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PASCOU

Visages figés et mouillés, parapluies retournés aux baleines apparentes, le vent de ce 11 novembre longeant les douves du château traverse et la place et les hommes.Les gerbes déposées sous la plaque de ces enfants morts , volent au vent comme pour balayer un passé douloureux.Les cols sont remontés, les chapeaux tenus sous des mains glacées.La place du château semble comme une photo de Doisneau, figée malgré ce vent d'ouest poussant une pluie dense fouettant les visages exsangues.La cérémonie s'achève et les gens se dispersent , je me retourne face à l'école maternelle vide, je pousse la grille qui grince comme souffrante.Je la trouve si petite cette cour, si lointaine et pourtant.Je ne sens pas la pluie qui ruisselle dans mon cou.Les nuages sombres et bas semblent accrochés au préau ou il manque quelques ardoises. Je me réfugie à l'abri me retournant sur une cour déserte et sur mes souvenirs.Dans mes souvenirs, la cour était rectangulaire, en fait elle formerait plus un triangle rectangle avec le sommet coupé par un petit appentis, ancienne remise à charbon du temps passé ou le poêle à charbon trônait au fond des classes, enfin il me semble.La pluie ayant cessé, je me dirigeais vers le portail en fer forgé, lourd, me souvenant du jour ou je m'étais coincé le doigt en me balançant dessus avec mes petits camarades, du sang et des femmes qui accourent.Curieux comme les souvenirs remontent , le porte bagage sur le vélo de ma mère quand elle était en retard. De son rire et de sa joie, puis de ses:

"- tiens toi bien Pascou!"

Comment aurais je pu la lâcher ,ma joue contre son dos!.

Mais c'est elle qui me lâcha, enfin le destin, quelques années plus tard.Laissant derrière moi la cour et mes souvenirs, je traversais la place à grandes enjambées, me retrouvant devant une bâtisse ancienne .Une petite cour dessinée par des murs en pierres surmontés de grilles rouillées, était commune. La porte était ouverte, étroite, donnant un escalier tout autant , montant de façon très raide en deux quarts de tour, Un porte sale au rez de chaussée donnait sur ce qui se prétendait un appartenant, une odeur de mauvaise cuisine et de crasse.De la musique , Brassens il me semble.Je cognais à la porte du premier et dernier étage, coté droit, aucune réponse poussais la porte sur une seule pièce, sur la gauche une cheminée ou quelques planches se consumaient en fumant. Dans le prolongement une fenêtre masquée en partie par une sorte de couverture épaisse accrochée à deux clous.Plus loin un évier en grès blanc à deux bacs, sur l'égouttoir un verre sale, une fourchette et un saladier ou un reste de riz était couvert de moisi .La musique s'était tue et seul le bruit sur les vitres troublait les lieux. Dehors la pluie tombait.Sur la droite un matelas posé à même le plancher de bois ou des moutons trainaient entre les lattes disjointes. De part et d'autre des sortes de tabourets ou petits bancs mais hauts, comme ceux de l'église ou on pose les cercueils, noirs, avec des objets divers posés dessus dont un poste radio, un paquet de cigarette ouvert sur une cartouche de Dunhil .Une lampe au bout de de deux fils électriques pendait de travers , couverte de merdes de mouche.Un fauteuil voltaire je pense, seul mobilier potable, je remuais le bois dans la cheminée, m'enfonçais dans le fauteuil et commençai à attendre patiemment.

Mes pieds nus s'enfonçaient légèrement dans le sable semblant s'échapper entre mes orteils que je battais doucement.Le flux et le reflux me faisait perdre par moment l'équilibre à force de le fixer.L'eau salée en montant et descendant formait des arabesques et des motifs en encerclant mes pieds.Je reculai d' un pas pour ne pas mouillé le bas de mon pantalon, suivant la marée montante.Un chien arriva de loin sur la plage en jappant autour de moi il m'éclaboussait en tournant dans une ronde joyeuse Sortant subitement de mes songes, dans l'escalier étroit, les marches craquaient violemment sous le poids de quelqu'un qui montait d'un pas pesant et lent.Un courant d'air entra sitôt la porte ouverte .Se tenant sur le pas de la porte, l'air hagard, Joe Cocker, enfin c'est le surnom de celui qui me fixe.Faut dire que la taille, la corpulence et la tignasse faisaient penser à celui ci, qu'il écoutait en boucle.

Et lui:

"- mais putain, comment t'es entré ?

- par la porte Joe, par la porte elle était ouverte .

- merde, je perds les pédales ! "

Curieux le contraste entre sa corpulence et son coté parano !Un jour qu'il fumait un joint , j'avais crié :

- putain, les flics !"

Pas eut le temps de faire ouf ,qu' il était déjà passé par la fenêtre comme un type qui n'a rien à se reprocher, s'était cassé le bras, faut éviter de sauter dans le vide quand on ne sait pas ou on atterri .Les jours suivants, même peut être bien les mois, il racontait son agression par une bande de voyous qu'il avait tabassé.

- " Joe, il n' y a rien à voler chez toi ,Je cherche la Mouche ,tu l'as vu ?

- je ne lui parle plus .

- je ne te demande pas si tu couches avec lui, juste si tu l'as vu !

- il traîne le soir dans un petit bar , dans la ruelle près des bains douches .

- Je suppose que toi tu traînes aux bains douches ?

- Ta gueule !

- Et ton bras Joe?

- Ta gueule! "

Je me levai et décampai, Joe, c'était tout un poème.Je l'ai revu il y a quelques temps, je prenais un café à une terrasse en lisant le journal, quand sortant du bus, en jupe, un sac en bandoulière ,mon Joe !Et lui, tout heureux de me voir qui me saute dessus, avec sa dégaine de travelo sur le retour . Avec sa voix de ténor, génial pour passer incognito. Bonjour la dégaine !

- " t'es en string la dessous Joe ?

- ta gueule, toujours aussi con, tu payes un coup, je suis fauché !

- ah! Le tapin ça eu payé ! "

La nuit commençait à tomber et l'éclairage public de s'allumer, les rues étaient désertes avec ce vent même si la pluie n'était plus, ça n'incitait pas à flâner. Le café des voyageurs était ouvert, la terrasse en demi cercle vide .Je poussai la porte, au bar, les habitués. La patronne me faisait toujours la bise comme si j'avais encore vingt ans . Son mari lui m'évitait soigneusement, m'ignorant .Couilles molles, c'était son surnom !Tout ça remontait il y a une dizaine d'années, il était toujours au Pastis ce fainéant . Puis un jour qu'il avait picolé plus que de coutume il s'était embrouillé avec sa femme et s'était mis à lui taper sur la figure, là au bout du bar sous les yeux des clients. Et surtout sous mon nez, je lui avais dit calmement :

- "Couilles molles ."

Il s'était retourné vers moi, laissant sa femme Fanfan.

- tu disais ? "

je restai silencieux , il se mit à me brailler dessus, son visage rouge s'approchant du mien. Le café était devenu silencieux, les derniers mots entendus étaient , belote et …restés en suspend des joueurs de cartes derrière moi. Sur mon tabouret haut perché mon visage se trouvait maintenant à hauteur de celui du patron de bistrot. Je n'ai jamais aimé entendre crier, à la maison mes parents expliquaient sans le faire. Je me souviens du jour ou j'avais voulu taper le chien m'ayant complètement détruit un modèle réduit de voiture, une Renault quatre chevaux offerte par mon oncle. Papa m'avait attrapé le bras au vol et crié :

"- Non Pascou ! "

On ne frappe pas le chien, et puis il m'avait expliqué que le chien ne faisait pas mal, pour lui ce n'était qu'un objet sans importance. Me montrant comment le reprendre d'une voix ferme mais sans violence .Je voyais se balancer devant moi comme une grosse pivoine rouge de colère .Je n'entendais plus rien, juste les mouvement de sa bouche à l'odeur fétide qui devait hurler, puis sa main esquissa un geste contre moi, j'esquivais le coup, détendis le bras avec force et précision, au centre de la pivoine sur sa grosse truffe de connard, je vis presque les pétales s'éparpiller comme les feuilles mortes en automne. Sa bouche s'ouvrit si grand qu'on aurait pu voir le fond de son slip. Il tituba en reculant et s'affala dans les caisses de bouteilles vides derrière le comptoir et disparu un moment.Le sang coulait un peu de son gros blair quand il se releva aidé par Fanfan pour la forme .D'un doigt vengeur et menaçant, il me cria:

"- t'es tricard ici, dégage ."

Je finissais tranquillement mon verre sans bouger, sa femme lui dit d'aller là haut se nettoyer , il obtempéra profitant de l’échappatoire et je ne le revis plus, il devait cuver. Au bar, ça jasait un peu.Je serrai la main de la Fouine qui venait d'arriver !

"- ça va fit il ?

- oui, toi ?

- oui bien ,tu es revenu dans le coin ?

- je cherche la mouche .

- ah !pas vu, il te doit du blé ?

- non, comme ça , on va se faire un billard, c'est ouvert je crois ?

- ok !Je vais te mettre la raclée, billard français ?

- oui

Puis on sortait, la nuit était tombée cette fois.La Fouine, c'était un ami de toujours. Deux trois rues à pied et un autre bar. La salle de billard était à l'étage, on payait à l'heure et d'avance . Le patron prit la commande et nous laissa monter. Il n' y avait personne, les trois billards étaient libres, un billard américain, mais je n'aime pas trop, un billard Russe je crois mais pas certain et le billard français ou billard carambole du fait qu'il se joue à trois boules ou billes, une blanche et deux rouges, le but jouer avec la blanche et caramboler les deux rouges, ça fait un point. On peut aussi compliquer le jeu en jouant sur la bande. La fouine était excellent à ce jeu, faut dire aussi qu'il passait du temps.On carambolait en silence, pour l'instant c'était son tour.

Puis, c'est lui qui parla en premier :

"- tu te souviens Pascou quand les week ends on pariait au billard, c'étai le bon temps, non ?

- oui, on se marrait bien à rouler tous ces types."

En fait on squattait le billard le vendredi soir en attendant que le bar se remplisse et que ça monte pour jouer.Il y avait toujours des pigeons pour venir se mesurer, moi je jouais normalement mais la Fouine lui il savait retenir ses coups et donner l'impression de les rater mais de peu.Les types pensaient nous battre et pariaient souvent peu au début , puis de plus en plus. Alors quand on sentait que le moment était venu, on misait une somme plus importante, que souvent les autres doublaient. Puis la partie commençait et c'est là que la Fouine entrait en jeu, il les laissait nous distancer un peu puis remontait doucement d'une main assurer en disant, je suis meilleur quand j'ai un peu picolé. Et il finissait toujours par gagner de justesse. Les types souvent en plus nous remerciaient pour la partie et nous payaient un verre .

"- j'imagine la tête de ta mère si elle avait su.

- oui, déjà caramboler, mais en plus tricher, la honte.

- finalement moi je suis clean dans ces coups là .

- complice ,non ?

- De toute façon il y a prescription ! "

Et il me mit la raclée au billard, on prenait un verre au bar quand il me dit :

"- tu sais que la grande Véro est revenue ?

- je n'en savais rien, elle crèche ou ?

- Ah !oui ,je te vois venir, mais honnêtement je n'en sais rien."

Puis on se quitta sur le trottoir. La nuit allait être froide, quelques voitures roulaient encore, une bande de jeunes sortant d'un café parlaient bruyamment en se bousculant, onze heures sonnaient à l'église Notre Dame quand je descendais la rue du centre. Je ne sais pas si je devenais parano mais une voiture était en stationnement pas loin de l'endroit ou j'allais, deux ombres à l'intérieur mais je ne distinguais rien avec cette nuit sombre. Je me dis que je verrai bien demain. Le petit immeuble était ancien, je poussai la porte cochère donnant sur la rue, une cour intérieure donnait sur plusieurs petits bâtiments dont un ancien atelier.La lumière de celui ci éclairait celle ci en dessinant des figures contrastées. Je m'approchai des vitres, et le nez au carreau, je regardai à l'intérieur.Un vieux pull à col roulé trop grand pour elle, penchée sur son travail, depuis quelques jours elle s'activait pour un client, une sorte de tableau, enfin je suppose. J'entrai sans bruit et mis mes mains sur ses yeux en arrivant par derrière sur la pointe des pieds.Elle sursauta un peu mais se prit au jeu :

- c'est qui ?

- un inconnu "

Elle se retournait et se plaquait contre moi, je sentais son corps contre le mien et l'envie de l'embrasser.Me repoussant gentiment, elle sourit, son client s'impatientait!

- purée il fait froid ici .

- je sais mais je n'ai pas réussi à allumer le poêle .

- veux tu que j'essaie ?

- oui, j'en ai encore pour une heure ou deux .

- tu restes cette nuit ?

- oui !

L'atelier était une ancienne menuiserie, il restait quelques outils sur une étagère, un poêle et des planches dans un coin.Je mis du papier journal et des petits morceaux de bois dans le Godin en fonte , craquai une allumette, jouai sur la trappe et le poêle se mit à ronronner.La regardant évoluer, je compris ce qu'elle faisait.Elle avait construit un cadre en bois avec un fond en contre plaqué , les bords faisaient je pense trois centimètres de haut.Un mètre cinquante sur soixante dix environs pour la taille du cadre.Puis elle avait passé au pinceau une sorte d'huile de lin ou quelque chose comme ça.Déposé en s'y reprenant plusieurs fois de la quincaillerie, des vis , des boulons, enfin des objets que son client devait vendre, puis enduit le tout encore d'huile de lin.Ensuite elle avait coulé sur le tout du plâtre , et là elle démoulait l'ensemble avec délicatesse, c'était la troisième tentative.Cette fois ce ne fût pas un échec,la fibre de verre ajoutée au plâtre sûrement. Avec l'huile de lin, ça donnait une sorte de patine au plâtre qui n'était plus blanc, comme des motifs, genres de hiéroglyphes des temps modernes, c'était très réussi. Heureuse, se retourna et vint m'embrasser longuement.

- on monte à l'appart me dit elle ?

Je la pris par la taille ma main sous son pull sentant sa peau douce et chaude.

Nous étions dans la cour.

L' escalier était sombre, la minuterie faisait un bruit sec en se lançant puis celui d'un balancier.On ne croisa personne dans celui ci. J'aimais bien son appartement, il était comme elle, reposant et feutré, c'était une île ou je venais m'échouer.Ces yeux malicieux me regardaient et je perdais tout sens des réalités. Le matin nous surpris enlacés. Les petits déjeuners étaient calmes, comme après la tempête.Je la regardais en silence, elle écoutait le mien.

PASCOU

la mouche..suite.

Le lendemain, c'est vraiment par hasard que je retrouvais la Mouche, en pleine négociation magouille je pense.

Ma main sur son épaule le fit se retourner d'un bond.

- merde, préviens tu m'as foutu la trouille!

- tu aurais des choses à te reprocher, j'y crois pas?

- alors?

- écoute la mouche, je vais avoir besoin de toi !

- j'ai pas de fric si c'est ça.

- non rassure toi et ce n'est pas non plus sexuel .

- oui, et bien je ne vois pas .

- pas grave essaie de me suivre, et tu comprendras.

- ok !

- voilà j'aimerais que tu me suives .

- oui, je ne suis pas complètement sourdingue, j'ai entendu .

- t'as entendu mais rien compris, je te demande de me suivre, de me filocher, de me filer , de me coller au train, de me talonner, tu piges ?

- ah ! Là je te suis mais je ne vois pas pourquoi, , tu as peur de te perdre ?

- c'est ça, non j'ai l'impression que je suis suivi depuis quelques temps et j'aimerais bien savoir par qui .

- ah ! D'accord, donc si j'ai bien suivi je dois suivre ceux qui te suivent, s'ils te suivent ?

- mardi matin je prends le train pour Paris puis Rouen, je t'achèterai un billet, le train de7h45 .

- et pour manger, parce que le sandwich SNCF...

- t’inquiète je te filerai ce qu'il faut .

Nous étions partis d'accord, la Mouche avec ça tête de musaraigne passait toujours incognito, et pour ce qui est de filocher, c'était dans sa nature, toujours à fureter,tout savoir et rien payer !

la gare, une sale haute ou les voix résonnent, des bancs ou des étudiants chahutent , des sacs posés au sol. J'ai toujours aimé ces endroits de brassage entre ceux qui arrivent, souvent gais et ceux qui partent parfois tristes, parfois heureux, les aurevoirs et les adieux.

PASCOU

Puis subitement l'envie d'un café me fit me lever et me diriger vers le fond du hall de la gare. Des militaires discutaient en attendant leur train, sans doute en avance comme moi. La machine à café était bruyante, mais elle me fit toutefois un café. Mon gobelet à la main je regagnai ma place quand le coup de coude d'un énergumène attifé comme un as de pique me le renversa d'un coup. J’attendais ses excuses, quand je reconnus la Mouche, je failli éclater de rire .Il avait un bonnet trop grand pour lui, et des vêtements qui dataient un peu , je lui glissai à l'oreile:

- t'as hérité les fringues de ton grand-père?

- non, c'est pour ne pas me faire repérer !

- ah !

Puis plus fort :

- oui monsieur le train pour Paris part bien dans dix minutes quai A , tenez si vous voulez j'ai là un dépliant avec les horaires de retour aussi.

Et je le lui tendis avec à l 'intérieur le billet aller et retour pour Rouen. La Mouche me remercia finalement il était plus poli dans ce rôle que de façon générale.La gare s'était, avec l'approche du rapide, bien remplie et maintenant était en effervescence. Je pris la direction du quai A sans me retourner. Les hauts parleurs diffusaient un message incitant à s'éloigner du quai et annonçaient l'arrivée imminente du rapide en provenance de Brest. Je vis en montant que la Mouche était à l'autre bout de la voiture . Je trouvai une place dans le sens de la marche coté fenêtre, une femme âgée vint s’asseoir auprès de moi. Le train repartait. Les paysages défilaient et le bruit régulier du train sur les rails m'endormait . Ce matin j'avais quitté mon artiste tôt et je songeais maintenant à elle. . J'étais allongé sur la banquette d'un train après avoir quitté l'armée, cinq ans en Afrique. Je me souvins que j'avais un peu froid pour un mois de juillet, le contraste entre la chaleur africaine et l'humidité qui régnait à mon retour. J'avais fini par m'allonger sur la banquette puisque le compartiment était vide à cette heure et le train de Rouen peu fréquenté. A mon réveil , elle était en face et avait posé ses yeux noirs sur moi en souriant. Je m'étais redressé , un peu gêné, pour m’asseoir et remettre mes chaussures .Elle me dit :

- vous parliez en dormant.

- je n'ai pas dit de mal de vous au moins ?

- non répondit elle en riant .

- bien !.

- vous êtes militaire ?

- non , j'étais,je viens de quitter.

- vous ?

- un peu artiste , beaucoup galère.

- ah ! On peut se serrer la main, enfin pour la galère.,

- Claire se présenta- t -elle, Pascou lui répondis je.

Le train freinait en faisant un bruit de ferraille, il arrivait en gare, ma voisine se levait se préparant à descendre. Posant une revue sur mon siège , je pris la valise de la vieille dame pour l'aider à quitter le train et pour rejoindre discrètement la Mouche près de la porte de sortie..

- merci jeune homme, bon voyage! me dit elle en descendant sur le quai .

La Mouche me confirma que j'étais en effet bien suivi, un homme deux places derrière moi en bordure d'allée et une femme de l'autre coté de celle ci. Faisant semblant de me tromper de place, je dépassais la mienne pour revenir sur mes pas et voir les têtes de ceux qui me suivaient. Un coup d'œil discret me suffit pour enregistrer mes pisteurs. Puis me rasseyant, je fis semblant de me plonger dans ma revue .Dans une heure nous devrions arriver à Montparnasse.Puis je repensais à ma rencontre avec Claire aux yeux sombres, ce jour là le train roulait dans l'autre sens en direction de st Lazare, Rouen st Lazare et sur une autre ligne. La proche banlieue défilait l'arrivée était proche. Le silence devenait pesant, c'est elle qui parla en premier:

- ou allez vous sans indiscrétion?

- Montparnasse.

-Gare de Lyon.

-et ensuite?

-chez une tante dans le sud pour les vacances, huit jours, elle part en Amérique et je garde ses chats, passionnant n'est ce pas dit elle en riant.

- oh! il y a pire.

- voulez vous m'accompagne dit elle en riant, enfin si vous n'êtes pas allergique aux chats?

L'armée m'avait préparé à me battre, à garder mon sang froid en toute circonstance, cacher mes émotions, mais pas à ça.Je répondis une banalité:

- j'ai un train!

- dommage.

Puis ce fût le silence, redoutable. On se quitta sur le quai de la gare difficilement, il y a des rencontres comme ça du hasard qui laissent des regrets, regrets de n'avoir pas choisi les mots, de penser une chose et d'en dire d'autres, plates et sans aucune valeur. Je la regardai s'éloigner figé. Puis elle disparue dans la foule. Je me dirigeai vers la sortie passant devant les casiers à bagages, je ne sais pas pourquoi, j'en ouvris un, y mis mon sac pour avoir les mains libres et me mis à courir vers le Métro, direction Gare de LYON.

Mon train venait de passer Versailles -Chantier, ralentissait, l'arrivée en gare Montparnasse n'allait pas tarder.