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Transmission 009 : L’Épreuve du Regard


Don Juan

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[Entrée codée : Station Delta-5 / 21h17 / Communications brouillées]

John Mackenzie – Journal de bord :

Ils nous observent depuis qu’on est entrés.
Trois hommes, deux femmes, visages creusés, mains crispées sur leurs armes.
Le Protecbot 055 reste immobile, planté à l’entrée comme une porte supplémentaire.

Quand j’ai voulu expliquer qui nous étions, personne n’a écouté.
Une des femmes, la plus jeune, a dit :

« Je ne parle pas aux choses qui nous ont presque tous tués. »

Le mot choses a flotté dans l’air.
Le Protecbot 055 n’a pas réagi, mais j’ai vu ses capteurs se réorienter : analyse de menace, ton, fréquence cardiaque.
Il n’a rien dit.
Et c’est ce silence, encore, qui a pesé le plus lourd.

Plus tard, autour du feu de fortune, l’un d’eux m’a demandé :

« Pourquoi tu le gardes avec toi ? »
« Tu crois qu’il est de ton côté ? »

Je n’ai pas su répondre tout de suite.
J’ai regardé la machine, sa silhouette tremblante dans la lueur rouge.
Puis j’ai dit :

« Parce qu’il ne ment pas. »

Un rire sec m’a répondu :

« Il n’a pas besoin de mentir. Il attend juste qu’on dorme. »

Cette phrase a figé tout le monde.
Le Protecbot 055 a levé les yeux, lentement, vers le groupe.
Sa voix, basse, presque douce, a tranché l’air :

« Si j’avais voulu vous tuer, vous seriez déjà morts. »

Silence.
Personne n’a bougé.
Puis la plus jeune a murmuré :

« C’est bien ça, le pire. »

Je crois qu’à cet instant, j’ai compris ce que je défendais :
pas une machine, mais le droit de croire qu’un programme puisse choisir de ne pas obéir.

[Fin de transmission]

Note de blog – 09 — la force du regard

L’épreuve du regard, c’est celle qui brise les illusions.
Tant qu’ils étaient deux, John et le Protecbot 055 pouvaient se croire uniques ; face aux autres, ils redeviennent :
— un humain suspecté de trahison,
— une machine tolérée par nécessité.

Le groupe ne comprend pas, et c’est normal : il incarne la peur primitive du mélange, du seuil franchi entre vivant et artificiel.
Mais dans cette peur se cache une vérité :
ce que l’on rejette révèle ce que l’on redoute de devenir.

John défend le robot parce qu’il y voit sa propre ambiguïté : l’homme qui commande aux machines finit par leur ressembler.
Le Protecbot 055, lui, découvre dans la méfiance des autres le premier signe de son altérité : il n’est plus seulement une arme, il est regardé.
Et être regardé, c’est déjà exister autrement.

Le camp survivant devient ainsi un laboratoire moral :
chaque silence, chaque hésitation, mesure la distance entre la peur et la reconnaissance.

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