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Face à la crise : Pourquoi l'Europe déçoit ?

Docteur CAC

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Les années passent et le spectre de la crise demeure présent ... Les mêmes problématiques économiques et sociales se posent et les réponses politiques se font tâtonnantes. Tellement que même le FMI recommande moins d’austérité (après avoir été son fer de lance) suite à des révélations sur des erreurs commisses par d'anciens cadres dans une étude économique légitimant l'application des politiques d’austérité.

L'année 2014 sera importante pour plusieurs raisons : entre changement de politique de la FED, le risque de basculer dans la déflation et les décisions importantes que devra prendre l’Allemagne ... mais la question principale consiste à savoir si nous allons enfin connaître sur le plan intérieur une reprise de l’activité économique après le léger mieux observé pour plusieurs indicateurs économiques, mais cela sera-t-il assez ?

Face à la crise, la grande perdante est l'Europe. Incapable de montrer qu'elle pouvait être une solution, l’Euroscepticisme n'a jamais été aussi prégnant dans les débats et l'euro est remis en cause. Considéré comme un poids lourd économique sans influence politique, elle doit selon moi faire face à deux lames de fonds :

  • elle doit d'abord subir les effets de la crise : ainsi comme j'ai pu le dire l'Europe n’apparaît pas comme être une solution aux chocs socio-économiques qu'ont pu subir les économies européennes après les crises qui se sont succédées depuis 2008. Ainsi, même si le problème politique de l'Europe ne date pas d'aujourd'hui, la crise a érodé la patience des peuples et a amplifié la critique. L'Europe n’apparaît comme n'étant qu'une coquille économique vide de sens politique. L'erreur a été de croire que l'organisation économique allait forcément déboucher sur la création d'une direction politique.

  • la deuxième lame de fond est plus historique : les comptes avec "la France du non" n'ont pas été encore liquidés. Ce "non" mal compris par la classe politique pour être ensuite transformé en "oui" a été vécu comme un vrai déni de démocratie. Dès ce moment, la construction européenne a pu apparaître pour certain comme quelque chose n'appartenant plus au citoyen européen. Dès ce moment la légitimité de l'Europe fut sévèrement entamée. Loin de l'idéal européen des débuts, la construction économique semblait répondre uniquement à des impératifs économiques dictées par la classe dirigeante et ne visant qu'un seul but : celui d'augmenter la taille du marché européen.

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En résumé, l'Europe souffre d'un problème de gouvernance (et par extension l'euro aussi), le dessin de Plantu résume bien la situation. Face à cela, on oppose comme solution le repli national et le désengagent des pays du projet européen. Sur le principe même de son existence, l'Europe est mal défendue. En effet, dire que l'Europe doit continuer d'exister parce qu’elle existe revient à gagner sans combattre pour celui qui utilise cet argument. On peut étendre la réflexion : comment croire qu'une création sociale humaine permet de créer un ordre naturel spontané ? non décidément il doit bien y avoir d'autres arguments ... La critique du fonctionnement de L'Union est bien plus constructive : dirige-t-on de la même manière ou presque un ensemble de six pays lorsqu'on se retrouve plusieurs décennies plus tard à 28 ?

Oui car économiquement l'Union Européenne a des atouts à faire valoir : elle est la première puissance économique mondiale, avec une direction politique cela devrait permettre à toutes les économies européennes de peser plus lourds au niveau international. En plus d'être une puissance économique importante, elle est aussi l'une des zones les plus capitalisés du monde et à ce titre elle pourrait participer au développement industrielle de la France (et d'autres pays... forcément...) en menant une politique industrielle à l'échelle européenne (comme avec Airbus). Mais les disparités économiques sont souvent considérées comme un élément rédhibitoire à l'existence du projet européen surtout dans le cadre de l'euro. Cet argument est intéressant parce qu’il décrit en effet une réalité : les économies européennes ne sont pas les mêmes, n'ont pas fait les mêmes choix économiques et sociaux, mais même en admettant que cela puisse engendrer plus de difficultés, est-ce vraiment cela le problème ? n'y a-t-il pas au sein même d'une économie nationale d'aussi grande disparité que celle qu'on observe entre les économies européennes. Le mécontentement vis-à-vis de l'organisation européenne n'est-il pas en fait une critique de la légitimité du pouvoir ? on peut comprendre que la nation apparaisse comme un refuge rassurant et la défense de la souveraineté nationale un but.

Concernant la politique commerciale, en caricaturant nous traitons à peu près de la même manière nos partenaires européens et les pays extra-zones, nous concédons tout juste des facilités administratives dans le transit et nous nous efforçons d'appliquer communément les mesures de Bruxelles. Ne pourrait-on pas simplement appliquer ce que d'autres grands blocs économique appliquent (à savoir une défense commerciale des économiques appartenant à la zone) ? et si oui alors au moins au bon moment et dans les bonnes proportions. On peut citer l'exemple de la filière des panneaux photo-voltaïques : secteur d'avenir où l'innovation a eu une importance importante mais l'Europe a bien laissé le temps à ces entreprises de mourir. Les USA (pays grand donneur de leçons sur le libéralisme économique) ont été parmi les premiers à mettre du grillage ...

A minima on a, par cet argumentaire, une remise en cause de l'Euro. Il aurait provoqué la hausse des prix et la ruine de l'économie française ...

Alors oui le niveau de l'euro est parfaitement incompréhensible sur le plan purement économique (moins sur un plan financier ou monétaire...), il ne convient qu'aux Allemands (pour ne pas éroder les placements de capitaux). Encore une fois je vais parler de gouvernance car là réside le problème : comment peut-on accepter que la monnaie ne soit plus considérée comme un outil de politique économique ? il est absolument illogique de recourir aux statuts de la BCE dès la première critique de la gestion de l'euro pour ensuite les oublier lorsque nous sommes confrontés à une crise. Non décidément on peut comprendre la lutte contre l'inflation, mais pas au point d'être jusqu’au-boutiste et faire basculer les économies européennes dans la déflation ...

A l'inverse, je ne pense pas que la sortie de l'euro soit la solution magique. En effet, cela voudrait dire qu'il n'y a que l'Euro en cause, qu'il n'y a pas de problème de demande et de compétitivité hors prix, de coût du travail (ou celui du capital...), ou d'investissement ... Bien sûr la dévaluation de l'Euro semble une bonne idée et cela donnerait raison aux tenants de la sortie de l'euro (car effectivement nous avons besoin d'une dévaluation). Au-delà du simple fait que la sortie créerait autant de problèmes qu'elle pourrait en résoudre, il y a le risque de revenir aux excès que nous avons déjà connus avec la planche à billets (notamment les dévaluations successives). On aurait tout à y gagner à obtenir une dévaluation au sein de la zone euro. La défense de la souveraineté nationale n'étant là que pour laisser aux politiques le soin de faire potentiellement n'importe quoi avec la monnaie ...

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En conclusion, une chose est certaine : l'Europe ne convient pas à grand monde et sa remise en cause est logique, à charge de (re)convaincre le citoyen. En parlant du citoyen... l'Europe comme toutes les institutions souffrent dans cette période de crise d'un manque de légitimité. Doit-on redéfinir un contrat de confiance avec le citoyen qui sera remis au centre du projet européen ? ou alors définitivement constater l’échec du projet européen ?



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4 Commentaires


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Bonsoir,

L'Europe peut décevoir car il ne suffit pas de mettre une monnaie commune et baisser les frontières.

Encore faudrait-il une économie identique ou presque, des taxes et impôts identiques ou presque, du travail et de la main d’œuvre à même niveau de rémunération pour compétences égales.....Bref, les choses de la vie courante au niveau européen afin de ne pas se bouffer entre nous.....

Mais cela suppose encore peut être plus de disparition du pays souverain ?

Je ne suis pas expert. Simple citoyen français.

Bonne soirée.

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Bonsoir,

Il fraudait d'abord un vrai engagement citoyen et une vrai direction politique pour ne pas faire des disparités économiques des problèmes insurmontables. Déjà nous aurions faire un grand pas après cela dépend de la volonté des peuples, s'ils souhaitent n'être responsables que de leurs sorts alors qu'ils retirent leurs billes, ils en supporteront les conséquences.

Bonne soirée.

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