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How I haven’t met your mother

konvicted

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Comment je n'ai pas rencontré votre mère

Du temps où je piquais du nez dans les études,

Je me réalisai pris par la solitude

Le jour où je le levai sur

Une nymphe excentrique aux longs cheveux framboise

Qu’elle teignait parfois en plus noir qu’une ardoise,

Ou l'inverse, comment, c’est sûr ?

Les cours de portugais pour seul lieu de rencontre,

Je n’y eus d’attention que pour elle à l’encontre

De Pessoa, et cetera.

Je disais en mon for : exit la bagatelle,

La cote, le statut, ce que je veux c’est elle,

Mais um sol de primavera*.

Mais sans aucun culot, sans grande volonté,

Je sus que mon dessein n’était qu’une chimère

Que je cédai à plus vaillant dans ma bonté ;

En ce temps je n’ai pas rencontré votre mère.

Dehors par un matin austère de décembre,

Un vent à vous geler extrémités et membres

Me porta jusqu’à un café.

Je me pris un instant, une chaise, une tasse,

Il n’en fallait pas plus pour que je me hâtasse

Tout réchauffé d’aller taffer.

Par chance ou par malheur cependant une plante

Plus que belle entravait de sa gorge opulente

Le chemin menant au grand air.

Tournant au cramoisi, je pensai en moi-même :

Il lui faut moissonner le trouble qu’elle sème

À la façon de Déméter.

Mais par ma lâcheté soudain trop débordé

Pour me préoccuper d’une obsession mammaire,

J’en fis fi et filai sans oser l’aborder ;

Ce jour-là je n’ai pas rencontré votre mère.

Il n’est guère besoin d’illustrations plus amples,

Mais le temps s’accumule, ainsi que les exemples

D’un interminable gâchis.

Intraitable, Chronos emporte les passantes

En laissant pour mémo la vue embarrassante

De ma courbure du rachis.

Je serai bientôt vieux, tout espoir s’amenuise,

Je marche sur mes pas et, bien que ça me nuise,

Repense en boucle à mes regrets.

Je m’imagine alors ce que serait ma vie

Si ma passivité ne me l’avait ravie,

Si j’avais connu le progrès.

Mais c’est là le destin du poltron inactif,

Inapte à établir un lien même éphémère,

C’est pourquoi je m’adresse à des enfants fictifs,

C’est pourquoi je n’ai pas rencontré votre mère.

* Littéralement "plus (+) un soleil de printemps", extrait de

, titre phare de la reine du fado, Amália Rodrigues.


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