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Dompteur de mots

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À propos de Dompteur de mots

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  1. En fait, nous intégrons le Moi avant d'en intégrer le concept. À quelque part vers 3 ans, nous développons ce que nous pourrions appeler le sentiment du Moi: c'est-à-dire que nous prenons conscience du fait que nous devenons, que nous changeons et que tous les événement de notre vie forme une longue chaîne aux maillons liés. Et ce sentiment est essentiel à la vie, ou du moins à la vie humaine. Il nous permet de nous forger une destinée. Kierkegaard appelait ce sentiment le souvenir, et le qualifiait de don poétique. Le danger est de se laisser enfermer dans une déclinaison donnée de notre Moi, soit parce que les autres nous enserrent dans leurs exigences, ou bien parce que nous ne voulons plus changer, par peur du devenir. Lorsque notre Moi devient trop rigide, et qu'il ne permet plus l'expression de nos forces obscures, alors ces forces nous sapent de l'intérieur. Ce n'est pas toujours comme ça. L'adolescence est une montagne russe. Un moment de mue. L'un des bonheurs de la vie adulte, c'est de savoir qui l'on est. Mais l'un des bonheurs de la vie adolescente et du début de la vie adulte, c'est qu'il est excitant de se découvrir et de devenir ce que l'on est. Nous avons tous en nous une certaine dramaturgie de la mort, alors qu'il s'agit de la chose la plus simple et la plus banale du monde. Mais l'un des grands secrets de l'existence, c'est que nous avons besoin de cette dramaturgie, car le drame de la mort rend la vie plus grande, plus profonde, plus mystérieuse, plus extraordinaire. "Il faut être un Dieu pour mourir" disait George Bataille. Il ne croyait pas si bien dire.
  2. Je te confirme que dans mon lexique, une proposition normative n'est pas forcément relative aux mœurs collectives. À partir du moment où j'énonce ce qui devrait être, il s'agit d'une proposition normative. Par nature, la proposition normative cherche à s'établir comme norme, ne serait-ce que comme norme d'une situation spécifique, en l'occurrence une norme que je souhaite appliquer à ma propre vie, de moi à moi. Ce qui est ici appelé "proposition estimative" n'est jamais qu'une proposition énonciative portant sur le sentiment d'un individu. Ex.: "je trouve que cela est laid": cette proposition énonce ce qui est et non ce qui devrait être; elle vise à informer quant à ce que je ressens. Évidemment, dépendamment du ton sur lequel cette proposition est exprimée, elle pourra ou non acquérir un contenu normatif. Si par exemple je le dis sur un ton de dégoût et que je cherche manifestement à influencer, à rallier, alors on dira qu'un contenu normatif se profile en sous-texte, par exemple: "une chose aussi laide devrait être détruite". Cela signifie par extension que toute proposition énonciative est susceptible d'acquérir un contenu normatif. Quant à la proposition impérative, ce n'est jamais qu'une autre façon d'exprimer une norme. En effet, une injonction telle que "fais cela !" ne signifie jamais que "tu dois faire cela !" ou même "il faut faire cela." Remarquons enfin que sous une proposition normative, il y a toujours 2 proposition énonciatives qui se profilent: l'une portant sur mon sentiment, puisque par exemple "tu dois faire cela" implique que "je pense qu'il faut faire cela"; et l'autre portant sur un raisonnement éventuel, peu importe sa solidité, puisque "tu dois faire cela" implique que "il est préférable, dans une telle situation, de faire cela à cause de telle raison". Ce qui nous rappelle une chose, à savoir qu'une division entre propositions énonciatives et normatives n'est jamais que théorique, et que la réalité expressive de l'homme ne saurait s'y réduire. Si nous nous ramenons dans la division bipartite que je préconise, je pense que la philosophie relève d'un monde normatif. Le philosophe s'attache aux faits, à comment l'homme et le monde sont, mais c'est toujours au final dans le but de prescrire ce que devrait être une vie bonne. Seule la science est strictement attachée à un monde énonciatif.
  3. Dans ce cas, la haine est seulement déviée sur l'existence elle-même. Si je ne peux plus tenir les autres responsables de mes maux, alors c'est l'existence qui est une salope.
  4. En logique, une proposition normative est une proposition qui dit ce qui devrait être, qui édicte une norme. Par exemple, la proposition "les animaux ne doivent pas être maltraités" est une proposition normative, elle exprime une norme d'action. Par suite, comme tu le sais, un mot est à même d'exprimer plusieurs concepts différents. C'est le cas du mot norme, qui peut vouloir dire ce que je viens d'expliquer, ou encore une pratique sociale collective admise et qui fait plus ou moins consensus. On dira par exemple que se promener dans la rue habillé constitue une norme. Mais en l'occurrence, la proposition "les gens se promènent usuellement dans la rue habillés" est une proposition énonciative: elle livre un état de fait, elle dit ce qui est.
  5. Et vous n'étiez qu'un peu chochotte ? Et un brin moralisateur ? Un peu de passion n'a jamais tué personne. J'aime ma philosophie vivante, quitte à y sacrifier en imbécilité. Vous devriez essayer l'imbécilité, je suis convaincu que cela vous irait bien. Vous avez un potentiel d'imbécile.
  6. Et l'étonnement de Platon ? Et la curiosité ? Je prends la question qui est la plus à même d'englober ou de synthétiser l'ensemble du travail philosophique: à savoir en quoi consiste une vie bonne. Or, il s'agit d'une question qui est fondamentale normative, en ce sens que l'être qui se la pose veut établir comment sa vie devrait être. Seulement, une question normative est une question à laquelle on ne peut répondre qu'en faisant intervenir ses forces intuitives; c'est-à-dire que ce n'est pas quelque chose qui se réduit à un raisonnement analytique ou au seul cheminement d'une pensée géométrique. Qu'est-ce que nos forces intuitives ? Celles qui sont liées à notre corporalité: par exemple, intuitionner, c'est un peu "sentir" les choses, porter attention au bourdonnement de notre être, aux crépitements de nos nerfs, aux torsions de nos tripes. Dans le monde moderne, la corporalité est dévaluée au profit de l'abstraction, et l'intuition au profit de la pensée géométrique. Pourquoi ? Par force d'un espoir naïf, parce que nous avons cru trouver un raccourci à nos grandes questions: celui de la Vérité. Nous avons cru pouvoir faire de la grande question normative de la philosophie une question positive, ou descriptive: comme si l'objectif avait été de déterminer en vérité quelle est la meilleur façon de vivre, plutôt que d'effectivement avoir à trancher pour soi-même; comme si l'important était d'établir une théorie de la vie bonne au lieu de la vivre ! Ce biais philosophique de la pensée moderne s'est répercuté sur la posture intérieure de l'homme, qui s'est retrouvé pris au piège d'une espèce de dédoublement entre sa réalité vécue et sa vérité pensée. D'où le fait que nous entendons parfois dire que nous vivons dans une société du "spectacle" (à dessein, je détourne quelque peu le concept de Guy Debord): le spectacle d'une vie à laquelle nous assistons de plus en plus, et donc à laquelle nous nous sentons de plus en plus étrangers. Dans ce contexte, la philosophie peut certainement elle aussi devenir une sorte de spectacle - en l'occurrence, un spectacle philosophique: c'est-à-dire une espèce de jeu abstrait et insensé. Tout cela étant dit, je ne pense pas que la philosophie ait jamais été une pratique réelle pour la multitude... Un relativisme ou un scepticisme absolu serait en effet une forme de non-philosophie, c'est-à-dire de non-engagement par rapport à la quête qui est à la base de la philosophie mais de telles choses n'existent pas: on est toujours sceptique quant à quelque chose, quant à une catégorie de choses, et on ne fait jamais que relativiser certaines choses. Toutefois, nous pourrions à bon droit spéculer à propos d'une posologie du relativisme et du scepticisme, c'est-à-dire nous demander dans quelles circonstances ces attitudes peuvent être utiles et légitimes. Et ils n'ont pas tort ! Si la philosophie ne fait que mobiliser les forces de l'être lié à sa faculté d'abstraction ou à sa pensée géométrique, alors ce n'est qu'un jeu de mots et de théories concurrentes qui n'a aucune espèce d'utilité. Les philosophes ont le devoir de tenter de mobiliser les forces intuitives de l'être.
  7. Non, la philosophie peut passer par des opinions, petite cervelle de moineau !
  8. Tiens ! Vous êtes sympathique vous !
  9. Tu es très perspicace Blaquière !
  10. Qui a parlé de vérité ? Je vois que ma liste vous a impressionné. Trêve d'envolées petites-bourgeoises et de pédanterie: vous n'êtes sans doute pas sans ignorer que le refus de toute autorité fait assurément partie des causes de la crise moderne ou postmoderne de la pensée. C'est à force de discours comme le vôtre que l'idée selon laquelle toutes les opinions se valent ou que toutes les œuvres d'art se valent a fini par se tailler une place de choix dans l'inconscient collectif. Par ailleurs, je constate que vous approchez le concept d'autorité avec la finesse d'un bulldozer, et l'excitation d'un gosse narcissique, en l'associant tout de go avec les idées de soumission, de maître, de domination. Jetons un peu d'esprit philosophique dans cette mare en spécifiant qu'étymologiquement, l'autorité est l'état de celui qui fait croître. L'autorité est nécessaire non seulement à la culture mais aussi à la vie humaine: car ainsi que je le disais ailleurs, les hommes sont davantage faits par l'humanité qu'ils ne se font eux-mêmes. Nous avons irrémédiablement besoin de figures d'autorité, non seulement pour apprendre à faire caca au bon endroit mais aussi pour apprendre à penser. Telle est notre condition. Le pire, c'est que dans vos écrits, vous êtes à même de vous raccrocher à des sources d'autorité, ce qui ne prouve qu'une chose: vous improvisez selon les conditions du moment. Vous avez raison: ces insultes sont sans importance. Après tout, nous sommes des êtres de chair et nous avons nos élans, parfois imbéciles. Tout ce qui compte ici, ce sont les idées. Je pense donc que nous serons d'accord pour affirmer que vous ne devez pas m'en tenir rigueur. Alors sans rancune !
  11. Comme de quoi mon assertion est également critiquable. Autrement, pourquoi le gardien des cochons ne serait-il pas libre, intellectuellement émancipé, et spirituellement robuste ?
  12. L'idée d'unité peut être tournée à bien des sauces. Préserver l'unité de la famille ne peut passer que par l'instauration de certaines règles élémentaires de respect. On peut au moins compter deux situations intenables: celle où l'unité est préservée à tout prix, et celle où l'unité souhaitée a une teneur totalitaire. On remarquera par contre que dans les deux cas, il ne s'agit plus vraiment d'unité, mais bien de contrôle, de domination. À mon sens, le concept même d'unité suppose l'adhésion et le bonheur de ceux qui sont unis.
  13. Eh bien ! Vous avez remarqué la différence qu'il y a entre la nature humaine et les règles morales que les hommes se donnent ! Et ce, dès l'enfance ! Quel pénétrant observateur de l'humanité vous êtes Annalevine ! Que pourriez-vous nous dire d'autre ? À quel âge précoce avez-vous par exemple remarqué que la morale dissimule souvent des relation de domination ?
  14. Ma foi, c'est une élégante façon de vous en sortir. Je vous aurai à l'oeil Aethra !
  15. N'oubliez jamais: tout ce qui vous direz en philosophie pourra être retenu contre vous.
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