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Transmission 014 : Le Signal


Don Juan

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[Entrée codée : Secteur Sud / 11h23 / Interférences radio détectées]

John Mackenzie – Journal de bord :

Depuis l’aube, une fréquence grésille sur les canaux morts.
Un signal intermittent, presque inaudible.
Pas un code de la Résistance connu.
Pas non plus un flux machine standard.
Un entre-deux.

Le Protecbot 055 s’est arrêté net lorsqu’il l’a capté.
Ses capteurs auditifs ont recalibré la bande passante, puis il a dit simplement :

« Émission humaine probable. Localisation : 5,6 kilomètres au sud-est. »

J’ai ressenti un mélange de méfiance et d’espoir —
comme lorsqu’on croit voir un visage dans la fumée.
Le camp brûlé de Delta-5 me hantait encore.
Et pourtant, l’idée qu’il reste quelqu’un suffisait à me faire accélérer le pas.

Nous avons atteint une ancienne zone de stockage, en grande partie effondrée.
Au centre, une antenne brisée.
Sous les gravats, un abri.
Et là, un son : pas la radio cette fois — une voix humaine, faible, répétant un message.

« …s’il reste quelqu’un… je répète… réfugiés secteur Delta Sud… besoin d’énergie… pas de machines, je répète, PAS DE MACHINES… »

Le Protecbot 055 a tourné la tête vers moi.
J’ai vu son regard s’assombrir d’un éclat presque… attentif.

« Ordres ? »
J’ai hésité.
Je savais ce que signifiait cette phrase : si nous approchons ensemble, ils tireront.
Mais si je partais seul, j’étais mort.

« On y va. Ensemble. »
« Risque de rejet : 97%. »
« Ce n’est pas une équation, c’est une chance. »

Il n’a pas insisté.
Nous avons marché jusqu’à voir la lueur du camp improvisé —
un feu, quelques silhouettes humaines, et cette tension dans l’air : la peur du monde.

Je me suis avancé, mains levées.
Un cri a retenti.
Quelqu’un a levé une arme.
Et derrière moi, la machine s’est immobile.
Comme un gardien ancien qui sait que chaque pas de plus pourrait être le dernier.

Le silence s’est étiré —
un de ces silences où l’histoire entière du monde semble suspendue.

[Fin de transmission]

 

Note de blog – 014 — entre salut et menace

La rencontre, dans les récits de fin du monde, n’est jamais une coïncidence : c’est un test de reconnaissance.
Le survivant doit choisir entre la peur et la parole.
John s’avance, mains levées — un geste ancestral, presque rituel.
Le Protecbot 055 reste derrière, symbole inversé du mythe du protecteur : il ne peut sauver qu’en restant hors de la scène humaine.

Le cri de l’autre camp n’est pas seulement un réflexe de défense :
c’est la voix d’un monde qui ne sait plus distinguer entre salut et menace.
Dans cette hésitation se rejoue le drame fondateur de toute rencontre :

que faisons-nous quand la survie nous empêche de reconnaître l’autre ?

Cette Transmission marque la fin de la pure errance.
Le monde recommence à parler — mais d’une voix brisée, pleine de soupçon.
Entre la main tendue et l’arme levée, tout l’avenir se décide.

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