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satinvelours

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  1. Aspects de la littérature

    Du roman au récit Blanchot–Des Forêts. Maurice Blanchot est mort en 2003 et son décès a suscité une émotion certaine parmi un petit nombre de ses lecteurs peu nombreux et très religieux. Le nom de Blanchot est peu connu puisqu’il a choisi délibérément de se retrancher de la scène sociale, mais son nom dans les années 60 a marqué toute la littérature et a eu autant d’impact sur l’écriture, la production littéraire que le structuralisme a pu en avoir. La pensée de Blanchot n’est pas réductible au structuralisme mais les deux conjugués on fait que pour que Le Clézio, Modiano et autres puissent écrire du roman il fallait vraiment en avoir envie. Le soupçon ou le dogme, aussi bien du structuralisme que de la pensée neutre, était très puissant. Blanchot écrit des récits déjà dans les années 40 dont la pensée sera importante à travers les essais sur la littérature qu’il publie, beaucoup plus qu’à travers les récits. Ses romans ou ses récits ont moins d’impact sur la production littéraire que sa pensée critique. Ce qui se dit dans sa pensée critique se lit dans les récits qui sont déjà marqués dès 42, (« Thomas l’obscur ») par l’obsession de la mort, de la dispersion, du silence, de l’incommunicabilité, du vide. C’est un trait de la littérature blanchotienne. Les personnages sont évanescents. Ils apparaissent et disparaissent ipso facto et le roman se consacre plutôt à l’absence, au vide et à l’énergie d’être. La pensée critique de Blanchot a élu un certain nombre d’écrivains sur lesquels ses textes font autorité parmi lesquels il y a Kafka mais avant il y eut Mallarmé, Dostoïevski, Proust et Beckett, et le travail de Blanchot sur Beckett est tout à fait conséquent. Donc des écrivains pour lesquels l’incommunicabilité, le caractère énigmatique du monde ou de l’être, l’obsession de l’isolement et de la solitude, l’obsession de la mort, toutes ces obsessions sont communes. Il y a un thème de Blanchot qui est récurrent, c’est l’accompagnement. Il y a toute une réflexion sur ce qu’est communiquer, ce que communiquer veut dire, ce qui n’empêche pas l’obsession de la solitude. Ce qui caractérise la figure et l’impact de Blanchot c’est ce qu’il retient de Mallarmé, c’est-à-dire l’idée selon laquelle toute nomination est une mise à mort. Le signe se fonde sur l’absence de référent, sur l’absence de la chose et toute apparition par la parole est une disparition de l’objet.
  2. Aspects de la littérature

    L’idée de Pérec est d’établir une sorte d’encyclopédie par le roman, d’encyclopédie du contemporain. Il y a une volonté qui renoue avec le réalisme, au roman, au personnage, à la totalisation romanesque mais en étant passée par la construction, la permutation, la combinaison. Cette œuvre là est symptomatique d’une déconstruction du roman consécutive à l’oulipo et à toutes les critiques qui ont pesé sur le roman d’une construction, d’une refondation, ou d’une relégitimation du roman sur les ruines qu’avait laissé l’oulipo ou le nouveau roman. Encyclopédie du contemporain toujours avec l’idée que le réel est un ensemble de signes ou de symptômes, symboles ou rites. On retrouve là toute la pensée et tout l’arrière plan des sciences humaines derrière Pérec. Dans un dernier récit de 80 « Récits d’Ellis Island » Pérec interroge, dit-il, l’errance, la dispersion, la diaspora. On retrouve à la fois l’effacement, la dispersion et la méditation sur le simulacre, sur le signe comme simulacre et sur l’intertextualité. L’appartenance à la littérature et l’hommage à la littérature deviennent des données de l’écriture du roman. Avec Pérec on peut donc observer un glissement des années 60 aux années 80 qui est tout à fait représentatif du glissement qui se confirmera dans les années 80 et 2000. Ce déplacement renvoie bien à une sorte de retour au réel, de retour au sujet mais mis à distance et filtré par le discours des sciences humaines dénonçant la part de simulation propre au roman et aux œuvres de fiction dans le fonctionnement social. Pérec rend hommage à un art du roman comme construction et à un désir de roman : écrire pour l’auteur, lire pour le lecteur.
  3. Aspects de la littérature

    Pérec s’explique de cette disparition en disant que le souvenir d’enfance ne pourra restituer l’image des parents morts « Une autre histoire, la Grande, l’Histoire avec sa grande hache avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps ». Et finalement dans cette impossibilité de remonter à une figure des parents disparus Pérec lie le destin collectif de la communauté européenne. Il fait de l’impossibilité de faire revenir à la surface ce souvenir des parents disparus, le souvenir d’un devenir collectif, c’est-à-dire une extinction que l’Europe a portée. Et toute notre culture selon Pérec est consacrée à porter un culte aux choses faute de sujets. « Je ne sais pas si je n’ai rien à dire, je sais que je ne dis rien; je ne sais pas si ce que j’aurais à dire n’est pas dit parce qu’il est indicible (l’indicible n’est pas tapi dans l’écriture il est ce qui bien avant l’a déclencée); je sais que ce que je dis est blanc, est neutre, est signe une fois pour toutes d’un anéantissement une fois pour toutes ». Cette neutralité, cette blancheur ce sont des mots qui sont dans la mémoire littéraire de ces années-là attachés à la figure de Blanchot. « La vie mode d’emploi » en 78 est un roman à contraintes avec un jeu de constructions et de citations. C’est une totalisation de différents petits romans : sentimental, policier, sociologique qui se se passerait à l’intérieur d’un immeuble. L’unité du roman vient de l’unité de lieu. Il y a toujours un certain classicisme dans l’oulipo. Le prétexte de l’intrigue est qu’un peintre veut peindre la vie d’un immeuble parisien. Chaque pièce de l’immeuble est une case dans un système de correspondance. Voilà la contrainte : « 21 fois 2 séries de 10 éléments qui sont ainsi permutées et qui déterminent les éléments constitutifs de chaque chapitre » . On retrouve l’obsession de la construction, de la combinaison, de la permutation mais en même temps cette permutation accueille un matériau romanesque. L’ensemble du roman représente une sorte de somme romanesque possible sur le contemporain.
  4. Les figures de l’autre : l’animal

    La question de l’animal renvoie à la question de l’homme, la constitution de l’animal comme « autre » comme ce qui permet la construction de l’identité de l’homme. L’animal serait-il le miroir déformant de l’homme ? On peut se poser la question quelle altérité pour l’animal ? Cette question en passe par une plus fondamentale encore: qu’est-ce que l’homme engage de lui-même dans le traitement et le sort qu’il réserve à l’animal ? Toujours menacé, l’homme se produit comme menace. À l’accoutumance et la normalisation imposées par la rationalité techno-scientifique du massacre de masse des animaux d’élevage on s’accoutume à l’idée que l’on peut impunément, et l’âme en paix tuer, et tuer en masse tout le vivant. Tout le vivant ? Il y a dans cette logique d’abattage et cette logique génocidaire une même machine de mort. On peut s’interroger : comment entendre l’idée de « Droits de l’animal » ? avec toutes les ambiguïtés du concept de droit. Quel statut pour l’animal ? L’animal est notre chance, en nous confrontant à une altérité irréductible il nous ouvre à nous-mêmes.
  5. L’autre et le mal

    Il ne faut pas voir le mal comme étant de l’ordre de la destruction et de la négation simple. Il est l’ombre portée de toute créature humaine en tant qu’humaine, créature vivante, conscience douée d’une raison et d’une volonté par le moyen de laquelle se manifeste sa liberté, notion classique de libre arbitre. Le mal naît au point de rencontre avec l’autre pour mieux souligner la part d’identité qui se lève au cœur de l’altérité même. C’est l’autre qui m’ouvre la possibilité du mal, sa présence provoque en moi une déchirure qui sera portée toute une vie durant. Le mal présuppose toujours une mauvaise intention. L’autre dans son surgissement me dévoile deux choses : la possibilité du mal et l’existence de ma liberté. Le mal comme la liberté me mettent dans une situation où je dois choisir. (Sartre et la mauvaise foi).
  6. L’autre et le mal

    J’aurais dû, avant de traiter ce sujet « l’Autre et le mal », ouvrir tout d’abord un fil « l’Autre », qui est l’autre ? C’eut été plus approprié. Je le ferai plus tard.
  7. Aspects de la littérature

    L’écriture de Pérec illustre un peu cette dimension-là et en même temps son œuvre excède cette dimension, c’est-à-dire qu’elle n’est pas réductible à un moment contemporain de la pensée. L’exercice le plus brillant de la littérature oulipienne est, je l’ai déjà mentionné, La Disparition, roman à contraintes. C’est un exercice brillant d’une très grande virtuosité. Mais il y a une autre partie de l’œuvre tournée vers soi, vers le sujet Pérec et vers la mémoire de Pérec qui annonce qu’il quitte le terrain privilégié de l’oulipo, de la littérature à contraintes et d’une conception de la littérature comme travail artisanal de combinaison, de classement, de permutation, vers un travail sur soi. À la fin des années 70 et au début des années 80 il ressuscite le souvenir de sa famille morte en déportation donc consacre plusieurs œuvres à se souvenir. Ce sont des œuvres d’orientation autobiographique mais qui sont travaillées depuis les origines littéraires de Pérec. Dans « Je me souviens » Pérec énumère l’ensemble des éléments culturels de son enfance, c’est-à-dire les panneaux publicitaires, les slogans, les objets, les vedettes connues au moment de son enfance, les produits nouveaux, les discours politiques : c’est toujours une application littéraire des Mythologies de Barthes. C’est un ouvrage de mémoire subjective: je me souviens mais en même temps cette mémoire subjective renvoie au monde des choses et des objets qui entourait cette enfance. Le souvenir de l’enfance avec ce qu’il peut avoir de tragique est exclu de Je me souviens. En revanche il revient sur ce souvenir dans « W ou le souvenir d’enfance ». C’est un livre qui est une combinaison d’un roman intitulé W qu’aurait écrit l’enfant et un souvenir d’un récit rapporté à l’enfant de ses parents disparus. Un souvenir indirect de ses parents disparus. Le malaise que suscite l’œuvre est qu’un roman écrit par un enfant mettrait en première place l’aventure physique et le récit des souvenirs fragmentaires des parents disparus. Tout ce que contient la partie W du souvenir d’enfance rappelle de façon évidente le discours nazi sur le corps, le culte du corps et ce qui manque c’est la figure des parents disparus qui ne réapparaîtra jamais.
  8. Les figures de l’autre : l’animal

    En effet, et pour des faits de sorcelleries, il n’y a pas si longtemp ! Mais pour être juste il faut dire que ce sont des faits très isolés et réprimés.
  9. Les figures de l’autre : l’animal

    Je reviens sur le sacrifice, le sacrifice comme « acte total » au sens où il introduit à lui seul à l’univers symbolique et acte fondateur au sens où il pose l’interdit de manger de la chair humaine et figure ainsi parmi les grands interdits sur lesquels se construisent les sociétés humaines. Le sacrifice animal s’accompagne d’un respect pour celui-ci et même d’une prise en compte de sa souffrance. Mais il est contesté et il tend à être abandonné dans certaines cultures. L’abandon du sacrifice animal aboutit à lui enlever tout pouvoir symbolique et à le ranger dans le domaine des choses. Si bien que de l’animal sacrifié on arrive à l’animal exclu.
  10. Les figures de l’autre : l’animal

    La séparation des « règnes » animal et humain est cependant lente à s’établir et manifeste une certaine « porosité » comme en témoigne de nombreux mythes qui font état d’un passage toujours possible de l’un à l’autre, d’un véritable franchissement des frontières : par exemple quelques extraits des métamorphoses d’Ovide comme l’étude des figures d’Io, Europe, Pasiphaé et Actéon. L’animalité est-elle un type et un degré de corporéité déterminée par le degré de spiritualité, ce sont des réflexions suscitées par le recours à la mythologie. L’animalité est-elle d’un autre ordre ou bien est-elle en nous ?
  11. Les figures de l’autre : l’animal

    Non, je ne suis pas végétarienne, mais les conditions d’abattage des animaux d’élevage, et leur souffrance, m’obligent à réfléchir au sujet. J’ai suivi quelques développements majeurs de l’auteur cité plus haut dans son entreprise de déconstruction de cet « humanisme » et de son corrélat : l’existence d’un « propre de l’homme », vieille antienne philosophique qui a toujours servi à avaliser le mépris et la rage meurtrière de l’homme civilisé, humaniste donc et éclairé, vis-à-vis de ce vivant qu’est l’animal.
  12. Aspects de la littérature

    Les choses est reçu comme un roman sociologique car il fait un état des lieux des choses dans la société de consommation juste avant 68. On peut y voir une illustration, par le biais du roman, de cette théorie qui apparaît en sciences humaines et de la thèse que René Girard ne cessera ensuite de défendre. Le désir est impersonnel, il ne renvoie pas du tout à la subjectivité de celui qui l’éprouve, il renvoie bien davantage à l’ensemble des médiateurs qui se trouve entre le sujet et l’objet de son désir. Pérec a passé beaucoup d’écritures à dénoncer le conformisme. Dans deux autres textes « Espèces d’espaces et Tentative de description de quelques lieux parisiens » on trouve en dehors de la description ironique, du mimétisme, de l’inauthenticité, l’influence du structuralisme. Le structuralisme c’est le mode de pensée qui naît de la linguistique. C’est au moment de la première guerre mondiale que la linguistique se développe avec Saussure. Il pose, plutôt que de continuer à analyser la langue en termes de morphologie, de syntaxe et de sémantique, que la langue ait un système et une structure, et qu’à l’intérieur de cette structure des éléments fonctionnent, qui sont des faits linguistiques, et prennent sens par les relations qu’ils entretiennent entre eux. Le structuralisme naît de la linguistique, se développe avec l’ethnologie, et en particulier la pensée de Lévi-Strauss, et avec la psychanalyse lacanienne. Il est évident que le discrédit du roman est relayé par le discours des sciences humaines et par la mode du structuralisme qui consiste finalement, en ce qui concerne la littérature, à considérer le texte comme un système linguistique et littéraire, c’est-à-dire à remplacer, à éliminer la notion d’œuvre et la notion d’auteur et toute une critique que la Sorbonne incarnait. En linguistique pure pour Saussure la combinaison c’est l’acte de la phrase, l’acte syntaxique et l’acte de substitution, c’est ce qu’il appelle l’acte du paradigme, c’est-à-dire où l’on substitue un mot à un autre quand par exemple on élit un synonyme plutôt qu’un autre. Ce mode de pensée fait fureur dans les sciences humaines et dans la théorie littéraire . Il élimine une partie du romanesque, accrédite la thèse selon laquelle le roman ne doit plus être ce qu’il était et la mode du classement, qui se vérifie dans les textes de Pérec cités Espèces d’espaces et Tentative…, correspond à une mode intellectuelle contemporaine. Parallèlement au moment où les sciences humaines dans le champ intellectuel veulent se mesurer aux sciences exactes, c’est-à-dire veulent se soustraire à l’accusation qui pèse toujours sur elles, et a fortiori sur la littérature et le littéraire, accusation d’impressionnisme, le structuralisme paraît être une façon excellente de montrer la scientificité de l’écriture ou des analyses menées sur une écriture. Toute la modélisation qui existe en mathématiques, les mathématiques modernes, sert de modèle pour les sciences humaines et pour le structuralisme.
  13. Les figures de l’autre : l’animal

    L’altérité de l’animal se construit dans ce lien qu’il permet d’instaurer entre monde humain et l’onde divin. Exemple de la chasse, terrain ambigu où se vérifie d’abord une communauté homme/animal, elle devient peu à peu, au fur et à mesure que les techniques, et les armes nécessaires à la chasse se développent le terrain où se constitue l’altérité de l’animal.
  14. Les figures de l’autre : l’animal

    Et si l’on reprend le fil de l’histoire, et que l’on remonte jusqu’aux mythe antiques, la Théogonie d’Hésiode, on peut s’interroger sur la constitution de la différence Humanité/Animalité, pour découvrir qu’elle n’est pas originaire. L’Humanité est d’abord distinguée des Dieux et c’est précisément le sacrifice animal qui permet de communiquer et d’entretenir de bonnes relations entre les hommes et les dieux : le geste sacrificiel est donc d’abord un geste de partage.
  15. Les figures de l’autre : l’animal

    LAnimal : C’est la figure de l’altérité en tant qu’appartenant à une espèce autre que la nôtre, l’animal me tend un miroir qui me permet d’analyser et de comprendre l’envers de ce que la philosophie occidentale appelle humanisme, et où il faut comprendre que la promotion de l’Homme s’est faite, tout au long de notre histoire, au prix du sacrifice animal. Il ne s’agit pas seulement des sacrifices des anciens, ceux liés aux cultes religieux archaïques, mais à ces nouvelles formes de sacrifice que les sociétés contemporaines imposent à l’animal qui sont encagés, emmurés, mutilés, qui sont dressés et élevés en masse pour perpétrer des massacres de masse et ce, à seule fin de consommer leur chair, prélever leur peau, alimentant un commerce de luxe, expérimenté sur eux non pas seulement à des fins médicales, mais aussi à des fins moins nobles comme celles de l’industrie cosmétologique par exemple. (Voir les deux ouvrages d’Elisabeth de Fontenay : « Le silence des Bêtes, et Sans vouloir offenser le Genre Humain »).
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