ce qu’elle veut, et vos chers collègues journalistes ont le droit de l’écouter. Et de prendre des notes. Mais ça passe à la télévision! Je n'y peux rien. Gérald sentait la moutarde lui monter au nez. Soudain il trouva l'argument imparable : Je suis à peu près certain qu’elle est armée. Ah ? Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? Fouillez-la, et vous verrez. Et sa voiture, aussi. Elle a un permis de port d’arme ? Vous rêvez !  Elle est corse, ajouta-t-il, comme si ce mot à lui seul expliquait tout. Je vais voir ce que je peux faire. Plus tard, Gérard sut qu’on avait trouvé dans la boîte à gants de la Volvo de son ex-femme un revolver avec assez de munitions pour soutenir un siège, ainsi qu’un poignard type commando, à la lame très affutée. Ce qui valut à Isabelle Bourdet et à son mari, en plus d’une lourde amende, un billet de retour immédiat pour le Vésinet, avec menace de poursuites pénales si jamais ils repointaient leur nez dans la région. Les gendarmes en avaient profité pour les interroger à propos de la disparition d’Agnès, mais ils ne leur apprirent rien de plus que ce qu’ils savaient déjà.

Gouderien

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2036. Chapitre Quatre : Disparue (1).

CHAPITRE IV : DISPARUE.     Samedi 26 juillet 2036. Gérald atterrit à l’aéroport de Toulouse-Blagnac en fin de matinée. Le temps qu’il récupère sa valise, il était midi. Il repéra facilement sa voiture dans le parking, grâce à la puce GPS dont elle était équipée. Et il prit la route de Chennevières. Peu après, comme il s’y attendait, Isabelle l’appela. Ce fut pire que tout ce qu’il avait imaginé. Après lui avoir rappelé tous les griefs qu’elle nourrissait à son encontre depuis le jour déjà lointain où ils s’étaient rencontrés – la rancune et la mémoire des femmes étaient décidément incroyables -, elle menaça de les découper en morceaux, lui et son père, si on ne retrouvait pas rapidement Agnès vivante et en bonne santé. Et il la connaissait assez pour savoir que ce n’étaient pas des paroles en l’air : Isabelle Bourdet – de son nom de jeune fille Isabella Stella Lélia Mattei – était d’origine corse, et partageait le tempérament passionné des natifs de son île. Il passa par Agen pour gagner Chennevières, qui se trouvait au sud de la Dordogne, pas très loin de Bergerac. Au bout d’un moment, il abandonna la conduite à Olga, et chercha des renseignements sur Charlagnac sur Internet. Après tout, c’est là qu’Agnès avait disparu. Et il se rendait compte maintenant qu’il ne savait presque rien sur ce site. Pendant qu’il traversait des paysages ruraux écrasés de soleil (on parlait de la sécheresse du siècle, mais l’expression avait déjà beaucoup servi au cours des dernières années), il se plongea dans l’histoire de ce petit bourg du sud-ouest, où s’étaient déroulés, au début du siècle précédent, des événements mystérieux.   Charlagnac, un peu comme Oradour-sur-Glane en Haute-Vienne (mais pour des raisons différentes), n’était plus un village habité. C’était à présent une bourgade abandonnée, où les maisons tombaient en ruines sans que personne fasse quoi que ce soit pour l’empêcher. Voici ce qu’en disait la "Wikipédia" (le gouvernement français avait bien tenté quelques années plus tôt de censurer cette encyclopédie en ligne, sous prétexte de manque d’objectivité, au profit d’un site français, mais vouloir bloquer quelque chose sur Internet c’est un peu comme espérer arrêter la mer avec un château de sable : une perte de temps. La manip, élémentaire, qui permettait de se connecter à la "Wikipédia" était à la portée du premier geek venu) : « Charlagnac (en occitan Charlanhac), ancienne commune de la Dordogne, à 60 km au sud de Périgueux. Elle comptait 292 habitants au début du XXe siècle. Suite au drame de juillet 1905, le village fut évacué puis partiellement rasé. Ce qui restait de la population a été relogé dans la commune voisine de Chennevières-sur-Isle. » Pas un mot d’explication à propos de ce fameux « drame de juillet 1905 ». Il vérifia sur Google s'il pouvait trouver autre chose, mais comme souvent sur Internet, les autres sites ne faisaient que reprendre les éléments de la "Wikipédia", sans donner plus de détails. Soudain une idée lui vint, et il retourna sur le premier site. Il avait oublié de regarder les liens. Il y en avait deux : « Charlagnac sur le site de l’IGN », et « L’énigme de Charlagnac », sur un site baptisé « Histoire & Mystères ». Vite, il cliqua sur le second lien. Et là il trouva un assez long article, déjà ancien, signé d’un certain François le Curieux :   « Les amateurs de la théorie du complot, ceux qui sont persuadés que nos dirigeants nous mentent et que, suivant l’expression bien connue, « la vérité est ailleurs », pourraient trouver une confirmation exemplaire de leurs idées dans la mystérieuse affaire de Charlagnac, survenue en juillet 1905. Le drame qui s’est déroulé dans cette petite commune de la Dordogne est en effet un cas d’école de désinformation. Nous verrons cependant qu’en l’occurrence, l’administration a été très loin, tellement loin en vérité qu’on ne voit pas de cas similaire en France, du moins durant les deux derniers siècles. Charlagnac, petit village paisible du Périgord qui vivait essentiellement de l’agriculture et de l’élevage, présentait la particularité d’abriter sur son sol une mine d’or assez ancienne, dont le filon était en voie d’épuisement, mais qui était encore exploitée à cette époque. 42 ouvriers y travaillaient, dans des conditions relativement pénibles. Le 7 juillet 1905, deux d’entre eux trouvèrent la mort, dans des circonstances mystérieuses. Si l’on consulte les journaux des années précédentes, on s’aperçoit qu’en dix ans 5 autres mineurs avaient déjà péri, ce qui fait beaucoup pour un effectif aussi réduit. Cette fois ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase ; les ouvriers se mirent en grève, réclamant de meilleures conditions de travail. J’ai retrouvé dans « l’Aurore » du 11 juillet 1905 l’interview d’un des meneurs, qui insiste sur l’insécurité de leur travail et raconte qu’au fond de la mine rôde « une bête qui tue les gens ». On envoya la troupe, ce qui à l’époque était classique : même Clémenceau dut s’y résoudre après la catastrophe de Courrières (1906). La 23e compagnie du 72e Régiment d’infanterie s’installa dans le village. Ce qui se passa ensuite n’a jamais vraiment été expliqué. Le 13 juillet 1905, les habitants des villages voisins entendirent des bruits de fusillades qui provenaient de Charlagnac ; on parla même de coups de canon. Progressivement, l’intégralité de la population du hameau, grévistes et militaires compris, fut évacuée. On donna 24 heures aux gens pour partir. Ils eurent le droit d’emporter leurs biens et leurs animaux de compagnie, mais pas leur bétail, qui fut abattu sur place. Mais quand on fit les comptes, on s’aperçut qu’il manquait 67 personnes, dont 12 militaires (la version officielle ne fait état que de 25 morts). Pour expliquer les décès, on évoqua le choléra, ce qui suffit à faire taire les curieux : c’était à l’époque – ça l’est encore dans une grande partie du monde - une maladie redoutable, qui avait causé de nombreuses victimes en France durant le siècle précédent, et dont le traitement était encore au stade expérimental. Les coups de feu furent mis sur le compte d’échauffourées entre ouvriers et soldats, mais on passa rapidement sur cet aspect des choses. Deux des responsables de la grève furent toutefois jetés en prison. La compagnie du 72e régiment d’infanterie fut envoyée en Indochine, mais elle fut remplacée par des sapeurs du génie qui, durant la deuxième partie du mois de juillet, brûlèrent les cadavres des victimes, puis s’employèrent méthodiquement à faire sauter à coup d’explosifs l’intégralité des maisons de Charlagnac. Ils n’oublièrent pas la mine d’or, qui fut condamnée. Cependant toutes les habitations ne furent pas détruites, pour d’obscures raison d’économies et de manque d’explosifs, ce qui fait qu’une partie du village est toujours debout. Les survivants de Charlagnac furent relogés dans des conditions très confortables pour l’époque dans le bourg voisin de Chennevières-sur-Isle. Pour justifier une mesure aussi exceptionnelle, les autorités racontèrent que le germe du choléra avait tellement contaminé habitations et terrains, que l’endroit était devenu inhabitable. En 1905, les connaissances scientifiques n’étaient pas encore répandues dans le grand public comme elles le sont aujourd’hui, et donc cette explication fantaisiste passa comme une lettre à la poste. D’ailleurs, qui se souciait d’un village perdu au fin fond de la campagne française ? Cependant il existait des journalistes un peu plus curieux que les autres, et plusieurs d’entre eux tentèrent de savoir ce qui s’était vraiment passé à Charlagnac le 13 juillet 1905. Mais ils firent chou blanc. Progressivement, le bruit se répandit qu’en échange d’une forte somme, on avait fait signer à tous les témoins du drame un document écrit comme quoi ils s’engageaient à ne jamais révéler ce qu’ils avaient vu, sous peine d’une forte amende et de 20 ans de prison. Une ou deux voix s’élevèrent pour faire remarquer que c’était parfaitement illégal, mais l’administration opposa un ferme démenti à ces rumeurs. Un reporter spécialisé dans les questions militaires dénicha quand même un document curieux, qui prouvait que la décision d’envoyer la 23e compagnie à Charlagnac avait été prise avant le déclenchement de la grève, suite à une demande du maire. Comme celui-ci avait péri dans l’affaire, on ne put l’interroger. Et bien sûr l’armée refusa de répondre à toute question. Au bout de quelques semaines, d’autres événements retinrent l’attention de la presse, et l’on parla d’autre chose. Cette étonnante histoire connut un épilogue curieux en 1935. Presque trente ans jour pour jour après le drame de Charlagnac, un incident éclata pendant le traditionnel bal du 14 juillet, à Chennevières-sur-Isle, là où s’étaient repliés les réfugiés du village perdu. Tout démarra, semble-t-il, à la suite d’une rivalité amoureuse. Une violente bagarre, qui dégénéra rapidement en une véritable bataille de rue, impliqua plus d’une centaine de personnes ; on releva 12 morts et de nombreux blessés. Depuis lors, cette tranquille région de la Dordogne est retombée dans sa torpeur, mais on ignore toujours ce qui s’est réellement produit le 13 juillet 1905. Une seule chose est certaine, c’est que le choléra n’avait certainement rien à voir là-dedans. Le contexte social tendu pourrait faire penser à un affrontement meurtrier entre grévistes et militaires – et l’on sait qu’il y eut effectivement des heurts, mais pas au point de provoquer un tel nombre de victimes -, mais dans ce cas pourquoi ne pas l’avoir dit ? En effet, en cette époque troublée, le cas aurait été loin d’être unique. Plus de cent ans après, le mystère demeure toujours aussi complet, et toute demande de renseignements auprès de l’administration se heurte à une fin de non-recevoir, comme si Charlagnac n’avait jamais existé. J’ai visité les lieux, qui offrent une étrange ressemblance avec les environs de Tchernobyl. Les humains partis, la nature a repris ses droits, et une épaisse végétation recouvre peu à peu les ruines. Le gibier est abondant, car les chasseurs fréquentent peu la région. Une atmosphère bucolique imprègne l’endroit, et pourtant on n’a guère envie d’y rester. On dit qu’un couple de Suédois qui faisaient du camping dans le coin a été retrouvé égorgé, en août 1976. On n’a jamais arrêté le coupable. C’est le dernier en date des mystères de Charlagnac… »   Tout cela n’était pas très rassurant ; c’était même franchement flippant. Pourtant Gérald ne pouvait guère reprocher à son père d’avoir emmené Agnès à Charlagnac, car il savait que c’était un lieu de promenade assez courant dans la région. Certes, l’endroit avait toujours eu mauvaise réputation, mais en fait bien des gens ne savaient pas exactement pourquoi, et fort peu auraient été capable de parler des événements de 1905. Lui-même avait visité le site lors d’un circuit gastronomique en Périgord effectué avec ses parents, alors qu’il était tout jeune, et il n’en conservait guère de souvenirs, sauf que l’endroit paraissait alors très tranquille. C’est d’ailleurs peut-être ce voyage qui avait donné l’idée à son père de venir vivre dans la région, après la mort de sa femme. Désormais des clandestins s’étaient installés dans le coin, et si on pouvait encore visiter Charlagnac pendant la journée, par contre il était fortement déconseillé de s’y aventurer la nuit… A 14 heures, et alors qu’il avait déjà parcouru plus de la moitié du trajet, il mit la radio pour écouter les informations. Après de longs développements à propos de la guerre civile qui faisait rage maintenant dans une bonne partie de États-Unis – son honneur de journaliste saignait en entendant cela, mais bon, on ne peut pas être partout à la fois - on parla enfin de l’enlèvement de sa fille. Et, surprise ! il y avait du nouveau. On soupçonnait maintenant trois clandestins d'origine étrangère d’avoir kidnappé la jeune fille. Il se demanda comment on pouvait bien avoir de tels soupçons, puisque la police avait cherché vainement des témoins. Enfin c’était quand même positif, cela prouvait que l’enquête progressait. Il appela son père. Au téléphone, Philippe Jacquet semblait toujours aussi démoralisé, et honteux de ce qui était arrivé. Il tenta de lui relever le moral, ce qui était difficile puisque le sien était aussi en berne. Il lui annonça qu’il arrivait bientôt, et qu’il avait l’intention de se rendre immédiatement à Charlagnac – non sans avoir pris un café très fort auparavant, bien sûr. Je crois que ça ne va pas être possible aujourd’hui, dit son père sur un ton d’excuse. Pourquoi donc ? Parce que la gendarmerie est là, et ils ont tout un tas de questions à te poser. Merde… Il aurait dû s’en douter. Mais pourquoi à moi ? interrogea-t-il. Je n’étais même pas là quand c’est arrivé. Je ne sais pas. Ils te le diront eux-mêmes… Il ne voyait pas trop ce qu’il pourrait leur dire qui fasse avancer l’enquête. C’était ce qu’on appelle en aviation la « loi de l’Emmerdement maximum ». Il rectifia aussitôt : non, l’emmerdement maximum, ça serait que son ex débarque comme une hystérique à Chennevières, traînant à sa suite son Kévin de mari. Oui, là il y aurait de quoi avoir les boules. Mais les boules, il les avait déjà, rien qu’à la pensée que sa fille puisse être en danger… Il n’y a pas eu de demande de rançon ? demanda Gérald. Non, répondit son père, mais les gendarmes ont mis mon téléphone sur écoute. Les téléphones fixes étaient de plus en plus rares chez les particuliers, mais, sur ce point comme sur quelques autres, Philippe Jacquet était plutôt vieux jeu. Bon, dit Gérald avant de raccrocher, on parlera de tout ça de vive voix tout à l’heure. Je serai bientôt là. Je t'attends.   Peu avant 15h30, il arriva enfin à Chennevières. Devant la propriété de son père étaient garées une camionnette de la gendarmerie - et aussi, chose qu'il n'avait pas prévue mais à laquelle il aurait bien dû s'attendre, plusieurs voitures de presse. Même la télévision était là. Ce qui le sauva, c'est qu'on ne le reconnut pas tout de suite. Le gardien Éric lui ouvrit le portail, et Gérald n'eut que le temps de s'engouffrer à l'intérieur de la propriété, avant que ses collègues journalistes ne se ruent sur lui. Il gara son véhicule, puis en descendit. Le temps qu’il extraie ses bagages du coffre, son père et Irène sortirent de la maison pour venir à sa rencontre. Ils étaient suivis par trois gendarmes en uniforme dont un gradé. Celui-ci était un personnage longiligne, barbu, portant la tenue réglementaire ; il faisait très chaud en ce samedi, et la transpiration avait formé des auréoles sur sa chemise d’uniforme, à hauteur des aisselles. Il eut la politesse de laisser Gérald saluer son père, avant d’intervenir. Philippe Jacquet faisait une sale tête ; en fait, son fils ne lui avait pas vu une mine aussi sombre depuis la mort de sa mère, Bernadette Jacquet. Et même alors, on ne discernait pas sur son visage ce sentiment de honte qui y apparaissait aujourd’hui. Ils se donnèrent l’accolade, puis s'embrassèrent. On va la retrouver, papa, dit Gérald.  J’espère, dit son père. Je l’espère de tout mon cœur. Si tu savais comme je m’en veux… Ne culpabilise pas. Il salua Irène, qui elle aussi semblait accuser le coup. L’officier de gendarmerie avait attendu sans broncher la fin de ces retrouvailles familiales, mais il finit par s’impatienter et rappela sa présence par un raclement de gorge. Capitaine Leclerc, dit-il en saluant. Gérald lui serra la main. Vous êtes Gérald Jacquet, le père de la gamine qui a disparu ? continua l’officier. Tout à fait. Nous allons rentrer dans la maison. J’ai un certain nombre de questions à vous poser. Ils pénétrèrent dans la vieille demeure, où il faisait nettement plus frais qu'au dehors. Je vais préparer du café, dit Philippe. Vous en voulez, mon capitaine ? Non merci, je préfèrerais une boisson fraîche. Mais vous pouvez en proposer à mes hommes. Gérald et le capitaine s’installèrent devant la table de la cuisine. Un autre gendarme s'assit à côté, prêt à enregistrer la conversation sur son portable. Vous avez du nouveau ? demanda le journaliste. J’ai entendu à la radio qu’on soupçonnait trois clandestins. La diffusion de cette information était quelque peu… prématurée, maugréa l’officier. Je ne peux rien vous dire de plus. Je vois. Qu’est-ce que vous pouvez m’apprendre à propos de votre fille ? De préférence, quelque chose que je ne sache pas déjà ? Gérald haussa les épaules. Malheureusement, pas grand-chose. C’est une ado comme les autres, sans histoire. Enfin j’imagine. Après tout, moi je ne la vois que pendant les vacances, et un week-end de temps en temps. Effectivement. Le gendarme demeura silencieux quelques secondes, puis déclara : Bon, on va faire les choses dans l’ordre. Nom, prénom, âge, adresse, profession? Gérald Jacquet, 43 ans. J'habite 26, rue Jean du Bellay, Paris 4e.      Le capitaine Leclerc sifflota : C'est dans l'île Saint-Louis ça, non? Exactement. Un beau quartier, dites-moi! Oui, et alors? Non, rien. Continuez. Profession : journaliste, comme vous le savez déjà j'imagine. Vous étiez où, ces derniers jours ? Gérald soupira. Je ne vois pas en quoi ça va faire avancer votre enquête. Ça c’est mon problème. Oui ben, qu’on retrouve ma fille, c’est aussi le mien. Si vous voulez tout savoir, j’étais aux États-Unis, à Las Vegas, où je tentais de faire mon métier de journaliste, ce qui n’est pas facile tous les jours. Je suppose que vous savez ce qui s’est passé là-bas ? Effectivement. Il m’arrive d’écouter les informations. Je vous prie de croire que ça a été assez pénible comme ça – après tout, on a assassiné l’homme que je venais interviewer, et puis on m’a viré comme un malpropre, comme une bonne partie des journalistes présents d’ailleurs -, sans que j’apprenne en plus dans l’avion du retour que ma fille avait disparu. Je m’en doute. Excusez-moi, j’essaye simplement moi aussi de faire mon métier.

Gouderien

Gouderien

 

Blogapart-20

le  25 /05/2011
Panorama du blog
 Impressions sur la marche du monde d'aujourd'hui.

 Le monde de l'être humain qui se referme sur lui-même :
la mondialisation, celle qu'on voit par le prisme économique et celle qui va, dans le sillage de l'évolution millénaire, vers quelle destination ?

 Au fil de mes billets, j’ai tenté de comprendre le pourquoi d’une crise impliquant le monde dans son ensemble, qui lèse de nombreux acteurs économiques et humains et accumule des menaces de toute nature sur leur _ sur notre _ cadre de vie. Ce faisant, je me suis aidé en utilisant un artifice _ mais n’est-ce que cela ? _ qui consiste à tracer un parallèle entre son évolution générale et la construction de la personne humaine à partir de l’individu considéré isolément (enfin, c’était l’idée !).

 Lutte pour survivre dans un milieu agressif, en utilisant les forces individuelles, collectives, en exploitant les ressources minérales, animales, organiques....
Par des itinéraires balisés d'objectifs de plus en plus complexes, jalonnés de nouvelles contraintes, celles de la société, à mesure que s'estompaient _ pensions-nous _ celles du cadre naturel.

 Pourquoi ce déséquilibre qui perdure et même tend à s'accentuer dans cette humanité en marche vers sa globalisation, alors même que les espèces et les individus avaient acquis, déjà avant notre émergence, une viabilité suffisante pour prospérer et se multiplier ?

 D'où ces réflexions, ces rapprochements que j'ai osés
- depuis le 20 octobre 2008 (Agresser),
- jusqu'au 28 août 2010 (Addiction),
pour tenter d'apercevoir les choses "de l'extérieur".

        Fin de Blogapart   Conclusion

 Je renouvelle mes remerciements à l’équipe de ***.com qui m’a permis de m’exprimer.
 Ainsi qu’à tous les membres et visiteurs du Forum qui ont suivi «Blogapart» avec un intérêt suffisamment soutenu pour doubler aujourd’hui le cap des 7000 lectures.

 En présentant cet assortiment en forme de puzzle à compléter _ sans garantie sur la présence de doublons _ j’ai voulu manifester mes réserves sur une vision du monde que je considère étroite, sans perspective sinon sans projets, qui rejette au second plan les exigences écologiques concernant le monde vivant dont nous, personnes humaines, continuons à être partie intégrante, pour imposer une «économie» désincarnée qui prétend pouvoir s’en affranchir.

A mon avis, il est encore temps de corriger la trajectoire, à condition de se démontrer capables de rendre opérationnelles les commandes «manuelles», si le pilotage automatique venait à s’avérer défaillant.

Pour terminer, ci-dessous le dernier commentaire de ma part sur le billet "Synthèse" :

Comment rééquilibrer la répartition des rôles et des prestations ?

L'approche traditionnelle consiste à se baser sur une analyse avant tout quantitative de la demande et de l'offre de biens et de services, de les convertir en valeur et de distribuer les rôles avec comme critères directeurs associés la rentabilité et la productivité maximales. Bien que rationnelle, toute démarche ainsi fondée ne peut prendre en compte que des critères économiques, en négligeant les données biologiques qui mènent le monde.

En particulier, les contraintes physiologiques et psychologiques qui règlent la vie de tous les individus demandent une analyse plus étendue (cf "Stress"). Pour améliorer l'organisation générale des êtres humains en minimisant les conflits, il est indispensable d'en rechercher la réduction, qu'elles proviennent de la société ou de l'environnement.

Dans cette perspective, l'aspect économique, toujours essentiel, laisse au politique le rôle directeur dans les projets humains, ce qui lui assure, avec le contrôle de l'ensemble, les meilleures chances de parvenir à ces objectifs.
(cf "Richesses")

 Le politique a donc, plus que jamais, le rôle maître à jouer à tous les échelons, du local au mondial.

Reo

Reo

 

2036. Chapitre Trois : Las Vegas (8).

Tu piques ma curiosité, là. J’en suis désolée. OK, je viens. A bientôt. Bon voyage. Comme il rangeait son portable, tous les écrans se mirent à diffuser un discours martial du président Simons, qui appelait à l’unité du pays face à la rébellion d’une minorité d’agitateurs. Il avait déjà entendu ça ailleurs… Il acheta son billet, puis fit la queue au guichet de la compagnie Iberia pour enregistrer sa valise. Au moment de passer le contrôle des passeports, l’employée, une grosse Noire boudinée dans un uniforme trop étroit pour contenir son opulente poitrine, lui lança : Journaliste, hein ? C’est vrai. Ne revenez pas ici avant un moment. Le climat risque d’être malsain pour les gens qui font votre métier, ces temps-ci. Comme pour confirmer ces paroles, dans la salle d’embarquement il retrouva son collègue Richard Saint-André. Tiens ! fit celui-ci en l’apercevant. Alors beau gosse, vous aussi ils vous virent ? On le dirait. Ouais, les journalistes sont devenus persona non grata. Je vous avais prévenu, hein ! Le bruit courait sur le Worldnet depuis quinze jours que Simons voulait se débarrasser de Perez. On dit que le Mossad lui a donné un coup de main ; ça ne m’étonnerait pas. Comme Gérald demeurait silencieux, il ajouta : Si vous regardez autour de nous, vous apercevrez au moins une douzaine des représentants les plus célèbres de la presse mondiale. Je ne sais pas ce qui va se passer ici, mais apparemment on ne souhaite pas de témoins. J’ai voulu prendre un avion pour Paris, mais il n’y avait plus de places. Alors je me rabats sur Madrid. La paroi de verre du bâtiment donnait sur les pistes, où des gros porteurs de l’USAF continuaient à amener troupes et matériels, et même des blindés légers. Malgré le bruit des avions, on entendait distinctement des échos de fusillade. Si vous voulez mon avis, continua Saint-André, c’est idiot d’avoir buté Perez-Santiago. Ah ? Oui. On pouvait discuter avec lui. Alors que son second, Carlos Colombo, le gouverneur du Nouveau-Mexique, est un homme beaucoup plus déterminé, un extrémiste et un partisan de la manière forte. Les Américains ne l’ont pas eu, lui ? Non. On dirait bien qu’il avait prévu le coup : depuis longtemps, il mène une vie semi-clandestine. Personne ne sait où il se trouve aujourd’hui. On disait déjà avant en plaisantant que c’était lui le véritable chef du Mouvement hispanique, alors maintenant que le leader est mort, c’est lui qui va commander. Et je vous assure que ça va chauffer… A entendre les coups de feu, que ne parvenaient pas à masquer le vacarme des réacteurs, apparemment ça chauffait déjà… Il pensa à Dolores : qu’allait-elle devenir ? Il avait presque failli lui proposer de venir avec lui en France, et puis finalement il ne l’avait pas fait. Il n’est même pas certain qu’on l’aurait laissée partir. Et puis, sa vie était là… C’est quand même une sale affaire, maugréa Saint-André. Moi j’étais bien peinard, ici, j’avais mes petites habitudes, j’avais même réussi à m’habituer à la chaleur ET à la climatisation, ce qui est encore plus difficile. Les salauds ! Deux types du FBI m’ont sorti du lit à 6 heures du matin, ils m’ont à peine laissé le temps de remplir une valise… Tout à coup, Gérald réalisa que ce n’était pas parce que son voyage avait tourné court, qu’il ne devait pas ramener des souvenirs à ses proches. Laissant ses bagages à la garde de son collègue, il se rua vers un magasin et acheta des mangas en anglais pour sa fille – ça lui donnerait l’occasion de se perfectionner dans la langue de Shakespeare. Pour son père, il hésita entre une bouteille d’un alcool local, et un très beau livre sur l’Ouest américain, rempli de photos en couleurs. Finalement il choisit le livre : son père buvait déjà bien assez comme ça, ce n’était pas la peine de lui rapporter un échantillon de tord-boyaux du Nevada. Au moins le livre lui donnerait-il peut-être l’envie de voyager, ce qu’il avait fort peu fait jusque-là. Quand, trente minutes plus tard, leur appareil décolla, tout le monde eut le même réflexe : malgré les invitations à boucler les ceintures, les passagers se ruèrent vers les hublots pour observer le paysage. Aux quatre coins de la ville, des panaches de fumée s’élevaient. L’un des plus grands palaces était même en flammes, mais il ne réussit pas à identifier lequel. Saint-André était assis plus loin, au milieu de l’allée, mais il s’approcha du siège de Gérald – qui lui était installé juste contre l’aile gauche – afin de regarder par le hublot. J’aurais bien aimé rester pour couvrir ça, dit Saint-André. D’un autre côté, je dois dire que je ne suis pas fâché de rentrer en France, parce que ça va saigner. Et vous ? Oh, moi ! fit Gérald. On ne m’a pas demandé mon avis. Ma rédactrice en chef m’a ordonné de rentrer. Et comme je suis quelqu’un d’obéissant… Quelques minutes plus tard, des chasseurs vinrent les escorter, et ces chiens de garde demeurèrent à leurs côtés pendant une bonne demi-heure. Puis, ils battirent des ailes en guise d’adieu, et les abandonnèrent à leur sort. Peu après, on leur servit des boissons, et il prit un cognac, en espérant que ça le ferait dormir durant l’interminable voyage de retour. Cependant, avant d’essayer de se reposer, il fallait qu’il appelle Agnès. Il ne l’avait fait qu’une seule fois depuis son arrivée à Las Vegas, et il avait hâte de l’avoir au téléphone. Il composa le numéro sur son portable, et tomba sur sa messagerie : « Hello. Vous êtes bien sur le téléphone d’Agnès Jacquet, mais je ne suis pas disponible pour le moment. Merci de rappeler plus tard. » Surpris, il recommença, mais le résultat fut le même. Satanée ado ! Elle réclamait un implant, mais en attendant la moitié du temps elle ne répondait même pas à ses appels. Il réfléchit un instant : avec ce foutu décalage horaire, il avait du mal à réaliser quelle heure il était en France. Il regarda sa montre : il était presque 15 heures. On était encore au milieu du territoire américain, donc il fallait rajouter six ou sept heures pour avoir l’heure française. OK, en France c’était donc la fin de la soirée, et sa fille dormait. Déjà? Habituellement elle ne se couchait pas si tôt. Il décida d’attendre le repas avant de faire sa sieste. Pour s’occuper, il commença à rédiger son article sur son bref séjour américain, et sa rencontre expéditive avec feu Perez-Santiago. Finalement, il avait été l’un des derniers journalistes à rencontrer le gouverneur de Californie. Au bout d’un moment, il s’interrompit et chercha une chaîne d’information en continu sur son portable. Les journalistes tentaient de conserver leur flegme habituel, mais leur air tendu était révélateur. On confirmait la mort d’Eduardo Perez-Santiago, exécuté par un drone alors qu’il tentait de fuir Las Vegas. Mais si les dirigeants de Washington espéraient, en tuant le leader indépendantiste, désarmer ses partisans, ils s’étaient lourdement trompés. Le chaos commençait à régner dans tout l’Ouest américain, et même dans quelques États de l’Est. Ce n’étaient pas juste des rixes, mais de véritables batailles rangées entre les forces fédérales et la milice, ou des bandes de Latinos armés – apparemment, tous les gangs hispaniques du pays, de Los Angeles au Bronx, s’étaient soulevés comme un seul homme, ce qui confirmait les liens du défunt Perez-Santiago avec la pègre. En plus, le Mexique et d’autres États d’Amérique latine s’inquiétaient fortement du sort de la minorité hispanophone aux États-Unis, et l’armée mexicaine avait été mise en état d’alerte. Pas de quoi inquiéter l’US Army certainement, mais cela prouvait à quel degré de gravité on en était arrivé. D'ailleurs la Bourse était en chute libre, sauf les valeurs de l'industrie d'armement. Peu après, on servit le repas. Il achevait de manger, quand il reçut un SMS de Dolores : « I’m safe, but the situation here is dreadful. I’m fleeing to California ». Il répondit : « Take care of you. Good luck. » Une heure après, l’avion atterrit à New York, pour une simple escale. La situation ici semblait relativement calme, mais il ne s’y fiait pas. Bizarrement, durant toute la durée de l’escale, il s’attendit à voir des flics américains monter à bord pour venir le chercher. Il avait l’impression que l’Oncle Sam n’allait pas le laisser partir aussi facilement. Pourtant, il n’avait fait que son métier, et en plus il n’avait appris aucune révélation fracassante ; mais il avait été le témoin des sales manœuvres de Washington, et ça c’était déjà trop Quand l’avion quitta définitivement le sol américain, Gérald poussa un soupir de soulagement. Il décida d’essayer de dormir. Il passa les heures suivantes dans un état de demi-sommeil. Il y avait trop de bruit, et pas assez d’obscurité, pour sombrer dans un sommeil profond. Même si la plupart des rideaux étaient tirés devant les hublots, la lumière entrait quand même. C’était ce qui rendait si déstabilisants les voyages dans ce sens-là : on avait l’impression qu’on vous volait une nuit. Ce qui se passa ensuite demeura dans son souvenir comme une sorte de cauchemar. « Norvegian Wood » tonitrua dans sa tête. La technologie avait fait des progrès, et désormais il n’était plus nécessaire d’éteindre son portable ou son implant en avion – ce qui était dommage, en un sens. Il décrocha, et à sa grande surprise entendit la voix de son père : - Salut fiston. Tout de suite il se dit que quelque chose n’allait pas, car son père ne l’appelait JAMAIS fiston. - Salut papa. - Tu es où, là ? - Dans l’avion pour Madrid. - Il faut que je te dise quelque chose... Il y eut un silence, comme si Philippe Jacquet tentait de rassembler son courage pour annoncer la suite. Et puis vint la phrase : - Ta fille a disparu. Gérald eut l’impression de se liquéfier de l’intérieur.  - Quoi ?  -  On a voulu aller à Charlagnac, pour montrer le site à la petite. C’est vrai, c’est un peu la curiosité locale. Tout le monde était là, Éric avec l’un de ses chiens, et Irène aussi. On n’a rien compris : à un moment Agnès était avec nous, l’instant d’après elle avait disparu. Gérald sentit un violent mal de tête commencer à lui vriller les tempes. Celui lui arrivait, parfois, quand il faisait des excès. Et ces derniers jours, il avait trop bu, et pas assez dormi. Tu as prévenu la police ? parvint-il à articuler. Bien sûr. Elle a passé tout le coin au peigne fin. Mais tu sais comment c’est, par ici : un vrai gruyère. On a déclenché l’Alerte enlèvement ? Oui, mais jusqu’à présent ça n’a rien donné. Bon. J’arrive. Je devais passer par Paris, mais je vais prendre un avion pour Toulouse, pour gagner du temps. Je suis vraiment navré… Écoute, ce n’est pas de ta faute. On reparlera tout à l’heure. Il raccrocha. Et à l’abattement succéda soudain la colère. On l’avait envoyé à l’autre bout du monde pour une interview qui finalement n’avait pas eu lieu… et pendant ce temps sa fille se faisait enlever. C’était quoi, ce délire ? Et pourquoi Ghislaine ne lui en avait-elle pas parlé ? La question de savoir si elle était au courant ne se posait même pas : s’il y avait eu une Alerte enlèvement, évidemment qu’elle était au courant ! C’était ça, la nouvelle dont elle ne pouvait pas lui parler par téléphone ? Elle était gonflée ! Il prit son portable et l’appela. Elle décrocha presque immédiatement. Il trouva qu’elle avait l’air préoccupé. Ça tombait bien. Dis-donc, commença-t-il, tu me fais des cachotteries, maintenant, et sur des sujets capitaux en plus! Tu le savais, que ma fille avait disparu ? Oui, mais je n’avais pas envie de te secouer avec ça alors que tu es dans un avion et que tu ne peux rien y faire. C’était juste pour m’annoncer ça, que tu voulais que je vienne à Paris ? Elle parut hésiter : Euh… non, pour parler de ton voyage aussi. Tes impressions sur ce qui est arrivé. Oui ben déjà il faudrait que je termine mon article, et je n’ai pas vraiment la tête à ça. Et je te l’enverrai par mail quand il sera fini. Mais en attendant, je vais prendre le vol de Toulouse pour rentrer chez mon père le plus vite possible, et me mettre à la recherche de ma fille. Je viendrai à Paris quand je l’aurai retrouvée. Oui je comprends. Ce n’est pas la peine de t’énerver. Comment ça ce n’est pas la peine de m’énerver ? Tu connais le nombre d’adolescents – et surtout d’adolescentes – qui disparaissent chaque année en France, et dont on ne retrouve jamais la trace ? Je crois qu’il y a de quoi s’énerver. Oui, ne te fâches pas. Tu sais, l’alerte enlèvement c’est très efficace. En général on retrouve très vite les enfants disparus. Eh bien j’espère que ça sera le cas ! Bonne nuit ! Il raccrocha sèchement. Sans s’en rendre compte, il avait élevé le ton, et ses voisins le regardaient à présent d’un air curieux et étonné. En temps normal, il possédait déjà une voix forte, mais quand il se mettait en colère – ce qui lui arrivait rarement – elle pouvait enfler jusqu’à devenir tonitruante. Heureusement, une bonne partie des passagers de l’avion étaient étrangers – espagnols ou américains pour la plupart -, et ils n’avaient pas dû comprendre ce qu’il avait dit. Un problème, Monsieur ? demanda une hôtesse d’un air soucieux. Il faillit dire la vérité, mais il détestait raconter sa vie – sauf dans ses articles, bien entendu -, et il songea aux regards de commisération dont on allait l’accabler. Non ça va, merci. Mais il passa le restant du vol, qui lui parut très long, sur des charbons ardents. Jamais de sa vie, sans doute, il ne s’était senti aussi impuissant. Il regarda sur son portable une chaîne d’information en continu française, et, après avoir longuement évoqué la riche actualité internationale, elle parla effectivement de l’enlèvement. Mais il n’y avait rien de nouveau : les recherches continuaient, en vain pour le moment. Soudain il pensa à son ex-femme : si on ne retrouvait pas leur fille, elle allait le tuer. Il était d'ailleurs étonné de ne pas l'avoir déjà eue au téléphone. Il tenta d’appeler Agnès, et tomba encore une fois sur sa messagerie. Il laissa un message, disant qu’il se faisait du souci pour elle, qu’il se demandait où elle se trouvait, et bien sûr qu’il l’aimait ; il espéra que sa voix n’était pas trop angoissée. Il rappela une heure plus tard, et cette fois la ligne sonnait dans le vide. Puis il entendit un message disant que le numéro n’était plus attribué. On avait dû retirer la puce de l’appareil, pour éviter qu’il soit repéré.    L’avion atterrit à Madrid vers huit heures du matin. Gérald fut content de sortir de l’appareil ; il espérait que l’air frais lui ferait du bien, car il se trouvait dans un état second, à la fois épuisé par le voyage et le manque de sommeil, et très inquiet à l’idée de ce qui avait pu arriver à sa fille. Mais il faisait déjà assez chaud. Il récupéra sa valise, puis acheta un billet pour le prochain vol pour Toulouse – départ dans une heure et demie. Ensuite, il se connecta au parking de l’aéroport de Bordeaux et paya la facture, puis programma Olga pour qu’elle vienne le chercher à Toulouse-Blagnac. Saint-André, qui rentrait directement sur Paris, lui serra la main en lui disant un "au-revoir" laconique, sans évoquer la disparition de sa fille; Gérald se doutait bien qu'il était au courant, mais la compassion n'avait jamais été sa tasse de thé. Ça ne le gênait d'ailleurs pas, car il n'avait aucune envie de parler de ses problèmes, et surtout pas avec ce type. Après avoir enregistré son bagage, il alla prendre un café très fort, mais sans rien manger car il n'avait pas d'appétit. Enfin, il se dirigea vers la salle d’embarquement.

Gouderien

Gouderien

 

Dauphins d’enfer

Delphes fine
Cinégénique mutine
Tu chaviras ; hauts-fonds
J’en rejoins les bas-fonds Toi, naïade
Synonyme de noyade
Rudoie ma brisure
Festoie en mon azur
Dauphin d’enfer
De ton aileron, de l'amer
C’est pour moi une horreur
D’affronter ton bonheur Dauphin bénie
De ma vie, fut ontologie
Vois ; t'ayant adoré
J’en lape cruauté
Beau dauphin ondoyant
Ouvrit ton océan
Gemme fièvre
Inondée entre tes lèvres Qui maintenant l'ornent
Vous en voici morne
Equipage
S'étant avéré volage
Dauphins d’enfer
En ces plongées, d'où il appert
Que pour vous, un honneur
Est me voir qui y meurt Dauphins maudits
J'en reste, fou de jalousie
Envers cet amour nié
Cette aimance dédiée
Dos à dos fins
De là naissent désirs carmins
En mon triste cerveau
Coincé entre deux eaux Salée, cette faille
La lie aux entrailles
L'exécration
Inoculant un fier poison
Dauphin d’enfer
Où j'ai chu, où la colère
Me fit équarrisseur
De vos corps et vos coeurs Dauphin d'ennui
À jamais, d'oubli se languit
Sentiments dévorés
Sans plus d'identité

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Dauphins d’enfer

Delphes fine
Cinégénique mutine
Tu chaviras ; hauts-fonds
J’en rejoins les bas-fonds Toi, naïade
Synonyme de noyade
Rudoie ma brisure
Festoie en mon azur
Dauphin d’enfer
De ton aileron, de l'amer
C’est pour moi une horreur
D’affronter ton bonheur Dauphin bénie
De ma vie, fut ontologie
Vois ; t'ayant adoré
J’en lape cruauté
Beau dauphin ondoyant
Ouvrit ton océan
Gemme fièvre
Inondée entre tes lèvres Qui maintenant l'ornent
Vous en voici morne
Equipage
S'étant avéré volage
Dauphins d’enfer
En ces plongées, d'où il appert
Que pour vous, un honneur
Est me voir qui y meurt Dauphins maudits
J'en reste, fou de jalousie
Envers cet amour nié
Cette aimance dédiée
Dos à dos fins
De là naissent désirs carmins
En mon triste cerveau
Coincé entre deux eaux Salée, cette faille
La lie aux entrailles
L'exécration
Inoculant un fier poison
Dauphin d’enfer
Où j'ai chu, où ma colère
Me fit équarrisseur
De vos corps et vos coeurs Dauphin d'ennui
À jamais, d'oubli se languit
Sentiments dévorés
Sans plus d'identité

Tequila Moor

Tequila Moor

 

2036. Chapitre Trois : Las Vegas (7).

L’Alliance latine avait été fondée en 2021. Trois ans plus tard, Eduardo Perez-Santiago devenait gouverneur de Californie, grâce aux votes hispaniques, bien entendu. Aux élections de 2024, les premiers représentants et sénateurs du Mouvement hispanique (nouveau nom de l’Alliance latine) entraient au Congrès ; ils n’étaient alors que 7. Deux ans plus tard, ils étaient 35, 60 en 2028, 86 en 2030, 121 en 2032, et finalement 145 en 2034. Durant cette même période, un à un, tous les États de l’Ouest américain avaient élu des gouverneurs appartenant au Mouvement hispanique. Son chef s’était présenté aux élections présidentielles de 2032, troublant le duel traditionnel entre républicains et démocrates. Il n’avait pas été élu, mais avait remporté des millions de voix, surtout auprès des minorités latino et noire. On lui présidait un score encore plus important aux élections prochaines, qui devaient se tenir en novembre 2036, mais voilà, il avait décidé de renverser la table, se jugeant désormais assez fort pour lancer ce défi à la Maison blanche : déclarer l’indépendance des États gouvernés par le MH. Quand il avait annoncé cette décision quelques mois plus tôt, au cours de la convention de son parti, cela avait fait l’effet d’un séisme dans le monde politique américain. Perez-Santiago se justifiait en évoquant le racisme anti-hispanique de l’administration centrale, et aussi le fait qu’elle n’avait pas cessé de s’opposer, par tous les moyens, à la bonne gouvernance des États qui étaient dirigés par le Mouvement hispanique. Enfin – fable ou réalité, personne ne le savait -, il avait évoqué l’existence d’un complot du FBI dirigé contre sa personne. Sa péroraison avait frappé les esprits : « Cela fait des siècles maintenant que les Hispaniques, les Noirs et les Amérindiens (il avait aussi embauché ceux-ci dans sa croisade, leur promettant de faire enfin d’eux des citoyens à part entière) sont opprimés par le pouvoir yankee. Il est temps que cela cesse ! Washington est toujours prompt à dénoncer les dictatures aux quatre coins du monde, alors qu’il en existe une ici, dans ce pays que ses fondateurs avaient voulu bâtir comme la nation de la liberté, et cela nous ne pouvons plus le tolérer. Il est temps que les États hispanique d'Amérique prennent leur destin en main. » Comme certains réclamaient la tenue d'un référendum sur l'indépendance, il répondit sèchement que ceux qui n'étaient pas contents n'auraient qu'à quitter la nouvelle nation.   On fit asseoir Gérald sur un siège plutôt inconfortable, au milieu de ses collègues, à deux mètres en face du grand homme. Celui-ci le dévisagea un moment sans grande sympathie, puis dit en espagnol : Ainsi, c’est vous qui remplacez Raoul Guilbert ? On va essayer ! C’est dommage. Je connais Raoul Guilbert. J’espère au moins qu’il va bien. Il a été victime d’un petit accident, assez grave cependant pour l’empêcher de faire un tel voyage. Mais vous, je ne vous connais pas. Je m'appelle Gérald Jacquet. On m’a tiré de vacances en famille pour participer à cette conférence de presse. J’en suis navré pour vous. Buneos dias ! Buenos Dias, senor Presidente ! Laissez tomber ces formules pompeuses. Appelez-moi Eduardo. Vous parlez espagnol, on dirait ? Je me débrouille. Néanmoins, j’ai ma propre interprète, Maria-Luisa. Elle traduira les questions. Gérald haussa les épaules : Comme vous voulez. C’était un peu vexant, mais dans un sens, cela lui faciliterait la tâche. Il sortit son portable. Je dois vous prévenir, dit-il en français, que vous poserai les questions qui avaient été convenues avec la rédaction de mon journal. Mais, si vous n’y voyez pas d’inconvénients, j’en rajouterai une ou deux de mon cru. Pas de problème, assura l’homme politique, par le truchement de son interprète. Avant que nous commencions, j’ai un mot à dire. On m’a raconté que vous travaillez sur un livre à propos de la guerre de la Triple-Alliance. C’est exact. Je dois préciser que c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup, et j’ai la plus grande admiration pour le maréchal Francisco Solano Lopez, qui était un homme largement en avance sur son temps. Eh bien, vaut mieux entendre ça que d’être sourd, se dit Gérald en songeant que ledit maréchal était un fou furieux, auprès de qui un Hitler ou un Staline auraient presque pu passer pour des gens normaux. Quand j’aurai terminé ce livre, je vous en adresserai un exemplaire, dit-il. J’espère bien ! Mais il est possible que mon point de vue sur ces événements diffère du vôtre. C’est bien normal ! assura le leader indépendantiste avec un large sourire. Eh bien, ajouta-t-il en s’adressant à l’ensemble des personnes présentes, et si nous commencions ? Les journalistes américains, puis leurs collègues des pays latinos-américains, posèrent les premières questions, et comme les réponses de Perez-Santiago étaient assez longues – l’homme était du genre prolixe, et il imitait parfois Fidel Castro en prononçant des discours de plusieurs heures -, il se passa plus d’une demi-heure avant qu’on donne enfin la parole à Gérald. Certains de ses confrères avaient d’ailleurs posé des questions analogues à celles qui figuraient dans sa liste, aussi les avait-il rayées au fur et à mesure. Gérald se racla la gorge. Il était temps de se lancer… Vous vous apprêtez à déclarer l’indépendance des États latins d’Amérique, commença-t-il. Êtes-vous conscient de la solennité de ce moment ? Est-ce que ça ne rappelle pas fâcheusement le début de l’année 1861 ? Vous posez plusieurs questions à la fois. Bien entendu que je suis conscient que nous vivons une période cruciale pour l’avenir de ce pays qui s’appelle encore – mais pour peu de temps – les États-Unis d’Amérique. Cependant, je puis vous assurer que nous ne sommes pas en 1861, et que je ne suis pas Jefferson Davis. Cela n’a rien à voir. A la limite, votre comparaison est presque insultante. Les États du Sud avaient fait sécession pour sauvegarder l’esclavage, alors que nous, nous nous battons pour la liberté de nos concitoyens. De tous nos concitoyens, à quelque ethnie qu’ils appartiennent. A ce moment, le secrétaire, Adolfo Bahamonte, surgit dans la pièce, l’air préoccupé. Que se passe-t-il ? demanda Eduardo. J’avais demandé qu’on ne nous dérange pas. Bahamonte chuchota quelques mots à l’oreille de son patron. Celui-ci se leva précipitamment. Je crains qu’il ne faille mettre un terme à cet entretien, déclara-t-il d’une voix tendue. Croyez bien que je suis le premier à le regretter. Qu’arrive-t-il ? demanda Gérald. Pendant une fraction de seconde, mais qui sembla durer une éternité, Perez-Santiago le dévisagea avec une lueur perplexe dans l’œil, comme s’il voulait lire dans son esprit. Plus tard, quand il sut ce qui s’était passé, Gérald réalisa le genre de questions qu’avait dû se poser le leader sécessionniste à cet instant : suis-je tombé dans un piège ? L’homme n’était pas un tendre, et il était même connu pour ses fréquents et violents accès de colère. Mais là, il dut penser qu’il n’avait pas le temps de passer ses nerfs sur quelqu’un.  Expliquez-leur, Bahamonte. Moi je dois filer. Les gardes du corps et l’interprète firent écran autour de l’homme politique, tandis qu’il quittait la pièce rapidement. Journalistes et équipes TV, abasourdis, se retrouvèrent seuls avec le secrétaire. Je suis désolé messieurs-dames, dit-il d’un ton contrit. Nous allons devoir vous évacuer. La conférence est annulée, et nous ne sommes plus en mesure d’assurer votre sécurité. Mais qu’est-ce qui se passe ici? demanda d’un ton indigné un grand ponte de CNN. Le président Simons a trahi sa parole. Nous allons être attaqués. C’est la guerre. Voilà ce qui se passe. Des murmures de stupeur accueillirent cette déclaration. Tandis qu’on les reconduisait vers les voitures, les quatre phrases du secrétaire tournaient en boucle dans la tête de Gérald. Je peux appeler ma rédactrice en chef ? demanda-t-il. Quand vous serez en sûreté. Ceux qui possédaient leurs propres véhicules, comme les équipes de télévision, s’engagèrent rapidement vers la sortie. Les autres furent embarqués dans un minibus Volkswagen. - C'est insensé, insensé! disait le type de CNN, en essayant (vainement) d'appeler sa rédaction. Tout en grommelant, il rejoignit son car-régie, qui démarra aussitôt. Le minibus le suivit. Gérald était assis à l’arrière du véhicule, qui roulait vers Las Vegas. Tout le monde faisait une drôle de tête, y compris le chauffeur et le gardé armé qui était assis à l'avant. Il tenta de joindre Ghislaine Duringer, mais n’y parvint pas. Ce n’était pas normal. Alors, pour occuper le temps et aussi parce que c’était son métier, il filma avec son portable le trajet de retour, et surtout les têtes de ses collègues journalistes, déconcertés.   Le parcours ne prit que quelques minutes. A la lisière de la ville, soldats et miliciens se regardaient en chien de faïence, et il se demanda combien de temps il faudrait pour que les premiers incidents éclatent. On notait des signes de fébrilité et d’agitation dans toute la ville. Des convois militaires parcouraient le Strip. On le lâcha, ainsi que plusieurs autres, près du Caesars Palace, et le minibus repartit aussitôt, sur les chapeaux de roue. Il tomba sur Dolores dans le hall du palace. De toute évidence, elle était au courant des événements : elle semblait avoir vieilli de dix ans. J’ai un message de votre patronne pour vous, dit-elle : vous rentrez en France. Tout de suite. Il grimaça. Ce qui allait se passer ici était dangereux certes, mais passionnant, et il se serait bien vu jouer les correspondants de guerre. Comment vous a-t-elle contactée ? Par le téléphone fixe. Les portables et le Worldnet ne fonctionnent plus. Dans toute la région. C’est mauvais signe. Très. Dépêchez-vous, si vous voulez attraper votre avion. Nous ignorons pendant combien de temps les vols seront encore assurés. Il faut que j’aille chercher mes affaires. Pas la peine, c’est fait, dit-elle en désignant la valise et son bagage de cabine, à ses pieds. Tout est là. Vous êtes vraiment une perle, dit-il en l’embrassant. Je vous regretterai. Elle eut un bref sourire : Moi aussi. Un bon conseil : prenez le premier avion pour l’Europe. On annonce une tempête de sable ; dans quelques heures, plus aucun appareil ne pourra décoller. Ce n’est peut-être d'ailleurs qu’un prétexte. Et vous, qu’allez-vous devenir ? Je vais rejoindre la plus proche caserne de la milice. Après… je ne sais pas. Je vais m’en faire pour vous. Quand vous serez en sûreté, envoyez-moi un message. Entendu. Je vous souhaite bonne chance. Merci, vous aussi. Vaya con dios ! Il l’embrassa une dernière fois et la quitta, à regret. Comme d’habitude, des files de taxis attendaient près du palace, et cela tombait bien parce de nombreux clients semblaient soudain désireux de mettre fin à leur séjour au paradis du jeu. Il empoigna ses bagages, se retourna pour faire un signe d’adieu à Dolores, puis prit le taxi qui était en tête de file. Je vous emmène où, amigo ? demanda le chauffeur. A l’aéroport ? Comment avez-vous deviné ? C’est peu après qu’il aperçut les premiers cadavres, au coin d’une rue. Ils portaient l’uniforme de la milice, et cela ne l’étonna pas.    Le McCarran International Airport ressemblait à une ruche. La présence militaire était visible partout. On apercevait sur les pistes des gros porteurs de l’armée qui amenaient troupes et matériel, tandis que de monstrueux hélicoptères déversaient un flot de Marines et de Rangers. Mais des milliers de gens tentaient de rentrer chez eux, et une foule inquiète et bigarrée parcourait les allées en tous sens, désorientée. Il se rappela le conseil de Dolores et, comme le premier avion pour la France ne partait que dans trois heures, il choisit un vol pour Madrid, qui, lui, décollait dans un peu plus d’une heure. Par acquis de conscience, avant d’acheter son billet, il tenta encore une fois de joindre Ghislaine, et miracle ! ici, ça marchait. Le fait que l’aéroport soit entièrement sous le contrôle de l’armée n’était sans doute pas étranger à la chose - on n’apercevait aucun milicien, soit qu’ils se soient enfuis, soit qu’ils aient été neutralisés d’une façon ou d’une autre. Il composa le numéro de sa rédactrice en chef sur son portable. Allo ? fit une voix de femme. La tête de sa patronne apparut sur l’écran. Elle avait l’air fatiguée, mais elle était tout à fait habillée : il ne l’avait pas réveillée en sursaut. Ghislaine ? appela-t-il. C’est Gérald. Ah, Gérald ! Je me faisais du souci pour toi. Où es-tu ? A l’aéroport de Las Vegas. Je vais prendre un avion pour Madrid, et de là j’en prendrai un autre pour Paris. Mais j’aurais aussi bien pu rester ici. Ce qui va se passer s’annonce passionnant. Non. Je veux que tu rentres. La fille de l’hôtel t'a transmis mon message ? Oui. Mais tu sais, j’ai déjà couvert des conflits. Je peux… Elle lui coupa la parole : Écoutez, mon petit Gérald, tu n’y es pas. Ce n’est pas une guerre, ça va être un massacre. D’ailleurs Eduardo Perez-Santiago vient d’être tué. Quoi ? Tu n'es pas au courant ? Sa voiture a été détruite par un missile, envoyé par un drone. Il lui fallut quelques secondes pour réaliser que l’homme qu’il avait eu en face de lui moins d’une heure plus tôt n’était plus de ce monde. Je n’en reviens pas, dit-il. Et j’ai deux autres bonnes raisons pour te faire rentrer. D’abord, les autorités américaines me l’ont demandé. Ah ? Oui. Et la deuxième raison ? Elle parut hésiter. Je te la dirai quand tu seras rentré en France. Je ne peux pas te communiquer ça par téléphone.

Gouderien

Gouderien

 

2036. Chapitre Trois : Las Vegas (6).

Pour se venger de son repas raté, Bishop avait commandé la plus grosse glace de la carte, et il la dégustait sous l’œil consterné de son assistante, qui elle se contentait d’un petit Mystère. Gérald commençait à ressentir le poids de la fatigue, mais le grand Noir ne consentit à le relâcher que quand il lui eut fourni la liste complète des questions qu’il entendait poser lors de l’interview – qui en fait était plutôt une conférence de presse - du lendemain. En se levant il regarda sa montre ; il était 11 heures du soir passées. Il salua Bishop et son assistante, et suivit Dolores. Ils se retrouvèrent dehors ; la fraîcheur de la nuit lui fit du bien. Néanmoins il sentait qu’il était temps qu’il regagne sa chambre. Cela vous a plu ? demanda la jeune femme. Bien sûr. Vous me raccompagnez ? Sinon je me demande si j’arriverai à retrouver ma chambre. Desde luego. En regagnant l’Augustus Tower, ils passèrent devant l’une des principales fontaines du palace, et au grand étonnement de Gérald elle fonctionnait. Des projecteurs illuminaient les jets d’eau de mille couleurs, tandis que des enceintes diffusaient une musique suave. Ils s’arrêtèrent non loin d’une réplique de la Victoire de Samothrace, et, au milieu de touristes venus du monde entier qui se photographiaient les uns les autres et multipliaient les selfies, contemplèrent pendant quelques instants ce spectacle d’un autre temps. Ils la font marcher deux heures par jour le soir, entre dix heures et minuit, expliqua Dolores. Cette vision lui en rappela d’autres. La fin d’un vieux film, « Ocean’s Eleven », avec une version orchestrale du « Clair de lune » de Debussy en guise de fond sonore. Un autre voyage à Las Vegas, avec sa femme Isabelle, à l’époque lointaine où ils s’aimaient. Il se pencha vers Dolores et faillit l’embrasser, mais il se retint juste à temps. Elle lui jeta un regard étonné. Qu’est-ce que vous avez ? dit-elle, curieuse. Rien. Un souvenir du passé. Je suis déjà venu ici, il y a longtemps. Il faut oublier le passé, et vivre l’instant présent. Et ce fut elle qui l’embrassa. Dix minutes plus tard, ils étaient dans sa douche, nus, serrés l’un contre l’autre. L’espace d’un instant il eut l’impression que fatigue et décalage horaire s’envolaient. Elle avait un très beau corps, avec des seins aux larges mamelons bruns. Ils firent l’amour, sortirent de la douche, se séchèrent, puis continuèrent leurs ébats dans le lit. Il s’endormit au bout d’un moment mais se réveilla au milieu de la nuit. Dolores dormait à ses côtés. Dans l’obscurité il ne distinguait pas son corps, mais il entendait sa respiration. Une vague d’émotion le submergea. Demain il rentrerait à Paris et ne la reverrait certainement jamais. C’est pour éviter ce genre de moment qu’il avait renoncé à l’embrasser devant la fontaine. On le prenait généralement pour un gros dur, à cause de son physique et de ce stupide tatouage – tiens, Dolores ne lui avait pas fait de réflexion à ce sujet ; il est vrai que dans ce pays elle avait dû en voir d’autres – alors qu’en fait il était un sentimental. Il s’attachait. Il songea soudain que cela faisait trop longtemps qu’il était célibataire. Il posa sa main doucement sur le corps de sa compagne d’une nuit, puis ferma les yeux et tenta de se rendormir.   Le téléphone de la chambre les réveilla le lendemain matin à 7 heures. Il eut juste le temps de prendre sa douche et de se raser, avant qu’un employé apporte le plateau du petit-déjeuner. Hasard heureux ou parfaite organisation, il y en avait pour deux. Ils n’échangèrent que quelques mots ; en fait, il était déjà dans son interview. A 8h30 ils descendirent au rez-de-chaussée. Dolores le conduisit à la limousine qui stationnait le long du trottoir – le même genre que celle qui l’avait attendu à l’aéroport – mais ne monta pas. Bonne interview, dit-elle en lui claquant une bise. Merci. Il s’installa à l’arrière. Un chauffeur noir conduisait ; à ses côtés se tenait un type de la milice en uniforme, armé d’une mitraillette. On y va M’sieur ? demanda le chauffeur en se tournant vers lui. On y va. La lourde voiture démarra, et rejoignit le Strip. Le célèbre boulevard tentait encore de faire bonne figure, mais les gigantesques panneaux publicitaires que l’on apercevait le long de l’artère faisaient office de cache-misère. Il aperçut sur la gauche l’Excalibur, l’un des plus fameux établissements de jeu de la ville, qui avait fait faillite et attendait vainement un repreneur. Ce n’était pas un cas isolé. Par contre le musée Liberace existait toujours, même s’il était maintenant logé dans des locaux bien plus exigus que ceux qui l’abritaient quand le célèbre et excentrique pianiste l’avait fondé, en avril 1979. On l’avait prévenu dès le départ que la rencontre n’aurait pas lieu au Caesars Palace, mais dans une villa du nord de la ville. Cela lui rappelait un peu un reportage de ses débuts, des années plus tôt, quand il avait été interviewer un parrain de la drogue en Colombie. Une drôle d’expédition, dont il avait bien cru ne pas revenir vivant, même si finalement tout c’était bien passé. Le milicien bricola la radio, testa plusieurs chaînes, puis finalement fixa son choix sur un émetteur qui passait de la soul et de vieux blues. Le fameux « Sittin’ on the dock of the bay » d’Otis Redding emplit l’habitacle. La sonorisation du véhicule était parfaite. Il avait entendu ce célèbre tube des années soixante de nombreuses fois et croyait le connaître parfaitement, mais pour la première fois il s’aperçut qu’on avait rajouté sur la musique en guise d’ambiance sonore des cris de mouettes et des bruits de ressac. Il avait découvert cette chanson quand il était à l’armée. Un de ses potes de chambrée était fan de blues. Sur le moment, il avait pensé que cet Otis Redding devait être un type de 45 ans désabusé, et qui avait derrière lui une longue vie de malheurs. Par la suite il apprit qu’il était mort dans un accident d’avion, mais il se passa encore longtemps avant qu’il en sache plus à son sujet. En fait Otis Redding était un jeune Noir de 26 ans et deux mois, et il avait écrit et enregistré le tube qui allait le rendre mondialement célèbre (mais à titre posthume) quelques jours avant sa mort. Bien loin d’être le personnage désabusé qui passait ses journées assis « on the dock of the bay » à perdre son temps, Redding était un athlète et un hyperactif, un père de famille aimant, un homme d’affaires avisé, un artiste reconnu dans son pays et à l’étranger, bref un individu à qui tout réussissait, dans tous les domaines – ce qui est rare. Fasciné, Gérald avait fait quelques recherches à son sujet, et il avait bien failli écrire un livre sur lui – d’ailleurs il l’écrirait peut-être un jour. Il avait une théorie curieuse à propos d’Otis Redding. En signant « On the dock of the bay », le chanteur avait sans doute atteint le sommet de son art – et ainsi accompli son destin. Dès lors il n’avait plus qu’à mourir, au fond d’un lac gelé, dans un avion qui lui appartenait. Cette théorie avait fait rire les quelques personnes à qui il l’avait exposée – en général des soirs où il avait trop bu – mais il avait toujours eu la sensation que ces rires sonnaient faux. Et lui ? Quand réaliserait-il son chef-d’œuvre ? Quand accomplirait-il son destin ? Parfois il avait l’impression d’être cet homme assis sur un quai et passant son temps à regarder les bateaux arriver et repartir, la marée monter et descendre.   Au bout d’un quart d’heure de route, ils parvinrent devant une grande villa cernée d’un vaste parc. Au moins un bataillon de la milice la défendait, avec tout le matériel adéquat : armes automatiques, artillerie, missiles sol-air, chars de combat, et dans le ciel plusieurs hélicoptères qui tournoyaient au-dessus d’eux. Tout cela n’aurait pas suffi à protéger les occupants du lieu d’une attaque par un engin nucléaire tactique (qui aurait pulvérisé la demeure sans presque infliger de dégâts à la ville toute proche), mais c’était quand même impressionnant. La berline franchit les grilles, qui se refermèrent discrètement derrière elle, et alla se garer dans un grand parking. On l’invita à descendre, et un homme en costume trois pièces l’accueillit. Bonjour, je suis Adolfo Bahamonte, secrétaire particulier de Son Excellence. Gérald Jacquet, enchanté. L’homme parlait français presque sans accent. Venez. Un chemin de gravillons bordé de pelouses menait vers la villa. A l’entrée de celle-ci, deux miliciens montaient la garde, fusil-mitrailleur au poing. Un officier fit son apparition et exigea de vérifier les papiers du journaliste. C’est vraiment indispensable ? demanda-t-il. Je le crains, dit Bahamonte. L’examen des papiers dura cinq bonnes minutes, et comme si ça ne suffisait pas ensuite on le fouilla. Pourquoi une telle méfiance ? interrogea Gérald, qui sentait que la moutarde commençait à lui monter au nez. Malheureusement le senor Perez-Santiago a beaucoup d’ennemis. Ce qu’il s’apprête à faire ne plaît pas à tout le monde dans ce pays, vous vous en doutez. Bien sûr. Mais je ne suis qu’un simple journaliste. Naturellement, fit Bahamonte avec un petit sourire et un clin d’œil. L’espace d’un instant, Gérald se demanda avec des frissons si les sbires de Perez-Santiago connaissaient son appartenance aux Services secrets. Possible, après tout. Apparemment satisfaits, les gardes le laissèrent enfin passer. Il pénétra dans la villa à la suite de son guide. Ils prirent un ascenseur, empruntèrent une série de couloirs décorés de tableaux représentant des scènes de l’histoire de l’Amérique latine, enfin débouchèrent dans une grande salle. Au milieu, protégé par trois gardes du corps, était assis un homme massif dans un profond fauteuil de cuir : Eduardo Perez-Santiago. A ses côtés se trouvait une femme entre deux âges, de type indien, vêtue d’un tailleur vert ; un collier de perles rouges ornait son décolleté.  D’autres journalistes se trouvaient déjà là, et il reconnut quelques Américains, un Russe, un Anglais, la Japonaise d’hier – qui lui fit un bref salut en l’apercevant – deux Mexicains et plusieurs Sud-Américains. Bien entendu, on apercevait aussi les caméras de plusieurs chaînes de télévision, américaines ou internationales.   Le futur président du nouvel Etat américain ne mesurait qu’un mètre cinquante-cinq, mais cela faisait bien longtemps que personne ne l’avait traité de « petit ». On disait d’ailleurs que ceux qui avaient eu la mauvaise idée de le faire, aux temps lointains de sa jeunesse, n’étaient plus là pour s’en vanter : le senor Perez-Santiago possédait une longue mémoire, et c’était un homme rancunier. Trapu et large d’épaules, il aurait pu jouer un Nain dans n’importe quelle adaptation de Tolkien, et on aurait à peine eu besoin de trucages. Quant à sa tête, avec ses cheveux très noirs coiffés en catogan et ses longues moustaches retombant en crocs, elle évoquait irrésistiblement pour Gérald celle de l’acteur américain Danny Trejo… ou bien d’Attila le Hun, comme on veut. Âgé de 55 ans, l’homme était ridé, avec de nombreuses tâches et grains de beauté sur le visage. Il n’était pas beau, mais son regard était frappant, un regard d’oiseau de proie.   Eduardo Perez-Santiago était né le 12 avril 1981 dans les bas quartiers de Los Angeles, au sein d’une famille misérable qui comportait déjà 7 enfants. Son père, quand il travaillait, exerçait le métier de déménageur, mais il s’était abîmé une épaule, ce qui fait qu’il restait le plus souvent chez lui à boire, à battre sa femme et à lui faire d’autres enfants. A l’âge de 13 ans, le jeune Eduardo imita son frère aîné José, et entra dans le gang des Aztecs. Après une brutale initiation, on lui confia des petits trafics, et il se montra plutôt doué. Son destin était tout tracé : il allait gravir un à un les échelons de la structure très hiérarchisée du gang, dont il deviendrait un soldat et peut-être un officier. Dans tous les cas son espérance de vie était réduite, et s’il dépassait les 35 ans on pourrait dire qu’il avait de la chance. Et puis, alors qu’il avait à peine 17 ans, son frère aîné qu’il idolâtrait fut abattu devant lui par une bande rivale. Ce fut certainement le moment le plus important de la vie d’Eduardo. Il réfléchit longuement, puis prit sa décision. Il vengerait son frère, mais pas de la manière habituelle. Oh non. Tuer les assassins de son frère ne suffirait pas à assouvir sa soif de vengeance. Il anéantirait la bande adverse, les Bandidos, mais pour cela il avait besoin de gagner du pouvoir, et ce n’est pas en restant au sein des Aztecs qu’il y parviendrait. Comme la plupart des membres des gangs des rues, Eduardo se droguait et buvait, mais du jour au lendemain il stoppa toute consommation d’alcool et de produits illicites. Cela témoignait déjà d’une volonté de fer, mais la suite fut encore plus étonnante. Il sollicita une entrevue avec sa hiérarchie, et annonça qu’il quittait le gang. En général il n’y avait qu’un moyen d’abandonner cette vie de Street Warrior : les pieds devant. On ne quittait pas un gang, enfin du moins pas vivant. Quels arguments il employa pour qu’on le laisse partir, cela demeura toujours un mystère, même pour ses proches. Il est à noter toutefois que si de nombreux gangs, dont les Bandidos, furent anéantis au cours de la guerre longue et sanglante qu’il mena contre eux en tant que gouverneur de Californie, les Aztecs existaient toujours, et même ils n’avaient jamais été si prospères. De là à prétendre, comme le firent ses ennemis, qu’en fait il n’avait jamais vraiment quitté les Aztecs, il y a un pas que nous ne franchirons pas, ne disposant pas du moindre début de preuve. Au cours des années suivantes, Eduardo travailla comme serveur dans un restaurant. Il versait la moitié de son salaire à sa mère, à présent veuve et qui avait encore plusieurs enfants à charge. Le soir, il prenait des cours afin de combler son retard scolaire ; en effet, il était sorti de l’école à l’âge de 12 ans. En trois ans seulement il rattrapa son retard, puis s’inscrivit à l’université, où il apprit le droit, la sociologie et l’histoire. C’est aussi là qu’il adhéra au parti démocrate. Enfin c’est pendant ces années d’études qu’il rencontra sa femme, Eva. Quand il acheva ses études à l’âge de 26 ans, Eduardo Perez-Santiago était un jeune homme brillant, à qui tout le monde prédisait déjà un grand avenir. Et donc, tout en exerçant le métier d’avocat, il s’engagea dans la politique, d’abord à une petite échelle, puis à des postes de plus en plus prestigieux. Cependant c’est la publication de son livre « Vers une nouvelle Reconquista », en 2018, qui avait fait de lui un personnage célèbre en même temps qu’un objet de polémique. La thèse qu’il défendait était simple, pour ne pas dire simpliste : tout le malheur des États américains de l’Ouest était arrivé quand, de possessions mexicaines, ils étaient tombés aux mains des USA, à la suite d’une guerre d’agression. C’était là une vision largement déformée des choses, et on ne se pria pas de le lui faire remarquer. Depuis que les territoires de l’Ouest américain avaient été intégrés à l’Union, ils avaient connu, à tous points de vue, un développement extraordinaire. Eduardo n’était pas objectif, et il le reconnaissait lui-même. Il se définissait comme un croisé, un défenseur des Hispaniques et des catholiques contre les Anglo-Saxons protestants et les Juifs. Il fut chassé du parti démocrate, ce qui le conduisit à créer sa propre formation politique, l’Alliance latine, plus tard rebaptisée Mouvement hispanique. Au fur et à mesure qu’il se rapprochait du pouvoir, Eduardo avait mis de l’eau dans son vin, et l’antisémitisme de ses débuts n’était plus qu’un mauvais souvenir (que ses adversaires ne se privaient pas néanmoins de rappeler). Le reste était bien connu, c’était le récit d’une marche apparemment irrésistible vers le pouvoir.

Gouderien

Gouderien

 

Seuil

Malgré les efforts des gouvernements nationaux et les soutiens renouvelés qu’ils sollicitent des populations, les tentatives de résolution des conflits, de toutes natures, qui sévissent sur notre planète, n’aboutissent le plus souvent qu’à des redressements provisoires et limités, excluant toute perspective de consolidation à terme.
Lorsqu’il s’agit d’élaborer des réponses transnationales, l’échec est même la règle, faute de terrain d’entente diplomatique ou institutionnel pour cerner les problèmes qui font irruption, que ce soit dans le domaine financier ou économique, social ou écologique, à propos du climat, de l’énergie, des trafics, du terrorisme, etc.

 Étant donné que, le plus souvent, ces problèmes se trouvent intimement liés et ne s’arrêtent nullement aux frontières, cette faillite n’a rien de surprenant, quand on observe couramment que les propositions de solutions consistent, soit à les subordonner à des conditions qui en précarisent l’application, soit à juxtaposer les uns aux autres des traitements d’espèce qui s’avèrent fréquemment contradictoires dans leurs effets.
Pour preuve, les sempiternelles oppositions entre objectifs d’économie et revendications sociales, les multiples accrocs à la qualité de l’environnement, voire à la santé publique qui en résultent. Ce qui rend illisibles et illusoires toutes les politiques _ à quelque échelle que ce soit, de la géopolitique à la municipale _ de par leur sujétion au court terme, illustrée par le télescopage permanent de décisions qui se neutralisent, d’actions qui en altèrent le contenu.

 Toute émotion mise de côté, l’installation de ces désordres interpelle sur la possibilité réelle de concilier, actuellement, les diverses exigences que l’on retrouve, de tous temps et dans toutes les civilisations, aussi bien dans le besoin de sécurité que dans la conquête des pouvoirs, la production et la gestion de richesses et de services, ou l’aspiration à la jouissance et au confort.
A scruter l’horizon, le pronostic demeure réservé, tant que ne surgira pas, en nous-mêmes comme chez les dirigeants de la planète, l’intime conviction de la nécessité de réviser nos modes de fonctionnement; de l’urgence de se promouvoir, d’un statut de prédateurs dominants ou dominés à celui de gestionnaires en concertation, tant horizontale que verticale : nous en avons le moyens techniques, à condition d'adapter et d'entretenir nos outils.
 Pour autant que la volonté nous habite de surmonter cette crise généralisée….  
 Réduire ces perturbations, c’est d’abord éviter de se mentir, car il est indispensable d’en trouver des explications authentiques, les seules efficaces. Ce qui implique de dépasser le stade de la confrontation entre les différents fondamentaux culturels (religieux, moraux…), pour nous replacer dans le contexte des contraintes organiques, mécaniques, du milieu où tous ensemble depuis toujours nous sommes plongés : notre monde.
 Sous cet angle seulement, nous aurons une chance de retrouver la compréhension de ce qui, à l’heure actuelle, nous échappe : comment tourne présentement le moteur des relations humaines qui construisent et renouvellent la société, et pourquoi les différents schémas proposés échouent, si ce n’est par l’obsolescence des modèles qu’ils utilisent.

Quel recours alors ? Sinon un retour éclairé au respect des impératifs de base : l’équilibre de la personne et l’autonomie qu’il implique.

Reo

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Blogapart-19

28/08/2010
Addiction

 Que signifie l'expression "Moraliser le capitalisme ?

 S'agit-il vraiment d'appliquer des préceptes moraux ?
Censés s'adresser à des personnes libres d'y adhérer ou non _  de s'engager ainsi au nom de leur philosophie, de leur patriotisme ou de leur religion, ou de s'en abstenir _  ces préceptes n'ont aucune prise sur des activités concertées et/ou réglementées, auxquelles est convié tout groupe, tout individu, avec sa propre éthique pour défendre ses intérêts spécifiques.  La véritable préoccupation, en l’occurrence, est bien, en s'assurant de la sécurité des échanges, de préserver la pérennité d’une économie mondiale tributaire de son édifice financier, récemment fragilisé par des dérapages inquiétants. Il semble toutefois qu’aucun consensus ne se dégage actuellement, entre les experts comme entre les autorités, sur les mesures à préconiser, sur les décisions à prendre pour définir des repères, voire des normes de comportements, susceptibles de prévenir tout débordement.

 Qu’en est-il aujourd’hui ? En l’espèce, c’est le défaut de pilotage qui est incriminé. Mais l’incertitude sur le traitement renvoie à une absence réelle de diagnostic. S’agissant d’un symptôme isolé, il suffirait d’approfondir dans cette direction.
 Cependant, la persistance de graves déséquilibres mondiaux peut donner à penser que la «maladie» ne se réduit pas à cela et, qu’en conséquence, la «moralisation» du capitalisme comme thérapie pourrait bien s’avérer inopérante : quand une machine se grippe, avant de proposer un protocole et des procédures de remise en état, il importe de bien identifier et localiser les défaillances, d’en rechercher les origines, d’en comprendre le mécanisme, pour situer le domaine et les conditions d’une intervention, curative si possible.
 Affaire de (bonne) volonté.

 Deux logiques président actuellement aux destinées des populations de la planète :
 - celle de l’écologie, dans le cadre des lois du monde physique, qui régit les équilibres et les rythmes biologiques, domestiques et territoriaux, impliquant les êtres vivants et leur environnement, et s’inscrivant dans leur évolution,
 - celle de l’économie, qui s’est progressivement organisée dans le cadre du droit, pour régler les échanges entre personnes, non seulement «physiques» (les gens) mais aussi «morales» (les institutions publiques ou privées).

 L’instauration  de cette dernière juxtapose, aux objectifs individuels et collectifs humains _ d’équilibre et d’autonomie _ ceux des sociétés commerciales, réputées telles ou assujetties, qui leur permettent, en réalisant un profit, d’atteindre leur équilibre propre, dit «comptable».
A priori, aucune incompatibilité dans la poursuite de ces différents objectifs d’équilibre. Mais pourtant...     
 Naguère complémentaires dans les objectifs d’un développement, spontané pour l’une, organisé pour l’autre, ces deux logiques aujourd’hui divergent, au point de se trouver de plus en plus fréquemment en opposition frontale. Le chômage et la pollution sont des indices marquants de cette dérive.
 Que s’est-il passé ?

 En fait, il apparaît que l’équilibre comptable ne puisse désormais être assuré qu’au prix d’une surenchère _ vendre ou mourir _ exigeant de produire toujours plus, de dépenser toujours moins : ces exigences deviennent alors prioritaires, provoquant de plus en plus de déséquilibres.
 D’un ajustement naturel de la production à la consommation de produits et de services, nous avons en effet évolué, pour garantir l’ensemble des revenus, à une prolifération sauvage de la production, qui conduit à un détournement systématique de la consommation :
 - d’une part, vers des insuffisances drastiques dans les secteurs de moindre rentabilité du fait du manque de solvabilité des besoins de base,
 - d’autre part, vers les excès et les abus de toute sorte (gaspillages, pollutions,…) entraînés par une recherche effrénée des clientèles solvables, de plus en plus sollicitées de par leur raréfaction.
De ce fait, toute gouvernance, fondée sur la prévision et la mesure, devient impossible. Comment guérir de cette addiction ?

Reo

Reo

 

2036. Chapitre Trois : Las Vegas (5).

Les miliciens considérèrent l’homme avec suspicion, mais les gorilles du prêtre ne lui accordèrent même pas un regard : ils devaient déjà connaître le personnage. Qu’est-ce que vous foutez ici ? continua Saint-André en lui tendant la main. Il la serra : elle était moite. La même chose que vous, sans doute, non ? répliqua Gérald. Oh sûrement pas ! Moi ça fait des années que je vis dans ce pays. Je suis ravi de l’évolution des événements : ça va faire chier un tas de monde ! Vous êtes venu interviewer Perez-Santiago ? C’est bien possible. Faites gaffe à vous. Il y a des rumeurs qui courent sur le Net comme quoi Simons veut le faire buter. Toujours adepte de la théorie du complot, à ce que je vois ! Oh, mais les complots ça existe ! Il s’assit à leur table, mais le sergent Tobias lui fit éteindre son cigare ; il s’exécuta, bien que de mauvaise grâce. Ils discutèrent pendant encore un quart d’heure, puis Tobias, qui décidément était une vraie nounou, déclara qu’il était temps de rentrer. Ils payèrent leurs consommations, puis sortirent. Je peux vous accompagner pour rentrer à mon hôtel ? demanda Saint-André. Je pensais que vous habitiez là, dit Gérald, surpris. Je vous remercie : je suis maso, mais pas à ce point ! Non, j’ai une chambre assez confortable au Bellagio. Vous savez, je travaille pour un journal russe et plusieurs magazines arabes, sans compter deux sites Internet français. Il les suivit donc, tandis qu’ils refaisaient en sens inverse le chemin parcouru précédemment. Le spectacle de la misère est un de ceux auxquels on ne s’habitue pas, que ce soit à Las Vegas, au Caire ou à Manille. Gérald avait voulu voir la favela, et son vœu avait été exaucé; et il avait fait de nombreuses photos, dont plusieurs excellentes. Mais il était bien forcé d’admettre que maintenant il avait hâte de retrouver le confort douillet et la climatisation de son palace. Un peu avant d’arriver à la frontière, ils laissèrent les dernières boissons qu’ils n’avaient pas encore distribuées à un groupe de mômes dépenaillés. L’équipe de garde avait changé, mais on leur avait passé les consignes, et ils rentrèrent sans problèmes en territoire « civilisé ». Bizarrement, c’est dix minutes plus tard, alors qu’ils approchaient de la caserne, que se produisit le seul incident de la ballade. Ils traversaient une zone d’anciens entrepôts décrépits. Un type jaillit brusquement d’une ruelle et se dirigea vers eux en chancelant. Il était sale, en haillons, et ressemblait aux zombies des films d’horreur. Il avait du sang séché sur le visage, il lui manquait une chaussure, et il émanait de lui une odeur pestilentielle. Il marcha droit sur la Japonaise, de la bave aux lèvres, marmonnant des paroles inintelligibles. La réaction des miliciens fut immédiate : quatre coups de feu claquèrent ; trois atteignirent leur cible, mais l’individu ne s’arrêta pas pour autant. Le sergent Tobias et le caporal Narcisso tirèrent à nouveau, visant la tête. Le crâne de l’agresseur explosa, et il s’effondra enfin, aux pieds de la journaliste terrorisée. Toujours galant, Gérald la prit dans ses bras pour la consoler. Bienvenue à Las Vegas, lança Saint-André d’un ton sarcastique, en donnant un coup de pied dans le cadavre du malheureux. Alors c’est vrai… ? dit Gérald. Quoi ? demanda Tobias. La drogue des zombies ? Oui M’sieur, c’est vrai. Les Super Bath Salts, comme on dit. Malheureusement, on trouve de plus en plus ce genre de tarés. Vous voyez, finalement la favela n’est pas l’endroit le plus dangereux de cette foutue ville. On devrait faire comme chez vous en France, fusiller tous les dealers de drogues dures. Votre présidente était quelqu’un de bien. C’est bien pour ça qu’ils l’ont tuée, railla Saint-André. Et sa nièce, l’actuelle présidente, est bien loin de la valoir. Qu’est-ce que vous en pensez, Jacquet ? Il en pensait qu’il avait de plus en plus hâte de retrouver son hôtel, et aucune envie de se lancer dans un débat sur la politique française, surtout devant des Américains. Désolé mon vieux, là je ne suis plus en état de penser. Je n’ai qu’une idée en tête : prendre une douche. Comme ils s’éloignaient du lieu de l’incident, Tobias ordonna d’accélérer le pas. Il peut y avoir d’autres types comme lui dans le coin, expliqua-t-il. Quand nous arriverons à la caserne, je vais demander qu’une patrouille vienne nettoyer le secteur. Dans tous les sens du terme. En fait ils étaient presque arrivés au bâtiment de la milice, et Gérald fut soulagé de retrouver ses affaires. En se changeant, il sentit la fatigue s’abattre sur ses épaules. Il n’y avait pas que le décalage horaire : la chaleur aussi, et puis cette rencontre inattendue avec une créature qu’on aurait dit sortie d’un film d’horreur. Il ne s’y attendait vraiment pas, et la scène l’avait marqué. La journaliste japonaise les quitta là, après force courbettes et remerciements. Par contre Saint-André grimpa avec eux dans le « Raider ». Dix minutes plus tard ils se garaient devant le Caesars Palace. Vous êtes content de votre balade ? demanda Dolores, curieuse. Assez, oui, répondit-il. Il serra la main de Tobias et Narcisso et les remercia chaleureusement. Il leur aurait bien laissé quelques dollars en prime, mais Dolores l’en dissuada, disant qu’il ne ferait que les vexer. Saint-André les quitta et partit de son côté, non sans avoir lancé « A la revoyure ! » Mais Gérald n’était guère pressé de le revoir. Il était 19h34 ; ils avaient respecté rigoureusement leur programme. Il avait le temps de prendre une douche et de se changer une fois de plus, avant leur rendez-vous du soir. Quand il sortit de la salle de bains, en peignoir, Dolores était assise sur son lit, les jambes croisées. Je peux faire quelque chose pour vous ? demanda-t-elle. Il sourit : Oui, aller me chercher un café ! Vous êtes sûr que c’est tout ? Il pensait bien à autre chose, mais étant donné son état de forme actuel il avait peur de s’endormir dans ses bras, ce qui aurait été très mauvais pour la réputation des mâles et des journalistes français. Je crois que pour le moment, le café suffira, dit-il. A condition qu’il soit fort ! Elle sortit. Tout en s’habillant, il alluma la télévision et chercha CNN. Et c’est ainsi qu’il apprit une nouvelle qu’il l’estomaqua : l’armée japonaise, appuyée de forces taïwanaises et d’un contingent de Singapour, venait de débarquer dans la région de Shanghai afin, disait le communiqué officiel de Tokyo, de « protéger les intérêts économiques de ces pays en Chine ». Eh bien, songea-t-il, on dirait que les Nippons renouent avec leurs vieilles habitudes ! Deux jours plus tôt, les Britanniques avaient repris le contrôle de leur ancienne colonie de Hongkong, dont la sécurité, disaient-ils, n’était plus assurée. Et dans quelques jours, les États hispaniques d’Amérique allaient déclarer leur indépendance… Fallait-il voir là une simple coïncidence ? Il n’y croyait pas beaucoup. Il achevait de mettre ses boutons de manchette, quand Dolores revint, portant un plateau avec une tasse fumante. C’était un café à l’italienne, et il était effectivement assez fort et surtout très chaud. Elle le regarda boire d’un air attentif. Vous êtes très élégant, dit-elle d’un ton appréciateur. Merci, dit-il en reposant sa tasse dans la soucoupe. Il avait mis un costume italien bleu clair qu’il ne sortait que dans les grandes occasions. Il consulta sa montre : 20h45. Il était temps d’y aller. Vous le connaissez, ce… Au fait, comment s’appelle-t-il déjà ? Ils sortirent, et il claqua la porte de la chambre derrière lui. Le chef du service de presse ? demanda-t-elle. Leonard Bishop. Ce n’est pas un Hispanique ? Non, c’est un Afro-américain. Si vous pensez que le senor Perez-Santiago ne travaille qu’avec des Hispaniques, vous vous trompez lourdement. Et pour répondre à votre question, oui je connais bien l’homme que nous allons rencontrer. Ils gagnèrent l’ascenseur. Tandis qu’il descendait avec un chuintement feutré, ils ne se quittaient pas des yeux. Au bout de cinq étages la porte s’ouvrit, et un couple de touristes anglais entra ; ils échangèrent un « Hello ! » poli. Arrivés au niveau du lounge, ils sortirent. Dolores le guida à travers le vaste labyrinthe du palace jusqu’au restaurant Guy Savoy. Là, un maître d’hôtel obséquieux les conduisit jusqu’à leur table, l’une des mieux situées de l’établissement. Apparemment ce n’était pas la misère pour tout le monde, car la salle était pleine, même si parmi les convives devaient se trouver de nombreux représentants de la presse internationale, attirés par l’événement. Ils étaient légèrement en avance, et Leonard Bishop n’était pas encore là. Cependant il ne tarda pas à arriver, escorté d’une assistante blonde et de deux gardes du corps et filmé par les caméras d’une chaîne d’actualités. L’homme était immense, jovial et barbu, vêtu d’un costume de prix. Gérald et Dolores se levèrent pour le saluer. Il installa son grand corps à la table, imité par sa secrétaire, tandis que les gorilles s’asseyaient un peu plus loin. L’un des garçons se précipita aussitôt pour leur apporter des cartes. Avez-vous fait un bon voyage ? demanda Bishop en anglais. Très bon, je vous remercie, dit Gérald. Et j’ai été parfaitement accueilli. Ce qui ne m’empêche pas de tomber de fatigue… La faute au décalage horaire. Bien sûr ! Ils commandèrent des apéritifs, et il choisit une téquila. Le bon côté de la téquila, c’est qu’elle énerve, contrairement à la majorité des alcools, qui endorment. C’était exactement ce qu’il lui fallait s’il voulait tenir le choc jusqu’à la fin de la soirée. Il raconta son après-midi et sa visite à la favela ; Bishop l’écoutait attentivement. Qu’avez-vous retenu de cette visite ? demanda-t-il quand le journaliste eut achevé son récit. Que même si vous réussissez à obtenir l’indépendance, vous avez un immense travail devant vous. Oh, nous réussirons. Nous ne sommes pas en 1861, et le président Simons – malgré tout le respect que j’ai pour lui – n’est pas Abe Lincoln. Mais vous avez raison, les choses sérieuses commencerons après. Gérald avait l’intention de poser une série de questions à Leonard Bishop, mais à sa grande surprise les rôles furent inversés. Bishop l’interrogea à propos de son collègue Raoul Guilbert, et des raisons pour lesquelles il n’était pas venu. Puis, tandis que l’on dégustait les entrées, il eut droit à un questionnaire en règle, portant sur l’ensemble de sa vie, depuis son enfance et ses études. On en était à son passage à l’armée, quand soudain Bishop grimaça, et le journaliste comprit qu’il recevait un appel. Excusez-moi, dit le chef du service de presse. Il se leva et s’éloigna de quelques mètres, la main contre son oreille. Malgré le tumulte des conversations ambiantes, Gérald surprit quelques mots : What are you saying ? I’ve no time for this… Okay, I come. Il se rapprocha de la table, posa ses mains de part et d’autre de son assiette puis s’adressa à Gérald : Monsieur Jacquet, je suis désolé mais je vais devoir m’absenter. On vient de m’apprendre une nouvelle qui nécessite ma présence auprès du senor Presidente… Attendez-moi, je repasserai tout à l’heure. L’assistante blonde et les gardes du corps se levèrent à leur tour et suivirent leur chef. Juste à ce moment on apporta les plats principaux. Gérald se tourna vers Dolores : Vous êtes au courant de quelque chose ? Pas du tout. Je suis aussi surprise que vous. J’espère que cela ne remet pas en question l’interview de demain. Je l’espère aussi. Pendant la demi-heure qui suivit, ils firent honneur aux plats et aux vins, en attendant le retour de Bishop. Heureusement la cuisine du restaurant était à la hauteur de la réputation de la gastronomie française. La conversation entre eux languissait. Les tables voisines étaient occupées par des hommes d’affaires, des journalistes ou des politiciens fortunés, et Gérald avait l’impression qu’une certaine nervosité régnait. Et puis Dolores s’essuya la bouche avec sa serviette, et se leva en disant : Je vais me renseigner. Et le journaliste se retrouva seul. Elle revint quelques minutes plus tard. Alors ? demanda-t-il. Vous avez appris quelque chose ? Il semble que le président Simons ait appelé le senor Perez-Santiago. Mais personne ne sait ce qu’il lui a dit. Ils ne mangeaient pas spécialement vite, mais ils en étaient quand même au dessert, quand Leonard Bishop et son escorte réapparurent, vingt minutes plus tard. L’homme avait l’air maussade. Il se rassit pesamment en face de Gérald. Eh bien, constata-t-il, je crois que j’ai raté un bon repas. J’espère au moins que ça en valait la peine, dit Jacquet. Le grand Noir fit une moue peu convaincue. Un garçon s’approcha de lui avec la carte, mais il la refusa sèchement. Apportez-nous juste la carte des glaces, ça suffira, ajouta-t-il. Il paraît que votre patron a reçu un coup de fil de la Maison Blanche ? reprit Gérald après un instant de silence. Qui vous a dit ça ? C’est moi, répondit Dolores. Tout le monde est au courant de l’appel, mais personne ne sait ce qu’a dit le Président. Oh, rien de bien important, soupira Bishop. Il exige que nous reportions la proclamation de l’indépendance. Comme s’il était en position d’exiger quoi que ce soit ! Il a avancé un motif ? C’est ça qui est bizarre. Il parle de la conjoncture internationale, d’un danger qui menacerait le monde… Mais il n’a pas donné plus de détails. Il révélera tout si le senor Perez-Santiago accepte de le rencontrer. Il propose un entretien à St Louis, dans le Missouri. Pourquoi St Louis, je vous le demande ! Peut-être parce que c’est à mi-chemin ? suggéra Gérald. Oui, c’est possible. En tous cas c’est un piège un peu grossier, vous ne croyez pas ? Nous n’avons rien à lui dire. Si je comprends bien, la déclaration ne sera pas reportée. Naturellement. Et mon interview non plus. Votre interview se déroulera à l’heure convenue. Gérald sentit un poids quitter sa poitrine. Il avait sa conscience professionnelle après tout, et il avait craint un instant avoir fait le voyage pour rien. Mais apparemment ce n'était pas le cas. J’en suis ravi. Il échangea un regard avec Dolores ; elle aussi semblait soulagée.  

Gouderien

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  • Commentaires des blogs

    • si tu a toute ta vie travaillé avec des outils informatique, ne veut pas dire que tu ai enseigné avec, sinon tu connaîtrais le rapport du jeu dans l'apprentissage cognitif, le jeu est un tres bon outil d'apprentissage et si il passe par l'informatique ce n'est qu'un plus pour permettre a des personnes d’accéder a ce monde qu'elles ne connaissent pas toutes, dans l'insertion l'utilisation de plateforme ou l’apprenant peut "jouer" a refaire son cv sans aucuns risques de se tromper, lui permet déjà l’apprentissage des tre (technique de recherches d'emploi) et un apprentissage de l'outil informatique, et ce n'est qu'un outil parmi tant d'autres.......je pourrais faire le lien entre la pédopsychologie ou le jeu reste important pour apprentissage et le fait que la psychologie adultes et les méthodes cognitif d’apprentissage reste quasiment les mêmes mais ce serait un peu long   (je m'excuse d'avance si j'ai mal interpréter tes propos il me reste un doute j'avoue sur ce que tu a voulu dire...)
    • Bin c'est à peu près tout, vu que je fais très mal la cuisine, que le bricolage et moi ça fait deux, ou que de façon générale je suis fainéant comme une couleuvre. Mais merci quand même ! Non non, j'essaye en général de ne pas polluer mon blog avec l'actualité. Ce qui m'est plutôt facile, ne suivant pas cette dernière... Or quand j'ai appris que c'était Yann Moix qui avait sorti cette connerie, cela ne m'a pas étonné : j'ai eu le déplaisir en 2010 ou 2011 de déjeuner dans une brasserie parisienne où il mangeait aussi, à la table voisine, en compagnie d'un de ses potes. Ils allaient bien ensemble, tous deux arrogants, vulgaires, contents d'eux-mêmes : quelle joie de savoir que ce type est considéré comme un "intellectuel" de renom. Mais si tu veux une généralité facile sur les femmes, de 50 ans ou autre, ça doit pouvoir se trouver...
    • Que de cordes à ton arc : la plume dont tu nous régales, l'humour dont tu nous gratifies dans tes commentaires, et la musique.. What else ?   Sinon, " Gravity always wins " Toi aussi tu vas nous parler des seins en gants de toilette et des fesses en goutte d'huile des femmes de cinquante ans ?    
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