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Philosophons

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Invité chekhina

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Neopilina Membre 7 805 messages
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Le 04/05/2026 à 09:52, ashaku a dit :

Il est possible de concilier les deux visions, tu ne penses pas ? Il y a d'un coté l'univers comme ensemble de phénomènes perçus par l'humain, c'est la réalité matérielle mesurable, celle qu'étudient les sciences et ce "mode" de l'univers est ce qui a un début et une fin. Mais on peut aussi voir l'univers comme l'objet inaccessible à nos sens qui génère les phénomènes que nous percevons, cette source de notre réalité, elle, peut tout à fait être d'une nature qui ignore les notions de début ou de fin. Notre réalité matérielle serait une histoire parmi d'autres possibles dans le réel.

Je ne résiste pas. Pour commencer, et bien commencer, en philosophie, philosophiquement dit (oui, c'est lourd, mais il faut au moins ça), tu peux te dire que ta réalité, c'est la Tienne. Je te renvoie à la conscience de Soi (au cogito, au mieux, ci-dessous en signature), aussi clairement que possible.

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Membre, 44ans Posté(e)
ashaku Membre 1 034 messages
Mentor‚ 44ans‚
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Il y a 6 heures, Neopilina a dit :

Je ne résiste pas. Pour commencer, et bien commencer, en philosophie, philosophiquement dit (oui, c'est lourd, mais il faut au moins ça), tu peux te dire que ta réalité, c'est la Tienne. Je te renvoie à la conscience de Soi (au cogito, au mieux, ci-dessous en signature), aussi clairement que possible.

Bien entendu, les spécificités de mon être font ma réalité qui est mienne. Cependant, je partage un certain nombre de mes spécificités avec les autres humains (voir avec des yeux qui captent la lumière entre deux fréquences ; entendre les sons dans une certaine plage de fréquence ; etc).

La réalité est un mélange, à la fois personnelle au sujet et partagée par tous les êtres qui ont évolué pour voir le monde avec ces même capteurs spécifiques que moi.

Je suis d'accord avec toi que le vécu est personnel, c'est-à-dire que "le monde tel que je le vois" m'est exclusivement personnel. Mais cette vision contient des éléments qui sont commun avec d'autres visions issues d'autres personnes. Nous regardons tous la même chose (le monde) avec le même outil (le corps humain) et nous en concevons un même résultat, mais chacun avec ses spécificités personnelles, chacun ses œillères, ses raccourcis, ses interprétations, son échelle de valeurs.

On peut noter que les points de vue différents peuvent être reliés. Si face à une situation j'ai ignoré l'un des faits (par aveuglement, inattention, au autre raison) et me forge l'opinion A, quelqu'un à coté a bien tout observé et s'est forgé l'opinion B. Nous discutons, constatons nos différences (subjectivité des protagonistes), trouvons qu'il me manque un fait, je suis mis au courant et finalement mon opinion évolue naturellement vers B (objectivité de la scène).

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Membre, Posté(e)
Neopilina Membre 7 805 messages
Maitre des forums‚
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Le 04/05/2026 à 09:52, ashaku a dit :

Il y a d'un coté l'univers comme ensemble de phénomènes perçus par l'humain, ...

L'univers, c'est l'ensemble des choses qui le constituent (1). Dont moi et toutes mes productions quelles qu'elles soient. Nous en faisons parties.

(1) On peut relever avec un très grand fruit, que cet ensemble est ontologiquement, dialectiquement et philosophiquement auto-constitutif, il est sa propre référence. " Sphère accomplie ", très très vieille métaphore.

Il y a 9 heures, ashaku a dit :

Nous discutons, constatons nos différences (subjectivité des protagonistes), ...

C'est la prise en compte philosophique de la subjectivité, et il y a autant de subjectivités qu'il y a de Sujets (c'est pour ça que la philosophie dit " Sujet "). C'est le point de départ obligatoire d'une démarche philosophique occidentale, continentale et académique. Et je n'y peux absolument rien. On a tout à fait le droit de faire en dehors de celle-ci. J'ai décidé de faire dedans. D'où ma signature, parfaitement dans les " clous " à ce titre.

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Membre, 45ans Posté(e)
Arkadis Membre 506 messages
Forumeur alchimiste ‚ 45ans‚
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Dans le numéro 583 de mai 2026 du magazine "Pour la science" Philippe Descola (anthropologue, professeur émérite au Collège de France) donne une interview sur le thème des quatre ontologies qu'il définit ainsi : naturalisme, animisme, totémisme et analogisme. Quatre ontologies ou encore quatre façons de faire monde. Nous avions abordé ce sujet, avec @al-flamel dans l'étude du livre de Mohamed Amer Meziane, "Au bord des mondes". 

Deux ontologies nous avaient intéressés, le naturalisme et l'animisme. Nous avions corrigé le mot "animisme" par le mot : intériorité, ce mot décrivant plus précisément ce dont les auteurs voulaient parler (eux-mêmes emploient ce correctif). En effet le mot "animisme" quand il  est repris par les Occidentaux, les naturalistes, est fondé sur leur concept de l'âme qui n'est pas le concept pensé par les animistes. Le mot intériorité évite de tomber dans l'acception reprise par les Occidentaux et permet de mieux comprendre la pensée des animistes.

Par exemple si un animiste rentre en communication avec un non-humain, un animal par exemple, il ne part pas de l'idée que cet animal a une âme (distincte donc de son corps) mais il part de l'idée que l'animal est habité par une intériorité étendue à tout son corps. 

Descola part de cette distinction humain/non humain et il fonde ses quatre ontologies sur la façon dont les humains entrent en relation avec les non-humains.

Il décrit son expérience de vie en compagnie des Achuars, une population amérindienne de la haute Amazonie. Il voulait étudier les rapports noués entre les Achuars et la Nature, telle que lui la concevait. Avant de s'apercevoir qu'il ne pouvait pas s'appuyer sur ce mot, Nature, pour continuer d'étudier cette population, les Achuars n'ayant aucun mot dans leur langage qui lui corresponde. Il observa que cette absence venait du fait que les Achuars vivaient en continuité morale et cognitive avec les non-humains. Ils ne pouvaient pas penser le mot Nature car ils ne pouvaient pas se penser extérieurs à la Nature.

Cette attitude des Achuars m'a réconcilié avec moi-même. En effet je ne réussis pas à penser ce mot Nature, ce qui me met en difficulté avec les Occidentaux qui s'y réfèrent sans cesse. Je pense à Spinoza bien sûr mais aussi à Kant et à tant d'autres philosophes occidentaux qui pensent l'homme comme un être  distinct des autres êtres grâce à sa capacité à sortir de l'état de nature.

Pour moi il y a toujours eu continuité entre non-humains et humains, et je pense en définitive que cette continuité m'empêche de penser la Nature comme les Occidentaux la pensent. 

L'une des conséquences de l'ontologie fondée sur l'intériorité de tout ce qui existe, humain ou pas, c'est que, dans cette perception là, il n' y a pas de verticalité, les rapports sont "horizontaux", il n' y a pas de hiérarchie de "dignité d'existence" entre humains et non-humains. S'il y a une hiérarchie, cette hiérarchie ce touche pas la dignité d'être, d'exister. Il n' y a pas non plus de Dieu ou de tout ce qui remplace Dieu (les Absolus, dont la Vérité par exemple). Dans un telle ontologie il n' y a pas non plus d'athéisme puisque le mot Dieu lui-même n'a pas de sens comme n' en a pas le mot Nature.

Il reste à développer maintenant l'ontologie : naturalisme.

 

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Membre, 45ans Posté(e)
Arkadis Membre 506 messages
Forumeur alchimiste ‚ 45ans‚
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Je me rends compte que l'existence, par rapport à soi, dans son environnement, d'un champ "hostile" ou contraire stimule la force créatrice. 

Ce champ contraire il est possible de le rencontrer dans les réseaux sociaux. Je lis cette réflexion d'un collectif d'intello, peu importe qui, qui cite Günther Anders,  "Je hais, donc je suis".  Freud vient en soutien. "Il accorde à la haine une importance capitale, cette pulsion précède l'amour dès la naissance : elle revêt un caractère anthropologique."

Je ne peux pas nier qu'il existe au sein des réseaux sociaux, comme au sein du forum, des rapports agressifs, même haineux parfois. Je n'en déduis pas que cela tient  à une pulsion fatale. Nous voici ramenés à Rousseau, l'homme est-il, par nature, méchant ou gentil ?

Je pense qu'il est possible de sortir de ce genre de réflexion en recourant à d'autres représentations. Je préfère dire qu'il existe en chacun (être humain) des champs superposés  : un champ d'agressivité, un champ de bienveillance, un champ de méfiance, un champ d'empathie, etc. Et je pense que ces champs qui nous sont propres réagissent ou sont mobilisés par les "évènements". Un évènement peut provoquer une perturbation dans tel champ ou tel champ. Il n' y a pas de fatalité anthropologique qui nous permettrait de dire de manière définitive "Je hais donc je suis".

Si les réseaux sociaux portent autant d'agressivité c'est qu'il y est possible d'exercer ou de subir un champ d'agressivité avec la possibilité de le domestiquer. C'est une sorte de terrain d'entrainement avant de retourner au réel pour y tenter de maitriser l'agressivité ambiante qui y règne et qui, en ce moment, se développe rapidement avec les conflits mondiaux en cours, les perspectives moroses à l'intérieur du pays et l'hystérie des media qui excitent les émotions en vue d'augmenter leurs audiences. C'est l'agressivité vécue dans la réalité qui nous fait chercher un champ d'agressivité domestique, plus aisé à maitriser, maitrise qui nous aide ensuite à revenir au réel pour le maitriser à son tour. 

Cela dit je pense que l'existence d'un champ d'agressivité domestique ou domestiqué a aussi l'avantage de stimuler la créativité. Dans un milieu trop favorable nous nous endormons. Cela me fait penser à cette remarque de mon frère, jadis, dans ses études et ses recherches en biologie qui concluait : là où la vie est trop facile elle s'éteint, là où il y a combat elle s'affermit. Il reste à choisir le champ de créativité dans lequel il nous est possible de vivre et de croitre dans notre vitalité.

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Arkadis Membre 506 messages
Forumeur alchimiste ‚ 45ans‚
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Ce que nous disent certains scientifiques, surtout ceux qui œuvrent dans le recherche, c'est qu'il a fallu tellement d'évènements hasardeux pour que la vie passe de son apparence "inanimée" à son état "animé" qu'il est impossible de retracer le chemin par lequel  elle est apparue.

Cette constatation vaut aussi dans la vie d'un individu. La rencontre, avec un(e) autre, ou avec un évènement, est nécessaire pour progresser, évoluer, ne pas rester fixé(e) à une situation psychique ou matérielle donnée.

C'est assez étonnant car cela démontre que la réflexion, l'intelligence, ne peuvent pas, seules, nous permettre de passer un cap donné. Il est nécessaire qu'advienne, de manière totalement inattendue, la rencontre ou l'évènement.

Nous rencontrons alors cette notion de hasard. C'est bien le caractère inopiné, inattendu de la rencontre ou de l'évènement qui permet le franchissement du cap. Dépendre d'un hasard borne notre volonté de tout maitriser. Borne notre volonté même.

Le hasard ne prend pas toujours un caractère impératif, il ne s'impose pas. Il peut prendre la forme d'une proposition. Le hasard qui propose est troublant : il semble alors que quelque chose vient, nous sollicite doucement et nous laisse libre d'accepter ou pas la rencontre ou l'évènement. Cela ressemble à cette plante dans le jardin qui apparait. Nous pouvons aussitôt l'arracher, ou bien nous sommes curieux de voir comment elle trouvera sa place, quitte, à la fin, à l'arracher quand même ou bien à l'accepter. 

Parfois la rencontre provoque une  "prise de conscience". Qui bouscule notre organisation mentale construite après de très savantes études et réflexions. C'est étonnant, tout se réorganise et nous devons laisser travailler ce que nous appelons parfois avec dédain l'inconscient, que je nomme le non-conscient. Le travail du non-conscient est intense et doit être respecté, nous ne pouvons pas le remplacer par un travail conscient. Nous sommes invités à partager le pouvoir. A attendre que le non-conscient ait terminé son œuvre.

Mais parfois aussi le non-conscient, à moins que ce soit la conscience elle-même, nous enferme dans une boucle dont nous peinons à nous extraire. Dans le rapport ouvert, actif/passif avec l'extérieur, le différent, l'inconnu(e) nous pouvons alors y rencontrer le hasard qui va proposer la voie nouvelle.

En psychanalyse nous appelons abréaction le phénomène de libération d'un affect attaché à un événement traumatique. Ce phénomène arrive soudain, au détour d'un travail sur le verbe. La rencontre inattendue, ou l'évènement inattendu, c'est autre chose. L'abréaction déçoit souvent, après le sentiment de libération suit la routine. Dans la cabinet d'un psy, ou dans notre solitude, nous avons le sentiment de maitriser ou au moins de piloter les choses. L'inattendu de la rencontre, non organisée, parfois même intempestive, avec une personne, avec un événement, provoque autre chose, de plus puissant. Nous sommes bousculés, mis en difficulté, il peut y avoir panique, peur, souffrance et mobilisation puissante de notre faculté à nous battre, nous sommes soudain confrontés au réel, le danger est réel. La prise de conscience n'est pas simple ouverture à un refoulement, la prise de conscience inaugure un travail, en soi, étonnant, non dirigé par le verbe, non dirigé par la conscience. Nous découvrons alors que la conscience, l'intelligence ne pilote pas seule notre vie, il y a "autre chose".

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Arkadis Membre 506 messages
Forumeur alchimiste ‚ 45ans‚
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Pierre Musso est un philosophe, professeur émérite de sciences de l'information et de la communication. Il a écrit  "La religion industrielle" une somme (de connaissances) dont le but est d' exposer une généalogie de l'industriation "considérée comme une vision du monde, une culture ou une philosophie". Le mot "industriation" est un néologisme qu'il a créé pour éviter le mot "industrialisation" qui renvoie de manière trop univoque, selon lui,  à la révolution industrielle du 18 siècle. Le sous-titre de son œuvre est  "Monastère, manufacture, usine, une généalogie de l'entreprise". Le livre est sorti en 2022 aux éditions Fayard.

C'est une œuvre touffue où abondent des connaissances encyclopédiques qui fusent un peu partout, de manière désordonnée, c'est un peu irritant, mais du coup la réflexion est sans cesse sollicitée sur des sujets épars (éparpillés).

Sa thèse est que l'industriation nait au cœur du christianisme, du catholicisme originel, au Moyen Age, dans le cadre du monastère. Thèse osée je trouve mais du coup intéressante. L'emploi du mot "religion" obscurcit le discours, il en a conscience, il finit par limiter le mot religion au rapport de l'être humain avec le Divin, ou Dieu. Nous voici situés dans le monothéisme originel. 

Ce qui m'intéresse dans cette démarche c'est son focus sur l'entreprise mais aussi sur l'industrie. Au cours de mes expériences vécues, notamment dans l'effort de penser la Révolution (effort qui a traversé toute la réflexion politique en France jusqu'en 1983, date de la fin de cette pensée), effort continué dans des actes politiques, je me suis aperçu qu'il y avait un problème avec l'entreprise et l'industrialisation elles-mêmes. En effet le politique parlait capitalisme contre socialisme (qui devait conduire au communisme) mais je m'étais aperçu, aussi bien dans le cadre du communisme que dans celui du socialisme, qu'il fallait bien retourner chaque matin dans l'entreprise pour la faire marcher, et, donc, le statut d'ouvrier par exemple survivrait aux idéologies, de même que survivrait le management. Comment dépasser la condition de l'ouvrier si sous les idées politiques il restait cette réalité : la nature même de la production industrielle et de l'entreprise, nature qui transcende toutes les positions politiques.

La définition du mot "industrie" est diverse dans cet ouvrage, nous ne savons plus où donner de la tête. Il finit par s'arrêter sur l'industrie en tant que production de richesses, en tant que production d'objets "fabriqués" ce qui écarte l'agriculture, mais il faudra bien y revenir à cette agriculture dans le cadre du monastère (les moines cultivent la terre), bref...C'est pas simple.

Comme c'est obscur nous voici autorisés à y mettre notre grain de sel. Le mot industrie apparait certes assez tard dans le vocabulaire occidental, mais nous l'employons tout de même pour qualifier par exemple l'industrie des bifaces, là ça remonte à loin. C'est intéressant de voir ce qui se passe avec "l'industrie" des bifaces. Qu'est-ce qui apparait ?

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  • 2 semaines après...
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Arkadis Membre 506 messages
Forumeur alchimiste ‚ 45ans‚
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Edgar Morin, décédé le 29 mai 2026, à l’âge de 104 ans, a dit ceci, lors d’un entretien réalisé par Laure Adler, le 11octobre 2023 (extraits) : « Je crois qu’il existe quelque chose de très mystérieux qui fait que le monde existe, que les étoiles existent...qui fait que moi-même j’existe. Que j’ai survécu à des hasards incroyables. Je pense qu’on est environné de mystère. Je crois au mystère sans pouvoir le nommer. Sans pouvoir dire de quoi il s’agit. Mais je le sens omniprésent, partout. Ce qui m’étonne, c’est qu’on s’étonne si peu de vivre »

Il passe d’un verbe à l’autre, « je crois », « je pense », « je sens », il dessine des passerelles entre chacun de ces verbes, apparaît un autre verbe qui les synthétise, qu’il n’est pourtant pas possible de prononcer.

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Arkadis Membre 506 messages
Forumeur alchimiste ‚ 45ans‚
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Les discussions sur la conscience ou encore sur le libre arbitre, ou bien d'autres questions apparaissent stériles. Elles ne peuvent déboucher sur rien. Ce sont des discussions qui opèrent dans un espace déconnecté du réel, du vécu, de l'action, ce sont des discussions qui opèrent dans le cadre d'une philosophie contemplative ou encore, c'est pareil, dans une philosophie du loisir, du divertissement.

La philosophie "loisir" est la philosophie pratiquée par nombre d'illustres philosophes, elle a donc sa fonction, probablement une fonction sociale, il faudrait alors considérer cette philosophie dans le cadre de la sociologie.

Mais toute idée, dans la vie vécue, engagée, sort de la sphère contemplative, du divertissement, et finit sa route dans le réel, et dans cette réalité, les réflexions sur la conscience ou sur le libre arbitre n'ont plus cours. Nous agissons au quotidien comme si nous disposions du libre arbitre, nous rentrons en communication avec des IA par exemple aujourd'hui sans nous demander si elles ont une conscience ou pas. Nous sommes bien obligés d'ailleurs de composer avec ces nouvelles IA tout simplement parce que, dans le réel, elles commencent à prendre nos emplois, je pense aux agents IA. Lesquels agents en plus apprennent de leur propre expérience ce qui les rend inquiétants, et là, on s'en fout de savoir si ces agents sont réellement conscients ou pas, puisque de toute façon tout se passe comme s'ils l'étaient. Aux USA Altman a dû subir deux tentatives d'assassinat de jeunes, qui se foutent de connaitre les états d'âme des "vieux" sur les IA, eux se rendent compte qu'ils ne peuvent plus rentrer dans le monde du travail, alors les vieux qui aiment ou dénigrent les IA, ils n'en ont rien à faire, eux sont concernés dans leur vie vécue, réelle. 

Lorsque nous sommes confrontés au réel, un type qui nous agresse par exemple, ou un agent IA qui me met au chômage, je ne suis plus dans la contemplation, je me fous de savoir si l'agresseur est déterminé ou pas, je me fous de savoir si l'IA est consciente ou pas. Dès que je suis concerné et que je suis obligé de sortir de ma bulle contemplative mes idées philosophiques sont rangées dans un tiroir que je referme.  

Si j'ai une personne aimée  dans le coma, je me fous de savoir ce qu'est la conscience ou pas, je vais interroger le chirurgien et lui demander s'il arrivera à faire que la personne aimée redevienne consciente. Et je sais que ce n'est pas en philosophant sur la conscience en soi que les chercheurs avanceront, mais ce sera en faisant des expériences sur le cerveau, en observant, en travaillant sur ces expériences pratiques, sans pourtant savoir ce qu'est vraiment la conscience. Face à l'incapacité des chercheurs conventionnels à comprendre comment une onde électromagnétique peut  voyager dans l'espace vide  Einstein a tranché : je me fous de savoir comment elle fait, je sais qu'elle le fait. Dehors l'éther. Le type a avancé en tranchant le nœud gordien d'un coup d'épée mental. C'est moins par son génie qu'il a avancé (les autres étaient géniaux aussi) c'est surtout grâce à son audace. Passer par dessus les conventions. 

 

Je finis par me demander s'il existe une question en philosophie contemplative (loisir) qui se pose aussi à la philosophie active. Depuis quelque temps, de plus en plus de personnes pensent à la fin de l'humanité. Cette "fin de l'humanité" a longtemps été une idée sans portée, c'est à dire une idée jamais intégrée dans la réflexion, jamais intégrée d'ailleurs dans la philo. De plus en plus de personnes impliquées dans les responsabilités les plus hautes, dans les recherches en cosmologie les plus pointues se posent la question de cette fin. Il me semble que c'est là la question la plus ardue à intégrer dans tout système de pensée. Il apparait qu'il est peut être impossible en fait de penser la fin de l'humanité. 

Il est possible que cette fin (de l'humanité) inspire les esprits de nos nouveaux conquérants, ceux de la tech. Ils dépensent des efforts inouïs pour ...s'en sortir. Face à la possible fin de l'humanité ils choisissent d'agir, ils refusent la contemplation, ils refusent en fait de céder, de s'incliner. Dans leur esprit il ne s'agit pas de combattre la mort, il s'agit de combattre toute fin, il s'agit d'ouvrir une route qui ne s'arrête jamais, au moins pour eux. Le contemplatif s'arrête sur l'idée de mort, l'actif se concentre sur le chemin, qu'il veut sans fin. L'actif est l'héritier de la marche éternelle des nomades, le contemplatif est l'héritier du sédentaire.

Il est possible que l'actif, celui qui veut franchir toutes les limites, y compris celle de la "fin" soit piloté par "quelque chose". En fait c'est ce que je crois. Quelque chose va son chemin et utilise l'être humain pour aller son chemin.

 

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Placoteur Membre 151 messages
Forumeur survitaminé‚ 36ans‚
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Pour philosopher, et faut d'abord savoir survivre. Pour savoir survivre, il faut d'abord développer sa propre philosophie. (C'est pour cela que Socrate disait : Ghotis Seatom ; Connais-toi toi-même.)

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Neopilina Membre 7 805 messages
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Il y a 2 heures, Placoteur a dit :

Pour philosopher, et faut d'abord savoir survivre. Pour savoir survivre, il faut d'abord développer sa propre philosophie.

A titre personnel, pour moi, en ce qui me concerne, je considère le propos comme vrai mais je m'empresse d'ajouter : pas suffisant.

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Membre, 36ans Posté(e)
Placoteur Membre 151 messages
Forumeur survitaminé‚ 36ans‚
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il y a 21 minutes, Neopilina a dit :

A titre personnel, pour moi, en ce qui me concerne, je considère le propos comme vrai mais je m'empresse d'ajouter : pas suffisant.

Jouons une partie d'échecs ; je commence. :)

Chevalier en 2

Fou en 3

Reine en 1

Cavalier en 27

À toi :3

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Membre, Posté(e)
Neopilina Membre 7 805 messages
Maitre des forums‚
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Il y a 11 heures, Placoteur a dit :

Jouons une partie d'échecs ; je commence. :)

Chevalier en 2

Fou en 3

Reine en 1

Cavalier en 27

À toi :3

Pffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffff, 

- 1. Le titre du fil " Philosophons ".

- 2. Faut que je creuse, je ne sais pas pourquoi. Mais je sais déjà que j'ai pas envie de faire une partie avec toi,  :( . Et ce n'est pas par peur de perdre, je m'en fous royalement de perdre aux échecs.

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Membre, 45ans Posté(e)
Arkadis Membre 506 messages
Forumeur alchimiste ‚ 45ans‚
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Pierre Musso, dans son livre : La religion Industrielle, cite, page 311 [Editions Fayard], Francis Bacon [1561-1626] « Qu’un homme travaille à restaurer et à accroître la puissance et l’empire du genre humain lui-même sur l’univers, cette ambition-là sans doute...est plus sage et plus noble que les autres. Or l’empire de l’homme sur les choses repose tout entier sur les arts et les sciences »[Novum Organum, aphorisme 129]

Voilà exprimée l’ambition de l’homme « moderne » [en Occident] agir et transformer la Nature (l’Univers pour Bacon). L’œuvre de Bacon, continue Musso, est une de celles qui ont exercé la plus grande action sur les transformations qui conduisirent de la pensée antique et de la pensée médiévale à la pensée moderne. La science (les arts) s’accomplit et valorise « la Dynamique moderne contre la Statique des Grecs. » Nous passons de la philosophie loisir ou contemplative pour laquelle être et penser c’est la même chose, à la philosophie engagée dans le monde pour laquelle penser ce n’est plus être, c’est faire.

Pour Francis Bacon les inventions (il parle de la boussole, de la poudre et de l’imprimerie) à elles seules suffisent à transformer le monde. Cette nouvelle vocation de la philosophie,Transformer le Monde, sera reprise plus tard par Karl Marx, mais pas seulement, nous retrouvons aussi cette affirmation chez les philosophes anglo-saxons, dont la philosophie est qualifiée par les Européens de philosophie utilitariste.

Francis Bacon veut réformer la philosophie jusque là réduite à la vie contemplative : « le but du moraliste n’est pas d’écrire des œuvres à lire dans le loisir : il est véritablement de donner des armes à la vie active et de l’équiper. »

Une nouvelle vision du monde s’élabore : il s’agit de transformer le monde par la science. La Nature doit être dominée, soumise et vaincue par les techniques. Cette transformation de la vision du monde, de l’Imago Mundi, met fin à la coupure entre Nature et artifice. Chez les Antiques grecs l’art ne peut qu’imiter la Nature sans jamais en atteindre la perfection, maintenant c’est le contraire c’est la Nature qui devient le miroir de l’art (dont la science). La Nature est soumise à des lois, cette soumission fait d’elle non plus une Mère mais un objet, elle devient objet exploitable.


 

Cette transformation de l’image de la Nature, image Mère à image objet n’est pas aussi idéaliste que ne le pense Russo (il s’appuie sur le catholicisme et les monastères). Il faut aussi qu’adviennent des événements historiques contingents. Par exemple en 798 Irène l’impératrice byzantine proposa à Charlemagne un mariage afin de reconstituer un Empire romain réunifié. Charlemagne refusa cette alliance. A l’époque l’Empire de Charlemagne ne pesait pas lourd face à celui des Abbassides et à celui de Byzance. En s’isolant il ralentit le commerce entre son Empire et les autres et il dut ne compter que sur ses forces pour tenter de trouver dans la Nature, là présente, la terre en fait, des ressources qui permettent de survivre. Il s’en suivit des innovations cruciales : la substitution de la charrue à l’araire, l’utilisation du cheval avec un attelage nouveau,

Pierre Musso, dans son livre : La religion Industrielle, cite, page 311 [Editions Fayard], Francis Bacon [1561-1626] « Qu’un homme travaille à restaurer et à accroître la puissance et l’empire du genre humain lui-même sur l’univers, cette ambition-là sans doute...est plus sage et plus noble que les autres. Or l’empire de l’homme sur les choses repose tout entier sur les arts et les sciences »[Novum Organum, aphorisme 129]

Voilà exprimée l’ambition de l’homme « moderne » [en Occident] agir et transformer la Nature (l’Univers pour Bacon). L’œuvre de Bacon, continue Musso, est une de celles qui ont exercé la plus grande action sur les transformations qui conduisirent de la pensée antique et de la pensée médiévale à la pensée moderne. La science (les arts) s’accomplit et valorise « la Dynamique moderne contre la Statique des Grecs. » Nous passons de la philosophie loisir ou contemplative pour laquelle être et penser c’est la même chose, à la philosophie engagée dans le monde pour laquelle penser ce n’est plus être, c’est faire.

Pour Francis Bacon les inventions (il parle de la boussole, de la poudre et de l’imprimerie) à elles seules suffisent à transformer le monde. Cette nouvelle vocation de la philosophie,Transformer le Monde, sera reprise plus tard par Karl Marx, mais pas seulement, nous retrouvons aussi cette affirmation chez les philosophes anglo-saxons, dont la philosophie est qualifiée par les Européens de philosophie utilitariste.

Francis Bacon veut réformer la philosophie jusque là réduite à la vie contemplative : « le but du moraliste n’est pas d’écrire des œuvres à lire dans le loisir : il est véritablement de donner des armes à la vie active et de l’équiper. »

Une nouvelle vision du monde s’élabore : il s’agit de transformer le monde par la science. La Nature doit être dominée, soumise et vaincue par les techniques. Cette transformation de la vision du monde, de l’Imago Mundi, met fin à la coupure entre Nature et artifice. Chez les Antiques grecs l’art ne peut qu’imiter la Nature sans jamais en atteindre la perfection, maintenant c’est le contraire c’est la Nature qui devient le miroir de l’art (dont la science). La Nature est soumise à des lois, cette soumission fait d’elle non plus une Mère mais un objet, elle devient objet exploitable.


 

Cette transformation de l’image de la Nature, image Mère à image objet n’est pas aussi idéaliste que ne le pense Russo (il s’appuie sur le catholicisme et les monastères). Il faut aussi qu’adviennent des événements historiques contingents. Par exemple en 798 Irène l’impératrice byzantine proposa à Charlemagne un mariage afin de reconstituer un Empire romain réunifié. Charlemagne refusa cette alliance. A l’époque l’Empire de Charlemagne ne pesait pas lourd face à celui des Abbassides et à celui de Byzance. En s’isolant il ralentit le commerce entre son Empire et les autres et il dut ne compter que sur ses forces pour tenter de trouver dans la Nature, là présente, la terre en fait, des ressources qui permettent de survivre. Il s’en suivit des innovations cruciales : la substitution de la charrue à l’araire, l’utilisation du cheval avec un attelage nouveau, la mise en place de l’assolement triennal. Un autre événement historique : les restrictions opposées par l’Empire ottoman au commerce entre l’Europe et l’Orient. Ces restrictions décidèrent les Européens à tenter d’atteindre les Indes en partant sur les mers, dans la direction de l’ouest, puisque la direction de l’est était bloquée. Là encore un événement historique contingent eut des conséquences énormes (qui dynamisa notamment la recherche scientifique vu tous les problèmes posés par cette navigation hardie).

Russo néglige aussi les influences culturelles venues d’autres continents. Nous considérons qu’un autre Bacon, Roger Bacon (1212-1294) philosophe et alchimiste fut le père de la méthode scientifique européenne. C’est négliger l’influence sur Roger Bacon des travaux d’Alhazen, savant persan du XI siècle qui vécut à Bagdad sous la dynastie des Buwayides et qui fonda la démarche dite aujourd’hui « objective », base de la démarche scientifique. Certes face aux nécessités il faut encore qu’il y ait eu un « travail » mental préalable, une philosophie ou une religion en action, pour que l’être humain trouve de nouvelles réponses, mais sans la nécessité il n’ y a pas de « révélation » spirituelle même s‘il y a un substrat mental en gestation. Il faut que surgisse la nécessité, laquelle est parfois contingente. La nécessité et le hasard en quelque sorte.


 


 

la mise en place de l’assolement triennal. Un autre événement historique : les restrictions opposées par l’Empire ottoman au commerce entre l’Europe et l’Orient. Ces restrictions décidèrent les Européens à tenter d’atteindre les Indes en partant sur les mers, dans la direction de l’ouest, puisque la direction de l’est était bloquée. Là encore un événement historique contingent eut des conséquences énormes (qui dynamisa notamment la recherche scientifique vu tous les problèmes posés par cette navigation hardie).

Russo néglige aussi les influences culturelles venues d’autres continents. Nous considérons qu’un autre Bacon, Roger Bacon (1212-1294) philosophe et alchimiste fut le père de la méthode scientifique européenne. C’est négliger l’influence sur Roger Bacon des travaux d’Alhazen, savant persan du XI siècle qui vécut à Bagdad sous la dynastie des Buwayides et qui fonda la démarche dite aujourd’hui « objective », base de la démarche scientifique. Certes face aux nécessités il faut encore qu’il y ait eu un « travail » mental préalable, une philosophie ou une religion en action, pour que l’être humain trouve de nouvelles réponses, mais sans la nécessité il n’ y a pas de « révélation » spirituelle même s‘il y a un substrat mental en gestation. Il faut que surgisse la nécessité, laquelle est parfois contingente. La nécessité et le hasard en quelque sorte.


 


 

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