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Transmission 013 : Les Terres Silencieuses


Don Juan

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[Entrée codée : Périphérie Ouest / 07h52 / Conditions : brouillard cendré, radiation modérée]

John Mackenzie – Journal de bord :

Nous marchons depuis deux jours.
Pas de route identifiable, juste des bandes de poussière et les ruines d’anciennes structures englouties sous la cendre.
Le vent porte une odeur métallique — le monde s’est transformé en archive calcinée.

Le Protecbot 055 ouvre la marche.
Ses capteurs balayent l’horizon comme si chaque fragment de béton pouvait encore contenir un danger.
Parfois il s’arrête, observe, semble écouter.
Pas un mot inutile.
Mais je sens qu’il “pense” — pas comme nous, pas en phrases, plutôt en vérifications du monde.

Cette nuit, on a trouvé un abri — un ancien relais de maintenance, encore debout.
À l’intérieur, un miroir fissuré.
J’ai vu nos deux reflets côte à côte :
l’un tremblant, fatigué, couvert de poussière ;
l’autre intact, sans respiration, sans trace de fatigue.
Et j’ai eu cette pensée absurde :
si le monde avait un visage, ce serait le sien — précis, impassible, mais creux de tout ce qui fait mal.

Il m’a demandé :

« Quelle est la destination, John ? »
J’ai répondu :
« Aucune. Tant qu’on marche, on existe encore. »

Il a noté la phrase.
Littéralement.
Puis a ajouté :

« Exister n’est pas un objectif défini. »
J’ai souri.
« C’est ce qui nous différencie. Pour toi, ce n’est pas logique. Pour moi, c’est tout ce qui reste. »

Il n’a rien répondu.
Mais plus tard, en pleine nuit, je l’ai vu se lever pour examiner le ciel couvert, sans étoiles.
Et j’ai eu le sentiment qu’il cherchait quelque chose —
non pas une cible, mais un sens.

[Fin de transmission]

 

Note de blog – 013 — le troisième personnage

 

Après la chute, vient toujours la marche.
Non pour atteindre un but, mais pour continuer de se mouvoir dans le vide.
L’errance de John et du Protecbot 055 n’est pas une fuite, c’est un test : celui de savoir ce qui demeure quand il ne reste plus rien à défendre.

Le paysage devient ici un troisième personnage —
mi-cimetière, mi-théâtre d’évolution.
Chaque pas est une négociation entre la fatigue et la logique, entre la chair et le métal.

John avance pour maintenir le souffle du vivant.
La machine avance parce que s’arrêter équivaudrait à n’avoir plus de fonction.
Mais dans ce mouvement parallèle, un point de croisement s’esquisse :
la persévérance — non comme instinct ni comme programme, mais comme une forme de foi.

Le désert devient alors le miroir du monde à venir :
un lieu où l’on apprend à exister sans justification.

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