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À propos de ce blog

♫ Il y a peu de chances qu'on détrône le roi des kons ♫

Billets dans ce blog

 

Demain ne naît jamais

Demain ne naît jamais J'ai jamais su conjuguer plus d'un verbe au futur
Et je compte pas m'y mettre, à quoi bon gamberger ?
Infoutu de projeter ne serait c'que mon ombre
Dans cette nuit noir artère encore bien trop sombre
Pour tirer des plans décents sur l'étoil' du berger.
Je ne trouve plus de sens dans les épistémès
Qu'ont su me persuader que le ciel s'allumait ;
Si je sais où j'mets les pieds, c'est à force d'ampoules,
L'oiseau de nuit le plus sûr se couche avec les poules
Et le coq ulule car demain ne naît jamais.
Je me suis sûrement mis un titan grec à dos,
Genre Hypérion ou Cronos, un qui fait pas d'cadeau,
Je vois la terre tourner plurielle et résolue
Or j'en suis au même point quand elle est révolue,
Des tours et des tours plus tard, je suis le mêm' qu'ado.
Mais c'est quand je crois que l'temps qui s'écoule est bénin
Que l'aiguille quoiqu'au trot distille son venin,
Irresponsable fini, le choix me tétanise,
J'finis la tête sous l'eau que par ailleurs j'anise
Aussi sûr que bébé qu'on abandonne à son bain.
Si t'attends, avec le temps tout ne fait qu'empirer,
Je mentirais prétendant que j'entends m'en tirer
Quand j'observe le silence entre quatre murmures
De lamentation manquant d'iodure et de bromure
Et pourtant je sais bien que demain je mourirai.  

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Moon river

La lune est d'astreinte et il pleut des cordes,
Personne ne bat le pavé pluvieux
Sinon des joggeurs qui courent en hordes
Et des clébards qui promènent des vieux. Sous le reflet dansant des réverbères
La rivière donne l'air de pétiller,
Un couple de cygnes pour tous cerbères,
Qui le veut y entre sans s'habiller. Un quignon de pain sème la discorde
Chez des palmipèdes plus belliqueux,
Des corbeaux en ayant scruté l'exorde
Entendent bien ne l'être pas moins qu'eux. Un vieux manque finir le cul par terre
Comme en cette saison les peupliers
Jettent sur l'allée où le passant erre
Feuille après feuille leurs calendriers. Le vent menace d'un ton monocorde
Les troncs à l'équilibre périlleux
Et pour que le cours d'eau bientôt déborde
Comptez sur un Jupiter sourcilleux. Tous alors, coureurs, cabots, grabataires,
Pressent le pas pour s'en faire oublier,
Sauf un jeune galvaudeux solitaire,
Trouve-t-on meilleur temps pour se noyer ?

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Le tour du lac


Le tour du lac 
Rester cloîtré des mois à rien branler Contre toute attente n'est pas si chouette, Ça soumet l'amour-propre et la silhouette À des ennuis qu'on n'a pas calculés. Mes fringues ont l'air d'avoir rétréci, Je suis même à l'étroit dans mes godasses Donc soit mon moral y prend trop de place, Soit mes pieds ont dû enfler eux aussi. Fini de manger comme quatre porcs, Surveiller sa ligne, ce n'est pas digne Que des pêcheurs et des juges de ligne, Et dorénavant je me mets au sport. À l'aurore, je mets un placard à sac Pour en extraire un survêt' et des grolles Que j'enfile sûr de tenir parole Et d'enquiller pénard les tours du lac. Mais c'est à peine si je sais courir Et, le cœur en avance sur son âge, Après un quart de tour je suis en nage, Je halète, j'ai mal, je veux mourir, Je suis même sur le point de coter Cette résolution « échec ultime » Au moment où je crois être victime D'une attaque, en cardiaque patenté. La faute à une joggeuse au minois Transpirant l'effort dans une grimace Qui peine à en dénaturer la grâce Cependant qu'elle galope vers moi. Soudain gonflé d'allégresse, je feins De ne pas avoir les jambes en mousse, Persévère pour revoir sa frimousse Et de nouveau respirer son parfum ; La recroise trois quarts de tour après, Et le jour d'après, et les jours qui suivent, Elle est pour moi comme une coach sportive, Mais sans m'engueuler et sans faire exprès. Aujourd'hui, presque un mois s'est écoulé Depuis que j'ai quitté mes pantoufles, J'espère avoir bientôt assez de souffle Pour ne stopper qu'afin de lui parler.

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Parait que t’es morte

Parait que t’es morte Ça fait du bien d’être rentré, on en est à peine au lundi, Je suis déjà fin fatigué malgré ma sieste entre midi. Tu ne devineras jamais le dernier ragot qu’on colporte Au taf, je n’en revenais pas, tiens-toi bien : parait que t’es morte. J’arrive en tombant sur mon chef qui a l’air de voir un fantôme, Bouche bée, yeux écarquillés, figé jusqu’au dernier atome, Il est dix heures mais se dit surpris de me « revoir si tôt », Je ne comprends pas bien, je tente : « ah, le week-end, ça va presto ». Tous mes collègues, t’aurais vu, des tronches de six pieds de long ; Je venais de perdre un contrat jeudi et là, tu sais, le blond, Christophe, vient me présenter ses « sincères condoléances », « Je vais trouver mieux », je lui dis, « finalement c’est une chance ». J’ai dû passer pour un connard, j’ai compris mon égarement Et pourquoi tout le monde avait une tête d’enterrement Quand l’un d’eux m’a parlé du tien ; je n’ai pas trouvé l’origine Du ragot mais j’étais gêné pour eux, tout penauds, t’imagines. J’aurais été un profiteur, là, c’était l’occasion rêvée Pour demander des RTT… Ça va, toi ? tu m’as l’air crevée. [Édité le 24/03/15 pour y ôter deux pieds surnuméraires.]

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36 nuances d’aigri

36 nuances d’aigri Ce grison renfrogné de cinquante ans N’a pas toujours été loup solitaire, Ni eu le caractère aussi austère, Mais est devenu dur du palpitant. Ce n’est pas la bonté qui le menace De l’étouffer en mâchant son mépris Quand il débat avec son mistigri De ces femmes qu’il appelle connasses, Passé par trent’-six nuances d’aigri. Ce taciturne âgé de quarante ans Accepte sans relent contestataire D’avoir son chat pour seul colocataire, À priori le seul y consentant. Quand la voix de la raison est loquace, On saisit que pour se mettre à l’abri De se faire avoir et des cheveux gris, Renoncer, c’est le remède efficace Contre la loi des nuances d’aigri. Ce jeune actif abordant les trente ans, Pour la deuxième fois célibataire, Se languit de retourner à la terre, La première ayant duré vingt-huit ans. Son amour a tourné les talons, lasse Qu’il ait peur, obsédé par son nombril, Qu’elle le laisse seul, amer et gris À penser que son destin dégueulasse Lui en fait voir des nuances d’aigri. Cet étudiant impatient de vingt ans Désespérant de visiter Cythère Se complaît dans l’attente velléitaire Quitte à calancher sans voir le printemps, Mais craint à mesure que le temps passe De finir, comme si c’était écrit, Misogyne, le cheveu rare et gris, Ayant traversé dans sa carapace Toutes sortes de nuances d’aigri.

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Faute de bons sentiments

Dans l'esprit de That look you give that guy de l'excellent groupe Eels : Faute de bons sentiments Je n’ai pas la volonté de raconter des foutaises, Encore moins la bonté de prétendre être tout aise Du fait de te deviner heureuse avec ce gars-là. Je pourrais couper, coller sur ma face son visage Pour rien qu’une fois me voir destiné cet apanage De tendresse dans tes yeux, comme un regard de gala. Mais tout en le maudissant du haut de ma suffisance, Tout en croyant valoir mieux, me carre ma médisance Et espère seulement qu’il sait la chance qu’il a De ne pas être celui qui se ruine et qui se vautre Dans la fange de la honte à fantasmer être un autre En venant de se piquer la ruche à la tequila. J’aimerais être capable à la fois d’être sincère Et de vous souhaiter qu’aucun gravier jamais ne s’insère Dans l’horlogerie au quartz des vibrations de vos cœurs, Te reléguer au passé, au moins en avoir envie, Au lieu d’espérer un sort d’un illusionnisme obvie, Celui où je prends sa place avec un plaisir moqueur. S’il en fallait, c’est sans doute une preuve qu’il mérite Bien plus que moi d’effeuiller avec toi les marguerites, S’il a même un minimum conscience de son bonheur D’être celui dont les bras seuls disputent à Morphée La chance de t’y tenir quand fébrile ou dégrafée, Puisse-t-il toujours chérir le privilège, l’honneur.

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Vieux maux en rires

Vieux maux en rires (On n’apprend qu’en saignant) Sans vouloir offenser Newton et Galilée, La gravité n’avait rien de secret pour nous Quand hauts de trois Golden on s’niquait les genoux À vélo après cette indignation gonflée : Marr’ des p’tit’ roues, des p’tit’ roues, toujours des p’tit’ roues ! À force de s’casser la gueule, on sait qu’il faut Que jaunasse se fasse avant qu’un bleu s’efface, Qu’une croûte grattée aime à laisser des traces, Qu’on n’est pas loin d’ouïr siffler la grande faux En s’cognant le tibia contre la table basse. Qu’on soit grand ou enfant, on n’apprend qu’en saignant, Des bobos, des râteaux, des couteaux dans le dos, Qui donnent quand vécus vite envie d’en mourir ; Mais le temps important qu’on attend impotent Et pataud en pataugeant en eau louche a tôt Fait d’œuvrer à transformer les vieux maux en rires. Laissant jadis la porte ouverte à l’inconnue Cheminant alentour par dépit, par hasard, Mon cœur allait servir de repère aux lézards, La première venue ayant sans retenue Percé dans les cloisons, quel chantier, quel bazar ! Pour tout remettre en ordre, il fallut bien du temps Et une bricoleuse avec des mains expertes, L’expérience, pourtant, ne fut pas pure perte, Car les erreurs de bleu, c’est en les répétant Qu’on finit par avoir la méprise parfaite. Qu’on soit grand ou enfant, on n’apprend qu’en saignant, Des bobos, des râteaux, des couteaux dans le dos, Qui donnent quand vécus vite envie d’en mourir ; Mais le temps important qu’on attend impotent Et pataud en pataugeant en eau trouble a tôt Fait d’œuvrer à transformer ces vieux maux en rires.

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Sauf si homonyme

Les pages blanches ont leurs aléas, Si j’y ai trouvé le bon patronyme, J’ai pu avoir pioché une homonyme En envoyant cette lettre… À Léa, Cela fait plus d’un lustre montre en main Qu’au hasard d’un carrefour nos chemins Se sont dit un ciao sans doute ultime. Ce serait joindre deux mots mensongers De dire que, hors de moments songés, Nous fûmes alors des amis intimes. Et le temps semant l’oubli sous ses pas, Cela ne m’étonnerait certes pas D’être au mieux un souvenir anonyme. Heureusement, j’ai la débilité De croire à sa réversibilité Même si tous les physiciens la briment. C’est pourquoi je bafouille ce courrier, Un peu périmé sinon avarié, Caressant l’espoir de revoir ta frime. Et tant pis s’il est tout à fait abscons, Que je sois oublié ou bien un con L’ayant envoyé à une homonyme. [Édité le 23/02/15 pour ajouter des sauts de ligne entre les tercets.]

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Saint p**ain de Valentin

Saint putain de Valentin Au diable le radin qui se découvre Anti société de consommation Tous les ans le jour où Cupidon couvre Sa gueuse de roses rouge-passion. Bonjour bouquets, bijoux et ballotins, On fait fi des comptes d’apothicaire, Fume simplement la carte bancaire Et se ruine pour la Saint-Valentin. Exit l’adepte aigri de la branlette Fustigeant cet étalage indécent, Qui, sitôt sa solitude obsolète, Suivra le comportement qu’il descend. Nom d’une pipe on n’est pas calotins, On s’embrasse en public toute l’année Sans que cette engeance en soit chiffonnée, Pourquoi râler à la Saint-Valentin ? J’emmerde le snobinard romantique Qui ayant tant pensé plus que vécu Baise deux étages plus haut qu’son cul Pour obtenir un frisson authentique. Merde, on n’est pas des trous de balle hautains, On se prend le cul plutôt que la tête, On sait saisir l’occasion d’une fête Pour jouir à fond de la Saint-Valentin.

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How I haven’t met your mother

Comment je n'ai pas rencontré votre mère Du temps où je piquais du nez dans les études, Je me réalisai pris par la solitude Le jour où je le levai sur Une nymphe excentrique aux longs cheveux framboise Qu’elle teignait parfois en plus noir qu’une ardoise, Ou l'inverse, comment, c’est sûr ? Les cours de portugais pour seul lieu de rencontre, Je n’y eus d’attention que pour elle à l’encontre De Pessoa, et cetera. Je disais en mon for : exit la bagatelle, La cote, le statut, ce que je veux c’est elle, Mais um sol de primavera*. Mais sans aucun culot, sans grande volonté, Je sus que mon dessein n’était qu’une chimère Que je cédai à plus vaillant dans ma bonté ; En ce temps je n’ai pas rencontré votre mère. Dehors par un matin austère de décembre, Un vent à vous geler extrémités et membres Me porta jusqu’à un café. Je me pris un instant, une chaise, une tasse, Il n’en fallait pas plus pour que je me hâtasse Tout réchauffé d’aller taffer. Par chance ou par malheur cependant une plante Plus que belle entravait de sa gorge opulente Le chemin menant au grand air. Tournant au cramoisi, je pensai en moi-même : Il lui faut moissonner le trouble qu’elle sème À la façon de Déméter. Mais par ma lâcheté soudain trop débordé Pour me préoccuper d’une obsession mammaire, J’en fis fi et filai sans oser l’aborder ; Ce jour-là je n’ai pas rencontré votre mère. Il n’est guère besoin d’illustrations plus amples, Mais le temps s’accumule, ainsi que les exemples D’un interminable gâchis. Intraitable, Chronos emporte les passantes En laissant pour mémo la vue embarrassante De ma courbure du rachis. Je serai bientôt vieux, tout espoir s’amenuise, Je marche sur mes pas et, bien que ça me nuise, Repense en boucle à mes regrets. Je m’imagine alors ce que serait ma vie Si ma passivité ne me l’avait ravie, Si j’avais connu le progrès. Mais c’est là le destin du poltron inactif, Inapte à établir un lien même éphémère, C’est pourquoi je m’adresse à des enfants fictifs, C’est pourquoi je n’ai pas rencontré votre mère. * Littéralement "plus (+) un soleil de printemps", extrait de , titre phare de la reine du fado, Amália Rodrigues.

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La course aux petites culottes

La course aux petites culottes Nous venons juste d’entrer au lycée, Un camarade un petit peu vantard Nous raconte sa récente odyssée Dans l’incroyable univers des queutards, Nous faisant passer, nous autres puceaux, Pour des incultes à la candeur crasse, Nous encourage à faire le grand saut Avec la première fille qui passe ; Par une démo de première classe Convainc bien vite ma bande d’ados À grand renfort de mimes dégueulasses Que la virginité est un fardeau, Lance un pari pour que les plus flemmards S’attellent sans tarder à la corvée : Cent balles pour le premier au plumard, Voilà toute la bande motivée. Pas le temps de s’arrêter à Cythère, On n’a guère besoin de s’enticher, Pour trouver la première volontaire, Nous sommes prêts à mentir, à tricher ; Fermes, déterminés, nous nous mettons En quête d’une Vénus de Panurge* Le cœur suspendu au bout des tétons Qui aura compris que la besogne urge. Au prix de gros mots, au prix d’une murge, Chacun de nous espère avoir raison Des fichus botanistes dramaturges Vantant les vertus de la floraison ; Et comme on commence à se rapprocher De celle qu’on croit la plus débonnaire, On a peur de devoir se reprocher De n’être qu’un piètre décisionnaire. Mais je mise gros sur la gratitude De l’heureux objet de mon dévolu Pour qui j’aurai réduit la solitude À un sentiment lointain, révolu ; Pris de doutes, pense aux détails omis, Aux mensonges et aux inconsistances… Je la lourderai en douceur, promis, Allez ! je partage la récompense. Toujours puceau au retour des vacances, Loin d’avoir décroché le premier prix, Je suis dernier mais c’est sans importance, J’ai fini par être vraiment épris ; Mais, les résultats tout juste connus, Mon amour se montre soudain peu prude, Puis alors que nous sommes encor nus, Me dit texto : « bon, je te quitte »… rude ! * Expression-valise de Brassens dans Chansonnette à celle qui reste pucelle.

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Malheureuse qui comme Pénélope

Malheureuse qui comme Pénélope Malheureuse qui comme Pénélope Se fait chier comme un diable au Vatican Après que son mec a levé le camp Sous prétexte de tâter du cyclope. Malheureuse qui comme Pénélope Repousse pléthore de prétendants, Se tuant à la tâche en attendant L’homme à l’absence pourtant interlope. Malheureuse qui comme Pénélope Douanière au contrôle des va-et-vient Ne veut d’autres coups de main que les siens Pour entret’nir ses trompes de Fallope*. Malheureuse qui comme Pénélope Aussi bêtement fidèle qu’un chien Ne conçoit pas quitter son bon à rien Avant qu’un blanc linceul ne l’enveloppe. * Merci d'y voir une hyperbole ou une métonymie, plutôt qu'une méconnaissance de l'anatomie. Voir Mélanie de Brassens. Le titre est évidemment une allusion à Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage de Du Bellay, mais le fond tient plus de Pénélope de Brassens.

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Bernard

Bernard Il n’était pas volubile à la façon d’un Renard, Disait à peine bonjour, au revoir à la limite Et comme il avait toujours vécu seul tel un ermite, À l’usine automobile, on le surnommait Bernard. Nul n’aurait pu le surprendre à conter dans le détail Les périples anodins d’une existence rangée, Ce n’est pas que ce gredin en eût eu l’humeur changée, Mais il n’avait su apprendre à se confondre au bétail. Les quelques soirs de virée au bar après le boulot, Il n’était pas invité ou seulement pour la forme, Personne n’eut suspecté qu’il déviât de sa norme Pour le temps d’une soirée aller tâter du goulot. Lorsqu’il roula sous la table, il fut réduit à chasser Quelques rumeurs le disant du rang des fous ou des bègues, Joignant le peu reluisant babil creux de ses collègues Qu’il eût trouvé lamentable avant de se fracasser. Depuis cette renaissance, oubliant son sobriquet On l’appelait par son nom de descendance allemande, Chaque fois, crénom de nom, on en faisait la demande Et non sans reconnaissance il venait au bistroquet. Il mourut, triste ironie, au moment même du pot De son départ mis sur pied avec grande minutie ; Avec la Camarde il sied d’apprécier la facétie Mais nous l’avons bien honnie en ralliant seuls le tripot.

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La semaine dégueulasse du 29 décembre

Premier volet d'une éventuelle suite de chroniques mensuelles comme le titre le suggère. J'ose penser que cette précision sera inutile mais mieux vaut prévenir que guérir : il ne faut pas tout prendre ce qui suit au premier degré. Seulement les trucs méchants. Chroniques hebdomadaires, merci, je vois qu'y en a qui suivent.

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Le traître

Le traître Nous étions trois jeunes jobards Unis comme cul et chemise, Les copains d’abord pour devise ; Soir après soir, bar après bar, Tissions un lien indémodable Trinquant autour d’un formidable. Mais le plus faible d’entre nous, Brisant la promesse que onques Ne viendrait s’intrure quiconque, Chut stricto sensu à genoux Pour une femme des plus bêtes Dont seuls s’éprennent les esthètes. La diablesse mit le grappin À très courte longueur de chaîne Si profondément dans sa couenne Qu’au rendez-vous des bons copains, Nous n’étions souvent qu’une paire Maudissant ladite vipère. Quand il se pointait, foutredieu !, Ce bougre d’ami infidèle Ne savait plus parler que d’elle ; Nous deux peu miséricordieux, Vexés, amers, jaloux peut-être, Le rebaptisâmes le traître. Le traître, le félon, Judas, Horreur, comble de l’indécence, Après quelques longs mois d’absence, Sans en rougir nous demanda Au moment de nos retrouvailles Pour témoins de ses épousailles. Ayant dit à grand-peine amen, J’eus la hardiesse de me croire Enfin à l’abri des déboires Mais venu le jour de l’hymen Mon dernier ami en pensée Se trouva une fiancée… Nous étions trois jeunes amis Unis comme cul et chemise Avant que l’amour nous divise ; Moi qui ne suis pas bien remis M’octroie un réconfort ultime En besognant leurs légitimes.

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Drogues dures

Drogues dures Chais pas si le dernier a déjà fait effet Ni s’il fera effet, étant devenu norme, Mais je me sens si loin du top de ma forme, J’en suis pas à un près, je reprends un café. Je m’en voudrai ce soir, trouvant manquer d’espace Dans les bras de Morphée, écœuré de compter Des moutons par milliers, pensif et agité, Ne pouvant pas fermer les yeux sur cette tasse. Mais la caféine est une drogue si douce… Paraît qu’avec le sucre, il faut y’aller mollo Alors je mets un peu d’eau dans ma grenadine Mais qu’on ne touche pas au miel de mes tartines, À mes trois chocolats et à mes marshmallows. Je m’en voudrai bientôt, quand j’aurai le diabète, Faisant une croix sur les gâteaux, les bonbecs, En repentir forcé à l’eau et au pain sec, On n’regrette jamais à l’avance, c’est bête. Mais le saccharose est une drogue si douce… Les dégâts de l’alcool ne sont pas folichons Alors je mets un peu d’eau dans mon verre de jaune, Mais pas touche à mon vin, comptez pas sur la faune Médicale pour me monter le bourrichon. Je m’en voudrai plus tard, contraint par la cirrhose À bien vouloir baisser les coudes pour de bon, Gratifiant l’ancien moi de jurons furibonds ; En l’attendant pénard, la santé, ça s’arrose ! Car l’apéritif est une drogue si douce… Et le moment venu de payer l’addiction, Pour ne pas trop souffrir des effets du sevrage, Je voudrai une amour dans la force de l’âge Pour ultime intoxication.

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Verglas

Verglas Ce jour-là, je marchais contre grands vents et froid Me pressant pour rentrer au plus vite chez moi Puissamment animé par une humeur fougueuse Dont un bête accident voulut sonner le glas Quand par inattention, glissant sur le verglas, Je me suis rétamé la gueule, Je me suis rétamé la gueule. Une passante me surprenant sur le cul Me tendit une main que j’acceptai vaincu Par ce temps où Goldman n’oserait marcher seul, Et me recommanda des chaussures de ski En me toisant du haut de talons rikiki Comme pour se payer ma gueule, Comme pour se payer ma gueule. Quand elle eut demandé : ça va, rien de cassé ? Je ne pouvais laisser cette occasion passer, Je lui dis : rien pour l’instant mais comme l’avenue Est à n’en plus finir, je conserve l’espoir De ne pas tarder à tutoyer son trottoir, À moins que quelqu’un m’offre une aide bienvenue. Elle me prit le bras, appelez-ça magie, Pour m’assurer bon pied, bon œil jusqu’au logis Et je suis de nouveau tombé, oui, mais des nues, Quand après lui avoir proposé un kawa, Un verre d’eau, un thé, un kir, n’importe quoi, J’en fis faire le tour à la belle inconnue. Je ne puis tolérer aucune indiscrétion, Ne me demandez pas dans quelle position La nuit-même elle n’eût pu se trouver plus nue. Je ne suis plus jamais tombé sur le verglas, C’est simple, je ne sors plus depuis ce jour-là Sans mes chaussures de montagne.

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Spoiler (billet sans grand intérêt)

Yo, Après presque trois semaines à tenter en vain de renouer avec Erato, ou à défaut avec Pégase, j'en viens à la conclusion, évidente à crever les yeux d'un cyclope borgne, que je risque fort de me heurter à une page blanche pendant encore quelque temps avant de pouvoir enfin écrire la suite de Douze mois d'avril. Comme j'imagine, ironiquement parlant bien entendu, que vous brûlez de découvrir le fin mot de l'histoire, je vais glisser la solution en spoiler en commentaire dudit poème. A la revoyure.

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Page blanche

Page blanche On tourne la page et puis on commence Une nouvelle, d'accord mais comment ? J'étais parti pour écrire un roman, Mais tout ce que j'ai c'est une romance Et le syndrome de la page blanche. On croit dans la vie avoir le contrôle, C'est un film dont on écrit le scénar, Mais qu'il soit un chef d'œuvre ou un nanar, Les acteurs ne voudront pas jouer leur rôle. Disons, tant qu'à pointer un responsable, Que c'est une erreur de distribution, Que j'ai lésiné sur les auditions En craignant de chercher l'insaisissable. T'as arraché la page, j'en commence Une nouvelle, mais dans un moment, En notre histoire je croyais vraiment Et en attendant de reperdre mes sens, J'ai le syndrome de la page blanche. Éros n'aura pas fait de vieux fémurs, Alors de retour à la solitude, Je retrouve mes vieilles habitudes, Demande de leurs nouvelles aux murs. Et des tiennes aux photos que j'y vois, Mais en vain, selon toute vraisemblance Elles préfèrent garder le silence ; Je voudrais au moins entendre ta voix. Faut tourner la page... vas-y, commence, Et je te suivrai, mais pas instamment, Juste le temps de semer le tourment, Ou bien d'expérimenter la démence Dans le syndrome de la page blanche.

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Douze mois d'Avril

Comme ça s'est peut-être entendu au silence de mort qui règne sur ce blog depuis quelques mois, je ne suis pas des plus inspirés dernièrement. D'ailleurs, le machin qui suit n'est même pas fini (je n'en ai encore écrit qu'une moitié). Après divers remaniements qui ne m'apportent toujours pas satisfaction, j'hésite entre le continuer et tout bazarder ; je le poste dans le doute. Est-ce un symptôme de l'accoutumance ? Mes mots ne m'ont jamais semblé si creux ; Je me suis certes connu moins fiévreux, Est-ce un delirium tremens qui commence ? Ou ce putain d'organe qui me lance, Lui qui quoique plus pompant que pompeux M'en fait baver des laïus sirupeux Quand je lui demande : à quand le silence ? Alors si du haut de son importance, Cupidon trouve tout à coup curieux Que je ne le prenne pas au sérieux, Si je l'agace par ma réactance, J'implore, non, j'exige sa clémence Car s'ils ne sont fourbes et malicieux, Ses choix ne sont pas des plus judicieux, Je plaide la légitime démence. Mais soudain je sens mon flegme en péril, Je délire comme ma fièvre grimpe, Me mettrais presque à prier tout l'Olympe Pour solliciter douze mois d'Avril.

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Le sac à main

Le sac à main « Chéri, j'ai oublié ma clé USB avec mon Powerpoint pour ma putain de réunion, il me la faut absolument ! J'arrive, je suis sur le chemin, mais je suis carrément à la bourre... — OK, j'ai compris. Dis-moi juste où chercher. — Dans mon grand sac à main. Je serai là d'ici 10-15 minutes. — Si on t'arrête pas pour portable au volant. — Ou excès de vitesse. — Je t'attendrai dehors. » Merde ! je viendrais pas de lui promettre, Non pas seulement de fouiller son sac, Ce qui est honteux, mais surtout de mettre La main sur sa clé dans pareil bric-à-brac ? Et en un temps record, bonjour le trac ! Autrement, ça aurait pu me ravir... Des mois que je me retiens d'assouvir Ma curiosité quasi maladive, Voilà qu'elle m'invite à me servir, Qu'elle s'étonne pas si je récidive ! Qui sait ce que je vais y découvrir ? (Elle le sait, mais c'est une question rhétorique,) Toute une boîte de Pandore à ouvrir, J'imagine des gadgets excentriques Qui prêtent à sourire ou à souffrir, De la pince à épiler aux cosmétiques, En passant par les serviettes hygiéniques... Une photo de nous, une agrafeuse, Des mouchoirs, une boîte de tic-tac, La brosse disparue de sa coiffeuse, Un cal'pin, un sachet de thé en vrac, Un parapluie et un plus petit sac. Merde, la clé ! va falloir se presser, Je reste planté à tergiverser Et à mesure que le temps défile Un bien mauvais quart d'heure se profile. Je veux même pas imaginer sa tête Si je suis bredouille à son arrivée : « Désolé, chérie, je l'ai pas trouvée, Enfin, pas cherchée, occupé à... serre-tête, J'ai oublié serre-tête dans la liste », Un coup à dormir seul sur le divan, Dans le scénario le plus optimiste, Celui où je suis encore vivant. Bon, il est où ce sac pour commencer ? Là, y a ni placard ni même de place Au sol qui soit dit en passant est dégueulasse, Bref, et si je me sortais des WC ? J'ai une intuition, direction la piaule, Je cours et manque écraser le greffier, « Fais voir un peu gaffe où je mets les pieds, Qu'est-ce que t'as, Snowball, pouquoi tu miaules ? Quand on a éparpillé sa litière, On fait profil bas, la ramène pas, Je vais devoir sévir, te mettre au pas, Dis adieu au saumon et au gruyère... À qui je veux faire croire ça ? Allez, boule de poils, viens dans mes bras ! » Après câlins et livraison de croquettes, Ouf ! j'ai le sac à main entre les pognes, Il était sous le pieu et on s'en cogne Mais j'y ai retrouvé une socquette, Sous le lit, pas dans le sac, j'entends bien, De toute façon, c'était pour la rime. Venons-en au sac si ça vous fait rien, Ça y est, je plonge les mains dans l'abîme, Je tâte, je palpe... aïe ! le faux croco Vient de m'entailler le doigt, c'est la guerre ; Me laissant pas miner par un vulgaire Criterium, je surmonte cet accroc, Poursuis, conscient de revenir de loin. C'est mal barré, le sac a maints recoins, J'ai l'impression de chercher une aiguille Sur l'écran d'une montre digitale, Essayons plutôt la méthode brutale, Aucune chance que la clé resquille Car hop, je le retourne et le secoue Au-dessus du lit, il pleut des babioles, Attends, c'est quoi ce truc, du fard à joues ? Merde ! j'entends le bruit d'une bagnole. « Je t'attendrai dehors, hein ? — Désolé, j'ai pas trouvé. — Je t'avais dit mon grand sac à main. Bref, je t'engueulerai ce soir, là j'ai pas le temps. » Aurevoir lit moelleux, je suis tricard, Au mieux on se trouve dès demain ; Furax et déçue, elle ouvre un placard, Prend un sac, le fameux grand sac à main, Et en y glissant une main experte, En un clin d'œil sort l'objet de la perte. C'est donc vrai, le fourbi organisé, Bluffant, pour elle ça a l'air fastoche, Il me faut un remontant anisé, C'est tout juste si je connais ma poche.

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Les derniers pétales de Rose

Les derniers pétales de Rose Quelque chose cloche avec Rose, Je n’ai plus peur du lendemain Pour peu qu’elle me tienne la main ; Mes sentiments à l’eau-de-rose Ont cessé leur sauve-qui-peut, Faut dire que j’aime un peu. Qu’arrive-t-il tout d’un coup ? j’ai chaud Et mes tempes perdent les eaux, Ça doit être un début de fièvre. Je suis peut-être contagieux, Il vaudrait probablement mieux Qu’elle se mêle de ses lèvres. Mais elle est pendue à mon cou, Et c’est vrai que j’aime beaucoup. J’ai les pommettes écarlates, Je halète, j’ai les mains moites, Une insolation, sûrement. Voulant m’éviter un malaise, Rose me propose une chaise, M’aide à ôter mes vêtements. J’ai toute foi en son traitement, Car je l’aime passionnément. Ah ! je vois qu’elle aussi étouffe sous ses fringues… Au risque de passer pour hypochondriaque, Elle prend pas le temps de les plier, c’est dingue ! (Elle est en général farouchement maniaque), Je crois bien que je fais une crise cardiaque… Fausse alerte, je suis vivant, presque pimpant, Et Rose continue d’effeuiller ses pétales, Vite ! un linge humide pour mon front galopant, « Pourquoi tu m’envoies ça ? L’est sec, ton soutif sale. » Mais attends… c’est pour ça que mon p’tit cœur s’emballe ? C’est donc ce qu’on appelle être excité ? Flippant ! Quelques instants plus tard… Je disais donc : trippant ! Vient le tour du dernier tissu qu’elle trimbale, Je fais quoi maintenant ? bof, j’en sais peau de balle, J’attends qu’elle me souffle une didascalie. « T’as oublié à la folie. — Et pas du tout, aussi. Je dirais même surtout, maintenant que tu m’as interrompu. — Ça fait au moins un quart d’heure que tu tapes plus rien. Tu veux peut-être que je te souffle la fin ? — Si ça peut t’empêcher de faire la maligne, te gêne pas ! — Allez, pousse-toi, laisse-faire la pro. — Oublie pas que je fais dans le tous publics ! — Exit les mots bite, couille et niquer, j’ai compris. J’ai le droit à sucer quand même ? — Oh, putain ! — Je déconne, détends-toi. Moi aussi je sais être subtile quand je veux, alors pète un coup. Tiens, va te chercher une bière pendant que je démarre. Et fais m’en péter une tant que t’es debout, c’est ta tournée ! » J’attends qu’elle me souffle une didascalie, Par chance, elle préfère entreprendre à être prise, Prend ma « question » en main, madame s’est servie, Pour tout voyage en train, elle a sa place assise, Descend au septième ciel quand il est desservi. Comme elle est généreuse, au moins tant qu’amoureuse, Parfois elle me laisse errer entre ses fesses, Même si la pratique est un peu douloureuse, Mais moins que de subir ne serait-ce qu’une messe. Veni vidi vici, je suis vidé, merci, Rose aimerait sans doute encore un peu parler, Pourquoi pas ? mais pas fort, je commence à ronfler, L’endorphine connait son job, pas de souci, Au réveil lui dirai : je t’aime à la folie.

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Je t'aime, connasse

Je t'aime, connasse « Je n'ai d'yeux que pour toi. » Tristes fadaises ! Y a pas plus con comme banalité, Comme il n'y a pas de courage à l'aise, Sans tentation, pas de fidélité. Je laisse les œillères aux chevaux Et aux Casanova des caniveaux, Si aucune rivale te menace, C'est simplement que je t'aime, connasse. Tu te fais du souci pour des loucheries, Jalousant des regards superficiels, Fantasmant des vaines coucheries, De tout petits plaisirs sacrificiels. C'est une preuve d'amour, ah, tu crois ? Plutôt d'un manque de confiance, en toi, Je peux pas t'en vouloir mais ça m'agace, Tu sais pas combien je t'aime, connasse ?

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Self-mad man

Self-mad man L'été de ma vie commençant, Me voilà paumé en pensant Rien en foutre en vingt ans comme en cent. Rien qui me mette vraiment sang Dessus dessous... Ah si ! mes triques, Foutus bobards asymétriques Où le moindre châssis m'étrique Jusque dans mes ramassis métriques. Du plomb dans l'aile et Éros clinque, Tchin ! ma santé mentale trinque, La raison ? bof, rien à tringler, Je suis peut-être un brin cinglé. Mais je ne cherche aucun remède, I'm going slightly mad 1. J'ai un putain d'esprit turbide Qui ne demande qu'à brailler, Absolument rien dans le bide Mais c'est pas faute de grailler, Une nonchalance morbide Que j'ai pas fini de railler, Un train-train des plus insipides Trop attendu pour dérailler, Une veine aux jeux intrépide Qui ne voudra pas se tailler, Un tas de problèmes stupides, Trop menus pour les détailler. Mais je n'espère plus qu'on m'aide, I'm going slightly mad. Dans dix ans au bout du rouleau Ou bien salaud ou bien soulaud, À m'exploser le ciboulot Car la paix se boit au goulot, Au mieux je me tue au boulot Au pire je vis au bureau. Faudrait tout reprendre à la base Du passé faire table rase Avant qu'il me manque une case, Avant même que mon cœur s'embrase, Quand je trouvais les nanas nazes 2, Meanwhile I'm going bananas. Filez-moi le num de Lionel Hutz 3, Parce que la suite c'est I'm gone nuts. 1 est un titre de Queen. 2 Cf. Als ich Mädchen noch Scheiße fand de SDP. 3 Avocat des plus incompétents (et dans incompétent, il y a quelques syllabes superflues) dans Les Simpson.

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La routine

1 L’homme est un animal routinier proche de la machine. Tout du moins, Maxime se sent très proche de l’ordinateur qui lui sert d’outil de travail. Mais si son cerveau est analogue à un processeur — ou disons deux dans ses meilleurs jours —, son esprit est à mille lieues d’un système d’exploitation stable et efficace. Loin du bon vieux Linux depuis lequel il asservit des dizaines d’autres machines au nom de la science, ce serait plutôt une vieille version de Windows privée de mises à jour, en proie aux virus et à des erreurs aussi impromptues qu’irrésolues. Lui, par contre, est bien résolu, à mener à bien le seul rituel auquel il ne sera jamais accoutumé. Il aime les habitudes et la continuité. Le contrôle n’est possible que dans la familiarité et c’est de la constance que naît la sûreté ; l’inconnu, lui, est angoissant. La vie serait parfaite si elle n’était qu’une succession de petites habitudes imbriquées les unes dans les autres comme les rouages d’une mécanique bien huilée. Cependant, aujourd’hui, le bistrot du vendredi soir où il commande une bière puis un whisky sour et le cinéma du mardi soir lui semblent très lointains. Ce premier dimanche du mois marque un rituel qui ne lui sera jamais ordinaire. Il s’apprête à l’accomplir les mains pleines, le cerveau en ébullition et le cœur au bord des yeux. Après avoir écarté le vieux pot de géraniums de la tombe pour en déposer un nouveau, il s’accroupit comme pour se mettre à la hauteur d’un jeune enfant, étouffe un sanglot et lance : « Salut, chérie » avant de raconter les dernières nouvelles du boulot et de la petite famille à celle qui restera de marbre de toute façon. Christelle, la sœur de Maxime, vient d’apprendre qu’elle attend un deuxième enfant. « Cette fois, ils ont décidé de ne pas savoir le sexe du bébé avant sa naissance, ils veulent avoir la surprise. Du coup, on est bien emmerdé pour les cadeaux, parce quand t’enlèves les vêtements, il reste plus grand-chose à acheter. Ils ont tout gardé de Lucie, la poussette, le landau, les biberons, etc. On va quand même pas tous lui acheter des peluches ! « Tu te rappelles la dernière fois qu’on est allé à la foire ? On a vu ce gros nounours au jeu des balles de ping-pong, on s’est regardé et on s’est tout de suite dit : il nous le faut. Je crois qu’on a dû dépenser dans les 50 € mais on a fini par l’avoir. » Alors qu’il se remémore la joie d’Alison brandissant la peluche d’un air triomphal, le visage de Maxime se fend d’un large sourire, qui se volatilise presque aussitôt. « Pour rien », ajoute-t-il avant de s’effondrer. * Alison et lui essayaient de faire un enfant quand Elle est morte, fauchée par un automobiliste que l’on n’a jamais retrouvé tandis qu’Elle revenait du supermarché à quatre cents mètres de chez eux. Ils avaient essayé pendant plus de six mois. Inquiets, ils avaient insisté auprès de leur médecin pour subir des tests de fertilité au bout de seulement trois. Tous deux n’avaient jamais été aussi anxieux que pendant l’attente de leurs résultats, comme deux prévenus redoutant d’être condamnés à mort — ou en l’occurrence à ne pas donner la vie. Une semaine plus tard, le verdict était rendu : ils étaient tous les deux féconds. Ils étaient naturellement soulagés, rassurés, confiants même. Ils parlaient de nouveau de leur futur enfant comme d’une certitude. Comme pour sceller cette assurance, ils commençaient à aménager la pièce de leur appartement qui leur servait à la fois de bureau et de buanderie pour accueillir le bébé qui ne saurait plus tarder. De temps à autre, au gré des allées des magasins, au hasard de leurs envies, ils achetaient une commode, une chaise haute, un biberon ou une peluche. Maxime mourait d’envie d’être père et avec Elle il se sentait prêt, mais il se demande s’il pourrait assumer de telles responsabilités seul, si Alison était morte après l’arrivée du petit Lucas ou de la petite Rose — ils étaient fixés sur les prénoms de longue date. Certains ne supporteraient pas d’élever un petit être ressemblant trait pour trait au bonheur qu’ils ont perdu. Maxime, au contraire, pense qu’il vivrait mieux l’absence de sa défunte femme — qu’il ne cherche pas à oublier, loin s’en faut — s’il en avait un souvenir vivant. Enfin, tout cela n’a pas d’importance. Maxime n’est pas père et ne le sera jamais. * « Et si on a deux filles ? — Tu ne connais donc rien à la génétique, ma pauvre. C’est toujours une fille, un garçon, une fille, un garçon, etc., c’est statistique. Au pire, on rejoue jusqu’à ce qu’on gagne… L’avantage comme ça, c’est qu’on aura le temps de se faire la main pour bien réussir le garçon. — Je n’aime pas trop cette mentalité, jeune homme ! Mes parents m’ont inculqué l’importance de réussir les enfants du premier coup. Si je suis fille unique, c’est parce que je suis parfaite, non, tu crois pas ? — Ça se tient, et ça expliquerait pourquoi j’ai un petit frère… Dans le doute, pourquoi on commencerait pas par le cadet ? » * « Désolé », bredouille-t-il pour s’excuser d’avoir pleuré devant Elle, considérant qu’il est irrespectueux d’inonder autrui de ses états d’âme. En guise de baiser, il embrasse son majeur et son index droits pour les apposer délicatement sur la pierre tombale. Puis, il prend le vieux pot de géraniums sous le bras et rebrousse chemin en baissant la tête, presque honteux d’arpenter les allées d’un cimetière avec des fleurs aussi banales, pour ne pas dire vulgaires. C’étaient les préférées d’Alison, belles et simples ; Elle, pourtant, n’avait rien de commune, mais elle était modeste. Maxime lui disait souvent, sur le ton de la plaisanterie — quoiqu’au fond il le pensât réellement —, qu’il Lui avait fallu au moins un Nabuchodonosor de modestie et une piscine olympique d’autodérision pour s’éprendre d’un homme tel que lui. Ça ou la folie. « Oui, TA folie, grand con ! », répondait-Elle alors avant de lui flanquer un baiser qui lui clouerait le bec une minute. * Sa mort acheva de lui clouer le bec pour de bon. Maxime n’a jamais été loquace qu’avec Elle. Quand il ne se sent pas complètement étranger aux conversations de ses collègues — ce qui est rare —, il se dit que son opinion n’intéresse personne alors il se tait ; il faut qu’on lui demande explicitement son avis pour qu’il l’exprime, auquel cas il le fait avec plaisir et de manière aussi exhaustive que possible, comme s’il se retenait de parler depuis des années et qu’il craignait qu’on le contraigne de nouveau au mutisme. Dans sa famille, il est très prudent, donnant l’impression de risquer d’être renié à chaque mot qu’il prononce. Il n’y a guère qu’avec ses amis qu’il s’autorise à débiter des phrases au rythme qu’ils les pensent, et encore, seulement quand il n’est plus tout à fait sobre. Avec Elle, il se sentait capable de parler de tout et de rien. Il buvait les anecdotes de travail pourtant banales de sa femme et allait jusqu’à lui raconter les siennes. Elle lui rendait la parole aussi facile que la résolution d’une équation différentielle linéaire homogène du premier ordre. Mais quand Maxime rentre chez lui, Alison n’est pas là pour l’écouter raconter dans les moindres détails la visite qu’il vient de passer au cimetière. Il n’aura pas ouvert la bouche de la journée, sauf pour se joindre le temps de quelques chansons aux voix de Brassens et Freddie Mercury qui assurent un concert privé de longue haleine pour combler le silence qu’il ne supporte plus. Il ne supporte tout bonnement plus la solitude de son appartement, alors il la peuple artificiellement ou, mieux, il l’évite. Si bien, il est 20h10 quand, le lendemain, Maxime rentre du travail. Il a fait deux heures supplémentaires, non payées, comme tous les jours — sauf le mardi parce que c’est soirée ciné. Il aime son travail et il n’a plus de raison de se dépêcher de rentrer à la maison où il ne peut plus espérer retrouver que des pots de fleurs. Et ses orchidées n’ont pas beaucoup de conversation. À vrai dire, elles ne lui ont plus adressé la parole depuis sa dernière beuverie. * C’était près de trois mois après la mort d’Alison — et quelque part celle de Maxime. Il ne mettait plus le nez dehors que pour aller au supermarché ou au boulot. Son entourage s’inquiétait de le voir s’isoler de la sorte tout en continuant de travailler comme si de rien n’était — depuis le jour fatidique, il avait tout juste posé un RTT pour l’enterrement —, le pensant, à raison, dans le déni. Désespéré de le voir se couper de la réalité, Fabien, son meilleur ami, prétendit avoir besoin de ses lumières en informatique pour lui demander de passer chez lui. Maxime ne crut pas plus en ce prétexte qu’en la semaine de trente-cinq heures mais il accepta quand même ; au fond de lui, il devait avoir réellement envie d’enfin mettre des mots sur ce qu’il s’était évertué à taire. De ce fait, bien que Fabien s’attendît à ce que ce fût la croix et la bannière et sortît sa pince à sortir les vers du nez, il eut tout juste besoin d’insinuer qu’ils se faisaient tous du souci pour lui pour que le barrage de Maxime l’Impassible cède sous la pression de cette douzaine de semaines de mensonges — en particulier à lui-même —, laissant jaillir des larmes d’autant plus nécessaires que rares, comme les pluies dans le désert. Pour le consoler d’avoir tant pleuré — et se consoler d’être lui-même au bord des larmes —, Fabien lui proposa de passer le reste de la soirée au bar que Maxime et Alison avaient pris l’habitude de fréquenter — souvent seuls, parfois avec des amis, pratiquement toujours jusqu’à la fermeture —, tous les vendredis soir. Ça tombait bien, c’était vendredi. Fabien et lui firent la fermeture, et ils n’ont pas bu trop de tisane. Tout ce dont Maxime se souvient, c’est d’avoir fait la conversation avec la gérante du bar, Éléonore, pendant que Fabien semblait draguer n’importe qui. Alison et lui — surtout Elle — avaient souvent eu l’occasion d’échanger avec elle, mais il en savait très peu de chose de personnel. Elle se dit étonnée de le voir sans sa femme, et de ne pas l’avoir vu depuis un moment. Elle parut sincèrement désolée d’apprendre pourquoi. « Vous pouvez pas l’enlever, hein ? fit-elle en désignant son alliance du regard dans un hochement de tête. —Pas moyen de l’enlever, non, je crois que mon doigt a enflé. Ça doit être le mariage, paraît que ça fait grossir. —Je vous ai connu plus convaincant. —C’est que j’ai perdu mon inspiration. Mais c’est Elle qui a expiré... Ah ! les aléas de la langue français, allez comprendre… Je peux pas. Parce que si je l’enlève, ça veut dire que j’admets qu’elle est partie, mais j’espère encore qu’elle va revenir de courses. Peut-être en disant : « désolée pour le retard, j’étais un peu morte sur le chemin du retour »… J’ai l’impression d’être mort aussi dans ce putain d’accident. Comment est-on censé vivre après avoir perdu la seule personne qui nous donnait envie de nous lever le matin et de rentrer chez soi le soir ? —On s’efforce de rester la personne qu’elle aimait. Au début, on entretient la routine qu’on avait avec elle pour sentir sa présence, puis on se rend compte qu’elle nous suit partout, alors on va de l’avant. » Il la regarda un d’air intrigué. « J’ai été mariée pendant deux ans. Il est mort d’un AVC. On parlait tout le temps d’ouvrir un bar, dans un futur pas trop lointain, mais on se disait qu’on avait le temps. Un peu après sa mort, j’ai quitté mon boulot de comptable et j’ai décidé de réaliser notre rêve… Qu’est-ce que vous deux n’avez pas eu le temps de faire ? » Une tartiflette, un tour d’Europe, un enfant, si peu de choses… * On s’efforce de rester la personne qu’elle aimait. Cette phrase resta ancrée dans son esprit comme l’air entraînant d’une chanson niaiseuse dont ne parvient pas à se libérer. À force de la ressasser, il finit par reprendre les habitudes qu’ils avaient à deux, ou du moins celles qui pouvaient se faire seul. Le cinéma du mardi soir, le bar du vendredi soir, le café du samedi après-midi, la promenade du dimanche matin. Il n’en ressentit que plus pleinement son absence, dans un premier temps. Puis, il eut l’impression qu’elle l’accompagnait toujours, bien que ce ne fût certainement que des vieux souvenirs que son subconscient tentait de faire passer pour des photos instantanées dans le but de l’apaiser. Il la voyait de nouveau du coin de l’œil dans le fauteuil contigu dans les grandes salles obscures, l’entendait commander une piña colada par-dessus la trompette de Miles Davis, sentait les arômes de son caramel macchiato, appréciait la chaleur de sa paume en arpentant les allées du parc Monceau main dans la main. Sans s’en rendre compte, il venait de sécher une première larme au coin de son deuil. * Maintenant qu’il y repense, Maxime est persuadé que son ami l’a délibérément délaissé pour qu’il fasse la causette avec Éléonore. Il n’a pas souvenir d’avoir jamais vu Fabien user de son bagout sur des flâneuses alcoolisées avant cette fameuse soirée. Oh ! il en baratine un paquet et en séduit certainement quelques-unes, mais jamais en compagnie de ses amis. Prétendument pour des raisons de confidentialité. « Tant que l’INPI me refusera le droit de déposer des brevets sur mes techniques de séduction, elles devront rester pour vous un mystère impénétrable mêlé de curiosité et d’admiration. — Et les malheureuses bimbos en manque d’amour propre qui acceptent de te vendre leur âme, t’as pas peur qu’elles ébruitent tes techniques révolutionnaires ? — T’en fais pas pour lui, conclut Alison, si elles ont le temps de finir dans son pieu, c’est soit qu’elles se souviennent de rien, soit qu’elles aimeraient pouvoir oublier. » Fabien a probablement déjà tenté sa chance avec Éléonore et a dû découvrir son point commun avec Maxime. C’est vrai qu’elle est plutôt mignonne. Mais bon, je suis un homme marié. 2 « Pour être honnête, je ne pensais pas que vous viendriez. — Moi non plus. J’ai cru à une mauvaise blague mais je ne pouvais pas ne pas m’en assurer. — Ce n’est pas une blague, croyez-moi. — Vous dîtes que vous avez des informations sur sa mort ? — Oui, c’est exact… Il n’y a pas de bonne façon de le dire, alors je vais être direct. Si j’ai des informations sur la mort de votre femme, c’est parce que j’en suis responsable… J’étais alcoolique à l’époque, une vraie épave. Je conduisais pas très frais ce soir-là, comme souvent, et… Enfin, vous connaissez la suite. Ça semblait irréel, je voulais pas y croire, j’ai continué ma route sans regarder dans le rétro. Au réveil, je croyais avoir fait un cauchemar. C’est quand j’ai vu l’article dans le journal que j’ai réalisé. J’étais trop lâche pour me rendre, mais au fond je voulais qu’on m’arrête, j’arrivais plus à me regarder dans une glace. Je n’y arrive toujours pas et c’est pour ça que je me suis enfin décidé à me rendre. C’est pour ça que je voulais vous voir aujourd’hui, pour vous l’apprendre moi-même avant que vous l’entendiez de la police… Je sais que rien de ce que je dirai ne pourra soulager votre peine ou votre colère, mais il n’y a pas un jour qui passe sans que j’aie envie de me… — Ne vous rendez pas. — Quoi ? — Ses parents ont fait leur deuil, ne les obligez pas à devoir le faire une seconde fois. Si vous voulez vous repentir, trouvez un confessionnal. Ce n’est pas à eux de payer pour vous racheter une conscience. » * « Et là je me suis barré. J’ai bien fait, dis, de lui défendre de se rendre ? Si tu es d’accord, ne fais absolument aucun signe. Oui, je savais bien que tu ne voudrais pas revoir la désolation de tes vieux… C’est injuste, ce mec a ruiné tellement de vies. Mais la sienne aussi. Alors pourquoi est-ce que j’ai tellement envie de l’étrangler ? Et dire qu’avant qu’il me donne ce putain de rendez-vous, j’avais presque oublié que ce n’était pas la mort qui t’avait tuée, mais bien un homme. Qu’est-ce que je suis censé faire maintenant, lui pardonner ? » * « Maxime ! Qu’est-ce que vous faites ici ? s’étonne-t-il en trouvant l’homme accroupi devant sa porte. — Je… sais plus trop. — Entrez, je vous offre un verre. J’ai pas d’alcool, mais je peux vous proposer une citronnade maison si vous vous sentez l’âme d’un aventurier. — Alison vous pardonne. Pardonnerait… Elle était comme ça, pas rancunière pour un sou. Elle voyait le meilleur chez les gens, ne les jugeait pas pour ce qu’ils faisaient mais pour ce qu’ils pouvaient devenir. — Je… je suis… Elle devait être exceptionnelle. — Oui, j’ai beaucoup de chance de l’avoir connue. J’espère qu’elle me pardonnera… » * « Je sais ce que tu vas dire. Mais je l’ai fait pour moi, ok. C’était facile de le pardonner pour toi qui n’as pas à subir le calvaire de te survivre. Je pouvais pas. Pas après ce qu’il m’a fait endurer ces deux dernières années. Ça ne t’aura pas fait revivre, mais moi, si, en quelque sorte. C’est peut-être ce qu’il me fallait pour faire mon deuil. Peut-être pas de le tuer, mais de sentir ton regard désapprobateur pour la première fois. Tu n’y avais pas souvent recours et je m’estimais heureux d’en avoir jamais fait les frais, jusqu’à présent. Je préfère ne pas le recroiser de sitôt, alors je propose de ne pas repasser te voir avant un petit moment. J’espère que tu sauras me pardonner avec le temps, cela dit, j’aimerais qu’on se quitte en bons termes. À bientôt Alison. » 3 « Une Karmeliet comme d’habitude ? — Non merci, Éléonore. J’ai envie de changer un peu. Je vais plutôt prendre un mojito. — Ouh là, je ne vais plus savoir à quel saint me vouer. Maxime prend une bière puis un whisky sour, c’est un axiome ancré aussi profondément en moi que un et un font deux, voire plus. — I’m not going to be the person I’m expected to be anymore. — C’est une citation, ça, non ? — D’où tenez-vous une telle ineptie ? — Je ne sais pas, probablement du passage incongru du français à l’anglais, ou alors du fait que ça vient d’une pub Chanel. — I don’t know what you’re talking about. Mais je veux bien consentir à vous ménager en vous commandant une Karmeliet. Pas à la place, mais en plus et c’est vous qui la buvez. — J’apprécie l’offre, d’autant que j’adore cette bière — vous avez bon goût —, mais je ne bois jamais en service. — Mon offre tiendra toujours après la fin de votre service… — Et voilà votre mojito, annonce-t-elle avant de remarquer la nudité anormale de l’annulaire gauche de Maxime qui fouille dans son portefeuille. Je ne serai certainement pas contre un verre ou deux à la fin de mon service. »

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