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Jeux d'enfants

Loopy

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Ce temps est si loin. Où les mondes baignaient de choses étranges. Autant de créatures et d’inconnues imaginaires, produits des rêves tissés par nos yeux d'enfants. Nous foulions les grandes étendues sauvages, nous les partagions de vallées en montagnes. Les plus petits espaces se transformaient en immenses contrées, verdoyantes souvent, enneigées parfois. Puis quand les fabriquer ne suffisaient plus nous sautions à en perdre les altitudes au fond de ces images. Et cette chaise, qui était un dragon, et cette table, qui était une maison, en sont aujourd'hui les ultimes témoins. Affreusement pentu ce couloir n’avait d’horizontale qu’une réalité qui ne nous touchait guère. Nous descendions ce ravin vers les trésors que les pirates enterrèrent près de la porte. Nous traversions les marécages dangereux d’une tonnelle sans verrières.

Nous éborgnions des cyclopes, et campions dans une forêt sombre. Enfoncés dans la noirceur des grottes, sous l'évier, se cachaient nos trophés de chasse et nos trésors durement volés. Puis, en un pas de géant, les sept lieux parcourus nous menaient dans la clairière isolée, respirant le bonheur d’une chambre. Les mondes habitées d’âmes solitaires et errantes du grenier nous effrayaient, tu m’y attrapais la main, et dans cette confiance commune, laissais évaporer un peu de nos craintes. Et cette chaise qui était un dragon, et cette table, qui était une maison, ont pudiquement cessés de compter ces souvenirs.

Je voudrais m’envoler encore vers ces pays abandonnés. Avec toi, recommencer nos voyages sans fin. Découvrir encore des elfes au fond des bois endormis d’un salon. Sous une pluie de rires, encore t’emmener vers de ces quêtes d’enfants, où les bonbons étaient de l’or, et quelques plastiques, de précieux diamants. Partir si loin, pour ne jamais revenir. Tendre un espoir vers les lendemains qui n’existent que les heures passant, et rêver, doucement, d’un futur qui nous échappe. Reprendre ta main, pour voir s’envoler mes peurs, et sourire aux sombres destinées, rassurer d’une douceur sans faille. Effleurer ta lèvre d’un regard tendre, et danser sans mouvement dans une joie qui toi seule peut comprendre. Rire au nez des monstres sur une balançoire. Faire de ces souvenirs le matelas de notre vie. Mais tu as tout oublié. Et, seul au fond d’un grenier, j'ai peur de combattre le sérieux des adultes, ces monstres qui t’ont fait grandir, ces monstres qui transformèrent notre maison en table et notre dragon en chaise.

Je voudrais encore porter sur ton front, la couronne charmante de l’univers que nous avions construit, le faire revivre, par ta magie, d’entre les morts pour s’y blottir, quand il fait froid, quand les temps sont durs, ou quand nous le voulons. Ma reine, pour que les contes existent, il faut des enfants pour les faire naître, de l'insouscience pour les arroser, de la folie pour les rendre plus beau. Il faut cette chaise qui est un dragon et cette table qui est une maison.

Peut être un jour, te souviendras tu. Au détour d’une musique, d’une histoire ou d’une route parsemée de lilas. Peut être te rappelleras tu tout ce que nous vécûmes, d’une seule âme. Peut être viendras tu à la mémoire de nos esprits complices qui s’aimaient à tout rompre. Peut être te souviendras tu que les aventures perdurent encore dans ces mondes qui n'ont de limites que celles qu'on leur impose. Peut être referas tu le voyage d’une exploratrice pour faire une exception à la réalité.

Ce jour là, rejoins moi dans ce monde, suis la route que tu souhaites, et tu me trouveras et enfin cette chaise, sera un dragon, et enfin cette table sera une maison. Je t’accueillerai d’une fleur violette, le sourire aux lèvres, et t’embrasserai. Je te donnerai la main pour effacer tes peurs, et nous irons nous venger des infâmes ennemis adultes, en leur lançant à la figure, d’un geste moqueur, et d'un rire bruyant, une maison, un dragon, et la folie heureuse qui nous lie encore...


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9 Commentaires


Commentaires recommandés

A L'ABORDAGE Moussaillon ! baby.gif

Joli texte qui nous ramène (forcément) à nos souvenirs d'enfance au creux d'un arbre, dans un vieux grenier, n'importe où puisque cet imaginaire est gravé en nous. Ta maison et ton dragon sont encore bien réels.

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Là, comme ça, j'ai pas le sentiment d'avoir lu récemment un "vrai" texte de ta part. En général, même la prose cache en fait de la poésie. Attention ! Tu te relâches.

La liberté, c'est dangereux.

Mais effectivement, il est très bien. Et finalement poétique : plus dans ses images qu'il évoque et qu'il utilise que pour le texte en lui-même, pour le coup.

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En fait de relâchement, et pour être honnête, il s'agit plus d'une expérience à laquelle je me suis prêté, mais dont je suis loin d'avoir l'exlusivité. J'ai un jour entendu un très beau morceau de piano, qui m'a fait l'effet d'une certaine madeleine passée à la postérité (et quand on y réfléchi, c'est un sacré défit que de faire passer une madeleine à la postérité Oo ...). J'ai alors écrit comme c'est venu. Malheureusement, ce texte n'est pas des plus jeune même si je lui ai fait un petit ravalement de facade, et impossible de retrouver cette musique. Je n'en ai que le souvenir. Je crois que c'était Brahms, mais je ne suis pas sûr.

Alors, j'ai trouvé assez ironique que la musique d'un texte qui parle du souvenir soit elle même un souvenir. Un souvenir qui m'est propre et que je ne peux pas vraiment partager. Ca m'a paru en soit poétique, et j'y ai trouvé matière à réfléchir. J'ai écrit ce texte il y a longtemps, et moi même je l'aime bien. Peut être parce que comme "souvenir" (dont il est l'écho) il me donne le sourire et l'envie joyeuse de tout balancer et de courir tout nu dans la rue :mouai: ... (genre de chose qu'il vaut mieux laisser à l'écrit... :D )

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A L'ABORDAGE Moussaillon ! baby.gif

Pas de quartier en me découpant ces oranges !! Envoyez les par le fond bande d'ananas pas frais ! :bave:

Ta maison et ton dragon sont encore bien réels.

Lorsque je ne la regarde pas, la lune existe-t-elle vraiment ? ... Et quand je n'ai personne avec qui le partager, un monde imaginaire est il plus qu'un souvenir ?

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En partageant ce souvenir ici, que te le souhaite ou non, le lecteur lui donne vie. Ce n'est certainement pas comparable au souvenir que toi tu as. J'y ai été un peu fort mais on peut très bien se les représenter dans l'imaginaire bien sûr.

Un souvenir est une partie de soi même quand il n'y plus personne avec qui le partager.

Attention jeune padawan, maître Jedino à parlé. La liberté est sournoise wink.gif

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Je suis seulement devenu un sage. Qu'ils m'admirent et me donnent un titre digne de mon rang est donc tout à fait normal :cool:

Mais, je ne te savais pas lecteur de Proust, vois-tu.

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