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    Histoire de la Russie

    Russie lettre 19 : l’inter-règne Pierre 1er– Catherine 2 (1725-1762) 6 août 2020, Samuel, 1) Catherine 1 ère (1725-1727) Nous avons vu dans la lettre 18 du 20 mars 2020 que Pierre mourut le 8 février 1725 à Saint-Pétersbourg, sans désigner de successeur. L’héritier naturel était son seul descendant direct de lignée masculine, Pierre, son petit-fils, le fils d’Alexis (voir lettre précitée). Mais Alexis s’était opposé aux réformes de Pierre le Grand et les proches du pouvoir craignaient que le fils d’Alexis suive le même chemin, ce qui aurait nui à leurs intérêts. De plus Catherine avait été couronnée Impératrice le 7 mai 1724 ce qui semblait indiquer que Pierre souhaitait qu’elle lui succédât. Les princes de la cour de Pierre menés par l’influent Menchikov, soutenus en outre par la garde impériale, portèrent Catherine au pouvoir. (Menchikov servit avec une fidélité à toute épreuve Pierre le Grand. Nous avons mentionné son nom et son action dans la lettre 18 du 21 mars 2020). Catherine étant déjà impératrice elle devint naturellement souveraine de toutes les Russies à la mort de son époux le 8 février 1725 sous le nom de Catherine 1 ère. Elle nomma Menchikov chef de son gouvernement. En février 1726 Menchikov, avec l’aval de la souveraine, créa un Conseil suprême de huit membres, chargé de traiter les affaires importantes de l’Empire. Ce Conseil, dominé par Menchikov, prit une seule décision marquante, pendant le règne de Catherine : la restauration de la dignité d’hetman en Petite Russie (l’Ukraine) en permettant que l’hetman soit à nouveau élu par le peuple et non plus nommé par l’Empereur (voir lettre 18 du 21 mars 2020). Catherine mourut le 17 mai 1727 après avoir désigné le jeune Pierre (le fils d’Alexis, voir supra) comme son successeur. 2) Pierre II (1727-1730) Pierre, le fis d’Alexis devint donc Empereur le 17 mai 1727 sous le nom de Pierre II. Il fut officiellement couronné le 25 février 1728. Comme il était trop jeune pour régner (il n’avait alors que 12 ans) ce fut le Conseil suprême qui exerça le pouvoir. Menchikov que Pierre n’aimait pas (Menchikov avait contribué à l’éviction d’Alexis du pouvoir) tomba en disgrâce et fut exilé en Sibérie. Il fut remplacé par un boïar : Ivan Dolgorouki. Ainsi l’ancienne noblesse, celle qui s’était opposée à Pierre le Grand, revenait au pouvoir. Dolgorouki adopta une politique contraire à celle qu’avait suivie Pierre le Grand. La capitale fut ramenée de Saint-Pétersbourg à Moscou, l’armée fut délaissée, le pays se détourna de l’étranger, bref ce fut un repli de la Russie sur elle-même. Pierre II mourut rapidement de la variole le 19 janvier 1730, ce qui ouvrit une guerre de succession. 3) Anna (1730-1740) Les grandes familles de l’ancienne noblesse rivalisèrent pour nommer un régnant qui leur fut dévoué. Le Conseil secret dominé par deux familles, les Dolgorouki et les Golitsyne (concernant Golitsyne voir lettre 17 du 6 décembre 2019) finirent par désigner la duchesse Anna, l’une des filles d’Ivan, le demi-frère de Pierre le Grand (voir lettre précitée). Anna était une jeune veuve âgée de 37 ans, qui régnait sur le duché de Courlande petite région autonome sur laquelle la Russie, le Suède, la Prusse et la Pologne avaient des vues (voir carte de la lettre 18 du 13 mars 2020). Elle n’avait pas reçu d’instruction, hormis quelques rudiments d’allemand, paraissait falote et donc aisément manipulable. Vassili Dolgorouki, représentant le Conseil suprême, se rendit à Mitau, la capitale du Courlande, et proposa à Anna de devenir Impératrice à condition qu’elle acceptât de renoncer à tous pouvoirs. Anna aquiesça et signa un acte qui authentifiait sa décision. La nouvelle de cet accord arriva aux oreilles du chliakhetstvo, nom donné à la nouvelle noblesse promue par Pierre le Grand pour ses compétences (et non pour sa qualité d’héritière). Comprenant que cet accord annonçait le retour de la domination des boïars, le chliakhetstvo se mobilisa contre. Le 15 février 1730 Anna rentra solennellement à Moscou. Le 25 février, alors qu’elle s’apprêtait à entériner officiellement l’accord signé avec Dolgorouki, une délégation du chliakhetstvo se rendit au palais et signifia sa protestation. La garde impériale, fidèle à l’absolutisme de l’Empereur, protestait elle aussi. Or Anna, sur les conseils d’un homme dont nul ne sut jamais le nom, s’était préalablement nommée elle-même « colonel» de la garde (bien qu’elle n’en eut pas le droit). Aussi se sentit-elle assez forte pour apostropher Dolgorouki : « La pétition qu’on m’a fait signer à Mitau n’exprimait donc pas le vœu du peuple ? » Entendant les protestataires s’écrier « Non ! » Anna invectiva le boïar : « Ainsi prince Vassili tu m’as donc trompée » et sur le champ elle déchira le traité. Elle reprit ainsi le pouvoir, absolutiste, naturellement dévolu à l’Impératrice. Le Conseil suprême fut aussitôt aboli. Selon les historiens ces événements entérinèrent la défaite de l’ancienne noblesse devant la nouvelle mais aussi la reconnaissance par cette nouvelle noblesse de la nécessité et du caractère inéluctable d’une autocratie sans limites en Russie. Bravo dans ta brillante prestation face au Minotaure. Bientôt je te raconterai une autre saga, celle d’un Cosaque du Don : Pougatchev. Je t’embrasse, Je t’aime,
  2. Al-Rusâfî (m. 1177) Jeune, il quitte sa bourgade natale d’al-Rusâfâ, près de Valence, pour s’installer à Málaga. Lorsqu’il se rend à Gibraltar pour acclamer l’arrivée du calife almohade Abd al Mu’min, il compose un vaste panégyrique qui aurait pu lui assurer une confortable carrière auprès de la nouvelle dynastie. Il préfère vivre modestement de son métier de ravaudeur. Par prédilection pour la forme classique, il ne compose ni muwashshah, ni zajal. En revanche, il s’attelle parfois à de vieux thèmes bédouins, comme la traversée à dos de chameaux, et essaie de renouveler ce thème antique par des images modernes. Voyageurs obstinés de nuit, ils se procurent Sans coupe ni cristal le vin du sommeil pur. Ils se sont tant courbés, tant couchés sur leur bête Qu’ils semblent embrasser les mains de leur monture. Pressant et refoulant la torpeur qui les fête, Ils en ont distillé l’essence dans leur tête. Sa poésie florale s’inscrit, quant à elle, dans la continuité de celle d’Ibn Khafâdjâ. C’est dans sa boutique au cœur du souk de Málaga, qu’il compose le plus souvent, entouré de confrères et d’amis. Et lorsque sa poésie résonne des échos du souk, rend compte de ses métiers, raconte les efforts des travailleurs, c’est comme si le petit peuple andalou venait se mêler, discrètement, à la longue récitation classique qui semblait l’ignorer. Gazelle, tes doigts filent sans cesse Les fils d’une gaze versatile ; Ainsi file la pensée habile Le long des gazhals qu’elle faufile. Voici que ses doigts pleins d’allégresse Jouent de la navette et du métier ; On voit les jours se jouer sans pitié Des événements qu’ils vont lier. Mais sitôt qu’il tombe de faiblesse, Ses yeux se fatiguant de tisser, – Ah, que ne donnerais-je pour ces Deux beaux yeux de tisseur harassé – Ses mains tirent sur d’obscures laisses, Tandis que ses pieds confus s’emmêlent Ainsi qu’un faon se prend sans appel Dans les filets qu’un chasseur lui tresse.
  3. Les Almohades (1147-1223) Après une occupation brutale de l’Ifriqiya, les Almohades imposent leur joug sur l’Andalousie au milieu du XIIe siècle. Ils détrônent les souverains locaux défendus par une partie des populations, notamment juives et chrétiennes, et tacitement soutenus par les États chrétiens. Réunifié, l’Islam péninsulaire ne règne plus que sur un territoire diminué. Mais contrairement au pouvoir almoravide, les Almohades affirment une souveraineté entièrement indépendante des anciennes puissances orientales et se proclament califes. Suit une période assez brève de zèle religieux et d’austérité, mais le puritanisme des Almohades va, comme chez leurs prédécesseurs, s’émousser au contact des délices andalouses. La culture peut dès lors poursuivre son œuvre. Cette période faste du règne Almohade est couronnée par de grands travaux d’urbanisme et d’architecture, dont témoigne encore la hautaine Giralda de Séville. Toutefois l’affrontement avec la chrétienté demeure vivace. Tant que les Etats catholiques restent divisés, les Andalous gardent l’avantage : en 1195 à Alarcos, ils remportent une retentissante victoire contre la Castille. À force de subir l’exode et les conversions forcées, les communautés juives et chrétiennes d’Andalousie finissent par être écartées. Néanmoins les minorités continuent malgré tout à mettre en rapport les cultures. Dès le XIIe siècle, dans Tolède reconquise, des traducteurs juifs et modéjares (c’est-à-dire musulmans sous autorité chrétienne) font passer en latin une série d’ouvrages grecs conservés en traduction arabe, dont la Physique d’Aristote. D’autres traductions font connaître à l’Occident les avancées arabes en mathématiques, en astronomie, en médecine mais aussi l’œuvre d’Averroès qui aura un impact déterminant sur la pensée occidentale. En poésie, le mot d’ordre est celui de la continuité. Certains poètes prolongent chacun à leur manière la politique des siècles précédents. Seule l’efflorescence de la poésie soufie nuance ce constat. À l’instar des mystiques orientaux, les gnostiques andalous investissent le champ de la poésie profane pour y faire fructifier leur symbolisme ésotérique. Pour ces poètes, la poésie ne sert pas à enjoliver une pensée dont la dialectique serait explicitée ailleurs. Elle est vitale à l’exercice de la pensée mystique, elle est le langage privilégié qui lui permet de pressentir et de suggérer, dans un même élan, ces verites spirituelles qui, par nature, échappent à la formulation. L’utilisation exclusive du zajal chez certains démontre combien cette forme dialectale est devenue familière dans le paysage lyrique andalou. Ibn Khaldûn appellera ces poèmes « poème Zajalesques ».
  4. Ibn Al-Zaqqâq (1094?-1133?) Il s’est fait connaître avant tout par ses descriptions de la nature. Certains chroniqueurs prétendent qu’il n’est autre que le neveu maternel du grand poète Ibn Khafâdja, qui l’aurait initié aux règles de l’art. La lyrique d’Ibn al-Zaqqâq largement inspirée de la manière du célèbre paysagiste, s’avère cependant moins précieuse et plus épurée. Comme d’autres poètes de Valence, il privilégie la structure arabe classique aux formes strophiques. Ce jardin aux violettes fragrantes S’emplissait des odeurs entêtantes Exhalées de ses brocarts et soies. Voici que du lait nourricier choit Sur ses nénuphars et ses narcisses. De peur qu’un désastre ne sévisse, Tout autour du jardin, les nuages Tirent d’un coup l’épée des orages. - Je n’aimais le soleil Loin du monde Que pour devenir par amour pour elle Une exception dans le monde. Ibn Quzmân (1080?-1160) Il était selon ses propres dires un grand gaillard aux yeux bleus. Son génie c’est d’avoir mis au point une écriture nouvelle qui réponde à son projet lyrique. Il est vrai qu’avant lui on avait récité des zajals en Espagne, mais il a rénové profondément le genre. La poésie d’Ibn Quzmân mène une charge contre le puritanisme almoravide et le conservatisme arabe. Son zajal nous donne à voir l’écart entre l’idéal prôné par les Almoravides et la réalité sociale : le poète conspué doit fuir, mais la prostituée elle, pourra continuer son travail, mais le couple soi-disant pieu poursuivra ses petits jeux sordides. Le vrai paradis c’est le vin L’amour des belles, c’est divin. Je me lie et je romps, selon ma fantaisie, Tantôt avec des gars, tantôt avec des filles. À force d’écluser, on vit ce que l’on vit. Vos beaux conseils n’y feront rien, Car mes vices me font du bien. Moi, j’aime boire et me soigner à ma façon. À quoi riment vos reproches ? C’est ma passion. Plus on me l’interdit, plus j’aime la boisson. Permis ou proscrit, c’est tout un, À moi, bouteille et verre plein ! - Elle me plaît, ta taille faite au tour, Il me plaît bien, ton regard de velours, Elle me plaît, ta pommette d'amour, J’aime bien quand ta joue grenadine rougit Et que tes yeux me lancent leur éclat. Serais-tu gemme ou émeraude verte ? Es-tu cannelle, es-tu ambre, peut-être ? Qui es-tu, du sucre, une douceur offerte, Un soleil, un matin, une lune surgie, Ou contiens-tu un peu de tout cela ?
  5. Ibn Khafâdja al-Andalusî (1058-1138) Il naît à une vingtaine de kilomètres de Valence. Au tourbillon de la cour et des cénacles, il préfère toujours ses bosquets, ses ruisseaux et ses promenades solitaires. La nature offre aux âmes sensibles un réconfort contre la fausseté des hommes ! À la veille de la trentaine il fait taire sa plume. Ce silence, qui dure une quinzaine d’années peut être lié aux événements tragiques qui endeuillent Valence. L’entrée en scène du Cid Campeador en 1086, son joug arbitraire et brutal, puis, succédant à sa mort, l’incendie de la ville par les chrétiens avant que la cité ne soit reprise par les musulmans en 1102, tous ces incidents auraient-ils révulsé le poète au point de le mener au mutisme ? Dans le recueillement de la nature il s’abandonne à des rêveries profondes. Le frémissement de la ramure, l’éclat d’une goutte de rosée, le rougeoiement du crépuscule, les méandres d’une rivière serpentine, la moindre sollicitation des sens confirme une intimité silencieuse et apaisante entre le poète et son environnement. Quel bonheur que le vôtre, ô gens d’Andalousie ! Ces ombrages riants, ces cours d’eau assoupis, Ces rivières, ces frondaisons, ces lieux bénis Ramènent le jardin d’éden en nos contrées. Par élection, c’est ce pays que j’élirais. N’ayez crainte, demain, d’entrer dans la fournaise : Quel paradis s’évanouirait devantles braises ? Celui qu’on surnomme « le paysagiste » tient avant tout à la densité avec laquelle il combine, parfois de façon hermétique, des images devenues classiques. C’est la confusion de ces réalités et leur superposition métaphorique qui donnent lieu aux noces cosmiques entre la nature, le vin et le poète. Le mimosa, au-dessus de nos têtes, Avait tendu son dôme de ciel frais, Tandis qu’en bas circulaient des comètes Emplies de vin. Un cours d’eau entourait L’arbre épanoui, comme une Voie lactée ; Et maintes fleurs y miraient leurs étoiles. À voir le fût et l’onde, une beauté Naissait, fluette et ceinte d’azur pâle. Et les coupes, escortant l’épousée, La célébraient par leur ronde nuptiale, Tandis que la promise ôtait son voile Sous l’arc des fleurs répandues sans compter. - Dans ce désert où nulle étoile ne perce, Dans cette nuit où aucun astre ne verse, Seul Sirius flamboie, comme étincellerait Dans la paume d’un nègre un dinar doré. - Maintes gouttes durcies ont servi de parure À la Terre, et la grêle orné son encolure. Pourtant, ne sont-ce pas autant d’éclats de glace Qui viennent concasser la rocaille à coups durs Et couvrir la contrée d’une douleur vivace ? Si la Terre avait ri de vêtir des festons Tissés d’astres, le ciel s’assombrit, furibond, Comme si, là-dessous, un immense adultère Eût forcé les grêlons à lapider la Terre. - Je la visitai à l’aube. La nuit était une parcelle d’ambre Enflammée et l’éclair un jaillissement de feu, Le vent frappait les hanches des collines Et embrassait les lèvres des fleurs. Ou qu’elle soit, son visage dévoile La Ka`ba de la splendeur, J’ai pour elle un regard païen Qui adore le feu de ses joues Sincère est ton amour, mais je m’étonne De l’éloignement qui est notre destin. Comme si nous étions sur orbite, en rotation, Tu t’éclipse dès que j’apparais.
  6. Lettre 61-11 25 juillet 2020, Samuel, B) Le style gothique C’est le caractère de la voûte qui permet de distinguer le style gothique du style roman. L’église gothique se caractérisa à partir de la fin du XI siècle / début du XII siècle par l’innovation technique de la croisée d’ogives. La croisée d’ogives (voir première figure jointe) est constituée de deux arcs sécants dits ars diagonaux se coupant en leur sommet, chacun reposant sur un pilier. Ces deux arcs prennent place entre deux arcs doubleaux qui reposent sur les mêmes piliers. Cette technique permet de limiter le coffrage aux arcs diagonaux et doubleaux. Elle divise la voûte située entre les doubleaux en quatre voûtains (éléments de voûte) qu’il est possible de remplir avec une maçonnerie légère. L’avantage de cette technique est de reporter le poids de la voûte sur les seuls piliers (et non plus sur les murs). Il n’est plus besoin de renforcer les murs par des contreforts, il suffit de renforcer les piliers par des arcs-boutants (voir figure 2). L’arc-boutant prend lui-même appui à l’extérieur de la cathédrale sur un pilier de culée. Cette technique permit de bâtir des églises pus hautes mais aussi mieux éclairées car il fut possible de percer des ouvertures dans les murs latéraux des nefs puisqu’ils n’étaient plus fragilisés par le poids de la voûte. Note : le mot « roman » dans le style roman signifie : à la manière des Romains (voûte en berceau) ; le mot « gothique » réfère aux Goths tribu germanique considérée comme barbare du temps des Romains . Ce mot était donc péjoratif avant que le style dit gothique finisse par s’imposer. Voilà pour le XVII siècle : c’en est terminé ! Je pense reprendre l’histoire de Russie avant d’aborder le XVIII siècle. J’espère que ton entrevue avec le Minotaure se sera bien passée. Je t’embrasse, Je t’aime
  7. Ibn Bâdjdja (1085-1139) Le célèbre Avenpace. Après la prise de Saragosse par les Almoravides en 1110, le jeune Ibn Bâdjdja bénéficie de la protection du gouverneur auquel il dédie ses poèmes et dont il devient ministre. Des divergences politiques lui valent d’être accusé de trahison et d’hérésie. Il connaît un temps la prison. Puis il se réfugie à Séville, où il commence un second vizirat de vingt ans auprès du vice-roi almoravide de la province. Il meurt à Fès en 1139. Malgré ses lourdes fonctions administratives Ibn Bâdjdja déploie une activité intellectuelle de grande envergure dans le domaine des mathématiques, de la botanique, de l’astronomie, de la grammaire ou encore de la musique. Mais c’est la philosophie qui le rendra célèbre. La qualité de ses commentaires d’Aristote fait de lui le véritable pionnier de l’aristotélisme dans l’Espagne musulmane. Sa pensée sera une source d’inspiration importante pour Maïmonide et Averroès, et marquera durablement de son sceau les théologie médiévales. Porte haut tes couleurs et sans frein enivre-toi du soir au matin. Que ton poignet s’entoure d’éclairs : L’or fauve bruisse dans l’argent clair, Sous un fil de gemmes tressées d’air Qu’une brune souriante nous sert. Sa main qui versait le fluide vin trouble l’eau stable d’un brasier feint. Voici poindre une lueur aurorale Lorsque la brise aux jardins s’exhale. Dans la nuit, nul besoin de fanal ; Laisse le vin éclairer la salle, Tandis que pleure la pluie, non moins que les pleurs nous sourient du jardin. Les joyaux éclatants de grandeur, Une main en fit les riches heures De son règne ; nul roi n’eut son heur ; C’est un astre embaumé de senteurs. Comme Ali, comme Omar, tu obtins par le fer, honneur, foi et destin.
  8. Les Almoravides (1090-1145) À partir de 1090–1092, l’Andalousie est intégrée à un vaste empire qui s’étend du sud du Sahara occidental à la vallée de l’Èbre, et des côtes de l’Atlantique au Maghreb central. La capitale de l’Islam d’Occident n’est plus Cordoue, ni Séville, mais Marrakech. Les Almoravides, que l’on appelait aussi les « Voilés », car leurs hommes portaient le voile de bouche des Sahariens, se proposent d’alléger la fiscalité, mais surtout de restaurer les valeurs morales de l’islam ; ce programme semble d’abord bien accueilli par la population andalouse. Si les Andalous jouissent, sous les Almoravides, d’une sécurité qu’ils ne connaissaient plus, il en va tout autrement pour les poètes. Les nouveaux maîtres du pays, sultans, vice-rois et gouverneurs, sont de rudes berbérophones auxquels les subtilités de la poésie arabe reste souvent peu accessibles. Il reste aux poètes, il est vrai, la possibilité de se rabattre sur les membres de l’aristocratie urbaine. Si l’époque est difficile pour les poètes, elle ne laisse pas à désirer en matière de poésie, contrairement à l’opinion courante des critiques. Tout d’abord le siècle almoravide voit la consécration de la poésie strophique. Cette forme éminemment andalouse finit par vaincre toutes les réticences. Les formes strophiques andalouses commencent à se diffuser au-delà de la péninsule. Pour les Almoravides, l’état de grâce sera éphémère. Sur le continent, des foyers d’agitation et d’effervescence mystiques éclatent au sud et à l’est de l’Andalousie. De l’autre côté de la mer, à partir des années 1120, un groupe de tribus berbères du Haut Atlas marocain, les Almohades, se donne pour objectif politique de renverser le pouvoir almoravide. Forte de leur doctrine religieuse réformatrice, cette collectivité affirme avec intransigeance l’unité de Dieu (d’où leur appellation « d'unitaires », al- Muwashhidûn. La contestation interne mine le rapport de force qui prévalait contre la chrétienté. De revers en revers le régime almoravide se délite ; on voit se succéder des pouvoirs instables, éphémères et circonscrits. De ce point de vue, le juridisme a succombé à deux courants qu’il avait combattus : la théologie et le soufisme. Mais on ne saurait ignorer un autre aspect des choses. Une part de la société andalouse, fière de son caractère arabe, cosmopolite et citadine, ne se fait pas à ces Sahariens raides et bigots qu’elle considère toujours comme des « étrangers » pour ne pas dire des « barbares ». La rigueur berbère n’a triomphé qu’en apparence de la lascivité andalouse ; c’est plutôt le prosélytisme almoravide qui s’amollit progressivement et finit par succomber à la douceur de vivre de la péninsule. Les Almoravides, qui ambitionnaient de purifier l’islam andalou, échouèrent en terrain conquis.
  9. Ibn Al-Labbâna (1039-1113) Orphelin de père, il reçoit le sobriquet d’Ibn al-Labbâna, le « fils de la laitière », d’après l’humble métier qu’exerçait sa mère. Pour assurer son éducation, ses proches endurent des privations, d’autant que ses débuts sont difficiles : il échoue à la cour de Almería, puis celle de Tolède et de Badajoz, avant de trouver finalement une place de choix dans l’entourage du roi de Séville al-Mu`tamid. Avec le temps se noue entre le monarque et le fils de la laitière une sympathie qui dépasse la cordialité de complaisance : entre ces deux passionnés de poésie s’établit cette sorte d’harmonie sublime, que l’on appelle communément l’amitié. Lorsque le prince déchu se retrouve emmené dans les chaînes dans sur une galère almoravide, c’est Ibn al-Labbâna qui sait le mieux exprimer la tristesse des Sévillans, massés pour un dernier adieu à leur souverain sur les berges du Guadalquivir. Rien ne demeurera en ma mémoire, fors Ce matin sur le fleuve, et leur départ à bord De navires gréés, creux comme des tombeaux Où giseraient des morts. Et les gens, près de l’eau, Pleuraient, versaient un flot perlé à fleur d’écume. Et les femmes, ne cachant plus leur amertume, Montraient à tous leur face entaillée par les pleurs Et comme chiffonnée par le pli du malheur. Qui vous ramènera à moi, ô fils prodigue, Sang de Mâ’ al-Samâ, eau du ciel qui t’irrigue, Quand la pluie se refuse à étancher mon âme ? Comme approchait l’adieu, les hommes et les femmes Hurlèrent leur douleur et s'offrirent d’un cri À racheter leur roi, à sacrifier leur vie. Les vaisseaux s’en allaient, voguant au gré des plaintes, Comme vont les chameaux bercés par des complaintes. Que de larmes se sont mêlées à l’onde amère ! Que de cœurs déchirés partirent aux galères ! Il continue par la suite à correspondre avec son ami et lui rend plusieurs fois visite dans sa lointaine prison saharienne. Cette constance lui vaudra d’incarner dans la mémoire andalouse la figure même de la fidélité. Non. Les fers qui le lient n’auront pas desserré Nos liens. Mon cœur battait pour lui ; lui m’entourais. Ainsi, la fleur séjourne dans son tendre calice Jusqu’à ce qu’une main cruelle s’en saisisse. - Derrière les murs d’une prison avare, Ton cœur si généreux semble mûrir en jarre. Autour de ta Ka`ba, âme d’élection, Puissé-je sans arrêt mener ma procession ! À la suite de l’exil d’al-Mu`tamid, il quitte Séville et trouve refuge à Majorque, qui échappe au joug almoravide. L’allégresse du lieu réveille son inspiration. Les ondées répandues sur leurs lieux familiers Ont vêtu le pays d’un manteau d’allégresse. La palombe irisée lui offrir son collier ; Au paon, il emprunta sa traîne enchanteresse. Et le ruissellement des cours d’eau verse un vin Que la cour évasée des domaines retient. - Quel cœur tendre sur moi va te faire pencher, Te montrer sur ce lit un papillon en feu ? Mon œil n’obéit plus : vois ce flot de mes yeux Où je me noie pour toi, sans corde où m’accrocher. Je suis comme la flèche envolée et perdue, Et toi comme le cœur que l’on n’atteint jamais. Était-ce tromperie que ce salut discret Où se lisait une promesse non tenue ? Tu es la mort, le rêve. En toi, à parts égales Et l’ombre du nuage et le feu de midi. À la lance souplesse et couleur tu as pris, Sauf en sa pointe, noire et non pas d’un bleu pâle. On te disait forêt profonde, mais alors Tu chantas, et ce fut : « La colombe cendrée ! » Ô beau corps élancé, rend moi le réconfort ! Ton regard est plus prompt que la flèche lancée ! Si j’étais magicien, sachant comment te prendre, Je ferais que ton cœur pu m’aimer quelque temps, Goûter, comme je goûte, à l’amour, ce tourment, Et se montrer ainsi plus pitoyable et tendre. C’est à Majorque qu’il périt, vraisemblablement au cours d’une expédition menée par le comte de Barcelone et les Pisans ; leur attaque dévaste l’île et met fin à la dernière Taïfas.
  10. Lettre 61-10 21 juillet 2020, Samuel, Complément sur les cathédrales Au Moyen Âge, en Europe occidentale, les chrétiens avaient divisé les territoires en unités administratives religieuses : les diocèses. Chaque diocèse était contrôlé par un évêque. Une cathédrale était une église épiscopale c’est-à-dire une église d’un diocèse. Deux styles caractérisent les cathédrales, le style roman et le style gothique A) Le style roman A partir de la fin du IX siècle des églises d’une grande simplicité commencèrent à être édifiées. Elles étaient construites en pierres (ou en bois) avec pour couverture une charpente en bois et des tuiles. Elles comportaient une simple nef (grande salle allongée où se réunissaient les fidèles) parfois flanquée d’un bas-côté de part et d’autre, ces éléments se terminant par une abside, petite construction extérieure de forme sphérique. Sur la première figure jointe à cette lettre la partie entre les petits disques noirs est la nef. De chaque côté se trouve un bas-côté (qui va des disques noirs jusqu’au mur). Les trois petits cercles à droite sont les absides. Il y a de plus sur le plan un espace vertical qui déborde au-delà des murs : c’est le transept, salle aménagée à angle droit de la nef, ce qui permet de donner à l’ensemble une forme de croix. A partir de la fin du X siècle la voûte en bois fut remplacée par une voûte en pierre plus résistante (insensible au feu), plus majestueuse : la voûte en berceau héritée des Romains, voûte ayant une forme demi-cylindrique (forme arrondie, demi-circulaire sur toute la longueur de la nef). Cette voûte épousait la forme d’un arc en plein cintre (voir deuxième figure jointe à la lettre). Pratiquement les bâtisseurs montaient un coffrage en bois sur lequel ils plaçaient des claveaux ou voussoirs, éléments de l’arc en plein cintre (sur la deuxième figure ce sont les rectangles formant l’arc). Quand ils avaient placé la clé de voûte, le voussoir du haut du cintre, ils pouvaient retirer le coffrage et la voûte venait s’appuyer sur les murs extérieurs verticaux. Pour donner plus de résistance à la voûte les constructeurs la doublaient à intervalles réguliers par des arcs saillants appelés arcs doubleaux lesquels venaient s’appuyer sur des piliers ou pilastres engagés dans le mur, appelés encore : dosserets. (voir figure 3). Le haut de ces pilastres formaient de petits ouvrages appelés chapiteaux (entre le pied de l’arc doubleau et le pilier sur la figure 3). Le poids de la voûte était intense et exerçait sur les murs et pilastres une force oblique dont la composante verticale était certes supportée par les murs et les piliers, mais dont la composante horizontale avait tendance à les renverser vers l’extérieur. Du coup pour que l’édifice ne s’écroule pas il fallut doubler les murs extérieurs par de puissants contreforts (voit figure 3). D’où l’aspect massif des cathédrales romanes et leur faible luminosité intérieure : percer des ouvertures dans les murs auraient en effet contribué à les fragiliser. Vers la fin du XI siècle apparut une innovation technique (déjà connue de l’Orient) : l’arc brisé (voir figure 2). Cet arc transmet aux murs porteurs une poussée moins oblique, plus verticale, ce qui permet de diminuer l’intensité de la force composante horizontale (celle qui tend à renverser les murs). Il fut ainsi possible de diminuer la masse des contreforts. Mais la forme plein cintre fut considérée plus noble, plus esthétique, ce qui limita l’utilisation de l’arc brisé. Je poursuivrai cette lettre avec l’étude du style gothique et ça en sera fini avec le XVII siècle. Je t’embrasse, Je t’aime
  11. Ibn`Ammâr (1031-1078) Il naît dans une famille paysanne de l’Algarve, il fait quelques études à Cordoue puis se lance à l’aventure, décidé à faire fortune. À force de prospecter, il finit par frapper à la bonne porte en l’occurrence celle des princes de Séville, où il devient l’ami intime du prince héritier al-Mu`tamid. A la mort d’Ibn Zaydûn il devient vizir et s’empare de Murcie au nom de al-Mu`tamid. Maître de Murcie, il trahit son ami et se proclame souverain indépendant de la ville, mais ne parvenant pas à consolider son emprise, il est livré par ses ennemis au souverain de Séville. Il cherche la clémence d’al-Mu`tamid : Pour peu que tu me gracies, on verra Que ton âme est généreuse et clémente. Pour peu que tu me châties, ce sera Pour des raisons claires et éclatantes. Si une voie se révèle meilleure, Tu la verras, guidé par le Seigneur ; Car nul n’est plus proche de Lui, ô roi. Grâce ! oserai-je en appeler à toi ? Ne prête pas créance à mes rivaux, Dussent-ils me fustiger à grands mots. Mes ennemis ne sauraient que médire Sur une faute évidente ; à vrai dire, Je suis coupable. Or, cette faute claireM Coule d’un roc, se répand et se perd, Au regard de ta clémence exemplaire. J’ai l’espoir que tu sauras rejeter Les germes que mon rival a plantés Avec un soin et une joie amers. Il cherchera en vain cette clémence, al-Mu`tamid, dans un accès de rage, lui tranche la tête d’un coup d’épée. Ibn Hamdîs (1055-1132) Né à Syracuse, il est témoin des luttes qui déchirent la Sicile arabe et les premières victoires des armées normandes. L’avenir sombre qui se dessine le pousse à l’exil, il a 24 ans, il ne reverra plus son île natale De Sicile il se rend à Séville. Il côtoie les plus brillants poètes de son temps à la cour d’al-Mu`tamid. Pourtant, la nostalgie ne le quitte jamais. Son île natale s’assimile au jardin perdu de l’Éden dont il aurait été chassé comme « un Adam déchu de son paradis ». La Sicile est la bien-aimée qui le hante, elle est la destination ultime de son voyage. Du sein d’un nénuphar aux feuilles arrondies , Une fleur écarlate a jailli en diadème : Ainsi, par quelque faille, un coup de lance sème, Le sang au beau milieu des cuirasses verdies. Exilé comme moi, fils du même pays, Nous en fûmes chassés par le destin haï ! - Ô jardin de clos de nos rencontres Par feux d’exil maintenant écarté Rends- moi, ces arbres éclatés Et leur parfum d’un éternel là-bas ! Liqueur de miel à ses lèvres cueillie, Puisée aux fraîcheurs d’un cristal de neige ! Pitié pour moi, que la passion assiège : Je suis la proie de tourments infinis ! L’archer tire, hélas ! il reste impuissant À toucher d’un trait la cible lointaine. Comment suivrai-t-il, rivé à la plaine, L'astre, gazelle au matin bondissant ? - Il est une bougie dressée Comme une lance faite de flammes : Lorsqu’elle embrase ses entrailles Ses yeux coulent en larmes d’or, Sa lumière circule la nuit Comme la joie dans la colère. - Je suis devenu un secret dans l’opacité de la nuit, Voile sur les profondeurs cachées du cœur, Dis à l’obscurité qui s’éternisa Qu’en elle mes yeux ont vu l’inouï.
  12. Lettre 61-9 19 juillet 2020, Samuel, Le développement de la technique des origines jusqu’au XVII siècle H) Le XVII siècle Le XVII siècle fut marqué par la naissance de la pensée scientifique. Les rapports entre la science et la technique changèrent. La science jusqu’alors inspirée par la technique prit désormais le pas sur cette dernière et en provoqua un nouvel essor. Les savants, mathématiciens, physiciens et astronomes prirent le relais des ingénieurs dans la recherche de l’innovation. Cette révolution scientifique fut préparée par la Renaissance du XVI siècle avec les travaux des astronomes Copernic (polonais, 1473-1543) et Kepler (bavarois,1571-1630) continués au siècle suivant par les travaux de l’italien Galilée (1564-1642), du britannique Newton (1642-1727), du français Descartes (1596-1650), de l’allemand Gottfried Leibniz (1646-1716). A la conception géométrique du monde consistant en une sphère centrée sur la Terre succéda une nouvelle conception géométrique de l’univers considéré comme un espace homogène et infini ne privilégiant plus aucun « centre ». La vision de la structure spatiale sphérique et centrée héritée de l’Antiquité était en outre chargée d’une vision morale : le monde était un tout fini et bien ordonné avec une hiérarchie de valeurs et de perfection, entre une Terre lourde et opaque, centre d’une région sublunaire du changement et de la corruption, et une région au-dessus de la lune, supralunaire, où s’élevaient des sphères célestes incorruptibles et lumineuses (les deux mondes formant le Cosmos). Avec la nouvelle vision géométrique de l’univers, espace homogène et infini, disparut aussi toute vision morale. L’univers n’était plus chargé de valeurs. Ainsi la science opéra la séparation totale entre le monde des faits et celui des valeurs. Elle promut également la force descriptive des mathématiques : « l’univers est écrit en langage mathématique » écrivit Galilée, et l’universalité du modèle mécanique des machines qui commençaient à faire leur apparition dans l’économie européenne : « l'univers est une machine où il n'y a rien du tout à considérer que les figures et les mouvements de ses parties » écrivit Descartes. Grâce au développement de l’optique Galilée perfectionna la technique de la lunette astronomique, les télescopes ensuite ne cessèrent de se perfectionner, puis le hollandais Van Leeuwenhoek (1632-1723) inventa le microscope. En observant en 1677 sous sa lentille les pérégrinations des « animalcules vivants », il mit un terme à la théorie de la génération spontanée. En 1624 Edmund Gunter (anglais, 1581-1626) inventa la règle à calcul, instrument essentiel jusque dans les années 70 avant l’invention des calculatrices électroniques. En 1623 Wilhem Schickard construisit une machine à calculer qui pouvait faire des additions et des soustractions mais dont l’intérêt pratique resta limité. En 1645 Blaise Pascal construisit lui aussi une machine à calculer rudimentaire. Elle fut commercialisée sous le nom de Pascaline. En 1631 Vernier inventa un dispositif destiné à mesurer de très petites distances inférieures au millimètre, appelé : le vernier. Cet instrument permit la construction du pied à coulisse instrument de base de l’ajusteur. Dans l’art militaire la connaissance des lois du mouvement (Galilée) permit notamment la création d’un affût (pièce du canon) contrôlant le réglage de l’angle de tir et par conséquent le réglage de la portée du boulet. Les armes à feu portatives évoluèrent vers plus de légèreté et de fiabilité. L’usage de la cartouche, cylindre de papier fermé contenant la charge de poudre, se généralisa. En 1669 Jean Martinet inventa la baïonnette. Sébastien Le Prestre de Vauban mit au point un système de fortifications aujourd’hui encore admiré. L'horlogerie accomplit un bond décisif en 1656 avec l'horloge à balancier du néerlandais Christian Huygens (1629-1695). Galilée avait remarqué que la période d’un pendule (temps mis pour accomplir une oscillation complète) était constante (cette période ne dépend que de la longueur du pendule). Huygens utilisa cette régularité en construisant une horloge dont le balancier fit office de pendule. A chaque oscillation le balancier mettait en œuvre une technique permettant une avancée régulière des aiguilles. Cette amélioration de la mesure du temps profita surtout aux navigateurs dans leur effort à mesurer les longitudes. Les premiers travaux sur la vapeur d'eau et son utilisation remontaient à l'Antiquité : Héron d’Alexandrie conçut et construisit au Ier siècle son éolipyle (voir lettre 61-4). Au XVII siècle de nombreux scientifiques s’intéressèrent à l’utilisation de la vapeur comme source d’énergie. En 1679 le français Denis Papin (1647-1713) construisit la première chaudière (utilisée comme autocuiseur) contrôlée par une soupape. Puis il conçut l’idée du piston mu par la vapeur pouvant engendrer dans son mouvement un travail mécanique. Ces travaux finirent par déboucher sur la machine à vapeur de James Watt au XVIII siècle, machine essentielle dans le cadre de la révolution industrielle. J’espère que tu avances bien dans la préparation de ta rencontre avec le Minotaure ! Je t’embrasse, Je t’aime
  13. Al-Mu`Tamid Ibn`Abbâd (1040-1995) Il est le dernier des princes abbâdides qui régnèrent sur Séville. Sa devise d’adolescent, « être sage, c’est ne pas l’être ». En 1069 il accède au trône et continue la politique expansionniste de son père. Il annexe Cordoue (1069) puis occupe Murcie (1078). C’est un poète avisé, un critique sévère et un mécène généreux. Il choisit ses ministres parmi son entourage : Ibn`Ammâr qu’il nomme un premier ministre. Il se fait accompagner dans les campagnes militaires par ses poètes et musiciens préférés. Mais la pression des armées chrétiennes oblige al-Mu`tamid à faire appel aux Almoravides. Si l’Espagne reste musulmane, le roi de Séville est exilé à Aghmât, au sud du Maroc, et ses deux fils à l’instar des autres roitelets des Taïfas sont tués. Les quelques visites qu’il reçoit dans sa geôle saharienne, comme celle de son fidèle ami Ibn al-Labbâna, ne le préservent pas du désespoir. Il meurt après quatre ans de captivité. Nil n’aura incarné mieux que lui l’idéal du prince andalou : ce caractère où se rencontrent l’éloquence et la véhémence, la noblesse d’âme et la grandeur du sang le rend cher aux Arabes d’Occident. Le célèbre chroniqueur al-Marrâkushî (m.1249) dira comme sous le coup de l’évidence: « De tous les bienfaits dont l’Espagne a été comblée depuis sa conquête jusqu’à ce jour, al-Mu`tamid n’en est pas un parmi d’autres, il en est le plus grand. » Le poème ci-dessous dit bien l’insouciance de ses années de jeunesse À la lueur d’une chandelle Qui dissipe l’ombre rebelle, De même que ma main fait fuir La misère sans coup férir, Nous veillions selon mon vouloir, Nous veillions sans cesser de boire, Mais la coupe qu’elle m’offrait Ne valait pas ses baisers frais. La lueur du cierge venait De son visage illuminé. Quant à la chaleur de la flamme, Ma chaude haleine en était l’âme. Le poème suivant écrit à la mort de ses deux fils tués par les Almoravides Qui parle de résignation ? Il n’est pas de consolation. Je pleure, et pleurerai toujours Jusqu’à ce que cessent mes jours. Las, deux astres ont chu à terre : Al-Fath et Yazîd, les deux frères. Jamais on ne vit leur pareil. Voyez les planètes en deuil Lacérer chaque nuit leurs joues, La pleine lune parmi nous Déplorer la mort des deux astres, Et le ciel pleurer le désastre De leur disparition insigne. Voudrait-on que je me résigne ? Mon cœur ne saurait consentir À s’incliner devant le pire. Écrit dans sa prison d’Aghmât Le monde immonde, je le sais, Ne voudra pas nous exaucer. Alors, demeure circonspect Dans ta conduite et tes requêtes. C’est que le monde séducteur Se pare d’un manteau trompeur Au lisérés vermeils et or ; C’est qu’il fait miroiter encor En son commencement l’espoir, Tandis que la fin laisse choir Un habit de poussière mort.
  14. Ibn Zaydûn et Wallâda (1003-1070 et m.1091) Fils d’un membre du conseil gouvernemental de Cordoue, Ibn Zaydûn reçoit une excellente éducation. A vingt ans, il est un poète célèbre, un politique influent, et l’amant de la femme la plus enviée de son temps : Wallâda, fille de calife. Sa beauté et son éloquence font de son salon l’endroit le plus recherché de Cordoue. Leur amour est d’abord sincère et passionné. Mais leur relation devient plus orageuse, à mesure que s’entremêlent intrigues politiques et jalousies. L’irrémédiable se produit quand Ibn Zaydûn commet une infidélité avec une femme de chambre de Wallâda. Une cabale montée par ses ennemis le jette en prison. Il s’en évade et trouve refuge auprès des princes abbâdides de Séville. Ce sont les plaintes sincères de ses amours à jamais perdues qui le feront passer à la postérité. Wallâda Tout honneur pour Dieu seul ! De délice en délice, Moi, je vais mon chemin et me grise d’orgueil, Tendant à mon amant mes deux joues en calice, Et offrant à qui veut mes deux lèvres vermeilles. Ibn Zaydûn Entre nous deux, dis, le veux-tu, l’impérissable, Le secret qui se tait quand les autres secrets Ne savent pas se taire ? Ô toi dont le bonheur Se paye de ma vie, fût-elle inépuisable Au prix de ton bonheur, je la refuserais. Sache-le, et c’est tout : tu peux charger mon cœur D’un fardeau impossible à d’autres, je tiendrai. Montre-moi ton dédain, je le supporterai. Prends des air supérieurs, patient je resterai. Domine-moi, je me soumets. Fuis, je te suis. Un mot, et je t’écoute. Un ordre, et j’obéis. ... Par Dieu, nul cœur touché de votre souvenir Qui ne voulût voler vers vous, les ailes battant de désir ; Si la brise au matin, d’un souffle, daignait me porter à vous, Un homme harassé par le sort reviendrait vers vous. Mais qu’un jour exauçât de mon désir les vœux, De tous les jours créés, ce serait le plus généreux. Ô grâce délicieuse, ô splendeur, et charmant L’âme : vienne l’heure où s’unissent les amants ! La tendresse longtemps a réservé une aire Où vous et moi en familiers allions de pair. Mais désormais je chante un règne révolu : A vous l’indifférence, à moi l’amour perdu. J’ignorais lorsque je t’ai faite reine de mon cœur Que je cherchais moi-même ma propre mort. Puisses-tu vivre ! Le désir après la séparation M’anéantit. L’union pourrait-elle me ressusciter ?
  15. Les rois des Taïfas (1031- 1090) La destitution du calife ouvre la voie à l’intronisation des Mulúk aI-Tawâ’if que les Espagnols appellent Los Reyes de Taïfas. Ces « rois » de clans règnent sur des provinces aux frontières incertaines et se livrent des luttes confuses et fratricides. Parmi les plus importants royaumes se distinguent ceux de Saragosse, d’Almería, de Valence, de Grenade, et surtout celui des Banû ’Abbâd de Séville, qui domine la majeure partie de l’Andalousie. Toutes ces dynasties souffrent d’un manque de légitimité. Aussi ne prennent-t-il jamais ouvertement le titre de « roi ». La plupart se prévalent en revanche de leur « arabité » quand bien même leur ascendance serait de souche berbère ou autochtone. Le lignage arabe et la tradition orientale forment toujours le point de référence pour les habitants de l’Andalousie. Ces références ne remettent pas en cause la mixité sociale : la communauté juive joue un rôle beaucoup plus important dans l’économie des échanges, l’administration et la vie culturelle et rien n’empêche, d’autre part, les populations de pratiquer des dialectes romans concurrement à l’arabe, comme cela était aussi le cas au Maghreb avec le berbère. C’est à cette époque que se situe la naissance de la toute première poésie lyrique en langue mozarabe, aux origines de la poésie espagnole et de la lyrique européenne. Cet idiome régional qui se développe aux côtés de l’arabe classique charrie de nombreux vocables romans et berbères. Le zajal, forme populaire de poésie strophique, en est imprégné. La culture andalouse n’a jamais été aussi florissante qu’en ces temps de troubles. Les dynastes Taïfas rivalisent entre eux pour attirer dans leurs cénacles savants et poètes qu’ils rémunèrent avec ostentation. L’exercice de la science renforce leur prestige, et l’éclat de la poésie magnifie leurs réalisations ou exalte leur superbe. Ainsi le siècle des rois Taïfas constitue une période faste pour la poésie. En ce siècle si fécond, l’influence orientale ne diminue pas. Néanmoins une voie proprement andalouse, qui fait du thème de la nature sa spécialité, s’affirme progressivement.
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