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Junk-Food Diary (journal d'un sociopathe, partie 2)

Tequila Moor

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Ou fast-food diarrhée, ou fast-writing logorrhée : que ceux qui ne comprennent pas ces quelques mots fassent l'effort d'ouvrir un dictionnaire, ça les changera.

Idée : il faudrait écrire un « journal noir » dédié aux cafeterias et aux fast-foods, en particulier – à tout saigneur tout honneur – au plus international d'entre eux, celui que je ne nommerai ici pour ne lui faire de publicité, celui attifé du clown Ronny... Vous vous direz sans doute que c'est une idée à la con, et vous aurez raison : cependant, je voudrais préciser un peu pourquoi j'aime tant ces endroits, pourquoi j'y reviens souvent, pour éviter toute confusion.

Ce n'est ni pour la nourriture – je me débrouille un poil aux fourneaux, personne ne me fera donc dire que c'est bon, ou même sain – ni pour la rapidité : de cet aspect je me fous, car curieusement je ne vais là que lorsque j'ai du temps devant moi. Non, c'est pour autre chose : l'ambiance d'une part, vu qu'on y croise un concentré d'humanité sur une échelle d'âge très élargie, beaucoup de personnes âgées s’y rendant, de plus ces restos possèdent souvent des espaces de jeux pour enfants... Et d'autre part, pour une raison qui génère la première, pour le simple fait qu'il s'agit de restaurants pour pauvres.

Et oui, le Pauvre : vous savez ? Ce personnage emblématique que les droitistes essayent d'effacer et les gauchistes de récupérer ? Cet emblème fantasmé par beaucoup : affublé des pires travers par les uns, des meilleures qualités pour les autres – à défaut d'être connu, bien entendu. Pourtant, pas compliqué à connaître : suffit d'aller dans les cafeterias et les fast-foods plus souvent qu'aller déguster des plats du terroir... Pour enfin, au bout d'un moment, s'apercevoir que le Pauvre n'existe pas : ce n'est qu'un personnage justement, il n'existe que DES pauvres, donc des esclaves du manque d'argent, qui n'ont que ça en commun.

Autre chose. J’aime que tout le cynisme de nos contrées soit réuni dans le personnage de Ronny le clown : un truc rigolo, sympathique, abêtissant. Un truc qui déclare aimer les enfants, et même plus : les aider ! Car il est la façade repeinte d'une ONG célèbre qui s'occupe d'orphelins – et pour ça, il massacre d'autres enfants, tous les jours, dans le monde entier, à coup de cholestérol et de diabète, qu'il leur vend. Terrifiant d'ailleurs, le taux de graisse et de sucre qu'il y a dans une bouffe qui ne remplit jamais assez le ventre. Qui parle de génocide ? N’exagérons pas : le terme exact serait plutôt purification malnutritionique (sa mère).

Il faut l’avouer : il y a dans mes propos un parti pris. Je n'ai pas oublié avoir eu une enfance pauvre, que ma première indigestion de gosse se fit en récupérant – par terre, aux poubelles – des coupons de promotions qui donnaient droit à des hamburgers gratuits. Personne ne trouvait bizarre que je vienne toutes les dix minutes réclamer ma dose de graillon rance : j’avais l’air si mignon avec ma tête d’enfant des rues. On ne parlait pas à l’époque de malbouffe – me donner à manger était un acte citoyen. Puis c’était bien, être gamin, même si je suis de cette caste de gens nés en ville, élevés en ville, ayant toujours vécu en ville, et presque angoissés quand ils se retrouvent à la campagne.

Oui c’était bien, être gamin : d'aussi loin que je me souvienne, mes terrains de jeu étaient de durs trottoirs qui n'absorbent pas le sang quand tu t’écharpes dessus, des arrières de boulangerie pour chiper des gâteaux en loucedé, magasins soit disant culturels où l'on pouvait lire des BD, sorties de salles de cinéma pour resquiller, passages piétons où il fallait courir vite lors que les voitures démarraient... Les végétaux je les ai surtout connus dans des squares, où l'on se cachait dans les buissons pour jouer à papa & maman ; et dans des terrains vagues, où l'on grimpait aux branches d'un figuier sauvage qui résistait, courageux, aux envahisseurs nommés poussière & béton.

Dommage : né à la campagne, peut-être aurais-je eu la chance d’habiter dans un endroit où, tous les ans, passe le Tour de France. L’occasion de voir les super champions, splendides organismes chimiquement modifiés, se faire arroser d’eau tiède dans les virages par des beaufs venus les acclamer. Et ne croyez pas que j’utilise ce terme de façon méprisante : pour moi, le coureur cycliste n'a rien à envier au beauf qui, du haut de sa suprême volonté, réussit lui aussi à plier son corps via une discipline rigoureuse, celle-ci l'ayant transformé en un des canons de beauté que le XX° siècle aura inventé... L'obésité généreusement mise-en-pratique.

Car je ne vois guère au nom de quoi il faudrait privilégier celui qui se sera tourné vers l'EPO – et sa génération corollaire de faiblesse au niveau coronaires – plutôt que celui qui aura usé du pastis OGM ou de la cellulite consommée en fast-food : l'un comme l'autre sont 2 reflets d'une même médaille, le corps mis au service d'une machine déshumanisante. Et oui, on bouffe mal également à la campagne… J'applaudis donc bien fort nos délicieuses sociétés qui permettent ce double miracle, puis recommande à toute reine de la pédale d'aller baiser le pied du prochain beauf bipède qu'il croise : sans ce délicat bovin et ses congénères, pas de faramineuses recettes publicitaires, et aucune raison d'aller se bousiller la santé pour gagner des millions, n'est-ce pas ?

Que cela se sache : on peut être grand champion sans être grand ingrat... Quant à moi, c’est la petite forme aujourd’hui : me sens un peu comme un Big-Gras invendu, pain rassis, salade se fanant, la viande refroidissant sur l’étal, ma sauce tournant au rance. Presque bon pour la promotion, voire la poubelle ; misère de la ressource humaine en week-end, qui ne peut s’empêcher avec effroi, de penser au lundi.

Je vais aller me faire une petite frite, ça ira mieux après, ça me la rendra peut-être.


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11 Commentaires


Invité Lapins

Posté(e)

Tiens, j'ai mangé des frites à midi !

Je te remercie pour tout ce que tu dis de si intéressant, mais je ne peux m'empêcher de te demander : tu es sûr que ça va ? :(

Très bonne soirée, en attendant de te relire.

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"Intéressant", ça reste à vérifier. Pour répondre à ta question : je suis sûr que ça ne va pas, mais j'ai l'habitude.

Merci ! :good:

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peut-être est-il plus compréhensif pour le lecteur ? On s'y retrouve un peu plus. (sujet de société)

J'ai bien aimé aussi celui-ci.

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Sujet de société ? Dans un journal de sociopathe ? Zut, ça fait désordre...

Merci en tout cas !

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oups... je n'ai même pas vu que c'était le journal du sociopathe et qu'en plus il y a une première partie.

alors je devrai peut-être commencer par le commencement.

je ne pense pas qu'un sujet de société fasse désordre... justement ! c'est la vision du sociopathe sur la société.

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Ce que je voulais dire, c'est qu'il n'y a aucun sujet de société là-dedans. La junk food sert juste d'excuse pour balancer 2-3 bons mots et, au final, le texte parle d'autre chose que du sujet annoncé. De plus, un sujet de société suppose une multiplication des points de vue, si ce n'est une tentative d'objectivité. Ici c'est l'inverse qui se produit, le personnage délivrant un discours centré sur sa personne, et quelque peu obsessionnel : c'est lui, ou la société, il n'y a pas réconciliation.

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Bien sur, c'est son point de vue sur la société. Forcément, il est sociopathe...

As-tu en projet d'écrire d'autres parties ?

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Bonsoir, visiteuse du soir. :cool:

Oui, d'autre parties sont prévues : c'est un personnage qui me sert à évacuer mon trop-plein de négativité, et comme je suis un poil négatif en ce moment, il viendra vous embêter de façon régulière. ;-)

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Bien.... parce que l'évacuation de ton trop-plein de négativité me fait sourire (je suis peut-être un peu sociopathe dans la fond !!!) smile.gif

à bientôt.

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