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Le son des choses

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Loopy

De l'Eau

(Dédicace à Zera qui voulu un jour m'empoisonner avec un verre d'eau :sleep: )

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De l'eau ? :hu:

De l'eau ??? !!! :bad:

Point d'eau par tous les Dieux !

Hérétique ! Jamais en ce lieu

On ne trouvera pretexte à rouiller !!

Quoi ? :hu: Vous voila me menacer

D'étendre au sol toute votre longueur,

Si, même à contre coeur

Je ne consens à vous donner

De ce brevage maléfique ? ... Fanfreluche !

Malheureuse, cachez donc cette cruche

Que je ne saurais voir avant que les Dieux

Ne viennent reprendre en leur cieux

Les bouteilles qu'avinés,

Contre une promesse ils m'ont échangées !

Aaaah sorcière, à l'abstinence

Vous vouliez nous soumettre,

Sans avoir peut être

De cette boisson toute la science ?

Pour votre gouverne sachez

Qu'elle a même le pouvoir de diluer

Et furtivement de nous mener

D'ivresse en sobriété

Aaaa :snif: j'en perds ma prose....

Mais, Ignorante petite chose

point de tourment,

Soyez rassurée

Car dorénavent,

A votre éducation je vais m'atteler.

Et sans le moindre salaire

Vous apprendre les paradis

Qu'on trouve au fond des verres

Mais plus tard et par la théorie...

Par la théorie, en effet

Car les échantillons séants

ne sont point conseillés

A de tendres débutants

Aux esprits de plus d'un

Ont fait perdre raison

Ce qui serait inopportun

En présence d'un con...

(Bah quoi... je suis un con, oui

Revenons en à vos ennuis) :sleep:

Car avant que de parler des paradis,

Encore faut il combattre Cerbère

Pour sortir de l'enfer ...

Et pour répondre à la question "qui ?"

Si tu n'as pas compris,

C'est que je fais erreur :|

... :hu:

De l'eau... non mais aurais-tu voulu mon malheur ? :mef:

Loopy

Préliminaires

Obscur. Silencieux. Vide. Dans ce monde les mouvements sont lents, emprunt d’un dynamisme paradoxalement discret et continu. L’esprit se rempli d’idées sans lien, sans justification. Nul besoin de ce qui n’existe qu’au pluriel. Dans le sombre se cache une présence.Un ressenti. Quelque chose se trame dans la solitude qui aiguise l’inconscient et déguise le réel. On se prend à parler à voix haute, mais peu importe. On se dévoile les plus horribles secrets cachés sous nos sourires quotidiens. L’hypocrisie, plurielle, n’a plus aucun sens ici. Nous sommes tels que nous sommes.

C’est alors qu’on ressent dans le noir notre propre présence comme étrangère. On l’aborde doucement, sans brusquerie, et on la déshabille de son imaginaire. Les sens s'ouvrent une voie à la profondeur. La solitude… Pensée par pensée, on dépoussière l’esprit, on l’effeuille lentement, sensuellement. On met à l’épreuve de la plus pure des folies le moindre sentiment, rejetant, plus que de raison, le « bien-fondé» commun des rues moutonnières, des sens interdits et des jeux dangereux. On se laisse envahir par notre être, par notre propre réalité.

La solitude, c’est se faire l’amour à soi-même, égoïstement. Le paroxysme de la réciprocité.

Loopy

Des Vies

Au matin, bercé de primes illusions

Quand les yeux s’ouvrent et que les mots viennent

Assimiler le langage de la raison

L’ivresse, la passion et la nature Humaine

Rester las, timides larves atrophiées

Plier l’échine au nuage qui passe

Croyant ainsi qu’une voix qui se tait

Suffit à ce que l’orage s’efface

Faire passer les non-dits pour de l'élégance

User chaque route, genoux contre terre

Dans l’espoir imbécile qu’une révérence

Aux yeux de nos belles finissent par plaire

Soumettre l’envie à la bienséance

Refouler son attirance pour l’Enfer

Enfermer les naturels dans le silence

S’assoir, fier, sur une morale délétère

Perdre son temps à de vaines fadaises

Cependant que le monde luit encore

Et tourne, dans les presque vides, à son aise

Perdre son âme en oubliant son corps

S’oublier au dictat des numéraires

Pour sauver de piteuses apparences

Malgré nos brides, se croire téméraires

Sans jamais une fois dire ce que l’on pense

Ronger nos vies de plaintes abrasives

Attendre demain, délaisser aujourd’hui

Et ferrer l’ardeur des colères les plus vives

Sans profiter des caresses tendres de la nuit

Rêvasser, enfin, d’un monde meilleur

Sans ne jamais tenter de rien y faire

Espérant que loin, quelque part, ailleurs

Un autre forgeron batte le fer

Bêcher la terre sans y planter la graine

Dans l’inconfort d’une sieste patiente

Croire que germent les avenirs pérennes

Irrigués par la seule force de nos attentes

Puis lever l’œil aux premières étoiles

Prêt à récolter les fruits de nos vertus

Sans rancune, devant la faux lever le voile

Et pleurer sur notre passé perdu

Dans un dernier souffle chercher la raison

Accuser le temps de toutes les fraudes

Le traiter vainement de tous les noms

Et voir l’aiguille s’arrêter avant l’aube.

L_

Loopy

Eteinte

Laissez le crépuscule s’accrocher et mourir

Aux frontons des portes sordides de la grève,

Ici, il n'est ni retour, ni avenir.

Sur les pavés trop usés du marché au rêve,

Sans un mot, enivrez le passant,

Enveloppez d'illusions les délices de vos corps

Zébrés par la lumière éclose des battants.

Miel et douceur, oubliées au fond des ports,

Ôtez aux marins leurs vertus onéreuses,

Intimes, feignez donc d’être heureuses

Feignez donc, si l’éphémère nourrit sa faim.

Un râle apaisant soufflé au froid du matin

Imaginez-vous loin de ces puanteurs... et enfin,

Ravalez l'amer de votre injuste destin.

Jusqu'à l'offrande suivante revêtez vos haillons

Unique voile qui à l’œuvre divine sert de rideaux

Soulevé d’un simple regard, votre baillons.

Tenez hautes vos têtes, soyez dames de châteaux,

Esquissez le paraître puisqu’il vous manque l’habit.

Usurpatrices, infidélités d'une vie,

Nihilistes et désinvoltes déesses

Montrez leur toute la tendresse

Offerte dans votre délicat sillage

Maintenez le charme, qu’importent les âges

Et tirez à vous l’aveugle transi de vice,

Nue

Tapie aux pieds des injustices …

Feignez alors, si l’éphémère nourrit sa faim.

Un râle apaisant soufflé au froid du matin

Imaginez-vous loin de ces puanteurs... et enfin,

Ravalez l'amer de votre sinistre destin.

Loopy

7 janvier 2015

Il n'y a pas de mot. Ou alors je ne les ai pas trouvés. D'ailleurs, je n'ai jamais été très fort pour "trouver Charlie"... Irronie du sort... Il n'y a ni peur, ni haine. Le rire serait le plus bel hommage, mais impossible de rire...

Il ne me reste qu'un silence triste à offrir en hommage à toutes les victimes de l'obscurentisme. Au pays des Lumières, ce jour, quelques ampoules ont grillé.

Loopy

Equilibre

Equilibre

Incertain

Cependant

Démontré

Théorique

En tout cas

En physique.

Suffisant

A lui-même :

En trois points

Passe un plan

Poétique

Comme ici

Dans ces vers

De trois pieds

A la valse

Arythmique

Par le verbe

Composée

Aux extrèmes

Quand les astres

Se confondent

Quand terre, lune

Et soleil

Dansent à trois

Je puis croire

A ces heures

Q'une force

Suppérieure

Nous guidât

En ces lieux

Nait alors

L'harmonie

Sensuelle

D'un matin

Ou d'un soir

Mais à trois

Dans la vie

Il y a

Un de trop.

Deux seuls

Suffisent :

Deux Pieds

Portent seuls

Le verbe

Aimer

Mais c’est

Pour tout

Vous dire

Bancal !

Quelle est donc

Cette tierce ?

Ce point d'orgue

Qui se veut

Suspension ?

Est ce l’enfant

En pratique

Qui soutient

A lui seul

L’équilibre

Incertain ?

Je ne sais

Et pourtant

En veux Un

Un de toi

Un deux trois

...

Loopy

Les Gravités

J'ai lancé une pierre dans l'eau. Elle est restée au fond.

Je ne sais pourquoi, cependant, j'ai attendu sur le quai

Qu'elle remonte. Puis, me sentant idiot, j'ai tourné les talons,

Et suis parti... Demain encore, je combattrai la gravité.

J'ai lancé une pierre au ciel. Elle m'est tombée sur la tête.

Je ne sais pourquoi, cependant, je l'ai à nouveau jetée

Elle retomba. Puis j'ai tourné les talons, me sentant bête,

Et suis parti... Demain encore, je combattrai la gravité.

J’ai lancé un poème dans le silence. Tu ne m'as pas répondu.

Je ne sais pourquoi, cependant, à tout rompre j’ai hurlé

Que tu me manques. Puis, me sentant seul, je me suis tue,

Et suis parti... Demain encore, je combattrai la gravité.

Loopy

Orage

Je suis assis sous les nuages

Et les écoute se parler

Se raconter leurs voyages

Contre vents et marées

Des histoires de rivages

Perdus dans l’océan

J'attrape leur message

Au faveurs de l’instant

J’embrasse leur lumière

Naissante. Un éclair,

Des cris de leurs amants

Et des larmes des absents

Tant de rage, de solitude

Se laisser partir là bas

Vers d'autres altitudes

S'envoler, tendre les bras

S'accrocher à la Lune

- Y poser son oreille -

Son sable froid, Ses dunes

Et son affront au soleil

Toi, tu viens de là haut

Et je ne sais ni pourquoi

ni comment, Petit Oiseau

Tu vins t'écraser près de moi ?

Loopy

Au Bout (du) Quai

- Amour ? – Ah non !! Maudit mot, je te hais ! Gardes-toi bien de ne jamais m'atteindre. L’ivresse, seule, a une place que je cède. Je suis tombé ivre du toit, saoul de ton charme. Toi qui flirtes étrangement avec ce qui n'a pas de nom - ou n’en a pas encore. Crois-tu que l'on puisse, au plaisir de la chaire, s'adonner avec des mots ?

Pour le savoir je me graverai la peau jusqu'au sang - qui coule derrière moi, sèche doucement. Mais il sèchera. Laissera une trace, mais finira simple peinture. Je m'inquiète de celui qui colore tes murs. Il m'est inconnu. Est-ce bien du sang d’ailleurs ?

Ca me gratte.

Comme hier, le train sera encore parti sans moi. Lassé de mon hésitation, il aura fini par abandonner ses appels. Repassera-t-il ? Je veux qu'il me tente encore, je veux un jour céder et le laisser m’en aller.

Le diable m'emporte – drôle de train que celui-ci - Si je ne me perds pas cette fois, je me jetterai comme un Lyon, je prendrai la Part de Dieu. Il parait qu'un jardin existe quelque part au bout du chemin. De faire ritournelle aux jolies demoiselles qui y trainassent, larves imbéciles dorées au soleil, j’en rêve ! Et tant pis si elles manquent d’esprit, j'aimerais trouver ce jardin et m'aventurer dans les fleurs qui y poussent. Ivresse… Je reviendrai demain, et me laisserai emporter par un tourbillon déraillé. Je viendrai.

Et toi là-bas, train qui part, cesse de me railler ou sur mon honneur je t’occis !! Misérable fer de terre…

Bon il est tard. Il faut rentrer… Mais que vais-je faire de ce bouquet ?

Loopy

Morphée-ine

Ne cueille pas cette fleur, fragile Vivante.

Aux désirs des entrailles elle ne servira pas.

Laisse la en paix, Belle, fraîche et flamboyante

Aux milles couleurs. Tends ton cœur, écoute là.

Sent sa petite présence emplir ton être.

En ces heures où gouvernent trop les paraîtres

Oubli un peu les étranges manèges tournoyants

Dans le regard de la fleur éclose - Envoûtant.

Étend toi près d'elle, avec délicatesse.

Cherche aux cieux les réconforts à ta détresse,

Dans l'argent d'une lune éteinte. Inspire lentement.

Ta résistance est vaine, dans tes veines maintenant

Coule le courrant chaud des ivresses enfouies.

Qu'importe. Expire la douleur et part avec lui.

Loopy

C’est l’histoire d’un escargot. Sauf qu'un escargot, ça n’a pas d’histoire sinon une brève qui se termine sous une chaussure un jour humide… ou en sauce persil et ail. Il faut dire qu’un escargot n’est pas très passionnant. Bien que cultivant une certaine ressemblance avec certains artistes pré-pubères et avec leur virilité naissante, moux, petit et baveux, l’escargot ne déchaine pas les hormones.

L’escargot ne défraie pas les chroniques pour ses exploits immémoriaux, comme l’ascension courageuse d’un arbuste, ou la périlleuse traversée d’un balcon parisien. Il aurait pu se tailler la part belle du crime pédérastique, nature oblige, ou, sacrifiant sa dignité se faire disciple des apparences, mais même pas, l’escargot n’est pas un animale de mode.

Aucun spécimen n’a, au péril de sa vie, montré quelconque férocité à l’égard d’autre chose que de la laitue (qui on le sait n’as pas un cœur d’artichaut et ne lui en veut guère…).

On ne le met pas un escargot autour du coup, on ne le pend pas à l’oreille ni ne l’empaille pour l’afficher fièrement entre le cerf et le sanglier. L’escargot n’est victime que de la maladresse. Il sort quand il pleut, il n’a pas de conversation, aucun charisme ni aucune classe, …

L’escargot n’est pas sportif. Il ne s’exhibe pas dans les calendriers accrochés aux toilettes. Ni atout physique ni romantisme, il ne fait pas parti des discussions sérieuses et n’y participe pas. Pire encore… il n’est pas sexué.

Il n’est pas coté en bourse, il n’est pas extrémiste, il ne se fume pas, il ne se boit pas, c’est le rom des fourmis, mis au banc comme inutile parmi d’autre, il a perdu ses rares mérites sans jamais montrer un enthousiasme farouche à les retrouver.

Pourtant, il y a un escargot dont je voudrais vous raconter l’histoire. Une histoire étonnante et passionnante, d’autant plus qu’il est peut être le seul a en avoir une. Le seul problème, je crois c'est que je l'ai oubliée.

Tant pis, demain je vous raconterai l’histoire d’un poisson rouge. Même si un poisson rouge, ça n’a pas d’histoire…

Loopy

Fragile

C’est une princesse à la robe noire, aux paillettes brillantes et aux cheveux d’argent, qui laisse parfois tomber son mouchoir blanc. Quel chevalier aura le courage d’attraper le cœur de cette fragile, et de suivre une Voie Lactée pour le lui rendre ?

La nuit n’est pas assez sombre ce soir… Mollement perdu, entre ici et un peu plus loin, je vais de divagations nocturnes en réflexions amorphes.

La nuit est un refuge. Elle nous cache, nous conseille, nous calme. Elle apaise. Ne parlons pas de ces nuits à se rendre sourd, à partir aux artifices d’autres rêves. Ceux qu’on fait les yeux ouverts. Parlons de cette nuit effrayante, Frissonnante, Diabolique.

Elle parle, écrit, lit, pleure, rie, écoute, murmure doucement les ensorcellements de somnambules fantomatiques… Secret pour secret, confidente et discrète, elle est aussi muette que nos tombeau de pierre. Dans ce noir, on tourne nos regards vers nous. On voit un rêveur un peu fou, un clown un peu triste, un amant un peu seul, un imbécile un peu heureux… Qu’importe. La nuit ne ment pas. Elle dévoile. Courte. Intense. Honnête, Silencieuse et imposante.

La nuit nous apporte des morceaux d’un lointain, des mythes, des plans sur des comètes. Profonde. Sereine. Ephémère. Elle est vierge. Innexplorée. Froide. Intime. Aux clients du paraître elle brise l’arme. Elle combat sans violence les brulures du monde. Et si les jours sont comptés, la nuit perdurera. Douce. Belle. Unique. C’est une Dame à cheval entre le passé et le futur. Intemporelle. Universelle. Immortelle.

Souvent nous nous observons fixement, elle et moi, jusqu’au matin… Comme deux étrangers qui pensent se connaître. Puis elle s’envole … sans jamais parler, sans réalité, elle ne m’emporte pas avec elle, et m’offre simplement sa promesse de retour… Simple. Maternelle. Fragile…

C’est une princesse à la robe noire, aux paillettes brillantes et aux cheveux d’argent, qui laisse parfois tomber son mouchoir blanc. Quel chevalier aura le courage d’attraper le cœur de cette fragile, et de suivre une Voie Lactée pour le lui rendre ?

Loopy

Le Diable a dansé, hier

Et j’étais sa cavalière

Le Diable danse encore

Solitaire aux abords

De l'enfer, en trans

Le Diable est beau quand il danse

Virevoltant et voltant face

Virant et occupant la place

Il trace, il efface, il inscrit

Dans ses gestes son corps cri

Et décrit sans le son le décor

Et peint sans couleur de l’or

Le Diable tente ma chance

Qu’il est beau quand il danse

La musique d'une pluie fine

La compagne assassine

L’accompagne à la cime

De forêts qu’il dessine

Dans l’effort complet

Gestes désarticulés

Qui des goûtes font fit

Découpent la nuit

Et traînent leur cadence

Le Diable est beau quand il danse.

Un rayon de lune qui passe par là

Allume la scène d’un nouvel éclat

Et comme un défis lancé en pature

Dévoile du Diable l’autre nature

Le Diable a dansé hier

Et j’étais sa cavalière

Sous la lune qui épiait

Je vis une larme qui coulait

Comme une humide fulgurance :

Le Diable pleure quand il danse

Loopy

Illuminé III - Le gardien

Balancier régulier, sur miroir d’argent,

Transcendant les espaces habités

Par quelques monstres errants,

Tu avances, sans craindre les devants.

Assis sur une berge tranquille

J’admire ce courage délibéré.

Dans ma main, une vieille jonquille,

(De celle que tu ne connus jamais).

J’écoute ton « Invitation Au Voyage »…

La décline, et m’en retourne vivre

Au gré de quelques nuages…

J’attends un jour, petit radeau ivre,

Où tu joindras ton éternité à la mienne.

Je te vois remplir l'océan parfois,

Mais ne fais qu’attendre que tu viennes.

Je suis certaine que toi, tu sauras,

Un jour, égayer ce paradis accusant

De trop de Noir sur trop de Sang...

Loopy

Illuminé II - Illuminé

Suis-je fou ? ...

Quand je me promène aux bords des ravins

Caressé par la brise marine, quand au petit matin

J’attrape la timide lueur naissante de la citée

Qu’un temps certains appelèrent Phocée.

Quand la fumée épaisse de mon amour

Qui se consume entre mes doigts jaunis

Me rappelle qu’il ne reste plus qu’un tour.

Quand nous voguons à l’astre qui pâli

Sur les calmes océans de blé…

Quand malgré cela, je plonge aux tourments

Des esprits Humains… Fourmis aveuglées.

Je te demande…

Est-ce vivre que de marcher tous ensembles,

Vers d’hypothétiques « lendemains » -qui chantent?-

En se contentant d’attendre que l’un d’eux

Soit le dernier ? Un doute certain me hante...

Cherchons nous vraiment une âme sœur,

Dans ce monte d’infraternité ? Entre nos erreurs

Passées et les vies brisées, quelques fissures…

Qui souvent d’ailleurs, nous traversent la figure.

De cette étoile qui brille dans le noir

A cette feuille, morte, qui danse doucement,

J’entends ta voix. J’entends l’espoir.

Mais dois-je faire toute la route vraiment ?

A genoux…

J’use les routes, j’use les sentiers, j’use le monde,

J’use même le temps. J’avance, pourquoi ? Pour où ?

J’observe parfois même cette lune blonde

Qui de ses accents argentés me répond « oui, tu es fou… »

Et pourtant je conçois, je pense, comme tous le font.

Il n’y adonc pas de place pour moi ici… Non…

Si,aux méandres,…

Dis moi alors… si où tu es, où tu brilles,

Ma belle étoile, dis moi si quand je vacille…

Quand je te brûle de mes voeux

Si, il y a de la place pour deux…

Je sais bien que tu ne répondras pas, mais

Je suis avide de tes silences. Ils parlent plus

Que tu ne l’imagineras jamais.

Ils me sortent de cet esprit trop confus.

Dis moi, je t’en prie, parle moi de nous…

Suis-je fou ? …

« Je pense que oui.»

...merci.

Loopy

Prend ma main et va, maintenant...

Comme le soleil poursuit sa route

File sa toile de rayons au couchant

N’aie ni crainte ni doute

Au fond de mon regard, Marie

Tu danses

Tu souries

Ô ma reine des silences

J’irai revoir les instants volés

A Diane qui s’éveille

Au feu de son frère brûler

Une dernière fois nos ailes

Au bout du monde

Ne connaître aucune loi

Rêver des colombes

Et me prendre pour un Roi

Et même si

L’Atlantique brûlant

Et même si

Les chutes Argentines

Ont maintenant

La pâleur assassine

D’un passé révolu

J’irai en ces lieux qui t’ont plu

Offrir au monde tes pensées

Qui lui rendront sa toute beauté

Aujourd’hui

A la rosée de l’enfance

Se mêle la tristesse du soir

L’aube des absences

Et le crépuscule de la vie...

Ta main est glacée

Ton sourire figé.

Il est temps, je crois

Loopy

La fille en boite

On ne reste jamais bien longtemps, et finalement, nous serons pour elle des anonymes et elle pour nous qu’une fille en boite, en boite d’allumette. C’est mieux ainsi. Dans sa boite elle dévalise quelques pièces à ceux qui souhaitent emprunter ses voies. Nous qui voguons d’un départ à une arrivée, on pourrait la plaindre ainsi coincée dans sa boite, entre deux destinations, au passage. Mais elle, elle aime voler de brefs instants de vie à ceux qui ne la voient pas. Elle se demande où iront-ils ? D’où viennent-ils ? Pourquoi sont-ils là ? Elle rêve et s’inspire.

Elle a même espéré une fois qu’un prince l’emmènerait. Mais c’était il y a longtemps, et de prince il n’y eu bien sûr pas. Elle n’est que le passage, payant, sur le bord d’une route qui mène pour tous à une destination. Pour les princes, sa demeure n’est qu’une brève étape vers ailleurs. La fille en boite, en boite d’allumette… Celle que le monde ignore, n’a d’autre choix que de griller sa dernière cigarette sur le bord de cette route. Le monde va trop vite, et ne se préoccupe guère des fleurs qui poussent parfois dans les caniveaux.

Le matin, quand elle termine son office, elle ramasse les deniers, s’étire, et s’en va rendre sa boite pleine à celui qui l’emploie. Ainsi, touchera-t-elle à la maigreur des centimes qui y traînent, et pourra-t-elle s’acheter le croissant dont elle rêve depuis la veille.

Elle quitte la lugubre aire qui accueille le péage de la Barque, sans se retourner vers sa boite qui porte le numéro 8. Pourtant, c’est un joli numéro, le 8. Mais sur le chemin, elle s’attriste déjà de devoir y revenir lever, puis rabaisser la barrière rouge et blanche d’une autoroute dont elle n’a encore jamais vu ni l’une, ni l’autre des extrémités. Elle se dit alors que si le monde devait être une autoroute, elle aimerait bien être le chemin de Terre et de gravier qui la longe. Un chemin qui nous mène très lentement vers la même destination et dont on sent le crépitement sous les pieds à chaque pas. Un chemin où les moucherons ne s’écrasent pas, victime de notre allure, sur les pares brise, et où rien ne pare la brise fraîche. Elle se dit qu’elle ne mettrait pas de péage sur ce chemin, et qu’elle aimerait que beaucoup de promeneurs y viennent. Elle aimerait bien qu’on y joue, qu’on s’en écarte et qu’on y revienne, qu’on construise un refuge en pierres où dormir le soir pour rallonger encore un tout petit peu la route…

Peut-être avait-elle rêvé un peu trop tôt. Sa route pris un étrange virage, une impasse et la fille en boite fut mise dans une autre boite. Elle ne porte pas le numéro 8, mais est près d'un chemin de Terre, quelque part. Sur sa boite, pousse une fleur, de celle qu'on trouve sur les bords de la route. Il y a sur ce chemin quelques promeneurs, des moucherons, de la brise et même parfois des lapins traversant rapidement avant de disparaître dans les lavandes. Il y a plus loin un refuge dans la garrigue qui offre ses pierres dorées au soleil couchant en abris un peu rustique, mais agréable. En levant les yeux, on peut voir le ciel s'enflammer d'un rose oranger qui dessine le contour d'une Provence Cézannienne d'aspect étrangement aride et fertile, parsemée de pins. Comme taillée au couteau, la Sainte Victoire domine le tableau, portant son ombre étalée par le soir aux abords d'un olivier qui depuis cent ans au moins repose contre un muret bien plus vieux que lui. Plus loin, là où le soleil arrose encore un peu les champs, on devine des vignes qui donneront un vin réputé pour son arrière-goût de thym, de soleil, et l'accent chantant que nous force à prendre le nom inscrit sur l'étiquette. On sent en marchant les crépitements de chaque caillou, de chaque grain de sable. Il faut rester une journée entière à transpirer sous la chaleur écrasante de l'été pour apprécier à sa juste valeur le soir, puis la nuit.

Elle doit aimer cette boite là, la fille en boite, car au plus sombre des nuits du mois d’août, quand elle gratte ses allumettes, on peut apercevoir des étincelles qui se promènent dans le ciel de la Provence.

Loopy

La Lettre

C’était une journée de septembre, qui sentait l’été.

Des âmes éteintes, mues par d’invisibles ficelles

Coulaient vers leurs cercueils de rues en ruelles.

Dans le tumulte fluvial de ces vies, j’errais…

Le soleil, résigné, inondait la ville bouillonnante

Des ultimes instants à s’affairer dans la foule bruyante.

Seul comme tous, les yeux rivés sur le sol,

La musique guidant mes jambes ballantes,

La main moite, le regard fuyant, la tête molle

J’esquivais les « non-présences » environnantes

Quand tu sortis. Légère, souriante, fière et heureuse.

Dégageant cette espèce d’aura métaphysique

Dont les poètes s’amusent, tu semblais Amoureuse

Tu piétinais en une seconde des jours pathétiques,

Terrassais d’un regard l’amorphe des heures.

Quelle maladie étrange. Mes entrailles tremblent encore.

Cette nuit là fut bavarde à m’offrir une Petite Mort

Vibrante de ton souvenir. Le temps s’était accroché

A la toile de ta beauté sobre et sincère. Il y est resté.

Alors j’écris une lettre, que jamais tu ne liras

Je préfère le secret. Si c’est à d’autres que moi

Que tu réserves ta magie, laisses moi les chimères

Ignore que chaque soir, je commet l’impair

De perdre mes yeux dans ta robe volage

Et dérobe la joie à tes charmes de passage

Secrètement, X.

Loopy

Confession

Bonjour "petite fleur".

J’avais envie de t’emmener dans un lieu qui défit la morale. Inventer une histoire de sang, de sexe, de violence et de tous les stupéfiants interdits qui nous sont tabous. Sans conscience ni scrupule, je voulais bousculer les esprits et les rendre perméables à un peu d’immondice pour que tu sentes ma véritable puanteur. J’aurais craché sur ta pitié et ri de ta souffrance, sadique à m’en trancher la gorge devant l’innocente vierge violée, je ne vis que pour détruire. Tel est mon don si encore je devais m’en trouver un. Je voulais te faire visiter mon univers malade, saccagé par ma propre arrogance. Mais je ne peux me résoudre à faire de toi une victime de mon enfer. Alors je me suis assis et ai jeté sur le papier, sans ordre ni logique, une confession, unique trace d’un pardon que je refuse.

Ma tendre petite fleur

La nuit, quand je parle à la lune dans le vide des "gravités", les étoiles m’observent. J’y vois bien plus qu’un univers mystérieux qui résiste à nos théories. La poésie a décidé qu’en ce royaume gouverné par des Dieux inconnus, les sujets soient ceux qui partirent. Ecoutant les vers de ces illustres (h)auteurs, je me suis moi-même pris à croire qu’il y avait en cet endroit des yeux accusateurs et qu’il n’y avait pour me cacher que la profondeur d’un enfer. C’est ici que pour la première fois j’ai rencontré celui qui devint mon Pendu. Le Roi des abimes de mon inconscient me fit comprendre que c’est moi que je fuyais et qu’à travers les autres, c’est moi que je cherchais à détruire en vain. Pourquoi ne me suis-je pas mort? Je dis souvent que c’est parce que je respecte trop la vie, mais c’est un mensonge car j’ai peur de ce qui m’attends après, je me demande si, en mourant, je ne serais pas confiné éternellement dans cet Enfer.

Oui petite fleur, il y a de beaux jours ici. Quand je vois pétiller tes yeux, quand j’entends qu’on me parle des libertés, quand je vois le vent qui se lève sur la Méditerranée et le soleil qui se couche sur l’atlantique. Quand je vois ceux-là, qui combattent cœurs et âmes à leur conviction, qui veulent briser tous les murs pour un avenir meilleur. Quand je vois ceux qui se battent face à eux même, les yeux plongés dans la connaissance des Hommes, prêt à en ingurgité toute l’imbuvable substance. Quand je vois le monde qui se dresse, comme uni, enfin, contre l’injustice. Oui, il y a de beaux jours ici-bas, et je veux y rester encore un peu pour sentir monter moi l’excitation de la joie. Je veux encore pouvoir regarder les étoiles et me confier à la nuit, je veux voir le "Diable qui danse ,larmoyants". Je veux croire, une seconde, au sentiment et connaitre encore la paix de leur acceptation.

Petite fleur, sur ma route tu m’as demandé de te protéger, mais de Petit Prince il n’y a en moi que le désir de voyager. Sans aucune pitié, je t’ai déracinée et pour ce prix ne t’ai offert que la glace de mon regard, la froideur de mes caresses et la souffrance de mon âme. Je le regrette petite fleur presqu’autant que je regrette ce qui m’a conduit là. Je n’attends aucun pardon pour cela, comme je n’attends aucun pardon d’un passé encore plus lointain. Je n’ai pas toujours été un monstre, je te supplie au moins de la croire.

Autant de haine ne peut venir que d’un profond amour et même moi, j’ai su aimer… S’il est un sujet sur lequel je suis maladroit, c’est bien celui-ci. Tu le sais, je ne parle pas d’amour, je le conchie. Sauf aujourd’hui. Ignorant des choses de la vie, j’avais alors à peine passé l’âge d’être un puceau boutonneux, quand me sont tombés dans les bras, le bonheur et celle qui l’enfanta. Unique, belle, aimante, elle avait des cheveux blond clair, lumineux, des yeux d’océans où pour tout ce que je possédais j’aurais été marin. Elle avait le charme insaisissable d’une tendre timidité et malgré cela un esprit piquant et fin, qui ne manquait aucunement d’intelligence et de répartie. Elle avait surtout, un air de liberté qui plus d’une fois nous a ébouriffé les cheveux, aux quatre coins du monde. Je me souviens d’un soir d’été, sur le bord d’un chemin à la fin d’une belle promenade, où son sourire se perdait dans ses fins cheveux d’or mêlés des derniers rayons du soleil Argentin. Tu es, petite fleur, ce que j’ai jamais connu de plus semblable, et à l’instant précis où tu posa ton regards sur moi, j’aurais pu mourir. J’aurais peut-être dû, car l’oubli que je recherchais était la dernière chose que tu pouvais m’offrir : tu es le souvenir de ce qui fut, et qui ne sera plus.

Revenir sur les circonstances d’un tel drame n’est pas à l’ordre du jour. Je ne saurais l’écrire. J’ai essayé, pour libérer ma haine, mais je ne suis allé que de rature en "rature". Incapable d’exprimer mon mal, je me suis noyé dans les pires atrocités pour l’oublier. J’ai voulu prouver qu’on pouvait souffrir plus que moi, et y suis arrivé. J’ai voulu voir en pleine face toute la douleur du monde, et m’en réjouir. J’ai voulu briser tout ce qui m’entourait, et m’en réjouir. Mais toutes les réjouissances n’ont jamais eu le gout que j’ai senti auparavant. J’ai erré dans mon propre cerveau, l’ai détruit lui aussi.

Quelques mains aidantes se sont tendues. Je les ai attrapées, mais aucune ne m’a vraiment extraite de l’huile visqueuse dans laquelle je m’étais depuis longtemps enfoncé. Depuis, sur mon chemin je ne sème que le mal et la destruction, pour me convaincre que ce qu’il y a devant est mieux que ce qui est derrière. Tu es, petite fleurs, une tristesse de plus dont se nourri ma folie. Vas t’en, avant qu’il ne soit trop tard, vas-t-en offrir tes pétales à d’autres qui sauront les sentir, vas-t-en planter tes épines dans ceux qui en sentiront la douleur.

Car pour moi, petite fleur, tu es en retard, mon cœur est déjà parti. Regarde dans le ciel l’étoile qui brille au fond, c’est lui… Quand tu la verras, dis-toi que tu as été mon plus beau et mon plus douloureux remède. J’ai failli t’aimer, et pour cela, ai renoncé à te détruire. Fuis, avant que le pendu ne nous voit.

Adieu.

Loopy

Jeux d'enfants

Ce temps est si loin. Où les mondes baignaient de choses étranges. Autant de créatures et d’inconnues imaginaires, produits des rêves tissés par nos yeux d'enfants. Nous foulions les grandes étendues sauvages, nous les partagions de vallées en montagnes. Les plus petits espaces se transformaient en immenses contrées, verdoyantes souvent, enneigées parfois. Puis quand les fabriquer ne suffisaient plus nous sautions à en perdre les altitudes au fond de ces images. Et cette chaise, qui était un dragon, et cette table, qui était une maison, en sont aujourd'hui les ultimes témoins. Affreusement pentu ce couloir n’avait d’horizontale qu’une réalité qui ne nous touchait guère. Nous descendions ce ravin vers les trésors que les pirates enterrèrent près de la porte. Nous traversions les marécages dangereux d’une tonnelle sans verrières.

Nous éborgnions des cyclopes, et campions dans une forêt sombre. Enfoncés dans la noirceur des grottes, sous l'évier, se cachaient nos trophés de chasse et nos trésors durement volés. Puis, en un pas de géant, les sept lieux parcourus nous menaient dans la clairière isolée, respirant le bonheur d’une chambre. Les mondes habitées d’âmes solitaires et errantes du grenier nous effrayaient, tu m’y attrapais la main, et dans cette confiance commune, laissais évaporer un peu de nos craintes. Et cette chaise qui était un dragon, et cette table, qui était une maison, ont pudiquement cessés de compter ces souvenirs.

Je voudrais m’envoler encore vers ces pays abandonnés. Avec toi, recommencer nos voyages sans fin. Découvrir encore des elfes au fond des bois endormis d’un salon. Sous une pluie de rires, encore t’emmener vers de ces quêtes d’enfants, où les bonbons étaient de l’or, et quelques plastiques, de précieux diamants. Partir si loin, pour ne jamais revenir. Tendre un espoir vers les lendemains qui n’existent que les heures passant, et rêver, doucement, d’un futur qui nous échappe. Reprendre ta main, pour voir s’envoler mes peurs, et sourire aux sombres destinées, rassurer d’une douceur sans faille. Effleurer ta lèvre d’un regard tendre, et danser sans mouvement dans une joie qui toi seule peut comprendre. Rire au nez des monstres sur une balançoire. Faire de ces souvenirs le matelas de notre vie. Mais tu as tout oublié. Et, seul au fond d’un grenier, j'ai peur de combattre le sérieux des adultes, ces monstres qui t’ont fait grandir, ces monstres qui transformèrent notre maison en table et notre dragon en chaise.

Je voudrais encore porter sur ton front, la couronne charmante de l’univers que nous avions construit, le faire revivre, par ta magie, d’entre les morts pour s’y blottir, quand il fait froid, quand les temps sont durs, ou quand nous le voulons. Ma reine, pour que les contes existent, il faut des enfants pour les faire naître, de l'insouscience pour les arroser, de la folie pour les rendre plus beau. Il faut cette chaise qui est un dragon et cette table qui est une maison.

Peut être un jour, te souviendras tu. Au détour d’une musique, d’une histoire ou d’une route parsemée de lilas. Peut être te rappelleras tu tout ce que nous vécûmes, d’une seule âme. Peut être viendras tu à la mémoire de nos esprits complices qui s’aimaient à tout rompre. Peut être te souviendras tu que les aventures perdurent encore dans ces mondes qui n'ont de limites que celles qu'on leur impose. Peut être referas tu le voyage d’une exploratrice pour faire une exception à la réalité.

Ce jour là, rejoins moi dans ce monde, suis la route que tu souhaites, et tu me trouveras et enfin cette chaise, sera un dragon, et enfin cette table sera une maison. Je t’accueillerai d’une fleur violette, le sourire aux lèvres, et t’embrasserai. Je te donnerai la main pour effacer tes peurs, et nous irons nous venger des infâmes ennemis adultes, en leur lançant à la figure, d’un geste moqueur, et d'un rire bruyant, une maison, un dragon, et la folie heureuse qui nous lie encore...

Loopy

Arménédia

A l’ouest palpitent les néants. Scylla

Ri et dans le noir – mon cher ami –

Miroitent ses sourires où s’accroche le Nid

Ephémère d’une trop ancienne alchimie.

Nul doute qu'au plus sombre l’Eden

Embrume encore mon coeur atone.

Danses ton frénétique mobile perpetuum,

Irreversible, danses encore sans céder

Aux tristesses enragées, Arménédia

Loopy

Requiem

Te voilà qui arrive, arrogante et fière sur ton nuage noir,

Ton outil à la main qui ma tête tranchera. Viens voir.

Viens voir les Dieux que je vénère, plein de panache

Encore, dans le dernier souffle que tu m'arraches...

Note bien, divine faucheuse, impatiente dramatique,

Dans le creux de ta mémoire, mes dernières rondes.

Ah tu voudrais entendre de tristes musiques,

Quand enfin mon corps restera en ce monde

Cependant que mon âme fugue, discrète Toccata ?

Mais non, je veux des Adieux aux sons de l'Appassionata.

Sous un Requiem au Lacrymosa Pathétique

Quand Mozart rencontre Beethoven,sous le Clair

D'une Flûte enchantée par la palette symphonique,

Sous l'Hymne à la joie, je souhaite que l'on m'enterre

Point de Bagatelle ! Près de Waldstein, où l'on posera

La dernière stèle, j'aimerais que reposent avec moi

Mes quelques Lettres pour Elise. Et dans la profonde

Musique d’un Dvorak, je trouverai le Nouveau Monde

Alors quand je prendrais avec Rachmaninov

Mes envols sur les airs légers de Korsakov

Aux ténébreuses heures... Point de recueillement

C'est plein de joie, de frissons et sans rancune

Que je veux voyager. Aux lèvres un sourire célébrant

Ce tout dernier mouvement à l'ombre de Ma Lune

Loopy

I. La Mandragore

La Lune, Rousse, éclaire majestueusement la campagne des environs. Une chouette ulule seul affront au calme qui règne depuis longtemps déjà. Glissés sous les chuchotements du vent caressant l'herbe et le feuillage, quelques pas feutrés, étouffés s'approchent.

C'est une horrible vieille, petite, courbée, ployée, rabougrie, estropiée, boitant, sale et odorante, qui marche à reculons avec un rictus infâme. Si elle ne s'aidait pas d'une canne, sans doute s'écroulerait-elle contre terre, entraînée par le simple poids de ses hardes sombres... l'inconnu qui irait la secourir alors, soulevant le grand tissu de voile, ne verrait rien en-dessous. La poussière retourne à la poussière. D'une démarche louvoyante, elle recule vers le carrefour oscille vaguement un pendu aux lèvres plus trè frais, ancienne décoration des lieux dont les braves gens se sont lassés.

Son odeur de charnier et son visage dévoré par les insectes sont révulsants. Le cadavre en décomposition, déformé sous son propre poids, a laissé au sol une flaque visqueuse de sang pourri. Personne ne pourrait devant se spectacle rester de marbre. Pourtant, presque aussi laide que lui, la sorcière se penche sans sciller et attrape une curieuse branche au-dessous du cadavre qui, pourrissant, a fertilisé la terre morte. D'un coup sec, elle arrache la mandragore en poussant un cri. Un liquide rouge vif coule sude sa main— Tout saigne.

II. La Vielle

On l’avait attrapé, cette fois, et on l’avait battu, insulté. Il avait eu peur, il avait eu mal. Puis, on l’a emmené ici, dans un noir naissant. Il se souvint de celui-ci, le simplet qui le confondit sans avoir vu son visage. Il se souvint de cette seigneurette désinvolte, qui portait le jugement. Et de cet homme d’église, acquiesçant la sentence, qui lui offrait de se confesser. Puis tout est devenu rouge, puis tout est devenu noir. Et après ? … Il se sentait bien, léger, sain, heureux, propre, il n’avait pas froid, il n’avait ni faim ni soif.

Au dessus, au bout d’une corde craquant sourdement, funestement, son corps pendait. Qu’avait il fait ? … Qu'importe. Un vent fit vaguement osciller son ancienne ressemblance d’où le sang perlait encore. Il n’était plus. Il était mort.

Il se senti soudain extraire à son bien être douloureux. Une force qu’il ne connaissait pas, un être l’arrachait à la Mort comme plutôt on l'arrachait à la vie. C’était une horrible vielle souriante, une sorcière de la fôret, de celle qu'on brule sur les buchets. Dans un cri, tout saigne.

III. La distribution

— Je voudrais un philtre d'amour qui le fasse revenir, dit la châtelaine.

L'horrible vieille aux cent verrues lui tendit d'une main olivâtre un petit flacon en verre. À l'intérieur, quelques gouttes à peine d'une substance capiteuse — une huile? Noire en était la couleur, brune la coloration du verre, d'œufs la fragrance.

— Je voudrais un élixir me stimulant le cœur et l'esprit, dit le petit prêtre tonsuré.

L'acariâtre matrone sortit d'une étagère, derrière un crâne de bouc et des monticules de poussière— dans un cliquetis de verre — un petit flacon rempli d'une huile noirâtre. L'odeur de soufre qui s'en exhalait empuanta la pièce dès qu'elle en ôta subrepticement le bouchon.

— Je voudrais une décoction triplant de volume ma virilité intime, dit le jeune, beau et grand berger.

La sorcière puante marmonna pour elle-même d'une voix éteinte et malfaisante des mots sans queue ni tête ; durant cette glossolalie, elle tira d'un coffre une petite flasque contenant une larme d'essence graisseuse et sombre. Dans l'odeur de renfermé de son laboratoire on discernait une vague odeur aigre-douce de pourriture.

Trois maux, un remède.

IV. L'effet Papillon

- La châtelaine vit son chevalier revenir sale et ensanglanté. La guerre faisait rage encore au loin, mais il était là.

"Ô , mon chevalier, mon roi, mon empereur, vous qui jadis avez si bien embrasé mon coeur, et qui aujourd'hui préfèrez aux douceurs de ma couche, les larme et le sang de votre guerre, je vous en conjure, restez que je vous vois, car si je ne fais plus votre bonheur, vous gouvernez encore mes joies"

Une flèche venue de nulle part fusa alors, traversant le coeur du chevalier. La vieille sorcière l'avait murmuré, la mort l'empèchera de bouger.

- Le prêtre retourna dans son église. Heureux. Il s'agenouilla devant la croix de son Dieu. Ses larmes témoignaient de l'émotion presque parfaite. "Mon Dieu, je vous ai tout offert, mon coeur et mon esprit sont à vous... Dussent elles être impénétrables je les souhaite pour seules guides, faites moi entendre vos voies"

L'église fut emplie d'un vacarme soudain. Des hurlements, des craquements qui semblaient provenir de tout, de la gravure à la statuette, l'église vibrait des cris torturés de toutes les choses, ponctués par ceux du prêtre... Il pressa ses oreilles si fort pour ne plus les entendre, qu'il s'écroula, mort, sans que personne ne l'entende.

La vieille sorcière l'avait pourtant murmuré. C'est folie de se croire Dieu, car seule la folie pourra guider cette route.

- Fort d'une virilité de cheval, le jeune, grand et beau berger retourna voir l'élue de son coeur. Il la trouva se morfondant sur la dépouille de son chevalier, coeurs brisé, percé de part en part. La fraicheur de sa naïveté le fit alors espérer. "Ô mon amante, maintenant qu'il n'y plus de barrière à notre amour, que votre rang gît à nos pied, prennez ma main pour vous relever et mon coeur pour vous consoler" Il n'eut pour réponse qu'un cri, des larmes, et cette dague plantée dans sa poitrine.

La vieille sorcière l'avait dit. Si tu lui donne ton coeur, alors, elle le prendra.

En sortant de la ville, la vielle se retourna. Elle sourit. Un point noir tombait de la plus haute tour du château. L'espace d'un instant, ses oreilles fripées crurent entendre autre chose que le battement du coeur de la mandragore qu'elle tenait serrée contre elle. On aurait dit le bruit sourd des os qui se fracassent contre le sol. Elle rit. Puis, forte de sa victoire nouvelle, porta sa puanteur jusqu'à la ville voisine.

Un mal, sans remède.

V. Moralité

En ce monde, l’injustice est affaire quotidienne. Mais prudence. A faire couler en remède le sang des autres, en guise de salaire coulera le notre.

Loopy

La nuit était claire. On se serait cru en plein jour. Un jour grisonnant, certes, légèrement argenté même. Mais cette lumière à demi teinte offrait à la campagne un manteau original, un maquillage étrange digne des plus mythiques contes. Il imaginait déjà les chevaliers chassant les sorcières à l'orée du bois, là bas des elfes nocturnes dansaient autour d'un feu blanchâtre dans leurs légers voilages blancs, tout en souplesse et volupté, des farfadets plus loin charmés par ce spectacle tombaient doucement amoureux… Tout ces Magiques enfantins qui peuplent le monde jusqu'aux âges de raison, âges auxquels ils disparaissent dans de ténébreux souvenirs. Il les entendait gémir au fond de son cœur, il les entendait pleurer leur captivité… Ils voulaient vivre, eux aussi, peupler encore l'univers.

Marchant sur la route l'œil attiré par quelques fleurs dont on ne pourrait dire la couleur, un sourire béa aux lèvres, il savourait l'agréable friction de la terre sèche sous sa chaussure, le strident grésillement de quelques insectes nocturnes. La nuit éveillait une musicalité nouvelle à ce monde, encore méconnue, sur un rythme à la fois frénétique et calme. Fermant les yeux, il écouta, inspira la mélodie, et senti monter la fièvre fraîche des moments de bonheur incompris. Puis il s'enfonça plus loin, invisible à l'œil du dormeur. Un rire sonnant tel un écho parvint à sont oreille, et soudain, il n'entendit plus les grillons. Ils laissèrent place à une note pianistique, répétée. Le rire, était plus aiguë, semblait-il, Impromptu même, étrangement inexistant. Ses pas, les tambours des sabots chevaleresques ramenant quelques sorcières au bûché, soutenait l'ensemble qu'ensuite le chant elfique venait parer de soie fine.

Il ferma les points pour ne pas perdre sa trouvaille, et couru chez lui. Il s'installa de devant son Piano, une plume à la main, rabaissa le pupitre au dessus de la table d'harmonie. De son encre noire un peu vieillie, il inscrivit alors soigneusement : «F. F. Chopin, Fantaisie Impromptue, Opus 66 ». Dans un sourire, le compositeur laissa parler la Folie qui l'habitait. Libérant les êtres enfermés dans ses confins, il les fit danser sur les touches noires et blanches. On aurait alors pu voir de la couleur sur l'ivoire, si la lune ne s'était pas penchée, toute Argent, pour admirer l'artiste et ses muses jouant ensembles dans la pénombre nocturne.

Parfois la nuit, on peut apercevoir sur la tombe du Grand Homme, une Fée pleurant son ami.

Loopy

C’est un endroit fantastique

Qui pourtant a toujours existé

Le moment où la plume artistique

Lancée telle une épée

Au blanc vierge de la toile

Etire les traits d’un geste frénétique

On dirait des lueurs d’étoiles

Qui naissent aux éclats féeriques

Brisent les lignes étroites, et meurent

Dans l’infini d’une ligne de fuite

Quand la folie des ardeurs

S’éteint avec elle.

Alors,

Ne touchant plus guère

A la parfaite imperfection

Nous laissons’échapper l’air

Reprenons notre respiration

Et dans ce souffle muet

En reposant le crayon

Observons insatisfait

La beauté d’un brouillon