• billets
    21
  • commentaires
    68
  • vues
    73 588

Exemple de théorie économique hétérodoxe : la décroissance

Docteur CAC

122 vues

La décroissance ? il y a vraiment des choses intelligentes à dire sur ça ?

De prime abord on pourrait dire que non tellement cette théorie ne bénéficie d'aucune crédibilité (ou alors si peu ...). Pourquoi ? la meilleure réponse que je puisse trouver est que dans notre société capitaliste il est antinomique de soutenir une diminution du capital.

Ici nous parlons économie (pas vraiment de politique), je vais essayer de vous montrez qu'une théorie comme la décroissance n'est pas si dénuée de sens en vous présentant un fondateur de cette théorie : Nicholas Georgescu-Roegen et plus particulièrement son ouvrage la décroissance : Entropie - Écologie - Économie (1979).

Pour l'instant vous avez un éclaircissement sur le rapport entre décroissance et science économique mais pourquoi dire "hétérodoxe" ? parce-que bon je vais pas préciser une chose inutile :sleep: , je vais même toucher à un grave défaut de la science économique et de ce monde d'expert : la théorie de la décroissance est considéré comme une théorie hétérodoxe parce-qu’elle n'appartient pas au courant orthodoxe (Whaaaaouu Docteur cac heureusement que tu es là :dort:), ok c'était facile mais ça n'a rien à voir avec la religion même si ce que je vais dire peut en faire douter. Le courant dominant c'est le courant orthodoxe de l'économie et s'en écarter n'est jamais bien vu même au niveau universitaire il y a une très grosse pression : entre deux théories bêtes la théorie hétérodoxe est toujours plus bête que la théorie orthodoxe, ça à l'air incroyable mais c'est exactement cela. Vous allez très vite comprendre pourquoi je parle de cela ...

Présentation succincte de l’œuvre :

Comme je vous ai déjà dit nous nous concentrerons sur l’œuvre de Nicholas Georgescu-Roegen (
), mais précisons que l'ouvrage à un élément central à bien comprendre : c'est la
loi de l'entropie
(j'en parle tout de suite pour que vous ne loupiez pas ce point très important mais pour respecter la pensée de l'auteur je suivrais l'ordre de ses arguments). Nous allons parler aussi de bioéconomie, d'inputs-output mais s'il vous plaît de venez pas avec votre œil d'écolo réprobateur ou approbateur, c'est de l'économie que nous faisons pas du
«
tocarisme" (on réfléchit on ne "sentimentalise" pas !), il faut pas non plus attendre d'une théorie économique de répondre à tous les problèmes de notre société. Enfin dernier point assez important sur la façon d'aborder cette théorie : il faut absolument se projeter sur du long terme bien au delà d'une vie humaine, c'est aussi une vrai réflexion à portée philosophique.

Sus à l'ennemi néoclassique :

Avant de
«
construire
»
il faut montrer le point de départ de la réflexion :
la critique de l'auteur est vive et elle se porte sur la théorie néoclassique
(pensée dominante - orthodoxe - du moment)
"inattaquable"
bien sur (
:mouai:
) et pourvue de sa sainte trinité : au nom de Walras, de Jevons et de Menger. Pour faire court les néoclassiques c'est un courant voulant mettre l'économie au même niveau de "solidité" que la physique (avec l'aide des mathématiques bien sur). Grace à eux nous avons eu la microéconomie donnant une vision très contrainte du comportement de l'Homme : en gros c'est plein de maths .... mais cela ne décrit en rien le réel ....:gurp:. Selon les dires de Jevons lui-même (cité par Nicholas Georgescu-Roegen) la science économique est ...
la mécanique de l'utilité et de l'intérêt individuel.

La mécanique en économie c'est très pratique ! il n'y à qu'a faire tourner la roue et hop on est tranquille, un exemple ? aucun problème
:o°
... quand on veut expliquer la croissance endogène, Solow nous dit simplement que le progrès technique c'est très cool pour avoir de la croissance mais bhon... on sait pas d'où ça vient, merci Robert et tiens voila ton prix Nobel...

Je tourne un peu en dérision l'histoire mais c'est quand même un peu comique de faire croire au mouvement perpétuel (pour être juste il va lui-même nuancer son modèle et c'est à respecter
:bo:
).

En gros l'environnement ça ne sert a rien !:gurp: on peut prendre, reprendre, faire pousser c'est la même chose ! le système est dans le même état du début à la fin (c'est un mouvement pendulaire) et on assisterait à une réversibilité complète. La « réversibilité complète » inspirée de la mécanique supposerait qu'une sécheresse catastrophique ne laisserait aucune trace dans l'économie dans le sens où dès que celle-ci disparaît « la structure de l'offre et la demande revient toujours aux conditions initiales ». Mais pour l'auteur c'est bien différent :
La vérité, c'est que le processus économique n'est pas un processus isolé et indépendant. Il ne peut fonctionner sans un échange continu qui altère l'environnement d'une façon cumulative et sans être en retour influencé par ces altérations.

Donc mathématiser c'est bien mais surtout ce que l'on veut bien pour soutenir mordicus que le modèle tient la route :

Le fait pourtant évident qu'entre le processus économique et l'environnement matériel il y a une continuelle interaction génératrice d'histoire qui ne revêt aucun poids pour l'économie orthodoxe.

Mais attendez ce n'est pas tout ! déjà que l'on ne prend pas du tout en compte : l'environnement dans le système, les interactions avec lui mais il y a autre chose qu'il faut bien avoir en tête :
L’homme ne peut ni créer ni détruire de la matière ou de l'énergie.

Cela n'a peut-être l'air de rien mais si on réfléchit alors on ne prend pas en compte l'environnement (ce qui conduit à des choses plutôt pathétiques du genre vouloir mettre une valeur à la Nature) mais en plus l'Homme en lui-même ne crée pas de la matière donc il vaut mieux limiter les pertes
:mouai:
.

La pierre angulaire : la loi de l'entropie

Selon lui d'un point de vue strictement physique le processus économique ne fait qu' « absorber » et « rejeter » de la matière-énergie : cette vision découle de la physique mais il considère que la science économique n'est pas de la physique
(souvenez-vous il s'oppose aux néclassiques
:bo:
)
:
Le processus économique consiste en ressources naturelles de valeur et que ce qui en est rejeté consiste en déchets sans valeur.

Nous avons
une différence qualitative
entre ce qui entre et sort du processus : l'auteur fait le lien avec une branche qu'il estime
« singulière »
, la thermodynamique. Accrochez-vous encore ! le point central est bien là dans la définition de l'entropie, il va citer une définition de 1948 :
Une mesure de l'énergie inutilisable dans un système thermodynamique [...] L'énergie se présente sous deux états qualitativement différents, l'énergie utilisable ou libre, sur laquelle l'homme peut exercer une maîtrise presque complète, et l'énergie inutilisable ou liée, que l'homme ne peut absolument pas utiliser.

Pour expliciter son propos il donne un exemple très instructif et compréhensible :
L'énergie chimique contenue dans un morceau de charbon est de l'énergie libre parce que l'homme peut la transformer en chaleur, ou, s'il le veut en travail mécanique. Mais la quantité fantastique d'énergie thermique contenue dans l'eau des mers, par exemple, est de l'énergie liée. Les bateaux naviguent à la surface de cette énergie mais, pour ce faire, ils ont besoin de l'énergie libre d'un quelconque carburant ou bien du vent.

Mais l'entropie fait partie d'un ensemble plus vaste, la thermodynamique :
Cette loi [loi d'entropie] stipule que l'entropie (c'est à dire la quantité d'énergie liée d'un système clos) croit constamment ou que l'ordre d'un tel système se transforme continuellement en désordre.

Contre "les mythes économiques" :

L'économiste va s'attaquer aux mythes économiques, le premier qu'il attaque est
le mythe d'un monde stationnaire
:
« une population constante, mettra fin au conflit écologique de l'humanité »
. Un autre mythe est attaqué par l'auteur :
Celui de l'homme réussissant toujours à trouver de nouvelles sources d'énergie et de nouveaux moyens de les asservir à son profit.

Alors qu'il serait plus vrai, selon l'auteur, que toute espèce a comme destinée l'extinction comme le confirme J.S.B Haldane sans savoir la cause de la disparition (gêne de stérilité, dégradation de l'environnement, ou virus).

Vision mécanique contre vison thermodynamique

La mécanique ne tient compte que de la masse, de la vitesse et de la position, ce sur quoi elle fonde le concept d'énergie potentielle et cinétique. Il en résulte que la mécanique réduit tout processus au mouvement et au changement dans la répartition de l'énergie. La constance de l'énergie mécanique totale (potentielle et cinétique) et la constance de la masse sont les premiers principes de conservation qui furent reconnus par la science. Un petit nombre d'économistes avertis, tel Marshall (1920, p. 63), notèrent que l'homme ne peut créer ni matière ni énergie.

L’Homme est réduit à un rôle de grand arrangeur qui ne crée et ne détruit rien mais qui répartie les choses pour son bien.
Mais ce faisant, ils n'eurent apparemment à l'esprit que les principes mécaniques de conservation, car ils ajoutèrent immédiatement que l'homme peut néanmoins produire des « utilités » en déplaçant et en arrangeant la matière. Ce point de vue ignore une question extrêmement importante : Comment l'homme crée-t-il le mouvement ? Car si on reste au niveau des phénomènes mécaniques, tout élément de matière et tout élément d'énergie mécanique entrant dans un processus doivent en sortir exactement dans la même quantité et la même qualité. Le mouvement ne peut changer ni l'une ni l'autre.

Avec les travaux de Nicolas Sadi Carnot, la conception de la physique a changé ; il a mis en lumière le fait que l'Homme ne peut utiliser qu'une forme particulière d'énergie il y en a deux formes distinctes : « libre qui peut être transformée en travail, et en énergie inutilisable ou liée, qui ne peut pas être ainsi transformé ». Le premier principe de la thermodynamique est le principe de stricte conservation de l'énergie : ce principe est identique à l'énergie mécanique mais elle ne fait pas la distinction entre énergie utilisable et inutilisable. Le deuxième principe est comme nous l'avons déjà dit, la loi d'entropie, la formulation la plus simple pour les profanes : « la chaleur ne s’écoule d'elle-même que du corps le plus chaud vers le corps le plus froid, jamais en sens inverse », elle est une mesure du désordre car elle mesure l'énergie dissipée qui est inutilisable.

le lien avec l'économie dans tout ça ?

Il faut comprendre que chaque action de l'homme a une incidence sur l'environnement : nos actions crées de la haute entropie à l'échelle du système (du déséquilibre, du chaos) même si a une échelle plus petite il peut sembler que nous diminuons l'entropie de l'environnement nous entourant (les minerais de cuivre dans l'exemple de l'auteur) en subvenant à nos besoins et à notre désir de toujours repousser les limites du progrès. Ce processus fait naitre un paradoxe soulevé par l'auteur :
Le processus économique consiste à transformer de la matière et de l'énergie de valeur en déchets.

En ce qui concerne l'énergie, elle ne peut avoir une valeur qu'en étant accessible : dans la plupart des cas il faut fournir un travail et des matériaux pour rendre accessible l'énergie
(l'exception est l'énergie solaire)
. Et là, on va s'attaquer à un autre mythe :
Le mécanisme des prix peut pallier toute pénurie, que ce soit de terre, d'énergie ou de matières

La technologie nous permet de rendre des nouvelles parties de l'énergie utilisable mais malgré notre technologie, dans certaine situation, n'est plus à prendre en compte car elle ne peut en surmonter les obstacles surtout que les limites théoriques ne peuvent être parfaitement atteintes. Les limites d'accessibilité des ressources sont aussi biologiques, certaines conditions et radiations ne peuvent être supportées par les Hommes même grâce à la technologie, toutes les ressources ne sont pas facilement accessibles. Il y a aussi des limites posées par la physique à proprement parler : on ne peut, comme le dit justement l'auteur, exploiter toute la puissance du soleil, on en perçoit qu'une infime partie de son énergie :
Le rendement réel dépend à chaque instant de l'état des techniques. Mais, comme nous le savons depuis Carnot, dans chaque situation particulière il y a une limite théorique, indépendante de l'état des techniques, qui ne peut jamais être effectivement atteinte. En réalité, nous en sommes généralement bien loin.

Le problème des déchets !

Les déchets ont une corrélation directe avec l'activité humaine, ainsi l'élimination des déchets pose un sérieux problème :
il faut réunir des moyens importants pour les stocker
(ce qui pose le problème de l'espace qui a pour contrainte la finitude de l'espace accessible)
, et les transformer en déchet moins dangereux.
Ce retraitement peut donc produire lui-même une pollution, et il y a une limite à la réduction de la dangerosité, voir une impossibilité à réduire celle-ci :
Avancer, en outre, que l'homme peut construire à n'importe quel coût un nouvel environnement confectionné à la mesure de ses désirs revient à ignorer complètement que le coût s'exprime essentiellement en basse entropie, non en argent et qu'il est soumis aux limitations imposées par les lois naturelle.

Le mythe évoqué en premier par l'auteur est qu'il est majoritairement admis que la dot entropique est virtuellement inépuisable grâce au « pouvoir » de l'Homme à « vaincre » la loi de l'entropie. Ce n'est pas très prudent tout ça !
:hum:

Plusieurs arguments sont évoqués et celui présenté comme étant le plus simpliste est le suivant : "les tentatives pour mettre une limite à la finitude des

ressources sont sans cesse repoussé". A cet argument l'auteur énonce un contre-argument logique et en adéquation avec la physique : il ne peut y avoir dans un espace finit une quantité de basse entropie (ressources naturelles) illimité. On rejoint Kenneth Boulding, les économistes deviennent fous !

Comment penser la croissance ?

Cette question se pose parce que cette époque il y a un profond questionnement sur les outils de mesures économiques comme la croissance, la pauvreté, les inégalités. Ici je fais un aparté puisque c’est grâce a cela que nous avons la
chance
d’apprendre l’intérêt de L'
IDH
, du
PIB
par habitant ect.

Il ne faut pas confondre la
« croissance »
et le
« développement »
comme le dit Joseph Schumpeter. L'auteur définit qu'
« il n'y a croissance que lorsque augmente la production par habitant des types de biens courants »
. La croissance a pour conséquence un épuisement des ressources accessibles alors que le développement signifie
« l'introduction de n'importe laquelle des innovations »
. Veblen disait que
« les racines de la croissance économique provenaient des instincts d'artisanat et de curiosité gratuite de l'Homme »
(c'est pas moi qui aurais pu sortir un truc aussi intelligent ...:smile2:). On peut alors critiquer la
« manie de la croissance »
, où l'idée que toutes les politiques économiques n'ont visé qu'à soutenir la croissance la plus élevée possible. Ce n'était qu'une précision mais une précision de taille :D.

Alors pas si dénué de sens cette réflexion hein ?

Je pense que nous allons pouvoir nous arrêter la même si je n'ai pas tout expliqué (cela pourra faire l'objet d'un deuxième article plus technique
:dort:
). Déjà avec ça on peut quand même dire que l'analyse est au minimum très intéressante même si on peut s'interroger sur son application concrète, vous me direz un peu comme toutes les théories économiques ...

Je vous avais demandé aussi de vous projeter loin dans le futur : comme vous l'avez vu nous avons même parlé d'extinction d’espèce ou nous trouve l'idée d'un temps trés relatif. Il faut alors bien comprend une chose essentielle qui ne découle pas juste d'une bonne intention mais de la compréhension des lois physiques de l'univers :
dans un espace fini nous ne pourrons jamais avoir une croissance infinie !
les mythes qualifiés d'économique (entrant dans les axiomes de différentes théories économiques) ont été aussi intériorisé par chacun d'entre nous mais cela ne doit pas générer du pessimisme mais de la vigilance.

Nous ne pouvons pas ignorer l’impact que nous avons sur le monde et la manière dont nous modifiions a notre compte l’environnement. Dans cette affaire, Monsieur, le juge, nous sommes juge et partie : nous jugeons de manière béate nos capacités et les seuls qui peuvent remettre en cause cela c'est ... également nous
:o°
.

Un autre point qui devrait normalement vous
«
frapper
»
, c'est le fait que moi, vous, une vie humaine en général, ce n'est absolument rien du tout au niveau temporel : nous ne pouvons pas mesurer alors l'impact sur le long terme, imaginer l'accumulation des effets sur 1000 ou 10000 ans (rien aussi à l'échelle de l'univers).

Ce problème temporel est aussi présent dans la pensée économique et pour régler le problème on a décidé de le supprimer ou d'en parler vaguement:dort:. Et n'oubliez pas ! Le développement n'est pas la solution ultime mais une façon de gagner du temps.




3 Commentaires


Arf, j'avais pas vu! J'reviendrai plus tard, j'ai pas l'temps là^^'

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Cette théorie est en effet très intéressante, mais est malheureusement pénalisée par les médias... Les mouvements sociaux qui s'en réclament, de près ou de loin, sont très nombreux, et à mon avis, plus le temps avancera, plus on en entendra parler...

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Je ne présente que la base de cette théorie et j’espère le faire honnêtement ...

Le libéralisme que je respecte au même titre que d'autres idéologies n'est pas l'unique voie faisant l’objet d'une réflexion.

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Créer un compte ou se connecter pour commenter

Vous devez être membre afin de pouvoir déposer un commentaire

Créer un compte

Créez un compte sur notre communauté. C’est facile !


Créer un nouveau compte

Se connecter

Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous ici.


Connectez-vous maintenant