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La haine comme facteur d'unité

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L'ornithorynque

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Membre, 82ans Posté(e)
L'ornithorynque Membre 1 924 messages
Mentor‚ 82ans‚
Posté(e)

Dans l'article Wikipedia sur Konrad Lorenz, célèbre éthologue allemand et prix Nobel, j'ai lu un passage qui m'a laissé perplexe:

Théorie de l'agression

La théorie de l'agression[ de Lorenz peut être considérée comme une généralisation de la théorie anthropologique du bouc émissaire. En premier lieu, Lorenz démontre que la parade nuptiale de plusieurs espèces animales est une variation du comportement d'agression. Le schéma général de la parade nuptiale consiste en un comportement d'attaque entre le mâle et la femelle qui, à la dernière seconde, est réorienté vers un ennemi commun, pouvant être un congénère dans le cas des animaux sociaux.

Pour Lorenz, ce schéma général provient du fait que pour qu'une relation interindividuelle soit possible, cela nécessite que deux individus partagent un même territoire. L'instinct de territorialité faisant en sorte que cette situation fasse augmenter inexorablement la motivation d'agression, la sélection naturelle a simplement permis ce rapprochement en détournant cette agressivité vers un ennemi commun.

L'application de cette théorie à l'homme fait en sorte que pour que l'amour soit possible, il faille nécessairement « haïr les mêmes choses ensemble ». De même, tout regroupement social ne peut exister que par réorientation de l'agressivité interindividuelle contre un ennemi commun : nation contre nation, classe supérieure contre inférieure, syndicat contre patronat, parti politique contre parti politique, équipe contre équipe, etc.

On se réunirait non pas par un amour commun pour quelque chose, mais pour une haine commune !???

Quid des partis politiques ?

 

Modifié par L'ornithorynque
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Membre, 36ans Posté(e)
Ambre Agorn Membre 2 177 messages
Mentor‚ 36ans‚
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La haine est un mécanisme que nous nommons "haine" lorsqu'il se contextifie particulièrement.

Je pense que le même mécanisme est nommé "amour" quand le contexte lui convient.

Si haine et amour sont les manifestations d'un seul mécanisme, alors dire que la haine est un facteur d'union est un choix. Le choix d'interpeller, de déplacer le discours habituel de l'amour qui fait tout, mais dont le champ lexical n'éveille plus grand chose d'autre qu'une superficialité regrettable.

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Membre, 125ans Posté(e)
Anna Purna Membre 1 295 messages
Forumeur vétéran‚ 125ans‚
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Il y a 1 heure, L'ornithorynque a dit :

pour que l'amour soit possible, il faille nécessairement « haïr les mêmes choses ensemble »

J'aimerai mieux lire "pour que l'amour soit possible, il faille nécessairement aimer les mêmes choses ensemble" mais finalement c'est certainement la même chose...

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Membre, 86ans Posté(e)
L'amère vieille Membre 1 452 messages
Forumeur vétéran‚ 86ans‚
Posté(e)
il y a une heure, Ambre Agorn a dit :

La haine est un mécanisme que nous nommons "haine" lorsqu'il se contextifie particulièrement.

Je pense que le même mécanisme est nommé "amour" quand le contexte lui convient.

Si haine et amour sont les manifestations d'un seul mécanisme, alors dire que la haine est un facteur d'union est un choix. Le choix d'interpeller, de déplacer le discours habituel de l'amour qui fait tout, mais dont le champ lexical n'éveille plus grand chose d'autre qu'une superficialité regrettable.

Waouh ! est-ce qu'il existe aussi un "mécanisme" pour expliquer les choses simplement ? (merci ! )

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Membre, 38ans Posté(e)
sirielle Membre 9 848 messages
Maitre des forums‚ 38ans‚
Posté(e)

Le quotidien étant fait de divers combats (relatifs à la survie ou l'enrichissement par exemple), les accords ou désaccords dans les causes défendues respectives, peuvent impacter grandement les affinités ou inimitiés. Non pas qu'il faille combattre pour avoir des affinités (les affinités pouvant aussi par exemple naître de centres d'intérêts communs ou réciproques), mais elles peuvent dépendre également d'alliance pour des causes nécessitant des combats, d'une solidarité dans les conflits, d'autant que prendre position c'est souvent aussi s'opposer aux positions incompatibles, or l'union pouvant faire la force, cela peut tendre à choisir ses fréquentations parmi ses alliés ou ceux qui prétendent l'être... Et il est aussi possible de feindre accorder une valeur à une cause, pour les affinités que cela procure.

Concernant les combats (la haine est l'émotion de la violence même si la violence peut être dénuée de haine, quand elle n'est pas motivée par l'émotivité, et la violence est plus ou moins inhérente au combat), au-delà de la complicité, l'agression groupée ou devant témoin peut aussi rechercher la démonstration de domination. L'individu peut ainsi montrer à un.e autre (voire réciproquement) comment il domine son adversaire (si du moins il y parvient, ne serait-ce qu'un peu), éventuellement en trouvant un prétexte à l'agression, que ce soit pour le territoire ou pour autre chose. En dominant un adversaire, l'individu montre sa supériorité sur ce dernier, voire sa capacité à soumettre un ennemi, à défendre ses intérêts dans un combat, et ainsi renforce sa légitimité à être choisi ou accepté plutôt qu'un autre. Et lors d'agressions groupées ou devant témoin les actions du ou des agresseurs sont donc dans certains cas surtout motivées par le regard du ou des complices ou témoins et de ce qu'ils peuvent attendre, ou de ce qui pourrait les impressionner, voire créer un lien de complicité entre eux, une victoire commune, ou une démonstration d'autorité, qu'il y ait ou non une véritable haine à l'encontre de la victime, la victime pouvant aussi servir surtout de faire-valoir en étant vaincue, bien que dans ce cas le prétexte doit quand-même être assez convaincant, avoir un certain intérêt. La domination par l'individu va de pair avec sa sélection, avec sa compétitivité, mais cette domination peut se démontrer autrement que par la violence, légitime ou illégitime, elle dépend cependant d'une certaine supériorité sur ses potentiels rivaux, supériorité ne serait-ce que subjective, qui sert d'argument de séduction. 

 

Modifié par sirielle
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Membre, Posté(e)
Neopilina Membre 6 549 messages
Maitre des forums‚
Posté(e)
Il y a 14 heures, L'ornithorynque a dit :

Wikipédia, Konrad Lorenz : " L'application de cette théorie à l'homme fait en sorte que pour que l'amour soit possible, il faille nécessairement « haïr les mêmes choses ensemble ». De même, tout regroupement social ne peut exister que par réorientation de l'agressivité interindividuelle contre un ennemi commun : nation contre nation, classe supérieure contre inférieure, syndicat contre patronat, parti politique contre parti politique, équipe contre équipe, etc. "

Il se trouve que l'application à notre espèce de certains comportements observés dans le monde animal pose problème. Et je m'explique. Tardivement, trop, on s'est interrogé sur le comportement, etc., de Lorenz pendant la période nazie et pendant le seconde guerre mondiale. Il a passé toute la guerre sur le front de l'Est. Et il a dit qu'il n'avait rien vu de particulier, à l'Est. C'est effectivement surprenant. Pendant la seconde moitié du XX° siècle les allemands se sont rendus compte à quel point l'éthologie et les sciences humaines avaient été profondément affectées par le nazisme dans leur pays. Il y a des travaux allemands sur cette contamination. Et Lorenz n'a pas échappé à ces recherches. Bref, il y a quelques années, l'Institut Konrad Lorenz de Vienne a failli être débaptisé ... 

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Membre, Posté(e)
Demsky Membre 11 951 messages
Maitre des forums‚
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Il y a 21 heures, L'ornithorynque a dit :

Dans l'article Wikipedia sur Konrad Lorenz, célèbre éthologue allemand et prix Nobel, j'ai lu un passage qui m'a laissé perplexe:

L'application de cette théorie à l'homme fait en sorte que pour que l'amour soit possible, il faille nécessairement « haïr les mêmes choses ensemble ». De même, tout regroupement social ne peut exister que par réorientation de l'agressivité interindividuelle contre un ennemi commun : nation contre nation, classe supérieure contre inférieure, syndicat contre patronat, parti politique contre parti politique, équipe contre équipe, etc.

On se réunirait non pas par un amour commun pour quelque chose, mais pour une haine commune !???

Son apprentissage est vérifié chez l'Homme (à côté de sa capacité à l'orienter sur de la haine carrément orientée..)  

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Membre, If you don't want, you Kant..., Posté(e)
deja-utilise Membre 6 049 messages
If you don't want, you Kant...,
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Bonjour,

Le 07/02/2026 à 10:26, L'ornithorynque a dit :

 

L'application de cette théorie à l'homme fait en sorte que pour que l'amour soit possible, il faille nécessairement « haïr les mêmes choses ensemble ». De même, tout regroupement social ne peut exister que par réorientation de l'agressivité interindividuelle contre un ennemi commun : nation contre nation, classe supérieure contre inférieure, syndicat contre patronat, parti politique contre parti politique, équipe contre équipe, etc.

 

On se réunirait non pas par un amour commun pour quelque chose, mais pour une haine commune !???

Quid des partis politiques ?

il est vrai que d'avoir un " ennemi " commun a tendance à renforcer l'adhésion entre membres d'un même groupe, mais cela n'en est qu'une occurrence parmi d'autres. D'ailleurs chacun peut aussi constater à son échelle que d'avoir un adversaire/rival/non-ami en partage factuellement avec une autre personne, ne signifie pas ipso facto, que nous apprécions forcément cette personne-là, elle peut elle-aussi se ranger pour les mêmes ou d'autres raisons dans la même catégorie de " non-soi " ou de " non-nous " que la première ! Autrement dit, le " eux versus nous " peut se décliner en autant de sous-groupes que nécessaire et qui représentent " eux ", dans le cas précédent, 3 personnes se trouvent dans 3 groupes de 1 personne chacun, tous ennemis les uns des autres.

 

John Stuart Mill a brillamment décrie le processus en jeu, dans les sentiments moraux, tout repose en premier lieu sur la sympathie. Cette accointance se fait naturellement, sans en passer par la raison ou même un raisonnement, c'est un processus spontané, qui repose en grande partie sur les ressemblances ( physiques, goûts/préférences, religieuses et/ou idéologiques ), et accessoirement sur les attirances, réciproquement " l'étrangèreté " est de manière innée quelque chose de révulsif car instinctivement apeurant, qui peut donc automatiquement et inconsciemment conduire à l'antipathie, tout comme cela peut aussi se produire par la réflexion ou de manière consciente, entre autres par la rationalisation ou la répétition ad nauseam, comme on pourrait le voir dans la propagande ou plus simplement dans l'habituation, en premier lieu culturelle - mais aussi éducative ou idiosyncratique !

 

Pour le dire autrement, ce qui permet de faire corps c'est avant tout cette sympathie naturelle première, après tout l'humain est éminemment une créature sociale, ce qui signifie que les autres comptent intrinsèquement pour chacun de nous, ils nous sont essentiels, et d'avoir un obstacle commun ou une adversité commune, ne fait essentiellement que resserrer ou renforcer ( ou simplement de les mettre en évidence, ou de les conscientiser ) la plupart du temps ces liens existants, non de les créer de toutes pièces, comme pour la bouc-émissairisation. Tout-à-l'inverse, il existe une exception quand la coopération active et réelle permet de parvenir à un but commun jugé important, alors même que les membres soumis à coopérer appartiennent à des groupes antagonistes ou habituellement en conflit/désaccord, ils apprennent dès lors à s'apprécier en dépassant leurs préjugés ou a priori ( par exemple, des hommes blancs et noirs, étatsuniens 70-80's, dans la même équipe de basketball/football pour représenter leur école dans une compétition ). 

 

" l'amour commun " pour quelque chose entre membres, risque fort d'être plus un effet secondaire/corolaire, de type désir mimétique, renforcé par l'allégeance ou la loyauté au groupe et l'envie d'appartenance, qu'un point de départ qui rassemble, grosso-modo: " j'aime les choses que les personnes que j'apprécie " ( e.g. il y a une filiation ou une corrélation forte entre le positionnement politique d'un enfant et celui des parents, par le passé, surtout celui du père ), que le partage de la même passion pour tel objet ou telle activité, d'autant plus qu'il n'y aurait pas d'interaction directe entre les individus concernés, cette appartenance peut être très superficielle comme avec la communauté des motards par exemple, ou pirement des " femmes enceintes " - comme groupe - qui ont en commun l'amour de l'enfant à naitre pour la majorité. La valence la plus grande va je pense d'abord, dans la majorité des cas, aux groupes formés par sympathie qui finissent pas se ressembler dans leurs préférences à terme, et une moindre valence pour les personnes rassemblées par une même cause initiale extérieure - sans affinités premières, les sentiments qui en résultent sont formés secondairement.

 

:bienvenue:

 

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Membre, 75ans Posté(e)
Morfou Membre 64 562 messages
Maitre des forums‚ 75ans‚
Posté(e)
Il y a 11 heures, Neopilina a dit :

Il se trouve que l'application à notre espèce de certains comportements observés dans le monde animal pose problème. Et je m'explique. Tardivement, trop, on s'est interrogé sur le comportement, etc., de Lorenz pendant la période nazie et pendant le seconde guerre mondiale. Il a passé toute la guerre sur le front de l'Est. Et il a dit qu'il n'avait rien vu de particulier, à l'Est. C'est effectivement surprenant. Pendant la seconde moitié du XX° siècle les allemands se sont rendus compte à quel point l'éthologie et les sciences humaines avaient été profondément affectées par le nazisme dans leur pays. Il y a des travaux allemands sur cette contamination. Et Lorenz n'a pas échappé à ces recherches. Bref, il y a quelques années, l'Institut Konrad Lorenz de Vienne a failli être débaptisé ... 

Un nazi...ce qui enlève tout intérêt à ses pensées et dires...

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Membre, 50ans Posté(e)
Elisa* Membre 16 096 messages
Maitre des forums‚ 50ans‚
Posté(e)
Il y a 23 heures, Anna Purna a dit :

J'aimerai mieux lire "pour que l'amour soit possible, il faille nécessairement aimer les mêmes choses ensemble" mais finalement c'est certainement la même chose...

Moi aussi d’autant qu’à mon sens, chaque individu est différent : tout le monde n’est pas d’un naturel haineux. 
Déjà à mon humble mesure, la haine n’est absolument pas ce qui me rapproche des gens qui m’entourent de près ou de loin.
C’est plutôt même un répulsif en ce qui me concerne. 

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