Aller au contenu

Dompteur de mots

Membre
  • Contenus

    1734
  • Inscription

  • Dernière visite

4 abonnés

À propos de Dompteur de mots

  • Rang
    Forumeur alchimiste

Informations Personnelles

  • Sexe
    Homme

Contact

Visiteurs récents du profil

9264 visualisations du profil
  1. Il est probablement plus fécond de dire au commun d'aller moins dans les magasins que lui dire de "changer son rapport interne avec les magasins". Et puis la première condition d'un approfondissement intérieur, d'un changement philosophique, c'est le ralentissement, l'entrée dans la solitude.
  2. Bonjour Déjà ! Ce que j'ai dit dans mon intervention était livré sur un mode polémique. Mais nous pourrions très bien le reformuler de cette manière tempérée que tu affectionnes tant, en disant par exemple qu'effectivement, on ne "change" jamais à proprement parler une personne: on ne fait qu'éveiller des parties de lui-même qu'il ignore. Tel est l'effet de l'œuvre d'art: elle éveille des sensations, des pensées inédites chez le spectateur et par le fait même, lui fait éprouver son existence d'une manière nouvelle. C'est l'intégration de ces nouvelles expériences qui nous change, non pas à la manière d'une modification mécanique, comme une pièce que l'on changerait sur une voiture, mais bien de façon organique, et petit à petit. Non, en effet. C'est la communication de la passion de la connaissance et de la liberté de penser par soi-même qui peut changer - pardon, qui peut éveiller des parties enfouies de lui-même d'un tel superstitieux. J'ai toujours pensé que le raisonnement ne devrait être au philosophe qu'un médium, qu'une manière de manifester quelque chose de plus profond, de plus difficile à cerner. Cette chose difficile à cerner, je l'appelle le geste philosophique. Tu sais la sensation que l'on éprouve lorsque l'on a compris une pensée d'une manière profonde, de telle sorte que nous avons l'impression d'être en communion avec cette pensée ou avec son auteur ? C'est une compréhension étrange: elle se manifeste en nous par une intuition, par une sensation profonde mais insaisissable. Et lorsque nous tentons de l'expliquer à une autre personne, nous nous rendons compte que c'est impossible. Cela ne s'explique pas. Nous ne pouvons qu'à notre tour tenter de manifester cette passion, notamment en passant par le raisonnement. Même si nous savons pertinemment que ce n'est pas la raisonnement que nous voulons faire comprendre, mais bien ce qui lui est sous-jacent. Et bien tout cela, cette chose, c'est le geste philosophique. Suivant ce que je viens de dire, tout le raisonnement qui est contenu dans le paragraphe que je viens d'écrire n'est lui-même que le reflet imparfait d'un geste philosophique qui m'est propre. La manière dont nous nous déchargeons de nos pulsions est modifiée par nos expériences. L'adulte ne mange pas comme un bébé, le fumeur qui a traversé un cancer ne vit plus son envie de la même façon, etc. Par suite, afin qu'une démarche ou une rencontre philosophique soit féconde, il faut qu'elle constitue une expérience. I.e.: il ne faut pas qu'il s'agisse d'une simple affaire de raisonnement. Les gens qui changent de pensée comme ils changent de chaussettes ne vivent pas d'expériences philosophiques. Mais je n'ai jamais dit que toutes les rencontres et que toutes les pensées étaient fécondes. Mais si je t'ai répondu, c'est déjà que tu m'as fait vivre une expérience. À vrai dire, la conclusion de tes raisonnements m'importe très peu. C'est ce que tu incarnes qui te rend intéressant: la tempérance philosophique, le goût de la médiation intellectuelle. Tu auras compris qu'avec ma recherche d'expérience bouleversantes, la tempérance de la pensée m'apparaît comme quelque chose de mortifère. Néanmoins, c'est une passion inévitable en philosophie. Il peut être intéressant de voir comment nous pouvons nous conjuguer. Je crois que j'aime te donner des paires de claques tempérées.
  3. Pourquoi rester zen au fait ? Pourquoi ne pas vous énerver un peu ? Pourquoi ne pas vous laisser stimuler, question de faire surgir ces petites intuitions qui dorment ? La philosophie n'est pas une affaire de vaches, et l'image du sage à la tranquillité bovine est une idiotie.
  4. Moi je désire que l'on s'immisce dans mes pensées et que l'on s'impose dans mon imaginaire. Je veux que les artistes et les penseurs me triturent, me chavirent, me renversent, me bouleversent, me remettent en question. Et à l'inverse, si j'estime que j'ai face à moi une tête de bique qui débite des âneries (je ne dis pas que c'est votre cas), je veux pouvoir m'immiscer dans ses pensées et m'imposer dans son imaginaire. Pire: je veux pouvoir détruire les structures réflexives qui sous-tendent ces âneries. Qui a besoin au fait de se réclamer d'une liberté de pensée ? Ceux qui réalisent qu'ils sont enserrés dans des structures qui les dépassent et qui ne se sentent donc pas libres, et qui sont donc à la veille d'entamer un mouvement d'émancipation. Autrement, le petit fait malingre est qu'il faut être un peu niais (je ne dis toujours pas que c'est votre cas) pour proclamer l'autosuffisance de sa pensée.
  5. Dompteur de mots

    Raison pure?

    Du Kant, c'est assez rébarbatif. Vous ne vous embarquez certainement pas pour une aventure poétique. Nietzsche, toujours délicat, soutenait que la philosophie de Kant en était une de fonctionnaire. Votre tâche est donc ici d'apprendre à vous ennuyer. Si cela peut vous encourager, ça pourrait être pire. Vous pourriez vous intéresser à Hegel par exemple.
  6. Dompteur de mots

    Raison pure?

    Un homme de l'intelligence d'Anna Levine qui traîne sur un forum comme celui-ci à un certain âge devrait être tenu pour suspicieux dès l'abord, car la conjonction de ces 3 particularités en fait un excellent candidat au titre d'intellectuel raté. Or, on peut facilement s'imaginer tout le monde des mauvais affects qui peuvent polluer ce type de conscience, la chaîne des frustrations qui l'enserrent, et on devine dès lors l'inévitabilité d'une attitude surcompensatoire se manifestant par un besoin aveugle d'influencer ou de casser les esprits - et surtout les jeunes esprits, ou encore les esprits qui en arrivent au stade de leur émancipation philosophique. À un certain degré d'usure, ce type de conscience sombre dans le cynisme au moindre signe de résistance...
  7. Dompteur de mots

    Empathie ?

    Le grec sympathès est composé de sun (avec) et de paskhô (être affecté). Donc, avoir de la sympathie pour quelqu'un, ce serait partager ses affects, ses états d'âme, vivre dans une certaine communauté affective avec cette personne. Quant à l'empathie, le mot provient du grec empatheia, qui lui même est un assemblage en en (dans) et de pathos (passion). L'empathie désigne donc en quelque sorte le regard ou plutôt la connaissance que l'un peut avoir des passions (ou des affects) de l'autre. La notion exclut donc l'idée de communauté affective. L'amour pousse à aider l'autre, peu importe ce qui nous chatouille entre les deux jambes. Est-ce que la manière d'aider diffère selon la culture traditionnelle de l'un et l'autre sexe ? Certainement. L'homme traditionnel a une approche définitivement plus rationaliste de l'aide à autrui et, par là, plus simpliste. Il réduit les problèmes à quelques facteurs objectifs et administre les recommandations. La femme traditionnelle perçoit le monde affectif d'autrui avec une plus grande profondeur et perçoit ainsi tout le monde de petites complexités qui se glissent entre elle et la souffrance de l'autre. Aussi, son aide va-t-elle prendre la forme d'une attention prolongée, d'une bienveillance relationnelle, question de pouvoir pénétrer ce monde de petites complexités. Cette conception a d'ailleurs été développée dans toute une branche de l'Éthique que l'on appelle éthique de la sollicitude (ou éthique du care).
  8. Dompteur de mots

    Raison pure?

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Lexique_d'Emmanuel_Kant#Critique http://kant.chez.com/maquette/html/dico/theorique/c.html#Connaissancethéo Le problème est que vous allez avoir à peu près autant de définition qu'il y a de philosophes. Ce que vous voulez savoir en l'occurrence, c'est ce qu'est une connaissance pour Kant. Or, cette notion est solidaire de toute sa critique de la raison. Mais si vous voulez vous imprégner de l'ambiance kantienne, lisez ces quelques bribes !
  9. Dompteur de mots

    Raison pure?

    Je ne crois pas que de faire preuve de curiosité à l'égard d'un philosophe soit une forme de soumission. Peut-être que vous vous sentez philosophiquement vulnérable et que vous tentez de vous préserver ? Ou alors est-ce votre orgueil qui a parlé ? Dans tous les cas, selon ma pitoyable connaissance du corpus kantien, la raison pure est la raison en dehors de l'expérience, la raison a priori de l'expérience et qui rend possible la connaissance. Dans son bouquin, Kant va donc dresser la carte de cette raison en spéculant par exemple sur les formes a priori de la sensibilité - soit l'espace et le temps, ou encore sur les formes a priori de l'entendement - je parle de ces petites horreurs que sont les catégories kantiennes. Mon expérience m'a amené à réaliser que bien que Kant croyait, avec sa méthode, échapper aux pièges de la métaphysique, de la spéculation sans fondement sécrétée ad nauseam, il ne faisait guère mieux que ceux qu'il critiquait. Car toute tentative de "fonder" la pensée est précisément métaphysique, idéologie et esbrouffe intellectuelle - en l'occurrence, une esbrouffe rationaliste. Je ne pense pas non plus qu'il y ait quelque chose comme une "raison pure", comme une raison a priori de tout le reste. Le seul a priori, c'est celui que l'on nous fourre dans la tête en arrivant sur terre. Même la logique est normative comme le disait un ami de Wittgenstein que Wittgenstein cite à quelque part dans un endroit de son œuvre que j'ai oublié: c'est-à-dire qu'elle n'est autre chose qu'une discipline afin d'entraîner l'intellect à percevoir et à interpréter certains événements ou certaines paroles d'une manière donnée - en l'occurrence, de la manière logique.
  10. Les gens agissent en fonction des informations qu'ils possèdent. Si tu leur donne de nouvelles informations, leur façon d'agir changera forcément. Après, il y a une question de clarification logique. Par exemple, la proposition "les routes seront bouchées ce week-end" signifie en fait "je pense que les routes seront bouchées ce week-end" ou encore "actuellement, les indicateurs de circulation portent à croire que les routes seront bouchées ce week-end". Ces propositions ne nous renseignent pas sur ce qui se produira réellement, mais seulement sur ce qui peut être escompté à ce moment-ci. Et cette information peut forcément changer la façon d'agir des gens. Mais par suite, il n'y aura pas de vérité autoréalisée, mais seulement la possibilité de générer une nouvelle proposition factuelle: "les routes sont ou furent effectivement bouchées ce week-end" ou encore "les routes ne sont pas bouchées". Autrement, il y a la confusion du normatif (qui dit ce qui devrait être) et de l'affirmatif (qui dit ce qui est), qui constitue le mode de fonctionnement de toute bonne propagande ou de toute idéologie: on déguise une proposition du type "je pense que..." en proposition du type "voici comment les choses sont..." afin de jouer d'une manière perverse sur la faculté d'agir des gens en leur faisant croire que le contenu d'une simple opinion est aussi inéluctable que la réalité.
  11. J'en pense qu'il y a là des éléments de réflexions forts intelligents. L'on sent poindre dans cette manière de te tenir à distance de l'humanité pour mieux l'observer une caractéristique typique d'un regard philosophique. Et bien que la translation des 4 éléments aux forces motrices de l'action humaine soit assez simpliste, il n'empêche qu'il y a dans cette tentative d'expliquer le cours de la vie humaine par l'action de forces extérieures étrangères à nos certitudes morales la base même de toute psychologie ou de toute sociologie. Seulement, il faut bien considérer que dans le monde des vivants, les forces naturelles agissent sur les êtres non seulement de façon purement extérieure, comme dans le monde minéral (la gravité agit sur le rocher exactement de la même façon que sur nous), mais aussi de façon intérieure - un phénomène que l'on peut désigner avec ce terme générique qu'est le Désir. Évidemment, en poésie, on pourra certes dire par exemple que le Désir est semblable à un feu qui nous habite. Et je pense que la métaphore n'est pas fortuite, puisqu'il y a réellement une combustion qui préside au Désir; et aussi une force gravitationnelle, une force de la terre qui préside à son extinction...
  12. La logique est l'étude des principes intellectuels à partir desquels l'homme peut former des connaissances. La science est l'étude systématique du monde naturel dans le but d'en tirer des connaissances. Quant à la philosophie, elle est recherche de ce qui peut constituer une vie bonne - non pas d'un point de vue objectif, mais bien d'un point de vue existentiel. Celui qui cherche les conditions d'une vie bonne d'un point de vue objectif est plutôt un moraliste. En ce qui concerne la vérité, on peut l'entendre de différentes façons. Elle peut par exemple dénoter la validité d'une connaissance - c'est-à-dire son adéquation avec les principes de la logique ou de la science en général. Ou dans une discipline comme la philosophie, elle peut représenter d'une manière abstraite l'idéal, l'aspiration de l'être qui recherche la vie bonne. Dans ce cas, ce n'est pas quelque chose qui se constate ou qui s'obtient ou qui se démontre, mais bien quelque chose que l'on peut ressentir. Pour parvenir à son but, la philosophe a besoin de former des connaissances, c'est-à-dire de connaître le monde et de savoir ce qui lui est possible. D'où le fait qu'il va fréquenter la science et la logique de façon étroite.
  13. Dompteur de mots

    La soumission

    Vous avez tout à fait raison. En l'occurrence, distinguons la fierté comme vanité de la fierté comme respect de soi-même.
  14. À une situation difficile qui normalement inspirerait cette réaction normale et souvent constructive que l'on appelle la peur, on peut parfois répondre par le déni. C'est-à-dire s'enfermer dans un scénario imaginaire dans lequel tout est censé bien aller. Comme le font par exemple les climato-sceptiques ou les climato-positivistes. Ou il y a une forme encore plus subtile de déni qui consiste à se séparer le cerveau en deux pour reconnaître d'une part que ça va mal mais d'autre part à continuer d'agir comme si tout allait bien. Comme le font par exemple ceux qui ne sont pas climato-sceptiques ou climato-positivistes. On peut dire que le déni constitue une forme de facilité et qu'il faut du courage pour le dépasser. Et cela notamment parce que ce dépassement suppose... d'avoir peur.
  15. Dompteur de mots

    La soumission

    Un raisonnement bien ciselé a le don de soumettre des interlocuteurs d'une façon admirable, dans la mesure où cette domination s'exerce dans l'optique de la recherche d'une juste résolution au-dessus, au lieu par exemple de la vaine recherche de quelque fierté personnelle. Inversement, nous dirons que le fait de se soumettre à un raisonnement supérieur est noble, dans la mesure où l'être consent ainsi à sacrifier sa fierté pour un but plus élevé. En revanche, il est abject de chercher à soumettre un interlocuteur par des moyens par exemple sophistiques et par pure vanité, tout comme il serait abject de se ranger à un raisonnement pour s'attirer des faveurs, par crainte de s'exprimer ou par indolence intellectuelle. Dans mon cas, le fait d'être le participant le plus avisé du forum comporte l'inconvénient que je me dois d'être mon propre contradicteur puisque personne ne le fera d'une façon satisfaisante. Également, cela vient avec tous les inconvénients qui découlent de l'habitude d'avoir raison: cynisme, arrogance, mépris, etc.
×