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Docteur CAC
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Pour information, cet article est la suite d'un article précédemment publié sur le blog. Pour la bonne compréhension du sujet qui nous intéresse (à savoir, l'analyse du livre de Tomas Piketty traitant de l'évolution historique du capital et du revenu, de l'évolution de du rapport entre ces deux sources de richesse, d'une mise en perspective historique et au final de solutions pour traiter les inégalités constatées), je vous conseille de lire l'introduction mise à votre disposition via le lien ci-dessous.

[Lire l'introduction...]

Après avoir introduit les concepts fondamentaux, jeté les bases de notre réflexion et fait un bref rappel historique des conséquences du dernier grand bouleversement économique qu'a connu l'Humanité : la révolution industrielle. Nous allons maintenant étudier historiquement la composition et l'évolution des différentes formes de richesse (à savoir terres, immobilier, machines, entreprises, actions, obligations, brevets, cheptel, or, ressources naturelles, etc.) dans plusieurs pays dont l'auteur a pu extraire de nombreuses informations. Ce sera aussi l'occasion de réviser un peu l'Histoire, la notre et celle des autres.

Commençons par les définitions ...

C'est pas ce qui va être le plus marrant dans notre histoire mais c'est un passage obligé pour la suite et comme je souhaite avoir un propos le plus largement accessible, je tiens à revenir sur ce qui pourrait poser des difficultés . J'ai donc rassemblé un bon nombre de notions à expliciter disséminés tout au long de cette partie et je vais essayer d'être le plus claire possible.

Pour l'introduction, j'ai voulu resté simple ... mon objectif était de vous présenter l’ambiance du livre et la démarche de l'auteur. Il était pas question de vous agresser avec une avalanche de concepts et de théories. Prenons les choses dans l'ordre, l'introduction nous avez permis d'exposer des déséquilibres au niveau mondial liés les uns aux autres : démographique, niveau capitalistique,niveau de production, revenus ...

Pour trouver l'origine de ces déséquilibres facilement constatables, l'auteur cherche des causes plus profondes en s'aidant par exemple de la critique marxiste (parlant de la baisse tendancielle du taux de profit mais nous verrons cela plus tard...) et des dynamiques que le capitalisme semble avoir. A cette fin, il définit la première loi fondamentale du capitalisme.

La forcément je suis obligé de vous donner la formule :

α = r . β avec r : taux de rendement moyen du capital(*) et β : rapport capital/revenu.

(*) le taux de rendement du capital mesurent ce que rapporte un capital au cours d'une année exprimé en pourcentage du capital investi.

Reprenons l'exemple donné dans le livre :

Si β = 600 % et r = 5 % alors α = r . β = 30 %.

Autrement dit, si le patrimoine représente l'équivalent de six années de revenu national dans une société donnée, et si le taux de rendement moyen du capital est de 5 % par an, alors la part du capital dans le revenu national est de 30 %.

Pour comprendre comment la structure du capital a évalué d'un point de vue macroéconomie (à l'échelle d'un pays), encore faut-il comprendre la façon dont il se décompose.

La capital national se décompose en capital intérieur et le capital étranger net.

Le capital intérieur mesure la valeur du stock de capital (immobilier, entreprises, etc.) implanté sur le territoire du pays considéré.

La capital intérieur se décompose en trois catégories : terres agricoles ; logements ; et autre capital intérieur.

La capital étranger net - ou actif étrangers nets - mesure la position patrimoniale du pays considéré vis-à-vis du reste du monde, c'est-à-dire la différence entre les actifs possédés par les résidents du pays dans le reste du monde et les actifs possédés par le reste du monde dans le pays en question (y compris, le cas échant, sous forme de titres de dette publique).

Basiquement, on peut retenir la formule suivante :

Capital national = terres agricoles + logements + autre capital intérieur + capital étranger net

Analyse du cas de la France et du Royaume-Uni

Afin de tenter de dégager de grande tendance dans l'évolution de la structure du capital, prendre l'exemple de ces deux pays en premier lieu parait tout à fait raisonnable. En effet, il se trouve que c'est pour ces deux pays que les sources historiques disponibles sont les plus complètes et homogènes depuis le XVIIIème siècle.

Le capital au Royaume-Uni, 1700-2010

[img2=550px][/img2]

Lecture : le capital national vaut environ 7 années de revenu national au Royaume-Uni en 1700 (dont 4 en terres agricoles).

Le capital en France, 1700-2010

[img2='550px']http://les-yeux-du-monde.fr/wp-content/uploads/2013/11/graphique-capital-revenu-piketty.png[/img2]

Lecture : le capital national vaut près de 7 années de revenu national en France en 1910 (dont 1 placée à l'étranger).

Source: piketty.pse.ens.fr/files/capital21c/pdf/G3.2.pdf

Au regard des graphiques présentés, nous pouvons en tirer les conclusions suivantes :

Nous avons relevé depuis le XVIIIème siècle un interventionnisme de l’État de puis en plus important et cette tendance de long terme à pu être statistiquement observé : en simplifiant les actifs publics ont progressé en France et au Royaume Uni de façon assez similaire passant de 50 % au XVIIIème siècle à 100% du revenu national à la fin du XXème siècle.

Prenons le cas de la France, la crise des années 30 (déclenché par le krach de 29) d'une violence encore aujourd’hui inégalée est le moment ou la confiance dans l’idéologie libérale consacrant le laissez faire et la non intervention de l’État s’effondre complétement dans l'opinion publique. A la suite de ces événements on demande des comptes à l'élite financière qui a conduit les économies mondiales dans le mur et on met en place ce que l'on appelle des économies mixtes (l’État intervient directement dans divers secteur de l'économie).

Avant de s'intéresser plus en profondeur aux évolutions du capital national, il nous faut étudier la question du partage entre entre le capital public et capital privé et la question des dettes publiques (s'appréciant en même temps que la définition du capital public). En effet comme le dit l'auteur :

Le capital national, ou patrimoine national, est la somme du capital public et du capital privé.

Le capital public est défini comme la différence entre les actifs et les passifs de l’État et des diverses administrations publiques.

[...]

Le capital privé est la différence entre les actifs et les passifs des individus privés.

Ainsi si le capital public définit la richesse nette d 'un pays, alors il convient d'apprécier l'importance des dettes et ses tendances historiques au Royaume-Uni et en France. Juste un petit commentaire avant de vous introduire le tableau suivant :

  • déjà il va vous permettre de remettre des ordres de grandeur sur le patrimoine public (ce que possède un état et les administrations) et le patrimoine privé (les ménages). En effet, pour les grandes comparaisons macroéconomiques nous pourrions nous passer de cette partie de l'analyse mais cela n'a-t-il pas des conséquences sur les choix politiques et économiques ?

  • sans oublier aussi la critique d'un état trop présent dans l’économie, ne devrait-on pas alors voir un capital public élevé signe que l'état détient cette capacité d'intervention ? regardez bien ...

  • et puis quelque chose de technique (comptable ?) mais d'essentiel de bien avoir en tête à l'heure ou on matraque les esprits avec le question de la dette publique : s'il y a bien des dettes, il doit y avoir des actifs non ? si vous ne comprenez pas alors faisons simple : l'état doit de l'argent mais il a des bâtiments (de l'immobilier), il a des placements financiers, des actions. Ce n'est pas comme s'il n'y avait rien a mettre en face des dettes hein !

Richesse publique et richesse privée en France en 2012 (p.201)

[table][/th]
Valeur du capital, en % du revenu national
Valeur du capital, en % du capital national

(capital public + capital privé)[/td][td]

605 %
[/td][td]
100%
[/td]

[/b] (patrimoine public net : différence entre actifs et dettes détenus par l’État et les autres administrations publiques)[/td][td]

31 %

Actifs | Dettes

145 %| 114%

[/td][td]
5 %

Actifs | Dettes

24 % | 19 %

[/td]

[/b](patrimoine privé net : différence entre actifs et dettes détenus par les individus privés (ménages))[/td][td]

574 %

Actifs | Dettes

646 % | 72 %

[/td][td]
95 %

Actifs | Dettes

107 % | 12 %

[/td][/table]

Reprenons le tout à l’échelle européenne

Le capital national en Europe, 1870-2010

[img2='550px']https://housepresscomment.files.wordpress.com/2014/04/piketty-national-capital.png?w=300&h=183[/img2]

Lecture : le capital national (somme du capital public et privé) vaut entre 2 et 3 années de revenu national en Europe en 1950.

Source: piketty.pse.ens.fr/files/capital21c/pdf/G4.5.pdf

Les évolutions européennes du rapport capital/revenu et du partage public-privé étant posées, nous pouvons maintenant analyser plus en profondeur la tendances que l'on a retrouvé pour tous les pays européens : nous avons une courbe en U qui traduit un effondrement puis une remontée jusqu'à retrouver des niveaux similaire entre les deux extrémités.

Peut-on comprendre ce mouvement subit par le capital au XXème siècle ?

Cette partie sera courte :cool: mais il va y avoir une subtilité !

A ce moment de l'analyse, nous avons étudier les cas des européens et on retrouve un schéma général (comme expliqué dans le paragraphe juste au dessus) : on constate une chute très importante du fait des 2 guerres mondiales puis une remontée, jusque la tout va bien ... sauf que les destructions matérielles n'expliquent qu'une faible part de la chute de capital (et a fortiori la chute du rapport capital/revenu).

Alors hein... on se demande quoi non ? franchement on a une chute vertigineuse du capital et on pourrait tranquillement l'expliquer par les conséquences des tapis de bombes, des sabotages, et des combats ... :mouai: et bien non et quand on y pense : comment les différents pays pourraient être touchés aussi durement alors que tous ces pays n'ont pas subit non plus les mêmes destructions ?

Bingo ! il y a aussi les conséquences des guerres avec les changements politiques comme les révolutions et les décolonisations ! et cela va avoir des conséquences sur ce que l'on a appelé le capital étranger net (sur ce que les individus d'un pays possèdent de capital d'un autre pays pour ceux qui dorment au fond de la salle ...). Et dans le même temps, les européens [les ménages privées] ont une épargne faible dans un environnement économique défavorable (jusqu’à la crise des années 30) ; conséquence : les ménages vendent leurs actifs. Mais en cumulant tout cela aux destructions là on peut expliquer les 3/4 de la baisse, c'est plus significatif :bo:.

A la découverte du nouveau monde !

Le nouveau monde, en l’espèce l'amérique du Nord, offre plusieurs spécificités venant du fait que le pays s'est développé à notre époque moderne. Le nouveau offrait des perspectives, et nous retrouvons cette idées dans la faiblesse des prix de la terre et des équipements professionnels (Toquevilel l'avait déjà noté à son époque).

Avec ces exemples, que conclure de l'évolution du rapport capital/revenu sur une longue période ?

Il est temps d'aborder la deuxième loi du capitalisme avec la formule suivante :

β = s/g avec s : taux d'épargne du pays et g : le taux de croissance du pays

Effectivement, cette loi fondamentale va nous permettre d'apprécier l'importance de l'épargne. Alors étudions ses composantes, sa répartitions et son évolutions dans les divers pays que nous avons précédemment étudié.

Épargne privé et publique dans les pays riches, 1970-2010

[table]
Épargne nationale

(privée + publique)

dont : Épargne privéedont : Épargne publique[/table]

Source: piketty.pse.ens.fr/files/capital21c/pdf/T5.4.pdf

(nette de dépréciation)

(en % du revenu national)

Le capital privé et public dans les pays riches, 1970-2010

[img2='550px']http://investir-et-devenir-libre.com/wp-content/uploads/2014/07/Le-capital-priv%C3%A9-et-public-dans-les-pays-riches-1970-2010.png[/img2]

Source: piketty.pse.ens.fr/files/capital21c/pdf/G5.5.pdf

Cette deuxième loi nous aide à comprendre les raisons de l'augmentation importante du patrimoine privé observé globalement dans les pays riches. Comme vous devez sans doute le savoir pour les pays développés, la période 1970-2010 est synonyme de faible croissance (chocs pétroliers, crises financières, développement des pays émergeant - les dragons asiatique, les tigres asiatique, le BRIC -) mais en même, comme nous avons pu le voir précédemment, le taux d'épargne reste élevé.

On peut expliquer cette évolution des patrimoines par:

  • l'important cycle des privatisations pendant la période qui va transférer la richesse publique vers la richesse privée
  • et une évolution des prix des actifs : nous avons déjà pu dire que globalement ces produits avaient changés de nature avec le temps pour arriver à la période qui nous intéresse au capitalisme financiarisé et à l'augmentation de la valeur des produits boursier et de l'immobilier.

Mais d'abord intéressons nous au premier : à savoir le cycle des privatisations. Ce cycle a eu pour moteur la baisse de l'investissement de la puissance public et l'augmentation de ses emprunts, l'écart en résultat s'expliquant par le financement de ses dépenses courantes. Le problème, c'est qu'il toujours l'ensemble des pays développés (listé dans le tableau à la page 292 du livre : tableau 5.4 Epargne privée et public dans les pays riche entre 1970 et 2010). Ainsi si vous avez la même trajectoire dans un même période (1970-2010) faisant suite à un choc violent (en l’espèce le choc pétrolier) c'est que les politique publique dans les différents pays n'ont pas servi à grand chose puisqu'elles arrivent au même résultat ...

Maintenant intéressons nous à notre deuxième point expliquant l'augmentation du patrimoine privé : la remontée historique des prix des actifs faisant suite aux évolutions du rapport capital/revenu sur la période précitée.

Comment s'est opéré le partage du revenu national entre le capital et le travail ?

C'est sans doute la question centrale, celle qui peut intéresser un grand nombre de personnes, c'est même je crois pour l'auteur la question qu'il s'est posé au départ pour écrire le livre. Il n’est plus question d'idées creuses sans fondement, non la tout ce qui vient d'être dit peuvent permettre de tracer des tendances (à ce moment là nous en sommes à un bon 1/3 du livre ...). Je préviens aussi que nous allons aborder des concepts économiques d'un niveau qui demandera de votre part un effort sortant de l'ordinaire (pour vous donner un ordre d'idée c'est d'un niveau de 3ème année de Licence d'Economie-Gestion). Nous allons parler de fonction de Cobb-Douglas, de baisse tendanciel du taux de profit, des 2 Cambridge, d'élasticité ... je vous rassure cependant le passage est court mais il sera intense ...

Si vous en comprenez pas tout, je ne pense pas que vous en serez lèse pour la suite de ma présentation mais ne vous dispensez pas de dépasser cette difficulté d'autant que je ferais un effort de pédagogie qui vous donnera je pense les armes pour comprendre, cela ne sera pas vain !

Le partage capital-travail au Royaume-Uni, 1770-2010

Lecture : au 19e siècle, les revenus du capital (loyers, profits, dividendes, intérêts,.) représentent environ 40% du revenu national, contre 60% pour les revenus du travail (salarié et non salarié).

Source: piketty.pse.ens.fr/files/capital21c/pdf/G6.1.pdf

Le partage capital-travail en France, 1820-2010

[img2='550px'][/img2]

Lecture : au 21e siècle, les revenus du capital (loyers, profits, dividendes, intérêts,.) représentent environ 30% du revenu national, contre 70% pour les revenus du travail (salarié et non salarié).

Source: piketty.pse.ens.fr/files/capital21c/pdf/G6.2.pdf

Intéressons nous alors aux évolutions historiques du rendement du capital dans l'histoire : sur le très long terme nous sommes sur une quasi-stabilité avec une tendance très légèrement à la baisse de ce rendement passant de 4 %-5 % au x XVIIIème et XIXème siècle à 3 %-4% aujourd’hui. Au delà de l'analyse de son évolution, ce rendement doit bien avoir des déterminants permettant de fixer le taux. En prenant le modèle économique le plus simpliste (celui retenant l'hypothèse de la concurrence pure et parfaite ), il y a une égalité parfaite entre le taux de rendement du capital et la productivité marginale du capital.

Pour aborder la notion de productivité marginal du capital, résumons là a une question : si j’investis dans sur l'unité supplémentaire de capital quelconque, que va me produire cette unité supplémentaire ? Autrement dit imaginons une usine : si j’investis dans une machine supplémentaire quelle production vais-je en retirer ?J'avais déjà expliqué avec un exemple l'idée de la marginalité dans un autre article à consulter si vous ne comprenez pas.

Je me permets de reprendre l'exemple de l'auteur :

Supposons par exemple que dans une société agricole le fait de disposer de l’équivalent de 100 euros de terres supplémentaires, ou bien de 100 euros d’outils supplémentaires (compte tenu des prix en vigueur pour la terre et les outils), permette d’augmenter la production de nourriture de l’équivalent de 5 euros par an (toutes autres choses égales par ailleurs, en particulier en maintenant constante la quantité de travail utilisée). On dit alors que la productivité marginale du capital est de 5 euros pour 100 euros investis, autrement dit de 5 % par an.

Dans des conditions de concurrence pure et parfaite, il s’agit du taux de rendement annuel que le détenteur du capital - propriétaire foncier ou propriétaire des outils - devrait obtenir de la part du travailleur agricole. S’il cherche à obtenir davantage que 5 %, le travailleur ira louer sa terre et ses outils auprès d’un autre capitaliste. Et si c’est le travailleur qui veut payer moins que 5 %, la terre et les outils iront à un autre travailleur. Évidemment, il peut exister des situations où le propriétaire est dans une situation de monopole pour louer sa terre et ses outils au travailleur, ou bien pour lui acheter son travail (on parle alors de « monopsone »), auquel cas le propriétaire peut imposer un taux de rendement supérieur à cette productivité marginale.

Aussi à l’idée de marginalité, on y accole aussi le concept des rendements décroissants : c'est assez intuitif, avec la marginalité vous voyez que plus vous cumulez du capital moins la dernière unité de capital additionnée va produire, c'est le cas classique en économique. D'un point de vu mathématique, vous obtenez une courbe en cloche : elle croit dans un premier temps jusqu’à un point optimal pour ensuite décroître : l'idée c'est que à moment donné il ne sert plus a rien de cumuler du capital, ajouter une unité supplémentaire de capital n'engendre plus un effet positif sur la production.

Conclusion de cette 2ème partie

Nous voici à la fin de cette deuxième partie sur le livre de Thomas Piketty. Ainsi plus nous approfondissons son analyse plus il devient intéressant de mettre en relation son analyse et l'actualité. Nous avons étudié les évolution historique de nombreux pays pour en expliquer les tendances et dégager et légitimer des lois structurelles et analyser le rapport capital/revenu. A ce stade nous voyons un déséquilibre structurelles dans ce rapport capital/revenu que nous avons tenté d'expliquer par l'histoire et des concepts économiques. De ce fait, il est cohérent pour l'auteur d'analyser ensuite ces inégalités : c'est ce que nous verrons dans la prochaine partie.

Lecture : en 2012, la valeur totale du capital national en France était égale à 605% du revenu national (6,05 années de revenu national), dont 31% pour le capital public (5% du total) et 574% pour le capital privé (95% du total).

Rappel : le revenu national est égal au produit intérieur brut (PIB), diminué de la dépréciation du capital, et augmenté des revenus nets reçus de l'étranger; au final, le revenu national est égal à environ 90% du PIB en France en 2012; voir chapitre 1 et annexe technique.

Source: piketty.pse.ens.fr/files/capital21c/pdf/T3.1.pdf

Le fait central est donc bien visible : au début es années 2010, le capital national est en quasi-totalité composé des patrimoines privés (99% au Royaume Uni et en France 95%), ce qui semble rejoindre une tendance historique. Alors quand il s'agit d'étudier le capital national dans ces économies de marché n'ayant jamais connu le communisme sociétique et du partage entre capital public/capital privé, on en vient à étudier les patrimoines privés qui ont pu représenter près 800 % du revenu national alors que le patrimoine public entre -50% et 50%.

Si on écarte l'importance du capital public qui semble plutôt marginal, alors il reste le rôle politique qu'a du avoir sur le long terme l'état sur les politiques notamment celles qui ont impacter l’accumulation des patrimoines. pour l'Angleterre, le patrimoine privée a été renforcé par l'endettement public important : l'épargne absorbé par cette dette à mécaniquement limité l'investissement privé dans les années 1770-1810 jusqu'à logiquement renforcé les possédants (la nouvelle classe des rentiers boursiers et de ceux possédant la terre et l'immobilier).

Docteur CAC

J'avoue que pour cet article, je ne sais pas moi-même où nous allons arriver. J'imagine déjà le parangon du pragmatisme arriver la fleur au fusil, trop content de pourvoir faire la démonstration de sa perspicacité dans ces temps difficiles. A l'heure où nous devrions courir sans arrêt après l'inovation pour notre développement économique, il serait mal de réfléchir sur de l'innovation ... sociale ? C'est quand même curieux non ? à la limite démago ?

Il n'est pas question ici de réciter une longue litanie d'exemple d'utopie de penseurs économiques et/ou politiques. En effet, je souhaite d'abord revenir au principe même de simplement d'autoriser à imaginer une société sans devoir être réduit à un doux rêveur et écrire ces lignes après le résultat des élections municipales a sans doute une résonance particulière dans mon esprit. Le niveau d'abstention est bien révélateur mais pas seulement de l'échec de l'offre politique, je vais résumer ce que je pense à ce stade : aucune solution n'est en mesure d'être apportée par une quelconque strate de notre société.

A force de moquer celui qui réfléchit au delà des possibilités du présent, a force d'invoquer le pragmatisme pour seul argument et bien nous restons nos pauvres idées du monde ...

Reprocher la part irréalisée (ou irréaliste) à une utopie est aussi perspicace que de reprocher le fait que les combats soient arrangés dans le catch.

D'ailleurs l'utopisme n'est pas spécialement de gauche ... depuis les grecs on "utopise", un mec moche du nom de Platon avec un sombre grimoire : La République ... Le fou ...

Les humanistes, les penseurs chrétiens pour enfin venir au marxiste pour l'époque moderne, pour faire naitre le socialisme scientifique pour dépasser le socialisme utopiste ... la démarche n'est pas d'hier comme vous pouvez le voir.

Au final ceux qui se réclament pragmatique n'ont-ils en fait juste plus rien à dire ?

Docteur CAC

Le propos d'un homme politique (et pas n'importe lequel !) nous donne l'occasion de parler d’économie ! lors de cette conférence (dont la vidéo est tirée) notre Président de la République défendait sa dernière trouvaille lorsque soudain une évidence se manifesta : "[...] l'offre crée même la demande ! ". Bhon le spectateur n'y fait peut-être pas vraiment attention : les contre diront de toute façon de manière intelligente que c'est d'la merde et les pour feront remarquer que le mec essaye de défendre son truc alors bhon autant pas dégommer l’idée à peine sortie.

Et puis franchement qu'est-ce-que cela change ? là immédiatement rien mais un éclairage semble quand même assez important : nous nous trouvons face à une tentative d'invocation de l'économie. Le sujet n’est donc pas de juger sur le fond la proposition présidentielle ou de commenter les perles de Gattaz. Pourtant on pourrait en dire sur sa manière de faire, comme un vulgaire dealer : "j'te promets 1 000 000 d'emplois si tu me files d'la bonne !", et comme il est presque pris au mot bha maintenant il est un peu embêté.

922594-1092761.jpg

Le sujet est plutôt de savoir comment on peut déclarer cela d'une manière si péremptoire que l'on n'a aucune envie de contrarier cet homme ayant l'air d'être sympas, le seul truc que l'on peut lui reprocher c'est d'appartenir au club de la rose fanée. Après chacun ses gouts, il y a assez de fleuriste pour tout le monde ! si on préfère le bleu clair ...

Je me fais la réflexion suivante : si cela venait de quelqu'un qui n'avait aucune référence économique, je me dirais qu'il n'y a aucune idéologie, aucun courant sous cette affirmation mais j'ai du mal à le croire cela pour un énarque : ils ont quand même des cours d’économie (où le mec qui écrit le discours c'est pareil ...). Parce-que la référence à Jean-Baptiste Say, économiste libéral Français (cocorico !), je la capte immédiatement ...

Jean-Baptiste Say : la mise au point

Say.jpg

Jean-Baptiste Say est un économiste libéral du début du XIXème siècle. Il faut savoir qu'en France le libéralisme économique n'est pas une invention de Jean-batiste Say, l'un des premiers mouvements du courant libéral moderne est français, ce sont les physiocrates (dont le théoricien le plus connu est François Quesnay qui inspirera Adam Smith le père de l'économie politique et penseur du libéralisme classique). Et classique n’est pas un petit détail : encore une fois la contextualisation historique des théories économiques permet de comprendre que le libéralisme économique n'a pas la même signification intellectuelle que celle que nous mettons à notre époque : déjà 1802 ce n'est pas très éloigné d'une autre date non ? 1789 ... le moment où la société bascule du tout au tout, où des libertés sont consacrés et ou le pouvoir du Roi n'existe plus (il a perdu la tête ...).

Dans l'esprit libéral de l'époque, la politique économique n'a plus vocation à n'être que l'outil destinée à satisfaire les besoins de son Auguste Altesse au contraire tout le monde à la légitimité d'entreprendre pour son compte et son profit, c'est la garantie du respect (pour ne pas dire de la défense) de la propriété privée et du principe de libre entreprise . Du point de vue de l'histoire de la pensée économique, le libéralisme classique est une lecture économique (parmi d'autreS) de la pensée des lumières (un prolongement économique non-exclusif des théories visant à l'acquisition de nouveaux droits politiques et sociaux) et surtout une réaction au mercantilisme.

Say se situe donc après Smith mais a un regard plus libéral et a un apport théorique qui n'est pas révolutionnaire mais il permet au libéralisme classique de se développer en France . C'est avec son Traité d'économie politique (1803) qu'il va tenter de vulgariser les principes du libéralisme pendant l'ère Napoléonienne. Essayer d’imaginer l'effet d'un ouvrage libéral dans un pays ou le dirigeant essayera d'imposer le blocus continental contre l'Angleterre :mouai:

Ce que l'on a retenu de Say c'est la fameuse loi des débouchés que l'on simplifie justement par cette fameuse phare : "l'offre crée sa propre demande" (qui a été empruntée à Keynes). Il ne faut pas dépasser les propos de l'auteur : il n'est pas question de dire qu'un marché ne peut pas être en situation de surproduction mais qu'un déséquilibre réduit à un marché et temporaire est tout à fait possible et s'explique par une allocation non optimal des moyens de productions.

Pour Say, il n'est pas possible d'être confronté à une situation générale de surproduction : autrement dit tous les marchés ne peuvent pas entrer en même temps en surproduction.En effet, en partant de l'hypothèse fondamentale que la monnaie est neutre : c'est à dire que la monnaie n'est qu'un outil intermédiaire permettant l'échange qui ne peut être détenue pour elle-même, les produits s'échangeant contre des produits. Say estime qu'au niveau global et quel que soit le niveau de prix, la somme des achats et égale à la somme des ventes. Autrement dit la vente sur un marché aura pour conséquence de dégager une somme d'argent (création d'une rentrée monétaire) qui permettra de créer une capacité d'achat équivalente.

La théorie des débouchés ? Say rien ...

Déjà le débat faisait rage entre Malthus et Ricardo. De Malthus on retient souvent son principe de population (la population croit de manière géométrique alors que les moyens de subsistances de façon arithmétique), justement là ou il n'a pas était le plus clairvoyant ... mais avant Keynes, Malthus à remis en cause les dires de Say et de Ricardo : il n'y a pas obligatoirement égalité entre l'offre et la demande.

Keynes a une approche assez unique dans la contribution économique : il n'est pas révolutionnaire, pas viscéralement contre le système capitaliste mais essaye de dire poliment à ses amis libéraux qu'un autre regard est possible, il ne comprend pas le dogmatisme néoclassique de ses contemporains face aux traumatismes économiques que connait l'Europe.

Keynes va remettre en cause cette loi des débouchés en réfutant son hypothèse centrale et va considérer que la monnaie n'est pas neutre. Chez lui, on va retrouver toutes les interrogations émises contre cette théorie, il va reprendre de Malthus le principe de demande effective et démontrer l'existence d’équilibre de sous-emplois sur le marché de l'emploi (expliquant le chômage involontaire réfuté catégoriquement par la pensée néoclassique). Dès lors, on met en exergue les anticipations des agents qui peuvent être à l’origine de décalage, on va aussi commencer à parler de propension marginale à épargner (et à consommer) parce-que finalement nos comportements ne sont pas uniformes). Say était un entrepreneur et n'avait pas vraiment les réflexes d'un banquier, lui parlait de la sphère réelle mais Keynes pensait que le profil d'un spéculateur était justement de ne pas forcément mettre son argent dans la sphère réelle.

Conclusions

0-20.png

Oui... au moins sur la forme c'est ce que je déteste le plus et un 0/20 est amplement mérité : lancer cela comme une évidence les propos d'un auteur du XIXème siècle ... c'est petit, voir minable. A son époque, Say avait beaucoup de raison d'avoir cette analyse mais depuis le temps la société de consommation de masse (et de production de masse) est passée. Nous ne pouvons plus avoir la même réflexion que Smith : la taille du marché définissant ce que l'on appelle aujourd'hui le volume de la demande il suffit de conquérir de nouveau territoire, de coloniser en somme, ce que le Royaume-Uni et la France feront très bien mais lorsqu'il n'y a plus de terre à coloniser, que la technologie permet de produire en masse à la seule condition de posséder le capital technique, comment croire encore que les crises de surproductions sont aujourd'hui impossibles ? alors que dans le même temps pour trouver des débouchés, on nous tanne à longueur de journée sur le besoin de l'économie française d'innover !

Ainsi prendre a témoin ce pauvre Say en 2014 constitue ni plus ni moins qu'une fraude politicienne. Dire que la politique sert à éclairer et à gérer mais encore une fois elle ne fait que tordre pour enfoncer un carré dans un triangle. La tentation est trop grande et les exemples nombreux ... dépasser ou décontextualiser les propos d'un auteur n’est pas juste qu'une question de point de vue surtout que le débat n'est pas là.

poule-oeuf.jpg

En effet, comme j'ai pu tenter de l'expliquer ce débat entre l'offre et la demande est complétement dépassé et même les libéraux utilisent à leurs sauces les outils keynésiens, c’est bien la preuve que la science économique ne s'est pas arrêtée en 1802 ... Encore une fois on ne parle que de coût mais la question essentielle c'est aussi : qu'est ce que l'on produit à ce prix là ? pourquoi la monté en gamme est nécessaire et permet de dégager plus de marge ? en gros j’espère que nos politiques ont été jusqu'au chapitre 2 d'un bouquin de microéconomie ... parce qu’a force de remonter dans le temps, on risque d'entendre parler du troc ...

Docteur CAC

Les années passent et le spectre de la crise demeure présent ... Les mêmes problématiques économiques et sociales se posent et les réponses politiques se font tâtonnantes. Tellement que même le FMI recommande moins d’austérité (après avoir été son fer de lance) suite à des révélations sur des erreurs commisses par d'anciens cadres dans une étude économique légitimant l'application des politiques d’austérité.

L'année 2014 sera importante pour plusieurs raisons : entre changement de politique de la FED, le risque de basculer dans la déflation et les décisions importantes que devra prendre l’Allemagne ... mais la question principale consiste à savoir si nous allons enfin connaître sur le plan intérieur une reprise de l’activité économique après le léger mieux observé pour plusieurs indicateurs économiques, mais cela sera-t-il assez ?

Face à la crise, la grande perdante est l'Europe. Incapable de montrer qu'elle pouvait être une solution, l’Euroscepticisme n'a jamais été aussi prégnant dans les débats et l'euro est remis en cause. Considéré comme un poids lourd économique sans influence politique, elle doit selon moi faire face à deux lames de fonds :

  • elle doit d'abord subir les effets de la crise : ainsi comme j'ai pu le dire l'Europe n’apparaît pas comme être une solution aux chocs socio-économiques qu'ont pu subir les économies européennes après les crises qui se sont succédées depuis 2008. Ainsi, même si le problème politique de l'Europe ne date pas d'aujourd'hui, la crise a érodé la patience des peuples et a amplifié la critique. L'Europe n’apparaît comme n'étant qu'une coquille économique vide de sens politique. L'erreur a été de croire que l'organisation économique allait forcément déboucher sur la création d'une direction politique.

  • la deuxième lame de fond est plus historique : les comptes avec "la France du non" n'ont pas été encore liquidés. Ce "non" mal compris par la classe politique pour être ensuite transformé en "oui" a été vécu comme un vrai déni de démocratie. Dès ce moment, la construction européenne a pu apparaître pour certain comme quelque chose n'appartenant plus au citoyen européen. Dès ce moment la légitimité de l'Europe fut sévèrement entamée. Loin de l'idéal européen des débuts, la construction économique semblait répondre uniquement à des impératifs économiques dictées par la classe dirigeante et ne visant qu'un seul but : celui d'augmenter la taille du marché européen.

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En résumé, l'Europe souffre d'un problème de gouvernance (et par extension l'euro aussi), le dessin de Plantu résume bien la situation. Face à cela, on oppose comme solution le repli national et le désengagent des pays du projet européen. Sur le principe même de son existence, l'Europe est mal défendue. En effet, dire que l'Europe doit continuer d'exister parce qu’elle existe revient à gagner sans combattre pour celui qui utilise cet argument. On peut étendre la réflexion : comment croire qu'une création sociale humaine permet de créer un ordre naturel spontané ? non décidément il doit bien y avoir d'autres arguments ... La critique du fonctionnement de L'Union est bien plus constructive : dirige-t-on de la même manière ou presque un ensemble de six pays lorsqu'on se retrouve plusieurs décennies plus tard à 28 ?

Oui car économiquement l'Union Européenne a des atouts à faire valoir : elle est la première puissance économique mondiale, avec une direction politique cela devrait permettre à toutes les économies européennes de peser plus lourds au niveau international. En plus d'être une puissance économique importante, elle est aussi l'une des zones les plus capitalisés du monde et à ce titre elle pourrait participer au développement industrielle de la France (et d'autres pays... forcément...) en menant une politique industrielle à l'échelle européenne (comme avec Airbus). Mais les disparités économiques sont souvent considérées comme un élément rédhibitoire à l'existence du projet européen surtout dans le cadre de l'euro. Cet argument est intéressant parce qu’il décrit en effet une réalité : les économies européennes ne sont pas les mêmes, n'ont pas fait les mêmes choix économiques et sociaux, mais même en admettant que cela puisse engendrer plus de difficultés, est-ce vraiment cela le problème ? n'y a-t-il pas au sein même d'une économie nationale d'aussi grande disparité que celle qu'on observe entre les économies européennes. Le mécontentement vis-à-vis de l'organisation européenne n'est-il pas en fait une critique de la légitimité du pouvoir ? on peut comprendre que la nation apparaisse comme un refuge rassurant et la défense de la souveraineté nationale un but.

Concernant la politique commerciale, en caricaturant nous traitons à peu près de la même manière nos partenaires européens et les pays extra-zones, nous concédons tout juste des facilités administratives dans le transit et nous nous efforçons d'appliquer communément les mesures de Bruxelles. Ne pourrait-on pas simplement appliquer ce que d'autres grands blocs économique appliquent (à savoir une défense commerciale des économiques appartenant à la zone) ? et si oui alors au moins au bon moment et dans les bonnes proportions. On peut citer l'exemple de la filière des panneaux photo-voltaïques : secteur d'avenir où l'innovation a eu une importance importante mais l'Europe a bien laissé le temps à ces entreprises de mourir. Les USA (pays grand donneur de leçons sur le libéralisme économique) ont été parmi les premiers à mettre du grillage ...

A minima on a, par cet argumentaire, une remise en cause de l'Euro. Il aurait provoqué la hausse des prix et la ruine de l'économie française ...

Alors oui le niveau de l'euro est parfaitement incompréhensible sur le plan purement économique (moins sur un plan financier ou monétaire...), il ne convient qu'aux Allemands (pour ne pas éroder les placements de capitaux). Encore une fois je vais parler de gouvernance car là réside le problème : comment peut-on accepter que la monnaie ne soit plus considérée comme un outil de politique économique ? il est absolument illogique de recourir aux statuts de la BCE dès la première critique de la gestion de l'euro pour ensuite les oublier lorsque nous sommes confrontés à une crise. Non décidément on peut comprendre la lutte contre l'inflation, mais pas au point d'être jusqu’au-boutiste et faire basculer les économies européennes dans la déflation ...

A l'inverse, je ne pense pas que la sortie de l'euro soit la solution magique. En effet, cela voudrait dire qu'il n'y a que l'Euro en cause, qu'il n'y a pas de problème de demande et de compétitivité hors prix, de coût du travail (ou celui du capital...), ou d'investissement ... Bien sûr la dévaluation de l'Euro semble une bonne idée et cela donnerait raison aux tenants de la sortie de l'euro (car effectivement nous avons besoin d'une dévaluation). Au-delà du simple fait que la sortie créerait autant de problèmes qu'elle pourrait en résoudre, il y a le risque de revenir aux excès que nous avons déjà connus avec la planche à billets (notamment les dévaluations successives). On aurait tout à y gagner à obtenir une dévaluation au sein de la zone euro. La défense de la souveraineté nationale n'étant là que pour laisser aux politiques le soin de faire potentiellement n'importe quoi avec la monnaie ...

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En conclusion, une chose est certaine : l'Europe ne convient pas à grand monde et sa remise en cause est logique, à charge de (re)convaincre le citoyen. En parlant du citoyen... l'Europe comme toutes les institutions souffrent dans cette période de crise d'un manque de légitimité. Doit-on redéfinir un contrat de confiance avec le citoyen qui sera remis au centre du projet européen ? ou alors définitivement constater l’échec du projet européen ?

Docteur CAC

Mon intérêt pour ce livre est venu assez bêtement : à la sortie du livre les chroniqueurs de Canal+ avaient eu la glorieuse idée de tourner en dérision la complexité du livre autour d'un défi : celui de le lire en moins de 24h de surcroît de 1000 pages rendez-vous compte ! une torture

:mouai:. Au delà d'installer un rituel malsain permettant de mettre en exergue l'ignorance crasse des journalistes, je trouvais intéressant les extraits lu régurgités et cela m’avait au moins permis de comprendre le thème du livre : une analyse historique de l'évolution du capital. Alors je m'étais promis de ne pas faire l’écueil de dire à la suite de la lecture de ce livre "ça y est ! j'ai vu la lumière dans un océan d’obscurantisme qui m’entoure !", faire cela reviendrait à ne pas respecter le travail de l'auteur mais vous pouvez en déduire que si je prends la peine d'écrire un billet sur ce livre c'est qu'il m'a plu ... (qui a dit « Merci Captain Obvious » ?! ).

Dès l'introduction du livre qui sert - pour les aguerries au vocable économique - de contrat de lecture du livre et pour les moins habitués à les rassurer, on comprend la richesse de l'analyse de l'auteur : bien plus qu'une analyse économique alambiquée et ronflante nous avons la promesse de l'auteur d'avoir une vraie dissection historique du système capitaliste. C'est ambitieux mais c'est un beau projet surtout que l'auteur met un accent particulier à expliquer toute la complexité méthodologique que cela provoque.

Nous sommes apparemment à un tournant : les patrimoines se reconstituent à un tel point que l'on pourrait revenir aux rapports du début du siècle dernier (voir Graphique).

Piketty résume « les forces en présence » : il y a déjà eu de la part des économistes une analyse de l'évolution des patrimoines (en France et dans le monde) mais il est clair que travailler sur cette question est très fastidieux du fait de la quantité d'information à traiter et des moyens dont disposent l'économiste. La collecte faite, l'auteur est bien conscient des travers de l'économie à entreprendre des réflexions :

Disons-le tout net : la discipline économique n'est toujours pas sortie de sa passion infantile pour les mathématiques et les spéculations purement théoriques, et souvent très idéologiques, au détriment de la recherche historique et du rapprochement avec les autres sciences sociales.

Aborder la question de l'inégalité, c'est aussi aborder les forces divergentes et les forces convergentes qui ont pu être a l’œuvre dans l'histoire. L'analyse des inégalités peut-elle permettre de retenir une tendance historique ?

Au delà des considérations économiques qui peuvent être fondamentalement idéologiques sous le vernis technique, il y a le débat sans fin lorsque l'on met en relation la justice et l'égalité dans la société (un livre me vient a l'esprit par exemple : l'idée de justice d'Amartya Sen mais bhon la bibliographique est ... je dirais ... développée). Sans vouloir y trouver une réponse, peut-on juste légitimer moralement les possibles inégalités qui peuvent exister dans notre société ? peut-on juste à un moment arrêter d'opposer à l'autre l'argument du pragmatisme ? le principe d'une société juste n'est-elle pas de pouvoir faire coexister une certaine injustice dans la mesure où "les critères" sont moralement et socialement défendables ? disons le tout net : le but de ce livre n'est pas de trouver une solution pour supprimer l'inégalité sociale.

L'inégalité fondamentale des revenus :

Pour commencer il faudrait définir plusieurs notions pour mettre tout le monde au même point : j'en vois 2 principales : le revenu et le capital.

Prenons donc les choses dans l’ordre : définissons ce qu'est un revenu au niveau macroéconomique (autrement dit au niveau d'un pays, d'une région ou d'un continent) :
Le revenu national mesure l'ensemble des revenus dont disposent les résidents d'un pays donné au cours d'une année, quelle que soit la forme juridique que prennent ces revenus.

Ensuite nous avons la notion de capital à préciser :
Dans le cadre de ce livre, le capital est défini comme l'ensemble des actifs non humains qui peuvent être possédés et échangés sur un marché.

Cette définition exclut le capital humain et est entendu comme un synonyme de patrimoine. j'ajoute aussi que le revenu du capital est un élément du revenu national avec le revenu du travail.

L'étude du rapport Capital/Revenu n'est pas un indicateur d'inégalité mais simplement il permet d'être renseigné sur la présence du capital dans une société. Mais nous avons aussi d'autres indicateurs comme le revenu national moyen
au combien perfectible comme tous les indicateurs utilisant une moyenne qui n'offre pas de renseignement sur les disparités dans la population (souvent en économie, on utilisera les indicateurs utilisant la médiane : partageant la population à 50%/50%).

Le rapport capital/revenu en Europe, 1870-2010

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Lecture : le total des patrimoines privés valait entre 6 et 7 années de revenu national en Europe en 1910, entre 2 et 3 années en 1950, et entre 4 et 6 années en 2010.

Source: Thomas Piketty, Le capital au XXIème siècle, 2013, p.54

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On en viendrait alors à attendre que la guerre fasse le ménage ?

Voir graphique :

Voir graphique :

La mise en rapport de la production mondiale et de la population fait bien ressortir un déséquilibre mais surtout que les anciens équilibres sont en train de changer, pas pour tout le monde mais suffisant pour changer "le centre de gravité économique".

La croissance : un mirage ?

Dès la partie sur les revenus, on comprend que faire une comparaison internationale (pour dégager des tendances longues pertinentes) induit d'utiliser les meilleurs outils. Ici l'auteur nous en présente deux : soit on prend en compte l'effet des taux de change que les monnaies peuvent supporter soit on peut parler en PPA.

Si on a pu noter le processus de convergence consistant au rattrapage des pays émergents sur les pays développés, il apparait logique que nous en verrons les effets en relevant les niveaux de croissance. Allons nous revenir à un état stationnaire ? l'auteur laisse à penser que oui et que cela n'aurait rien d'exceptionnel : l'erreur est de croire que nous pourrions retrouver et maintenir le niveau de croissance des 30 glorieuses. Comme nous l'avons vu, la destruction d'une part très importante du capital du fait de la guerre explique en grande partie le rattrapage des 30 glorieuses (Voir graphique :
).

Une autre question se pose : au delà de simplement constater les niveaux de croissance qui peut n'être que la conséquence d'un effet démographique, il faut aussi voir si cette croissance a permis d'améliorer la qualité de vie de la population (toujours dans le but d'analyser les inégalités qui restent encore aujourd’hui très présentes entre les pays émergents et les pays développés). La question de la pertinence des indicateurs économiques est classique mais elle est plus prégnante dans les comparaisons sur le long terme.

En effet, il n'est pas possible d'échapper dans une analyse de long terme à la loi de la croissance cumulée : une croissance faible continue conduit à une croissance importante sur le long terme (Voir graphique :
).

En ayant un regard sur les courbes historiques, on pourrait alors avoir ce que j’appelle un "effet dé-zoom" : en effet il faudrait revenir à une période plus faste. Selon l'auteur nous nous focalisons sur une période de l'histoire exceptionnelle qui peut grandement s'expliquer par les destructions de la guerre. Les références aux 30 glorieuses apparaissent-elles encore alors pertinente ? Est-il si dénué de sens qu'après le rattrapage le rythme de croissance diminue pour devenir stationnaire ?

Cette période de forte croissance accompagnée d'un boom démographique aura au moins permis de retenir une leçon économique sur la relation entre baisse des inégalités sociales et croissance économique forte :
Toutes choses égales par ailleurs, une croissance économique forte tend en effet à avoir un rôle égalisateur, car elle diminue l'importance des patrimoines issus du passé, et donc de l'héritage.

La question n’est pas de prédire avec exactitude l'évolution de la démographie : c'est d'abord en finir avec le réflexe pavlovien de croire au Graal des 30 glorieuses fameuse époque « dorée ». Pour ensuite réfléchir sur les conséquences de la démographie sur le partage de la richesse. En effet, comment pourrait-on imaginer que les choses se seraient passées exactement de la même façon avec une croissance comme celle que nous connaissons aujourd'hui ?

Finalement, la croissance doit être analysée plus finement parce-qu’elle n'est ni un but socialement, économiquement et politiquement tenable sur le long terme ni une variable explicative suffisante. Rien que l’étude et la prise en compte de l'inflation peut aussi donner un aperçu des mouvements que nous pourrions rencontrer (« L'inflation depuis la Révolution industrielle », (p.177)). Donc on voit bien qu'en prenant en considération les éléments d'analyse donnés par l'auteur il serait intéressant d'étudier plus en détail la dynamique de ce rapport Capital/Revenu. Le prochain article sur le sujet sera donc consacré à l'évolution historique de ce rapport Capital/Revenu dans plusieurs pays.

Docteur CAC

Je l'admets encore une fois bien volontiers, le titre de mon article est fumeux ! comment convaincre le lecteur courageux de continuer à lire ce billet alors qu'il ne saisit même pas le sens de son titre ?

Posons les bases de ma réflexion : à force de réfléchir sur les théories économiques je me suis demandé comment la science économique avait bien pu se construire, y avait-il seulement une logique historique ? pour répondre a cette interrogation question je me suis interrogé sur les concepts économiques et leurs usages par l'ensemble de la société et constate qu'il est très facile de tomber, à mon sens, dans de béantes inexactitudes. Et oui, car après réflexion, j'ai pu tout de suite voir que les pensées étaient à relier à leur époque. Par exemple j’opère une distinction entre le libéralisme philosophique hérité des lumières et l'application qui en est faite en économique. C'est peut-être logique mais ... pas tant que cela dans le discours.

En gardant à l'esprit que l'économie est une science sociale qui admet de facto de pouvoir avoir plusieurs regards sur une question, il est alors bien compréhensible que l'on puisse adhérer aux principes des lumières sans être en accord avec la grille de lecture des libéraux au sens économique. En étudiant consciencieusement l'histoire de la pensée économique on peut observer que la notion même du libéralisme (comme celle du socialisme) a évolué en conservant des liens étroits mais qui n'en sont pas moins assez différents (parfois subtils...) en fonction des époques. Souvent les politiques consciemment ou non font fi des subtilités en ne contextualisant même plus les théories, "débordant" les propos de l'auteur formulant ces théories, en ne précisant pas toutes les conclusions de ce même auteur ou même en oubliant souvent les hypothèses de base, ce qui est rédhibitoire pour justement tenir un raisonnement économique. Reprenons l'exemple du libéralisme : il existe deux grandes familles (classique et néoclassique), elles sont écrites a des époques très différentes, ce qui influence beaucoup le concept du libéralisme : les classiques étant bien plus méfiants que les néoclassiques. Le libéralisme passe d'un libéralisme que je qualifierais de "libérateur" (cherche à appliquer les principes des lumières) à un libéralisme "modélisateur" (création de gros modèles mathématiques avec la volonté d'élever la science économique au même niveau que la physique).

Contextualiser est donc important et j'en reviens au titre de mon billet. En faisant ce travail, il me semble que l'on peut déceler un certain gout de la pensée économique à se positionner en rupture en fonction de l'analyse que l'on porte sur la société à une époque donnée. C'est assez déstabilisant puisque nous ne pouvons avoir qu'un temps de retard puisque l'analyse sous-entend de théoriser "après coup".

En regardant de plus près les grandes ruptures historiques on peut au débotté en sortir 3 exemples :

  • l'essor de la pensée libérale pendant le siècle des lumières,
  • l’essor de la pensée marxiste en réaction aux effets de la révolution industrielle,
  • l’essor de la pensée keynésienne après la seconde guerre mondiale.

Finalement je me pose une question : les ruptures dans la pensée économique ne traduisent-elles pas finalement les changements profonds qu'on subit nos sociétés ? le théoricien ne voulant que se mettre "au niveau" des changements ...

C'est pour moi à mettre au crédit de la science économique d'avoir cette capacité d'esprit critique, dommage qu’elle soit si mal comprise et utilisée pour finalement servir le dogmatisme et entrainer la méfiance "du tout à chacun" vis à vis de la pensée économique.

Docteur CAC

Faisons un test : oui ou non une baisse de l'Indice des prix à la consommation est une bonne chose ? la réponse la plus probable est qu'on vous réponde oui ! et quoi de plus normal me direz-vous ?, pourquoi en ces temps de crise il y aurait risque pour le citoyen naïf ? pourquoi il pèse sur l'Europe le spectre de la déflation ?

L’équilibre est subtil mais surtout précaire : la désinflation a des effets positifs alors que la déflation peut entrainer un cycle très négatif pour des économies déjà fragilisées par la crise de la dette souveraine alors "j'voudrais pas faire ma raclette, mais la soirée s'annonce pas super":smile2: . Je vais donc vous préciser la différence entre déflation et désinflation dans un premier temps puis nous allons tenter de comprendre pourquoi je qualifie la déflation de "risque mortel".

Précisons le vocabulaire d'abord !

Partons donc de définition simple pour bien distinguer les notions que nous allons utiliser tout au long de cet article (et je prendrais comme d'habitude les définitions données par l'INSEE). Pour parler de la déflation il y a deux notions à aborder avant : l'indice des prix à la consommation :

L'indice des prix à la consommation (IPC) est l'instrument de mesure de l'inflation. Il permet d'estimer, entre deux périodes données, la variation moyenne des prix des produits consommés par les ménages. C'est une mesure synthétique de l'évolution de prix des produits, à qualité constante. Il est publié chaque mois au Journal Officiel.

L'indice des prix hors tabac sert à indexer de nombreux contrats privés, des pensions alimentaires, des rentes viagères et aussi à revaloriser le SMIC L'indice retenu pour le SMIC est celui des « ménages urbains dont le chef est ouvrier ou employé, hors tabac ».

Depuis la diffusion de l'IPC de janvier 1999, l'Insee publie un nouvel indice en base 1998 = 100 en lieu et place de l'indice base 1990 = 100. Cet indice rénové constitue la septième génération de l'indice depuis 1914.

En gros pas besoin d'imaginer une usine à gaz : on admet un panier moyen et régulièrement on "regarde" l'évolution des prix. Alors bien sûr les puristes pourraient dire, c'est statistique, on pourrait discuter sur la manière d’élaborer ce calcul, on pourrait débattre aussi si vraiment cela permet de calculer au mieux l'inflation mais bhon restons simple : ce n'est pas le sujet ici.

Mais qu'est ce que 'inflation ?
L'inflation est la perte du pouvoir d'achat de la monnaie qui se traduit par une augmentation générale et durable des prix.

Elle doit être distinguée de l'augmentation du coût de la vie. La perte de valeur des unités de monnaie est un phénomène qui frappe l'économie nationale dans son ensemble, sans discrimination entre les catégories d'agents.

Pour évaluer le taux d'inflation on utilise l'indice des prix à la consommation (IPC). Cette mesure n'est pas complète, le phénomène inflationniste couvrant un champ plus large que celui de la consommation des ménages.

Jusque là pas de difficulté (enfin il me semble ...) : l'IPC permet de déduire l'inflation. Alors au delà de la simple définition, il faut quand même savoir que l'inflation est une idée à appréhender dans des cycles : une économie produit naturellement de l'inflation (mais encore une fois le sujet n'est pas de débattre sur l'inflation).

Dernier point avant de passer à la suite
:
la différence entre la déSINflation et la DEFLAtion. Pas très compliqué mais il me semble bon de préciser la subtilité : la désinflation est un ralentissement de l'augmentation de l'inflation :gurp:
(plus simplement ça revient a dire que dans une période l'inflation diminue)
alors que la déflation est le contraire de l'inflation : vous aurez donc compris que dans ce cas il s'agit d'une baisse des prix.

La situation de la France

Comme je l'ai déjà dit, je ne vais rien vous apprendre mais ce danger déflationniste provient de la crise (qui dure depuis maintenant assez longtemps pour avoir le qualificatif de "Grande Récession" ...) : effectivement pour l'instant nous ne sommes que dans un cycle désinflationniste (qui est la conséquence du ralentissement de l'activité mondiale) mais
.

Niveau d'inflation en France entre 2008 et 2013

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Ainsi du fait de ce ralentissement mondial, la demande globale diminue : l'inflation n'est plus entretenue d’où le risque de tomber dans la spirale déflationniste.

"Mais Docteur CAC pourquoi s'en plaindre ?! chouette je vais payer moins cher ma baguette et mon essence !
"

Taratata jeune (ou vieux) padawan ! Désolé de couper votre moment d’allégresse mais l’étude du cas japonais dans les années 90 vous ferra très vite changer d'avis !

Les leçons de l'histoire économique : l'exemple nippon

Bien souvent pour mettre en exergue l'importance de la crise actuelle, on la compare très souvent à la crise de 1929 (le but logique serait de relier notre situation à une grave crise dans l'imaginaire collectif
:hum:
) mais en regardant de plus prés l'histoire des crises économiques on peut s’apercevoir que la crise du système bancaire qu'a connu le Japon est un meilleur cas pour faire
. Ainsi dans les années 90, le Japon a dû faire face à une crise très importante qui allait durer pendant près d'une décennie (et encore je ne parle que d'une stabilisation :().

Le point de départ est le même, l’accès au crédit est quasiment illimité ! (politique monétaire expensive) : la banque centrale maintient les taux directeurs bas
(pour ceux qui dorment au fond de la salle : c'est important puisque les taux directeurs déterminent le niveau des autres taux
:o°
)
, et comme les banques ont la possibilité d'avoir de l'argent à moindre cout et bien que font-elles ? elles achètent et placent leurs billes dans le marché de l’immobilier, ce qui va créer une bulle spéculative car les taux de rendement sont supérieurs aux taux qu'elles pourraient obtenir en prenant de plus en plus de risque tant que la situation est bonne (le risque étant, je le rappelle, l'élément rémunérateur). Et conséquence logique : le prix de l'immobilier flambe ... d'un coté nous avons dans le bilan des entreprises des dettes et des créances douteuses venant soit du marché de l'immobilier soit des marchés financiers, et de l'autre coté, bah vous avez des actifs avec des prix "volatiles"
(c'est pas une histoire d'oiseau
:mouai:
, c'est juste que si la bulle pète bah la valeur de l'actif s’effondre )
. Et manque de bol, l'illusion s'évapore et "la décennie perdue" entre dans l'histoire ...

Alors je tente de vous expliquer cela de façon simpliste mais la première idée c'est de comprendre que les deux crises ont des point communs, ensuite la deuxième idée est de bien analyser et comprendre l'importance de l’intervention publique :

Source:
Michel RIVAUD ET Michaël SICSIC,"La crise américaine d’aujourd’hui comparée à la crise japonaise des années 1990", Economie & prévision, 2010

Et dans le cas du japon elle fut très longue (c'est un euphémisme ! ) quand on compare avec la réaction de la FED face à la crise : 6 mois à la FED pour baisser ses taux directeurs, pour la BoJ ? 4 ans ... sans parler ensuite du temps qu'il aura fallut pour assainir les bilans des banques et des entreprises ... En plus d’être en retard, la politique monétaire a été au final peu efficace jusqu’à se retrouver dans une situation (bien connue des keynésiens) de trappe à liquidité.
Ajoutez à cela dans le cas du Japon des problèmes exogènes comme une crise des pays asiatiques faisant baisser la demande mondiale (ce qui dans le cas d'une économie exportatrice comme le Japon est un tantinet gênant
:o°
) et bah vous vous ramassez une spirale déflationniste après avoir subit une crise du système bancaire fragilisant de fait l'économie.
Tout cela pour vous dire que dans le cas de la crise actuelle, la volonté est clairement affichée de ne pas laisser un cycle déflationniste s'installer
et vivre ce que le Japon a vécu en conséquence de la crise qu'il a connu.

A postériori on peut voir que la FED a fait un travail de compréhension de cette crise et a retenu des leçons : avoir une politique monétaire "agressive" et nettoyer le plus rapidement possible les bilans des banques par le rachat des "produits toxiques".

Que conclure de tout cela ?

Oui parce-qu’avec tout ça je suis gentil mais je n'ai pas répondu a la question !
Mais alors que se passe-t-il quand l’investissent est en berne et que la demande s'effondre ? bha il y a un réajustement à la baisse des marchés comme nous l'avons vu dans le cas du Japon. Si le ralentissement est assez prolongé les prix vont donc logiquement baisser mais que se passe-t-il si la baisse est pressentie comme régulière ? et bien vous reportez votre achat puisque vous savez pertinemment que le prix sera plus faible ! vous comprenez alors immédiatement l'idée de la spirale qui s'autoalimente par les anticipations des agents (on retrouve souvent l'idée de prophétie auto-réalisatrice en cas de panique et de crise : la crise alimente la crise).

Sauf que dans le cas d'un cycle déflationniste, la politique monétaire peut devenir complément inutile : il est impossible de jouer sur les taux puisque sont taux est au plus bas possible (politique du taux zéro) et que de ce fait les taux réels sont alourdis. Enfin dernier point, compte-tenu des taux bas, la monnaie pouvant être obtenue a bas cout, cela participe à ce qu'on appelle le "Quantitative easing" (ou assouplissement quantitatif :cool:): en gros on fait marcher la planche à billet (comme cela s'est produit au Japon
:mouai:
).
Finalement il est très compliqué de sortir d'une telle spirale, il est temps de tirer la sonnette d'alarme !

Alors maintenant réfléchissez a deux fois avant de demander la baisse des prix !

Docteur CAC

C'est les vacances ! c'est vrai mais ce n'est pas une raison pour ne pas réfléchir et je n'ai pas encore abordé un sujet intéressant : la monnaie (sujet d'autant plus intéressant puisqu'il est la base de la compréhension de l'économie). Mais surtout il est aussi essentiel de bien comprendre la monnaie pour ensuite (pourquoi pas ...) faire une critique de l'Euro parce-qu’il est assez désespérant d'entendre : "Bha oué il faut sortir de l'Euro parce-que les prix ont augmenté" (en fait c'est juste un non sens économique et encore je suis gentil :o°). L'Euro a plein de défaut mais surement pas celui-là et j'aimerais pendant les prochains mois exposer de manière générale les concepts monétaires pour arriver enfin à une critique saine de l'Euro (comme ça quitte a être contre l'Euro autant dire des trucs intéressant :o° - j'ai l’impression d'être corrosif en ce moment :D- ).

A partir de la nous devons penser le cheminement intellectuel de quelqu'un de lambda : il ne s'agit pas de faire quelque chose d'incompréhensible mais d'instructif ... et je préviens j'ai des bases mais je vais aussi tenter de répondre a des questions que je me pose. Et vous concernant si j'en entends dire que comprendre les effets d'une dévaluation c'est trop technique je vais en pendre par les pouces !

Alors quelles sont les fameuses questions que nous pourrions nous poser ?

Bhon il me semble que le point de départ est de savoir qu'est-ce que la monnaie ? logique ...

Faire un peu d 'histoire monétaire pourrait être intéressant aussi, non ? comprendre la masse monétaire et sa gestion, les mécanismes appliqués à la monnaie ? et puis on a tout un vocabulaire et des théories : la théorie quantitative de la monnaie, la loi de Gresham, dévaluation, taux de change, monnaie unique ou monnaie commune ? bien sur j'anticipe les questions, peut-être que vous ne comprenez pas top ou je veux en venir mais nous irons étape par étape et nous réfléchirons ensemble.

Et bien allons-y allons-o, le prochain article répondra à la question suivante :


>> Qu'est-ce que la monnaie ? <<

Docteur CAC

Margaret Thatcher ... rien que dire son nom donne des éruptions "volcaniques" (rien que cela :smile2:) à pas mal de monde. Étrange ? je ne sais pas mais quelqu’un concentrant tant de haine à son égard.... c'est très exceptionnel !

:mouai: Alors pour comprendre cela (avec une certaine hauteur de vue ) je me suis mis dans la tête d'étudier cette époque et plus globalement le Thatcherisme. D'autant plus que ce sujet est intéressant pour une raison principale et souvent inconnue : l'influence de plusieurs économistes très connus comme Milton Friedman et Friedrich Hayek. Alors sans trop se mouiller on se doute bien que nous n'allons pas bercer dans le communisme :dev:

Et pour quelqu'un comme moi, sensible à la pensée économique, c'est énormément intéressant : on peut alors se demander comment se fait la transition entre la pensée économique et la pensée politique qui va influencer l'acte politique (on est un peu dans de l'herméneutique économique :gurp:).

De la pensée économique à l'action économique

La pensée économique chez Thatcher est comme vous pouvez l'imaginer orienté vers le libéralisme et l'individualisme : l'individu est l'élément primaire de la société capable de distinguer le bien du mal, ainsi que responsable. Pour Thatcher, le bonheur, l'individu, et la solidarité ne sont pas du tout incompatibles mais ce n'est pas à l’État de décréter la justice sociale, c'est l'individu (être social dont la coopération doit être librement consentie entre hommes libres) qui va s’extraire de l’indigence et de difficultés : on retrouve ici
la conception religieuse de la charité chrétienne
. Alors on ne sera pas surpris de trouver, comme deuxième pilier de la société, la famille fondant le respect des valeurs. Ces valeurs familières sont très ancrées chez Thatcher :
Au tréfonds d'eux mêmes les gens sentent instinctivement que mes paroles et mes actes sont justes. Et je sais qu'il en est ainsi parce-que c'est comme ça que j'ai été élevée. Et je serais éternellement reconnaissante pour la façon dont j'ai été élevée dans un petite ville de province.

Vous avez donc d'un coté l'unité avec l'individu et de l'autre coté le groupe social avec la famille. Au-delà de cette philosophie, Mme Thatcher va entreprendre la libéralisation du Royaume-Uni qui se traduire sur le plan économique par
le désengagement de l’État
de la sphère économique grâce aux privatisations, baisse des dépenses de l’État, contrôle de l'inflation ect. Concentrons-nous dans un premier temps sur le contrôle de l'inflation par la gestion de la masse monétaire et dans un second temps nous allons avoir un regard sur l'indice des prix :

Fourchettes de prévision de croissance de la masse monétaire (M3) et en résultats (en %)

[table]
ObjectifRésultat[/table]

Source:
d'après C. Johnson,
The Economy Under Mrs Thatcher

On voit directement les grands écarts entre les objectifs et les résultats : ici on a sans doute eu le revers de la médaille de la libéralisation concernant la suppression des contrôles sur les transactions de capitaux et de l'encadrement des crédits.

La politique de privatisation va être le point central de la politique thacherienne : pour Mme Thatcher la privatisation des entreprises va obliger ces entreprises à se réajuster par rapport à la concurrence et va permettre d'augmenter la productivité mais aussi permettre de réaliser une autre promesse, la baisse des dépenses publiques :

Évolution des dépenses publiques (recettes de privatisation exclues)

[table]
[/th][th]Termes réels (milliards de £Part de PIB (%)1969-701975-761978-791982-831988-89[/table]

Ainsi en 1990, les deux tiers des entreprises nationales du secteur industriel et de services ont été privatisées représentant près d'un million d'emplois ! (privatisation d'autant plus importante qu'elle porte sur les monopoles dit naturels).

Les conséquences de l'action économique

Les résultats sont là ! la Grande-Bretagne s'est redressée économiquement : le libéralisme économique marche alors ! tout le monde est content ?
:mef:
personne n'a de réclamation a part des mineurs bien gênants
:o°
Le graphique suivant montre bien cette réussite au regard des taux de croissance du PIB (en anglais
GDP
) entre 1979 et 1992 :

1980s-growth-inflation-500x324.png

Des inégalités ? elles sont légitimés et il n'y a qu'a écouter Mme Thatcher :

Je vous préviens je vais dire mon avis sur ce point : c'est idéologiquement insoluble cette question ! encore aujourd’hui nous en sommes au même point et j’oserais même dire que les arguments sont les même à l'encontre des politiques socialistes :
"Ne donnez pas de leçons regardez ce que vous avez fait avec les communistes !"
. Oui parce-qu’en Angleterre Keynes n'est juste qu'un socialiste ... et cet argument n'est pas nouveau sauf que si on respecte la pensée économique c'est bien moins tranché que cela
:mouai:
(pour ne pas dire n'importe quoi
:dort:
), mais terminons là l'aparté...

L'un des meilleurs moyens que j'ai pu trouver pour illustrer ce problème d'inégalité est de savoir
ou la croissance est allé ?

En Grande Bretagne, on a assisté a deux inégalités :

  • au niveau de l'évolution des revenus (vers quel catégorie les fruits de la croissance se dirige) et,
  • au niveau géographique ce qui peut permettre de connaitre de façon empirique les orientations économie sur le plan national.

Dans ce cas, étudions comment les revenus ont évolué en Grande Bretagne pendant l'ère Thatcher :

Évolution des revenus nets (après impôt et cotisations sociales) entre 1978 et 1988 (en %)

[table]
Multiple du revenu moyenCelibataireCouple[/table]

Source:
Riddell, 154.

Un célibataire qui gagne 5 fois le revenu moyen a vu son revenu net augmenter de 70% contre environ 30% pour les autres cas exposés dans le tableau (2/3,1,2 fois le revenu moyen). Les plus aisées sont donc ceux qui ont eu la plus grosse part du gâteau de la croissance ce qui est en adéquation avec les discours de Mme Thatcher.

Cette courte analyse élaborée, nous pouvons nous tourner vers la disparité géographique que des personnes, comme Jean-Claude Sergeant, ont pu noter. En plus de cette inégalité mise en lumière va s'ajouter une inégalité géographique conséquence de la réforme de des administrations centrales et locales de la Grande-Bretagne :

La diversité régionale. Évolution du chômage et niveau comparé des rémunérations

675743diversitrgionaleroyaumeunithatcher.png

Source:
Regional trends.

Bilan

Alors c'est sur je n'ai pas parlé pour l'instant des répercussions sociales de la réforme des syndicats, des administrations centrales et locales, de la fin d'une vision de l’État providence, de l'action internationale de Mme Thatcher. J'ai d'abord voulu mettre le doigt uniquement sur des concepts économiques et montrer la limite de ce type de politique (même s'il faut l'avouer il fallait un bon nombre de réforme pour redresser la Grande Bretagne qui avait peut-être une tendance au blocage).

Bien-sûr le passage à la moulinette du droit syndical opéré par Mme Thatcher est bien connu et ces conséquences sont assez impressionnantes : entre le moment de son arrivée au gouvernement et celui de son départ près de 150 syndicats avaient disparu. De plus en 1979, 53% des travailleurs appartenaient à un syndicat et ils n'étaient plus que 39% en 1989 (même s'ils avaient maintenant le soutien de l’opinion publique, ce qui n'était pas le cas lors de la prise de pouvoir de Mme Thatcher).

Au niveau international elle eut ses plus belles occasions de briller : être un général victorieux accroit sa popularité et sa légitimité, cette vieille morale de l’histoire c'est aussi confirmer avec Mme Thatcher avecla guerre des malouines. Mais aussi au niveau européen où elle réussit à négocier pour la Grande Bretagne un chèque de ristourne (preuve là aussi qu'elle était ferme et décidée).

Cette fermeté on l'a retrouve aussi dans la réforme de l'administration qui va transformer aussi l’État providence (le
Welfare State
) en un état plus restreint à la sauce néolibérale. Je continuerais à étudier cette époque atypique ...

Mais statistiquement que peut-on dire ?

Le tableau parle lui-même : le sud-est est particulièrement privilégié pour la raison qu'elle accueille près de la moitié des emploie dans la recherche et le développement (et près de 40% des emplois concernant la recherche sur les technologies de pointe), la même proportion des emplois du service et concentre le tiers de la population du pays.

Docteur CAC

Quel sujet prometteur et distrayant ! La simple évocation de la croissance a l'effet de réveiller des coutumes tribales telles que les danses d'invocation ou les rites initiatiques (comme un mystérieux rite dentaire :gurp:) non pas pratiqués par un chaman mais par nos politiques allant chacun de leurs petites théories... Mais souvent les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances. C'est ballot mais en même temps nous avons oublié quelqu'un dans l'histoire non ? bah oui... LA principale intéressée : la science économique. Il apparait donc assez important de redéfinir le cadre général de la pensée économique concernant la croissance et puis accessoirement elle pourrait dire des trucs intéressants ...

Au début il y avait le ... commencement

Pour commencer, la croissance est avant tout
un agrégat macroéconomique
: la croissance est une mesure quantitative d'une valeur économique (agrégat) au niveau national (macroéconomique). Il ne s'agit pas d'émettre un jugement moral (si elle est juste ou injuste) comme on pourrait le faire en philosophie, en sociologie, ou même en économie du développement (avec ce procédé, on peut alors modéliser autour d'équations et d'hypothèses qui ne prennent évidemment pas en compte toutes les variables explicatives). En terme d'agrégats économiques, la croissance se traduit dans la mesure du
PIB
.

La première traduction de la croissance est la logique des cycles :
Un cycle consiste en une phase d'expansion simultanée de nombreux secteurs d'activité, suivie d'une phase de contraction similaire puis d'une reprise qui débouche sur la phase d'expansion du cycle suivant. Cette séquence est récurrente mais non périodique; les cycles d'activité ont une durée variant entre un et dix ou douze ans; ils ne sont pas divisibles en cycles plus courts de caractéristiques semblables et d'amplitude équivalente.

Un cycle est donc un découpage en plusieurs phases :

  1. expansion
  2. retournement
  3. récession
  4. reprise

En partant de cette citation et du principe qu'il y a une certaine régularité dans ces cycles, on peut alors déterminer plusieurs périodicités : Kitchin (3 ans), Juglar (10 ans), Kuznets (20 ans), Kondratiev (50 ans). Ces cycles ont des variables communes qui ont chacun une influence plus ou moins volatile sur l'économie et sur sa croissance comme la production industrielle, consommation, la
FBCF
, le chômage , la monnaie, les taux (nominaux et réels), les salaires réels, l'inflation, ect. L'analyse de Kaldor (1958) est un exemple bien connu de cette mise en relation des variables économiques pour mesurer la santé d'une économie (Voir le carrée magique de Kaldor).

Il faut préciser alors une distinction élémentaire des modèles concernant la croissance : on parle de modèle de croissance endogène ou exogène. Lorsqu'il est exogène c'est que des variable (notamment le progrès technique) n'est pas une variable expliqué par le modèle (Solow), à l’inverse lorsqu'il est endogène, le modèle précise les variables (Romer, Lucas, et Barro).

La croissance ou la recherche de la cause de la richesse des nations ?

Dans le contexte de la première révolution industrielle (et où
le
rendement agricole décroissant obligeant le maintien d'un état stationnaire
qui va conditionner la pensée classique), Adam Smith cherchait donc les causes de la richesse des nations. Ainsi c'est l'accumulation du capital qui permet la croissance économique grâce à la division du travail qui tend à une spécialisation (une division des taches) qui aura pour conséquence d'améliorer la productivité. Malgré tout la division du travail a une limite, celle de la taille du marché : la production à grande échelle est un préalable à la spécialisation.

Pour Ricardo, la qualité des terres cultivables
(facteur de rendement et de croissance)
n'est pas égale : la croissance oblige la mise en culture de nouvelles terres qui seront toujours d'une qualité inférieure aux précédentes (toujours du fait des rendements agricoles décroissant).

Conséquence : augmentation du prix du blé et des produits agricoles en corrélation avec la baisse de la fertilité des sols nécessaires à l’entretien de la force de travail dans l’industrie. La croissance nécessite donc de payer des salaires réels croissants. La rente dans le produit national augmente et la part des profits baisse puisque les salaires sont fixés à un minimum incompressible. Le profit étant le motif et la source de l’accumulation du capital, l’accumulation est inexorablement freinée et l’économie converge
vers un état stationnaire sans croissance
.

Sur le plan de la politique économique, la pensée de Ricardo désigne clairement la rente et les propriétaires fonciers comme des adversaires de la croissance industrielle : la classe des rentiers est désignée comme
« la classe stérile »
. Le libre-échange serait le moyen de desserrer cette contrainte en abaissant le prix du blé (1846 : abolition des « corn laws »). On retrouve l'idée d'
avantage comparatif
(domaine de l'économie politique internationale).

Un première approche intéressante : le modèle de Solow

Le modèle de Solow fonctionne avec l’hypothèse de base suivante : la quantité de travail est stable à long terme. Dans ce cas, seule une augmentation de capital peut faire varier la production or du fait de la loi des rendements décroissants, la productivité marginale tend vers zéro.

La productivité marginale :

«
[...] la productivité marginale tend vers zéro.
»
: avec cela vous êtes bien tient
:mouai:
. Alors dans le doute je me permets de faire quelques précisions.

Le concept de marginalité est une approche intéressante de l'analyse néoclassique (où appelé
«
révolution marginaliste
»
) de l'économie. Ici je l'applique à la production mais on découvre ce concept avec l'utilité qui est la mesure du bien-être retiré par la consommation
supplémentaire d'un bien
. Notez bien cet élément : la marginalité sous-tend une relation avec la variable antérieure.

On peut donc déduire la définition économique de la production marginale :

La productivité marginale représente la variation de la production engendrée soit par l'ajout d'un travailleur supplémentaire (productivité marginale du travail ou
PML
), soit par l'utilisation d'une unité de capital supplémentaire (productivité marginale du capital ou PMK).

Normalement avec cela vous avez compris la logique de la chose
:o°
.

Solow reprend alors la logique des classiques (Smith et Ricardo) : à terme l’économie parvient à un état stationnaire. La croissance ne peut alors être provoquée que par une augmentation de la quantité de travail, considéré comme un facteur exogène, et par le progrès technique, perçu comme « une manne tombée du ciel ».

Le dépassement du modèle de Solow

Le problème est donc posé : quid du progrès technique ? les économistes ne peuvent pas
ad vitam aeternam
éviter la question de l'origine du progrès technique : il faudra donc procéder ce que l'on nomme l'endogénéisation du progrès technique. Mais pas seulement ! la complexification de nos économies passant d'économie de subsistance à une économie industrielle et de consommation de masse obligera les économistes à
endogénéiser bien d'autres variables. Je vais m’arrêter là et vous laisser méditer sur cela, je poursuivrais cela dans un autre billet mais avant cela il va bien falloir étudier le progrès technique !

Docteur CAC

Avant de vous faire un article concernant la croissance, je me suis mis en tête de réfléchir (pour des raisons obscures, près de 600 000 ...) sur un lien entre le mensonge et la pensée économique (ou la façon de profiter d'une position dominante, de posséder une information de meilleure qualité). Alors comme d'habitude je cherche, farfouille pour trouver des documents, de quoi m'appuyer théoriquement et là je ne trouve rien, alors pour une fois je me laisserais aller à des élucubrations un peu moins théoriques (je vous préviens alors il ne faut pas m'en tenir rigueur :mouai:) ...

La science économique est présentée d'abord comme une approche de la gestion de la rareté transcrite dans une logique de "prix" pour couvrir l'ensemble des besoins individuels et/ou collectifs. Jusque-là nous sommes à préciser des évidences que chacun d'entre nous peux comprendre et vivre au quotidien.

Le mensonge est dans son sens premier un question morale et philosophie qui est dénuée de tout lien avec l'économie : le sujet du mensonge est très discuté philosophiquement parlant, on retient l'approche kantienne du mensonge mais l’approche d'Alain est aussi intéressante :

Le mensonge consiste à tromper sur ce qu'on sait être vrai, une personne à qui on doit cette vérité-là

Mais si maintenant on se remet dans le contexte de l'économie on peut aussi s’apercevoir (sans être pessimiste, médisant, ou de mauvaise foi) que l’approche kantienne si elle se traduisait réellement permettrait justement d'atteindre un équilibre juste et peu couteux car si chacun respecter son "premier devoir" alors le marché serait le moyen parfait pour attendre l'équilibre. De même, dépeindre un Homme rationnel jusqu’à supprimer sa part de malveillance, de nuisance, et de mensonge est assez tentant en économie. Cela a permis nombre de modélisation simpliste même si on réduit à un détail ce qui fait le propre de l'Homme : il n'est qu'un robot répondant qu'a la logique d'équation mathématique. :o°

Mais pourquoi mentir alors ? :dev:

Alors la science économique s'intéresserait aussi la "gestion" du mensonge : le droit pourrait être vu comme un rempart face aux possibles mensonges d'une partie plus forte, les couts de transaction de Ronald Coase comme le cout permettant de s'assurer des risques de mensonge d'une autre partie, la théorie des jeux comme un outil analysant les stratégies des individus (doivent-ils mentir ? doivent-ils coopérer ?).

Finalement réfléchir à cette question c'est revenir aux fondements de l'Homme et aussi aux origines de la science économique : le mensonge engendre le chaos, l'imprévue, le non conforme ayant pour conséquence de "ramollir" la science économique (l'économie ne sera jamais aussi solide que la physique :gurp:).

Et que dire au niveau collectif !

Agréger l'ensemble des volontés est-il trop compliqué, voir impossible comme le laisse penser le théorème d'impossibilité d'Arrow ?

Il faut alors se remémorer ce que dit Alain et se demander si on nous doit la vérité ...

Nous avons peut-être négligé l'importance du mensonge dans notre société qui sait ?

Docteur CAC

Bon pour la suite, j'ai plusieurs idées a vous de me dire ce qui pourrait vous intéresser :

  • une réflexion sur l'Homo œconomicus (ça vous dit quelque chose ?) ;
  • une présentation des réflexions sur les cycles et la croissance : la question serait de savoir comment on peut parler si "naïvement" de la croissance ;
  • une succincte présentation de l'histoire de la pensée économique

Quels sujets d'actualité mériteraient une analyse économique ? une problématique ?

j'ai aussi une idée de créer des questionnaire mais bon se sera pour plus tard :mouai:.

Et puis un truc qui m'étonne un peu : les 5000 visites de mon blog, merci ^^

A bientôt :noel:

Docteur CAC

Bha j'avoue sur la décroissance j'ai fait fort et je me sens (ainsi que vous mes lecteurs...) un peu fatigué :pardon:, alors bon aujourd'hui cela va être très court mais aussi instructif :nea:. Mais cet article a un rapport avec la dernière boucherie de mon dernier article, mais lequel ? hé oui a un moment je cite Veblen et son prénom c'est Thortein.

Veblen est un auteur un peu oublié quand on regarde son œuvre et il fait aussi partie de ces économistes touche-à-tout. Mais quand je suis sympa je vais vous introduire cet auteur dans une courte réflexion (5 pages) ayant pour titre des conséquences de la guerre sur le savoir érudit (1918). Réflexion intéressante dans un contexte particulier sur le bouleversement des rapports de force à l’échelle mondiale. Ce qui me saisit dans ce texte c'est que dès 1918 (et encore ce n'est que la date de publication de l'article) Veblen pressent les failles en Europe et les prolongements guerriers à venir c'est pour cela que je vous encourage à lire ce document de 11 pages très facile à lire. Il me semble que l'article est assez clair mais dans le cas contraire j'ajouterais des précisions ici.

Docteur CAC

La décroissance ? il y a vraiment des choses intelligentes à dire sur ça ?

De prime abord on pourrait dire que non tellement cette théorie ne bénéficie d'aucune crédibilité (ou alors si peu ...). Pourquoi ? la meilleure réponse que je puisse trouver est que dans notre société capitaliste il est antinomique de soutenir une diminution du capital.

Ici nous parlons économie (pas vraiment de politique), je vais essayer de vous montrez qu'une théorie comme la décroissance n'est pas si dénuée de sens en vous présentant un fondateur de cette théorie : Nicholas Georgescu-Roegen et plus particulièrement son ouvrage la décroissance : Entropie - Écologie - Économie (1979).

Pour l'instant vous avez un éclaircissement sur le rapport entre décroissance et science économique mais pourquoi dire "hétérodoxe" ? parce-que bon je vais pas préciser une chose inutile :sleep: , je vais même toucher à un grave défaut de la science économique et de ce monde d'expert : la théorie de la décroissance est considéré comme une théorie hétérodoxe parce-qu’elle n'appartient pas au courant orthodoxe (Whaaaaouu Docteur cac heureusement que tu es là :dort:), ok c'était facile mais ça n'a rien à voir avec la religion même si ce que je vais dire peut en faire douter. Le courant dominant c'est le courant orthodoxe de l'économie et s'en écarter n'est jamais bien vu même au niveau universitaire il y a une très grosse pression : entre deux théories bêtes la théorie hétérodoxe est toujours plus bête que la théorie orthodoxe, ça à l'air incroyable mais c'est exactement cela. Vous allez très vite comprendre pourquoi je parle de cela ...

Présentation succincte de l’œuvre :

Comme je vous ai déjà dit nous nous concentrerons sur l’œuvre de Nicholas Georgescu-Roegen (
), mais précisons que l'ouvrage à un élément central à bien comprendre : c'est la
loi de l'entropie
(j'en parle tout de suite pour que vous ne loupiez pas ce point très important mais pour respecter la pensée de l'auteur je suivrais l'ordre de ses arguments). Nous allons parler aussi de bioéconomie, d'inputs-output mais s'il vous plaît de venez pas avec votre œil d'écolo réprobateur ou approbateur, c'est de l'économie que nous faisons pas du
«
tocarisme" (on réfléchit on ne "sentimentalise" pas !), il faut pas non plus attendre d'une théorie économique de répondre à tous les problèmes de notre société. Enfin dernier point assez important sur la façon d'aborder cette théorie : il faut absolument se projeter sur du long terme bien au delà d'une vie humaine, c'est aussi une vrai réflexion à portée philosophique.

Sus à l'ennemi néoclassique :

Avant de
«
construire
»
il faut montrer le point de départ de la réflexion :
la critique de l'auteur est vive et elle se porte sur la théorie néoclassique
(pensée dominante - orthodoxe - du moment)
"inattaquable"
bien sur (
:mouai:
) et pourvue de sa sainte trinité : au nom de Walras, de Jevons et de Menger. Pour faire court les néoclassiques c'est un courant voulant mettre l'économie au même niveau de "solidité" que la physique (avec l'aide des mathématiques bien sur). Grace à eux nous avons eu la microéconomie donnant une vision très contrainte du comportement de l'Homme : en gros c'est plein de maths .... mais cela ne décrit en rien le réel ....:gurp:. Selon les dires de Jevons lui-même (cité par Nicholas Georgescu-Roegen) la science économique est ...
la mécanique de l'utilité et de l'intérêt individuel.

La mécanique en économie c'est très pratique ! il n'y à qu'a faire tourner la roue et hop on est tranquille, un exemple ? aucun problème
:o°
... quand on veut expliquer la croissance endogène, Solow nous dit simplement que le progrès technique c'est très cool pour avoir de la croissance mais bhon... on sait pas d'où ça vient, merci Robert et tiens voila ton prix Nobel...

Je tourne un peu en dérision l'histoire mais c'est quand même un peu comique de faire croire au mouvement perpétuel (pour être juste il va lui-même nuancer son modèle et c'est à respecter
:bo:
).

En gros l'environnement ça ne sert a rien !:gurp: on peut prendre, reprendre, faire pousser c'est la même chose ! le système est dans le même état du début à la fin (c'est un mouvement pendulaire) et on assisterait à une réversibilité complète. La « réversibilité complète » inspirée de la mécanique supposerait qu'une sécheresse catastrophique ne laisserait aucune trace dans l'économie dans le sens où dès que celle-ci disparaît « la structure de l'offre et la demande revient toujours aux conditions initiales ». Mais pour l'auteur c'est bien différent :
La vérité, c'est que le processus économique n'est pas un processus isolé et indépendant. Il ne peut fonctionner sans un échange continu qui altère l'environnement d'une façon cumulative et sans être en retour influencé par ces altérations.

Donc mathématiser c'est bien mais surtout ce que l'on veut bien pour soutenir mordicus que le modèle tient la route :

Le fait pourtant évident qu'entre le processus économique et l'environnement matériel il y a une continuelle interaction génératrice d'histoire qui ne revêt aucun poids pour l'économie orthodoxe.

Mais attendez ce n'est pas tout ! déjà que l'on ne prend pas du tout en compte : l'environnement dans le système, les interactions avec lui mais il y a autre chose qu'il faut bien avoir en tête :
L’homme ne peut ni créer ni détruire de la matière ou de l'énergie.

Cela n'a peut-être l'air de rien mais si on réfléchit alors on ne prend pas en compte l'environnement (ce qui conduit à des choses plutôt pathétiques du genre vouloir mettre une valeur à la Nature) mais en plus l'Homme en lui-même ne crée pas de la matière donc il vaut mieux limiter les pertes
:mouai:
.

La pierre angulaire : la loi de l'entropie

Selon lui d'un point de vue strictement physique le processus économique ne fait qu' « absorber » et « rejeter » de la matière-énergie : cette vision découle de la physique mais il considère que la science économique n'est pas de la physique
(souvenez-vous il s'oppose aux néclassiques
:bo:
)
:
Le processus économique consiste en ressources naturelles de valeur et que ce qui en est rejeté consiste en déchets sans valeur.

Nous avons
une différence qualitative
entre ce qui entre et sort du processus : l'auteur fait le lien avec une branche qu'il estime
« singulière »
, la thermodynamique. Accrochez-vous encore ! le point central est bien là dans la définition de l'entropie, il va citer une définition de 1948 :
Une mesure de l'énergie inutilisable dans un système thermodynamique [...] L'énergie se présente sous deux états qualitativement différents, l'énergie utilisable ou libre, sur laquelle l'homme peut exercer une maîtrise presque complète, et l'énergie inutilisable ou liée, que l'homme ne peut absolument pas utiliser.

Pour expliciter son propos il donne un exemple très instructif et compréhensible :
L'énergie chimique contenue dans un morceau de charbon est de l'énergie libre parce que l'homme peut la transformer en chaleur, ou, s'il le veut en travail mécanique. Mais la quantité fantastique d'énergie thermique contenue dans l'eau des mers, par exemple, est de l'énergie liée. Les bateaux naviguent à la surface de cette énergie mais, pour ce faire, ils ont besoin de l'énergie libre d'un quelconque carburant ou bien du vent.

Mais l'entropie fait partie d'un ensemble plus vaste, la thermodynamique :
Cette loi [loi d'entropie] stipule que l'entropie (c'est à dire la quantité d'énergie liée d'un système clos) croit constamment ou que l'ordre d'un tel système se transforme continuellement en désordre.

Contre "les mythes économiques" :

L'économiste va s'attaquer aux mythes économiques, le premier qu'il attaque est
le mythe d'un monde stationnaire
:
« une population constante, mettra fin au conflit écologique de l'humanité »
. Un autre mythe est attaqué par l'auteur :
Celui de l'homme réussissant toujours à trouver de nouvelles sources d'énergie et de nouveaux moyens de les asservir à son profit.

Alors qu'il serait plus vrai, selon l'auteur, que toute espèce a comme destinée l'extinction comme le confirme J.S.B Haldane sans savoir la cause de la disparition (gêne de stérilité, dégradation de l'environnement, ou virus).

Vision mécanique contre vison thermodynamique

La mécanique ne tient compte que de la masse, de la vitesse et de la position, ce sur quoi elle fonde le concept d'énergie potentielle et cinétique. Il en résulte que la mécanique réduit tout processus au mouvement et au changement dans la répartition de l'énergie. La constance de l'énergie mécanique totale (potentielle et cinétique) et la constance de la masse sont les premiers principes de conservation qui furent reconnus par la science. Un petit nombre d'économistes avertis, tel Marshall (1920, p. 63), notèrent que l'homme ne peut créer ni matière ni énergie.

L’Homme est réduit à un rôle de grand arrangeur qui ne crée et ne détruit rien mais qui répartie les choses pour son bien.
Mais ce faisant, ils n'eurent apparemment à l'esprit que les principes mécaniques de conservation, car ils ajoutèrent immédiatement que l'homme peut néanmoins produire des « utilités » en déplaçant et en arrangeant la matière. Ce point de vue ignore une question extrêmement importante : Comment l'homme crée-t-il le mouvement ? Car si on reste au niveau des phénomènes mécaniques, tout élément de matière et tout élément d'énergie mécanique entrant dans un processus doivent en sortir exactement dans la même quantité et la même qualité. Le mouvement ne peut changer ni l'une ni l'autre.

Avec les travaux de Nicolas Sadi Carnot, la conception de la physique a changé ; il a mis en lumière le fait que l'Homme ne peut utiliser qu'une forme particulière d'énergie il y en a deux formes distinctes : « libre qui peut être transformée en travail, et en énergie inutilisable ou liée, qui ne peut pas être ainsi transformé ». Le premier principe de la thermodynamique est le principe de stricte conservation de l'énergie : ce principe est identique à l'énergie mécanique mais elle ne fait pas la distinction entre énergie utilisable et inutilisable. Le deuxième principe est comme nous l'avons déjà dit, la loi d'entropie, la formulation la plus simple pour les profanes : « la chaleur ne s’écoule d'elle-même que du corps le plus chaud vers le corps le plus froid, jamais en sens inverse », elle est une mesure du désordre car elle mesure l'énergie dissipée qui est inutilisable.

le lien avec l'économie dans tout ça ?

Il faut comprendre que chaque action de l'homme a une incidence sur l'environnement : nos actions crées de la haute entropie à l'échelle du système (du déséquilibre, du chaos) même si a une échelle plus petite il peut sembler que nous diminuons l'entropie de l'environnement nous entourant (les minerais de cuivre dans l'exemple de l'auteur) en subvenant à nos besoins et à notre désir de toujours repousser les limites du progrès. Ce processus fait naitre un paradoxe soulevé par l'auteur :
Le processus économique consiste à transformer de la matière et de l'énergie de valeur en déchets.

En ce qui concerne l'énergie, elle ne peut avoir une valeur qu'en étant accessible : dans la plupart des cas il faut fournir un travail et des matériaux pour rendre accessible l'énergie
(l'exception est l'énergie solaire)
. Et là, on va s'attaquer à un autre mythe :
Le mécanisme des prix peut pallier toute pénurie, que ce soit de terre, d'énergie ou de matières

La technologie nous permet de rendre des nouvelles parties de l'énergie utilisable mais malgré notre technologie, dans certaine situation, n'est plus à prendre en compte car elle ne peut en surmonter les obstacles surtout que les limites théoriques ne peuvent être parfaitement atteintes. Les limites d'accessibilité des ressources sont aussi biologiques, certaines conditions et radiations ne peuvent être supportées par les Hommes même grâce à la technologie, toutes les ressources ne sont pas facilement accessibles. Il y a aussi des limites posées par la physique à proprement parler : on ne peut, comme le dit justement l'auteur, exploiter toute la puissance du soleil, on en perçoit qu'une infime partie de son énergie :
Le rendement réel dépend à chaque instant de l'état des techniques. Mais, comme nous le savons depuis Carnot, dans chaque situation particulière il y a une limite théorique, indépendante de l'état des techniques, qui ne peut jamais être effectivement atteinte. En réalité, nous en sommes généralement bien loin.

Le problème des déchets !

Les déchets ont une corrélation directe avec l'activité humaine, ainsi l'élimination des déchets pose un sérieux problème :
il faut réunir des moyens importants pour les stocker
(ce qui pose le problème de l'espace qui a pour contrainte la finitude de l'espace accessible)
, et les transformer en déchet moins dangereux.
Ce retraitement peut donc produire lui-même une pollution, et il y a une limite à la réduction de la dangerosité, voir une impossibilité à réduire celle-ci :
Avancer, en outre, que l'homme peut construire à n'importe quel coût un nouvel environnement confectionné à la mesure de ses désirs revient à ignorer complètement que le coût s'exprime essentiellement en basse entropie, non en argent et qu'il est soumis aux limitations imposées par les lois naturelle.

Le mythe évoqué en premier par l'auteur est qu'il est majoritairement admis que la dot entropique est virtuellement inépuisable grâce au « pouvoir » de l'Homme à « vaincre » la loi de l'entropie. Ce n'est pas très prudent tout ça !
:hum:

Plusieurs arguments sont évoqués et celui présenté comme étant le plus simpliste est le suivant : "les tentatives pour mettre une limite à la finitude des

ressources sont sans cesse repoussé". A cet argument l'auteur énonce un contre-argument logique et en adéquation avec la physique : il ne peut y avoir dans un espace finit une quantité de basse entropie (ressources naturelles) illimité. On rejoint Kenneth Boulding, les économistes deviennent fous !

Comment penser la croissance ?

Cette question se pose parce que cette époque il y a un profond questionnement sur les outils de mesures économiques comme la croissance, la pauvreté, les inégalités. Ici je fais un aparté puisque c’est grâce a cela que nous avons la
chance
d’apprendre l’intérêt de L'
IDH
, du
PIB
par habitant ect.

Il ne faut pas confondre la
« croissance »
et le
« développement »
comme le dit Joseph Schumpeter. L'auteur définit qu'
« il n'y a croissance que lorsque augmente la production par habitant des types de biens courants »
. La croissance a pour conséquence un épuisement des ressources accessibles alors que le développement signifie
« l'introduction de n'importe laquelle des innovations »
. Veblen disait que
« les racines de la croissance économique provenaient des instincts d'artisanat et de curiosité gratuite de l'Homme »
(c'est pas moi qui aurais pu sortir un truc aussi intelligent ...:smile2:). On peut alors critiquer la
« manie de la croissance »
, où l'idée que toutes les politiques économiques n'ont visé qu'à soutenir la croissance la plus élevée possible. Ce n'était qu'une précision mais une précision de taille :D.

Alors pas si dénué de sens cette réflexion hein ?

Je pense que nous allons pouvoir nous arrêter la même si je n'ai pas tout expliqué (cela pourra faire l'objet d'un deuxième article plus technique
:dort:
). Déjà avec ça on peut quand même dire que l'analyse est au minimum très intéressante même si on peut s'interroger sur son application concrète, vous me direz un peu comme toutes les théories économiques ...

Je vous avais demandé aussi de vous projeter loin dans le futur : comme vous l'avez vu nous avons même parlé d'extinction d’espèce ou nous trouve l'idée d'un temps trés relatif. Il faut alors bien comprend une chose essentielle qui ne découle pas juste d'une bonne intention mais de la compréhension des lois physiques de l'univers :
dans un espace fini nous ne pourrons jamais avoir une croissance infinie !
les mythes qualifiés d'économique (entrant dans les axiomes de différentes théories économiques) ont été aussi intériorisé par chacun d'entre nous mais cela ne doit pas générer du pessimisme mais de la vigilance.

Nous ne pouvons pas ignorer l’impact que nous avons sur le monde et la manière dont nous modifiions a notre compte l’environnement. Dans cette affaire, Monsieur, le juge, nous sommes juge et partie : nous jugeons de manière béate nos capacités et les seuls qui peuvent remettre en cause cela c'est ... également nous
:o°
.

Un autre point qui devrait normalement vous
«
frapper
»
, c'est le fait que moi, vous, une vie humaine en général, ce n'est absolument rien du tout au niveau temporel : nous ne pouvons pas mesurer alors l'impact sur le long terme, imaginer l'accumulation des effets sur 1000 ou 10000 ans (rien aussi à l'échelle de l'univers).

Ce problème temporel est aussi présent dans la pensée économique et pour régler le problème on a décidé de le supprimer ou d'en parler vaguement:dort:. Et n'oubliez pas ! Le développement n'est pas la solution ultime mais une façon de gagner du temps.

Docteur CAC

Mais qu’est-ce-que tu racontes là Docteur CAC ?

J'avoue le titre peut faire penser à une énième querelle d'expert sur un sujet qui semble pas franchement intéressant. Je ne sais pas si vous avez même déjà entendu parler du choc des civilisations et qu'elle est une très sérieuse théorie de Samuel Huntington. Oui je ne parle pas du blabla médiatique que l'on attaque à cette idée, un peu de sérieux. Et encore je n'ose même pas vous parler d'Amartya Sen pourtant prix Nobel d'économie en 1998 pour ses travaux sur l'économie du bien-être et du développement, là c'est juste voyage en terre inconnue ...

Donc récapitulons je viens juste de démontrer que mon titre d'article est incompréhensible et inintéressant : aurais-je une envie soudaine de me saborder alors ? Je tombe alors assez vite d'accord avec moi-même sur la réponse à donner à cette question : Non. Mais alors où je vous emmène ? Sur un terrain un peu moins économique que d'habitude mais qui permet de prendre sous un autre angle différentes questions.

Au programme de ce billet nous allons réfléchir sur l'identité, sa construction, sa représentation, et son influence sur notre pensée (influençant évidemment notre activité économique). Vous avez un bon exemple avec Amartya Sen d'un économiste ayant une pensée globale et hétérodoxe.

Introduction à la théorie d'Huntington

Samuel Huntinton est un professeur américain diplômé de l'université de Yale
(un bon cursus en somme
:mouai:
)
. Il apporte la théorie du choc des civilisations après la chute du bloc communiste et la fin de la bipolarisation du monde. Il faut donc réfléchir sur la réorganisation géopolitique du monde et les oppositions dans un monde dominé par
l'Occident
, les USA
:mouai:
. Huntington va conceptualiser le monde autour des civilisations :
« Le monde d’après la guerre froide comporte sept ou huit grandes civilisations. Les affinités et les différences culturelles déterminent les intérêts, les antagonismes et les associations entre Etats. Les pays les plus importants dans le monde sont surtout issus de civilisations différentes[...]

2080101.jpg

Source: ARTE - Le dessous des cartes - http://ddc.arte.tv/n...oc-a-l-alliance

Il a donné les principales caractéristiques des civilisations :

  • Premièrement, une civilisation est
    une entité culturelle
    et les éléments importants qui peuvent définir une civilisation sont multiples comme le sang, la langue, la religion, les us et coutumes, les modes de vie mais
    l'élément le plus fondateur d'une civilisation est la religion
    :

[...]Les conflits locaux qui ont le plus de chance de provoquer des guerres élargies ont lieu entre groupes et Etats issus de différentes civilisations. La forme fondamentale que prend le développement économique et politique diffère dans chaque civilisation. Les problèmes internationaux les plus importants tiennent aux différences entre civilisations. L’Occident n’est plus désormais le seul à être puissant. La politique internationale est devenue multipolaire et multicivilisationnelle.

  • Deuxièmement, la civilisation est
    englobantes
    ce qui veux dire que la civilisation est le degrés suprême de l'organisation sociale :
Une civilisation est le mode le plus élevé de regroupement et le niveau le plus haut d’identité culturelle dont les humains ont besoin pour se distinguer des autres espèces. Elle se définit à la fois par des éléments objectifs, comme la langue, l’histoire, la religion, les coutumes, les institutions, et par des éléments subjectifs d’auto-identification.
  • Troisièmement, les civilisations ont un caractère intemporel grâce à leur capacité d'adaptation aux aléas politiques, sociaux, économiques et idéologiques.
  • Enfin quatrièmement, la civilisation n'a pas de fonction politique à proprement parler puisqu'elle est d'abord une entité culturelle.

Pour être très clair, cette théorie comporte de nombreuses failles et est très arrangeante avec les intérêts géopolitiques américains
.
De plus elle a été souvent remise en cause et très décriée évidemment mais pour le reste nous suivront les raisonnements d'Amartya Sen dans sa réfutation de cette théorie.

La construction d'Huntington est une illusion ?

L'Islam et le christianisme sont tous deux des religions monothéistes qui, à la différence des religions polythéistes, admettent mal les autres divinités et d'après lesquelles le monde est divisé en deux : d'un côté eux, de l'autre nous. Tous deux sont universalistes et prétendent incarner la vraie foi, à laquelle tous les humains doivent adhérer. Tous deux sont des religions missionnaires dont les membres ont l’obligation de convertir les non-croyants. Depuis ses origines, l’Islam s’est étendu par la conquête et, le cas échéant, le Christianisme aussi. Les concepts parallèles de « Jihad » et de « Croisade » se ressemblent beaucoup et distinguent ces deux fois des autres grandes religions du monde.

Pour Sen, la théorie du « choc des civilisations » permet d’illustrer une vision réductrice. En effet, cette théorie découpe le monde selon les frontières des grandes civilisations en prenant la religion comme facteur principal.
Ceci a pour conséquence d’omettre d’autres éléments logiques pouvant permettre de découper le monde, mais cela va maintenir ces mondes dans des carcans rigides où le choc devient inévitable
. On mésestime l’histoire de l’humanité, et notamment les échanges entre les cultures.

Le maintien de cette classification en fonction de la religion entraine, d’une part, un désintéressement pour les motivations des individus, mais d’autre part, on donne de ce fait une importance trop grande à la « voix de l’autorité religieuse ». Par exemple, les mollahs (tenant de l’autorité religieuse) n’obtiennent pas un consensus auprès des membres de la communauté musulmane.

Voir l’humanité comme une fédération de religion entraine des distorsions et des conflits
. On constate encore que réduire l’individu à une identité entraine nécessairement des conflits du fait de la catégorisation : ainsi le fondamentalisme islamiste que l’Occident craint ne peut pas s’expliquer sur la seule identité islamique. L’Histoire montre que la tolérance ou non de roi musulman n’est pas en lien avec sa piété : on peut être intolérant sans être un mauvais musulman, ou cesser d’en être un. La tolérance religieuse n’est ni préconisée ni prohibée : les conflits de religion montrent bien que l’intolérance peut s’accompagner du fait d'être « bon chrétien » ou « bon musulman ».

Comment répondre à cette problématique de l'identité ?

Vouloir à tout prix défendre l’idée d’une identité unique primant sur toutes les autres (et souvent réductrice), peut exacerber les tensions sources de violence et d’exclusion. Pour contrer cette violence on peut faire appel aux identités concurrentielles (appartenance à l’humanité par exemple).

Comment organiser cette pluralité d'identité ?

Pour ordonner cette identité plurielle, l’individu va faire un choix en fonction de contrainte (comme en économie), c'est-à-dire des caractéristiques individuelles et des opportunités. Néanmoins même si nous faisons des choix, il faut convaincre les autres et bénéficier d’un espace de liberté pour exprimer « notre identité ». En effet,
les autres individus peuvent enfermer « notre » identité dans une description erronée qui sera pour eux la seule description valable
. Nous retombons dans le risque de violence du fait de la simplification outrancière de l’identité.
Malgré que l’identité soit malmenée, il ne faut en aucun cas acquiescer à cette suppression de cette identité, ce serait donner raison à ceux qui imposent par la violence une conception parfaite d’une identité
. De ce fait en l’absence d’une telle liberté de choix, la tendance est de tomber dans un certain conformisme qui débouche sur le conservatisme où les traditions ne peuvent en aucun cas évoluer, les discriminations qui découlent de ces traditions envers un groupe ethnique ayant une identité propre ne peuvent être supprimées, et ne peuvent faire l’objet d’un débat.

L'enfermement civilisationnel : la conséquence directe de cette simplification

L’enfermement civilisationnel découle des faiblesses de la théorie du choc civilisationnel : une description univoque de l’identité de l’individu. L’auteur va illustrer ce propos en exposant le cas de l’Inde : l’Inde définit comme une civilisation hindoue dans la théorie du choc des civilisations or ce serait sous-estimer l’importance de l’influence musulmane dans divers domaines. Mais entretenir cette idée est dangereux aussi sur le plan politique puisque cela donne une certaine crédibilité aux mouvances extrémistes. Ce type d’argument peut s’appliquer à bien d’autres civilisations, et contre l’idée d’Huntington qui considère que
« l’Occident était ce qu’il était bien avant la période moderne »
, ceci fait fi des évolutions historiques. L’Occident n’a pas toujours été une terre de défense des libertés et des droits individuels, et n’est pas non plus uniquement l’apanage de l’Occident, on trouve des exemples similaires dans d’autres civilisations.

De même la démocratie n’est pas une idée typiquement occidentale : la démocratie à l’époque de la Grèce antique a eu plus d’influence sur les civilisations du Moyen-Orient que sur l’Europe. Le principe du débat public qui caractérise le régime démocratique existait déjà dans d’autres civilisations, par exemple en Inde au IIIème siècle avant notre ère, mais aussi au Japon.

L’analyse des thèses modernes insiste sur l’appartenance religieuse pour diviser les cultures. L’Inde est classé comme civilisation hindoue dans la théorie du choc des civilisations mais l’Inde compte aussi 150 millions de citoyens musulmans. Il serait donc plus judicieux de choisir le critère d’appartenance religieuse. On remplace la catégorisation
"civilisationnelle"
(choc des civilisations) par la catégorisation religieuse, cela ne change pourtant pas grand-chose car il n’y a juste qu’un changement d’affiliation, et le problème reste toujours le même : une seule identité prime, et la diversité de l’identité n’est pas pris en compte.
Mais la religion apparait comme un critère simplificateur : la religion est toujours constituée de courant, il existe des sous-catégories religieuses qui faussent l’idée que la religion est un ensemble bien homogène, ceci est vrai pour l’islam.

L’Occident a pu confondre l’identité plurielle des musulmans et l’identité islamiste en particulier, cette confusion est à l’origine d’angoisse pouvant faire obstacle à la paix. Tenter d’expliquer «
le terrorisme islamiste »
consiste actuellement à prendre en compte uniquement que l’aspect religieux et à minimiser de ce fait les aspects non religieux. Le terrorisme ne peut pas s’expliquer uniquement que par des questions de religion. Il en a été de même avec les chrétiens ou d’autres religions, nous ne pouvons définir un
« vrai musulman »,
ce qui peut être analysé, c’est la relation entre l’identité religieuse et ses autres identités.

La colonisation : stigmate de l'histoire de l'Occident oppresseur

Les résistances contre l’Occident découlent de l’ère coloniale : l’indépendance des pays a tourné en obsession envers l’Occident, il y a eu soit des réactions positives (imitation) ou alors de l’hostilité. Ce comportement peut s’expliquer par le sentiment de vengeance de l’abus de la colonisation qui a fait naitre souvent un sentiment d’humiliation collective.
L‘ère coloniale a été l’époque d’un rabaissement des civilisations dites « inférieures » par rapport aux civilisations européennes.
Ce sentiment d’infériorité peut être tel que la bonne compréhension de soi (et de ses identités) peut-être altérée, ce qui est propice aux fondamentalismes religieux.

Les civilisations européennes ont écrasé toute concurrence dans le domaine de la science et de la technique (domaine matériel). En réaction dans les espaces colonisés il va y avoir des résistances au niveau spirituel, pour conserver « sa culture spirituelle ». C’est ce que l’on appelle le développement d’identité réactive qui vise à s’affranchir de la domination coloniale.

Le raccourcis culturel

Le conservatisme culturel lié à la tyrannie politique peut avoir de grandes conséquences. Les différences identitaires entre gouvernants et gouvernés peuvent générer des préjugés culturels. Ces préjugés mêlés à la politique ont entrainé dans l’histoire des désastres, cela pu donner des excuses aux échecs politiques.

La culture ne peut être à elle-seule un facteur de développement ou de changement, mais elle peut accompagner les changements socio-économiques.
Par contre la culture peut elle-même se modifier grâce à ces changements sociaux comme l’accession aux écoles et aux universités. Dans ce cas, la culture peut influer sur les choix politiques. Le japon illustre parfaitement cela : l’essor économique du Japon provient en partie de l’évolution du système éducatif. Mais on constate aussi que les relations culturelles peuvent être aussi très bénéfiques, ce fut le cas du Japon avec la restauration Meiji.

La culture a donc un rôle mais pas dominant d’autres éléments peuvent influencer nos opinons. Elle n’est pas non plus homogène, il existe des sous-cultures. Elle n’est pas fixe, et sans la pression du conservatisme et de l’autoritarisme elle est amenée à évoluer, c’est ce que l’histoire nous montre.

On doit cependant distinguer la liberté culturelle et le multiculturalisme
. La liberté culturelle qui définit notre capacité propre à pouvoir modifier nos propriétés alors que le multiculturalisme sous-entend le maintien de sa culture propre et la cohabitation de « notre » culture avec celle des autres.

La mondialisation créatrice d'identité ?

La mondialisation a fait apparaitre une identité mondiale, l’altermondialisme englobe les préoccupations a l’échelle mondiale de justice et de coopération. Même si la mondialisation a manifestement participé à l’enrichissement général de l’humanité il n’en reste pas moins vrai qu’une extrême pauvreté existe. Un sentiment d’injustice s’est développé et la mondialisation a été accusée d’être la principale cause de cette pauvreté d’où la volonté de s’en écarter même si l’auteur trouve que cela soit peu judicieux et stérile. En effet, le mode de fonctionnement du marché couplé à la mondialisation (et au système démocratique) est le seul dans l’histoire à avoir permis le développement humain.

La mondialisation est souvent qualifiée comme d’origine occidentale, ce qui peut aussi expliquer le rejet de la mondialisation par les pays en difficultés, mais il faut nuancer ce propos. La mondialisation a permis de favoriser les échanges commerciaux, scientifiques, économiques, culturelles pour déboucher sur la civilisation des peuples. Mais la mondialisation n’est pas naturellement d’origine européenne. En effet l’Histoire nous montre que la Chine a participé aussi à « civiliser » les peuples comme le dit Thomas Carlyle grâce à l’invention de la poudre, de l’imprimerie notamment. Il ne faut donc pas s’inscrire dans une démanche qui aurait pour objectif de sortir ou de résister à la mondialisation, mais il faut au contraire avoir une réflexion pour savoir s’il n’existe pas d’autres choix possibles.

En fait, la mondialisation n’est pas la plus coupable des échecs de développement des pays : les échecs des politiques économiques sont beaucoup plus critiquables sur ce point. Ceci entre en contradiction avec les dynamiques régionalistes que l’on peut observer dans les discours politiques. Pour être plus juste, il faut mettre fin aux « compromissions mondiales » comme par exemple arrêter la vente d’armement qui alimente la guerre, les membres du G8 étant les principaux vendeurs d’armement.

La problématique du multiculturalisme

Le multiculturalisme peut se comprendre de deux façons avec la problématique de l’identité : soit la diversité est promue comme véritable valeur ou alors promue parce qu’elle est librement choisie. Malgré les bons sentiments qui entourent le multiculturalisme : « aimer son prochain » et prendre sa culture en compte, des problèmes se posent du fait justement de la cohabitation des identités culturelles : laquelle doit primer ? au final le choix de l’individu peut être conditionné par le nouvel environnement alors que comme nous avons vu au début du livre, l’identité et sa hiérarchisation entre les différentes identités est un choix libre de l’individu.

C’est tout le problème de la relation entre le multiculturalisme et le « monoculturalisme pluriel » où différentes cultures vont s’entrechoquer, où il reste un certain « conservatisme culturel » et un isolement entre les différentes cultures. Ici encore, le problème est de savoir quelle importance est apportée à l’identité communautaire. La raison prend une place importante pour permettre à l’individu de faire les bons choix, le développement éducatif peut ainsi permettre à ce que les individus ne se laissent tenter pas le réflexe de repli conservatiste, voir même quand le malaise pousse au sentiment réactionnaire.

Enfin pour Sen, à être aussi réducteur on en viendrait à oublier qu’il n’y aurait pas de choix possible même entre l’identité mondiale et l’identité au sein d’une communauté locale. Mais avoir une identité mondiale permettrait de se préoccuper aussi de la réforme des institutions mondiales pour permettre à la mondialisation d’être plus juste pour protéger les plus faibles et ceux qui ont le plus de mal a s’insérer dans la mondialisation. Faire ces réformes permettrait aussi de faire reculer la violence en réduisant les inégalités. Il faut une remise en cause profonde de notre monde contemporain et peut-être réaliser que la solution serait peut-être de créer un véritable sentiment d’appartenance mondialisé sans pour autant effacer nos autres identités qui font de l’Homme un être complexe.

L'identité, un vrai faux débat ?

Maintenant que nous avons des outils pour notre réflexion, on peut se demander si un débat sur l'identité est vraiment nécessaire ! pas parce-que c'est tabou mais que cela ne conduit qu'a une chose : raccourcir toute la complexité humaine sous une identité réductrice pour finalement exclure ceux qui ne collent pas à celle-ci. Comment les politiques peuvent ignorer ce genre de chose ?

On basculerait très vite vers des identités communautaires et cela attiseraient sans nul doute des tensions pour des intérêts pas très proches de l’intérêt général
:o°
. De même vous pouvez appliquer cette démarche à plein d'autres notions souvent agitées : la culture que l'on définit chrétienne de façon bornée sans faire une véritable analyse historique (personnellement je serais plus dans une optique d'une culture laïque et d'une histoire chrétienne). Il n'y a plus un chien dans les églises mais elle aurait encore un droit de préemption sur les autres religions ?

Toute la réflexion autour de la religion est je pense intéressante même si je suis un peu étonné par l'importance que prend la religion. Bien-sûr dire que la religion est importante dans la création de la société n'est pas faux mais c'est surtout pas nouveau ! Sur le plan philosophique bien des auteurs l'avait déjà signalé comme par exemple Tocqueville, c'est même ce qui a permis une organisation primaire des sociétés. Mais de là à en faire l'élément central et intangible d'un système de pensée au XXI
ème
siècle est vraiment déroutant quand on connais le succès de cette théorie. L'analyse d'Auguste Comte avec la loi des 3 états et à cet égard bien plus intéressante , sociologiquement plus abouti et permet de comprendre le dynamisme de la société indépendamment de la religion : l
a loi des « trois états » décrit le fait que l’esprit humain passe par trois états successifs :
  • L’état théologique, dans lequel les phénomènes sont expliqués par des forces surnaturelles ;
  • L’état métaphysique, ou les événements sont expliqués par des idées abstraites qualifiées de causes ;
  • L’état positif, qui se réalise lorsque les faits sont expliqués par le raisonnement.

Pour le reste la sociologie sera d'une bonne aide pour comprendre bon nombre de questions sous-jacentes.

Voila la thérapie est terminée ! j’espère qu'elle vous a fait réfléchir et trouver une vraie réponse aux problèmes que nous nous sommes posés. Je vous encourage à commenter, critiquer, demander des explications, et à proposer de nouveaux sujets.

Docteur CAC

La question me taraude quand un ministre de gauche dit n'y avoir jamais cru (ce n'est pas le fait qu'il n'y croit pas qui me pose un problème c'est qu'il ne propose rien en contrepartie :hu:). Oui parce-qu’à moins d'avoir vécu 30 ans dans une caverne on peut quand même au moins s'interroger sur la conflictualité de la société. Bien-sur le concept de lutte des classes est souvent rattaché au marxisme mais ce sont les libéraux qui ont inventé le concept (là j'imagine un peu votre tête : shok.gif). Oui, oui je sais c'est étonnant et ça ne remet pas en cause l'importance de la contribution de Marx. Il y a une appréciation différente des libéraux sur la lutte des classes : c'est son importance dans les rapports sociaux et l'organisation sociale. Le but de cette réflexion sera de donner des éléments de la théorie marxiste pour nous permettre de répondre à cette question. Pour être clair dès le départ je partirai de la base mais je n'expliquerais pas tout non plus c'est impossible mais pour ceux qui veulent aller plus loin je proposerais des textes à lire pour bien comprendre l'idée du machin parce-que je sais bien par expérience (pour avoir lu le manifeste et le capital notamment) que Marx est difficile à appréhender. Dans le cas ou vous maitrisez les concepts marxistes et parétiens je vous propose de toute de suite passer à la partie intitulée "Mais que faire de toutes ces théories ?".

L'analyse marxiste des effets de l'industrialisation

Si vous avez déjà lu un de mes articles, d'une part je vous en remercie
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et d'autre part, vous savez alors que j'apprécie contextualiser les choses et Marx n’y échappera pas !

Lui-même n'a pas eu l'idée de développer ses concepts par hasard, le XIX
ème
est une époque de grands changements à plusieurs niveaux : les rapports de production, les rapports sociaux, et les structures politiques (Il a même pour le coup était contemplatif).

Ces changements sont la conséquence de l'industrialisation des économies qui va faire naitre la classe laborieuse (la classe ouvrière), le salariat. De même Marx est au départ un philosophe qui va d'abord s'intéresser aux rapports sociaux. Il étudie par exemple la Commune de Paris et les évolutions politiques de la France.

Ce développement du salariat a pour conséquence de pousser un bon nombre d'ouvriers dans la misère, ce qui pousse Marx à penser qu'il y a une profonde injustice puisque l'ouvrier par son travail est la vraie force productive de l'économie, comment cela a-t-il pu arriver ? Il va revenir à l'essence de la science économique pour répondre aux questions posées par ce nouveau monde.

Le concept de la valeur-travail fondateur de la philosophie de Marx

Aux prémices de la science économique il y a bien souvent la question de la valeur des marchandises, de la richesse et de son partage. Vous êtes en train de vous dire "Mais pourquoi se poser cette question avant toutes les autres ?
:hum:
", et la réponse est simple : c'est le point de départ de toutes les théories économiques puisque l'économie est fondée d'abord sur la compréhension de l'échange créateur de richesse.
On retrouve déjà cette idée chez Adam Smith, Ricardo et tous les économistes classiques (oui, oui je viens de dire que
Marx partage la même base que les libéraux classiques
, ainsi Marx est souvent surnommé "le dernier des classiques").
Ainsi pour Marx, c'est la quantité de travail qui détermine la valeur de la marchandise :

Comme les valeurs d'échange des marchandises ne sont que les fonctions sociales de ces objets et n'ont rien de commun avec leurs qualités naturelles, il faut tout d'abord nous demander : Quelle est la substance sociale commune à toutes les marchandises ? C'est le travail.

Pour produire une marchandise, il faut y appliquer, y faire entrer une quantité déterminée de travail. Et je ne dis pas seulement de travail, mais de travail social.

Un homme qui produit un objet pour son usage personnel immédiat, en vue de le consommer lui-même, crée un produit, mais non une marchandise. En tant que producteur subvenant à lui-même, il n'a rien de commun avec la société.

Mais pour produire une marchandise, il faut que cet homme produise non seulement un article qui satisfasse à quelque besoin social, mais il faut encore que son travail soit un élément ou une fraction de la somme totale du travail utilisé par la société. Il faut que son travail soit subordonné à la division du travail qui existe au sein de la société. Il n'est rien sans les autres subdivisions du travail et à son tour il est nécessaire pour les compléter.

Lorsque nous considérons les marchandises en tant que valeurs, nous les regardons exclusivement sous le seul aspect de travail social réalisé, fixé ou, si vous voulez, cristallisé en elles. Sous ce rapport, elles ne peuvent se distinguer les unes des autres que par le fait qu'elles représentent des quantités plus ou moins grandes de travail: par exemple, on emploie une plus grande quantité de travail pour un mouchoir de soie que pour une brique.

Mais comment mesure-t-on la quantité de travail ?

D'après le temps que dure le travail, en mesurant le travail à l'heure, à la journée, etc. Naturellement, pour se servir de cette mesure, on ramène tous les genres de travail au travail moyen, ou travail simple considéré comme leur unité.

Nous arrivons donc à cette conclusion: une marchandise a une valeur parce qu'elle est une cristallisation de travail social. La grandeur de sa valeur ou sa valeur relative dépend de la quantité plus ou moins grande de cette substance sociale qu'elle contient, c'est-à-dire de la quantité relative de travail nécessaire à sa production. Les valeurs relatives des marchandises sont donc déterminées par les quantités ou sommes respectives de travail qui sont employées, réalisées, fixées en elles. Les quantités de marchandises correspondantes qui peuvent être produites dans le même temps de travail sont de valeur égale. Ou encore, la valeur d'une marchandise est à la valeur d'une autre marchandise comme la quantité de travail représentée dans l'une est à la quantité de travail représentée dans l'autre.

Marx ici prend toute sa dimension Hégélienne : le travail permet de se réaliser, il est socialisant. Il est fait dans un but précis et découle d'une véritable réflexion, en cela l'Homme se distingue donc de l'animal. Mais l'organisation de la production héritée de l'industrialisation dépossède l'ouvrier de son propre travail, il ne peut plus en jouir et ne vise plus uniquement la satisfaction d'un besoin, il devient en ce sens une aliénation. On assiste à ce que Marx appelle
la mortification de l'ouvrier
.
On retrouve ce "vol" du travail de l'ouvrier dans
le principe de la plus-value
qui représente le travail non payé :
La plus-value, c'est-à-dire la partie de la valeur totale des marchandises dans laquelle est incorporé le surtravail, le travail impayé de l'ouvrier, je l'appelle le profit.

L'Homme est ainsi dans le capitalisme une marchandise comme une autre et la force du travail à son prix :
La valeur de la force de travail est déterminée par la quantité de travail nécessaire à son entretien ou à sa reproduction, mais l’usage de cette force de travail n’est limité que par l’énergie agissante et la force physique de l’ouvrier.

Pourquoi la lutte des classes ?

Dans lutte des classes, il y a quoi ? vous allez me répondre
"bhinnnnn lutte et classes"
et je vous rétorque alors
"très bien ! C'est exactement cela pas besoin de chercher compliqué dès le début"
. De prime abord, on peut se dire que la lutte est un combat, une confrontation et la classe est un groupe d'individus.

et pas un groupe d'enfants sauvages avec un pauvre adulte au milieu de tout ça, heu
:mouai:
.... bon passons
:o°

Marx accorde à la lutte des classes une importance historique et même plus une importance élémentaire qui fonde notre société (c'est
le matérialisme historiqu
e) :
L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes.

Pour Marx, il y a une opposition entre ce qui a appelé
la bourgeoisie
(propriétaire du capital, de l'outil de production) et
le prolétariat
(usant de sa force travail). Cette opposition est systématique, violente et surtout déséquilibrée …

L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes. Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de Jurande et compagnon, en un mot oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre qui finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la destruction des deux classes en lutte.

Dans les premières époques historiques, nous constatons presque partout une organisation complète de la société en classes distinctes; une échelle graduée de conditions sociales. Dans la Rome antique, nous trouvons des patriciens, des chevaliers, des plébéiens, des esclaves ; au Moyen Age, des seigneurs, des vassaux, des maîtres, des compagnons, des serfs et, de plus, dans chacune de ces classes, une hiérarchie particulière.

La société bourgeoise moderne, élevée sur les ruines de la société féodale, n'a pas aboli les antagonismes de classes. Elle n'a fait que substituer de nouvelles classes, de nouvelles conditions d'oppression, de nouvelles formes de lutte à celles d'autrefois.

Cependant, le caractère distinctif de notre époque, de l'époque de la bourgeoisie, est d'avoir simplifié les antagonismes de classes. La société se divise de plus en plus en deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes diamétralement opposées : la bourgeoisie et le prolétariat [...].

La bourgeoisie a joué dans l'histoire un rôle éminemment révolutionnaire.

Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a détruit les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens variés qui unissent l'homme féodal à ses supérieurs naturels, elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme, que le froid intérêt, les dures exigences du «paiement au comptant». Elle a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste. Elle a supprimé la dignité de l'individu devenu simple valeur d'échange; aux innombrables libertés dûment garanties et si chèrement conquises, elle a substitué l'unique et impitoyable liberté de commerce. En un mot, à l'exploitation que masquaient les illusions religieuses et politiques, elle a substitué une exploitation ouverte, éhontée, directe, brutale.

À mesure que grandit la bourgeoisie, c'est-à-dire le capital, se développe aussi le prolétariat, la classe des ouvriers modernes qui ne vivent qu'à la condition de trouver du travail et qui n'en trouvent que si leur travail accroît le capital. Ces ouvriers, contraints de se vendre au jour le jour, sont une marchandise au même titre que tout autre article de commerce; ils sont exposés, par conséquent, de la même façon à toutes les vicissitudes de la concurrence, à toutes les fluctuations du marché. [...]

De toutes les classes qui, à l'heure actuelle, s'opposent à la bourgeoisie, seul le prolétariat est une classe vraiment révolutionnaire. Les autres classes périclitent et disparaissent avec la grande industrie; le prolétariat, au contraire, en est le produit le plus authentique.

Souvent on l’oublie mais Marx n'était pas non plus totalement idiot et on peut trouver ça très beau mais comment expliquer alors certaines classes se mobilisent et d'autres non ? Marx a répondu avec cet exemple :

Les paysans parcellaires constituent une masse énorme dont les membres vivent tous dans la même situation, mais sans être unis les uns aux autres, par des rapports variés. Leur mode de production les isole les uns des autres, au lieu de les amener à des relations réciproques.

Cet isolement est encore aggravé par le mauvais état des moyens de communication en France et par la pauvreté des paysans. L'exploitation de la parcelle ne permet aucune division du travail, aucune utilisation des méthodes scientifiques, par conséquent aucune diversité de développement, aucune variété de talents, aucune richesse de rapports sociaux. Chacune des familles paysannes se suffit presque complètement à elle-même [...] La parcelle, le paysan et sa famille; à côté, une autre parcelle, un autre paysan et une autre famille. Un certain nombre de ces familles forment un village et un certain nombre de villages un département. Ainsi, la grande masse de la nation française est constituée par une simple addition de grandeurs de même nom, à peu près de la même façon qu'un sac rempli de pommes de terre forme un sac de pommes de terre.

Dans la mesure où des millions de familles paysannes vivent dans des conditions économiques qui les séparent les unes des autres et opposent leur genre de vie, leurs intérêts et leur culture à ceux des autres classes de la société, elles constituent une classe. Mais elles ne constituent pas une classe dans la mesure où il n'existe entre les paysans parcellaires qu'un lien local et où la similitude de leurs intérêts ne crée entre eux aucune communauté, aucune liaison nationale ni aucune organisation politique. C'est pourquoi ils sont incapables de défendre leurs intérêts de classe en leur propre nom.

On parle aussi du passage de
la classe en soi à la classe pour soi
qui est le moment où la conscience de classe apparaît chez les individus composants cette classe. De la même manière, Marx n'est pas naïf sur l'individu et il conçoit qu'il faut une motivation pour entrer en classe :
Les individus ne constituent une classe que pour autant qu'ils ont à soutenir une lutte commune contre une autre classe ; pour le reste, ils s'affrontent en ennemis dans la concurrence.

À partir du moment où il y a conscience de classe, il y a un intérêt de classe à défendre contre une classe antagoniste et nous bouclons la boucle puisque nous revenons à la lutte des classes. La lutte des classes est donc une dynamique sociale historique.

Vilfredo Pareto une autre façon de voir

D'autres auteurs ont réfléchi sur cette problématique, je peux vous présenter une autre façon de voir les rapports sociaux, celle de Vilfredo Pareto. Pareto est assez ambitieux puisqu’il tente d’avoir une approche générale( une science générale de la société), ce qui le rapproche de Marx. Marx et Pareto appartiennent à l’
école du soupçon
: le discours de l’Homme est trompeur, les mobiles, les significations des actes, les significations des pensées ne sont pas celles que veulent avouer les acteurs. Chez Freud, on a une idée
du conscient et de l’inconscient
. Chez Marx, nous avons dit que le mobile est l'intérêt de classe. Chez Pareto, ce sont des sentiments qu’il appelle « instincts » qui se trouvent un nombre de justification rationnelle.

Pareto distingue ce qu’il appelle les actions logiques, et les actions non logiques : il faut partir de l’idée que les acteurs engagent des moyens en vue de certaines fins. Ceci dit, l’utilisation des moyens ne conduit pas automatiquement aux fins liées.

Pourquoi ?
il n’y a pas nécessairement un équilibre dans la combinaison entre la fin et les moyens, c’est-à-dire certaines fois les buts peuvent être improbable et les moyens inadéquats (Exemple : les sacrifices humains). A ce moment là on a affaire à des actions non rationnelles. Pareto partage une certaine philosophie occidentale dominante depuis plusieurs siècles : le monde peut être rationnel et les individus peuvent être aussi rationnels.

Comment expliquer les actions logiques et non logiques ?

Cela révèle que les individus sont gouvernés par les instincts mais aussi par la raison. Les instincts sont nommés par Pareto,
résidu.
Pour passer des instincts aux résidus il y a un
phénomène de dérivation
. Les dérivations sont les discours que va produire l'individu pour justifier ses instincts.

L’individu pour paraître rationnel, va avoir un discours (même trompeur) car il n’a ni un but atteignable ni les moyens adéquats. Il existe plusieurs formes de résidus : notamment l’instinct de combinaison qui est la tendance des Hommes à établir des rapports entre les choses et les idées. C’est ce que Pareto appelle le
résidu du développement intellectuel et culturel.

Exemple : les institutions sont le résidu de l’ordre social.

Les dérivations sont des explications verbales (la doctrine) qui vont enrober les actes non logiques. Cela nous indique que les raisons de nos actes ne sont pas celles que l’on s’avoue, il faut donc démarquer les buts de la pensée. Autre concept chez Pareto c’est l’idée d’
hétérogénéité
: il y a un fait fondamental, la société humaine n’est pas homogène
« les Hommes sont différents physiquement, moralement, intellectuellement »
. Cette hétérogénéité prend plusieurs facettes, et cela se traduit par un fait fondamental pour toutes les sociétés : c’est une séparation ou une opposition entre la masse des individus gouvernés et un petit nombre d’individus de gouvernant.

Cela va conduire vers une société hiérarchisée en 2 couches :
  • Couche supérieure (les gouvernants) ;
  • Couche inférieure (les gouvernés).

La nature de cette élite va dépendre d’instinct et si l’élite à des
instincts de combinaison
, l’élite utilisera la ruse si en revanche c’est
l’instinct de persistance
qui domine, il n’y aura pas beaucoup de développement économique.

Cette élite a deux moyens : la ruse et la force, c’est-a-dire soit les moyens de contrainte, soit l’art de convaincre ou l’art de la tromperie. Un gouvernement peut être légitime s’il persuade la masse d’obéir au petit nombre. L’idée c’est que l’on a toujours des aristocraties qui se succèdent (pour Pareto l’histoire est toujours aristocratique).

Enfin, les élites meurent de 2 façons : soit par
transfert interne
, soit par
rupture violente
.

Avec le temps l’élite perd de son énergie, les héritiers vont profiter de leur naissance et être atteint par le résidu de
« première classe »
(l’esprit critique et scientifique). Autres raisons qui peuvent faire circuler les élites : les décadences sociales, et biologique, cela exclus une harmonie durable entre les dons des individus et les positions qu’ils occupent. La masse des gouvernés est un « monton » et ne connais pas les règles du jeu (ce sont les élites qui imposent les règles).

Mais que faire de toutes ces théories ?

Oui parce-que la je n’ai fait que présenter deux théories qui ont des divergences et des convergences bien visibles et notre question n'est pas pour l'instant réellement abordée ! Mais au moins nous avons les mêmes outils de réflexion maintenant.

Alors bien sur, d'aucuns diront que de toute façon tout ceci n'est qu'un ramassis de bêtises et que seul l'individu est important, je suis toujours assez étonné de ce discours qui se coupe de toute dynamique sociale.

Alors qu'en penser ? Bien sûr le monde a changé et les 30 glorieuses et le New Deal ont justement travaillé à effacer les antagonismes et répartir équitablement la richesse créée. Pendant cette période on a cherché à dépasser cet antagonisme. Ce n'est qu'une question personnelle (et annexe) ici, mais le capitalisme n'a-t-il pas été plus équitable lorsque l'idéologie économique et politique lui été disputé par le communisme ?

C'est sur cette période a anesthésié la conscience de classe et pas pour de mauvaise raison : la mobilité sociale a été encouragé, la plus-value mieux partagée. Et jusqu’à maintenant le capitalisme a muté lors des crises. Mais cet équilibre depuis quelques décennies est rompu et les vieux antagonismes se sont réveillés.

Ou trouver cet antagonisme aujourd'hui ?

On peut le retrouver car il semble que
, les antagonismes entre le capital et le travail, et une mauvaise répartition de la richesse et de la plus-value. Dans cet environnement la paix sociale est rompue et le salarié prend la place de l'ouvrier tentant de lutter contre le capitaliste mondialisé. Surtout que se grouper pour défendre un intérêt est maintenant très mal vu (c'est du corporatisme ! des dangereux !).

D'un point de vue marxiste l’aliénation continue : pour produire, il faut se sédentariser c'est une des conditions élémentaires, mais le capitaliste est mobile.

La lutte des classes est présente mais diffuse dans ses revendications qui ne sont plus strictement économiques. Mais peut-être que le non recours à la classe sociale s'explique par l'incapacité à créer un intérêt commun et même plus largement une vue collective à un projet commun (on n'y est plus habitué depuis le temps !). Et la classe dominante en tout cas on est sûr qu'elle existe, qu'elle a un intérêt commun et qu'un antagonisme se creuse. Le fait que la conscience de classe a diminué ne veut pas forcément dire que les classes sociales n'existent pas (ou plus), elles ne sont pas mobilisées ce qui est différent. Après on ne peut pas non plus négliger le fait que classe ouvrière (porteuse dans la philosophie marxiste de changement) n'a plus la même importance qu'auparavant du fait de la tertiarisation de l'économie française. De même que la
moyennisation
de la société (la définition de la classe moyenne et sans doute l'impression qu'on y appartient tous), il y a même ici un sacré paradoxe : on sait qu'elle existe mais on peine à la définir aussi bien sur le plan économique que sociologique.

C'est ce qu'il y a de plus dangereux la non-mobilisation, l'exclusion citoyenne qui découle de la désillusion (à tort ou à raison) de la dimension politique. Au lieu de se grouper (d'avoir un réflexe de classe) l'individu s’écarte et se met en marge de la société et se centre sur sa dimension individuelle. Cela n'a l'air de rien mais de ce fait là l'extérieur est souvent perçu comme au mieux un envahissement et au pire une agression.

Proposition(s) bibliographique(s) :

Philippe Corcuff
,
Marx XXI
e
siècle, coll.petite encyclopédie critique, textuel
, 2012, p. 191

Henri Pena-Ruiz, Marx quand même, Plon, p.385

Docteur CAC

Je ne suis pas mort, je cherchais et j'ai trouvé !

Voici les sujets que je tiens à traiter dans mes prochains sujets (vous pouvez évidemment proposer) :

Maintenant vous pouvez aussi donner une appréciation sur ces prochains sujets et me dire lesquels retiennent votre attention.

De même si vous avez envie d’écrire sur l'économie sans a avoir a créer un blog ou écrire sur le forum vous pouvez me le signaler et je me ferai un plaisir de publier votre réflexion. Et pas besoin de penser comme moi, d'y connaitre beaucoup de choses, juste avoir l'envie et un sujet !

A très bientôt pour une nouvelle thérapie économique !

Docteur CAC

Comme souvent dans l'Histoire une crise touchant profondément l'ordre économique et social fait ressurgir les volontés protectionnistes (s'accommodant pour cela très bien du regain nationaliste en Europe et du refus de la mondialisation économique). Face à l' "agression extérieure" souvent pointée du doigt la réponse serait le protectionnisme pour épargner l'économie nationale. Mais à l'heure où le leitmotiv du courant de l'économie politique dominant est le très connu " laissez-faire, laissez-aller, laissez-passer", le protectionnisme semble un recours qualifié d'anachronique et en dehors de toute réalité économique à première vue. L'objet de cette réflexion sera de clarifier la véritable théorie ayant appliquée le protectionnisme, par qui elle a été porté, ce qu'elle a voulu faire en Europe, dans quel(s) but(s) ?, et les leçons tirées de cette expérience pour finalement étudier si elle peut-être d'un quelconque intérêt à notre époque.

Le mercantilisme, le proto-protectionnisme où l'économie est au service du souverain

Le XVI
ème
siècle est un siècle important dans l’histoire aussi bien au niveau des chambardements sociaux (avec par exemple le mouvement des enclosures en Angleterre) qu'au niveau de la pensée économique qui va réfléchir sur la façon d'accompagner la création des États-nations et le mouvement de centralisation conséquence des guerres qui vont toucher tous les pays sauf l'Italie et l'Allemagne qui vont rester sous la forme de petite cité-état jusqu’à la date de leur unification.

Ce besoin de maintenir une armée (constituée à cette époque essentiellement de mercenaires) va demander au Prince de contracter des emprunts auprès des villes financières florissantes qu’il va rembourser grâce à l’impôt, ce qui va conduire à la monétarisation croissante de l'économie. A partir de ce moment, le Prince a vocation à s'enrichir au détriment des seigneurs. Les mercantilistes doivent donc répondre à une question "
Comment le Prince peut-il s'enrichir ?
" et non "Comment rendre l'Homme heureux ?".

Cette question va aboutir selon les pays à des réponses différentes du fait des situations tout aussi différente des pays, il n'y aura donc pas 1 mercantilisme mais plusieurs mercantilisme, ce qui fait penser que le mercantilisme n'est pas un courant économique unifié mais il recoupe un ensemble de pratiques au niveau de l’État. Ainsi nous pouvons distinguer 3 mercantilismes intéressants qui vont pendant près de trois siècles définir la politique économique :
  • le mercantilisme Ibérique mettant l'accent sur l'accumulation d'or (le bullisionisme) ;
  • le mercantilisme Français fondé sur la valeur travail (le colbertisme) ;
  • le mercantilisme anglais basé sur le commerce extérieur (le commercialisme).

Globalement, la mentalité mercantiliste se rejoint et se caractérise par :
  • percevoir l'économie comme statique et antagoniste (on dit que l'on se trouve dans
    un jeu à somme nulle
    ) : ce que l'un gagne l'autre le perd en contrepartie ;
  • une volonté de diriger le flux de la monnaie puisque
    la richesse se mesure à la quantité de métaux précieux possédée
    , il faut alors lutter contre la sortie de l'économie des métaux précieux.

La mauvaise expérience Ibérique

Il est important de parler de ce mercantilisme en premier pour comprendre pourquoi il y a ce besoin impérieux d'accumuler de l'or. La découverte de l'Amérique en 1492 s'accompagne de son paillage et du génocide de sa population (près de 90% de la population du Mexique et 95% de la population du Pérou sont décimés). De plus, la puissance de l’Espagne et du Portugal déjà importante sera renforcée par l'unification des deux empires entre 1580 et 1640. Le pillage de ce continent va entrainer un afflux massif d'or sur le continent européen. En Espagne on va prendre des mesures pour maintenir un monopole commercial sur l'Amérique du Sud et maintenir sévèrement l’interdiction de la sortie de l'or de son économie tant et si bien qu'il y aura surabondance de pièce d'or qui aboutira sur l'augmentation des prix (inflation) ainsi les marchandises étrangères deviendront plus compétitives.

Mais là n’est pas la seule conséquence et nous allons êtes en présence d'un véritable paradoxe : l'Espagne richissime et pourvue d'or va connaitre la pénurie du fait de l’avarice généralisée nuisant profondément à l'industrie et à l'agriculture. En l'espèce tout est à revoir !

Le succès du mercantilisme français

En France nous avons le contre-exemple de l’Espagne grâce notamment à la politique menée par Jean-Baptiste Colbert (intendant des finances de Louis XIV) qui appliqua les recettes mercantilistes en gardant un regard lucide sur les travers de cette pensée.

Le mercantilisme français n’a pas débuté avec Colbert mais il est d’usage regrouper sous le colbertisme toutes ces pratiques de mercantilisme français.Le colbertisme oriente l’économie sur la qualité du travail et la France devient spécialiste de l’industrie du luxe en créant des manufactures et en faisant venir en France le savoir-faire étranger : la porcelaine, l’armement ou la dentelle. De même la pensée mercantiliste est riche en France notamment avec
la controverse de la monnaie
entre Jean de Malestroit et Jean Bodin (connu pour son aphorisme « il n’y a de richesse que d’Homme ») : Jean Bodin développera la théorie quantitative de la monnaie encore actuellement utilisée.

Le mercantilisme utilisé comme outil pour assoir son hégémonie

L'Angleterre va peu à peu s’imposer comme puissance dominante après les guerres contre la Hollande grâce à la Royal Navy outil de son hégémonie autant militaire qu’économique. L’idée du commercialisme est de porter l’effort de l’économie sur l’exportation quitte à limiter la consommation intérieure et l’Angleterre va tirer parti de son empire colonial et notamment la compagnie des Indes. Pour pouvoir appliquer cette idée l’Angleterre a besoin d’augmenter le rendement de son agriculture, c’est ce que l’on va appeler le mouvement des enclosures qui consiste en la privatisation des terres libres laissant peu de choix aux pauvres, ce qui va entrainer un afflux vers les villes. L’Angleterre va développer son industrie vers des biens dont le prix ne varie que très peu.

Premier succès du libre échange avant le retour du protectionnisme

D'abord philosophie, le libéralisme se nourrit de la pensée des lumières du XVIII
ème
. D'ailleurs c'est en France que l'on trouve la première ébauche en économie avec le courant physiocrate qui inspira Adam Smith (qui développe aussi l'idée de l'avantage absolue plus tard compléter par Ricardo et les avantages comparatifs) et le courant libéral classique.

Avec la révolution industrielle et sous l’ère Victorienne, l'Angleterre devient LA puissance ultra-dominante sur l'ensemble des plans grâce à son empire colonial qui assure des débouchés extraordinaires. Ainsi l'idée du libre échange (et libérale) avance soit par traités : c'est le cas en Europe avec en 1860, la signature du traité Cobden-Chevalier entre la France et l'Angleterre (ce qui entrainera la signature d'accord similaire entre la Belgique, l'Italie, le Zollverein - alliance douanière allemande -, l'Autriche) soit par la force (la politique de la canonnière et les guerres de l'opium en sont des exemples parfaits).

L'Angleterre a aussi une division internationale du travail bien défini : elle importe les matières premières et exporte les produits manufacturés. On retrouve cette idée de considérer ces territoires comme de nouveaux débouchés également en France :
La politique coloniale est fille de la politique industrielle.

Le capitalisme se développe autour de cette libéralisation (qui profite surtout à l'Europe dominante) et du
doux commerce
mais la croissance économique n'est pas linéaire et est entrecoupée de crises qui vont tenter les États à réguler le système productif. Parallèlement, l’industrialisation va créer la classe laborieuse qui va être plongée dans la misère et créer des tensions sociales (c'est dans ce contexte que la pensée socialiste et communiste se développe à partir de 1850 environ). Mais même après ce repli protectionniste, l’Angleterre reste libre-échangiste et une véritable tradition libérale s’installe.

Mais ces succès de la pensée libérale vont être atténués par la Longue Dépression (crise de 1873 à 1896) et la montée du nationalisme aura pour conséquence un retour du protectionnisme (le tarif Bismarck en Allemagne, le taxe Méline en France par exemple). Loin du Krach de 1929, cette crise est plutôt un ralentissent général de l'économie. Joseph Schumpeter (figure importante de l'école autrichienne) expliquera la venue de cette crise par l'intermédiaire de sa vision de l'économie en cycle : la crise correspond à un moment du cycle ou il y a besoin de nouvelles innovations pour soutenir la croissance.

Cette crise participa au regain de tension en Europe déjà bien amorcé par la guerre franco-prussienne de 1870 et n'aura pour dénouement que la fin de la seconde guerre mondiale qui sonnera le début d'un ordre nouveau et la volonté d’appliquer la pensée du libre échange.

La réalité actuelle complexe

Ce qui importe pour la suite de la réflexion est de voir qu'il y a aussi un paradoxe : on a globalement, d'un côté, une domination de la pensée libérale et d'un autre côté, on observe le maintien de mesures protectionnistes.

Et la crise de 2008 ne fait que confirmer ce que nous avons pu constater dans l'histoire : une crise économique génère un comportement protectionniste, malgré tout le protectionnisme change de nature
(il devient moins agressif, en tout cas pour l’instant
...) du fait des instances internationales (OMC, FMI, ect...), de la mondialisation et de l'ouverture des économies qui tendent à limiter un retour violent du protectionnisme.

En conclusion, avec tous ces éléments, on peut quand même se dire que les répétitions de l'Histoire ne sont pas non plus uniquement dues au hasard et le protectionnisme peut aussi être considéré comme un tampon au moins temporaire au niveau social. Il y a une autre chose que je trouve gênante c'est que l'on voit bien que le libre échange a été imposé par les puissances dominantes dans un esprit d’expansion et purement économique (et non pour accorder des libertés), la crise du libre échange assez récurrente est peut être souvent un signal de l'économie qui a besoin de nouveaux territoires permettant de nouveaux débouchés. On dériverait sur une autre question du genre "est-ce que l'efficacité économique sous-entend une efficacité sociale ?". J'espère avoir donné des éléments pour nourrir la réflexion, le but étant d’ouvrir la pensée et trouver (peut-être) un point d'équilibre.

Docteur CAC

C'est une question légitime et on peut se la poser après la signature de l'accord entre syndicats de salariés et syndicat patronal attendu comme
'historique'
. Cet accord sans faire de démagogie n'est ni un accord historique ni un accord de pacotille mais là n’est pas la question de mon propos. Ce qui est intéressant d’observer c'est qu’à cette occasion on a pu voir la social-démocratie enfin à l’œuvre
(depuis le temps que l'on attendait)
.

Quèsaco la social-démocratie ?

A l'origine la social-démocratie se pose comme une alternative au courant révolutionnaire de gauche : c'est avec l'économie sociale de marché une tentative de concilier deux courants de pensées économiques avec d'un coté la logique de l'économie de marché régissant les aspects économiques et sociaux dans le cadre d'un état minimal ,et de l'autre coté, la logique marxiste de la révolution prolétarienne et d'un État planificateur . Ainsi la discussion rend
ue
possible par la loi va permettre de trouver un équilibre autrement que par l'intervention de l’État en matière de législation du doit du travail.

C'est une belle histoire
(dans le sens noble, si j'avais voulu être ironique
j’emploierais l'expression
'conte de fée')
puisque dans ce cas a peu près tout le monde semble trouver son compte : l'état a un domaine d'intervention restreint et la lutte des classes se trouve transcrite dans une lutte des négociations.

La social-démocratie, un modèle ?

Dit comme cela, la social-démocratie apparait comme un exemple de démocratie représentative : les composantes de la société (regroupées en organismes collectifs) négociant directement entre-elles pour arriver à un compromis. Les citoyens régissent leurs règles sans le politique (et notamment le législateur d’une certaine manière), que demande le peuple !

De même, ce mode d'organisation très poussé en Allemagne et dans les pays scandinaves a permis aux économies de ces pays de très vite s’adapter à la crise et permettre une relance de l'activité économique comme celle de l'Allemagne qui avait dépasser tous les pronostiques de l'époque. Alors la mode en Europe était de transposer ce modèle à d'autres pays.

Mais ou la belle histoire prend fin ?

En même temps si ça marche pourquoi s'en priver alors ?
en plus nous avons au pouvoir des sociaux-démocrates convaincus (
convainquant là c’est une autre question...
), pour preuve le comportement du gouvernement après la publication du rapport du Conseil d'Orientation des Retraites (
COR
) qui ne joue qu’un rôle de transmetteur (de courroie), et franchement la France aurait beaucoup à gagner au vue de ce que la social-démocratie a apporté dans d'autres pays. La France est donc social-démocrate à sa tête (qui a vraiment envie de jouer le jeu), elle agit comme tel avec ces discussions entre partenaires sociaux, mais les signes ne trompent pas et la méfiance était de mise dans les discussions de l'exemple que nous avions pris en introduction.

Et en plus comme autre preuve d'une France social-démocrate, la réforme Larcher de janvier 2007 avait tant promis pour développer le dialogue social.

A quand la France à l'Allemande si ce n'est pas déjà fait ?

Le très gros problème de la France c'est qu'elle n'a pas la culture de la négociation
,
ce qui est vous l’avouerez est un problème en l’espèce !

L'
histoire nous
renseigne lorsque l'on veut comparer
la construction administrative
de la France et de l'Allemagne :
la France est un pays qui depuis longtemps se caractérise par une forte centralisation qui date de Louis XIV
( et
Richelieu)
avec l'application sur le plan
politique
de l'absolutisme royal
et sur
le plan économique
du
colbertisme (adaptation de la doctrine
mercantiliste
en France)
, à l'inverse la culture Allemande est beaucoup plus fédérale situation la aussi hérité de l’histoire avec le Saint Empire Romain Germanique et a du composer avec la multitude des petit
s états allemands
.
Conclusion
, on se trouve face
à
deux lames de fond historique tout simplement contraire !

Et en France au XX
ème
siècle on a développé l’État providence (qui pourrait faire l'objet d'un billet avec la lecture de François Ewald qui mérite d'être connu) parangon d'un état très large qui s'immisce dans beaucoup de replis de la société.

Après l’élément culturel et historique passons à l'état des forces en présence : même si c'est un chiffre à relativiser le taux de syndicalisation permet au moins d'avoir une idée sur la culture syndicale et l’intérêt qu'il représente pour les salariés :

Taux de syndicalisation en France
(
2008) : 7.6 % | Taux de syndicalisation en Allemagne
(2008)
: 19.1 % (Source OCDE).

Cet élément est important
:
la social-démocratie
ayant
tendance à traiter syndicats de salariés et syndicat patronal de manière égale (
évidemment
pour ne pas influencer les négociations) et à négliger la position de faiblesse des salariés (et par voie de conséquence les syndicats de salariés) vis-à-vis du patron (du fait de lien de subordination présent dans le contrat de travail) qui est normalement admise par le droit
social
(
mais aussi par le droit privé en général
)
.

Dernier point qui traduit peut être mon intérêt pour la philosophie marxiste
(et vous pouviez le voir dans le fait que je mettais syndicats salariés au pluriel et syndicat patronal au singulier)
: dans la philosophie marxiste il y a bien l'idée que les capitalistes (celui qui possède l'outil de production)
sont
beaucoup plus 'coalisés' que les prolétaires (syndicats de salariés). Le rapport de force qui influence directement le résultat de la négociation est faussé : face à un patronat uni, les syndicats de salariés sont divisés et réduisent en même temps leur pouvoir de négociation.

La social-démocratie, une impasse en France ?

Répondre à cette question n'est pas facile mais il est clair que la réponse toute simple visant à copier le modèle allemand et
faire
semblant que la France peut l
'
adapter sans sourcilier est un peu curieuse.
Appliquer les pratiques de la social-démocratie allemande sans avoir une société adaptée serait contre-produc
tif et créateur d'une instabilité social
e et économique
contraire à la philosophie social-démocrate
, mais ainsi sous
couvert
de faciliter le dialogue,
l’État
se déga
ge de ses responsabilités laissant un déséquilibre dans les négociations ayant
pour conséquence peut être une précarisation du salari
at
.

Finalement, bien que je ne puisse trancher, il me semble à mon humble avis que faire référence à un système
o
ù
nombre de points ne peu
vent être adapter en France n'est peut-être pas une grande idée
. A
insi
diriger la France vers une social-démocratie à l'Allemande semble être une impasse
.

Il semble alors nécessaire encore de réfléchir et ne pas éluder cette question qui appar
emment a
trouvé
une réponse bien trop facilement
sans véritable réflexion de fond.

Voici qui conclut mon premier
véritable billet,
j’espère
que
s
a lecture ser
a
intéressante.
Maintenant il me reste qu'à trouver d'autres
sujets
: j'aimerais vous parler aussi du protectionnisme et d
e l'histoir
e
de cette
doctrine économique qui
revient
à la mode
,
j'aimerais aussi aborder la décroissance a
vec un
analyse du livre de Nicholas Georgescu-Roegen
, enfin vous l'aurez compris sortir un peu des sentiers b
attu
s.

Docteur CAC

Le point 0

Plus je suis ici plus j’apprécie ce site !

On peut même avoir un espace de réflexion rien qu'à soi où on peut prendre ce que l'on a bien envie !

Et moi ce dont j'ai envie c'est de parler économie et même d'en parler intelligemment !

Pourquoi intelligemment ? parceque bien souvent elle permet plus de défendre des idéologies, de gonfler les égo, de faire l'apologie de la mauvaise foi et finalement de rendre toutes positions irréconciliables.

Parler d'économie c'est d'abord avoir une démarche humble où il faut allier conviction et ouverture d'esprit, mais très souvent c'est bien le contraire et plus on en sait moins sur la chose plus le dogmatisme est présent. Alors on se navre de penser que l'économie est la chose que l'on pratique le plus souvent (en bon Homo œconomicus que nous sommes) mais ou la réflexion intellectuel (basé sur l’apprentissage et l'utilisation de concept) est la plus pauvre ...

Vous l'aurez donc compris le but sera de faire comprendre que la richesse des réflexions en économie fait sa richesse et sans mauvaise foi on peut trouver des choses intéressantes même en sortant du courant dominant. Mais alors pourquoi utiliser cet espace ? je le ferais sur des sujets sur j'affectionne un peu vite passé à la trappe et sur des réflexions qui méritent peut être plus de développement que ce que l'on peut faire sur le forum.

Alors prochain sujet de billet : une réflexion sur la social-démocratie en France.