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  1. Interlude Dans cette troisième partie, l’auteur présente la trame de la pièce : l’ordre contre le stress. Nous avons vu combien ce dernier, dans le deuxième acte, s’étend et s’amplifie avec l’angoisse nouvelle du lendemain et les conflits de territoire qui se multiplient. L’angle d’attaque commun pour les apaiser est le recours à la coopération. Et pour y parvenir, il est nécessaire de trouver un terrain d’entente entre les parties. Dans notre histoire, plusieurs types d’ordres se sont peu à peu imposés, en tant qu’ensembles de prescriptions concernant : - les échanges, le commerce _ c’est l’ordre économique reposant sur la monnaie comme référence, - les relations entre personnes, le vivre-ensemble _ d’où le droit et le politique, - la spiritualité, la religion _ avec les cultes. Ce sont encore des contraintes, mais adaptées, calibrées selon les attentes du plus grand nombre, qui libèrent en nous rassurant sur le futur immédiat, l’avenir, voire l’intemporel. Pour faciliter cette quête, la recherche d'ordre va s’appuyer sur la création de mythes communs _ cultes, institutions, droit _ tout en s'adossant à des techniques mémorielles nouvelles qui rendent possible l'interconnexion des données, comme le calcul et la langue, symbolisés sur des supports matériels de plus en plus complexes. Cette complexité, en entraînant la spécialisation des tâches et la hiérarchisation des postes, jointe à l'accélération de l'expansion, aboutit à un enchaînement conflictuel qui entrave l'exercice de la coopération et en révèle la fragilité. Face à des changements qui apportent la confrontation, le besoin d'ordre se renforce pour maintenir la culture tout en apaisant les conflits venus de l'extérieur. Cet ordre doit pouvoir se fonder sur un arbitrage acceptable par le plus grand nombre, en relation avec les besoins généraux de tout un chacun : matériels, relationnels, spirituels : - pour le matériel, l'ordre économique représenté par une monnaie, qui organise les échanges, - pour le relationnel, l'ordre politique que représente un empire qui fédère, avec une idéologie d'ouverture unitaire et des principes juridiques compatibles avec la diversité, - pour le spirituel, une légitimité surhumaine infaillible qui s'impose à chacun avec des valeurs qui engagent la personne _ avec toute la gamme de nuances, de la tolérance au prosélytisme, de l'intégration à l'exclusion. Mais l’ordre, qu’il soit imposé ou librement accepté, ne saurait épouser ni la diversité des cultures, ni la plasticité des événements, de sorte qu’il ne peut éviter les crises : selon ses critères, il classe autant qu’il rassemble, ouvrant des portes, en refermant d’autres. Pour autant, à mesure que se dégagent des éléments d’une culture transnationale, se dessine peu à peu l’unification de l’humanité.
  2. Acte II- La révolution agricole Il y a environ 12000 ans, l'expansion démographique crée des pressions intertribales qui poussent à l'organisation de bases nourricières, aboutissant à terme à la sédentarisation. En effet la limitation du territoire de prédation développe le souci du lendemain; la quête dans l’étendue fait place à l’anticipation dans la recherche de subsistance : l’exploitation du sol devient le principe conducteur de la survie communautaire. Plusieurs conséquences sont induites par ce nouveau mode de vie. Pour les sociétés humaines : - le régime alimentaire devient moins diversifié du fait de la restriction de l’espace exploité, - le temps devant être consacré à la culture et à l’élevage dépasse de beaucoup la durée des épisodes de chasse ou de cueillette, - un surcroît d’énergie est nécessaire dans la recherche de compensations pour tenter de rattraper les pertes de jouissance qui en résultent, - cette demande d’énergie se répartit entre .- l’exploration de divers procédés de plus en plus sophistiqués pour satisfaire un besoin de confort croissant, .- l’accroissement des moyens de défense, ou d’attaque, afin de maintenir, voire d’élargir le périmètre occupé pour assurer la descendance, .- les affrontements guerriers qui en résultent, avec pertes immédiates pour des bénéfices incertains, - enfin cette diversification incessante entraîne la création de nombreuses spécialisations, génératrices de défauts de compréhension et de communication, d’où le besoin correspondant d’un ordre sociétal. Pour l’environnement, les espaces forestiers font place à des aires cultivées ou enherbées, à d’autres débarrassées de toute végétation pour être édifiées ou revêtues, amorçant ainsi une modification «anthropocentrée» systématique et pérenne du monde vivant. A l’opposé de la phase précédente, durant laquelle évoluaient des groupes réduits sans impératif horaire, sans contrainte soutenue, cette manière d’habiter le monde engendre la dépendance dans l'espace et dans le temps ainsi que des besoins de plus en plus diversifiés pour la perpétuer : une situation stressante, chronophage. C'est déjà la "tyrannie du quantitatif" qui se traduit désormais par une exploitation oppressive pour les personnes et destructrice pour l'environnement, voire le monde vivant.
  3. C’est une pièce en trois actes qui se joue sur la scène terrestre. Y.N. Harari lève le rideau sur un apprenti bipède que semble handicaper le poids de son cerveau ; mais c’est un leurre. L’action débutant il y a 70000 ans, on excusera l’auteur de prendre quelques raccourcis pour en souligner les moments forts. La résistible ascension d’un acteur voué, semblait-il, aux utilités : brusquement projeté devant le trou du souffleur, d’abord hésitant sur son texte, voilà qu’il improvise et retrouve son assurance, brûle les planches et prend une nouvelle dimension, pour finir par éclipser le décor. Acte I - La révolution cognitive Sans surprise, c'est le cerveau de cet Homo qui lui permet d’effectuer ce premier bond dans le développement, avec les étapes de la marche bipède, de l'observation-exploration, de l'innovation _ le conduisant à la maîtrise du feu, l'emploi d'outils, la domestication d'autres espèces, l'assistance interindividuelle, le langage, les métissages…. Ce qui lui vaut, non seulement d’escalader rapidement les échelons dans la hiérarchie des espèces pour accéder au statut de prédateur dominant, mais bientôt de s’approprier l’un après l’autre la plupart des écosystèmes de la planète. Dès lors, l’absence de confinement _ dans un biotope attitré _ de cette espèce prépondérante, risque de prendre en défaut les mécanismes de régulation du monde vivant. En effet celui-ci, dans tous ses écosystèmes, ne perdure que grâce à des limitations sur les accroissements ou les réductions d’effectifs, adaptées aux variations d’ambiance climatique. Cependant, dans un premier temps, la faible démographie des «chasseurs-cueilleurs» leur évite de se démarquer d’autres espèces vivantes dans la responsabilité d’éventuels déséquilibres locaux. Mais, avec le temps, l'association des cerveaux, grâce aux échanges d'informations et au recours à l'abstraction, les amène à progresser en technique, en organisation, et par là-même à intensifier leur impact sur les environnements qu’ils fréquentent. Phénomène se renforçant encore avec la croissance continue des effectifs des communautés, de la bande à la tribu, et au-delà, vers des formations plus importantes, par la sédentarisation liée à la phase suivante….
  4. Nous croyons tous les deux à la pluralité des mondes habités par des êtres vivants, d'autres sans doute la croient impossible. Mais tant que ce n'est pas démontré par l'observation ou le raisonnement, cela reste une croyance, ce qui veut dire que ce n'est ni exclu ni certain.
  5. J’ai toujours cru à la pluralité des mondes habités. Par des êtres vivants. Intelligents ou doués de raison…quelle que soit la signification qu’on puisse donner à ces termes. Je pense en effet que la vie, avec tous les mécanismes qu’elle implique dans son évolution _ pensée évidemment incluse _ est un événement naturel de l’univers physique, dans les conditions locales particulières et diverses que recèle son immensité. Qui s’en tient à ce regard à longue portée, pourrait sans doute être amené à relativiser nos points de vue résolument anthropocentriques, en observant que, si l’évolution, considérée à cette échelle, ne nous garantit pas l’exclusivité de l’avenir, elle nous conserve l’espoir de grandes aventures par procuration pour des cousins…éloignés. Mais n’apaise nullement nos angoisses actuelles sur le futur de nos enfants et descendants. Dans un ouvrage extrêmement documenté, Yuval Noah Harari, l’auteur de « Sapiens », présente « une brève histoire de l’humanité » qui nous amène à mieux l’appréhender dans son ensemble, sans toutefois totalement expliquer l’inflexion qui l’a conduite au seuil de l’autodestruction, et de l’effacement accéléré du monde vivant auquel nous continuons imperturbablement à apporter une contribution décisive. Commentaires dans un prochain billet.
  6. En effet, je raisonne à partir d'analogies structurelles et fonctionnelles. Je ne comprends pas votre dernière phrase. Merci de votre intérêt.
  7. Si la situation de crise, renforcée par l’absence de consensus quant à une issue, laisse redouter l’échec, le potentiel représenté par le progrès technique, encore présent, par l’organisation, largement perfectible, et avant tout, par l’être humain lui-même, évoquerait plutôt des lacunes à combler. Qu’en est-il ? Lorsqu’un individu présente des virtualités d’adaptation sociale, mais joue avec sa santé et ne se soucie pas de son entourage, c’est qu’il veut vivre comme bon lui semble, sans s’occuper du lendemain. Cependant, à l’occasion d’un sérieux revers, il n’est pas impossible qu’il revienne sur cette attitude et décide de se donner une règle de vie ou au moins, des repères pour son jugement. Sur cette prise de conscience, en recouvrant de la lucidité, il peut reprendre le contrôle de lui-même et, s’il le désire, parvenir à exercer quelque maîtrise sur son comportement. Il lui suffit, pour cela, d’utiliser son cerveau. Mais, problème : l’ensemble comprenant le monde vivant et son substrat terrestre, auquel nous participons, n’est pas aujourd’hui doté d’un dispositif global de régulation ou de référence, tel le cerveau de l’être humain. Dans ces conditions il est impossible à la communauté mondiale, bien qu’elle soit pourvue d’une multiplicité de mécanismes technologiques et sociaux, de s’adapter autrement que par réaction aux évènements, sans pouvoir les anticiper _ et cela devient, faute d’un contrôle approprié de ces mécanismes, de plus en plus difficile à réaliser. C’est ce qui la distingue d’une personne, ou d’une organisation unifiée ou fédérée qui, l’une disposant de son cerveau, l’autre, d’un gouvernement ou d’un directoire, sont susceptibles d’une adaptation autre que réactive, dans les limites qui leur sont propres, sinon dans celles qu’elles sont susceptibles de s’assigner collectivement. La question posée par la crise concerne les évolutions respectives de ces deux catégories de limites et la manière dont peut s’en trouver affectée la répartition des contraintes pour tous : Vers plus de stress ou vers plus d’autonomie ? Si l’on s’en tient au statu quo, où le monde ne peut se réguler seul et que, à l’instar des individus, chaque structure de la société _ en panne de dialogue _ ne cherche alors qu’à évacuer des contraintes en recourant systématiquement au déni, le stress ne cessera de s’accumuler partout et la crise de s’enrichir de conflits et de s’amplifier. La crise générale présente est bien une crise du développement de notre monde. Comment éviter la panne ?
  8. Ce texte et le suivant sont déjà parus en 2011 Nous avons affaire à une crise globale, mondiale. Ce qui signifie qu’il y a, dans la plupart des secteurs d’activité et sur la quasi-totalité des territoires, des problèmes qu’on connaît les plus grandes difficultés à aborder, des conflits qu’on n’arrive pas à aplanir. En effet : - d’une part, il existe un déséquilibre socio-économique et écologique général, car des millions de gens ici et là rencontrent les plus grandes difficultés pour se nourrir, se loger, se soigner, élever les enfants _ parce qu’il n’y a pas assez d’argent pour ça _ alors que par ailleurs, on en dépense abondamment, et au-delà, afin de trouver des consommateurs pour une profusion de produits (ou de services) que les êtres vivants de la planète _ la biosphère elle-même _ éprouvent de plus en plus de difficultés à absorber (ou à tolérer) tels qu’ils ont été réalisés et associés (puis disséminés) ; - d’autre part, les diverses tentatives de conciliation et/ou de coopération internationales engagées pour la résolution de problèmes communs, récurrents ou persistants depuis des décennies (embrasements géopolitiques, drames humanitaires, réchauffement climatique, crise(s) financière(s)…) n’ont livré jusqu’à présent aucune véritable perspective de solution, les intérêts à court terme de chacune des parties demeurant _ de façon tacite et reconductible _ privilégiés par rapport à leurs intérêts à long terme, tant respectifs que partagés. L’entrée de la société humaine dans notre ère de modernité correspond, avec l’essor des techniques qui a précédé, puis accompagné la mondialisation, à une véritable transformation «organique», caractérisée par l’accélération sans précédent de ses rythmes de production et de distribution, notamment grâce à la mise en œuvre d’un «appareil circulatoire» diversifié et d’un «système nerveux» réactif, organes de nature à améliorer ses chances d’adaptation. Néanmoins, force est de constater que le fonctionnement de ces «appareils» est extrêmement perturbé. En effet, la distorsion, apparue depuis lors, entre - l’accroissement très important des capacités de traitement de l’information et de son débit de circulation, l’instantanéité et la multiplicité des transactions _ avec ou sans contrôles associés _ étendues à l’ensemble du globe et - les difficultés grandissantes pour tous les États, face à cette complexité croissante, à prendre des décisions politiques adéquates pour garantir services et revenus aux citoyens et aux collectivités, n’a fait, notamment en contribuant à la crise financière, qu’aggraver les déséquilibres évoqués ci-avant. La métamorphose en cours ne serait-elle pas sur le point d’avorter ?
  9. Le débat appartient à tout le monde, si on se rend compte que c'est une nouvelle opportunité à saisir pour tenter une sortie de ces structures paralysantes. La "majorité silencieuse" a effectué une première tentative visible en suscitant le mouvement "En Marche". Trop basse ou trop haute, la marche... elle nous a fait trébucher. Et puis des gilets jaunes ont voulu représenter cette majorité invisible. Dans la douleur et avec un succès mitigé. Était-ce si présomptueux, au point qu'on puisse douter de notre capacité à sortir de la nasse ? En tous cas, il me semble que la motivation grandit, à la mesure des restrictions de tous ordres infligées à la population. Le talent devrait suivre...l'avenir le dira.
  10. Beaucoup de commentateurs s’inquiètent de la difficulté de traiter la masse énorme de données qui devront être extraites du débat national. En effet, on a du mal à imaginer qu’il suffise d’une seule séance aux parlementaires et/ou au gouvernement pour en tirer des propositions. D’autant qu’un grand scepticisme prévaut quant à la nouveauté des suggestions émises. C’est peut-être justement qu’en parlant de débat, on penserait plutôt à un simple tour de table. Si on omet de rapprocher, pour les considérer, des questions qui ne sont indépendantes que dans un répertoire, rien de surprenant à ce qu’il n’en sorte aucun verdict susceptible de fournir une issue à cette crise de gouvernance. Gouverner, c’est réaliser, et conduire dans la durée, une synthèse pour faire face à la complexité grandissante des contraintes multiples que subit _ et aussi s’impose _ le monde humain. Cette synthèse, pour être réellement opérante, doit s’effectuer au plus près de la vie quotidienne des gens. Par conséquent, les propositions qu’ils seraient amenés à présenter, doivent, avant d’être soumises à l’échelon national, avoir déjà été travaillées, fût-ce sommairement : cela relève d’un débat local, indispensable pour une écoute productive. Alors, bon(s) débat(s) !
  11. Je viens de terminer ce quiz. Mon score 90/100 Mon temps 94 secondes  
  12. On est bien d'accord ! Il s'agit d'un vœu, qui restera pieux tant que la forme politique incriminée ne sera pas amenée à évoluer sous la pression critique et constructive de l'ensemble des citoyens. A leur charge, vu les lacunes actuelles de la démocratie par représentants _ pas forcément représentative des exigences humaines ! _ de déterminer, de proposer, d'adopter des formes participatives pour y suppléer... à l'opposé d'une "démocratie directe" fondée sur des interventions ponctuelles dans des circonstances spécifiques. Et merci de soulever ce point que je me proposais de traiter (j'y reviendrai sans doute)
  13. Les oubliés du pouvoir d’achat, les invisibles du service au public, ont pu se faire voir et entendre de tout le monde avec : - leurs protestations multiples et croisées sur le net, - le gilet jaune comme symbole commun de protection individuelle, - leur présence sur les lieux publics d’accès obligé pour circuler ou se ravitailler. Et aussi des manifestations en ville ayant débouché sur des confrontations violentes. La durée des blocages qui en ont résulté a contraint le pouvoir à infléchir sa politique sociale, sans toutefois renoncer au cap économique qu’il s’était fixé pour la durée de son mandat. Au-delà d’une prise de conscience et d’une reconnaissance de ces personnes, ménages, entrepreneurs, en grande difficulté, cela a amené des décisions, d’application à court terme, et l’entame publique d’un dialogue. Beaucoup de commentateurs, y compris dans le mouvement, préconisent de le personnaliser dans une représentation nationale, admise à la discussion selon le schéma classique du parti ou du syndicat. L’aspect paradoxal de cette invitation à instaurer le débat est d’ignorer le rejet, par la grande majorité des revendicants, de ce mode de représentation …qui confirme pourtant le rejet du corps électoral vis-à-vis des partis, aboutissant à la victoire du rassemblement «En marche» _ lui-même mis en cause aujourd’hui, après 18 mois d’exercice. Il devrait être possible de mieux comprendre ce paradoxe eu égard à la grande diversité - des revendications, sur les thèmes communs de la précarité et de la reconnaissance, - des opinions politiques déclarées ou écartées par leurs porte-parole. Sans doute en s’appuyant sur le fait que chaque parti _ ou syndicat _ s’éloignait le plus souvent de l’électorat de par : 1- sa ligne politique trop étroite pour retenir les aspirations communes au plus grand nombre, 2- la gestion de son appareil, ayant tendance à l’absorber dans des préoccupations exclusives, au détriment de sa mission de service. De sorte que les électeurs se sont peu à peu détachés de leurs représentants nationaux, au point de renouveler la quasi-totalité de l’Assemblée. Ce qui a eu pour effet de substituer à un lien très affaibli un «greffon» qui tarde à prendre. Et ce qui les a confortés, semble-t-il définitivement, dans la conviction de l’inadaptation de ce mode de représentation à l’expression de leur souveraineté. C’est pourquoi, indépendamment de la mise en place d’une forme de dialogue _ à définir _ avec le gouvernement, il est indispensable de renouer le lien au plus près pour reconstruire une représentation mieux débattue des questions qui touchent les citoyens. Après les contacts sur le net prolongés par les rencontres sur le terrain, voire le soutien des élus locaux, nul doute que cette phase révélatrice de la détresse sociale _ et sociétale _ parvienne et cède la place à une étape constructive salvatrice.
  14. Le monde actuel fait penser à un établissement de jeux, où les joueurs seraient les États et les multinationales, engagés dans une perpétuelle surenchère. Il leur faut donc continuellement miser de plus en plus et user de tous les moyens pour se maintenir à flot. C’est le lot du joueur invétéré qui, avant d’en venir à jouer sa propre chemise, aura bradé tous ses biens, jusqu’à dépouiller sa famille, son épouse, ses enfants, les abandonnant à la mendicité et à l’errance. Ainsi va la finance, laquelle abuse l’économie en détournant la totalité de ses ressources vers un jeu stérile et dévastateur, lui laissant croire à un retour d’investissement, sans cesse différé. Car il ne peut jamais y avoir de fin, les chances de survie des participants étant liées à leur poursuite inconditionnelle de la compétition, en jetant pêle-mêle armes et bagages, toutes leurs forces vives dans une guerre sans merci. Le précédent des guerres mondiales pourrait laisser espérer la venue d’un accord de paix, pour autant qu’il puisse être respecté. Mais on peut en reconnaître la difficulté, dès lors que cette guerre financière connaît une durée bien plus longue, incluant plusieurs générations. C’est pourquoi, lorsque l’on supporte la situation, même tant bien que mal, plutôt que de l'envisager, on préfère généralement soutenir la croissance, en dépit des dégâts croissants _ pour les perdants, de plus en plus nombreux _ qui en résultent. En espérant, malgré des démentis quotidiens, pouvoir repousser indéfiniment l’instant fatidique du burn-out général… qui ne nous laisserait aucune option pour reprendre le chemin du développement.
  15. La gravité des événements que nous vivons inspire à l’un de mes amis la réflexion que nous revenons à l’âge de pierre de notre préhistoire. Comme un peu partout en Europe, où le populisme réapparaît avec son cortège de violences. Blocage du dialogue, blocage de la rue, blocage de l’économie. A chaque fois qu'une situation se bloque, l'action tend à prendre le pas sur la réflexion. De ce fait l’absence de lucidité dans l’action, la privant d’un nécessaire contrôle, l’entraîne du brouillon au désordre, puis du désordre à la violence, et le blocage perdure. Quand on se trouve «au pied du mur», il nous arrive, faute de moyens ou faute de patience, de renoncer à la réflexion; et voilà la démarche simplificatrice, qui consiste à s'isoler «dans sa bulle» et à nier ou minimiser les problèmes du voisin. Le mérite des gilets jaunes _ ceux qui ne veulent pas de la violence _ est d'autant plus grand. Il leur faut calmer tous les extrémistes, et ce n'est pas une mince affaire quand les institutions se révèlent impuissantes à faire barrage à cette violence. Pour ma part, j'incline à penser que si l'être humain, individuellement, est l'être vivant le plus intelligent, il est collectivement l'un des plus stupides, car, face à ce double handicap _ social et écologique _ qu’il s’est à lui-même infligé, il se révèle incapable d'assurer sa propre conservation, alors même que, bien tardivement, il commence à se rendre compte de cette fatale lacune. L'intelligence ne consiste pas uniquement dans d'exceptionnelles facultés de compréhension et de création individuelles, mais bien au-delà, dans la faculté de nous organiser et surtout de savoir faire évoluer le mode d'organisation dans la pleine conscience de notre propre évolution.
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