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Viscéral (journal d'un sociopathe, partie 1)

Tequila Moor

396 vues

Dans la rue, certains se cachent derrière leurs téléphones, leurs oreillettes, leurs écrans, leurs lunettes de soleil, leurs cheveux, leur attitude…

Ne pouvant m’empêcher d’être original, je me cache derrière mon sourire.

Ce n’est pas un sourire commercial, loin de là. Au contraire, il est avenant, doux, intelligent et un peu moqueur : le sourire d’un homme qui prend les choses du bon côté, croit-on. Le sourire d’un homme vers qui on a envie de se tourner.

Sauf qu’il est figé, et qu’il suffit à tout un chacun de croiser mon regard plus d’une seconde pour comprendre qu’il est tombé dans un piège. Froid et délicat, le piège : qui s’intitule « je vais te forcer à sourire pour te montrer à quel point tu es hypocrite ».

Car dans nos sociétés utilitaristes, on ne sourit pas aux autres sans une idée derrière la tête : c’est toujours en préambule à une demande de service, ou une amorce de vente, ou pour sûr la vieille rengaine de la parade sexuelle.

Or croyez-moi, je sais très bien que personne n’aime voir les autres sourire pour rien : oui, je le sais, c’est ce que je faisais il y a longtemps. Je souriais à la vie, et la vie ne rendait rien. Tout du moins, les handicapés du cœur qui m’entourent ne rendaient rien.

Je parle de vous, là, hein… Enfin, disons de la plupart.

Aujourd’hui, ce sont les salopes, femelles et mâles, qui sont une des mes proies préférées : vous savez bien ? Ces espèces d’animaux sociaux pervers qui ont besoin de vérifier dans le regard des autres leur potentiel de séduction.

J’aime quand leur sourire de satisfaction se trouble, quant la haine affleure dans leur regard, quand elles ou ils comprennent que cette victime potentielle, en face, vient de les dépasser d’une coudée sur la règle graduée du cynisme.

Un avantage existe à être ainsi. Personne ne va me faire la charité, personne ne va essayer de me refourguer de sourires pour nécessiteux à la Raoul Follereau : « nul n'a autant besoin d'un sourire que celui qui ne peut en donner aux autres » qu’il écrivit, le brave homme. Désolé, tu ne me refileras pas ta fausse monnaie, ami des lépreux.

Comme disent les naïfs : tu peux laisser ton sourire changer les gens, mais ne laisse pas les gens changer ton sourire. Aucun risque : le masque est bien arrimé. Dr Jekyll & Mr Hyde, à côté, c'est un conte pour enfants.

Certes, ce sourire n’est pas synonyme de bonheur : il veut dire que j’apprécie ce que la vie m’a donné, c'est-à-dire de voir les autres, de les haïr. Car voyez-vous, mon sourire existe parce qu’il sont là, que ça grouille autour. Je souris parce qu’ils sont la laideur incarnée : il n’y aurait que beauté autour de moi, je n’aurais pas besoin de sourire.

Osons le dire : je serais heureux.

En résumé, mon sourire est une protection contre la médiocrité, y compris la vôtre. Et maintenant que vous le savez, il vous protègera aussi de ma médiocrité. C’est fort pratique.

Puisque j’en suis aux confidences : la prochaine fois, je vous parlerai de mon utilisation redoutable de l’aveu et de la vérité…



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15 Commentaires


Commentaires recommandés

Ayant fini de lire ce texte, j'ai cru apercevoir "viscéral journal d'un psychopathe".

Ce fut particulièrement bien tourné.

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Je ne sais pas quoi en penser. Je souris assez facilement, sans arrière-pensée. Un sourire ne coûte rien rien, peut apporter beaucoup et personne n'a à trinquer de mon mal être, mais je ne vais jamais me forcer.

Je crois que désormais, si je me surprends à sourire, je vais me poser des questions, c'est malin. :dry:

Mais ce texte est bon, je te pardonne une fois encore. :sleep:

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@Rei :

Merci ! Et bienvenue sur le blog. :)

@Fidelia :

C'est un peu ça, oui... :dev: Sauf que mon personnage n'a pas envie de se lancer dans la carrière du crime et du meurtre. Il n'aurait aucun Batman auquel se confronter, personne à sa mesure donc, juste la maréchaussée habituelle : ce n'est pas folichon comme perspective d'aventure...

@Ocytocine :

Bah si tu souris, ce n'est pas pour les mêmes raisons que mon personnage : il ne me semble pas que tu sois sociopathe. Par conséquent, aucune question à te poser, tu n'as ! :cool: Puis merci.

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Tequila : Quelqu'un te parle, dans ta tête? Parce que j'ai parfois l'impression que tu as des soucis proche des miens. :o°

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Bon ben voilà, tu me casses l'ambiance, moi qui aime les sourires et en rendre à tout va :/ En voilà une de révélation !

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Invité Lapins

Posté(e) · Signaler

Sourire... sourire... Plein de choses se cache la derrière comme rien du tout parfois.

Un beau sourire pour toi, Tequila moor, puisque ça m'a bien plu (encore une fois !) ! :)

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Le 20/06/2014 à 19:00, Tequila Moor a dit :

Non, je ne suis que sociopathe : la schizophrène, c'était ma mère. :hehe:

sociopathe de haut niveau semble-t-il.

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