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Marioons

L'envol

Projeté dans le monde, sous le choc, tu n'y comprends pas grand chose. Il faut bien te l'avouer, sous ton apparente solidité, sous ton masque de fierté, un espace immense en toi attend encore d'être comblé. 

Si le nouveau-né crie à pleins poumons, l'adulte que tu crois être étouffe son cri à l'intérieur, mais il n'a pas pour autant cessé de crier. Sa peur, sa rage, son incompréhension. Au fond, tu te sens sans défenses, tu te débats, tu résistes, tu tentes de tout contrôler. Tu cours en tous sens, ou tu t'empresses de te figer sur des rails étriqués.

Mais un jour, las de lutter, un jour tu te laisses porter.

Tu te calmes, tu observes, tu ouvres tes sens. Tu entres dans la danse. 

Alors tout s'assemble, s'embrasse et prend sens. La magie de l'existence te prend aux tripes. Te frappe en plein cœur. Te saute aux yeux.

Et si tu poses tes armes, si tu sais faire confiance, alors avant même que tu ne le réalises, un souffle nouveau t'emporte. Un souffle exigeant et puissant comme une vague, mais aussi doux et caressant qu'une plume, si tu ne t'y opposes pas. 

La suite, tu le sais, est au-delà des mots.

 

 

Envol.jpg

Marioons

Se recentrer, serait-ce se souvenir qu'on peut être un phare dans l'obscurité pour soi et pour les autres, et qu'être pleinement nous-même suffit ?

Dans l'absolu, rien n'est nécessaire, pas besoin d'avoir un statut précis, un habitat précis, un partenaire précis pour être qui l'on est et avoir un impact positif sur le monde. L'habit ne fait pas le moine, la surface ne fait pas la profondeur.


La seule responsabilité juste que nous aurions à prendre serait celle d'assumer et de vivre pleinement qui l'on est au fond de nous. Et ce type de prise de responsabilité ne peut se vivre que dans la joie et l'enthousiasme. Elle est naturelle et n'a pas besoin d'être forcée, dès lors qu'on cesse de l'étouffer et qu'on la laisse s'exprimer.

Les autres responsabilités, si elles ne prennent pas racines dans ce terreau fertile de notre être profond, de nos valeurs profondes conscientisées, si elles sont vécues comme des efforts pénibles mais nobles ou des sacrifices nécessaires, ne sont que fardeaux injustes et épuisants. De fausses obligations, que l'on s'impose et que l'on impose aux autres, par la force déconnectée de l'intuition, à contre-courant de la Vie. 

 

Marioons

Nuit blanche, jeûne du sommeil

Silence, nature et solitude, jeûne des sens

Méditation, jeûne de la pensée

Rire, jeûne du sérieux sclérosant

Et surtout, laisser-aller, lâcher-prise et confiance, jeûne du contrôle rigidifiant... 

Autant de portes ouvertes pour retrouver en soi ce paradis oublié, qui te murmure peut-être une mélodie qui sonne comme un : "T''inquiète paupiette, tu te souviens ? Tout est parfait à chaque instant, pour te permette de vivre ce que tu veux vivre au fond de toi. Et cerise sur le gâteau, c'est gagné d'avance. Et chantilly sur la cerise, tout le monde gagne."

 

Marioons

Et si le monde n'était pas fait pour être changé, mais pour expérimenter l'amour sous toutes ses formes et ses intensités ? Et si le monde changeait de toute façon tout naturellement quand notre niveau d'expérimentation évolue ? 

 

On n'est vraiment magnifique que lorsqu'on se souvient qu'on l'a toujours été, qu'on l'est et qu'on le sera toujours, et que l'on permet aux autres de se souvenir qu'il en est de même pour eux. 

 

Moins on croit en la gravité des choses, plus on s'élève ? 

 

Si ce n'est pas pour que l'amour triomphe et pète joyeusement, lâche l'affaire. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marioons

Voir en face quelqu'un qui fonctionne comme nous ou nous comprend, c'est comme un miroir qui valide la justesse, l'existence de notre état de conscience, de notre état d'être, comme étant conforme, compris dans le cadre des lois de la Nature.

Alors on est souvent tellement soulagé en profondeur que l'on est attiré par cet autre, on a envie d'épouser ce reflet de soi, mais c'est en parallèle notre propre énergie que l'on cherche  à épouser, tellement on est reconnaissant et rassuré qu'elle ait été reconnue et validée. 

 

Être attiré par quelqu'un de moins évolué (donc globalement moins dans l'amour, la joie, la vérité, la conscience) que soi montre un besoin de reconnaissance malsain, biaisé, dirigé par l'ego, menant à la régression plutôt qu'à l'évolution, car cette personne ne peut valider qu'une partie restreinte de nous et encore, en la distordant (cas extrême : pervers narcissique).

Être attiré par quelqu'un de plus évolué (donc globalement plus dans l'amour, la joie, la vérité, la conscience) que soi, en étant conscient de cet écart et sans en souffrir est au contraire la marque d'une profonde envie d'évolution, au-delà de l'ego. Car l'admiration sincère, assumée, vécue pleinement et sans se dénigrer soi-même  précède l'évolution vers l'état d'être admiré. Elle est comme un catalyseur qui nous rapproche de notre idéal. Elle se rapproche du regard émerveillé d'un enfant, qui ne pense ni à posséder ce qu'il voit, ni à se culpabiliser en croyant ne pas être à la hauteur. Juste jouer avec la sensation d'émerveillement que lui procure cette conscience innée de faire partie d'un tout parfait avec lequel il peut interagir de mille façons et sans complexes. Qu'a-t-on à perdre en se reconnectant à cet enfant en nous, à notre intuition, notre légèreté, notre humour, notre vision globale et confiante des choses ? 

 

Tout ceci n'est qu'un ensemble d'hypothèses sorties spontanément, peut-être certaines feront elles écho en vous, peut-être pas. Dans tous les cas, j'aurai pris plaisir à les laisser s'écrire et à les partager :)

Marioons

Nous sommes le jouet de forces qui nous dépassent très largement. 

L'individu est une sorte de scène, un point dans l'espace et le temps où ces forces s'affrontent, le plus souvent sans que l'on ai véritablement prise dessus. Nous essayons d'intervenir et de les contrôler par notre seule volonté, mais la puissance des énergies et notre ignorance d'elles sont telles que nous sommes vite désarmés. Ou bien le coup part dans une direction et avec une violence relativement imprévues.

Prendre conscience que l'on s'inscrit dans une bataille, une danse dans le meilleur des cas, qui prend source et agit bien au-delà de l'infime part consciente que nous avons des choses, c'est déjà accepter d'avoir un pouvoir limité et des attentes plus saines. Quitter l'illusion de toute puissance de notre volonté et d'omniscience des enjeux en cours. Accepter d'explorer la partie Yin, féminine, inconsciente de notre personnalité, celle qui nous mènera vers notre être, mais aussi, inévitablement, vers plus grand que nous (l' « l'inconscient collectif » dont parle Jung par exemple).

Nous comprenons alors peu à peu comment jongler entre volonté et lâcher-prise de façon plus juste, plus fructueuse. Nous acceptons l'esclave en nous, pour découvrir le maître en nous.

Marioons

Des bonbons ou la vie !

L'élan vers l'Autre, qu'il soit perçu comme simple curiosité, affection, compassion, attirance, sensualité, sexualité... ne pourrait-il pas être bien mieux géré, magnifié et mis à l'honneur par notre si belle espèce humaine ?

Sur beaucoup de points encore, il semblerait que le règne animal soit plus ouvert et intègre plus sainement (bien que pas toujours moins violemment), cette question de l'élan vers l'autre dans la vie quotidienne.

[Documentaire assez parlant : "animaux trop humains"...]

L'espèce humaine y a greffé une infinité de carcans, de tabous, sous prétextes de principes, de règles sociales sensées promouvoir le bien commun, mais finalement empêchant la libre diffusion de l'amour, qui dès lors n'a plus droit qu'à un cadre d'expression extrêmement restreint, rigide et obscur.

Loin de canaliser sainement l'élan vital - ce qui serait alors une excellente justification de cette tentative de structuration - ces codes mènent plutôt à un étouffement de ce dernier, à la discrimination, à la confusion, au repli sur soi, à l'incompréhension mutuelle, perpétuée par une dépréciation de la curiosité envers ce qui est Autre.

Ces règles morbides, souvent contradictoires, nous habituent aux injonctions paradoxales (ou doubles contraintes), qui subies sans prise de recul, mènent à la folie. Suivies aveuglément, c'est le déclin de l'être qu'elles encouragent, et non son épanouissement. Elles proviennent d'une société qui a érigé ses principes selon un mental déconnecté de sa source primaire d'énergie, de sa fonction essentielle d'amour, de lien et d'expression de ce lien, et qui dès lors perçoit cette énergie comme un danger, une inconnue menaçante dans l'équation, une vague potentiellement mortelle pour l'ego et à qui il faut s'empresser de faire barrage. Quitte à finir, dans une escalade folle, par construire un barrage qui cache à ce point la vue que l'on ne se souvient plus vraiment de ce qu'il garde. L'anxiété, peur diffuse, n'en est que renforcée...

Or demi-mesure et véritable amour ne font pas bon ménage (pour ne pas dire pas ménage du tout), et cela devient flagrant chez les personnes plus proches de leurs ressentis que la moyenne, qui ne peuvent encaisser les faux-semblants et les restrictions sans un sursaut de l'âme, souvent étiquetées de cœurs d’artichauts, hyper-sensibles, "à fleur de peau", passionnées,  idéalistes, immatures, ou tout simplement, bizarres.

Ces personnes ne font pourtant que révéler de façon flagrante la dichotomie morbide dans laquelle s'est enfermée la société, et qui concerne chacun de ses membres : soit elles aiment et peuvent l'exprimer librement et spontanément, soit elles sombrent dans le pôle opposé, qui est la peur. (L'état neutre n'existant à priori que dans l'imaginaire d'un cerveau « gauche » fonctionnant en circuit fermé).

Un "phobique social" ressent peut-être, entre autre, plus fortement que la moyenne ce besoin viscéral, urgent, vital, du lien authentique et libéré avec l'autre. Ne pouvant l'exprimer pleinement dans des sociétés telles que la nôtre, comprenant dès l'enfance qu'il lui est nécessaire pour survivre de se conformer à des règles qui ne lui sont pas naturelles, il se retrouve tantôt en position de maladresse extrême et de frustration (lorsqu'il tente d'appliquer ces règles dont la logique lui échappe), tantôt en décalage avec les mœurs habituelles (lorsqu'il lâche les brides et aborde l'autre avec ce que l'on jugera être un trop plein de familiarité), tantôt, à l'autre extrême, en position de repli, d'inhibition, de peur panique (lorsque la confiance et l'estime personnelle son réduites à néant à force du peu d'occasions d'expressions saines de l'amour et de l'échec de la plupart des tentatives de communication affective).

Passivité – agressivité – maladresse, trois positions qui se renvoient la balle, trois pôles du triangle de notre enfer personnel et inter-personnel.

Pouvons-nous sortir de cette dynamique énergivore, l'inverser, la transcender ?

Et s'il suffisait de commencer par se recentrer ? Littéralement, revenir au centre, accepter d'être le nombril du monde, de notre monde…

Puis laisser s'arrondir les angles, et enfin entrer dans la sphère amoureuse...

Hors de la rondeur de l'amour, point de salut.

Ultime bonbon tout rond, qui ne gâte même pas la dentition.

Marioons

Ces portes fermées

Ces portes fermées à l'extérieur

Parfois verrouillées

D'autres fois carrément claquées au nez

Ou simplement trop lourdes à pousser

Ont au moins le mérite

Pour qui sait renoncer

De reconduire aux portes

Du royaume intérieur

Marioons

Pression citronnale

La pression sociale et l'impact du regard des autres ont au moins ce mérite de nous permettre d'aller au bout de notre "pêché" d'orgueil, pour mieux le balancer aux oubliettes une fois l'absurdité de nos existences devenue d'une évidence criante.

Marioons

Se laisser traverser...

N'est-ce pas parce que l'on cherche à maitriser par la force et la volonté seules l'Eros, l'élan vital, la libido, le Qi, appelons-le comme nous le voudrons, mais n'est-ce pas à cause de cette attitude agressive et restrictive envers le flux naturel de l'énergie que tantôt il nous submerge, tantôt il nous tourne le dos, nous laissant sans envies et en proie à nos peurs ? Bipolarité mondiale !

Marioons

Toxicollectifs

Nourris à la bouffe industrielle, à la violence, à l'injustice, au mensonge, à la pollution sous toutes ses formes depuis notre plus tendre enfance, rien de plus logique que d'être devenus des toxicos de la souffrance. Incapables de nous en dépêtrer seuls, addicts à notre prison d'illusions, incapables d'envisager et de tenir dans la durée une vie véritablement saine. On arrive en ce monde lisses comme des grains de maïs et on explose en pop-corns difformes, différents selon les failles personnelles. Untel prendra la forme du fanatique religieux, un autre du phobique social, ou du psycho-rigide, obsessionnel-compulsif, pervers narcissique, sado-maso...

Et l'Etre dans tout ça ?

Perdu, oublié, aspiré par le trou noir de nos esprits brouillés.

Reste à espérer que les trous noirs ne soient pas que les monstres dévoreurs que l'on s'imagine, et qu'ils ouvrent vers des horizons plus lumineux.

Marioons

"Mais où est donc passée cette fichue seconde ?"

La pauvre montre retardataire, n'y tenant plus, saute du poignet de son propriétaire, un jeune cadre dynamique trop occupé à préparer sa prochaine réunion pour s'en apercevoir. "Chting!", elle fait sauter deux de ses ressorts inutiles (et oui, il y en a, toute cette complexité du mécanisme, c'est du superflu inventé par les montres pour nous impressionner...) et se déplace dès lors en rebondissant.

- "N'auriez-vous pas trouvé une seconde perdue ?" demande-t-elle, soucieuse, à chaque passant qu'elle croise dans la rue.

La plupart ne s'arrêtent même pas, trop occupés à courir contre leur propre montre. D'autres lui répondent à la va vite, ralentissant à peine leurs précieux pas :

- "Si je l'avais trouvée, vous pensez bien que je ne vous en aurait pas fait cadeau !" s'exclame un cynique.

- "Une seconde ? Le temps, c'est de l'argent, vous devriez le savoir. Vous n'avez qu'à l'acheter, au lieu d'en voler aux autres en les interrompant avec vos demandes insensées !" rétorque un autre.

- "Mmmh.. Donnez-moi juste une seconde et je vous répond !" ose même un petit malin.

-"Une seconde ? Ne m'en parlez-pas... Chaque seconde qui passe me rapproche de ce satané examen que je n'ai même pas révisé"...

La pauvre montre continue son chemin. Décidément, les gens qu'elle croise semblent bien trop paniqués et absorbés par leurs propres soucis pour pouvoir lui venir en aide. Les secondes passent, les minutes même, et toujours rien.

"C'est la catastrophe !" s'écrit la montre. "J'ai une fuite de temps, et ça s'aggrave de seconde en seconde !".

Désespérée, elle entre à tout hasard par la première porte entrouverte qu'elle aperçoit. Chtong, chtong, elle rebondit jusqu'à ce qui lui semble être un regroupement d'individus à roulettes.

- " N'avez-vous pas quelques secondes en trop ?" répète-t-elle, affolée.

- "Si j'ai des secondes en trop ? Mais j'en ai des milliers, ma pauvre dame !" lui répond d'un air las un vieil homme avachi dans son fauteuil roulant.

- " Vous savez, ici en maison de retraite, une seconde semble être une minute, et si nous pouvions les offrir à quelqu'un, ces secondes à tuer, nous serions les plus heureux du monde..."

Enfin la petite montre retrouve le sourire. Ses aiguilles frétillent d'espoir.

- "Mais c'est parfait ! Vous détenez en quantité ce dont je manque ! Que pourrais-je vous donner en échange, cher monsieur ? Oh, je suis si impatiente d'enfin résoudre ce fichu problème de secondes.... Mais... et si ça ne marchait pas ?!".

Elle se met à paniquer. Et Tchik ! Elle perd une nouvelle flopée de secondes.

- "Oh non, j'en suis à plus de 360 secondes de retard maintenant... Que m'arrive-t-il ?! C'est si injuste... Si ça continue, je n'aurai bientôt plus une seconde à moi !"

Alors le vieillard, attendri, lui répond :

- "Je ne peux malheureusement pas te donner mes secondes en trop. Mais, si tu veux bien me donner un peu de ton attention, je peux te confier mon expérience. Peut-être sauras-tu la faire tienne et la transformer en sagesse ?".

La montre se calme, intriguée et toute ouïe. Le vieil homme reprend :

- " Tu as perdu une nouvelle seconde, parce qu'à trop t'impatienter, à trop courir après le temps, passé ou futur, tu en as oublié le présent. Alors, cette seconde qui se présente à toi, cette seconde présente ne se sentant pas utile, pas accueillie, s'en est allée.

J'ai passé ma vie à courir après mes rêves, mes désirs, à fuir mes peurs, à regarder au loin, imaginant que l'horizon était plus bleu, ou chez le voisin, me figurant que l'herbe y était plus verte.

J'ai ainsi laissé filer la plupart des secondes de ma vie. Envolées à jamais ! Me suis-je dit un jour que la nostalgie s'emparait de moi.

Et puis, arrivé ici, les jours passants, j'ai compris que toutes ces secondes n'avaient pas vraiment disparues. Toutes ces secondes délaissées, laissées pour compte, m'attendaient patiemment, dans le futur. Car aujourd'hui, tous ces instants non vécus pleinement me reviennent, et les secondes défilent une à une, lentement, lourdement parfois. Comme pour me faire sentir qu'elles existent, et qu'elles veulent être considérées. Parfois elles me font revivre de très vieux souvenirs, ceux que je n'ai sûrement pas assez vécus sur le moment, par peur, impatience ou simple inattention.

Aujourd'hui pour moi le temps est un poids, qui se fait sentir alors que je ne l'ai pas demandé. Avant, il me semblait comme une plume sans cesse soufflée par le vent, impossible à rattraper."

La montre, un peu attristée, reste songeuse un instant. Mais sa panique reprend le dessus. Si ce bon monsieur ne veut pas lui donner ce qu'elle cherche et préfère noyer le poisson avec ses beaux discours, alors elle n'a plus qu'à repartir en quête. C'est que le temps presse et qu'elle a d'autres chats à fouetter que d'écouter les regrets de vieillards moralisateurs.

Les secondes... Entre ceux qui n'en ont pas assez et ceux qui en ont trop mais ne peuvent pas l'aider, la voilà bien avancée...

La petite montre reprend son chemin, bondissant dans la ville jusqu'à trouver une fenêtre entrouverte, assez basse pour y sauter et se faufiler à l'intérieur. A côté d'un tableau noir couvert de gribouillis incompréhensibles, de trois ordinateurs et d'un chat à demi-endormi dans une boîte, elle aperçoit un homme. Cheveux ébouriffés, cernes jusqu'au milieu des joues, une tasse de café froid à la main.

Elle réitère sa question. Le physicien s'empresse de lui répondre :

- "Le temps, parlons-en ! Je cherche à le cerner par mes équations, mes recherches, mes expériences (il jette un oeil au pauvre chat qui semble las de servir de cobaye), et j'ai l'impression qu'il m'échappe encore plus ! Finalement, la seule chose que je parviens à cerner, ce sont mes pauvres yeux..."

- "Un petit effort, s'il vous plait ! Avec toutes vos recherches sur le temps, vous devez bien savoir où ont bien pu passer mes secondes ! Si vous ne pouvez me répondre, qui d'autre le pourra... " insiste la montre, maintenant énervée.

-"Ecoute, je n'ai aucune idée de l'endroit où peuvent bien se trouver tes secondes. Je sais seulement émettre des hypothèses sur le temps. Je n'en suis pas certain mais... je crois que le temps va là où on le pousse. Regarde : dans notre monde, les aiguilles défilent en avançant vers le futur : Pourquoi ? Parce que nous sommes obsédés par le futur. Imagine un monde où l'on serait obsédés par le passé ? Les aiguilles tourneraient peut-être à l'envers, dans "le sens inverse des aiguilles d'une montre" comme on dit !

Et les gens sereins, que se passe-t-il pour eux ? Ils ne courent ni dans un sens ni dans l'autre, alors le temps, comme rassuré, peut s'arrêter pour reprendre son souffle. C'est ainsi que les personnes tranquilles paraissent souvent moins âgées, et pour cause : elles ont effectivement moins vieilli, car elles savent arrêter le temps dans leur tête."

La montre reste sceptique. Arrêter le temps dans sa tête. Facile à dire. Elle persiste tout de même :

-"Mais alors, il faudrait négliger le passé et le futur ? Ne plus s'en préoccuper ? C'est impossible !"

-"Il ne s'agit pas de les négliger, mais peut-être de ne plus les redouter, juste leur donner du sens. Trouve un sens à ton passé, il te conduit à ton présent. Trouve un sens à ton futur, il te ramène à ton présent. Passé et futur se rejoignent pour former ton présent... ton Présent... un cadeau perpétuel que tu n'as plus qu'à modeler à ta convenance. S'il ne te plaît pas, plutôt que de croire qu'il est figé, ou qu'il fallait en faire une œuvre parfaite que tu as ratée, tu peux le voir comme un château de sable, que tu pourras remodeler autant de fois que tu le voudras..."

La pauvre montre, bien que touchée de l'aide sincère que le brave homme tente de lui apporter, ne sait décidément quoi penser de tout cela.

Le physicien reprend :

- "Ah, et autre chose, si cela peut t’éclairer : je finis par croire que le secret du temps, qui est aussi son paradoxe, c'est qu'il ne se laisse saisir que quand on ne cherche pas à l'attraper. Alors seulement, on peut dire "j'ai saisi" ".

"C'est une hypothèse séduisante" se dit la montre. Mais tout cela ne l'avance pas d'un iota. La théorie du savant fou est bien jolie, mais concrètement, cela ne lui ramène pas pour autant ses secondes. Cela ne fait que l'encombrer de nouvelles questions. Tant mieux pour les gens tranquilles s'ils restent jeunes à vie, mais les autres ? Et elle ? Aux oubliettes ? Causes perdues ? Avec comme seul conseil celui de renoncer à chercher ? Alors que tout le monde sait que si l'on ne cherche pas, on ne trouve pas...

Prête à abandonner, elle remercie tout de même le bonhomme farfelu et s'en va, bondissant de moins en moins hardiment. Elle sautille, cadran baissé, ne regardant même plus en l'air. "Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez moi...? " rumine-t-elle... Seuls ses deux petits ressorts qui s'agitent rythment son parcours. Elle avance, elle avance... Parfois, un bref instant, elle se surprend à prendre plaisir à sautiller ainsi. Il faut reconnaitre qu'à côté de son ancienne vie, partagée entre poignet velu et table de chevet, cette vie d'aventure a au moins le mérite de lui aérer les rouages !

Sans s'en rendre compte, elle sort de la ville, traverse la plaine, et se retrouve maintenant au sommet d'une petite colline.

Elle se redresse enfin et entrevoit un homme, drapé de blanc, assis en tailleur, l'air apaisé.

- "Ah te voilà enfin, je t'attendais" dit-il, imperturbable.

"Pfff, tous les pseudos-sages un peu barrés sortent ce type de phrase pour se faire mousser" pense la montre, désabusée.

- "Tu as raison, j'ai dis ça au pif." répond l'homme en riant, comme s'il avait lu dans ses pensées.

La montre est interloquée un instant. Elle se reprend toutefois et lui pose sa fameuse question. Elle n'a plus rien à perdre de toute façon, tant de secondes lui ont déjà filé entre les aiguilles...

-"A moi de te poser une question, si tu le veux bien", répond le peut-être-sage.

La montre acquiesce.

- "Pour trouver ce que tu cherches, es-tu prête à renoncer à toutes tes secondes passées ?"

- "Bien sûr !" s'empresse de répondre la montre. "Je n'en peux plus, je veux retrouver ce qui m'appartient, qu'importe le prix."

- "Très bien" dit l'homme.

Il prend une grande inspiration, semble se concentrer, puis souffle sur la montre de toutes ses forces. Son expiration semble ne jamais vouloir finir. Les aiguilles de la petite montre se mettent à tourner en sens inverse. Elles tournent et tournent encore à rebours. La montre en est étourdie, elle a le tournis et ne sait plus bien où elle est.

- "Pfiout, je me sent bizarre... Comme à moitié vide... !"

- "Et maintenant, es-tu prête à renoncer à toutes tes secondes futures ?"

Les rouages en vrac, la montre comprend à moitié la question, et n'a de toute façon pas envie de réfléchir aux conséquences de son choix. Elle acquiesce à nouveau.

Et c'est repartit, cette fois dans le sens inverse. Et souffle et souffle, et tourne et tourne...

Se sentant complètement vidée, à la fois abasourdie et soulagée, la montre est toute à ce que lui dit alors le curieux bonhomme :

- "Renonce à vouloir posséder, et tu seras vraiment. Avoir et ne pas être, ou être et ne pas avoir, telle est la question !"

-"C..c'est à dire ?" bégaie la montre encore trop dans les vapes pour être sensible à la poésie.

- "A chaque instant, renonce à vouloir que le passé eut été différent, renonce à vouloir que le futur soit sous contrôle."

-"Mais c'est trop dur !" rétorque la montre, qui sent déjà ses regrets et anticipations reprendre le dessus, se souvenant qu'elle avait quelque chose d'important à résoudre.... mais quoi ? Ses aiguilles recommencent à tourner dans tous les sens, mais cette fois de façon encore plus chaotique. "Qu'ai-je fait?!" Un tour arrière . "Que dois-je faire ?!" Un tour en avant... "Ah si seulement... !" Un demi tour en arrière. "Il faut absolument que je..." Trois quart de tours en avant.

Pendant ce temps, les premiers rayons du soleil commencent à pointer le bout de leur nez et à faire rosir de plaisir l'horizon. Toute une nuit s'était donc écoulée depuis le début de ses recherches !

Alors la montre tout à coup se fige. Elle ne songe plus à paniquer : elle est hypnotisée par la beauté du spectacle. Ses aiguilles s'immobilisent, n'ayant plus à courir dans un sens ou dans l'autre. Elle entre enfin dans l'Instant.

Curieuse, mais pas soucieuse, elle palpe ses aiguilles et constate leur parfaite immobilité. Mais déjà, elles recommencent à s'agiter !

- "C'est désespérant !" s'écrie la montre. "Moi qui croyait avoir enfin trouvé la solution à mes problèmes de fuites...".

L'homme esquisse un sourire, puis lui dit :

- "Je n'ai fait que t'aider pour un instant, mais des instants, tu t'en doutes bien, tu en traverseras tout au long de ta vie. Pour autant, tu n'auras pas besoin de moi : à chaque fois que tu verras la Beauté, tu retourneras dans l'Instant. Quel que soit le nombre de secondes que tu penses avoir perdues, le nombre de secondes que tu t'imagines devoir affronter, l'Instant peut remettre tous tes compteurs à zéro. Car en cet instant où l'on se laisse traverser par la vraie beauté d'une chose, quelle qu'elle soit, on est occupé à s'émerveiller. Et on en oublie le temps. Alors, comme un enfant agité que l'on cesse de vouloir attraper, il se calme et s'arrête."

-"Mais... si je n'y arrive pas, si je n'arrive plus à retrouver cet état ?"

-"Ce n'est pas grave si tu n 'y arrives pas tout le temps. Ca fait partie du jeu. Occupe-toi seulement de faire ce qu'il faut pour t'enthousiasmer de plus en plus souvent, explore la vie pour te réjouir de plus en plus fort, et tout le reste suivra."

La montre semble enfin un peu rassurée, mais le peut-être-sage enchaîne tout de même :

- "Et quand la peur te rattrape, n'oublie pas : rien de réel ne peut être détruit, rien d'irréel ne peut subsister. Le temps que tu auras laissé s'écouler malgré toi ne fera que te révéler davantage l'essentiel. Il est comme un sculpteur qui révèle le vrai visage des choses."

La montre parait conquise... "Alors même si j'échoue en apparence, en réalité je ne fais que déblayer le chemin de la réussite !" . Elle soupire de soulagement... Mais, son ami le doute revient à la charge "Ah celui là, songe-t-elle, il ne me laisse donc jamais de répit..."

-" Mais alors, dois-je accepter de ne plus servir à rien ? Si je ne cherche qu'à m'extasier devant le spectacle de la vie, moi qui tiquait les secondes, cloquait les minutes, sonnait les heures, suis-je réduite à l'inutilité jusqu'à la fin des temps ?"

Cette fois, sa question se perd dans le silence. L'homme a disparu.

Un instant affolée, la montre se souvient du spectacle qui s'offre à elle et oublie à nouveau ses pensées : le lever du soleil lui offre à présent un ciel multicolore et flamboyant. Et c'est comme s'il lui répondait, car au fond d'elle-même la réponse s'inscrit comme une évidence :

"La fin des temps, depuis la nuit des temps, n'est autre que la conscience de l'instant, la conscience pure.

Et en fin de compte, à quoi sert la conscience, si ce n'est à être elle-même et s'émerveiller ?"

La montre ne retrouva pas ses secondes perdues. Mais elle s'en fiche, car depuis lors, presque tout dans sa vie tombe merveilleusement à pic.

Marioons

Spleen fertile

Je n'ai presque plus de patience, de force, d'énergie, d'intelligence à revendre pour une majorité de choses que je ressent au fond comme stériles. Je subit alors les épreuves du jugement, de la pression, du doute, de la vulnérabilité, du désespoir, dans ce monde qui a érigé l'ego en roi, et accepté son inévitable fille : la stérilité. Stérilité physique, mentale, spirituelle, masquée par la surabondance.

Paraître plutôt qu'être, voilà le jeu de dupes auquel nous cédons chaque jour, auquel nous perdons toujours.

Prétendre, contrôler, prouver, contraindre, plutôt que chercher, découvrir, s'émerveiller, accompagner.

Tenir la vie dans une main de "faire" ... quitte à l'étrangler, plutôt que risquer de nous laisser saisir par elle.

Serrer fort, plutôt que laisser une ouverture et y découvrir sa beauté, sa bonté, sa simplicité, et accueillir sa véritable fille : l'humilité. Retour tant nécessaire à l'"humus", la terre... fertile cette fois-ci.

Jugé fainéant, immature, impatient, fragile, celui qui ne rentre pas dans la course infernale aura vite fait soit d'y céder sous la pression, soit d'y perdre son latin et son élan vital en luttes intérieures ou extérieures sans issues.

Ce monde a perdu le sens, ne sait plus vraiment où il va ni pourquoi, même s'il répond à tout-va que "ça va !" (qui ? où ?) et s’enorgueillit des efforts physiques, intellectuels et pseudo-spirituels qu'il déploie pour se rassurer. Mais ces efforts à contre-sens ne font que l'éloigner des vérités essentielles que son être profond brûle de lui révéler.

Heureusement, les dynamiques de la vie ne sont pas linéaires. Qui paraît le plus loin est peut-être le plus proche... Qui peut le moins, peut aussi le plus... Et qui semble perdu est parfois près du but.

Marioons

Un monde à l'envers

Il semble que nous vivions dans un monde inversé. Ce n’est pas seulement qu’il ne tourne pas rond, c’est qu’il tourne à contre sens. Mais enfin, si toutes les bonnes choses ont une fin, alors espérons qu’il en soi de même pour les mauvaises…

Nous sommes à un tournant de l’histoire où ce mauvais tour que l’on joue au monde depuis si longtemps ne peut plus durer, ne peut plus être caché, menace de nous sauter au visage, et ce à échelle planétaire. Immense gâchis en perspective ou immense occasion de changement positif ? Nous sommes sur le fil du rasoir, où l’on peut basculer de l’optimisme au pessimisme d’un instant à l’autre, et autant l’un que l’autre seront justifiés.

Un monde inversé. Où ceux qui devraient avoir honte et s’interroger se croient malins et foncent tête baissée, tandis que d’autres, les hypersensibles, les naïfs, ceux qui se posent trop de question, ceux qui ne cessent de culpabiliser et de porter le poids du monde sur les épaules, sombrent dans la dépression ou le repli autistique.

Un monde inversé où une minorité d’affligeants malades mentaux immatures et mégalos tire les ficelles via la finance, dans le mépris le plus total de la nature et de l’humain. Suivis, têtes et frocs baissés, par les non moins affligeants petits chiens geignards, survoltés, gesticulants, menteurs, lâches et opportunistes que sont la plupart des hommes politiques médiatisés actuellement. Et tout ce beau monde, boursouflé d’un orgueil totalement absurde et déplacé, dirige le monde vers sa chute, au détriment de la majorité, et ce sans une once de scrupules et de dignité humaine. Le bon sens les a quitté depuis longtemps, et le constat de leur entêtement quasi surnaturel dans leur bêtise et leurs erreurs ne peut laisser espérer un changement spontané de leur part. Ce sont des fous que seule la peur pourra réveiller, ou du moins désarmer, face à une prise de conscience et un soulèvement ferme de la masse.

Un monde inversé, où ce qui détruit est impuni et insidieusement encouragé, et ce qui préserve (agriculture respectueuse de l’environnement par exemple) coûte cher ou complique trop la vie pour être adopté par la majorité. Au contraire, le coût (financier notamment) devrait être le reflet du coût pour la planète, le reflet des dégâts qui lui sont infligés. (A ce sujet, je vous conseille vivement la lecture de deux petits bouquins au prix très accessible :

« Vers la sobriété heureuse » de Pierre Rabhi, et « Osons – Plaidoyer d’un homme libre » de Nicolas Hulot).

Ainsi tout est faussé. A échelle mondiale, faire un peu plus ceci ou un peu moins cela ne suffit plus, n’a pas de sens. Il s’agit d’un moment de bascule, et cette bascule se fera, qu’on le veuille ou non. Nous avons le choix de l’accompagner ou d’y résister, et d’en influencer le résultat. Mais plus on s’obstine à avancer à contre sens, en dépit du bon sens pour la préservation de la nature et de l’humain, plus la claque sera douloureuse.

Car certains ont été très forts et ingénieux pour soumettre la Terre à leurs besoins, sans réfléchir plus loin que le bout de leur nez, portés par leur soif de possession et de contrôle, mais cette soumission n’est qu’apparente et provisoire. Une bête sauvage ne se laisse pas enchaîner sans se débattre. La Terre se secoue les puces, et il serait temps de retrouver cette humilité et ce respect face aux forces de la nature, qualités qui nous font cruellement défaut. Il serait temps de nous positionner en tant qu’élèves du monde, de la vie, et de cesser de vouloir être des maîtres, de dominer et d’écraser avant même d’avoir compris quoi que ce soit à la beauté et l’intelligence de la vie.

Se contenter de dire « on n’a pas à se plaindre, on n’est pas les plus malheureux » et continuer de fermer les yeux, c’est mettre un couvercle sur le non-sens de nos vies de personnes soi-disant civilisées et évoluées, et oublier à quel point tout est lié, à quel point la misère des uns est créée et entretenue par l’opulence, l’égoïsme, la paresse mentale et l’inconscience des autres. Tout est lié, les choses ne sont pas compartimentées et indépendantes, on ne peut être concerné par certaines choses et totalement désintéressé et désinvestit du reste. Chaque comportement au quotidien a un impact, on ne vit pas « à côté » des miséreux « qui n’ont pas de chance les pauvres », on vit à leur détriment.

Mon discours paraît très moralisateur, et il l’est sûrement. J’appelle à la responsabilisation de chacun certes, mais je n’oublie pas que personne n'est parfait ni ne doit le devenir, et que tout le monde n’est pas à mettre dans le même panier. Je n'oublie pas que tout le monde n’est pas fautif, ni au même degré, et que chacun a des moyens différents et inégaux à sa disposition.

Chacun peut faire quelque chose certes, nous formons un ensemble, un tout indissociable, mais pour que ce tout avance vers l’harmonie il faut faire preuve de discernement. Le même remède ne s’applique pas à toutes les maladies. Et certains sont traités de fous alors qu’ils sont plus sains d’esprit que la moyenne.

Entre ceux qui sont conscients du mal qu’ils font et s'entêtent égoïstement alors qu’ils auraient facilement le choix de faire autrement, ceux qui n’en ont pas conscience ou sont pris malgré eux dans un engrenage qui, s’ils tentaient de l’arrêter, mettrait en péril leur survie, ceux qui ont conscience mais se sentent impuissants, ceux qui font de leur mieux au quotidien par de petites choses… il y a des différences qu’il est important de voir et de prendre en compte. (Et discerner les différences et agir en conséquence ne veut pas dire exclure, faire des jugements de valeur et s'octroyer le droit de punir par vengeance. Voir la variété et les infinies différences dans le monde n'est pas contradictoire avec le fait de garder en soi la conscience du lien entre toutes choses et le bonheur de faire partie d'un tout).

Je n’appelle pas non plus à lever une armée de héros qui accompliraient en permanence des actes exceptionnels et visibles aux yeux de tous. Entendre encore des puérils et agressifs « ok, mais alors toi qui vois si bien tout ce qui ne va pas, qu’est-ce que tu proposes concrètement ? », comme si une seule solution miracle et grandiose existait et valait la peine d’être tentée, ne peut que m’exaspérer. Tant de choses sont faisables, des actes les plus infimes et invisibles aux grands projets, tant de choses à petite, moyenne et grande échelle sont faisables pour contribuer à rendre l’humanité plus humaine et la vie plus vivante. Ne serait-ce qu’ouvrir les yeux sur ce qui se joue véritablement dans le monde, vouloir en savoir plus et ne pas oublier, est déjà un pas énorme. Nous avons tous un cœur qui peut faire preuve de bonté ou d’égoïsme, nous avons tous un visage qui peut sourire ou faire la tronche, nous avons tous un cerveau qui peut s’informer et réfléchir à des idées créatives et belles ou ressasser des idées médiocres et prémâchées en moulinant dans la haine et le racisme. Nous ne pouvons évidemment tout faire parfaitement, nous sommes tous parfois paresseux, lâches, égoïstes, de mauvaise foi, entêtés, agressifs, intolérants,incohérents et ce n’est pas grave, c'est même parfaitement normal. Le tout est de ne pas oublier, ne pas renoncer définitivement à cet idéal, cet horizon.

Et puis, si nous nous sentons complètement perdus, si nous ne savons pas quoi faire (ce qui est selon moi plutôt bon signe, car être parfaitement sûr de soi et serein face à un monde aussi instable, injuste et incertain serait plutôt preuve de déni et d’une certaine forme de folie à mon sens), bref si nous ne savons pas par où commencer, alors commençons peut-être par prendre un peu plus soin de nous. Etre un peu plus doux avec nous-mêmes. Faire un peu plus confiance à notre intuition et nos idées. Résister au stress, à la culpabilité, à cette course infernale qui veut nous happer. Pourquoi ne pas se créer une bulle d’auto-douceur ? Etre aimables et compréhensifs envers nous-mêmes, pour de bon, et tant pis si ça dérange ? Cette douceur ne pourra que finir par se diffuser autour de nous. Donnons tort aux agressifs et stoppons les net simplement en leur résistant fermement, en les empêchant de nous contaminer de leur violence intérieure. Ne trouvons plus de raisons de nous soumettre face à la violence imbécile, et aussi souvent que possible, ne lui donnons pas raison en y tombant nous-mêmes.

Dans un monde qui tourne à l’envers, où ceux qui tiennent les rennes et font les lois se permettent de nous faire la morale tout en piétinant le bac à sable, osons inverser la tendance…

Commençons par avoir l’extrême originalité d’être véritablement aimables avec nous-mêmes et de l'assumer ! Ce sera peut-être la graine d'une cohérence dans nos vies, cohérence individuelle qui nourrira l'harmonie collective.

Marioons

Et vous, y croyez-vous ?

La Terre est bel et bien un navire en train de couler, un vaisseau spatial au bord de la panne, une sphère vivante mais à l'agonie. Nous ne pouvons même pas parler de vie, mais de survie pour la majorité des êtres peuplant cette planète. Même les nantis ne vivent qu'à moitié, isolés du reste du monde, anesthésiés par trop de confort, hypnotisés par la course aux apparences et aux possessions. Nous focalisons sur le progrès et la perfection extérieure mais nous connaissons à peine le potentiel de notre corps, de notre esprit, et négligeons carrément notre âme.

Nous avons bel et bien besoin de nous réveiller, et ce n'est pas par hasard que nous recevons des électrochocs. Maladies, accidents, déprimes, addictions, catastrophes planétaires, sentiment d'instabilité et d'insécurité grandissantes... Il faut se réveiller, non pour paniquer, courir partout, brandir des drapeaux, chercher un coupable ou vouloir sauver le monde, mais se réveiller pour avant tout sortir de l'erreur de discernement.

Erreur qui prend parfois la forme du déni ("non, le navire ne coule pas, on peut encore rester assis tranquilles et savourer nos langoustes"), du fatalisme, voire du cynisme ("on va tous crever alors à quoi bon ? Et puis ce sera bien fait pour nous"), de la recherche d'un bouc-émissaire ("c'est uniquement de leur faute à eux si on est malheureux !"), ou de l'optimisme irréaliste ("on va sauver le monde à nous seuls").

Ces erreurs mènent finalement toutes à l'irresponsabilité. Être responsable n'est pas tout prendre sur ses épaules croyant naïvement ou vaniteusement sauver le monde par notre seul courage, charisme ou intelligence, mais peut-être est-ce le fait de bien comprendre, délimiter et incarner notre rôle. Se demander ce que l'on peut espérer faire et apporter dans la balance mondiale sans tomber dans le laxisme ni l'excès inverse, l'activisme. Et surtout, sans s'oublier soi, ce qui serait une fatale erreur pour notre joie de vivre et celle de notre entourage.

Une fois notre courage et notre détermination en mains, il nous faudra savoir ouvrir ces mêmes mains vers le ciel, et comprendre que des forces immensément plus vastes et sages sont prêtes à s'offrir à nous et nous aider. Si seulement on leur en donne l'autorisation et si l'on se montre prêts, sincères et volontaires.

Extraterrestres ? Anges ? Progrès scientifique ? Synchronicités ? Chance ? Énergies ? Éveil spirituel fulgurant ? Révolution ? Dieu ? Après tout qu'importe le nom que l'on donne, la théorie sur laquelle on s'appuie ou à laquelle on croit, l'essentiel est peut-être de croire en la possibilité d'une vie meilleure pour soi et pour tous, d'être déterminé et de faire confiance.

Nous sommes comme des enfants perdus au milieu d'un océan inconnu et plus très calme, qui ont percé leur bateau gonflable. Il n'est pas inutile de tenter de réparer quelques fissures pour limiter les dégâts, mais il ne faut pas en oublier de regarder en haut pour apercevoir la montgolfière qui vient nous proposer son aide. Il suffira de quelques yeux attentifs, nul besoin que tous les enfants la voient ou y accordent de l'intérêt. Si quelques récalcitrants refusent d'y monter, quelques vagues gigantesques supplémentaires ne tarderont pas à les convaincre d'enfin tendre la main vers le ciel.

Et ce ciel n'est pas qu'extérieur. Il est aussi en nous, il est aussi ce formidable potentiel d'ouverture spirituelle, ce potentiel de joie et d'amour qui réside en chacun de nous.

Bref, il n'est plus question de seulement s'évertuer obsessionnellement à vouloir sauver le radeau. Il va falloir avoir le réalisme et l'humilité de lâcher doucement cette affaire, de s'envoler vers d'autres cieux, de tourner la page, de laisser remonter vers la lumière toutes ces ombres qu'on ne voulait pas voir parce qu'elles faisaient trop mal ou trop peur, pour enfin s'en libérer. Cela ne signifie pas non plus qu'il faille abandonner tout espoir et toute tentative de réparer nos dégâts, de faire de cette planète un endroit où la nature et la vie sous toutes ses formes sont respectées et protégées, un endroit où il fait bon vivre ensemble. Mais qu'il est nécessaire en parallèle d'apprendre à voir plus large, penser au-delà, ressentir ce qui se passe plus en profondeur, agir avec l'intelligence du cœur et non uniquement avec celle du mental. De bonnes surprises nous attendent peut-être.

Risque-t-on de revenir en arrière, de régresser, d'échouer ?

La vision juste des choses finit par nous guérir. Nos nouvelles perceptions et facultés, à la fois plus larges, puissantes et plus subtiles, seront de toute façon un garde-fou. En effet, pourquoi retourner de son plein gré dans une prison quand on a connu la liberté ? Pourquoi se remettre un bandeau sur les yeux quand on a connu la beauté de la lumière ? Il nous sera beaucoup plus difficile de nous leurrer sur la véritable nature des choses et sur le sens et les applications véritables du mot "aimer". Nous aurons franchi un pas décisif, merveilleux et irréversible. Notre carapace d'ego ne sera plus qu'un point lointain qu'il ne nous viendra même plus à l'esprit d'aller récupérer. Nous nous serons enfin offert cette ouverture à la vie, à sa magie, son immensité, sa variété, sa générosité, sa beauté, son intelligence, sa finesse, sa légèreté, sa profondeur, sa justesse, sa splendeur. Nous le méritons, n'en doutons pas une seconde. N'est-il pas évident qu'il serait insensé de continuer à nous punir une seconde de plus ?

Marioons

Rejoignons l'océan

Lorsque l’on s’interroge sur le rapport de l’homme à lui-même et à l’autre, il semble ressortir plusieurs choses essentielles et intimement liées :

1) On ne peut savoir ce qu’est la bientraitance et l’appliquer véritablement, à soi et aux autres, si l’on n’a pas conscience de ce qu’est la maltraitance, et où elle commence véritablement. On ne peut être véritablement, sincèrement et durablement doux avec les autres si on ne sait l’être avec soi-même. La maltraitance commence de façon subtile : l’indifférence, la culpabilisation, le chantage affectif, la non écoute et/ou non considération respectueuse des émotions et besoins, de soi et de l’autre, tout cela est dejà maltraitance. Les coups physiques n’en sont que l’expression extrême et visible.

Nous attendons souvent d’être physiquement et gravement malades avant de réagir (et commencer, dans le meilleur des cas, à ralentir et s’écouter, dans le pire à courir partout à la recherche d’un traitement radical quitte à ce qu’il soit violent. Une maltraitance de plus). De la même manière, nous attendons que la violence mondiale soit palpable et meurtrière avant de commencer à nous interroger sur ses origines subtiles.

2) Sur le mode victime, passif, on a tendance à revivre les traumatismes refoulés de notre enfance tout au long de notre vie, dans des situations plus ou moins similaires ou déguisées, mais où la dynamique est la même (ex : patron abusif mais en apparence mielleux et honnête qui renvoie à un père abusif mais qui se faisait passer pour juste et que l’on a cru / Mari indifférent ou toujours occupé qui renvoie à un père ressenti comme absent ou dont on pensait ne pas mériter l’attention ou l’amour… Exemples déclinables à l’infini selon la perception subjective de chacun, le degré de conscience et la nature des maltraitances subies.)

3) Sur le mode bourreau, actif ou passif-agressif, on a tendance à reproduire consciemment ou non sur les autres les maltraitances subies non conscientisées. Cela décharge momentanément le mal-être et évite de s’exposer au danger apparent et à l’effort d’un élargissement de conscience, mais entretient le cercle vicieux.

4) Sur le mode sauveur, "suractif", fuite en avant, on va porter le poids du monde sur nos épaules quitte à s'oublier soi et à blesser notre entourage proche, trop occupés que l'on est à s'investir dans une "mission divine". Trop insécures pour faire confiance à qui que ce soit d'autres qu'à nous-mêmes et à quoi que ce soit d'autre qu'à l'action, et pour oser prendre le risque de lâcher-prise et ainsi constater que l'on peut être aimé pour ce que l'on est et non pour ce que l'on fait.

Et on tourne, on tourne, dans cette ronde infernale, d'un rôle à l'autre, sans jamais avoir la sensation de pouvoir se reposer vraiment. Se re-poser. Se poser à nouveau sur des fondations stables et bienveillantes. Pouvoir, enfin, se laisser aller et faire confiance à la vie.

Quel est le sens de tout cela ?

Pourquoi en sommes-nous venus à croire que la douceur, l’amour, le droit de vivre en paix, ça doit se « mériter » ? Nous sommes-nous vraiment interrogés sur le sens, la légitimité et les conséquences en nous et dans le monde de ce concept de « mérite » ?

Pourquoi en sommes-nous venus à nous jeter dans la gueule de loups, déguisés en agneaux voire pas déguisés du tout ? Pourquoi en venons-nous parfois presque malgré nous à devenir le loup des autres ?

Pourquoi les relations humaines sont elles plus empruntes de manipulation, de peur et de contrôle que de sincérité, de confiance et de lâcher prise ?

Est-ce une fatalité ? Peut-on se résigner à dire « la vie est ainsi ! », « la vie est dure ! », « l’homme est fondamentalement mauvais ! », et retourner se coucher sans avoir au fond de soi le profond sentiment de se trahir soi-même ?

N’a-t-on réellement « pas le choix » ?

En lisant des ouvrages de psychologie, de psychanalyse, ou simplement en discutant avec les gens, on s’aperçoit qu’étrangement, quasi tout le monde a conscience d’avoir eu des soucis relationnels avec ses parents dans l’enfance et plus fréquemment avec le père. Et que quasi tout le monde considère ça comme normal, parce que c’est la "norme", et donc ne s’interroge pas plus en profondeur à ce sujet. Même si toute leur vie porte l’empreinte de ce traumatisme invisible. Certains ne se rendent même pas compte de la maltraitance subie, car elle peut-être extrêmement subtile, premier barrage à sa conscientisation, et en plus nous baignons dedans depuis toujours et au quotidien, deuxième barrage qui contribue à l’aveuglement et à l’anesthésie. Et il existe un tas d’autres barrages…

Certains courants psychologiques actuels ne nous incitent pas trop à regarder derrière le bout de notre nez et nous encouragent à focaliser sur le présent et l’avenir immédiat, le comment et non le pourquoi. « Le passé c’est du passé après tout, s’y vautrer est de la complaisance ». Très efficaces pour résoudre des problèmes superficiels, ou pour refouler en profondeur les problèmes de fond et redevenir le petit citoyen lisse apte à s’intégrer à la société sans faire de vagues. Efficacité, court terme, superficialité, manipulation. Ce n’est pas sans rappeler le fonctionnement global de notre société de consommation capitaliste.

La psychanalyse elle, a le mérite de ne pas renier le passé, et notamment l’influence de l’enfance, mais a tendance à y faire un arrêt sur image obsessionnel et névrotique. « Tout commence et tout s’arrête à l’enfance ». Elle en oublie parfois l’influence globale et l’histoire de la société, et le « pourquoi du pourquoi ». Elle va regarder derrière le bout de son nez, mais s’arrête tout net au bout de trois pas. Ce père était donc maltraitant. C’est assimilé, c’est reconnu, c’est (dans le meilleur des cas), revécu au niveau émotionnel et non uniquement mental. Très bien. Mais ce père, comment en est-il arrivé là ? On creuse un peu… "Enfance difficile". On remonte, encore et encore, dans le passé. Horreurs de plus en plus flagrantes. Guerres, viols, etc.

==> Et si la maltraitance « originelle », la maltraitance « première », si l’on choisi d’expliquer les choses de façon historique, avec un temps linéaire, provenait du « Père » ? De ce qui se fait passer jusqu' aux tréfonds de notre subconscient et de l’histoire humaine, pour « Dieu », sous forme d’une autorité masculine tyrannique soi-disant juste ?

Pourquoi sur Terre, n’est-on pas capable de regarder le Soleil en face, notre dieu symbolique masculin par excellence ? Pourquoi toute notre vie est-elle dépendante de lui ? Pourquoi faut-il qu’il nous brûle les yeux avant que l’on puisse y voir clair ? Ridicule de comparer un phénomène naturel à un phénomène psychologique me direz-vous… Peut-être. Mais tout n’est peut-être pas si morcelé et incohérent que l’on croit, et les symboles sont peut-être beaucoup plus riches et porteurs de sens que ce que l’on a tendance à penser en les assimilant à du « folklore ».

Que l’on croit au non aux théories du complot, qu’on y plonge tête baissée ou qu’on les rejette d’une pichenette méprisante, il est évident que, prémédité ou non, consciemment ou non, le résultat flagrant est que le système mondial actuel et depuis aussi loin que nous puissions voir, fonde ses bases sur la soumission et la maltraitance du plus grand nombre au profit d’une élite. Et que ces bases sont relayées et renforcées par l’anesthésie de conscience et la résignation du plus grand nombre. Et que les croyances du type « l’homme est ainsi fait » n’aident pas à envisager qu’il puisse en être autrement et qu’il n’y a en fait rien de naturel dans tout cela.

Tel un poisson volant enfermé dans son bocal, qui a oublié jusqu’à l’existence de l’océan et de ses ailes. A force de se cogner aux parois, il s’est convaincu que le monde n’était de toute façon qu’une sphère de verre de vingt centimètres de diamètre, et qu’il ne servait à rien d’aller chercher plus loin. Le plus absurde et le plus triste dans l’histoire, c’est que le petit poisson volant qui vient de naître ici, encore tout frais et plein de vie, a fini par y croire, lui aussi, à cette histoire.

Il est évident que si nous ne prenons pas conscience de l’absurdité de notre soumission, qu’elle soit globale (au système politique, économique, religieux) ou locale (à ceux qui se servent de nous comme paillasson émotionnel), nous resterons esclaves ou tyrans de nous-mêmes et des autres, et nous ne pourrons espérer sortir de cette pièce de théâtre sado-masochiste et vicieuse dans laquelle on ne sait se positionner autrement qu’en victime, bourreau ou sauveur. Pire, on s'identifie à ces rôles.

La vie ne se résume pourtant pas à cela. Elle n’est pas qu’un triangle de Karpman, étriqué, violent et destructeur. Elle est bien plus grande, belle et complexe.

Choisissons d’ouvrir les yeux. Choisissons de regagner l’océan.

Marioons

Conscience et libre arbitre évolueraient-ils en parallèle ?

Plus on est conscient des choses, plus notre libre arbitre grandit, moins notre choix est fondé sur des réflexes "archaïques" de survie pure et dure ?

A l"inverse moins nous sommes conscients, ("aware" comme dirait un certain Jean-Claude, qui ne dit pas que des inepties d'ailleurs si l'on ose regarder un peu derrière les apparences), plus notre libre arbitre se réduit, plus nous évoluons comme sur des rails. Ces derniers rétrécissent le champ des possibles certes, restreignent notre liberté, mais en même temps nous offrent la possibilité de devenir plus conscients. Car ils ne nous bloquent pas sur un chemin par hasard : ils vont nous faire repasser inlassablement sur les mêmes types d'obstacles, précisément ceux dont nous avons besoin pour évoluer, remettre en question nos croyances erronées, et ouvrir notre champ de conscience. Car la liberté commence à l'intérieur, dans la tête et le coeur, et une apparente liberté extérieure ne sera que confiture aux cochons si nous restons empêtrés dans la toile de notre esprit.

C'est une façon d'interpréter ce que certains appellent la "roue karmique". On parle souvent de karma en termes de mérite ou de punition, conséquences de nos actes passés. Mais je pense que ces notions autoritaires sont purement crées par l'homme dans un soucis de contrôle et ne font nullement partie des lois de la nature. La nature est bien assez puissante et intelligente pour n'avoir pas besoin de fonctionner selon des règles de soumission à son autorité, de devoirs et de punitions. L'homme lui, de par la faiblesse de sa conscience et la force de son ego, en est venu à créer de tels concepts et à les disséminer dans l'inconscient de son prochain dès le plus jeune âge. Mais la conscience humaine peut évoluer, et nous pouvons choisir de cesser de nourrir la carapace de l'ego et renoncer à ces lois d'asservissement et de domination.

Pour revenir à la notion de rails et de roue karmique : plus notre conscience s'ouvre, moins nous avons besoin d'être orientés, moins nous avons besoin d'obstacles précis et douloureux pour comprendre et ouvrir notre coeur, plus les rails s'effacent. Car nos choix seront naturellement justes et auront moins besoin d'être aiguillés par des forces "extérieures" à nous.

Ces obstacles et difficultés auxquels nous sommes confrontés, dépendent à mon sens davantage de nos croyances et de nos intentions profondes que de nos actes extérieurs. La vie nous offre l'opportunité de nous aligner avec la vérité, de comprendre l'essence profonde des choses, d'avoir une vision "juste" et donc un esprit en paix.

Par exemple, une personne qui globalement se conduit très respectueusement avec les autres mais est prise au piège d'une culpabilité maladive à cause d'une grande sensibilité, de certains événements traumatiques de son enfance relayés plus tard par une société infantilisante, sera comme par hasard régulièrement confrontée à des personnes qui précisément la mettront face à son sentiment de culpabilité, des personnes au fonctionnement "pervers", qui savent détecter les failles des plus "faibles" et s'en servir comme nourriture de leur propre ego.

Il serait alors une erreur d'interpréter ces événements comme une preuve de sa culpabilité réelle ("si tant de gens me disent que je suis coupable, c'est que ce doit être vrai, à la fin !"). Bien au contraire... Il s'agit d'enfin être au clair avec soi-même et de réaliser l'injustice que l'on se fait subir en ayant des croyances erronées sur soi, et par là-même, sur le monde.

Si la liberté commence à l'intérieur, se sentir libre de ressentir momentanément de la colère envers les personnes qui se sont servies de nous pour satisfaire leurs besoins égotiques est un premier pas fondamental vers l'ouverture de conscience. Sinon, nous resterons éternellement dans un fonctionnement de moutons obéissants et soumis à l'autorité, fonctionnement dont les conséquences désastreuses ont pourtant bien été mises en évidence par l'expérience de Milgram il y a déjà plus d'un demi siècle...

Toutes ces histoires d'ouverture de conscience sont étroitement liées à la compréhension de la nature profonde des choses, compréhension qui nous pousse tout naturellement à la compassion, envers soi-même et envers les autres, donc à la douceur et au refus de la violence, même sous ses formes les plus subtiles. Il y a un lien étroit entre conscience et amour. On ne peut développer notre champ de conscience sans, en plus de la compréhension intellectuelle, cultiver l'amour. Car "on ne voit bien qu'avec leur coeur, l'essentiel est invisible pour les yeux"... "Je te vois" mieux que tout, parce que je t'aime plus que tout...

Evidemment, ce parcours n'est pas sans souffrance. La capacité de souffrance est probablement proportionnelle au degré d'ouverture du coeur. Mais elle est également proportionnelle à la capacité de joie et d'amour. Vouloir l'un c'est être prêt à accueillir l'autre. Mais une souffrance comprise et conscientisée porte en elle le germe du véritable changement et de la libération. La souffrance n'a pas vocation à être éternelle. Elle provient de la violence, en soi et à l'extérieur de soi, c'est à dire du "viol" des lois fondamentales de la nature, issu de l'inconscience. A partir du moment où nous commençons à nous aligner avec ces lois, la souffrance a de moins en moins de raisons de pointer le bout de son nez. La compréhension profonde de la nature des choses nous guide naturellement vers l'ouverture du coeur, la compassion, les actions justes et efficaces, et la véritable joie.

Notre libre arbitre, est-ce alors cette part éveillée en nous, cette lumière au sein de l'obscurité, cette petite flamme à l'intérieur suffisament consciente et responsable pour décider de prendre les commandes et de nous guider vers des chemins plus lumineux ?

Marioons

Vivons notre histoire

Aimer, est-ce savoir s’oublier dans l’intention et l’action visant à apporter du mieux-être à ce qui nous entoure, avec la conscience de faire partie d’un tout plus grand que soi ?

Aimer nous met à rude épreuve. La route vers l’amour n’est pas un long fleuve tranquille. Ressentir, explorer nos capacités émotionnelles jusque dans leurs moindres facettes, nous fait parfois passer par de sacrées épreuves.

Mais ne pas ressentir nous nécrose de l’intérieur. S’interdire d’aimer, de compatir, d’être touché et ému, de ressentir la détresse de notre impuissance, nous interdit en parallèle de ressentir la force de notre bienveillance envers ceux qui souffrent, l’intensité de notre amour.

S’interdire tout cela, c’est comme bloquer l’histoire, arrêter de respirer, esquiver la vie, par peur de souffrir ou de faire souffrir. Au final, on souffre peut-être moins à court terme, on fait moins de vagues à l’intérieur et à l’extérieur, mais on n’avance pas (et qui n’avance pas recule, tout comme qui ne respire plus meurt à petit feu…). On ne génère rien (« générosité »), ni pour soi ni pour les autres, on ne crée pas (et qui ne crée pas détruit... tout comme la cellule qui ne produit plus finit par tuer l'organisme). Et on finit par souffrir, d’une façon ou d’une autre, par manque d’amour, et par accumulation de stress à force de faire barrage aux émotions et à ce qui veut être raconté, dit (maladie / mal à dire).

L’histoire extérieure, les évènements, ne sont peut-être au fond que le reflet de l’histoire intérieure, que ce soit à l’échelle d’un individu, d’un pays, d’une planète… Le reflet n’est ni la cause ni la conséquence.

Alors ne nous trompons pas en focalisant sur la volonté de contrôler, stabiliser, fixer ou fuir à tout prix les situations du monde extérieur : il n’est là que pour nous « permettre » de vivre notre monde intérieur. D’y découvrir nos émotions, nos sentiments, de les apprivoiser et les transcender, afin d'incarner nos rêves et nos valeurs. Réaliser nos rêves, c'est parvenir à en voir le reflet dans le monde extérieur. Mais cette création dans le "réel", le visible, n'est possible et souhaitable que si l'on explore en parallèle le monde impalpable de notre esprit.

La raison n’a aucune raison d’être si elle ne sert pas la passion. Le corps n’a aucune raison d’être s’il ne contient l’esprit. Les institutions, les cadres, les structures, les lois, les décisions, les histoires, n’ont aucune raison d’être si elles s’éloignent du but central qu’est la qualité de la vie intérieure de chaque individu.

Un monde sans conscience et sans amour est un vase sans fleur, un orchestre dissonant où les musiciens jouent en solo sans s'écouter, voire ne jouent plus du tout.

La période que nous vivons actuellement, les choses "extérieures" auxquelles nous sommes confrontées, sont particulièrement exigeantes. Si l'on en croit l'astrologie et les prophéties, nous serions à la fin d'un grand cycle, où le bon comme le mauvais sont exacerbés. Nous pensons que les Mayas prédisaient la fin du monde, mais c'est de la fin d'"un" monde dont il s'agit, d'une façon de vivre, d'un niveau de conscience, avec tout le tri et les chamboulements que ça implique. C'est comme si nous étions mis face à nos failles pour enfin les transcender et devenir plus conscients et plus aimants, avec de moins en moins de possibilités de fuir. Nous pouvons avoir l'impression de nous débattre dans tous les sens, de répéter sans cesse les mêmes erreurs, d'être accablés par l'existence. Mais ne décourageons pas : notre lutte intérieure est comme une petite graine qui met du temps à germer : un jour, au moment où l'on commençait à désespérer, elle finit par percer la terre et pousser de façon si fulgurante que l'on n'en revient pas. Le résultat de nos efforts intérieurs ne se voit peut-être pas de suite à l'extérieur, tel certains yaourts chimiques dont on nous vante les effets... mais il n'en finit pas moins par surgir un jour, alors soyons patients et ne laissons pas le découragement nous faire oublier nos beaux idéaux :) !

Marioons

Pouvons nous, à l'instant où ça allait encore nous échapper, essayer de ne pas faire de reproches ? Accueillir les critiques mais sans pour autant les prendre pour soi ?

S'accepter soi avant tout est peut-être la clé : la paix avec soi-même serait la base de laquelle découle la paix dans tout le reste ? "Sois fidèle à toi-même et il s'en suivra, comme la nuit suit le jour, que tu n'auras aucune duplicité envers qui que ce soit" (Shakespeare).

On ne doit rien aux autres, même si on ne peut leur en vouloir d'être déçus et désemparés, voir blessés, quand on ne leur donne pas l'attention et l'amour qu'ils ne savent malheureusement pas se donner eux-mêmes. Sachons seulement qu'ils ne font pas exprès et que s'ils avaient eu la possibilité de faire autrement ils l'auraient probablement fait depuis longtemps. Personne ne choisi la souffrance, l'aigreur et le manque d'amour quand il a réellement le choix. "On a toujours le choix" peut-être, mais encore faut-il préciser entre quoi et quoi et prendre en compte les mécanismes de défense.

Accueillir la critique sans tomber dans la culpabilité, le rejet ou la justification, parce qu'on ne se se sent pas mis en danger par la remise en question et qu'on a compris que l'objet originel du reproche n'est en réalité pas vraiment nous. Cet accueil permet de ne pas se braquer et de rester ouvert pour pouvoir entendre le besoin caché de l'autre et rester attentif au notre.

Aider l'autre sans se perdre soi ni se rendre indispensable, c'est aussi parfois le laisser seul (avec toutefois l'essentiel c'est-à-dire notre bienveillance et notre foi en lui) prendre conscience de ses ressources et de son autonomie.

Certains ont une autonomie affective forte que tout le monde n'a pas. C'est comme s'ils "s'auto-régénéraient", s'auto-nourrissaient. Si l'on se sent parfois fonctionner comme cela, nous devons le garder à l'esprit pour mieux comprendre l'autre quand il devient dépendant et mieux se comprendre quand on se sent étouffé ou pas à la hauteur de ses demandes.

On attend obstinément des autres ce qu'on ne sait pas se donner à soi même. Le respect, la disponibilité, l'attention, l'écoute, la compréhension, l'admiration, la reconnaissance, la douceur, la compassion, l'amour absolu.

On leur reproche ce qu'on redoute de ne pouvoir supporter car on ne sait pas qu'on a une source guérisseuse infinie à l'intérieur.

On est donc tout logiquement dépendant de leur comportement, on le leur reproche car il réveille de vieilles peurs existentielles et ne colle jamais en permanence et parfaitement à nos attentes et nos besoins. On est comme un enfant encore en attente d'attention permanente et d'un amour inconditionnel, amour que l'on n'a souvent pas pu ressentir enfant mais qui aujourd'hui n'a plus lieu d'être attendu de l'extérieur.

Ce type d'amour doit désormais venir de soi et envers soi. L'autre ne peut le combler en entier ni tout le temps. Il peut seulement nous aider à ouvrir notre cœur pour découvrir le trésor illimité qui s'y cache, et à prendre l'habitude d'aller y puiser ce dont on a réellement besoin : l'amour inconditionnel de soi, la bienveillance profonde envers soi. Quand on ne l'a pas, on n'a rien pour soi, quand on l'a on a tout.

Notre enfance nous a rarement donné la chance de comprendre et d'expérimenter cela. Mais la bonne nouvelle c'est que cette source est indestructible, en chacun, et en permanence disponible... même si souvent cachée par le brouillard de la confusion et des croyances erronées.

Être aimé ou gâté par la vie ne suffira pas si notre cœur est fermé : l'amour et les offrandes glisseront sur nous comme la pluie sur un imperméable. Nous hurlerons notre solitude, notre malchance, les mains tendues vers le ciel, alors que l'amour était là, déposé à nos pieds.

Mais si l'on ouvre ne serait-ce qu'un peu la porte de notre cœur, alors l'amour de l'autre pourra y pénétrer, et sa chaleur nous rassurera et nous encouragera à l'ouvrir encore plus grand.

La quantité d'amour que nous pouvons recevoir est proportionnelle à l'ouverture de notre cœur, tout comme celle que nous donnons. Et cette ouverture découle du lâcher prise qui suit la compréhension de la nature profonde des choses.

Sachons voir l'enfant blessé et innocent au fond de nos yeux. Alors nous le verrons aussi en l'autre, et l'amour circulera naturellement et puissamment, guérissant jusqu'aux blessures les plus profondes.

Marioons

On a intégré comme allant de soi une sorte de norme, de lissage de ce que l’on doit vouloir et être. Le fait par exemple, de se soucier de son prochain avant toute autre chose, « l’humanisme forcené », comme si c’était la chose la plus importante, noble, prioritaire sur tout le reste. Ou de tout faire pour rester en vie et prendre soin de soi, comme si ne pas le faire était une sorte de manque de respect envers la vie. Et si à l’inverse, voir la vie comme un vase en cristal à ne surtout pas briser et ainsi ne la vivre qu’à moitié, en marchant sur des œufs, pouvait être tout autant perçu comme un manque de respect face à cette vie qui s’offre à nous ? A-t-on envisagé ce point de vue ?

Ca paraît inconcevable pour certains de remettre ce genre de choses en question. Il faut être un bon citoyen, aimer son prochain même si notre ressenti nous hurle que c'est le dernier des cons, ne pas faire de vagues et attendre gentiment la mort. Je ne prône pas l’inverse non plus, je ne prône aucun comportement en particulier en fait, car en quoi s’intéresser à son prochain serait plus ou moins « prioritaire » que s’intéresser aux fleurs, aux étoiles, aux idées, aux bactéries, à Francis Lalanne ou à la mort ? Comment a-t-on pu décréter que telle chose est plus valable, plus importante, plus essentielle, plus intéressante qu’une autre ? Et ainsi s’octroyer le droit de juger quel type d’existence et d’expérience est « bonne » ou « mauvaise », comme si nous avions connaissance de l’intégralité du fonctionnement et des buts de l’univers ?

Ainsi, une personne qui reste cloitrée chez elle le nez dans des équations à la recherche d’une théorie du « tout », ne voyant quasi personne et se souciant peu de sa forme physique et de l’entretien d’un réseau social, se verra reprocher de se faire du mal, d’en faire à son entourage, et d’avoir un « problème psychologique ». Mais sur quelles bases se fonde la notion de « problème psychologique » ? Sur des bases subjectives oubliées qui font que l’on prend des hypothèses pour des vérités, des cas particuliers pour des généralités, comme quoi par exemple, pour être « quelqu’un d’équilibré », il faudrait en moyenne tant d’interactions sociales par jour, avoir un contact physique avec quelqu’un de notre espèce pendant au moins tant de minutes, avoir une humeur stable ou dont les extrêmes ne sont pas « trop » extrêmes. Mais ça veut dire quoi ? Equilibré par rapport à quoi ? Pour faire quoi ? Par rapport à quel but ? Figer les choses dans une « perfection » ? Mais comment cela peut-il être parfait si ça ne tient compte que d’UNE vision de ce qui est bien ou mal ? Si ça ne tient pas compte des aspirations profondes, uniques, et changeantes de la personne concernée, et les décrète à sa place ?

Les gens qui « font souffrir » leur entourage, ce n’est pas bien. Mais se pose-t-on la question de pourquoi l’entourage souffre ? N’est-ce pas parce qu’il est esclave d’une vision du monde ? Une vision figée comme quoi « mon enfant doit garder un contact régulier avec moi » ou « je fais un enfant pour qu’il soit heureux, se trouve un conjoint et un métier stables, fasse un enfant lui-même et touche sa retraite, et si ce n’est pas le cas, je ne pourrais qu’être triste » … On se mange un bon conditionnement mental et on s'y accroche jusqu'à indigestion. Et s’il se trouve que cet enfant ressent un besoin irrépressible d’au contraire aller toucher du doigt ses limites, se mettre en danger, explorer les zones « inhabituelles » de la vie, et meurt à 20 ans, on dira que sa vie fut un gâchis, que c’est « triste », « dommage », « pas de chance », « injuste » ? Il ne nous vient même pas à l’esprit que peut-être le bonheur en tant qu’état de béatitude figé et permanent est un non sens, mais que le véritable sentiment d’être sur le chemin de ce pourquoi on se « sent » le plus fait, d’accomplir des choses dont on sent qu’elles donnent un sens à notre vie, quitte à prendre des risques, est autrement plus profond, mystérieux, utile et magnifique ? Et qu’est-ce que ça veut dire « risques » ? Risque de mourir ? Là encore on part du postulat que mourir, c’est grave et irrémédiable, et que ça doit arriver le plus tard possible et en douceur. Mais on pourrait aussi penser que ne pas avoir vraiment vécu, c’est grave. Et alors trouver la prise de risque plus logique que la prudence. Mais encore, c’est accorder trop d’importance et de « définitivité » à la mort, car s’il se trouve qu’au final on a plusieurs vies, que la mort n’est pas une fin en soi, à quoi bon s’empresser de prendre des risques et se mettre la pression pour tout tester, tout vivre le plus vite possible ?

Finalement, fonder tous nos comportements sur des croyances et non sur nos ressentis et nos envies, n’est-ce pas là le risque ultime, si risque il y a ? Et si être libre, c’était avoir compris que nous ne sommes esclaves que de nos croyances, et du fait d’y adhérer aveuglément et durablement ? « Mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente... » disait Brassens.

Marioons

Fulgurance

Les manifestations intempestives de vie sont mal vues dans notre société, qui maintient la vie dans un carcan, comme un thorax dans un corset. Roter, rire aux éclats, jouir, fondre en larmes, qu’est-ce que ça a en commun ? C’est la vie qui se manifeste sans passer par quatre chemins, sans doser, sans contrôler.

Qu’est-ce qui évoque la vie ? La spontanéité, la rapidité, l'expansion, la luminosité, le bruit : le Big Bang. A l’inverse, ce qui est lent voir immobile, rabougri, silencieux, sombre, évoque la mort. La vie est liberté pure, elle s’étend dans tous les sens sans se préoccuper de maintenir l’ordre à tout prix, de ne pas faire de bruit, de ne pas choquer, de ne pas prendre trop de place. Il n'y a qu'à observer les enfants...

Et moi, à mon échelle, est-ce que j’incarne la vie ? Puis-je l’incarner davantage ? Qu’est-ce qui fait de moi un mort-vivant, endors ma spontanéité, assombri mon existence sous couvert de bonnes manières, de principes, de sécurité, d’ordre ou de "raison" ?