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Nous n'aimons pas ceux qui pensent


casdenor

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Membre, Bubon baveux de Belzébuth, 38ans Posté(e)
casdenor Membre 11 203 messages
38ans‚ Bubon baveux de Belzébuth,
Posté(e)

Nous n'aimons pas les individus qui pensent, les individus qui ont des idéaux. La culture du blasé nous a envahi jusqu'à ce qu'idéaliste soit devenu une insulte ou une marque de mépris. Nous acceptons les cyniques, les sarcastiques, nous aimons ceux qui raillent et crachent, pas ceux qui pleurent et rêvent. Rêveur, un autre mot chargé de tendresse, celle qu'on a envers un enfant, cette tendresse qui dit « tu grandiras un jour, mais c'est mignon ».

Oh, je les vois venir les penseurs. Ceux qui vont m'expliquer doctement que notre société encense la liberté de penser, nous offre les moyens de réfléchir, et tout le tintouin. Avec Albert, dans le fond, qui va même glisser doucement le fait que ce sont juste les gens qui ne réfléchissent pas, parce qu'ils sont cons.

Mais à la vérité, nous n'acceptons les pensées des individus que lorsque celles-ci ne modifient pas drastiquement leur vie. Et si celles-ci impliquent que l'on modifie les nôtres, alors là, on crie au viol, à l'assassinat, on s'insurge, on parle de liberté et de droit à la différence. Ou, plus simplement, on méprise, on raille, on crache.

Nous acceptons parfaitement qu'une personne considère Sade comme un mauvais écrivain. À part quelques extrémistes, que nous n'hésiterons pas à appeler de cette manière, personne n'est gêné par cette pensée. Et pour cause, elle n'influe aucunement sur la vie quotidienne de la personne, et certainement pas sur la nôtre.

Les choses se corsent lorsque la personne ne mange pas de porc. On utilise sa différence comme motif d'exclusion avec les grandioses apéritifs républicains « vins et saucissons » dont le but était de bien faire comprendre aux musulmans ou aux juifs qu'ils n'étaient pas républicains, ou en tout cas pas comme nous. D'ailleurs, l'alcool, ça gêne encore plus.

Pourtant la religion bénéficie encore, ça et là, d'une certaine légitimité. En tout cas, les religions sérieuses, hein. N'allez pas parler animisme Japonais ou Africain, de toute façon on les a tous regroupés sous la même bannière. Les Sikhs ? On en retient qu'ils gardent leurs barbes, et leurs poils, et ça passe à peine (on s'en moquera quand même un peu ça et là, mais gentiment). En revanche, si c'est un idéal qui ne provient pas d'une religion, alors là, la pensée devient l'ennemie. Végétariens et végétaliens voient très bien ce dont je parle. Qu'est-ce qu'ils sont chiants ceux-là, comme disent tellement de monde qu'on finit par se demander s'il y a un cerveau commun à l'ensemble de la population et quelques cellules cancéreuses ça et là qui ne fonctionnent pas sur le même principe. Mais pourquoi les raille-t-on autant ? Mais c'est simple. Leurs convictions ne sont pas de simples mots qu'ils posent entre le fromage et le dessert, ce ne sont pas des données variables qui ne changent pas leurs vies, ça change leur vie. Ça la change en profondeur. Et ça, c'est mal. On les regarde de travers. On les méprise en leur montrant tout ce qu'ils ne font pas. Tiens, t'as vu, tu portes tel vêtement, c'est animal ça, hein. Tiens, t'as vu, tu prends tel produit, c'est testé sur des animaux tu sais. On ne se soucie aucunement de ne pas les blesser, on cherche à leur montrer la vanité de leur action, à les faire rentrer dans le rang.

Pourquoi ? Mais parce qu'ils nous mettent en face de notre lâcheté. Ils nous renvoient à la gueule le fait que nos pensées sont vides, viciées, créées juste pour pouvoir donner son avis, mais certainement pas pour agir. Nous ne faisons rien pour que ce soit mieux, ils en font un peu, alors on les raille parce qu'ils n'en font pas assez. Devant le gigantisme du travail, on a abandonné et on ne veut pas qu'ils agissent différemment et essaient. Et puis, en plus de ça, ils nous attaquent dans notre liberté. Car nous ne pouvons plus faire le même repas quand ils viennent. Nous devons nous adapter à eux. Notre liberté est attaquée, et c'est atroce. Car si nous pouvons tolérer qu'ils pensent différemment, et qu'ils modifient leurs vies, nous ne supportons pas de devoir nous faire de même.

C'est pourtant une simple question de respect. Mais aujourd'hui, la liberté prévaut sur le respect. Et la liberté des individus implique donc de permettre la cruauté envers ceux qui veulent avoir cette liberté. Ta liberté s'arrête là où j'ai la mienne. Alors quand on fait un repas, si on ne dit pas à la personne de faire une pause dans son végéta*isme, on la laissera simplement trier, ou, dans le meilleur des cas, on aura séparé les deux types de nourriture. Lui demander de l'aide pour lui faire un repas approprié ? Mon dieu vous n'y pensez pas ? Si la personne était malade et au régime sans sel, on le ferait, mais là, ce n'est pas une maladie. Il n'y a aucune justification à cet écart de la norme.

Les féministes le subissent de plein fouet. Ils et elles ne veulent pas rire à nos blagues misogynes. Il faut donc faire attention à ce qu'on dit en leur présence ? Mais c'est insupportable. Ne parlons même pas d'y réfléchir. On se contente de les taxer de sans-humour, et on s'arrête là. Jamais on ne va poser la question des raisons profondes. On les connaît. Mais pas par la télé, hein, on n'est pas des moutons. Mais on les connaît.

L'extrême-gauche et l'extrême-droite en politique en subissent également les effets. Quelle différence y a-t-il donc entre eux et les autres ? À part peut-être le fait que justement, y adhérer modifie votre vie. On ne peut pas être communiste comme on est au PS. On ne peut pas être nationaliste comme on est au Modem. Alors on les taxe d'extrémistes. On dit que ce sont les mêmes. Ils sont violents en plus. La violence, c'est le refuge des faibles. Ah, qu'est-ce qu'on aime cette phrase. On ne se rend pas compte que c'est le cas. Parce que les forts c'est nous, cette masse d'inertie agressive qui refuse tout changement réel. Oui, ils deviennent violents. Ils deviennent violents car si on les tolère tout juste, on garde envers eux du mépris, on les écarte. Et ceux qui ne deviennent pas violents ? On s'en fiche, dans le même tas. De toute façon, ils sont différents.

L'ode à la différence est à rendre fou. Parce que nous n'applaudissons pas la différence, nous la détruisons. Nous donnons une image de la différence qui est juste un sujet de discussion. Parfois, dans certaines familles, on abandonne même l'idée de parler politique ou religion à table. Faudrait pas qu'on s'engueule quand même. Parce que de toute manière, on ne sait pas faire autrement face à la véritable différence.

Il est temps d'être naïf, il est temps d'être idéaliste. Il est temps d'apprendre à ce que ce que je pense change véritablement comment je vis. Il est temps que mes idées puissent me brouiller avec ceux que j'aime. C'est un long chemin, car il implique d'apprendre à croire en quelque chose. Il implique d'accepter de réfléchir véritablement. C'est un long chemin qui commence ici. Et vous, est-ce que vous pensez vraiment ?

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Membre, 48ans Posté(e)
lycan77 Membre 17 615 messages
Maitre des forums‚ 48ans‚
Posté(e)

Je vais être honnête avec toi: j'ai pensé "vraiment" pendant une grande partie de ma vie. J'ai été un idéaliste dans l'âme, donnant plus à mon prochain que ce que j'espérais en retour, avec cette foi inébranlable en l'Espèce. Mon Espèce. L'Humanité.

Aujourd'hui, j'ai 36 ans, célibataire, sans enfants. Mon mode de "pensée" m'a coûté fort cher en réalité, de cela, je puis en témoigner. Après une longue phase de dépression de laquelle je ne me suis toujours pas entièrement remis, j'en viens aujourd'hui à trahir mes idéaux de jadis: égocentrisme, égoïsme, individualisme. En suis-je heureux ? Non. "L'Enfer, c'est les autres" nous disait Sartre. Et il avait entièrement raison.

En vérité, j'ai le dégoût de moi-même, de voir qu'au bout du compte, j'ai finit moi aussi par trahir mes idéaux pour répondre à "la pression sociale". Mais, je veux rester honnête avec moi-même.

J'en viens à la conclusion qu'au bout du compte, notre humanité n'est peut-être qu'une vaste illusion, et que l'Etat de Nature n'a jamais cessé d'être la pièce maîtresse de notre vie d'être humain.

Se battre pour ses idéaux, fut-ce au prix du sacrifice de son existence, j'ai essayé. Je m'y suis cruellement piqué. L'expérience m'a suffit. Même si, au bout du compte, c'est toujours un sentiment "d'auto-dégoût" qui m'anime. Mais, qui puis-je ??? "Il faut bien que chacun vive, dit la vive qui a piqué l'enfant".

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Invité 1107tang
Invités, Posté(e)
Invité 1107tang
Invité 1107tang Invités 0 message
Posté(e)

Il faut être torturé pour penser, quand on est heureux penser n'a aucun intérêt.

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Membre, l'âme d'un français, l'esprit d'un Bonaparte, Posté(e)
anthony sindicco Membre 5 079 messages
l'âme d'un français, l'esprit d'un Bonaparte,
Posté(e)

Admettre la défaite, je viens d'avoir 30 ans aujourd'hui et je sais pas où l'avenir va me porter,

vais je avoir un jour une femme, des enfants, pouvoir m'en occuper fièrement.

Je me suis battu pendant 16 ans pour acquérir ma liberté totale , et j'en vois pas le bout, comme un tunnel sans fin.

Mais ce qui est rassurant c'est "le sans fin", tant que j’atterris pas je me dis "continue, de toute façon il n'ya que sa à faire"

Admettre la défaite sa veut dire que je me suis épuisé en vain, et cela je le refuse. Vaincre ou périr, voilà une des devises que j'aime

Je pense donc je suis.

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Membre, 34ans Posté(e)
VO2max Membre 2 513 messages
Baby Forumeur‚ 34ans‚
Posté(e)

Je pense...Et j'essaie d'exister en parallèle. Et parfois, j'agis en contradiction avec ma pensée, sans le vouloir. Hypocrisie? Je ne crois pas, mais plutôt la difficulté d'assumer complètement mes pensées...C'es un long travail que j'espère accomplir un jour...smile.gif

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Membre, l'âme d'un français, l'esprit d'un Bonaparte, Posté(e)
anthony sindicco Membre 5 079 messages
l'âme d'un français, l'esprit d'un Bonaparte,
Posté(e)

genre tu t'entends penser ?

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Membre, 34ans Posté(e)
VO2max Membre 2 513 messages
Baby Forumeur‚ 34ans‚
Posté(e)

Evidemment qu'on s'entend penser...Mais il faut faire l'effort de s'écouter! blush.gif

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Membre, l'âme d'un français, l'esprit d'un Bonaparte, Posté(e)
anthony sindicco Membre 5 079 messages
l'âme d'un français, l'esprit d'un Bonaparte,
Posté(e)

des fois, je souhaite un genre de Coma :blush:

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Membre, 48ans Posté(e)
lycan77 Membre 17 615 messages
Maitre des forums‚ 48ans‚
Posté(e)

Excellent texte.

Oui. Authentiquement excellent. Félicitations à l'auteur ... :bo:

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Membre, Posté(e)
vesto Membre 1 578 messages
Baby Forumeur‚
Posté(e)

Il faut être maître de ses pensées et ne pas laisser les pensées devenir maître de la conscience.

ne pas s'attacher à ces formations mentales éphémères et impermanentes..changeantes .

En prendre conscience et voir leur jeu est une libération.

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Membre, Jedi pas oui, jedi pas no, 32ans Posté(e)
Jedino Membre 48 064 messages
32ans‚ Jedi pas oui, jedi pas no,
Posté(e)

J'ai la faiblesse de penser que tout le monde n'est pas fait pour penser car, dans un monde de penseurs, plus personne n'agit. L'un ne va pas sans l'autre. Mais il est vrai que nous semblons perdre un peu de notre espoir (en avons-nous vraiment eu? Je suis trop jeune pour le savoir).

Mais effectivement, ton texte est intéressant, même si je ne suis pas d'accord avec tout, je crois. Notamment ta position sur les extrêmes : si elles sont intéressantes parce qu'enrichissantes pour la pensée, elles ont le défaut de ne pas faire consensus, d'être trop proche du "risque". Le paradoxe, c'est que nous rêvons d'une poigne qui ne soit pas poignante.

Reste l'essentiel de ton texte, il me semble : nous pensons à liberté, nous pensons à l'égalité, nous les voulons plus ou moins, mais nous oublions le dernier, et que trop.

Tout peut paraître absurde, dénué d'un quelconque sens, proche d'un chaos digne de ce nom. La crainte est légitime. Nous aimerions un mieux, de faire d'une terre un rêve. J'ai beau ne pas me sentir plus chrétien que ça, je garde le sentiment que la solution, la meilleure de toutes, réside bien dans le "Aime ton prochain". Car, comme pour les extrêmes, de penser à soi à ne penser qu'à soi, il n'y a qu'un pas. ;)

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Membre, In girum imus nocte et consumimur igni , 53ans Posté(e)
PASDEPARANOIA Membre 27 326 messages
53ans‚ In girum imus nocte et consumimur igni ,
Posté(e)

Bon, je ne peux pas être d'accord avec ce constat d'échec.

Mon côté révolutionnaire certainement.

Je passe mon temps à donner les outils nécessaires pour mettre de la pensé où il n'y plus que résignation. La résignation amène la frustration, la colère, la haine. Peut importe le sujet sur lequel nous iront craché.

Non, la pensé n'est pas morte, elle est endormie. A nous tous de la réveiller, il ne pourra en sortir que de belles choses. Pour cela, il faut avant tout penser aux autres. Penser à soi et rien qu'à soi n'a pas de sens dans notre monde social.

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Membre, Bubon baveux de Belzébuth, 38ans Posté(e)
casdenor Membre 11 203 messages
38ans‚ Bubon baveux de Belzébuth,
Posté(e)

Se battre pour ses idéaux, fut-ce au prix du sacrifice de son existence, j'ai essayé. Je m'y suis cruellement piqué. L'expérience m'a suffit. Même si, au bout du compte, c'est toujours un sentiment "d'auto-dégoût" qui m'anime. Mais, qui puis-je ??? "Il faut bien que chacun vive, dit la vive qui a piqué l'enfant".

Essayer de se battre pour ses idéaux peut soustraire des années à ta vie, mais ça ajouterait de la vie à tes années. Est-ce que vivre avec cet auto-dégoût vaut le coup ?

Je suis le cynique et le blasé, celui qui n'a pas encore vraiment essayé, et qui sait que c'est un mode de vie dont je ne pourrais véritablement revenir. Pourtant, je pense que ça vaut le coup.

J'ai la faiblesse de penser que tout le monde n'est pas fait pour penser car, dans un monde de penseurs, plus personne n'agit.

C'est cette distinction là qui tranche. Elle est fausse. On a besoin de penser pour agir, et on a besoin d'agir pour penser. Ne pas agir, c'est scléroser la pensée, ne pas penser, c'est stériliser l'action.

Le paradoxe, c'est que nous rêvons d'une poigne qui ne soit pas poignante.

C'est exactement ce dont je parle: nous voulons des pensées qui ne modifient pas nos existences. Nous voulons pouvoir changer d'avis comme de chemise.

Je pense que si on n'apprend pas à penser intimement, jusqu'à ce que ça modifie notre vie quotidienne, alors on ne pense pas. Et je crois bien n'avoir pas véritablement pensé ces dernières décennies. Il y a quelque chose de pourri en ce monde.

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Membre, Posté(e)
La Suggestion Membre 438 messages
Baby Forumeur‚
Posté(e)

Bonsoir,

Je n'ai pas assez d'expérience de vie (et principalement les mauvaises puisque ce sont celles qui font souvent autorité) pour dire que ce que je pense est le produit d'une expérimentation intense et rigoureusement exploité. Cependant je vais quand même me risquer à exposer mon point de vue.

Je suis globalement d'accord sur l'existence de globalement tout ce qui a été exposé par Casdenor , je ne répondrais que partiellement car il y a trop de choses.

<< 1)Nous n'aimons pas les individus qui pensent, les individus qui ont des idéaux. La culture du blasé nous a envahi jusqu'à ce qu'idéaliste soit devenu une insulte ou une marque de mépris. Nous acceptons les cyniques, les sarcastiques, nous aimons ceux qui raillent et crachent, pas ceux qui pleurent et rêvent. Rêveur, un autre mot chargé de tendresse, celle qu'on a envers un enfant, cette tendresse qui dit « tu grandiras un jour, mais c'est mignon ».

[....]

2)Parce que nous n'applaudissons pas la différence, nous la détruisons. Nous donnons une image de la différence qui est juste un sujet de discussion. Parfois, dans certaines familles, on abandonne même l'idée de parler politique ou religion à table. Faudrait pas qu'on s'engueule quand même. Parce que de toute manière, on ne sait pas faire autrement face à la véritable différence. >>

1) Je pense effectivement que beaucoup utilisent la culture du blasé , sarcasme etc.. soit pour jouir de la condescendance , soit pour s'épargner la difficulté de la remise en cause de soi. Cependant , parmi ceux qui semblent avoir adoptés la "culture du blasé" il y en a aussi qui cherchent légitimement à se protéger, voir à protéger les autres, des dangers "d'idéaux/opinions" dont la charge émotionnelle occulte parfois la carence en réflexion solide.

2)Je pense que l'incompétence dans le domaine de la communication , que ce soit du côté émetteur ou récepteur, concours à part égale avec les difficultés de la remise en cause de soi et du "déni de différence".

Cordialement.

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Membre, Jedi pas oui, jedi pas no, 32ans Posté(e)
Jedino Membre 48 064 messages
32ans‚ Jedi pas oui, jedi pas no,
Posté(e)

C'est cette distinction là qui tranche. Elle est fausse. On a besoin de penser pour agir, et on a besoin d'agir pour penser. Ne pas agir, c'est scléroser la pensée, ne pas penser, c'est stériliser l'action.

C'est exactement ce dont je parle: nous voulons des pensées qui ne modifient pas nos existences. Nous voulons pouvoir changer d'avis comme de chemise.

Je pense que si on n'apprend pas à penser intimement, jusqu'à ce que ça modifie notre vie quotidienne, alors on ne pense pas. Et je crois bien n'avoir pas véritablement pensé ces dernières décennies. Il y a quelque chose de pourri en ce monde.

Je n'étais donc pas clair. Oui, tout le monde pense. Ce que je voulais dire par là, c'est que certains ont la pensée pour métier, pour finalité. Les autres l'ont en moyen. Quand un artisan travaille, il pense forcément son oeuvre. Quand un penseur pense, il le fait pour parvenir à l'objet de cette pensée. Mais je me rends compte, là, que je confonds peut-être pensée et idée dans le deuxième cas. J'ai tendance à ne pas penser l'idée comme autre chose qu'une pensée, tout comme j'ai tendance à croire que penser n'a pas grand sens sans l'agir, comme tu dis.

Peut-être que le problème est justement dans le fait de vouloir penser. Peut-être que la pensée n'est pas ce qui peut nous transformer, mais cette transformation. Je veux dire, elle est nous, et non une action sur nous. Si tu penses ce que tu penses, c'est que tu as cheminé vers cette façon de penser, vers cette conception des choses. Donc, peut-être que tu as pensé, et c'est inévitable, mais peut-être as-tu manqué ce que tu pouvais viser. Parce que comme beaucoup de choses, penser est inutile si tu n'as aucun but derrière. C'est de la spéculation pure.

Pourri est un jugement bien négatif. J'ignore si je suis trop optimiste ou toi trop pessimiste, mais j'ai le sentiment, surtout, qu'il existe une forme d'apathie générale, d'une indifférence et une soumission. Pourquoi? Parce que, comme tu le soulignes, nous ne rêvons plus. Autrement dit, nous n'avons plus rien vers quoi tendre. Chaque idéal a été abattu, s'est poignardé lui-même. Bref, comme le cite souvent mon prof, "l'ancien se meurt et le nouveau tarde à venir". Peut-être, espérons-le, sommes nous seulement en période de transition. Nous quittons doucement les idéaux du passé et nous cherchons, plus ou moins difficilement, celui qui pourra nous transporter nous, à nouveau.

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Invité Jadis
Invités, Posté(e)
Invité Jadis
Invité Jadis Invités 0 message
Posté(e)

Bonsoir,

Tiens un espoir passe....

Merci pour cette bribe !

Modif: je parle du texte initial, dsl pas regardé vos réactions.

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Membre, Charogne, 32ans Posté(e)
I.verik Membre 1 402 messages
32ans‚ Charogne,
Posté(e)

Nous n'aimons pas ceux qui pensent car leur simple existence nous prouve que notre pensée n'est pas parfaite (deux choses ne pouvant être parfaite tout en étant différentes) mais peut être remise en doute sur plusieurs points. Ainsi la différence se doit d'être écraser/rabaisser pour effacer ce doute.

A mes yeux la destruction de la différence dans la pensée est donc moins une soi-disant défense prétextée de notre liberté qu'une défense de notre train-train quotidien (et donc de notre absence choisi de liberté pour coller à une routine), cela fait mal de voir que ce qu'on a toujours penser comme impensable (c'est possible) peut arriver dans notre quotidien et nous obliger à re-réfléchir sur des sujets que l'on avait déjà clos (les femmes, les homos, les végétariens, les religieux, les extrêmistes)et donc détruire tout le paradigme sur lequelle était construit tout notre petit monde (et ça, ça nous oblige à travailler et réfléchir, c'est dégueulasse).

Et en ce qui concerne mon cas (et parce que j'aime faire partie des gens chiants et défaitistes) non je ne pense pas, tout court. A quoi bon le faire sachant que l'obéissance aveugle me facilitera bien plus la vie. Je laisse la pensée à ceux qui sont plus intelligents/mieux nés/meilleurs cela leur convient bien plus (et ça a plus de chance de déboucher sur quelque chose).

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Invité Jadis
Invités, Posté(e)
Invité Jadis
Invité Jadis Invités 0 message
Posté(e)

Et en ce qui concerne mon cas (et parce que j'aime faire partie des gens chiants et défaitistes) non je ne pense pas, tout court. A quoi bon le faire sachant que l'obéissance aveugle me facilitera bien plus la vie. Je laisse la pensée à ceux qui sont plus intelligents/mieux nés/meilleurs cela leur convient bien plus (et ça a plus de chance de déboucher sur quelque chose).

Le conditionnement et le lot de chacun cher ami :).

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Membre, Cóínnéóídh mé do bhás, Posté(e)
Mórrígan Membre 14 045 messages
Cóínnéóídh mé do bhás,
Posté(e)

En bref, nous vivons dans un monde monochrome où d'un côté certains pensent, partagent des idéaux, de l'autre les acerbes, renvoyés à leur propre lâcheté, ne savent que mépriser, tyranniser les premiers.

Mm.

Et si les individus n'étaient pas tous les mêmes, s'ils avaient tous des sensibilités différentes, des histoires toutes aussi différentes les amenant à avoir des idéaux différents, et être insensibles à certaines autres causes ?

Prenez un chasseur et un végétarien : le chasseur vit sa passion, il ne le comprend pas le végétarien, mais ne se sent pas lâche pour autant. Ils ne partagent tout simplement pas les mêmes vues.

M'est avis que ce ne sont pas les individus qui ont des idéaux, qui blasent -je dirais qu'au contraire ils intéressent- mais davantage les moralisateurs.

Il existe des personnes qui sous des dehors pacifiques, peuvent se révéler tout aussi tyranniques qu'intolérants, n'ayant même pas pour excuse de l'être devenu "en réaction à". Au-delà des idéaux, des engagements, subsiste la personnalité qui dessert parfois la cause qu'ils aimeraient défendre. Ce qui est dommage, évidemment, parce qu'au final on ne retiendra plus que cela. Comme en politique, on retient davantage des personnalités que des idées.

Le souci est le même en ce qui concerne les religions, en général, les rangs des athées intolérants finissent par se gonfler tout autant que ceux des religieux intolérants. Finalement il se rendent tout autant détestables les uns que les autres, que l'on en oublie parfois au final ce qui les désunit.

Encore tout récemment carnivore, et encore peu ou pas assez accoutumée, je n'ai pas souvent eu à souffrir de mes convictions en société. J'ai davantage été invitée à déjeuner, à dîner chez des personnes qui se sont mis en quatre pour m'offrir un plat de substitution, que chez des personnes qui ont fait fi de mon régime alimentaire.

Ce ne sont pas mes idéaux qui les ont dérangés - il ne m'a jamais d'ailleurs été demandé de les développer- mais davantage ma personne.

Quelques individus sont souvent plus disposés à faire preuve d'un peu de savoir vivre, d'attention uniquement quand ils ont de l'affection voire juste de la sympathie pour d'autres.

Comme la plupart des gens, quand je reçois, je prends soin de me renseigner sur le régime alimentaire de mes convives, de leurs goûts, des allergies éventuelles, comme je prévois des bonbons pour les enfants. S'ils ne mangent pas de porc, je l'exclus de mon menu, ou je propose autre chose, tout en évitant de mettre le tout dans le même plat de service. Les gens, en général, ne sont pas si mal éduqués que cela. Je pense même que la plupart sont bienveillants. Dans la mesure où l'on peut choisir ses relations (où l'on peut espacer certaines relations), il est bien dommage de focaliser sur une minorité, quand on a une vie sociale riche et épanouie.

En ce qui concerne la politique, quand on a eu la chance d'évoluer au sein d'une famille ou d'un cercle où tout le monde a droit à la parole, où les débats d'idées, les échanges sont légion, il est plus facile de faire preuve de tolérance, il est vrai.

Si j'observe ce qui se passe autour, j'ai davantage la sensation que les électeurs FN sont plus souvent cibles d'attaques que ceux du FDG. Si l'on rit toujours du FDG qui n'est pas une réelle menace, l'attitude de bien du monde en ce qui concerne le FN est tout autre. L'électeur FN est le mal absolu, il sera aussi souvent dénommé de "facho", "fachiste", "nazi", "nazillon. Ce qui sous-entendrait qu'il est juste, sage de voter pour le PS, l'UMP, le Modem etc... marrant de voter pour le FDG et indigne de voter pour le FN. Comme si tous les électeurs avaient droit d'avoir des aspirations, des souhaits, une sensibilité et un vécu, tous sauf ceux qui votent pour le FN. Je ne pense pas que cela évoluera avec le temps, cela n'en prend pas le chemin, d'autant que les médias aussi veillent au grain.

Tout à finalement trait au savoir être, au savoir vivre, à la tolérance découlants... de l'éducation. Il n'est pas question de ne pas aimer l'autre parce qu'il a des idéaux, mais davantage de ne pas tolérer parce qu'on ne sait pas faire autrement.

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