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Le risque mortel de la déflation

Docteur CAC

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Faisons un test : oui ou non une baisse de l'Indice des prix à la consommation est une bonne chose ? la réponse la plus probable est qu'on vous réponde oui ! et quoi de plus normal me direz-vous ?, pourquoi en ces temps de crise il y aurait risque pour le citoyen naïf ? pourquoi il pèse sur l'Europe le spectre de la déflation ?

L’équilibre est subtil mais surtout précaire : la désinflation a des effets positifs alors que la déflation peut entrainer un cycle très négatif pour des économies déjà fragilisées par la crise de la dette souveraine alors "j'voudrais pas faire ma raclette, mais la soirée s'annonce pas super":smile2: . Je vais donc vous préciser la différence entre déflation et désinflation dans un premier temps puis nous allons tenter de comprendre pourquoi je qualifie la déflation de "risque mortel".

Précisons le vocabulaire d'abord !

Partons donc de définition simple pour bien distinguer les notions que nous allons utiliser tout au long de cet article (et je prendrais comme d'habitude les définitions données par l'INSEE). Pour parler de la déflation il y a deux notions à aborder avant : l'indice des prix à la consommation :

L'indice des prix à la consommation (IPC) est l'instrument de mesure de l'inflation. Il permet d'estimer, entre deux périodes données, la variation moyenne des prix des produits consommés par les ménages. C'est une mesure synthétique de l'évolution de prix des produits, à qualité constante. Il est publié chaque mois au Journal Officiel.

L'indice des prix hors tabac sert à indexer de nombreux contrats privés, des pensions alimentaires, des rentes viagères et aussi à revaloriser le SMIC L'indice retenu pour le SMIC est celui des « ménages urbains dont le chef est ouvrier ou employé, hors tabac ».

Depuis la diffusion de l'IPC de janvier 1999, l'Insee publie un nouvel indice en base 1998 = 100 en lieu et place de l'indice base 1990 = 100. Cet indice rénové constitue la septième génération de l'indice depuis 1914.

En gros pas besoin d'imaginer une usine à gaz : on admet un panier moyen et régulièrement on "regarde" l'évolution des prix. Alors bien sûr les puristes pourraient dire, c'est statistique, on pourrait discuter sur la manière d’élaborer ce calcul, on pourrait débattre aussi si vraiment cela permet de calculer au mieux l'inflation mais bhon restons simple : ce n'est pas le sujet ici.

Mais qu'est ce que 'inflation ?
L'inflation est la perte du pouvoir d'achat de la monnaie qui se traduit par une augmentation générale et durable des prix.

Elle doit être distinguée de l'augmentation du coût de la vie. La perte de valeur des unités de monnaie est un phénomène qui frappe l'économie nationale dans son ensemble, sans discrimination entre les catégories d'agents.

Pour évaluer le taux d'inflation on utilise l'indice des prix à la consommation (IPC). Cette mesure n'est pas complète, le phénomène inflationniste couvrant un champ plus large que celui de la consommation des ménages.

Jusque là pas de difficulté (enfin il me semble ...) : l'IPC permet de déduire l'inflation. Alors au delà de la simple définition, il faut quand même savoir que l'inflation est une idée à appréhender dans des cycles : une économie produit naturellement de l'inflation (mais encore une fois le sujet n'est pas de débattre sur l'inflation).

Dernier point avant de passer à la suite
:
la différence entre la déSINflation et la DEFLAtion. Pas très compliqué mais il me semble bon de préciser la subtilité : la désinflation est un ralentissement de l'augmentation de l'inflation :gurp:
(plus simplement ça revient a dire que dans une période l'inflation diminue)
alors que la déflation est le contraire de l'inflation : vous aurez donc compris que dans ce cas il s'agit d'une baisse des prix.

La situation de la France

Comme je l'ai déjà dit, je ne vais rien vous apprendre mais ce danger déflationniste provient de la crise (qui dure depuis maintenant assez longtemps pour avoir le qualificatif de "Grande Récession" ...) : effectivement pour l'instant nous ne sommes que dans un cycle désinflationniste (qui est la conséquence du ralentissement de l'activité mondiale) mais
.

Niveau d'inflation en France entre 2008 et 2013

forumfr portail de forums

Ainsi du fait de ce ralentissement mondial, la demande globale diminue : l'inflation n'est plus entretenue d’où le risque de tomber dans la spirale déflationniste.

"Mais Docteur CAC pourquoi s'en plaindre ?! chouette je vais payer moins cher ma baguette et mon essence !
"

Taratata jeune (ou vieux) padawan ! Désolé de couper votre moment d’allégresse mais l’étude du cas japonais dans les années 90 vous ferra très vite changer d'avis !

Les leçons de l'histoire économique : l'exemple nippon

Bien souvent pour mettre en exergue l'importance de la crise actuelle, on la compare très souvent à la crise de 1929 (le but logique serait de relier notre situation à une grave crise dans l'imaginaire collectif
:hum:
) mais en regardant de plus prés l'histoire des crises économiques on peut s’apercevoir que la crise du système bancaire qu'a connu le Japon est un meilleur cas pour faire
. Ainsi dans les années 90, le Japon a dû faire face à une crise très importante qui allait durer pendant près d'une décennie (et encore je ne parle que d'une stabilisation :().

Le point de départ est le même, l’accès au crédit est quasiment illimité ! (politique monétaire expensive) : la banque centrale maintient les taux directeurs bas
(pour ceux qui dorment au fond de la salle : c'est important puisque les taux directeurs déterminent le niveau des autres taux
:o°
)
, et comme les banques ont la possibilité d'avoir de l'argent à moindre cout et bien que font-elles ? elles achètent et placent leurs billes dans le marché de l’immobilier, ce qui va créer une bulle spéculative car les taux de rendement sont supérieurs aux taux qu'elles pourraient obtenir en prenant de plus en plus de risque tant que la situation est bonne (le risque étant, je le rappelle, l'élément rémunérateur). Et conséquence logique : le prix de l'immobilier flambe ... d'un coté nous avons dans le bilan des entreprises des dettes et des créances douteuses venant soit du marché de l'immobilier soit des marchés financiers, et de l'autre coté, bah vous avez des actifs avec des prix "volatiles"
(c'est pas une histoire d'oiseau
:mouai:
, c'est juste que si la bulle pète bah la valeur de l'actif s’effondre )
. Et manque de bol, l'illusion s'évapore et "la décennie perdue" entre dans l'histoire ...

Alors je tente de vous expliquer cela de façon simpliste mais la première idée c'est de comprendre que les deux crises ont des point communs, ensuite la deuxième idée est de bien analyser et comprendre l'importance de l’intervention publique :

Source:
Michel RIVAUD ET Michaël SICSIC,"La crise américaine d’aujourd’hui comparée à la crise japonaise des années 1990", Economie & prévision, 2010

Et dans le cas du japon elle fut très longue (c'est un euphémisme ! ) quand on compare avec la réaction de la FED face à la crise : 6 mois à la FED pour baisser ses taux directeurs, pour la BoJ ? 4 ans ... sans parler ensuite du temps qu'il aura fallut pour assainir les bilans des banques et des entreprises ... En plus d’être en retard, la politique monétaire a été au final peu efficace jusqu’à se retrouver dans une situation (bien connue des keynésiens) de trappe à liquidité.
Ajoutez à cela dans le cas du Japon des problèmes exogènes comme une crise des pays asiatiques faisant baisser la demande mondiale (ce qui dans le cas d'une économie exportatrice comme le Japon est un tantinet gênant
:o°
) et bah vous vous ramassez une spirale déflationniste après avoir subit une crise du système bancaire fragilisant de fait l'économie.
Tout cela pour vous dire que dans le cas de la crise actuelle, la volonté est clairement affichée de ne pas laisser un cycle déflationniste s'installer
et vivre ce que le Japon a vécu en conséquence de la crise qu'il a connu.

A postériori on peut voir que la FED a fait un travail de compréhension de cette crise et a retenu des leçons : avoir une politique monétaire "agressive" et nettoyer le plus rapidement possible les bilans des banques par le rachat des "produits toxiques".

Que conclure de tout cela ?

Oui parce-qu’avec tout ça je suis gentil mais je n'ai pas répondu a la question !
Mais alors que se passe-t-il quand l’investissent est en berne et que la demande s'effondre ? bha il y a un réajustement à la baisse des marchés comme nous l'avons vu dans le cas du Japon. Si le ralentissement est assez prolongé les prix vont donc logiquement baisser mais que se passe-t-il si la baisse est pressentie comme régulière ? et bien vous reportez votre achat puisque vous savez pertinemment que le prix sera plus faible ! vous comprenez alors immédiatement l'idée de la spirale qui s'autoalimente par les anticipations des agents (on retrouve souvent l'idée de prophétie auto-réalisatrice en cas de panique et de crise : la crise alimente la crise).

Sauf que dans le cas d'un cycle déflationniste, la politique monétaire peut devenir complément inutile : il est impossible de jouer sur les taux puisque sont taux est au plus bas possible (politique du taux zéro) et que de ce fait les taux réels sont alourdis. Enfin dernier point, compte-tenu des taux bas, la monnaie pouvant être obtenue a bas cout, cela participe à ce qu'on appelle le "Quantitative easing" (ou assouplissement quantitatif :cool:): en gros on fait marcher la planche à billet (comme cela s'est produit au Japon
:mouai:
).
Finalement il est très compliqué de sortir d'une telle spirale, il est temps de tirer la sonnette d'alarme !

Alors maintenant réfléchissez a deux fois avant de demander la baisse des prix !



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3 Commentaires


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J'ai une question : si la réaction avait plus "rapide" au Japon, la situation n'aurait-elle pas pu être différente?

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C'est un peu le pari de la FED : avoir un politique monétaire agressive pour que les ajustements se fassent le plus vite possible pour ne pas enclencher un ralentissement prolongé des économies qui conduira a enclencher le cycle de la déflation.

Après déduire la situation du Japon si la BoJ avait réagi plus vite, là je ne pourrais pas trop dire surtout que nous ne connaissons pas comment la crise actuelle s'est résolue. Tout ce que l'on sait pour l'instant c'est qu'il y a une suscession de crise : crise immobilière -> crise bancaire -> crise de la dette souveraine -> ??? après on ne sait pas.

Il faudra attendre que cette crise soit résolue et du recul (pour l'analyse) pour pouvoir comparer les deux crises et dire quels comportements il fallait adopter.

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