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  1. En effet, je raisonne à partir d'analogies structurelles et fonctionnelles. Je ne comprends pas votre dernière phrase. Merci de votre intérêt.
  2. Si la situation de crise, renforcée par l’absence de consensus quant à une issue, laisse redouter l’échec, le potentiel représenté par le progrès technique, encore présent, par l’organisation, largement perfectible, et avant tout, par l’être humain lui-même, évoquerait plutôt des lacunes à combler. Qu’en est-il ? Lorsqu’un individu présente des virtualités d’adaptation sociale, mais joue avec sa santé et ne se soucie pas de son entourage, c’est qu’il veut vivre comme bon lui semble, sans s’occuper du lendemain. Cependant, à l’occasion d’un sérieux revers, il n’est pas impossible qu’il revienne sur cette attitude et décide de se donner une règle de vie ou au moins, des repères pour son jugement. Sur cette prise de conscience, en recouvrant de la lucidité, il peut reprendre le contrôle de lui-même et, s’il le désire, parvenir à exercer quelque maîtrise sur son comportement. Il lui suffit, pour cela, d’utiliser son cerveau. Mais, problème : l’ensemble comprenant le monde vivant et son substrat terrestre, auquel nous participons, n’est pas aujourd’hui doté d’un dispositif global de régulation ou de référence, tel le cerveau de l’être humain. Dans ces conditions il est impossible à la communauté mondiale, bien qu’elle soit pourvue d’une multiplicité de mécanismes technologiques et sociaux, de s’adapter autrement que par réaction aux évènements, sans pouvoir les anticiper _ et cela devient, faute d’un contrôle approprié de ces mécanismes, de plus en plus difficile à réaliser. C’est ce qui la distingue d’une personne, ou d’une organisation unifiée ou fédérée qui, l’une disposant de son cerveau, l’autre, d’un gouvernement ou d’un directoire, sont susceptibles d’une adaptation autre que réactive, dans les limites qui leur sont propres, sinon dans celles qu’elles sont susceptibles de s’assigner collectivement. La question posée par la crise concerne les évolutions respectives de ces deux catégories de limites et la manière dont peut s’en trouver affectée la répartition des contraintes pour tous : Vers plus de stress ou vers plus d’autonomie ? Si l’on s’en tient au statu quo, où le monde ne peut se réguler seul et que, à l’instar des individus, chaque structure de la société _ en panne de dialogue _ ne cherche alors qu’à évacuer des contraintes en recourant systématiquement au déni, le stress ne cessera de s’accumuler partout et la crise de s’enrichir de conflits et de s’amplifier. La crise générale présente est bien une crise du développement de notre monde. Comment éviter la panne ?
  3. Ce texte et le suivant sont déjà parus en 2011 Nous avons affaire à une crise globale, mondiale. Ce qui signifie qu’il y a, dans la plupart des secteurs d’activité et sur la quasi-totalité des territoires, des problèmes qu’on connaît les plus grandes difficultés à aborder, des conflits qu’on n’arrive pas à aplanir. En effet : - d’une part, il existe un déséquilibre socio-économique et écologique général, car des millions de gens ici et là rencontrent les plus grandes difficultés pour se nourrir, se loger, se soigner, élever les enfants _ parce qu’il n’y a pas assez d’argent pour ça _ alors que par ailleurs, on en dépense abondamment, et au-delà, afin de trouver des consommateurs pour une profusion de produits (ou de services) que les êtres vivants de la planète _ la biosphère elle-même _ éprouvent de plus en plus de difficultés à absorber (ou à tolérer) tels qu’ils ont été réalisés et associés (puis disséminés) ; - d’autre part, les diverses tentatives de conciliation et/ou de coopération internationales engagées pour la résolution de problèmes communs, récurrents ou persistants depuis des décennies (embrasements géopolitiques, drames humanitaires, réchauffement climatique, crise(s) financière(s)…) n’ont livré jusqu’à présent aucune véritable perspective de solution, les intérêts à court terme de chacune des parties demeurant _ de façon tacite et reconductible _ privilégiés par rapport à leurs intérêts à long terme, tant respectifs que partagés. L’entrée de la société humaine dans notre ère de modernité correspond, avec l’essor des techniques qui a précédé, puis accompagné la mondialisation, à une véritable transformation «organique», caractérisée par l’accélération sans précédent de ses rythmes de production et de distribution, notamment grâce à la mise en œuvre d’un «appareil circulatoire» diversifié et d’un «système nerveux» réactif, organes de nature à améliorer ses chances d’adaptation. Néanmoins, force est de constater que le fonctionnement de ces «appareils» est extrêmement perturbé. En effet, la distorsion, apparue depuis lors, entre - l’accroissement très important des capacités de traitement de l’information et de son débit de circulation, l’instantanéité et la multiplicité des transactions _ avec ou sans contrôles associés _ étendues à l’ensemble du globe et - les difficultés grandissantes pour tous les États, face à cette complexité croissante, à prendre des décisions politiques adéquates pour garantir services et revenus aux citoyens et aux collectivités, n’a fait, notamment en contribuant à la crise financière, qu’aggraver les déséquilibres évoqués ci-avant. La métamorphose en cours ne serait-elle pas sur le point d’avorter ?
  4. Le débat appartient à tout le monde, si on se rend compte que c'est une nouvelle opportunité à saisir pour tenter une sortie de ces structures paralysantes. La "majorité silencieuse" a effectué une première tentative visible en suscitant le mouvement "En Marche". Trop basse ou trop haute, la marche... elle nous a fait trébucher. Et puis des gilets jaunes ont voulu représenter cette majorité invisible. Dans la douleur et avec un succès mitigé. Était-ce si présomptueux, au point qu'on puisse douter de notre capacité à sortir de la nasse ? En tous cas, il me semble que la motivation grandit, à la mesure des restrictions de tous ordres infligées à la population. Le talent devrait suivre...l'avenir le dira.
  5. Beaucoup de commentateurs s’inquiètent de la difficulté de traiter la masse énorme de données qui devront être extraites du débat national. En effet, on a du mal à imaginer qu’il suffise d’une seule séance aux parlementaires et/ou au gouvernement pour en tirer des propositions. D’autant qu’un grand scepticisme prévaut quant à la nouveauté des suggestions émises. C’est peut-être justement qu’en parlant de débat, on penserait plutôt à un simple tour de table. Si on omet de rapprocher, pour les considérer, des questions qui ne sont indépendantes que dans un répertoire, rien de surprenant à ce qu’il n’en sorte aucun verdict susceptible de fournir une issue à cette crise de gouvernance. Gouverner, c’est réaliser, et conduire dans la durée, une synthèse pour faire face à la complexité grandissante des contraintes multiples que subit _ et aussi s’impose _ le monde humain. Cette synthèse, pour être réellement opérante, doit s’effectuer au plus près de la vie quotidienne des gens. Par conséquent, les propositions qu’ils seraient amenés à présenter, doivent, avant d’être soumises à l’échelon national, avoir déjà été travaillées, fût-ce sommairement : cela relève d’un débat local, indispensable pour une écoute productive. Alors, bon(s) débat(s) !
  6. Je viens de terminer ce quiz. Mon score 90/100 Mon temps 94 secondes  
  7. On est bien d'accord ! Il s'agit d'un vœu, qui restera pieux tant que la forme politique incriminée ne sera pas amenée à évoluer sous la pression critique et constructive de l'ensemble des citoyens. A leur charge, vu les lacunes actuelles de la démocratie par représentants _ pas forcément représentative des exigences humaines ! _ de déterminer, de proposer, d'adopter des formes participatives pour y suppléer... à l'opposé d'une "démocratie directe" fondée sur des interventions ponctuelles dans des circonstances spécifiques. Et merci de soulever ce point que je me proposais de traiter (j'y reviendrai sans doute)
  8. Les oubliés du pouvoir d’achat, les invisibles du service au public, ont pu se faire voir et entendre de tout le monde avec : - leurs protestations multiples et croisées sur le net, - le gilet jaune comme symbole commun de protection individuelle, - leur présence sur les lieux publics d’accès obligé pour circuler ou se ravitailler. Et aussi des manifestations en ville ayant débouché sur des confrontations violentes. La durée des blocages qui en ont résulté a contraint le pouvoir à infléchir sa politique sociale, sans toutefois renoncer au cap économique qu’il s’était fixé pour la durée de son mandat. Au-delà d’une prise de conscience et d’une reconnaissance de ces personnes, ménages, entrepreneurs, en grande difficulté, cela a amené des décisions, d’application à court terme, et l’entame publique d’un dialogue. Beaucoup de commentateurs, y compris dans le mouvement, préconisent de le personnaliser dans une représentation nationale, admise à la discussion selon le schéma classique du parti ou du syndicat. L’aspect paradoxal de cette invitation à instaurer le débat est d’ignorer le rejet, par la grande majorité des revendicants, de ce mode de représentation …qui confirme pourtant le rejet du corps électoral vis-à-vis des partis, aboutissant à la victoire du rassemblement «En marche» _ lui-même mis en cause aujourd’hui, après 18 mois d’exercice. Il devrait être possible de mieux comprendre ce paradoxe eu égard à la grande diversité - des revendications, sur les thèmes communs de la précarité et de la reconnaissance, - des opinions politiques déclarées ou écartées par leurs porte-parole. Sans doute en s’appuyant sur le fait que chaque parti _ ou syndicat _ s’éloignait le plus souvent de l’électorat de par : 1- sa ligne politique trop étroite pour retenir les aspirations communes au plus grand nombre, 2- la gestion de son appareil, ayant tendance à l’absorber dans des préoccupations exclusives, au détriment de sa mission de service. De sorte que les électeurs se sont peu à peu détachés de leurs représentants nationaux, au point de renouveler la quasi-totalité de l’Assemblée. Ce qui a eu pour effet de substituer à un lien très affaibli un «greffon» qui tarde à prendre. Et ce qui les a confortés, semble-t-il définitivement, dans la conviction de l’inadaptation de ce mode de représentation à l’expression de leur souveraineté. C’est pourquoi, indépendamment de la mise en place d’une forme de dialogue _ à définir _ avec le gouvernement, il est indispensable de renouer le lien au plus près pour reconstruire une représentation mieux débattue des questions qui touchent les citoyens. Après les contacts sur le net prolongés par les rencontres sur le terrain, voire le soutien des élus locaux, nul doute que cette phase révélatrice de la détresse sociale _ et sociétale _ parvienne et cède la place à une étape constructive salvatrice.
  9. Le monde actuel fait penser à un établissement de jeux, où les joueurs seraient les États et les multinationales, engagés dans une perpétuelle surenchère. Il leur faut donc continuellement miser de plus en plus et user de tous les moyens pour se maintenir à flot. C’est le lot du joueur invétéré qui, avant d’en venir à jouer sa propre chemise, aura bradé tous ses biens, jusqu’à dépouiller sa famille, son épouse, ses enfants, les abandonnant à la mendicité et à l’errance. Ainsi va la finance, laquelle abuse l’économie en détournant la totalité de ses ressources vers un jeu stérile et dévastateur, lui laissant croire à un retour d’investissement, sans cesse différé. Car il ne peut jamais y avoir de fin, les chances de survie des participants étant liées à leur poursuite inconditionnelle de la compétition, en jetant pêle-mêle armes et bagages, toutes leurs forces vives dans une guerre sans merci. Le précédent des guerres mondiales pourrait laisser espérer la venue d’un accord de paix, pour autant qu’il puisse être respecté. Mais on peut en reconnaître la difficulté, dès lors que cette guerre financière connaît une durée bien plus longue, incluant plusieurs générations. C’est pourquoi, lorsque l’on supporte la situation, même tant bien que mal, plutôt que de l'envisager, on préfère généralement soutenir la croissance, en dépit des dégâts croissants _ pour les perdants, de plus en plus nombreux _ qui en résultent. En espérant, malgré des démentis quotidiens, pouvoir repousser indéfiniment l’instant fatidique du burn-out général… qui ne nous laisserait aucune option pour reprendre le chemin du développement.
  10. La gravité des événements que nous vivons inspire à l’un de mes amis la réflexion que nous revenons à l’âge de pierre de notre préhistoire. Comme un peu partout en Europe, où le populisme réapparaît avec son cortège de violences. Blocage du dialogue, blocage de la rue, blocage de l’économie. A chaque fois qu'une situation se bloque, l'action tend à prendre le pas sur la réflexion. De ce fait l’absence de lucidité dans l’action, la privant d’un nécessaire contrôle, l’entraîne du brouillon au désordre, puis du désordre à la violence, et le blocage perdure. Quand on se trouve «au pied du mur», il nous arrive, faute de moyens ou faute de patience, de renoncer à la réflexion; et voilà la démarche simplificatrice, qui consiste à s'isoler «dans sa bulle» et à nier ou minimiser les problèmes du voisin. Le mérite des gilets jaunes _ ceux qui ne veulent pas de la violence _ est d'autant plus grand. Il leur faut calmer tous les extrémistes, et ce n'est pas une mince affaire quand les institutions se révèlent impuissantes à faire barrage à cette violence. Pour ma part, j'incline à penser que si l'être humain, individuellement, est l'être vivant le plus intelligent, il est collectivement l'un des plus stupides, car, face à ce double handicap _ social et écologique _ qu’il s’est à lui-même infligé, il se révèle incapable d'assurer sa propre conservation, alors même que, bien tardivement, il commence à se rendre compte de cette fatale lacune. L'intelligence ne consiste pas uniquement dans d'exceptionnelles facultés de compréhension et de création individuelles, mais bien au-delà, dans la faculté de nous organiser et surtout de savoir faire évoluer le mode d'organisation dans la pleine conscience de notre propre évolution.
  11. Le texte ci-après, déjà paru fin novembre 2017, est plus que jamais d'actualité. Il permet de se rendre compte que nous n'avons en rien progressé, depuis sa parution, dans la recherche d'une solution qui ne peut être que concertée, compte tenu de l'emprise de l'utilisation des carburants fossiles sur tous les secteurs économiques. 30/03/2010 Contre-exemple Si ce blog a une raison d’être, c’est bien d’affirmer la conviction que rien d’essentiel, en ce monde désormais globalisé, ne peut être bâti sans intelligence _ au sens premier du terme _ c’est-à-dire en se dispensant de comprendre les problèmes du voisin et les intérêts de chacun, sans omission ni discrimination. C’est pourquoi, tout au long des messages, je me suis efforcé de montrer que seule une approche globale des différentes crises, résultant de conflits sans recherche sincère de solutions, serait de nature à éclairer les démarches à effectuer, pour en espérer des solutions durables, parce que rationnelles. Un contre-exemple parmi les fréquentes tentatives (simulacres ?) d’arbitrages entre les exigences socio-économiques et celles de l’écosystème planétaire : la proposition dite «taxe carbone». Basée sur le principe du pollueur-payeur, c’est un prélèvement d’argent, sur les particuliers comme sur les entreprises, à effectuer en raison directe de la quantité de dioxyde de carbone dégagée par la consommation de combustibles fossiles, dans la mesure où son accumulation représente un risque de déstabilisation du climat. L’augmentation du coût de tout service incite en effet à en user au plus juste, et il est équitable qu’aucun utilisateur n’en soit exonéré : en l’occurrence, nul n’est censé y échapper, puisque nous consommons tous des énergies issues de ces combustibles, que ce soit pour le chauffage, les transports ou la production. Cependant, l’organisation de notre société est telle qu’il subsiste de par le monde, d’un continent ou d’un État à un autre, de grandes différences entre les lois et règlements, et de plus, dans chaque pays, de très importantes disparités de situations entre ménages et entre entreprises. Il en résulte que : - la mesure, quelle qu’en soit la forme, a une très faible probabilité de réussite sans un consensus effectif au plan réglementaire, comme en attestent les échecs renouvelés depuis celui de Copenhague, - dans l’hypothèse d’un tel consensus, les disparités économiques existantes en rendent l’efficacité hautement improbable. On n’imagine pas en effet se restreindre ceux qui ne font pas d’abus, sans pénaliser, pour les uns leurs conditions de vie, pour les autres (voire les mêmes) la compétitivité de leur entreprise et l’emploi de leurs salariés. De même, on ne voit pas se limiter ceux, particuliers ou sociétés, qui en ont les moyens, en tant que cibles de toutes les sollicitations et de toutes les incitations à préserver de l’étouffement le moteur de la croissance. Dans un pareil contexte, l’application de cette taxe risque de s’avérer à la fois économiquement (et socialement) contre-productive et insuffisamment dissuasive écologiquement, pour poursuivre l’objectif revendiqué, à plus forte raison pour l’atteindre.
  12. S’adapter, c’est pouvoir disposer de plusieurs options pour accéder à plus de confort _ ou moins de stress _ dans notre existence : en somme, arriver à échapper à l’alternative immobiliste et, à terme, destructrice, entre le recours à l’agression et le repli sur soi. C’est donc savoir, d’abord s’appuyer sur la mémoire des événements, ensuite sur la faculté d’en tirer des leçons _ être capable d’anticiper, de s’organiser, non seulement dans la conjoncture mais aussi dans la durée. C’est vrai pour la personne ; c’est vrai pour la société, dans son ensemble comme dans ses parties. Et justement, que découvrons nous quotidiennement à ce sujet? L’obligation permanente des décisionnaires de choisir entre le maintien d’emplois, de bassins d’activités, de la croissance économique, et la sauvegarde de la biodiversité, du bilan carbone, et jusqu’à des exigences de santé publique. De fait, des alternatives binaires conduisant à léser gravement l’une des parties pour préserver les chances de l’autre. Où la décision, quelle qu’elle soit, équivaut à une agression, clairement ressentie comme telle par la partie adverse. Où l’absence de décision conduit au marasme, où tout le monde est perdant. Ce qui s’observe également en géopolitique, où les multiples menaces de déstabilisation se dissolvent dans un statu quo infernal, qui condamne des populations entières à l’errance misérable ou au confinement meurtrier. Un constat sans appel de la perte de capacité du monde humain d’aujourd’hui à s’adapter et, bien au-delà d’une régression largement entamée, d’une involution désormais programmée.
  13. Aucun doute sur la nécessité _ l'urgence _ de mettre en œuvre une autre gestion de notre espace planétaire, ce qui implique une autre économie (re-fondée sur le service). Cependant, c'est de l'exercice de conducteurs du train actuel dont il importe de se débarrasser préalablement, et non des personnes physiques qui y ont été promues, quelles que soient les origines de ces promotions. Et on ne peut pas sauter du train. C'est la prise de conscience d'une immense majorité de personnes sur le globe, indépendamment de leurs opinions politiques, qui seule peut faire la décision, prise de conscience du caractère dérisoire (*) de leurs attentes (*) actuelles devant la réalité du danger. Et leur permettre de prendre les initiatives constructives susceptibles de ralentir, voire de l'arrêter, pour être en mesure de lui donner cette nouvelle orientation. (*) NB : Contrairement aux préoccupations quotidiennes, qui ne sont pas dérisoires, mais qui, elles, sont de plus en plus menacées par la dérive actuelle.
  14. L’objectif de cette étude est de rechercher pourquoi notre espèce, si riche en potentialités individuelles, demeure à ce jour incapable de maîtriser collectivement sa propre destinée. Certes, les défaillances individuelles peuvent entraîner des ratages collectifs et vice-versa, avec des diagnostics divers généralement bien étayés, mais si comme moi, on est conduit à penser qu’ils recouvrent une raison profonde inhérente à nos modes de fonctionnement, alors il paraît indispensable de mettre en cause le phénomène de stress. Avec lui, on tient le processus élémentaire de l’adaptation individuelle, soit l’impact d’un événement sur une personne, suivi de la réaction de cette dernière, qui comporte : - une résonance interne sur son organisme et son psychisme, - une réponse en direction de la source de l’événement. Cependant, si la réponse est inadéquate, les effets internes de l’impact subsistent avec elle, accroissant le risque de non-adaptation; il ne reste alors, pour les réduire _ c’est-à-dire supprimer ou amoindrir une partie des contraintes subies _ que l’alternative suivante: - éviter ou atténuer l’impact (fuite, évasion, déni de la réalité), - en effacer l’origine (intervention non négociée, agression). Dans ce cas, le seuil d’inadaptation est atteint, puisque les options d’accommodement ou de négociation n’ont pas pu être considérées, et surtout parce que la conduite à tenir dans l’avenir face à une telle situation n’a pu être définie. Il est évident que ce seuil dépend, d’une part, du type d’événement, d’autre part de la personne et de son vécu. Et que tout un chacun peut, le cas échéant, y trouver ses limites de résistance ou d’endurance. Dans une certaine mesure, grâce à la vie en société, l’implication mutuelle ou collective des individus leur a permis d’élever le niveau de performance adaptative de chacun pour un nombre sans cesse croissant de situations. Mais, a contrario, la persistance de nombreuses réponses inappropriées peut compromettre la bonne adaptation de l’ensemble des personnes impliquées dans les situations qu’elles doivent gérer, en communauté ou en solo. Ce qui signifie que, si la vie sociale apporte indéniablement des avantages adaptatifs, elle peut aussi introduire des contraintes supplémentaires _ génératrices de stress _ en raison de l’interaction des relations mutuelles de dépendance, matérielles ou affectives. Cela implique également que les effets négatifs de situations non maîtrisées collectivement soient susceptibles de s’étendre au groupe impliqué, voire de se propager à d’autres groupes également concernés. Le problème de toute insuffisance d’adaptation collective, c’est qu’elle efface les possibilités d’accommodement ou de négociation et que les situations qui en sont entachées ne puissent être tranchées que par la force ou l’autorité, cette dernière fût-elle collégialement consentie. Comme lorsqu’il s’agit d’adaptation individuelle, la réussite de l’adaptation collective repose essentiellement sur l’expérience, vécue ou transmise : l’éventail des options qu’elle peut offrir avec la connaissance des contraintes, subies ou à venir, permet d’en préciser l’objectif, l’ampleur et le délai de réalisation. Il faut donc en revenir à la conclusion du billet «Etude - I» : «D’où l’importance capitale de l’information et de l’éducation pour s’adapter.»
  15. Couramment, pour tenter d’expliquer le divorce entre les potentialités individuelles et cette faillite collective de l’humanité (même s’il est possible de retenir des avancées, il subsiste et malheureusement s’étend, de par le globe, une prépondérance de barbarie et d’incurie), c’est l’agressivité qui est stigmatisée, avec des motivations comme la convoitise ou la vengeance. Cependant, l’usage de ces termes ne donne pas la clé du mécanisme et des processus qui conduisent à ces dérives dans les relations humaines. Nous sommes obligés, pour d’indispensables éclaircissements, de remonter à la source, c’est-à-dire à l’exigence pour notre espèce de s’adapter, sous peine de voir les situations de stress se prolonger et s’intensifier. Le terme de stress désignant indifféremment - un syndrome d’inconfort organique et/ou psychosomatique lié à la perception d’un assortiment de contraintes ou de menaces, ou - un épisode banal constitutif de notre vie relationnelle, plutôt que de considérer qu’il s’agit de deux phénomènes distincts, il me semble plus juste d’y voir des manifestations de même nature intervenant avec plus ou moins d’intensité. Le processus est le même : un événement survient qui implique notre personne, nos affects, ou intéresse notre organisme, puis une réaction, d’abord spontanée, qui évolue plus ou moins rapidement selon l’expérience acquise et l’importance de l’impact, et ensuite, sauf sérieux dommages, un «débriefing» des sentiments et des pensées qui nous permet d’enchaîner, avec ou sans modification immédiate de notre conduite. En haut de l’échelle se situe l’urgence vitale, où toute notre énergie est dépensée à lutter pour échapper au pire. Puis, en descendant les échelons, des situations de souffrance qui laissent peu de place à l’accommodement ; celles dans lesquelles la douleur ou la colère nous privent plus ou moins durablement de lucidité et d’objectivité. Enfin, les plus courantes, qui sont le lot de tout un chacun, avec la grille de lecture de son éducation et de son vécu, avec un répertoire de recettes plus ou moins limité. Auxquelles nous ne consacrons généralement que le strict nécessaire. Dans tous ces cas, le curseur de notre énergie spontanément disponible parcourt la gamme de l’agressivité, avant même que nous soyons capables d’en déterminer la cible. Et, le plus souvent, nous n’allons guère plus loin, soit par insuffisance, soit par économie. Toutefois, la vie en société, en nous libérant des préoccupations basiques de survie au jour le jour, et en nous alimentant de motivations non égocentrées, nous a conduits à affiner nos conduites et orienter notre énergie _ vers l’élaboration commune de processus adaptatifs plus performants que des comportements individuels non socialisés. Une première civilisation de proximité, rudimentaire pour les gens de la glèbe, un peu mieux dégrossie chez leurs protecteurs et donneurs d’ordre.
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