(ce n'est pas le fait qu'il n'y croit pas qui me pose un problème c'est qu'il ne propose rien en contrepartie)
Oui parce qu'à moins d'avoir vécu 30 ans dans une caverne on peut quand même au moins s'interroger sur la conflictualité de la société.
Bien sur le concept de lutte des classes est souvent rattaché au marxisme mais ce sont les libéraux qui ont inventé le concept (là j'imagine un peu votre tête : ().
Oui, oui je sais c'est étonnant... et ça ne remet pas en cause l'importance de la contribution de Marx.
En effet, nous avons des précurseurs de Marx (historiens ou penseurs libéraux comme Guizot, Thierry ou même Rousseau).
Ils ont observé et décrit des rapports conflictuels entre groupes sociaux dans nos sociétés (bourgeoisie vs noblesse, maîtres vs travailleurs, riches vs pauvres) sans pour autant théoriser cette opposition comme moteur central de l’histoire.
Le but de cette réflexion sera de donner des éléments de la théorie marxiste pour nous permettre de répondre à cette question.
Il y a une appréciation différente des libéraux sur la lutte des classes : c'est son importance dans les rapports sociaux et l'organisation et comme moteur central de l’histoire :
Karl Marx, Lettre à Joseph Weydemeyer, 5 mars 1852
mais pour ceux qui veulent aller plus loin je proposerais des textes à lire pour bien comprendre l'idée du machin parce-que je sais bien par expérience (pour avoir lu le manifeste et le capital notamment) que Marx est difficile à appréhender.
Dans le cas ou vous maitrisez les concepts marxistes et parétiens je vous propose de toute de suite passer à la partie intitulée "Mais que faire de toutes ces théories ?".
L'analyse marxiste des effets de l'industrialisation
Si vous avez déjà lu un de mes articles, d'une part je vous en remercie et d'autre part, vous savez alors que j'apprécie contextualiser les choses et Marx n’y échappera pas ! Lui-même n'a pas eu l'idée de développer ses concepts par hasard.
Le XIX ème est une époque de grands changements à plusieurs niveaux : les rapports de production, les rapports sociaux, et les structures politiques (Il a même pour le coup était contemplatif). Ces changements sont la conséquence de l'industrialisation des économies qui va faire naitre la classe laborieuse (la classe ouvrière), le salariat. De même Marx est au départ un philosophe qui va d'abord s'intéresser aux rapports sociaux. Il étudie par exemple la Commune de Paris et les évolutions politiques de la France. Ce développement du salariat a pour conséquence de pousser un bon nombre d'ouvriers dans la misère, ce qui pousse Marx à penser qu'il y a une profonde injustice puisque l'ouvrier par son travail est la vraie force productive de l'économie, comment cela a-t-il pu arriver ? Il va revenir à l'essence de la science économique pour répondre aux questions posées par ce nouveau monde. Le concept de la valeur-travail fondateur de la philosophie de Marx Aux prémices de la science économique il y a bien souvent la question de la valeur des marchandises, de la richesse et de son partage. Vous êtes en train de vous dire "Mais pourquoi se poser cette question avant toutes les autres ? ", et la réponse est simple : c'est le point de départ de toutes les théories économiques puisque l'économie est fondée d'abord sur la compréhension de l'échange créateur de richesse. On retrouve déjà cette idée chez Adam Smith, Ricardo et tous les économistes classiques (oui, oui je viens de dire que Marx partage la même base que les libéraux classiques , ainsi Marx est souvent surnommé "le dernier des classiques"). Ainsi pour Marx, c'est la quantité de travail qui détermine la valeur de la marchandise : Marx ici prend toute sa dimension Hégélienne : le travail permet de se réaliser, il est socialisant. Il est fait dans un but précis et découle d'une véritable réflexion, en cela l'Homme se distingue donc de l'animal. Mais l'organisation de la production héritée de l'industrialisation dépossède l'ouvrier de son propre travail, il ne peut plus en jouir et ne vise plus uniquement la satisfaction d'un besoin, il devient en ce sens une aliénation. On assiste à ce que Marx appelle la mortification de l'ouvrier. On retrouve ce "vol" du travail de l'ouvrier dans le principe de la plus-value qui représente le travail non payé : L'Homme est ainsi dans le capitalisme une marchandise comme une autre et la force du travail à son prix :
Pourquoi la lutte des classes ?
Dans lutte des classes, il y a quoi ?
Vous allez me répondre : [bhinnnnn "lutte" et "classes" ]
et je vous rétorque alors : "très bien !
C'est exactement cela pas besoin de chercher compliqué dès le début". De prime abord, on peut se dire que la lutte est un combat, une confrontation et la classe est un groupe d'individus. Marx accorde à la lutte des classes une importance historique et même plus, une importance élémentaire qui fonde notre société (c'est le matérialisme historique) : Pour Marx, il y a une opposition entre ce qui a appelé : la bourgeoisie : (propriétaire du capital, de l'outil de production) ; et le prolétariat (usant de sa force travail). Cette opposition est systématique, violente et surtout déséquilibrée …
Souvent on l’oublie mais Marx n'était pas non plus totalement idiot et on peut trouver ça très beau ... mais comment expliquer alors certaines classes se mobilisent et d'autres non ? Marx a répondu avec cet exemple : On parle aussi du passage de "la classe en soi" à "la classe pour soi" : Classe en soi : un groupe partageant des conditions économiques similaires, mais pas nécessairement conscient de ses intérêts communs. Classe pour soi : le même groupe qui prend conscience de ses intérêts et agit collectivement (grèves, mouvements politiques). qui est le moment où la conscience de classe apparaît chez les individus composant cette classe pour défendre ses intérêts.
De la même manière, Marx n'est pas naïf sur l'individu et il conçoit qu'il faut une motivation pour "entrer en classe": À partir du moment où il y a conscience de classe, il y a un intérêt de classe à défendre contre une classe antagoniste et nous bouclons la boucle puisque nous revenons à la lutte des classes. La lutte des classes est donc une dynamique sociale historique. Vilfredo Pareto une autre façon de voir D'autres auteurs ont réfléchi sur cette problématique, je peux vous présenter une autre façon de voir les rapports sociaux, celle de Vilfredo Pareto. Pareto est assez ambitieux puisqu’il tente d’avoir une approche générale (une science générale de la société), ce qui le rapproche de Marx. Marx et Pareto appartiennent à l’école du soupçon : le discours de l’Homme est trompeur, les mobiles, les significations des actes, les significations des pensées ne sont pas celles que veulent avouer les acteurs. Chez Freud, on a une idée du conscient et de l’inconscient. Chez Marx, nous avons dit que le mobile est l'intérêt de classe... Chez Pareto, ce sont des sentiments qu’il appelle « instincts » qui se trouvent un nombre de justifications rationnelles. Pareto distingue ce qu’il appelle les actions logiques et les actions non logiques : il faut partir de l’idée que les acteurs engagent des moyens en vue de certaines fins. Ceci dit, l’utilisation des moyens ne conduit pas automatiquement aux fins liées.
Pourquoi ? Il n’y a pas nécessairement un équilibre dans la combinaison entre la fin et les moyens, c’est-à-dire certaines fois les buts peuvent être improbables et les moyens inadéquats
(Exemple : les sacrifices humains) À ce moment-là, on a affaire à des actions non rationnelles.
Pareto partage une certaine philosophie occidentale dominante depuis plusieurs siècles : le monde peut être rationnel et les individus peuvent être aussi rationnels.
Comment expliquer les actions logiques et non logiques ?
Cela révèle que les individus sont gouvernés par les instincts mais aussi par la raison. Les instincts sont nommés par Pareto, résidu.
Pour passer des instincts aux résidus il y a un phénomène de dérivation.
Les dérivations sont les discours que va produire l'individu pour justifier ses instincts.
L’individu pour paraître rationnel va avoir un discours (même trompeur)
car il n’a ni un but atteignable ni les moyens adéquats.
Il existe plusieurs formes de résidus : notamment l’instinct de combinaison qui est la tendance des hommes à établir des rapports entre les choses et les idées. C’est ce que Pareto appelle le résidu du développement intellectuel et culturel.
Exemple : les institutions sont le résidu de l’ordre social.
Les dérivations sont des explications verbales (la doctrine) qui vont enrober les actes non logiques.
Cela nous indique que les raisons de nos actes ne sont pas celles que l’on s’avoue, il faut donc démarquer les buts de la pensée.
Autre concept chez Pareto : l’idée d’hétérogénéité :
Il y a un fait fondamental, la société humaine n’est pas homogène :
Vilfredo Pareto, Cours d’économie politique, 1906
Cette hétérogénéité prend plusieurs facettes, et cela se traduit par un fait fondamental pour toutes les sociétés : c’est une séparation ou une opposition entre la masse des individus gouvernés et un petit nombre d’individus gouvernants.
Cela va conduire vers une société hiérarchisée en 2 couches :
Couche supérieure (les gouvernants) ; Couche inférieure (les gouvernés). La nature de cette élite va dépendre d’instinct et si l’élite a des instincts de combinaison : l’élite utilisera la ruse ; si en revanche c’est l’instinct de persistance qui domine, il n’y aura pas beaucoup de développement économique.
Cette élite a deux moyens pour maintenir son pouvoir :
la ruse . la force, c’est-à-dire :
soit l’art de convaincre ou l’art de la tromperie. soit les moyens de contrainte, Ainsi, un gouvernement peut être légitime s’il persuade la masse d’obéir au petit nombre.
L’idée, c’est que l’on a toujours des aristocraties qui se succèdent (pour Pareto l’histoire est toujours aristocratique), la domination par une minorité est une constante, quel que soit le régime politique.
Vilfredo Pareto, Traité de sociologie générale, 1916
Enfin, les élites meurent de 2 façons :
Transfert interne : de nouvelles élites émergent à l’intérieur du système existant, souvent par ascension sociale ou acquisition de pouvoir au sein de la hiérarchie. Rupture violente : renversement radical, révolution ou effondrement d’un régime entraînant la disparition de l’ancienne élite. Avec le temps, l’élite perd de son énergie, les héritiers vont profiter de leur naissance et être atteints par le résidu de « première classe » (l’esprit critique et scientifique).
Autres raisons qui peuvent faire circuler les élites : les décadences sociales et biologiques, cela exclut une harmonie durable entre les dons des individus et les positions qu’ils occupent.
La masse des gouvernés est un « mouton » (on la qualifiera de manière plus académique comme "passive") et ne connaît pas les règles du jeu (ce sont les élites qui imposent les règles).
Vilfredo Pareto, Cours d’économie politique, 1906
Mais que faire de toutes ces théories ?
Oui parce que là je n’ai fait que présenter deux théories qui ont des divergences et des convergences bien visibles et notre question n’est pas pour l’instant réellement abordée ! Mais au moins nous avons les mêmes outils de réflexion maintenant.
Alors bien sûr, d'aucuns diront que de toute façon tout ceci n'est qu'un ramassis de bêtises et que seul l'individu est important, je suis toujours assez étonné de ce discours qui se coupe de toute dynamique sociale.
Alors qu'en penser ? Bien sûr le monde a changé et les Trente Glorieuses et le New Deal ont justement travaillé à effacer les antagonismes et répartir équitablement la richesse créée. Pendant cette période, on a cherché à dépasser cet antagonisme.
Ce n’est qu’une question personnelle (et annexe) ici :
mais le capitalisme n'a-t-il pas été plus équitable lorsque l'idéologie économique et politique lui était disputée par le communisme ?
C'est sur cette période qu’a été anesthésiée la conscience de classe et pas pour de mauvaises raisons : la mobilité sociale a été encouragée, la plus-value mieux partagée. Et jusqu’à maintenant, le capitalisme a muté lors des crises. Mais cet équilibre depuis quelques décennies est rompu et les vieux antagonismes se sont réveillés.
Ou trouver cet antagonisme aujourd'hui ?
On peut le retrouver car il semble que la mobilité sociale rencontre des obstacles , les antagonismes entre le capital et le travail, et une mauvaise répartition de la richesse et de la plus-value.
Dans cet environnement, la paix sociale est rompue et le salarié prend la place de l'ouvrier tentant de lutter contre le capitaliste mondialisé.
Surtout que se grouper pour défendre un intérêt est maintenant très mal vu (c'est du corporatisme ! des dangereux !).
D'un point de vue marxiste, l’aliénation continue : pour produire, il faut se sédentariser, c'est une des conditions élémentaires, mais le capitaliste est mobile.
La lutte des classes est présente mais diffuse dans ses revendications qui ne sont plus strictement économiques.
Mais peut-être que le non-recours à la classe sociale s'explique par l'incapacité à créer un intérêt commun et même plus largement une vue collective à un projet commun (on n'y est plus habitué depuis le temps !). Et la classe dominante, en tout cas on est sûr qu'elle existe, qu'elle a un intérêt commun et un antagonisme se creuse.
Le fait que la conscience de classe ait diminué ne veut pas forcément dire que les classes sociales n'existent pas (ou plus), elles ne sont pas mobilisées, ce qui est différent. Après on ne peut pas non plus négliger le fait que la classe ouvrière (porteuse dans la philosophie marxiste de changement) n'a plus la même importance qu'auparavant du fait de la tertiarisation de l'économie française.
De même que la moyennisation de la société (la définition de la classe moyenne et sans doute l'impression qu'on y appartient tous), il y a même ici un sacré paradoxe : on sait qu'elle existe mais on peine à la définir aussi bien sur le plan économique que sociologique.
C'est ce qu'il y a de plus dangereux : la non-mobilisation, l'exclusion citoyenne qui découle de la désillusion (à tort ou à raison) de la dimension politique.
Au lieu de se grouper (d'avoir un réflexe de classe), l'individu s’écarte et se met en marge de la société et se centre sur sa dimension individuelle.
Cela n'a l'air de rien mais de ce fait, l'extérieur est souvent perçu comme au mieux un envahissement et au pire une agression.
Proposition(s) bibliographique(s) :
Philippe Corcuff, Marx XXIesiècle, coll.petite encyclopédie critique, 2012, (p. 191) Henri Pena-Ruiz, Marx quand même, Plon, (p.385) Karl Marx; Lettre à J. Weydemeyer 5 mars 1852 (p.4) Karl Marx, Le capital Karl Marx, Le manifeste du parti communiste Article initial écrit en 2013, contenu complété (sur certaine définition et sur partie sur Vilfredo Pareto) avec actualisation du format global en février 2026
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