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Vérité et Parole

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Loufiat

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Membre, 35ans Posté(e)
Loufiat Membre 2 622 messages
Mentor‚ 35ans‚
Posté(e)

J'aimerais rassembler ici des réflexions sur ces deux thèmes qui me travaillent depuis des années, pour les ouvrir à la discussion. 

Par vérité, j'entends le critère de la parole que nous connaissons tous, l'opposition entre vérité et mensonge : dire la vérité, c'est dire ce que l'on fait, a fait, prévoit de faire, ce que l'on sait ou ignore, etc.  

Cette définition a l'avantage de ramener la vérité dans l'expérience. Nous connaissons tous des situations où le critère "vérité ou mensonge" s'active et s'applique. Vous l'avez sans doute rencontré comme moi depuis l'enfance, et si vous faîtes attention à ses applications dans la vie quotidienne, vous constaterez qu'il s'active très souvent, de façon plus ou moins évidente, au sein des relations familiales, amicales, de travail, dans la loi également, dans nos institutions - une déclaration mensongère aux impôts est répréhensible, de même qu'un faux témoignage au cours d'un procès par exemple. 

J'aime les textes anciens, et j'ai eu une formation en anthropologie et en histoire ; bien que ces connaissances restent très lacunaires, j'ai cherché et je n'ai jamais rencontré une société qui n'ait pas formé, d'une façon ou d'une autre, la notion de vérité, entendue comme ce critère de la parole suivant lequel il y a une différence entre vérité et mensonge. Je crois que cette notion est assez universelle, et mes lectures, comme l'expérience, montrent un lien particulièrement étroit entre vérité et justice. Le critère "vérité / mensonge" s'active et devient déterminant, en particulier, dans le règlement de conflits, dans des situations d'affrontement entre des personnes, clans, peuples, ou entre des personnes et la loi ou les institutions, etc. Tel paysan, au moyen-âge, se plaint que la borne de son champ a été déplacée, et accuse son voisin. Si le premier l'emporte, s'il est établi, d'une façon ou d'une autre, qu'il "dit la vérité", alors le second, à l'époque, est passible de peine de mort. C'est dans ces situations que la vérité devient un enjeu vraiment important, avec tous les problèmes qui s'ensuivent : comment déterminer la vérité ? Et si je considère comment les enfants apprennent à faire la différence entre vérité et mensonge, je fais la même observation : ce critère s'active et devient déterminant (fait une vraie différence) les premières fois où on exige d'un enfant qu'il dise "la vérité" (ou bien où on l'accuse de mentir), et c'est très généralement relatif à une faute, à un désordre, un conflit, etc., dont la dynamique passe à un moment par cette alternative : vérité ou mensonge.    

Ceci me conduit à identifier un premier "foyer" de la vérité, où la notion s'origine peut-être, où en tout cas elle trouve un premier sens ferme, disons : la conflictualité. Ce terme est insuffisant, mais je crois qu'on peut effectivement constater, dans la vie de tous les jours comme dans la littérature, que le critère "vérité" s'active et s'applique pleinement et préférentiellement dans des situations de conflit et de crise entre des acteurs liés par la parole. 

On aura l'occasion d'y revenir, sans doute. D'autres remarques, pêle-mêle, pour lancer ce sujet : je voudrais approfondir la façon dont la vérité intervient dans la formation d'un individu psychologique - un "sujet", une "personne" dotée de volonté et opérant des choix - et comment elle ouvre aussi d'autre part sur le monde objectif, les faits (historiques par exemple), la nature (physique) aussi bien que les institutions (le droit). 

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Membre, 41ans Posté(e)
Fhink Membre 724 messages
Forumeur expérimenté‚ 41ans‚
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@Loufiat Il y a une approche de la vérité et du mensonge que je trouve particulière et à laquelle je porte beaucoup d'intérêt ;

La vérité est en rapport à la vérification c'est à dire la vérité est vérifiable de manière réelle et non fictive. Et le mensonge en soi ne peut pas être vérifié c'est à dire si je dis une chose et que cela n'est pas vérifiable dans la réalité non fictive alors c'est un mensonge.

Donc simplement la vérité est vérification et le mensonge c'est de ne pas vérifier.

Aussi le bien-être et la souffrance sont tous deux réels. Et quand on a mal on vérifie la souffrance dans la réalité et quand on n'a pas mal on vérifie le bien-être dans la réalité. Tous deux étant vérifiables dans la réalité non fictive, ils sont alors vrais.

Mais quand au même moment et au même endroit du corps ;

On a mal alors on y vérifie la souffrance c'est que donc on n'y vérifie pas le bien-être.

Et inversement quand on n'a pas mal alors on y vérifie le bien-être et on n'y vérifie pas la souffrance.

Alors on pourrait dire que la vérité (vérification) du Bien c'est le mensonge (ne pas vérifier) sur la souffrance. La vérité et le mensonge sont l'un l'autre.

Et on peut le constater que malgré que la souffrance est réelle on la fait invérifiable (mensonge). Car il suffirait de la vérifier en se cognant volontairement et douloureusement la tête contre un mur. Alors que le Bien on cherche à le vérifier.

Modifié par Fhink
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Membre, 86ans Posté(e)
L'amère vieille Membre 1 452 messages
Forumeur vétéran‚ 86ans‚
Posté(e)

Bonjour.

C'est un sujet difficile ! et  je ne vais pas répondre à tes attentes pour en discuter dans le sens que tu voudrais, je manque beaucoup trop de connaissances philosophiques et autres...mais, comme tu poses la question de savoir quand les enfants font la différence entre vérité et mensonge, je vais te raconter une petite anecdote.

A cette époque (vers 1965) j'étais au chômage , donc chez moi , avec ma fille aînée de 3 ans environ et nous étions en conflit elle et moi - je ne sais plus pourquoi - Le soir, mon mari rentre du travail et là, elle lui dit : "il est parti le Monsieur papa ! " bien sûr mon mari me regarde avec une certaine insistance et moi je suis complètement interloquée parce que, OK  il aurait pu venir quelqu'un, mais là, personne ! je me suis adressée à ma fille en lui disant : d'accord ! alors il était comment ce Monsieur ? grand, petit, brun, blond ? comment il était habillé ? évidemment pas de réponse, la tête basse mais je ne l'ai pas lâchée jusqu'à ce qu'elle dise elle-même : "non, y avait pas de Monsieur " 

A force de me creuser la cervelle pour savoir pourquoi elle avait dit cela, je me suis souvenue que la veille au soir nous avions regardé un film où la femme infidèle avait été démasquée par son mari et, alors que nous pensions notre fille tranquillement en train de dormir, elle s'était levée sans bruit  et a vu une partie du film ...En fait, elle a voulu me punir ! 

Tout ça pour répondre à ta question de savoir quand les enfants font la différence entre vérité et mensonge ? très tôt !

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Membre, 35ans Posté(e)
Loufiat Membre 2 622 messages
Mentor‚ 35ans‚
Posté(e)
il y a 22 minutes, L'amère vieille a dit :

moi je suis complètement interloquée

Mouhaha j'imagine ta tête ! :D

il y a 25 minutes, L'amère vieille a dit :

Tout ça pour répondre à ta question de savoir quand les enfants font la différence entre vérité et mensonge ? très tôt

Haha merci pour ce témoignage qui ne manque pas de comique. J'ai envie de conclure que "c'est fou c'que les enfants captent" avec leurs petites antennes diaboliques. Elle était prête à t'envoyer au divorce la coquine ! On peut plus faire confiance à personne.. 

  • Merci 1
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Membre, 35ans Posté(e)
Loufiat Membre 2 622 messages
Mentor‚ 35ans‚
Posté(e)
il y a une heure, Fhink a dit :

Donc simplement la vérité est vérification et le mensonge c'est de ne pas vérifier.

Eh bien je ne te cache pas que c'est confus pour moi mais si tu veux clarifier je te lirai avec plaisir ! 

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Membre, 57ans Posté(e)
Auger Membre 10 678 messages
Maitre des forums‚ 57ans‚
Posté(e)

La "vérité" ? Pour moi c'est comme la "justice", c'est subjectif et j'en conclus que, au fond,  ça n'existe pas vraiment (hormis pour des trucs genre "à midi, il fait jour ; à minuit, il fait nuit... bien entendu...)

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Membre, 41ans Posté(e)
Fhink Membre 724 messages
Forumeur expérimenté‚ 41ans‚
Posté(e)
Il y a 2 heures, Loufiat a dit :

Eh bien je ne te cache pas que c'est confus pour moi mais si tu veux clarifier je te lirai avec plaisir ! 

Pour essayer de faire simple.

Une vérité c'est vérifiable, un mensonge ce n'est pas vérifiable.

Donc ;

Vérifier=vérité, ne pas vérifier=mensonge

Quand on vérifie le bien-être on ne vérifie pas la souffrance. Quand on vérifie la souffrance on ne vérifie pas le bien-être.

Alors vérité et mensonge sont équivalents puisque vérifier le bien-être c'est ne pas vérifier la souffrance. Et vérifier la souffrance c'est ne pas vérifier le bien-être.

Une vérité est ce qui est vérifiable dans la réalité.
Un mensonge est ce qui n’est pas vérifiable dans la réalité.
Donc :
Vérifier = vérité
Ne pas vérifier = mensonge
Le bien-être et la souffrance sont tous deux vérifiables, donc réels.
Mais au même endroit et au même moment, ils s’excluent.
Vérifier le bien-être, c’est ne pas vérifier la souffrance.
Vérifier la souffrance, c’est ne pas vérifier le bien-être.
Ainsi, la vérité se manifeste toujours par l’exclusion vérifiable de son contraire, et le mensonge correspond à ce qui n’est pas vérifié à ce moment-là.

Modifié par Fhink
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Membre, 35ans Posté(e)
Loufiat Membre 2 622 messages
Mentor‚ 35ans‚
Posté(e)
il y a 12 minutes, Fhink a dit :

Ainsi, la vérité se manifeste toujours par l’exclusion vérifiable de son contraire, et le mensonge correspond à ce qui n’est pas vérifié à ce moment-là.

Ok, merci pour la clarification ! 

il y a 34 minutes, Auger a dit :

La "vérité" ? Pour moi c'est comme la "justice", c'est subjectif et j'en conclus que, au fond,  ça n'existe pas vraiment (hormis pour des trucs genre "à midi, il fait jour ; à minuit, il fait nuit... bien entendu...)

J'entends, et pourtant je soupçonne que tu fais quand-même la distinction entre vérité et mensonge, comme tout le monde, dans la vie de tous les jours. Non ? 

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Membre, 57ans Posté(e)
Auger Membre 10 678 messages
Maitre des forums‚ 57ans‚
Posté(e)
il y a 10 minutes, Loufiat a dit :

J'entends, et pourtant je soupçonne que tu fais quand-même la distinction entre vérité et mensonge, comme tout le monde, dans la vie de tous les jours. Non ? 

Bah justement non. Ce qui sera une vérité pour moi n'en sera pas une pour les autres (et inversement), encore une fois pour tout ce qui n'est pas scientifiquement démontrable.

Même si un mensonge peut être facilement démontrable, une vérité beaucoup moins (ce qui me conduit à confirmer que, pour moi, on se ment beaucoup à soi-même, donc une "vérité" bien souvent, elle est juste de façade)

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Membre, 35ans Posté(e)
Loufiat Membre 2 622 messages
Mentor‚ 35ans‚
Posté(e)

 

il y a 14 minutes, Auger a dit :

justement non. Ce qui sera une vérité pour moi n'en sera pas une pour les autres (et inversement), encore une fois pour tout ce qui n'est pas scientifiquement démontrable

Je pense qu'il y a quand même d'autres choses que les énoncés scientifiques. "Où étais-tu ? - Je faisais des courses" si c'est vrai, c'est vrai, il n'y a pas à chercher midi a quatorze heures, à mon avis. 

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Membre, 69ans Posté(e)
pic et repic Membre 18 680 messages
Maitre des forums‚ 69ans‚
Posté(e)
Il y a 14 heures, Loufiat a dit :

. Elle était prête à t'envoyer au divorce la coquine !

bonjour, 

j'ai une petite anecdote allant dans le même sens que cette histoire de papa :

je me baladais dans un magasin avec mon fils ( 6 ans ) et il n’arrêtait pas de toucher à tout . À un moment je l'ai regardé avec des gros yeux ( comme je faisais quand je n'étais pas content de lui ) et mon fils prend une position de défense ( bras protégeant sa tête ) en criant bien fort : pitié papa, ne me frappe pas !

je reste scotché ( je précise qu'un m'a jamais rien reçu de plus que ces fameux gros yeux ... en cas de divergence complète et irréconciliable , c'était : aller méditer dans l'escalier de la cave ( avec le lumière quand même )  ! ) .

de retour à la maison , je veux avoir une discussion avec lui ( à 6 ans , on comprend plus que partiellement la portée de ses actes ) et à mes questions , je n’avais comme réponse que des : je ne sais pas !

il a finit par me dire que c'était ces copains qui lui avaient dit que quand les enfants n'étaient pas sages, le papa les frappaient .

je lui ai dit que c'était un mensonge ( du moins pour lui ... pour les autres je ne sais pas ) et à la question du alors pourquoi as-tu dit cela tout en sachant que c'était un mensonge chez toi ?

il m'a répondu : parce que tu allais arrêter de me regarder comme ça !

à 6 ans, il savait bien que c'était un mensonge, mais l'a employé " à bon escient" !

les enfants mentent et souvent car la différence leur semble anodine ....

sinon, sur le sujet de la vérité , philosophiquement parlant ... joker ( j'ai eu un 12 en philo au bac ...et c'était ma meilleure note de l'année ! ) .

un mauvais mensonge est plus difficile à justifier qu'une difficile vérité .

bonne journée.

  • Haha 1
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Membre, 44ans Posté(e)
ashaku Membre 744 messages
Forumeur expérimenté‚ 44ans‚
Posté(e)

Je vais tenter ma chance, sur le thème de la vérité. Merci de votre indulgence.

 

Axiome 1 : la vérité est une information dont ceux qui la manipulent estiment qu'elle est vraie

Axiome 2 : une information estimée vraie est conforme à la réalité vécue, le cerveau sait détecter cette conformité

Axiome 3 : avec plusieurs personnes, on a de meilleures chances de qualifier correctement la véracité d'une information

 

A propos de l'axiome 1:

Je commence par opérer la distinction importante selon moi, il y a d'un coté les faits fermes de la réalité matérielle unique partagée et de l'autre coté les idées conçues par nous humains individuellement. "Aller au supermarché" est une action physique réelle ferme, "dire qu'on est allé au marché" est une idée conçue pour représenter immatériellement la réalité.

L'axiome 1 implique que ce qui est qualifié de vérité est une idée dans la culture humaine, pas une réalité matérielle du monde. La nature de ce qui est qualifié -l'information- n'appartient pas au monde tangible mais est un objet mental manipulé par les humains. Lorsque nous disons que "c'est vrai", nous ne disons pas que "c'est ce qui est arrivé" comme si nous étions capables de lire la réalité dans son ensemble mais nous disons que "c'est cohérent avec les autres informations connues".

Et lorsque toutes les personnes, de une à N mais jamais moins que 1, disent qu'une information est vraie, elle l'est en tant qu'idée, sans garantie qu'elle soit vraie dans l'absolu.

 

A propos de l'axiome 2 :

La vérité est une idée pour nous mais comment la définir ? Je propose l'exemple de la blague. A raconte une blague à B, une blague consiste en un énoncé c'est à dire une série de faits logiques entre eux et elle se termine par une chute, une information absurde qui vient en contradiction de l'énoncé. Face à cette incohérence, le cerveau de B analyse, il produit des versions alternatives de l'énoncé en modulant divers détails. Lorsqu'une de ces variations produit un schéma cohérent avec l'ensemble de l'énoncé, un signal est émis, c'est la compréhension et B s'esclaffe.

Un autre exemple du même mécanisme, les énigmes. Elles consistent en un énoncé, une série de faits logiques entre eux et se conclut par une question dont les implications sont absurdes en l'état. Mais pareillement, en variant les détails de l'énoncé et produisant des versions alternatives (couplées avec des informations indirectement reliées) l'une des versions produit un schéma où tous les éléments sont logiques entre eux, le cerveau signale, c'est la compréhension qui fait écarquiller les yeux et met la bouche en 'O'.

Ces deux exemples illustrent le même mécanisme de recherche et identification de la vérité. Un énoncé ferme, des variations imaginaires et un signal de conformité entre les deux. Dans notre existence de tous les jours, l'énoncé ferme est la perception du monde par nos sens, la connaissance de la situation en temps réel est assurée par un hémisphère du cerveau. Pour savoir si une chose est vraie, nous créons des variations sous l'angle de cette chose, cette tâche est dévolue à l'autre hémisphère pendant que l'énoncé ferme est présent dans le premier. Entre les deux hémisphère se trouve un corps calleux pouvant assurer un signal électrochimique en cas de conformité entre "ce qui est perçu" et "ce qui est imaginé", c'est le signal que la version actuellement imaginée est "conforme à la réalité" et ce que nous déciderons d'appeler "la vérité".

 

A propos de l'axiome 3 :

Un ado rentre à la maison, il porte des sacs plastiques, ses parents et sa petite soeur sont là et demandent "tu as été faire des courses ?". L'ado répond "non". La petite soeur dit "OK, tu n'es pas allé faire des courses". Les parents disent "Pourquoi viens-tu de l'extérieur ? Pourquoi as-tu des sacs de courses avec des provisions ? Pourquoi on voit des pièces de monnaie dans ta poche ?".

L'examen des parents révèle une non-conformité entre l'énoncé (ce qu'ils voient, les sacs, etc) et l'information à évaluer (ne pas être allé faire les courses). Ils savent détecter vérité ou mensonge.

Les 3 membres de la famille évaluant la négation de l'ado parviennent ensemble à ce résultat "1 vérité - 2 mensonge". A eux trois, ils sont parvenus à une meilleure qualification que si la petite soeur avait été seule par exemple. Cet exemple est un peu grossier mais il est censé dire que nous mettons en commun nos informations et nos expériences du monde pour parvenir collectivement à la vérité. On peut imaginer une équipe de scientifiques de tous bords dans un quizz de culture générale.

En vertu de l'axiome 1, lorsque nous sommes seuls à évaluer la véracité d'une information (la plupart du temps donc) cette information sera facilement estimée vraie en tant qu'idée (mais sans garantie qu'elle soit vraie dans la réalité) car nous manquerons d'information pour la contredire.

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Membre, 35ans Posté(e)
Loufiat Membre 2 622 messages
Mentor‚ 35ans‚
Posté(e)
Il y a 3 heures, pic et repic a dit :

enfants mentent et souvent car la différence leur semble anodine ....

Merci :)

Oui je pense que la distinction vérité mensonge n'est pas inscrite dans l'ADN mais qu'on apprend petit à petit à faire la différence selon les contextes et conséquences que ça peut entraîner. L'enfant apprend a produire des effets par des énoncés dont les conséquences divergent. Mais il n'est pas d'abord rivé à la vérité, ou à la plausibilité d'un énoncé, etc. Il y vient par apprentissages. Au départ, l'imagination prédomine, comme dans ses jeux.

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Membre, 52ans Posté(e)
CAL26 Membre 8 038 messages
Maitre des forums‚ 52ans‚
Posté(e)

Quand la vérité est abordée comme le contraire du mensonge c'est la sincérité et manquer de sincérité est mal considéré dans toutes les sociétés humaines. 

Avec le développement cognitif qui dépend énormément de l'environnement social, l'enfant apprend peu à peu à identifier le réel, à distinguer ce qu'il a imaginé de cette perception commune de l'environnement qu'on peut appeler le réel. 

Mais même quand cet apprentissage a été acquis on peut être sincère mais se tromper : l'exemple le plus courant, ce sont les témoignages après un fait divers qui très souvent divergent. Cette sincérité qui ne dit pas le réel on la voit aussi dans les délires qui surgissent lors de certaines maladies mentales. 

Il y a donc ce réel, que je n'arrive pas à mieux définir que la perception commune aux humains du monde physique et du monde social. Mais la recherche de la vérité disons "en soi" comme essaye de le faire la philosophie ou la science est par contre sans fin. 

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Membre, 35ans Posté(e)
Loufiat Membre 2 622 messages
Mentor‚ 35ans‚
Posté(e)
Il y a 2 heures, CAL26 a dit :

Quand la vérité est abordée comme le contraire du mensonge c'est la sincérité et manquer de sincérité est mal considéré dans toutes les sociétés humaines. 

Oui la sincérité de celui qui veut dire la vérité. Mais elle présuppose et vise donc : la vérité. Alors je crois qu'elles ne se confondent pas totalement. D'autant moins que, comme tu le dis, il y a la possibilité de l'erreur en toute bonne foi - corrigée alors si elle est démontrée. Enfin donc oui la sincérité a un lien très étroit avec ce dont nous parlons.  

En revanche, tu me fais réfléchir que la sincérité n'est pas toujours valorisée non plus ! Relativement à elle, le protocole peut être favorisé - dans les sociétés de l'honneur par exemple ; et en general dans les représentations sociales de toutes sortes la sincérité n'est pas toujours (ni même souvent !) ce qui est attendu des uns et des autres. L'esthétique peut-être favorisée - dans les cultures tziganes traditionnelles par exemple, on retient les récits en fonction de leur capacité à frapper l'imagination et à susciter la passion et pas du tout en fonction de leur exactitude (sociétés qui refusaient longtemps le recour à l'écrit, alors qu'elles en avaient les moyens).

En fait, si on regarde bien, la sincérité est réellement favorisee, perçue comme supérieure dans les attitudes possibles, dans certaines sphères de nos vies et à certaines occasions les moments "de vérité", avec sa compagne ou son compagnon par exemple, avec ses enfants, collègues, devant un juré, etc. Mais qui comptent souvent beaucoup oui. 

Il y a 2 heures, CAL26 a dit :

Il y a donc ce réel, que je n'arrive pas à mieux définir que la perception commune aux humains du monde physique et du monde social. Mais la recherche de la vérité disons "en soi" comme essaye de le faire la philosophie ou la science est par contre sans fin. 

Je reviens là dessus ensuite. Merci d'alimenter ces réflexions !

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Membre, If you don't want, you Kant..., Posté(e)
deja-utilise Membre 6 049 messages
If you don't want, you Kant...,
Posté(e)

Bonjour Loufiat,

il semble effectivement que la vérité et la parole soient des idées qui captent assez ton attention et ce, de manière récurrente. Ce n'est pas un reproche, un simple constat conjoint.

 

Le 29/01/2026 à 15:40, Loufiat a dit :

Par vérité, j'entends le critère de la parole que nous connaissons tous, l'opposition entre vérité et mensonge : dire la vérité, c'est dire ce que l'on fait, a fait, prévoit de faire, ce que l'on sait ou ignore, etc.  

 

Je crois que cette notion est assez universelle, et mes lectures, comme l'expérience, montrent un lien particulièrement étroit entre vérité et justice.

 

Le critère "vérité / mensonge" s'active et devient déterminant, en particulier, dans le règlement de conflits, dans des situations d'affrontement entre des personnes, clans, peuples, ou entre des personnes et la loi ou les institutions, etc.

 

Il existe une foultitude de définitions de la " vérité ", tu en cherches ou en retiens une qui a une orientation pragmatique, même si elle n'est pas sans difficulté non plus. On pourrait fort bien y adjoindre les inclinations d'honnêteté ou de sincérité comme l'a fait un forumeur, comme celle d'intentionnalité, fondamentale quand on en vient à procéder à des jugements. De même, il est primordial du moins au sujet de l'émetteur de retenir la notion de " sentiment de rectitude " ( c.f. " feeling of rigthness ", V. Thompson ), c'est-à-dire de croire que l'on dit ou détient une vérité et cela avec grande confiance, par exemple il a été montré que des sujets pouvaient être 100% confiants - donc parfaitement certains - sur la " vérité " d'une chose et quand même se tromper dans un tiers des cas ! 

Ensuite, on devrait également faire le distinguo entre vérité objective, comme l'exemple que tu donnes du paysan et de la limite de son terrain et des vérités subjectives, reposant sur des appréciations personnelles, des valeurs, des préférences et ou des idéaux, conduisant à ce que l'on appelle des raisonnements motivés ( e.g.:  https://www.semanticscholar.org/paper/Biased-Assimilation%2C-Attitude-Polarization%2C-and-in-Munro-Ditto/bd737fab377a63949ba1a2563a457b017df03b07  ) et même à de l'ignorance motivée. Les a priori que l'on a transfigure la compréhension et les interprétations que l'on peut avoir sur les mêmes faits, pirement, une fois que l'on a élaborer une théorie, elle devient réfractaire à la rectification, d'autant plus que la personne s'y est engagée personnellement et émotionnellement. Dans la continuité de ce que j'énonce, il a aussi été montré que ce qui nous est familier nous parait plus vrai ou plus positif que ce qui ne l'est pas, en particulier la répétition d'une fausseté semble plus vraie qu'une vérité non répétée, que cette influence soit volontaire - pub - ou involontaire, comme dans d'interroger un témoin, comme un autre forumeur l'a aussi soulevé, dans la façon même de poser des questions.

 

La rapprochement que tu fais entre vérité et justice, se voit comme je l'avais également noté dans la terminologie de justesse, c'est-à-dire de ce qui est juste, renvoyant effectivement à la vérité et à ce qui n'est pas injuste moralement ou légalement.

 

Comme je le vois clairement aujourd'hui, à force d'étudier en long et en large les Sciences Cognitives, la vérité n'est bien souvent qu'une outil ou moyen pour arriver à ses fins, non une fin en soi ! Ce qui signifie par exemple, que pour une personne, tout particulièrement si l'identité sociale est sur la sellette, ou une menace pour l'ego se fait jour comme sur son intelligence, ses compétences ou l'image de soi, cette même personne sera très encline et prompte à dévier du vrai et du faux, pour préserver son estime d'elle-même, elle utilisera la vérité si cela converge vers son objectif et d'autres moyens ou stratégies si nécessaire, quitte donc à tromper les autres et elle-même, pour parvenir au même but si la vérité est divergente !

Le conflit peut provenir d'intérêts antagonistes, d'antipathie, de blessure égotique, de sentiments bafoués, d'un ressentiment d'une cause antérieure, de loyauté envers sa communauté ou son groupe d'appartenance/référence, etc... Il peut se résoudre par le Droit, les règlements de comptes personnels jusqu'au meurtre, la vengeance, le compromis, l'abandon d'une des parties, le dédouanement sur une autre affaire en guise de compensation, par un médiateur, voire la compréhension mutuelle via la Raison à têtes reposées, par l'imposition d'une autorité d'une " solution " par exemple le référent religieux, ou le chef du village, le père des enfants en disputes, etc...

 

La Rationalisation est un exemple emblématique d'un moyen où une vérité est reconstruite après coup, au travers un récit narratif convaincant, seulement cette vérité n'est que vraisemblable ou potentielle, non effective ou réelle, d'où la confusion quand on en passe par la narration et la création d'un sens aux évènements, pour convaincre/persuader/enrôler autrui de ceci ou cela. Un exemple historique pourrait être celui de l'infériorité raciale ou encore la phrénologie, qui étaient persuasifs abstraitement selon l'argumentation bien ficelée qui accompagnaient ces théories, en effet, tant que l'on n'a pas une méthode d'investigation similaire à celle scientifique ou judiciaire, des faits bien établis ou des données fiables, et des moyens de contrôle ou de vérification, tout comme les intervalles de confiances crédibles qui les accompagnent, on peut dans le cas contraire adhérer à toutes sortes de pseudo-vérités, comme cela peut être gentiment le cas, quand les parents font croire au " père-noël " ou historiquement que les comètes étaient des signes de mauvais augures ou bien encore la sorcellerie et la mise au bucher qui-va-bien.

 

Pour le commun des mortels, croyances et vérités vont de paires, comme ça les arrange dans le contexte social, culturel, historique et la situation en jeu, sauf si ils ne peuvent pas faire autrement, c'est-à-dire de s'accommoder du vrai et du faux, si tant est qu'ils connaissent l'un et ou l'autre de bout en bout, l'ignorance crasse n'étant jamais très loin.

 

Les gens sont avant tout gouvernés par des peurs, inconscientes, en tout genre, on peut le voir aisément chez les sujets qui n'ont pas la paralysie de leur corps pendant la veille, il suffit donc d'observer ces personnes pendant leur sommeil pour voir ce à quoi elles rêvent, il s'avère que les 3/4 des " rêves " sont à propos d'insultes, de luttes, de combats ou de fuites ! À n'en pas douter, même si nous n'en avons aucune conscience éveillé, que ces motivations profondes affectent drastiquement notre façon d'aborder ou d'appréhender le monde, en particulier celui social, conduisant à l'ensemble des subterfuges de notre cervelle à composer dans ce monde social, comme sommairement décrit dans le texte au-dessus. Dans la même veine, il a été depuis longtemps montré que les individus étaient incapables de sonder ce qui a motivé ou a causé leur comportement, personne n'est doué pour l'introspection, ce qui fait que nous reconstruisons là aussi une histoire plausible à notre sujet, avec autant d'acuité que de se prononcer au hasard finalement ! (   https://psycnet.apa.org/record/1978-00295-001  )

 

:bienvenue:

 

  • Merci 1
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Membre, 35ans Posté(e)
Loufiat Membre 2 622 messages
Mentor‚ 35ans‚
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Le 08/02/2026 à 12:53, deja-utilise a dit :

Dans la même veine, il a été depuis longtemps montré que les individus étaient incapables de sonder ce qui a motivé ou a causé leur comportement, personne n'est doué pour l'introspection, ce qui fait que nous reconstruisons là aussi une histoire plausible à notre sujet, avec autant d'acuité que de se prononcer au hasard finalement !

Merci pour cette participation. Effectivement tous ces "biais" existent, observables statistiquement et "en laboratoire" mais aussi dans l'expérience quotidienne d'autrui et par l'introspection. Je n'ai rien à y opposer. 

Une remarque toutefois : mon choix d'orientation au départ, dans la définition de la vérité, n'est pas simplement un choix parmi d'autres. Je cherche le "foyer" de la vérité, pourquoi les êtres humains semblent concevoir de toute mémoire cette distinction que l'on traduit par l'opposition entre vérité et mensonge. Je crois que c'est là que s'enracine ce qui se développe plus tard, la vérité comme abstractions encore supérieures, dans un langage religieux philosophique ou scientifique, à diverses époques et endroits, selon de multiples modalités. Je n'y vois que des approfondissements et extrapolations à partir de ce foyer universellement partagé, ou en tout cas très stable. Et aujourd'hui, je vois que cette notion de vérité est globalement délaissée aussi bien en sciences qu'en philosophie, à cause de son histoire et de sa polysémie notamment. Tant mieux, c'est l'occasion ressaisir cette notion à un niveau plus modeste, plus proche de l'existence, où je constate que là en revanche elle conserve tout son sens en même temps qu'elle constitue un problème quotidien à la fois intime (relations personnelles) et public, institutionnel (la justice, la politique, etc.). 

Seconde remarque, j'ai aussi réfléchi aux situations où la notion de vérité s'applique pleinement, à son maximum, et j'ai trouvé que son sens plein est atteint dans le fait qu'un sujet rende compte de ses actes. Or, comme tu dis, nous connaissons rarement les motifs de nos actions, quand bien même nous les chercherions sérieusement, nous butons sur le caractère arbitraire du désir, etc., et très souvent nous reconstruisons en fait un récit cohérent selon les exigences de la situation et les critères du moment. C'est tout à fait exact. Mais il y a un cas qui devrait retenir notre attention, ce sont les actions réalisées parce que énoncées au départ. Un sujet qui formule une fin à son action et enchaîne des actes en vue d'y parvenir. C'est le cas par exemple dans une promesse honorée. En fait c'est le cas dans beaucoup de situations aussi, où la "fiction" du sujet responsable capable de dire ce qu'il fait, a fait, va faire, pourquoi et comment, etc., prend effectivement vie sous nos yeux. Ça arrive aussi. Alors, quant au pourquoi nous enoncons des buts et des fins auxquelles nous nous plions réellement, j'observe que c'est un processus généralement motivé par autrui et qui passe par la parole. J'observe aussi que, dans le cas où je réalise une action volontaire visant une fin enonçable et/ou pour des motifs conscients et exprimables, ce qui n'est pas non plus rare, je suis pleinement sur le terrain de la vérité : je peux dire la vérité sur ce que je fais. Alors, cette vérité paraîtra bien limitée, parce qu'au fond interroger les motifs de l'action et ses fins dernières, ça n'a pas de fin. Si je demande à un enfant ce qu'il dessine, et qu'il dessine un château et me le dit, il dit la vérité, son énoncé répond entièrement au critère de la vérité, pleinement. Même si l'enfant ne sait sans doute pas pourquoi il a entrepris ce dessin-là, etc. Parce que sa connaissance ne va pas à rebours des causes de son action, mais peut seulement se projeter vers des fins. Alors je vois que ceci est un processus, il y a un processus qui fait qu'un enfant apprend à agir en fonction de ce qui est dit, en fonction d'autrui, en fonction de buts qu'il trouve là autour de lui dans les actes et dans les paroles. De même il apprend à confronter les paroles aux actes d'autrui. Etc. 

Et je trouve ce processus de structuration de la personne au sens sociologique et psychologique, tout à fait remarquable et essentiel. 

 

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