Rasibus

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À propos de Rasibus

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    Forumeur alchimiste
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  1. Je vais y venir, mais auparavant, j'ai des choses à raconter !
  2. Au début juin 1940, la majorité des versaillais avaient quitté la ville. Mon père en aurait bien fait autant, dans la "Mathis" de mon oncle; mais il ne savait pas conduire et ce fut aussi bien ! D'énormes nuages de fumée noire s'élevèrent dans le ciel et furent suivis d'une retombée de suie qui noircit les feuilles des arbres. Le matin du 14 juin , mon père qui s'était rendu en ville pour faire des courses, revint tout catastrophé en nous disant: "Les allemands sont entrés dans Versailles". Il était fervent chrétien; illico il nous fit agenouiller pour prier Dieu d'épargner la famille pendant la suite de la guerre. Le lendemain, je vis passer sous nos fenêtres un groupe de soldats français dépenaillés que des soldats allemands en armes conduisaient vivement vers une destination inconnue. Le jour suivant, une voiture militaire allemande s'arrêta devant notre porte et un gradé vint faire part de son intention d'occuper la maison avec ses hommes. Ma mère, qui parlait un peu la langue de Goethe, parvint à l'en dissuader en prétendant qu'elle était habitée par beaucoup enfants. Du coup, il alla voir la maison d'à côté, que ses occupants avait quittée. Ils la retrouvèrent bien plus tard en mauvais état. L'été 194O se passa paisiblement, pour nous en tous cas. Mon oncle, officier d'active, nous surprit une nuit. Il venait de s'évader. Il alla coucher dans le garage, pour éviter d'être surpris dans son sommeil par les allemands à sa recherche. Quelques jours plus tard, il nous quitta pour rejoindre la zone libre, d'où il gagna le Maroc. Nous ne le revimmes qu'en septembre 1944, dans des circonstances que je vous raconterai si elles vous intéressent.
  3. Parce que je ne vois pas l'intérêt de passer par l'intermédiaire des clients des grandes surfaces ?
  4. La "drôle de guerre" s'installa Mon père avait été affecté dans un dépôt d'artillerie près de Metz. Lui et ses camarades ne s'en faisaient pas. Ils avaient des loisirs qui leur permettaient d'aller cueillir les champignons dans les bois environnants... Si bien qu'au mois de novembre, quand l'armée lui proposa d'être démobilisé en raison de son âge et de ses charges de famille nombreuse, il préféra rester ! Hormis le froid, l'hiver 39-40 se passa sans douleurs. Mon père revint définitivement à la maison au mois de février. Mon frère ainé, jeune officier de carrière, était quelque part sur le front. Il écrivit à mes parents au mois d'avril: "Hitler est bien embêté". Je crois que le gouvernement français, ou du moins l'opinion, pensait qu'il demanderait des négociations de paix. Mon frère en tous cas espérait passer l'été 1940 en Autriche ! Le 10 mai arriva. L'unité de mon frère se porta en Belgique, en direction de Gembloux, là où les allemands voulaient percer. (A mon avis, l'armée française aurait mieux fait de les attendre sur place, dans des positions qu' elle avait eu largement le temps de fortifier; les hommes arrivèrent au contraire fatigués dans un environnement inconnu ) Mon frère fit preuve d'un grand courage. Son servant de FM ayant été tué, il prit sa place, et fut atteint à son tour par un projectile à la tête. Il fut évacué sur l'hôpital de Liège. Dans son malheur, il eut de la chance, car il évita la captivité, les allemands ne voulant pas s'embarrasser d'un grand blessé ! Il mit des mois à se remettre. Ce que je n'ai pas compris, c'est que les allemands le laissèrent ensuite reprendre du service dans la zone libre. De là, il fut envoyé quelques mois plus tard en Algérie. Il en revint en 1944 avec l'armée de Lattre et fut blessé de nouveau à la tête: Une balle traversa son casque lourd ET léger de part en part, en effleurant sa boite cranienne; il s'en est fallu de quelques millimètres... Petite anecdote: Mon frère avait fait la connaissance d'une infirmière belge qui semblait "s'intéresser" à lui. Les circonstances les séparèrent. En 1945, quand il chercha à savoir ce qu'elle était devenue, il apprit qu'elle était en prison pour "intelligence avec l'ennemi"...
  5. Le Merle, peux-tu préciser le lieu et la date ?
  6. Des souvenirs, j'en ai plein... Je me revois , un matin du mois d'aôut 1939, dans une chambre d'hôtel de Saint-Gervais où la famille passait des vacances, les premières, je crois, que s'accordaient mes parents. Mon père, 56 ans, me montrait comment plier un journal pour en faire un chapeau de gendarme, quand une employée de l'hôtel frappa à la porte. Elle apportait à mon père un télégramme officiel l'invitant à rejoindre son poste à Paris. Voilà les vacances gâchées ! Retour à Versailles. Je me souviens du tocsin sonnant lugubrement à l'église voisine un soir du début septembre. "C'est la déclaration de guerre", dit ma mère , qui se souvenait de 1914. Des précautions furent prises dans le cadre de la "défense passive": Protéger les vitres avec du papier collant...Stocker du sable dans le grenier pour lutter contre les bombes incendiaires. Aménager la cave pour s'y réfugier en cas d'alerte. Une modulation particulière de sirène était prévue en cas d'alerte au gaz. Des masques à gaz ont été distribués à la population. Je me souviens d'une pièce de la mairie qui en était remplie jusqu'au plafond . Mes frères et soeurs reçurent chacun leur masque. Quand arriva mon tour, le préposé dit à ma mère: "Ah, il n'y en a pas pour les enfants de cet âge"... Tous les écoliers ont porté pendant quelques temps en bandoulière le fameux étui cylindrique . Je peux vous dire qu'il était difficile de respirer sous le masque; pas question de courir un 100 mètres ! Des abris furent creusés dans les larges allées des avenues.
  7. Il faut savoir que dans les campagnes, longtemps après la fin de la guerre, le souvenir des paysans qui s'étaient enrichis avec le marché noir a perduré; les rancunes et les jalousies ont mis des années à s'éteindre. Ainsi la grand-mère de ma femme étant allée, à pieds, chercher un peu de beurre dans la ferme d'une amie à plusieurs km, s'était entendue répondre: "Ma pauvre Joséphine, tu n'aurais pas assez d'argent pour me le payer..." Sympa...
  8. Ton grand-père était un homme courageux et responsable. ça me rappelle ce que m'a raconté ma femme Dans un village du Cher, une embuscade contre un convoi allemand avait mal tourné. Les allemands ont aligné son grand-père, avec d'autres hommes, contre un mur. Ils ont tiré sans les viser. Une balle s'est fiché contre le mur près de sa tête. La trouille qu'il a dû avoir...
  9. << au moment où un peuple rassemble ses dernières forces pour arriver à une fin décisive, >> Incroyable ! Il y avait donc encore des soldats allemands pour croire à leur victoire ?
  10. De rien, January. J'en tiens encore quelques autres à votre disposition. C'est vrai qu'il ne doit plus rester grand monde de cette époque
  11. Je me souviens du passage des allemands en retraite, dans des voitures civiles camouflées de branchages sur les côtés et portant sur le toit un drapeau blanc ou une croix-rouge. Ou encore, épuisés dans des carrioles à cheval.
  12. Moi, je dirais que, PAR DEFINITION, ce qui nous parait la réalité est ce que nous construisons à partir de ce que nous transmettent nos sens !
  13. Je trouve cette méthode de collecte complètement absurde ! Sinon, il existe tellement d'assoc caritatives que je ne sais pas laquelle choisir... J'ai tellement été choqué par le scandale de l'ARC ! Vous vous rappelez cet homme qui s'affublait d'une blouse blanche pour faire sa pub à la télé, alors qu'il n'était pas plus toubib que vous et moi ?
  14. << Sur toutes les lignes ferroviaires, on trouvait, espacés de 100 mètres, des hommes aux cheveux gris ou blancs, avec des fusils et des brassards, ils sont censés présenter une protection contre les actes de sabotage des maquisards. Ces vieillards avaient espéré passer une vraie fin de vie à la française, avec de longs apéritifs. Et les voilà sur la pierraille des voies ferrées, en habits misérables >> Je me souviens en effet qu'à Versailles, les hommes âgés avaient été "invités" à se présenter en vue d'assurer la protection des voies de communication. Mais peu, je crois, avaient répondu. Il n'y avait pas eu de convocations écrites nominatives.
  15. Ah oui ! Mais cette arme n'a pas été employée contre les tommies débarqués en France !