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À propos de ce blog

La fatuité est le privilège des ratés

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Tequila Moor

Charade

Désinvolte salpêtre,
Les mots vont se repaître
Du mal ou du bien-être,
Du on se croyant maître.

En premier ? Errement primal.

Tu n'existe qu'en eux.
Je s'y invente au mieux.
Elle est fort merveilleux.
Il en obtient les cieux.

En second ? Nier l'animal.

Dispensable "que sais-je",
Le sens – flocon de neige –
De nos cerveaux fait siège :
Nul silence n'allège.

En tertio ? Racine du mal.

D'où vient cette langue : âge
Ou pitrerie ? Lent gage
Pour humains – qui l'engage,
Quoi nous le rend vital ?

En tout, ne reste que langages.

Tequila Moor

Prends une bonne grenade
Envoie-la dans le vent
C'est très bon les grenades
Plein d'anti-oxydants

Les voies de dieu sont mystères
Cadavres par kilos
Entends-tu la prière ?
Entrailles à gogo

Fatwa sur toi
Fatwa sur tout... sur toit ?
Fatwa sur toi
Fatwa – force de loi


Comme ça tout à l'envers
Ne me regarde pas
Je ne m'envoie en l'air
Qu'armé d'un coutelas

Fatwa sur moi
Fatwa sur tout... sur moye ?
Fatwa sur moi
Fatwa – force de loi


Nos enfants en victoire
Un jour, on bercera
Donc ne soyons pas couards
Etendons la charia

Fatwa sur soi
Fatwa sur tout... sur soie ?
Fatwa sur soi
Fatwa – force de loi

 

Petite parodie de :

 

Tequila Moor

Espoir, le pile d'une pièce dont la face
Est la peur. Espoir ? Si vaine attente du mieux.
La peur ? Si vaine attente du pire. A mes yeux
Voici deux illusions que notre crâne brasse.

Nous, tels des pantins ballottés par l'une ou l'autre
Ou même tierce attente, ne devinant guère
Si ce qui nous meut est coup de vent ou pervers
Marionnettiste, fil à la patte ou je nôtre.

Quand nos défauts ne sont que configurations
D'un chaos de synapses mariées aux neurones,
Idem de nos qualités : leurs oppositions
Ne sont que relapses. Leurs vérités sont clones.

L'erreur ? S'estimer être de par nos croyances,
Fiertés, culpabilités, désirs ou dégoûts :
Toute autre marotte à laquelle prendre goût
Fera autant l’affaire – au fond quelle importance ?

Nous, mîmes nés ; dépendants de déterminants
Qui nous dépassent, fixent l'espace et le temps ;
Ce qui nous définit ? L'adaptabilité :
Cerveaux guimauves, interchangeabilité.

S'en suivre ? Je n'est rien à dire –
Sans suite : illusion à maudire.

Las, n'étant que pages blanches, bien asservies
Par l'écrivain qui nous malmène, nommé Vie,
Qui en ratures se démène, par brouillons
Nous amoindrit : en ces rôles que nous jouions…

Jouons… Jouerons… D'essais continuels en thèses
Déchues. Acteurs qui déçoivent – en fin se taisent.
Sans cesse jetés dans l'abîme du néant,
Jamais réels chefs d'oeuvre dont Vie soit content.

Amère pensée qui pousse à chercher refuge !
Quand memento mori paralyse à gogo,
Il en est qui préfèrent cultiver l’ego
En projets... Frivolités... "Après eux, déluge"...

Mais comment être fiers de ce qui en résulte ?
Comment font ceux qui de leurs petits je exultent ?
Comment donc croire que les produits d'un modus
Operandi soit des personnes ? Un rébus

Possède plus de sens que le hasard de naître :
Pourquoi sur ce dernier poser socle de l’être ?
Eclosons – rien ne nous appartient, quand famille,
Patrie, société sont langes qui nous habillent.

S'en suivre ? Je n'est rien à dire –
Sans suite : illusion à maudire.
Ce rien dit : conscience où mourir.

Nous n'aurions plus droit à cette grâce, immortels :
L'ennui de savoir de quoi est tissé demain,
Fixés infiniment dans nos je éternels,
L'ennui de nous retrouver en tout ce qui vient

Serait révélation de notre absence au monde.
Essayant tout : sexe, encéphale, corps changeants...
Et connaissant tout, pris dans le désoeuvrement.
Tous identiques, la conscience moribonde

Quand le "moi" enfin, de son rang d'allégorie
Descendant s'incarner dans le marbre et l'ébène,
Se dévoilerait comme nous multiple : aporie.
Ô que science jamais ne nous rende pérennes !

Certes, rien ne sert de dénigrer le futur
Mais tellement peu savent qu'ils ne sont que spectres :
Ils ne voient du progrès que les points de suture,
N'entendent pas qu'il se jouera d'eux comme un plectre.

Lors, le pire des maux n'était pas dans la boîte,
L'espoir n'était qu'un leurre et la peur se tient coite :
Cause ? Première personne du singulier
Se croyant déifiée : morgue du séculier.

S'en suivre ? Je n'est rien à dire –
Sans suite : illusion à maudire.
100 suifs de chandelle... Applaudir
Ce rien qu'on dit : science, ou mourir.

Tequila Moor

Je ne me souviens que peu d'hier
Rances relents, pissotière
Tout souci a sa solution
Un flash de détermination

Suffit pour finir en beauté
Joyeux air frais à barjoter
Pour supporter l'ennui ultime
De mon spectre nommé intime

 

Demain n'est ni loin ni trop tard
Demain est idem, monotone
Jusqu'au libre instant du départ
Le reste appartient au carbone

M'en voici donc extra-lucide
Mon futur, ça le génocide
Ça me gêne aussi : mon présent
Ne s'en trouve pas mieux portant

Pourtant je ne fais pas de bruit
Faut pas révéler à autrui
Quand, de mi-figue à mi-raisin,
L'esprit flirte avec le zinzin

 

Demain n'est ni loin ni trop tard
Demain est idem, monotone
Jusqu'au libre instant du départ
Le reste appartient au carbone

Si c'est su, on me catalogue
M'envoie voir le suicidologue
Qui hop ! Devant ma bonne mine
Diagnostique un manque d'amine

Après, je ne ressens plus rien
On appelle ça "aller bien"
Des cachets m'envoient dans la brume
Retour au normal : en légume

 

Demain n'est ni loin ni trop tard
Demain est idem, monotone
Jusqu'au libre instant du départ
Le reste appartient au carbone

Mais si demain est idem, gourd
Alors autant mourir aujourd'...

Tequila Moor

Schize Alien

De cette obsession sexuelle, qui déborde,
Ne plus maîtriser la nervose, qui saborde.
Le cercle vicieux reprend son thème à l'envi :
Je bande donc je suis. Ou je jouis donc je vis.

Impasse mâle, un malin passe – et un public    
Tourment insinue en coulisses sa métrique.
Vitale lie, de fiers fantasmes se préparent :
C'est l'hallali, leur drame me délire, hilare.

Car, vous ignoriez mes globes qui vous fixaient,
Quand tout le reste s'étranglait en tremblements.
Carcan : seul endroit de mon corps qui s’éreintait,
M’étreignait d'une tuméfaction admirante.

Voir vos petites morts, tumescence du moi,
Visionner le film de vos yeux agonisants :
Jouir où ils charrient le feu, soumis à ma foi,
En vengeance de vos démarches chaloupantes.

Vous m’envoyez - je vouvoie - d'infécondes ondes :
"Traînée", ce mot qui se traîne en mon occiput
M'incite à vous tutoyer, toute honte bue... Chut.
Alors te posséder, crâne rongé, me sonde.

Ô ! Sentir ma verge élargir tes orifices
Au centre interne de ton monde, qui t'empale,
Te soumet en te libérant – axe central.
Equarrir tes contorsions, qu'elles s'avilissent.

Echancrure, ta robe en brut se boit en toi,
Une bouture en but y bourgeonne déjà.
Tes membres s'emballent : reptation ou rectal ?
Beauté du dos qui ondule, où je testicule.

Et lorsque je t'aime à m'en décoller la plèvre
De ma fragile fièvre, cœur au bord des lèvres.
Envers toi, de vomissures en commissures,
J'expire tout mon suc : prie que cela m'eunuque.

En cette attente, t'exciter me ressuscite :
En toi,  je comble le rien. Lors, suce mon souffle
Gourmand, ta tendre chère est ce qui me suscite.
Ma pire hantise ? Que tu me nommes maroufle.

Marasme de l'écume d'Eros qui s'éveille,
Dégénère en stupre, puis en exquise spume :
Tes merveilles s'affirment vacarme vermeil
Quand mes sens, à tes sons et parfums, s'accoutument.

Humain hymen, qui m'a dérobé l'innocence,
Ne résiste point quand je viens te défeuiller :
Je ne sens plus –  bel oubli – son omniprésence,
Veux en ton sang, sa douceur perdue, percevoir.

Bis d'infortune, tu frémis ainsi au même :
En un bouquet final, un choeur de tes hurlées,
Que s'épanche cette ardeur d'un cruel carême.
Harmoniques en résonance, ta mâchoire.

Elle – qui fût les fruits de nos apertes pentes,
Chants de tant d'expériences – mais Schize Alien hante :
Que ces heures passent pour en corps se répandre,
Que ses ailes passent. Encore se détendre.

Or libre de vivre, or avide de déviance,
L'envie drapée s'étire en toute nonchalance.
Autant ce désir, au temps, file chuchotant,
Quand folie se nourrit dans le fief du néant.

Enfin mon cerveau, ce demeuré, se maîtrise :
J’en demeure un amoureux transi qui s’enlise.
Amoureux de personne, ou bien du seul amour,
Attendant une âme autre où m’absoudre en retour.

De sociales idées dévorent mon désir,
Pour ne pas déraper, j’y croie à en mourir.
À se prendre de haut, pour ne pas s'échapper :
Suivre ces précautions, s’ensuivre annihilé.

Tequila Moor

Xanith

Arraché au sein maternel :
Soudain, il se fit belle.
Homme ou femme – cible de fiel –
Qui ne put vaincre un gel pluriel.

Son existence fut fragile.
Tant, que le rire des séniles
Suffit pour en couper le fil,
Tel un rejet de bile.

Le désir fut sa cause :
Soumis à son hypnose,
Elle y plongea sans prendre pause
S'abandonnant à la sclérose.

... quand ce genre de transe
Te prend – tu te sens étrange,
Quand cette transe de genre
Te fend.


L'homme est reparti dans les dunes,
Sa fosse est remplie d'une
Ou d'un autre. Castrats de lune
Androgyne : bis d'infortune.

Ses pensées étaient absorbées :
Le mépris les a escortées
De glace, elles en sont restées,
Puis se sont putréfiées.

Ces vers, à l'honneur de son corps :
Elle pourrit. Terre dévore.
Rien n'est plus, au dehors,
En dedans s'alanguit la mort.

... quand ce genre de danse
Te rend – tu t'étrangles d'ange,
Quand cette transe de genre
Te fend.

Tequila Moor

Virus

Je prends conscience de mon corps
Comme d'un instrument de mort.

Ou conscience de ma faiblesse :
Se cacher, désirer sans cesse.

Conscience de mon énergie,
De ma rage et sauvagerie.

 

Puis conscience de mon cerveau
Qui sert le but de mes travaux.

Conscience de ma survivance :
Fruit de volonté, de souffrance.

Je prends, de mon venin vulgaire
Pour me répandre, infester Terre,

Conscience.

 

Ce monde est mien –
Car je suis à ce monde.

Humain, je suis humain.

Humanité, je suis humanité.

Tequila Moor

Certains disent "jamais" d'une ambition polie
Ce qui équivaut à : "jusqu'à ce que je meure"
Ôtons donc, de cette opération, l'infini
L'équation se résout en simples sons : "jameur"

Le monde me parvient comme suite innommable
Algèbre de hasards que je ne comprends pas
Je parle ici bien sûr du réel impalpable
Car mon humanité, je sus la mettre au pas

En elle se trouvèrent des occupations
Amour ou amitié ou bouche que veux-tu
Ou la maternité, la réanimation
Des raisons d'ajourner l'instant où je me tue

Une pincée d'argent puis un trait de cynisme
Puis de la gentillesse ou du courage, au mieux
Recette du bonheur, façonnage d'un isthme
Pour se lier aux autres, peut-être vivre vieux

Soudain il ressurgit, cet instant dérisoire
Quand mon crâne est ailleurs, dans la dimension Z
Alors le sens n'est plus, la conscience illusoire
Quand le langage ne fournit aucun remède

Dès lors je ne dis rien, plus ne m'est rien à dire
Quelquefois je gémis, comme ferait un chien
Qui griffe le silence au moment de périr
Accompagné du maître, il lui lèche la main

 

Las ! Les autres autour me ramènent bientôt
Au banal quotidien ; ou je fais un effort
Et invoque un bon mot, poncif ou météo
Tout est bon pour rejoindre la meute, en accord

"Je pense donc je suis" : soyons clairs, je m'en fiche
Suivre est pente naturelle, dès la naissance
"Je suis donc je pense" suffit comme pourliche
Pratiquons un truc : en vient vite sa croyance

Le cerveau n'est pas fait pour tout appréhender
En fin d'après-midi, nous disons "Sol se couche"
Or nous avons appris Copernic... Galilée...
Le cerveau s'attrape avec du papier tue-mouche

Pourquoi être vivant ? Pourquoi devoir s'éteindre ?
Pourquoi tant de pourquoi s'invitent tendrement ?
Caresser l'épouvante, l'angoisse l'étreindre
Puis l'orgasme final : l'absurde est sentiment

D'un coup : décès de l'avenir (prémonitoire)
Et univers est à venir ; oui, mon amour
Et unis vers l'ensevelir (régulatoire)
D'un coup d'essai : brouillon d'un éternel retour

Dès lors je ne dis rien, rien ne m'est plus à dire
Dans ce cas j'irradie, comme font les étoiles
Qui éclosent au silence et viennent t'offrir
Leurs voix au choeur du vivre, leur voie sidérale

Tequila Moor

Il existe une situation appelée tristesse. Il en existe une autre nommée vide. Ces deux sont souvent confondues ; or elles s'opposent. La tristesse peut être décrite comme déchirement, celui-ci prend de la place, trop de place, jusqu'à vous emplir, jusqu'à déborder : vous voudriez pouvoir déposer ce fardeau hors votre être, ne plus sentir son poids dans vos pensées. Rien de commun avec le vide qui, son nom l'indique, est absence : quelque chose manque à votre être, vous ne sentez pas de poids, vos pensées ne pèsent rien, tellement rien qu'elles vous ont désertés. Pas assez cependant, pas assez pour ne pas ressentir ce vide.

Les timides connaissent bien la tristesse : elle les accompagne dans la rue, au travail, dans les endroits publics, endroits où il y a du jeu, de la séduction. Ils voient les corps des autres se frôler, se réclamer, graviter les uns autour des autres, les regards comme autant de forces d'attraction. Les timides aussi ont un corps, des regards, ce qu'il faut pour jouer, sans avoir les règles : quelque chose ne marche pas chez eux, ils ne savent quoi, ils croient ainsi être estropiés et ce soupçon d'être diminués les emplis, cette certitude d'avoir moins les rend tristes. Quelqu'un que le jeu du désir attriste, il voudrait savoir exprimer tout ce qui l'emplit pour chasser la tristesse.

Mais le vide : c'est autre chose. Quelqu'un que le jeu a évidé, il voudrait ne plus pouvoir ressentir l'absence, il voudrait ne plus avoir ces yeux d'où suinte l'avidité, ne plus savoir qu'il est vide. La nature a horreur du vide.

Depuis quelques temps, la poussière l'agresse, sous chacun de ses grains se cache une menace, sous chaque amas moutonnier se tapit l’ennemi. La saleté il connaît bien, il est célibataire, du genre forcené, du genre qu'une femme a rendu fou de douleur, du genre qui a emprisonné son être derrière la poussière de son logement. Aucune autre ne viendra ici, il le sait, la saleté de son chez-lui l'en protège. Même si elle le protège plus de son désir à-lui que de la réelle éventualité qu'une femme entre dans ce logement. Il ne va plus dehors chercher de féminité, ne va plus chercher grand-chose à vrai dire : restant vide. Mais les grains – les moutons – lui ont déclaré la guerre.

Ce matin, le réveil. Il s'est levé, s'est lavé ; dans la salle de bain, quelque chose de changé. Il a étalé le dentifrice sur la brosse, et puis... Il a approché la brosse de sa bouche et... A commencé de frotter... Eut envie de s'écorcher la gencive, soudainement. Lui brossant brusque, la brosse forant l'intérieur de la joue, sale rosse : au lieu de s'arrêter, lui continuant. Ayant mal or continuant. Ensuite s'est coiffé : perdant un peu ses cheveux, il s'oblige à cacher les trous de façon soigneuse, l'habitude... Là ne pouvant pas, le mal de dents bien sûr mais surtout ses yeux qu'il ne pouvait croiser dans le miroir et qui lui faisaient peur et son regard qui même dirigé vers la racine de ses cheveux absorbait le blanc hurlant de son double glacé, en face à jamais ailleurs.

Ce matin, c'est un homme terrorisé qui a quitté sa garçonnière. Tout ce jour, la vision des femmes l'a évidé, puis rempli ; car ses mains ogives, sur la brosse continuant à marteler sa gencive, crissements, chair à tournevis, ossements... Et ce soir, les grains – les moutons – l'attendent.

La nature humaine a horreur du vide.

Tequila Moor

Ô ma reine !

Je pense à ça, et rien qu’à ça : je veux être son esclave d’amour, lui donner ma verge, ma force, ma tendresse, ma virilité, mes fesses. Je veux la voir, l’entendre, la toucher, la sentir, la goûter : j’ai envie d’elle, comme cela jamais ne m’était arrivé de personne.

J’ai envie d’être en elle, de la mener à ma baguette, d’aller doucement, qu’elle la sente tout du long, ou de violenter rapidement ses tréfonds, j’ai envie d’être celui qui la défonce, j’ai envie d’elle et qu’inexorablement je m’y enfonce, comme en un piège béant, comme en des sables mouvants : je veux qu’elle soit la plage et moi l’océan, je veux que mes embruns viennent lécher ses grèves comme ses lèvres, d’en haut d’en bas, les doubles comme celles des premiers émois, je veux être le tsunami qui va la saccager, le sel qui va se déposer sur son sable mouillé, sur son corail, en profondeur qui va être avalé. Je veux qu’elle m’absorbe et qu’il ne reste rien de moi, rien que la trace d’espaces infinis qui se dérouleraient en ses yeux : je veux l’apprendre, dans tous les sens, la prendre, dans tous les sens du terme, la laper et me rendre, dans le sens de mon sperme. Je veux la faire jouir comme jamais elle n’a joui, qu’elle crie pitié, qu’elle me dise merci, je veux être celui qui la fasse redevenir animale, qu’elle me dévore quand je pourfends ses atours, je veux me démembrer en ses membres et n’être plus que son instrument, dur, inflexible, infatigable, adapté à ses fentes, à ses antres, à son ventre en lequel j’entre. Je veux être le soldat, l’aspirant qui se dissout en ses pores, qu’il ne reste plus de mon corps que mon aimance mise à nu, sans cette chair qui lui appartient, qui y revient tout droit, qui lui revient de droit.

Je veux qu’à la fin, presque morte de sensualité, dans un dernier sursaut, elle m’apprenne, là où elle se serait refusé avant, qu’elle m’avale goulûment, façon gourmet gourmand, qu’elle m’inflige la punition de son souffle, de sa langue, de ses dents : qu’il soit dit que je lui servirai mes mets de choix, ou que je sois servi ainsi en guise d’ultime repas, celui du couronnement de ma reine cannibale, qui s’infligera le supplice du pal par voie buccale, pour mieux atomiser ce qui reste de ma fierté génitale. Je veux l’inonder de ma semence, qu’elle me déguste jusqu’à la souffrance, qu’il ne reste plus une goutte de mon liquide séminal, et qu’après encore elle s’acharne sur mon sexe asséché, que je sois damné en le gouffre de sa bouche, que je la supplie d’arrêter, qu’elle n’obtempère pas, jusqu’à la douleur suprême où je crie et pleure et me jette à ses pieds, la suppliant de m’épargner, de me permettre de resservir encore une fois pour son plaisir.

À jamais ton esclave, Ô ma r…

Zut, saloperie de réveil !

Pour le coup, tant pis pour la gaule du matin : pas du tout envie de faire l'amour à mes petits doigts boudinés.

Bon...

Est-ce qu’il reste du café, au moins ?

Tequila Moor

Vortex

Cette nuit, on a tué ma semence
Dans l'absence, le mystère de sa vie s'est enfoui
Lynché par la houle
Fluxé tout son soûl
Un poète de troc
Qui, baroque, se répand en soliloques
Contemple son appendice
Pleure l’édifice
Ou la fille qui l'acquittait, hors de ce ventre

« – RENDEZ-MOI MA CHAIR ! »

Des astres, nés morts hors de l'antre
Le bambin
Est jeté avec l'eau du bain
Le bébé jeté avec les eaux de la Mère
Douce et caressante
Les cuisses ruisselantes
Geyser de sang qui répand son enfer
Un con d'homme, en mémoire

« Mon dieu madame nous vînmes et dîmes cet hymen un monde mais il devint mieux démon »

Contre moi
Je voudrais serrer ce qui ne fut jamais qu'un bout d'humain
Début d'une ex-
Croissance
L'expérience de ma finalité
Souhaitons, alors, que l'amour se suffise
Que nos rides naissantes prêtent corps, encore
À une enfantine bise
Parler, Marcher
T'aimer

Tequila Moor

DTC

Où est la misère ?

Dans mon cul !

Où est la colère ?

Dans ton cul !

Où est la galère ?

Dans son cul !

Où en est la guerre ?

Où en est la guerre ?

Où ?

Où sont les solitaires ?

Dans nos culs !

Où sont les barrières ?

Dans vos culs !

Où sont les prières ?

Dans leurs culs !

Où sont les pros ?

Propos ?

Prolétaires ?

Partout !

Dans ?

Quel ?

Cul ?

Tequila Moor

Longtemps, bien avant l'invention du temps, ils furent sans vie propre. L'ensemble de leur être était ouvert au monde, rien ne les séparant du reste du réel. Combien de temps ils survécurent ainsi, nul ne le savait. Puis quelque chose commença à changer. Cela prit place au cours de générations dont personne ne se souvenait, les signes d'un changement sans précédent s'écrivant profondément en eux. En avançant, ils franchirent des frontières dont ils n'imaginaient pas l'existence. Bientôt, ils commencèrent à tout voir d'une manière jamais éprouvée avant. La nuit tombée, regard tourné vers le ciel empli d'étoiles, ils se sentaient petits et fragiles devant l'immensité. Quand ils trouvaient un des leurs, mort, ils se tenaient autour du corps comme s'il y avait quelque chose à faire, ce qu'ils n'avaient jamais fait auparavant. Alors ils commencèrent à amener ces corps vers des endroits retirés, afin de ne plus les trouver aux alentours. Mais après avoir fait ceci, certains en leur sein virent encore ces morts, debouts, silencieux dans le clair de lune, ou flânant à la lisière du feu. Ainsi ils n'amenèrent plus ces corps au loin, mais les brûlèrent, les mangèrent, les mirent sous terre : les gardant ainsi près d'eux. En eux. Et cela éveilla quelque chose, il y avait le reste du monde, et eux. Longtemps, ils furent sans vie propre. Maintenant, ils avaient de telles vies ; il n'y eut plus de retour en arrière.

Ils sont devenus quelque chose, ils ne savent pas quoi, mais ils sentent que cela n'aurait jamais dû arriver. Quelque chose doit être fait s'ils veulent survivre comme autrefois, pour ne pas devenir fous, ce savoir les séparant maintenant du reste du réel. Alors ils cherchent, ils trouvent, ils imaginent, ils mentent. Là, ils commencent à se voir d'une manière jamais connue avant. La nuit tombée, ils sentent les étoiles petites et fragiles dans l'immensité de leur regard. Quand ils trouvent un de leurs mensonges, mort, ils se tiennent autour du cadavre comme s'il y avait quelque chose à faire, ce qu'ils n'ont jamais fait auparavant. Ils commencent d’abord par les enfouir aux confins de l'oubli, afin de ne plus les trouver aux alentours. Mais après avoir fait cela, certains en leur sein voient encore ces mensonges, debouts, silencieux dans le clair d'une conversation, ou flânant en périphérie de la vision. Ainsi ils ne les amènent plus au loin, mais les recyclent, les digèrent, les rationalisent : les gardant ainsi près d'eux. En eux. Et cela éveille autre chose, il y a le reste du monde, et eux, qui ne savent plus être au monde mais qui veulent savoir ce qu’est le monde. Il est devenu impossible pour eux de croire que les choses ont été autrement. Ils semblent maintenant maîtres de leurs mouvements ; jamais il n'y aura eu quelque chose comme eux auparavant.

Au fil du temps ils découvriront ce qui pourra être fait afin de vivre cette vie qui sera maintenant la leur. Ce ne sera pas faire revivre en eux ce qui aura été vécu jadis, ils se sauront avoir une vie propre : base solide sur laquelle construire l’avenir, même si cela signifiera, pour certains en leur sein, vivre ce qu'ils n'auraient jamais dû devenir. Des choses changeront encore, des mensonges s’ajouteront aux mensonges, des vérités aux vérités. Les générations à venir seront privées d’oubli. En avançant, ils franchiront toutes les frontières. Sauf une. Longtemps, bien après avoir inventé ce qui viendra après le temps, ils se sauront encore avoir leur vie propre séparée du réel. Jamais ils ne sauront si, réellement, ils existent ; ou s’ils ne sont qu’un autre de leurs mensonges.

Tequila Moor

J'ai besoin d'eau.
Quand j'ai bu pour mon saoul,
Quand j'y suis : que j'y coule.

Quand je rentre chez moi, où le manque d'amour
– celui qu'on donne, celui qu'on reçoit,
qu'on prend, qu'on oublie –
M'étreint au point où je me sens ?
Gourd, vierge au monde.

Lors je cherche l'aqueux ;
Dans les fruits – pommes vertes – croquées à pleines dents
Vertement ;
En ce verre englouti
Qui au robinet dit merci ;
Au savon mouillé qui s'imprègne, sans plus de bringue,
De saveurs nicotinées, sur mes doigts aphalangés au zinc.

Malgré la soif,
Tant de liquide ne peut me défaire de l'aride
Créé en dedans : à l'envers,
Vos coiffes me reviennent en mémoire.
Dès lors m'arpente l'amer, celui qui  laisse choir,
Revenant à l'instant où on ne s'y attend guère,
A jeun.
Celui qui abat quand on se croit serein.

J'ai perdu le goût, de l'amusement furtif :
Eperdu la substance de l'agenouillement, érectif
Devant vos chères beautés, en remords compulsifs.

Encore, l'eau me sustente et tend à me porter
Puis s'endort l'autre ego,
Qu'enfin saisit un verre d'alcool épars.

Pour finir, reste à enfumer rétro : reste de pensée à boire,
A fredonner ?
Que silencieuse est la gamme qui s'envole. Ma préférée.

Improvisation
– à ma portée –
Près de la clef du sol.

Tequila Moor

Des biles

Chaque année, c’est pareil, à l’idem belle époque
Printemps des poètes, que ça s’appelle
Tous les ans, il pleut des feuilles blanches à Paris
Pas des feuilles mortes, hein !

Non : des feuilles blanches, ou bien raturées, souvent froissées, de rage et dépit mêlés

La feuille blanche
Autrement nommée page blanche
Enchantée madame, comment allez-vous ?
Ma foi, fort bien : si vous saviez comme certains m’aiment
La Page Blanche…
Insistez bien sur le « laaaaan » qu’on en défaille et calenche

Tellement de pages noircies à propos de page blanche
Par des gens qui se charcutent l’esprit, cherchant à emplir leur page blanche
Et qui ne trouvent pas, bien entendu, hormis leurs histoires de page blanche
OK j’abrège

Non mais ho, vous n’avez rien d’autre à faire ?
Sortir, aller à confesse, faire l’amour, écraser des fourmis, que sais-je ?
N’êtes pas au courant qu’il faut vivre avant que d’écrire, que c’est belle façon d’avoir quelque chose à raconter ?
Pas au courant que ce qui importe, c’est de vivre ; peut-être après, d’éjaculer sur du papier ?

Tenez, un exemple de ce qui se ramasse à l’appel, à l’idem belle époque :

« Eau, source de vie
Contraire du vin
Source d’écrits
Vains »

Ouais : torturé par le talent, que l’auteur est
Si c’est une autrice, file-lui ta roue motrice

Rhalala c’est pas tout
Il est d’autres ahuris à qui tordre le cou
Affirmons-le gaiement, y’a rien de pire que les textes de littérateurs
Mais si, vous savez bien…
Ces bonimenteurs dont la spécialité est de commettre des textes sur comment naissent les textes
Pourquoi ?
Imaginez donc un peintre réaliser un tableau sur comment naissent les tableaux, vous verrez
Mes blablateurs
Si encore vous étiez lus, avec vos textes qui pourraient servir d’explications de texte aux dictionnaires mondains
Allez, je ne vous cause même pas d’être vécus, hein !

Nan mais sérieux
Voir d’apprentis écrivains écrire, sur le fait d’écrire
Voilà qui me donne l’impression d’entendre des machos parler de leur p’tite chose
Quand ces derniers
Incapables d’en premier lieu penser au fait de connaître une femme
De se fondre en elle, jusqu’à oublier leur engin

Au contraire !
Pensant d’abord à leur gros machin
Comment qu’il est, comme ci ou comme ça, assez dur en tout cas
En tout cas faut qu’il fonctionne (merci on sait, c’est pareil pour tout le monde)
Vraiment un incroyable miracle qu’il fonctionne
Car ils ne pourraient vivre sans un bidule qui fonctionne

Pareil donc pour ces écrivaillons
Qui nous, se prennent la tête, via leurs petits émois
Que c’est formidable d’écrire
Vraiment un incroyable miracle
Qu’ils ne pourraient vivre sans, mais ce n’est pas facile d’écrire, holala
Simple : c’est quasi de l’anti-vie
Blablabla

Sûr
Paraît que, morte est la littérature
Si roide, elle n'est pas encore ?
Froid, son corps bouge encore ?

Faut l’achever !
Les choses seront plus claires
Puis les clercs seront plus choses
Bien fait

Alors…
Je vous pose la question, cher lecteur :
Pourquoi ces nazes qui n’ont rien à dire tiennent tellement à le faire savoir ?

Z’avez remarqué qu’il m’a fallu arriver au bout de cet éjaculat pour vous la poser ?

Tequila Moor

SMS

Le bus coincé dans les bouchons.

Ça rend tout le monde ronchon :

Les p'tits bébés, puis les adultes

Ou les autres, dans le tumulte

 

Des klaxons, des bruits de voiture.

C'est ça Paris, c'est l'aventure

Du bus qui entre doucement

Par la Porte Ménilmontant.

 

Bonheur des transports en commun :

Pour la transe, on verra demain...

Mais qui donc me transporte ? Toi,

Comme un air qui met en émoi.

 

Donc, je t'envoie un SMS :

J'ai le temps, je pense à tes... tresses,

A tes nattes, à tes cheveux...

Je ne sais, je fais mon envieux !

 

Faut dire : on ne se connaît point.

Pourtant, on prend déjà grands soins

De l'autre, arrivant à marier

Electrons & complicité,

 

Sur internet, dans nos échanges

En invisibles – c'est étrange.

Faut dire : on ne s'est jamais vus

Hormis en photos. Mais pas plus.

 

Pourtant : attirance en apôtre,

Virtuels égards l'un pour l'autre,

Font partie de nos rituels ;

Modernes riens si sensuels.

 

Donc, je t'envoie un SMS :

J'en veux, du toucher... des caresses

Puis admirer tes beaux yeux bleus

Qui sont deux – ou suis-je bigleux ?

 

Las... Retour au bus : il avance.

J'appuie sur « send » en bienveillance.

Là, les bébés ne pleurent plus.

Tu me manques, tendre inconnue.

 

C'est l'hiver... As-tu une belle

Météo ? Mets tes bas, s'il gèle !

Mais je suis bête : dans le Sud

Le temps est doux. Ici c'est rude.

 

Voilà mon arrêt, c'est fini :

Je descends – rentre dans la nuit –

Me souviens de notre rencontre

Dans le futur. Contre la montre.

 

Donc, je t'envoie un SMS :

En marchant, le coeur en kermesse...

De te voir, je fais le voeu pieux.

Dans l'attente ? Bisous en jeux !

Tequila Moor

Bar-PMU est idem à ma résidence secondaire.
C’est drôle : je ne me souviens guère en avoir une primaire.
J'y passe maintenant – jour, soirée – l’essentiel de mes moments    
À boire, observer, réfléchir ; ou rien d’autre d’intéressant.    

Là, au milieu des verres sales, paradis pour anonymes :    
Ça y cause pas, beaucoup, sur tout, de rien, de façon minime.
Nombre d’hommes, quelques femmes aussi, se retrouvent ici :
Rien à se dire au fond, le regard attiré par les paris.

Grand prince, je dépense ici mon fric de crevard du tertiaire.
Même dans la dèche, j'y suis : on m’y a fait crédit en bières.
Malgré l’immonde boucan, les morceaux glaviots de la radio,
J’y vais : mieux vaut être là que sur le net, dans un bar néo

Chic, hype, rétro, cosy – ou les deux en même temps, wifi
Oblige, ou 3G. Ou mieux… Hyper connectés ! Musique hi-fi !
En discussion – réelle, virtuelle – avec des gens sains
À propos de leurs projets, de leurs envies, besoins ou desseins.

J’ai supporté tellement ceux-là, tel moi, ou bien d’autres sortes :
Tous à s’agiter, vouloir prouver, qu’ils sont parts de la cohorte,
De qui importe ou de qui vit. De qui sait mieux faire semblant –
Mais enfin, pas trop souvent… De qui sait fuir le désoeuvrement.

Mort & vie sont les idées qu’ils n’abordent que lorsqu’ils s’ennuient :
En ça, ils ne sont pas si différents des ivrognes de nuit.
Ces derniers donnent bien plus dans la philosophie de comptoir,
Vu qu’ils ont plus l’habitude – plus le temps – de reprendre à boire.

Mais ils pensent tous idem, nomment ennui ce qui fait bailler,
Ce qui empêche de bouger, donne à peine envie de changer :
Dans ces instants, ils sont comme des rats qui s’épuisent en cage,
Ont l’impression d’être avalés en sables mouvants – marécage.

Ici, dans les gogues, à lire : annonces pour des services,
De préférence salaces, ou bien macabres ; de sévices
En attaques chimiques contre le bon goût, ou les narines.
Spéciale dédicace à Javel & aux gars de la Marine.

Aussi, j’apprécie ce Bar-PMU, pour la résignation
Dont font preuve les clients : l’humilité de leur condition
Devrait être enseignée, à tous les bas-du-front, dont l’arrogance
Sait si bien se mélanger avec l’espoir. Avec l’ignorance

Dont je faisais preuve auparavant, m’admirant dans les vitrines,
Rivant le regard d’autres gens sains, comme moi, pour la cyprine
Ou juste pour savoir si j’étais conforme : miroir de rue.
Me foutant de tout, j’avais raison, j’étais partout – bienvenue.

Demain je serai ici, fidèle au poste : au bout du zinc,
Après le burlingue, peut-être ayant déjà taché mes fringues.
Autour, les bouches des autres pochtrons comme autant de poubelles,
Une tireuse à bières pissant l’oubli. Les écrans, réels

Et rassurants, disposés dans la salle, diffusant les courses :
Tels les dieux d’un nouvel Olympe, régnant sur toutes les bourses.
Alourdissant certaines, allégeant la plupart, quand les scores
Mettent tous les participants au même niveau, en accord.

Qui pensent tous idem, nomment ennui ce qui les fait vieillir,
Ce qui rabat leur caquet, les empêche de s’enorgueillir :
L’argent serait la solution, pour sortir de l’état stupide
Où les plonge la peur du lendemain ; monotonie morbide.

Parfois, au bar y’a un type qui a osé, qui est parti : loin.
Racontant ses voyages, ses cicatrices, ses coups de poing.
Toujours de passage… parfois, c’est une femme qui dit « stop » ;
Elle va tenter sa chance, son ailleurs, avant de finir myope.

Pour ceux-là, l’ennui a été révélateur : dégoût du monde
Mais d’où, peu à peu, se libère l’aspiration moribonde.
D’où renaît donc le désir déçu, germe d’un nouveau départ :
Même si leurs chaînes ne tombent pas, ils réclament leur part.

Là où d’autres oublient, en pariant, en buvant, leurs vies décombres.
Là où d’autres étouffent, renâclent un peu, dans la pénombre.
Il en est qui veulent que, n’importe quoi, quelque chose arrive.
Que le fleuve soit plus beau, docile, une fois sur l’autre rive.

Moi, je ne parie pas, mais je bois, puis ne les blâmerai pas :
Je m’ennuie sans être proche d’eux, ça donne un but. Grâce à ça,
La langueur de vivre l’emporte : si j’étais autre, ou ailleurs,
Ou demain… Ça ne changerait rien, car en mon for intérieur :

L’ennui, c’est la simple impossibilité d’être, quand on sait
N’avoir rien en propre ; quand dans tout ce qui existe on ne fait
Que s’éprouver, puis se retrouver ; simple impossibilité
De s’oublier, tout en ayant la sensation d’être évidé.

Et ce sera toujours idem.

Tequila Moor

Irène

On a joué tant et plus, aussi sué sang et eau :

Le rejet et le pus ont posé leur veto.

On s’est trouvé fiévreux, maladifs au futur :

Nos recherches du mieux ont chuinté dans l’azur.

Chacun qui cherche à prendre ne se sait pas donner

À tel, pour qui tout rendre, de vivre en est la clef.

Chacun qui cherche à croire ne se sait pas offrir

À tel, pour qui savoir, est un nom du mentir.

Irène,

Tu m’enivres :

Laisse mes veines.

Elles ne veulent plus t’ensuivre,

Sinuer en angle obtus...

J’opte pour l’inconnu

Du délire, capitaine.

Priez, nues !

Ires – Haines.

C’est bien avant la rage qu’apparut ta fadeur,

Traînant dans son sillage l’urée de ma douleur.

C’est bien. Que mon courage ait échoué dans l’erreur :

Te revoir était sage…

T’écharder ? Un ailleurs.

C’est bien vu ce naufrage,

Mon vît qui est un leurre :

Départ de ce voyage – non-vie qui est à l’heure.

Tequila Moor

Hey ! Pitre...

Il existe des règles à suivre
Droite et mesure, sang et cuivre
Epître aux ivres
Il existe des couleurs à téter
Brune ou ambrée, rousse ou blonde
Tel un goût de divinité
En ingérer le monde

Hey !
J’apprends que tu m’échappes
Dur de changer de sape
Epître aux gouapes

 

Il existe un paradis en enfer
Masoch y monte ses enchères
Epître aux vers
Il existe des dents à l’encontre
Sucrée, salée, amère, acide
Tel l’appétit que tu montres
D’arômes spermicides

Hey !
J’attends que tu m’attrapes
Dur de passer ce cap
Epître aux poypes

 

Il existe un présent que nous faisons
Tel l’amour – et le dire : à quoi bon ?
Epître aux dons
Il existe des palais s’emplissant
Surpris à ravir jusqu’aux lèvres
D’amidon, de gras, d’astringent
Piqués de cette fièvre

Hey !
J’échois aux chausse-trapes
Dur d’adorer Priape

Hey ! Pitre…
Jappe !

Tequila Moor

Nos Ombres

Las
Peu à peu
Par nos ombres, nous sommes remplacés par nos ombres

La vie n’est que lumière
À droite, au bout de la naissance
Sens unique après un non-sens

Douloureuse, éclatante
Nous fait crier à pleins poumons
Un rappel de cet étymon

D’où nous fûmes nommés
Nostalgie du temps d’avant
Souvenir du limon ; néant

Accrochées aux branches
Du pendule, nos heures sont en dépôt
Le crédit de nos comptes se serre de zéros

Jeunes, notre ombre est merveille
Se détache d’autres ombres, en face du soleil
S’étire loin derrière, nous voyons tout grand

À notre image – et le chemin s’étire
D’énièmes sens ne détectent rien
Aucun risque, aucun trouble ne vient

Mais, aveuglante, la sombre érode
La beauté, le bonheur ; voire leurs antipodes
Miracle des éclipses

Remplacés, nous ne vieillissons pas
Enlacés par celles qui dirigent nos pas
Nous voici ombres de nous-mêmes

Tout, nous saurons tout
Quand les halos auront déserté
Ou bien rien – sans plus avoir à parler

Quand les ombres nous auront déchus
Ainsi, nous saurons qu’il aurait fallu
Ne jamais connaître la lumière

Ouvrant les yeux, à quel espoir stérile
Nos regards pâles s’accordent-ils?
Tenter de réfuter l’avenir

Destination ?
Dernière étape de la fin
Fin du concept de fin

Au bout de la lumière
À gauche, la mort n’est qu’un tunnel
Retour d’incohérence originelle


Une à une
Par nos ombres, nous sommes remplacés par nos ombres

Tequila Moor

Pézoute Pastiche

Ta mère

Qu´on voit danser – le soir dans les cafés

Nous fait la nique

Ta mère

Puis nous écrase les pieds

Ou la chique

Ton père

Sitôt murgé

Recommande toujours à boire

S’affale sur le zinc, ton père

Sitôt dézingué, par

Son pézoute Ricard

Et toi
Petit n’enfant
Regarde tout ça, sali !
Toi
Quand tu seras grand
Seras-tu abruti
Aussi ?

 

Ton frère

Vous ramènera

Au volant de sa Golf III

Et comme d’habitude

Ta mère

Va ronfler sa solitude

Sur le siège arrière

Ta sœur

« Basse-de-plafond »

Dehors, fera les cent pas

C’est votre porte-monnaie – ta soeur

Une vraie Lolita

Des bas-fonds

Et toi
Petit n’enfant
Regarde tout ça, sali…
Toi
Quand tu seras grand
Seras-tu abruti
Aussi ?

 

Ta mère

Dure comme la trique

Se nomme Véronique

Ta mère

Et y’a que toi, n’enfant

Qu’elle ait vraiment réussi

Pour l’instant

(mais c’est pas fini)

 

Sur l'air de ? Un trésor national, bien sûr ! Le seul, l'unique :

Tequila Moor

Belle-île

Sur des eaux houleuses avoir quitté le port, être porté en bateau, sentir les vent, froid, crachin s'abattre sur le visage, emplir les narines d'un air sauvage, faire trembler les paupières, l'île déjà loin derrière. Pourtant rester droit, en équilibre sur le pont, combattre le mal de mer, rafales s'engouffrant dans les artères, sang qui les déserte ; la main près d'un garde-fou auquel se raccrocher, la confiance en ses réflexes pour aux flots ne pas tomber. Malgré l'amplitude des vagues, la fatigue des membres, ou la lumière qui pourfend la vision. Et jouir.

À un village côtier discuter avec les gens – renseignement proposés en toute sympathie, échanger quelques mots d'esprit. À la boulangerie l'achat d'une pâtisserie, au bar de la place la commande d'une café, et la patronne apporte une serviette, spontanée, pour aider à manger sans se salir, n'attendant rien en retour. Hormis merci au revoir, une fois prochaine bonsoir. Là, écouter des pochards s’étant retrouvés, après avoir bourlingué aux 4 coins de la planète ; l'un ne sait plus raconter l'histoire du petit canard noir, mélange à celle de paf le chien. Sourire.

Une soirée éternisée, un repas agréable, une chambre d'hôtel. Rater le moment où 2 corps peuvent s’étreindre, en un étrange flottement, sans savoir si ça aurait été possible. Se coucher seul, se promettre d’offrir son amitié, sans d’inutiles errements sentimentaux à ajouter. Ne pas s’assoupir de suite, profiter du parfum féminin qui flotte dans l’air, de la présence si réelle de l’autre à quelques pas de là. Entrevoir l’ironie, que l’un veuille donner n’entraîne nullement que l’autre veuille recevoir. Puis le sommeil. Qui délivre.

Lendemain matin, début de dimanche sain : visiter l'église dédiée aux pêcheurs, admirer de modernes vitraux qui retracent leur mode de vie, s'extasier devant les statues qui s'intéressent à ici – pas ailleurs. En sortant, de jeunes gens font la manche sur la place, ayant passé la nuit en bamboche ou à chanter sur une plage, qu'importe, voudraient juste quelques sous pour l'achat de viennoiseries. Une dame leur offre plein sac de croissants, se disant que ça pourrait être un jour de ses enfants le tour, qu'il est hors de question qu'ils ne puissent s'amuser. Et vivre.

Après une longue errance, sur une abrupte falaise, surplombant des rochers découpés et traîtres, sur lesquels des vagues s'abattent en faisant retentir leurs embruns, s'allonger dos contre pierre ; écouter son coeur battre dans la roche, humer la bruyère, yeux clos, membres dans les fougères, et rêver aux premiers hommes qui adoraient la mer. Qui pour l'apaiser lui dédiaient des sacrifices, qui devant l'ampleur de sa colère vivaient dans la terreur, qui savaient qu'elle et sa soeur terre étaient l'alpha et l'oméga de leurs misères. En dormir.

Plus tard. Bien plus tard. Des souvenirs s'étripent dans le dédale de la mémoire, cette élitiste, qui se plaît à rappeler les malheurs que nous avons rencontrés, cette désertrice, qui s'entend à faire oublier les malheurs que nous avons ratés. Ou mis en fuite. Sapant ainsi notre bonheur, notre présent. Voire celui très humble d'être envie. Alors s'obliger, avoir la politesse du souvenir, faire que seule la joie demeure – si ce n'est la joie, au moins l'enthousiasme. Un jour. Tous les jours. Puis périr.

Tequila Moor

Spasme

L'oubli un jour s'en est venu

Rien dans les mains puis les pieds nus

Ce famélique et vermoulu

Aura rongé l'autre goulue

 

Ma mémoire ? Bien entendu !

Elle qui m'avait descendu

Etait-ce une autre ? Je n'sais plus...

Mais lui, oui, m'était dévolu

 

Voilà pourquoi c'est bien bizarre

Je m'sens à côté d'mon falzar

Tel un collabo maquisard

Ou un eunuque partouzard

 

J'ai rigolé tant que j'ai pu

Cherchant à ? Bin qu'il soit repus

Filant du rab à cet intrus

Cherchant à ? Bin qu'il soit ventru

 

Mais il a peur de la cohue

Des souvenirs, ou du chahut

De mes remords, les fort accrus

L'oubli est couard... L'eusses-tu cru ?

 

Voilà pourquoi c'est bien bizarre

Je m'sens à côté d'mon falzar

Tel un mécréant bondieusard

Le Sahara sous un blizzard

 

Après ? Désolé, c'est confus

Mes regrets étaient à l'affût

Mon amnésie s'est bien battu

Pourtant y'a eu de l'impromptu...

 

L'omniscience, dès le début

Voulait m'insérer son obus

Tout ça tourna panpan-cucul

Mais je m'en fous, j'aurai vécu !

 

Voilà pourquoi c'est bien bizarre

Je m'sens à côté d'mon falzar

Tel un non-né nommé Lazare

L'hydrogène tournant quasar

 

Je sais tout, c'est mon néoplasme

L'oxymore est mon enthousiasme

Occis mort ? C'est un pléonasme !

Tout ça, ne serait-ce qu'un chiasme ?

Tequila Moor

Nature Morte

Puis quelques années. Plus tard, trop tard peut-être. Les manèges se sont ressentis éraflures, la découverte du monde s'est colorée lumière noire, l'abîme s'est offert les pas du garçon… Ou encore est-ce ce dernier qui s'est offert ce racaille luxe : plongée en continu, sourires carnassiers, regards hypocrites. Tout l'attirail de ceux qui détestent la vie par attitude, parce qu'ils ne connaissent rien d'autre, ou qu'ils désapprirent de rire, par choix.

Aussi, solitude de sa génitrice qui s'est muée en dévoration de l'intérieur, du cerveau s'est occupé le lent ravage d'aiguilles qui trottent : fatigue renoncement, rêves mués en auto-emprisonnement, jolie fuite dans l'imaginaire qui se solde en détraquement pour marotte. Elle n'a plus l'air jeune, ô ça non ! – n'a même plus l'air féminine, plutôt l'air vicié de ceux qui sont restés dans l'ombre trop longtemps, dédaignant ce soleil qui n'offre ses joies que lors contre lui d'un affrontement.

Ils vont encore se promener ensemble, au jardin ou ailleurs, qu'importe : l'habitude. Mais les jeux ne sont plus les mêmes, leur addition un plus un est redevenue égale à deux, ils ne savent plus être unis ni encore deux + un… Ce jour, l'addition qui préoccupe l'esprit du garçon, c'est l'addiction à la caillasse qu'il saura trouver dans la poche de sa mère, le pognon qui s'apprend qui se prend dont on s'éprend. Comme souvent, sa main trouvera son chemin, en vol.

Pour sûr, il pourrait demander mais ne demande-t-on pas qu'à ceux qu'on respecte ? Quoi ? Faudrait-il avoir du respect pour cette crevure qui n'a pas pu pas su pas voulu nous éviter cet auto-questionnement ? Etait-elle là quand la honte nous bouffait la gorge, devant ses délires, ses dérives en public ? Excuse – ses remparts furent fossés, quand l'intime commença de nous assiéger – donc solution classique, égoïsme, et propre destruction recherchée : impossible de saisir ses parents dans ses bras quand on ne sait que glisser sur leur image.

Sa mère supportera comme toujours la petite arnaque, elle sait qu'il y a là manque de réflexion atterrant : son pauvre fils ne peut se rend compte que, vu leur situation, elle est obligée de savoir où leurs finances les mènent, qu'elle dissèque la moindre unité… Elle ne dira plus rien : en un reste de coin bleu roi du cerveau, souvenir de l'enfance s'amenuise mais résiste, image bonheur pour avancer dans cette vie, où les nuages ne se forment plus qu'en brouillard gris télévision, mire qui accompagne ses nuits.

Elle veut juste.

S'occuper du.

Moins possible.

Las, séparation s'achève : où, l’utérus pue…