L'homme laid s'arrêta un instant dans le cadre de la porte, s'assurant que je le suivais toujours — son rictus immonde, sa peau grisâtre, ses mains en griffes de vautour... Me faisait-il signe ? Déjà il s'effaça, plus loin encore. À travers les pénombres d'une cour intérieure pavée d'octogones, qui me paraissent soudain tous plus horribles les uns que les autres, déformés, aux arêtes traîtresses. Il voulait que je le suive. Chaque pas une nouvelle erreur ; et pourtant, chacun m'empêchait un peu
Allongé sur mon lit, droit comme un "i", le corps lourd et fatigué, usé par le temps et ses vicissitudes, les yeux fixés au plafond, je me perds dans mes pensées et je voyage. Je me rappelle de cette odeur de pain grillé le matin, le café qui chauffe sur le gaz et son odeur de caramel qui se dégage de cette cafetière à col de cygne jaune dans cette cuisine où une table trône en mélaminé recouvert de bakelite. Mon père assis à cette table fumant sa première cigarette de son paquet de gauloises br
Une entrevue dans une petite échoppe — samedi matin. Dans ce quartier, elles sont toujours tout en longueur. Le sol carrelé est taché de graisse, l'employé préposé au nettoyage du week-end n'est pas venu. Le grand Medhi râle à voix haute; l'instant d'après, il sourit aux clients, les sert, puis peste à nouveau tout en gardant le sourire. Ses éclats sanguins résonnent dans la pièce. Au fond de la salle oblongue, la demi-cloison estompe quelque peu la voix puissante. C'est là que nous étions.
J'avançais doucement, baguenaudant le long de la rivière. Le temps est doux et calme, les nuages s'amusent du ciel bleu mais le vent léger emporte avec lui ces empêcheurs de flâner en rond. La rivière s'écoule doucement faisant des clapotis délicats avec une légère écume rappelant que les arbres sont en fleur et délivrent leur pollen. Les senteurs sont présentes, les cerisiers, les églantiers et autres dégagent des parfums délicats et enivrants.
Ma promenade m'emmène sur un pont : je m'y e
— "Tu voulais me dire quelque chose?"
L'homme avait fini par prononcer quelques mots, gêné par le silence. Sa compagne, assise en face, alternait le regard entre lui et la grande fenêtre; agitant encore sa petite cuillère dans la tasse de café, alors que ce qui avait dû être un peu de crème, ou un morceau de sucre, y avait disparu depuis longtemps. Au-dehors, la vue sur une rue passante et une place de parking n'avait rien de bien remarquable. On venait ici plutôt parce que le café était bo
Ce récit est une fiction - Toute ressemblance avec des faits réels serait pure coïncidence -
Des figurants dans les hôpitauxC'est au début du mois de janvier que le premier ministre, le ministre de l'intérieur et le ministre de la santé reçoivent Stanley Lubrique. Le célèbre cinéaste dont le travail remarquable a été apprécié et récompensé à de multiples occasions. Stanley Lubrique a été convoqué à Matignon. Il est immédiatement reçu sous les dorures du bureau du premier ministre. C'est de
Il y a un temps pour tout, il y a un temps pour nous tous de dire adieu à une petite part de nos vies. Il est 21h, un dimanche soir classique, un week end tout ce qu'il y a de plus classique à ce détail près que leurs vies ne sont plus que côtoiement et non partage. Des mots durs, des actes forts, des envies différentes et différées, des peines qu'on ne partagent plus, des joies que l'on veut secrètes...plus rien ne jointe la vie à deux.
On se tient par un fil, on se retient pas le fil du r
Nuit. Il fait froid.
Les nuits sont si froides, sur la place, qu'à chaque bouche d'égout de grands nuages de fumée s'envolent et s'épaississent. Les volutes montent... On ne voit plus qu'à quelques mètres dans ce brouillard. Les façades des bâtiments deviennent floues. On ne devine plus que la forme générale de la place — le grand carré verdi. Le parc. Le grillage ne fait qu'un mètre, tout autour des buissons; c'est la fumée et la brume qui donnent l'impression qu'il y a un espace enclos —
Je suis léger comme l'air qui me porte, je parcours les ciels comme un bolide....je me sens libre et détaché de tout...sentir l'air sur soi c'est ressentir les bienfaits du monde. Je regarde sous moi et je vois la Terre, ce monde vaste m'apparaît aussi petit et frêle que large et infini...sentiment partagé et étrange de pouvoir enserrer le vaste monde sans jamais le faire véritablement, tellement il est vaste...je passe entre deux rochers et je ressens la fraîcheur minérale qui me rappelle que n
— "Vous n'avez plus que trois mois à vivre."
La phrase se répétait dans mon cerveau, avec les mêmes intonations, régulièrement, comme un écho lent mais qui ne cessait pas. Il faut me comprendre. Une phrase comme cela, ça ne se digère pas: ça se rumine. Apparemment, aussi: ça s'assène. Peut-être que l'homme avait également un diplôme en tact. Alors je ré-entendais aussi ma réponse incrédule:
— "Vous êtes certain, docteur?"
— "Plus ou moins un mois; ce type de tumeur au cerveau ne s
Tard dans la nuit. Tout le monde dort. Ou presque: moi, je regardais les étoiles. Depuis la petite chambre mansardée dans ce bâtiment du gîte, j'avais vue chaque soir non seulement sur le beau ciel de la campagne, mais également sur toutes les allées et venues du domaine. Alors, lorsque l'insomnie guettait, je m'installais là, de longues heures à rêvasser; comme une jeune fille enfermée dans sa tour, j'observais le reste du monde en m'imaginant histoires et aventures.
Mon chat s'était déjà
Certaines voix révèlent tout. C'est quelque chose dont l'on se rend compte parfois facilement, lorsque par exemple la voix tremble ou chevrote, ou au contraire lorsque puissante, elle emporte avec elle l'énergie de mots passionnés; puisqu'évidemment la voix se fait alors le vaisseau des émotions... Plus difficile de le percevoir lorsqu'elle reste neutre, voire monotone. Chez certaines personnes, ce sont ainsi les élans qui se révèlent plus que la voix elle-même. Chez d'autres on décèle un caract
Un véritable cauchemar. La pièce était immense. Or, non seulement chacun des quatre murs était couvert d'étagères, celles-ci remplies de livres d'un bout à l'autre, et ce à hauteur de deux étages — plusieurs échelles en bois avaient été affixées pour accéder aux parties supérieures, sans compter l'étroite mezzanine — mais également même l'espace au milieu de la pièce avait été utilisé: une dizaine de grands meubles, tous de très hautes bibliothèques, qui avaient permis d'entasser là au moins enc
Ceci est un récit fictif
Le gouvernement vient de décider de confiner une nouvelle fois le pays. Cette propension à vouloir lutter contre une pandémie omniprésente. Du moins la presse et les médias sont chargés d'imposer cette idée dans la population. Les journées de ce printemps s'annoncent de plus en plus agréables. Le soleil, le ciel bleu, la douceur, autant de raisons de se réjouir de pouvoir en profiter. Ce qui n'a pas été le cas l'année précédente. Le gouvernement avait tout simplemen
Je ne fais rien de mes journées, en fait je vis comme un mort,
A hanter le canapé, sans mettre un pied dehors.
Impossible de me tromper, si je ne fais rien je n’ai jamais tort.
Je préfère affronter mes regrets que d’être vaincu par les remords.
Je ne suis pas marteau, je ne serai jamais le clou qui dépasse.
Je préfère passer inaperçu qu’on me reproche de prendre trop de place.
Parce que risquer d’être vu c’est risquer qu’on me les casse,
Je préfère rester au chaud que d’essayer de
On m'avait dit: — "Vous devez absolument le rencontrer. Vous avez quelque chose en commun."
Lui, c'était l'homme que jusqu'alors je connaissais sous le pseudonyme de "Prometheus". — Jamais vu en public, il étendait ses réseaux en secret, jouant aux ombres, manipulant à distance de grandes quantités d'hommes et d'argent. Je ne l'avais jamais aperçu — moi non plus, comme tant d'autres. Quelle fut donc ma surprise ce jour-là en réalisant que l'anonyme était à la fois si inconnu et si proéminen
Il est déjà midi et c'est la dèche. Je suis là et je n'ai rien. Je suis arrivée dans cette ville avec pour toute possession ce que j'ai dans mon petit sac de voyage, et 40 euros en poche. Je n'ai pas d'endroit où dormir. Aujourd'hui encore je vais sauter le repas; il me reste quelques heures pour trouver toit et couvert. Sinon, je vais tenir deux-trois jours puis me retrouver à la rue, nouvelle mendiante. J'aurais fait tout cela pour rien, et ce sera la mort rapide ou lente.
En parcourant l
Elle avait les cheveux blonds couleur d'un champ de blé en juillet, une peau albe comme un cierge de Pâques, des yeux comme des noisettes que l'on ramasse en automne et des mains, oh oui des mains douces et délicates. Ses longs doigts fins se terminaient par des ongles fins comme des griffes d'une tigresse qui avance doucement, dans une jungle épaisse, ne laissant que peu de lumières passées. Elle avance à pas de velours, sans bruit, sans même ébranler une once d'un feuillage. L'air semblait gli
Pierre Soulages, né le 24 décembre 1919 à Rodez, est un artiste peintre et graveur français.
Associé depuis la fin des années 1940 à l'art abstrait, il est particulièrement connu
pour son usage des reflets de la couleur noire, qu'il appelle « noir-lumière » ou « outrenoir ».
Il est l'un des principaux représentants de la peinture informelle. En 2014, François Hollande le décrit comme
« le plus grand artiste vivant dans le monde ».
2019 : Grand prix du
Des broussailles, qu'il faut écarter en faisant attention: certaines branches ont des épines. D'un côté, la forêt; de l'autre, la plage. Personne ne vient par ici; les endroits touristiques sont bien plus loin, au Sud. Ici, le sable est parsemé de gravas, de pierres plus ou moins grosses, mais dont les arêtes peuvent être tranchantes; personne ne s'y aventurera pieds nus. Les marées ont dessiné des grandes lignes colorées le long de la plage — des strates: tout d'abord, le mélange de terre et de
Enlever la puce de son téléphone ne suffit pas. De nos jours, tout le monde sait que chaque smartphone sort de l'usine rempli de mouchards. Un transpondeur GPS fait partie du design. Il y en a un installé au niveau du software, qui se charge lorsque le système d'exploitation est lancé; il y en a un autre en hardware, qui guette en plusieurs modes les récepteurs pour leur envoyer la position. C'est celui-là qui fait que par ailleurs, également, enlever la batterie de son téléphone ne suffit pas.
Tadao Ando - Architecte - Ancien boxeur professionnel - il a raccroché les gants en 1962
A une conception bien à lui de l'espace architectural, qui sollicite aussi bien les sens que l'esprit, l'âme que le corps.
"Toutes ces expériences que l’on fait dans l’espace [l’entrée de la lumière, la pluie qui tombe]
sont pour moi quelque chose de grandiose.
Il faut que l’architecture accueille la joie de vivre des hommes", dit-il. "Sinon, notre corps n’est pas at
Je m'appelle Jean-Louis, je suis SDF. Enfin, je l'étais; pendant le confinement — l'année où le monde est devenu fou — des amis m'ont confié une de leurs chambres. Je ré-apprends à vivre; il est incroyable de s'apercevoir en temps réel de l'effet d'une douche quotidienne et de pouvoir manger chaud, chaque soir sous un toit. La rue ne me manquera pas. Elle, par contre... je n'arriverai peut-être jamais à l'enlever de moi. Elle y colle encore, comme une vieille brûlure, une cicatrice, une ombre de
Merci pour tes idées.
Un iceberg d'une personnalité dont toutes les informations seraient alors faciles d'accès signifierait que même son évolution, son histoire, seraient facilement visibles, voire ce qu'il tend à devenir. Pour lui-même (car si ses informations sont faciles d'accès, on peut supposer qu'elles le sont aussi pour lui-même), connaître tout de soi-même, la connaissance de soi, favorise l'estimation de ses propres besoins et capacités d'y parvenir, entre autres, si ce n'est que
Je suis heureux que mon commentaire t'ai plu !
En me centrant sur les aspects psychologiques, j'ai encore quelques réflexions à te soumettre, qui me sont venues à l'esprit en lisant ta réponse.
Premièrement : peut-on imaginer, toujours sur le plan métaphorique, un iceberg qui serait complètement émergé, donc à 100 % visible, ce qui pourrait correspondre à une structure hystérique : quelqu'un qui ne vivrait que pour paraître ("parlêtre", dirait Lacan dans un autre registre), qui n'aurai
Bonjour Black,
Merci beaucoup pour ton commentaire. Heureuse que mon billet ait pu t'intéresser.
Concernant les proportions relatives à la comparaison de l'iceberg dans mon texte, la connaissance ou méconnaissance de la personnalité d'un individu par autrui sont l'une des interprétations possibles du texte, mais il en existe d'autres, car cet iceberg représente plus vastement l'aspect relativement facile à observer, qui apparaît à première vue à condition de s'y intéresser, voire d'en