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  1. satinvelours

    Histoire de la Russie

    Russie lettre 22 : le règne d’Alexandre 1 er (1801-1825) 16 février 2021 Samuel, La politique extérieure d’Alexandre (suite 2) : la guerre russo-turque de 1806-1812 Les guerres contre l’Empire ottoman prirent un tour nouveau avec Catherine 2. Elle forma avec son conseiller Potemkine ce grand projet « grec » : rétablir un empire chrétien orthodoxe à Constantinople et réunir ensemble les nations de la péninsule balkanique. Cet Empire aurait été gouverné par son petit-fils Constantin, le frère d’Alexandre (voir lettre 20 du 15 novembre 2020). La guerre russo-turque de 1768-1774 se termina par la victoire de la Russie et la signature du traité de Kutchik-Kaïnardji (voir lettre précitée). La Russie contrôla l’accès à la mer Noire, étendit son influence sur la Crimée qui devint indépendante et annexa définitivement les terres côtières situées entre le Dniepr et le Dniestr. La seconde guerre de Turquie, toujours sous le règne d’Élisabeth 2, se termina par une nouvelle victoire de la Russie et la signature du traité de Jassy (voir lettre précitée) : la Russie annexa la Crimée et les terres côtières situées entre le Dniestr et le Bug (ou Boug). Le 14 février 1804 trois cents chefs serbes dirigés par Karageorges (Georges le noir) se jurèrent de lutter jusqu’à la mort contre les Ottomans et d’obtenir l’indépendance. Alexandre les soutint, mais alors en guerre contre Bonaparte, il ne put leur donner qu’un soutien financier et diplomatique. La Turquie en représailles ferma ses détroits aux navires russes qui ne purent plus accéder à la Méditerranée. Alexandre réagit en ordonnant l'entrée de ses troupes dans les principautés danubiennes (ancien nom donné à la Moldavie et à la Valachie), si bien que le sultan Mahmoud II lui déclara la guerre en novembre 1806. L’armée russe après avoir traversé les principautés danubiennes opéra sa jonction avec les insurgés serbes le 17 juin 1807 près de Vidin (voir carte de la lettre19 du 19 août 2020, « 1711 la Campagne du Prout » où il est possible de situer Vidin à l’ouest de la Valachie). Mais c’est alors que fut signée la paix de Tilsit en juillet 1807 entre Napoléon et Alexandre. Même si les deux empereurs envisageaient un partage ultérieur de l'Empire ottoman, Napoléon pour le moment exigea le retrait des troupes russes des Balkans, tandis que les îles Ioniennes revenaient à la France. Le 24 août 1807 fut signé l'armistice de Slobozia (en Valachie). La Russie dut évacuer les principautés danubiennes mais sa flotte fut de nouveau autorisée à traverser les Détroits. La Serbie resta sous autorité ottomane ainsi que les provinces danubiennes. Mais Alexandre ne respecta pas l’accord et continua d’occuper les provinces. En septembre 1808, lors de l'entrevue d’Erfurt, Napoléon laissa finalement la Moldavie et la Valachie au tsar. Il avait besoin du soutien et de la neutralité d’Alexandre dans sa lutte contre le Royaume-Uni et maintenant contre l’Espagne qui venait de s’insurger. La guerre entre la Russie et l'Empire ottoman reprit en mars 1809. Les Russes remportèrent la victoire sur le terrain et sauvèrent du désastre les Serbes en passe de céder sous la pression ottomane. Le 28 mai 1812 fut signé le traité de Bucarest entre l'Empire russe et l’Empire ottoman mettant fin à la huitième guerre russo-turque. La Russie évacua les principautés danubiennes mais elle annexa la Moldavie orientale entre le Prout et le Dniestr, ainsi que le Boudjak ottoman, ces deux territoires réunis formant la Bessarabie. La Bessarabie est coloriée en hachuré rose et bleu sur la carte jointe. Le Boudjak ottoman est la petite partie de terres qui borde la Moldavie orientale au sud et la rive de la mer Noire au nord (elle contient la ville d’Ismail). Il est possible de le repérer sur les deux cartes jointes. Le Prout borde la Moldavie orientale à l’ouest et le Dniestr la borde à l’est. L’annexion du Boudjak ottoman permit à la Russie de contrôler l’embouchure du Dniestr et d’accéder aux bouches du Danube obtenant ainsi des droits de navigation sur le fleuve, voie commerciale importante en Europe. Les Serbes contre la promesse de l’établissement futur d’une autonomie interne durent détruire leurs fortifications et accepter le rétablissement de la souveraineté ottomane. Ils n’acceptèrent pas cette reddition, exigeant l’autonomie sur le champ. Ils continuèrent la guerre d’indépendance. En 1816 la Sublime Porte finit par reconnaître la nouvelle principauté de Serbie qui devint autonome. La frontière inaugurée par le traité de Bucarest le long de la rivière Prout à travers la Moldavie historique est toujours en place : elle sépare aujourd'hui la Moldavie roumaine de la république de Moldavie. Le Boudjak appartient aujourd’hui à l’Ukraine. J’espère que tu résistes au froid moscovite en vaillant Cosaque que tu es (tu fus aussi un vaillant samouraï jadis). Jupiter continue de veiller sur toi, même si parfois sa lumière ne vient pas jusqu’à toi. Qu’importe : son esprit veille sur le tien, toujours. Je t’embrasse, Je t’aime
  2. satinvelours

    Histoire de la Russie

    Russie lettre 22 : le règne d’Alexandre 1 er (1801-1825) 13 février 2021 Samuel, La politique extérieure d’Alexandre (suite 1) : la guerre russo-persane de 1804-1813 Cette guerre se déroula dans le Caucase. Le Caucase est une région d’Eurasie située entre la mer Noire et la mer Caspienne. Elle est divisée en deux par une chaîne de montagnes aux massifs élevés, qui court de Sotchi à Bakou (voir carte jointe). Le mont Elbrouz en est le massif le plus élevé : 5642 mètres. C’est aussi le plus haut sommet de la Russie et de l’Europe. Le Caucase est partagé entre le Sud appelé Transcaucasie, englobant la Géorgie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la région de Kars (Turquie), et le Nord, appelé Ciscaucasie, situé en Russie incluant les républiques de Karatchaïévo-Tcherkessie, de Kabardino-Balkarie, d’Ossétie du Nord, d’Ingouchie, de Tchétchénie et du Daghestan. Pour repérer l’Ingouchie voir la carte de la lettre 20 du 26 novembre 2020. Traditionnellement le massif montagneux du Caucase marque la séparation entre l'Europe au Nord et l’Asie au Sud, mais les Géorgiens et les Arméniens considèrent que la limite entre l’Europe et l’Asie est constituée par l’Araxe, fleuve qui borde l’Iran et la Turquie. Pour repérer l’Araxe voir la deuxième carte jointe du Caucase. Nous avons vu, lettre 20 du 15 novembre, comment Catherine 2 avait défait les armées des Ottomans au cours des deux guerres de 1768-1774 et de 1787-1792. Ces victoires lui avaient permis d’annexer les terres du khanat de Crimée mais aussi de s’implanter dans le Caucase du Nord (Ciscaucasie). En 1795-1796 les armées russes s’enfoncèrent dans le Caucase mais la mort de la tsarine interrompit cette campagne. En définitive la Russie stabilisa ses frontières du Caucase sur une ligne tenue par les Cosaques zaporogues lesquels avaient été déplacés du Dniepr vers le Nord-Caucase. Cette ligne est figurée en vert sur la carte qui suit. On y voit le corridor qui permit aux Russes de pénétrer en Géorgie. A cette époque la Géorgie formait le royaume de Kartl-Kakhétie, situé à l’est de la Géorgie actuelle. En 1779 Agha Mohammad Khan, un chef de la tribu turque des Kadjars, réunifia la Perse et songea à imposer sa souveraineté sur les territoires du Caucase et de la Géorgie. Devant cette menace, en 1783, la Géorgie passa un accord avec Catherine (traité de Gueorguievsk) afin de solliciter sa protection. Catherine lança ses troupes dans le Caucase en 1795 affrontant les Persans. Au cours de cette guerre ceux-ci infligèrent une défaite sévère aux Géorgiens lors de la bataille de Krtsanissi près de Tbilissi du 8 au 11 septembre 1795. La capitale Tbilissi fut détruite. Catherine décéda, son offensive fut stoppée, Paul ne la reprit pas. En 1797 Fath Ali le nouveau maître de la Perse tenta de soumettre la Géorgie en lui proposant de devenir sa vassale. Georges XII, le nouveau et dernier roi de Géorgie, qui régna de 1798 à 1800, se tourna vers Paul préférant devenir le vassal de la Russie plutôt que celui de la Perse en raison de la proximité culturelle avec les Russes, les Géorgiens étant orthodoxes et les Persans musulmans. Une garnison russe siégea en permanence à Tbilissi à partir de novembre 1799. Après la mort de Georges, en 1800, Paul promulgua en janvier 1801 à Saint-Pétersbourg un manifeste créant le tsarat de Géorgie et le rattachant à la Russie. En septembre 1801 Alexandre institua un gouvernement intérieur géorgien et nomma un russe, Kovalenski, régent de Géorgie. Puis Alexandre décida de lancer ses troupes vers le sud, son objectif étant de repousser les frontières de la Russie impériale jusqu'à la rivière Araxe. La guerre traîna en longueur. En effet en raison de l’obligation de se battre sur d’autres fronts Alexandre ne put mobiliser qu’un faible nombre d’hommes face à une armée persane cinq fois supérieure à la sienne en nombre. Mais la technique des Russes et leur art affirmé de la guerre finit par leur permettre d’être victorieux. Le traité de Golestan fut signé entre l’Empire russe et l’Empire perse (dynastie kadjare) le 24 octobre 1813 au Karabakh. La Perse céda à la Russie l’Abkhazie, la Mingrélie, l’Imérétie, la Gourie, une partie du Daguestan, et les khanats de Chirvan, du Karabakh, de Talych et de Bakou. J’espère que tu pourras reprendre tes conférences malgré l’absence de ton professeur. Je pense à toi chaque jour, même quand je ne t’écris pas, Je t’aime
  3. satinvelours

    Histoire de la Russie

    Russie lettre 22 : le règne d’Alexandre 1 er (1801-1825) 12 février 2021 Samuel, La politique extérieure d’Alexandre Paul 1er quitta la deuxième coalition contre la France le 22 octobre 1799 [voir lettre 21 du 4 décembre 2020]. Quelques jours plus tard le 9 novembre 1799 Bonaparte prit le pouvoir en France après le coup d’État du 18 brumaire. Il conclut des traités de paix avec les belligérants dont le traité de Paris signé le 10 octobre 1801 avec la Russie. Paul 1er ayant été assassiné le 23 mars 1801 ce fut Alexandre qui le signa. La France céda les Îles Ioniennes à la Russie qui s’en était emparée en 1798 (Bonaparte les avait conquises en 1797, voir lettre précitée). Ces îles sont au nombre de 7 : Corfou, Paxos, Leucade, Céphalonie, Ithaque, Zante et Cythère. Elles sont situées entre la Grèce et l’Italie, dans le mer Ionienne, au sud de la mer Adriatique. Du 2 avril 1800 au 20 juillet 1807, cet archipel forma un protectorat de l'Empire russe, sous le nom de « République des Sept-Îles ». Quant aux Cosaques du Don que Paul avait envoyés conquérir l’Inde en mars 1801(voir lettre précitée) ils n’eurent pas à aller bien loin : Alexandre les rappela dès sa prise de pouvoir le 23 mars 1801 et les renvoya chez eux. Pendant les premières années de son règne Alexandre se tint à l’écart des affaires européennes. En 1802 il chargea l’un de ses amis du Cercle intime, Adam Czartoryski de s‘occuper des affaires étrangères. En 1803 ce dernier remit au tsar un rapport où il exposait ses propres idées sur la conduite de la politique extérieure. Selon lui la Russie, grande puissance européenne, devait s’occuper du destin de l’Europe. Il préconisait de renoncer à toutes nouvelles conquêtes territoriales mais il conseillait d’agir de manière à libérer les peuples slaves des Balkans de la tutelle ottomane puis de les placer sous protectorat russe. Contre les visions expansionnistes de Bonaparte en Europe continentale il suggérait de passer une alliance avec l’Angleterre et d’épouser ses idées économiques libérales. Alexandre adhéra aux idées de son conseiller et des pourparlers s’engagèrent entre la Russie et l’Angleterre. Celle-ci de son côté avait tout intérêt à trouver des alliés pour contrer la France. En effet les deux nations se disputaient l’hégémonie en Europe et la France prenait le dessus sur sa rivale. Le 11 avril 1805 fut signé le traité de Saint-Pétersbourg par lequel la Russie s'alliait avec le Royaume-Uni. Entre-temps, le 18 mai 1804, Bonaparte fut proclamé Empereur des Français par le Sénat sous le nom de Napoléon. Le 16 juin 1805 l'Autriche rallia le Royaume-Uni et la Russie puis ce fut au tour de la Suède de rallier cette troisième coalition le 30 octobre 1805. La guerre commença dont le principal objectif, selon un historien soviétique qui s’exprima en 1992, était l’instauration de la domination russo-anglaise en Europe. L’armée austro-russe, dans laquelle Alexandre lui-même commandait ses troupes, affronta Napoléon à Austerlitz le 2 décembre 1805. Elle fut mise en pièces. Cette défaite signa la fin de la troisième coalition. L’Autriche dut accepter le traité de paix qui lui fut imposée et la Russie se replia sur son territoire. Napoléon continuant d’étendre son contrôle sur toute l’Europe occidentale continentale une quatrième coalition se forma en 1806-1807 contre lui comprenant le Royaume-Uni, la Russie, la Suède et la Prusse. Napoléon écrasa la Prusse puis attaqua les Russes en Pologne. Ceux-ci furent vaincus à Eylau le 8 févier 1807 puis à Friedland le 14 juin 1807. Comprenant qu’il ne pourrait pas vaincre Napoléon, Alexandre signa avec lui, le 7 juillet 1807, sur un radeau au milieu du Niémen, le traité de Tilsit dont la plupart des clauses furent tenues secrètes. La Russie reconnaissait officiellement pour Empereur des Français Napoléon et elle reconnaissait aussi tous les changements territoriaux et politiques qu’il avait provoqués en Europe occidentale. Elle n’enregistrait pas de pertes territoriales, elle s’agrandissait même de la région de Bialystok enlevée à la Prusse par la France et donnée donc par cette dernière à la Russie. Cette région de l’ancienne Pologne avait été rattachée à la Prusse lors de la troisième partition de la Pologne en 1795. En revanche la Russie perdit son protectorat sur les Îles ioniennes qui revinrent à la France. Les deux nations s’accordèrent sur un partage de l’Europe. La partie occidentale de celle-ci resterait sous l’influence de la France, la partie orientale passerait sous l’influence russe. En définitive, après avoir perdu deux guerres contre la France, la Russie sortait indemne de cette aventure malheureuse. Il lui était même reconnu une zone d’influence sur l’Europe orientale. Après avoir voulu s’allier à l’Angleterre pour dominer l’Europe c’est désormais avec la France que la Russie réalisait cette ambition. Napoléon permettait en outre au tsar de s’emparer de la Finlande qui appartenait à la Suède et de démembrer l'Empire ottoman (une clause prévoyait le partage des possessions turques entre la Russie et la France). Il y avait toutefois un prix à payer : la Russie devait soutenir la France dans sa lutte contre le Royaume-Uni . Elle dut se rallier le 1er décembre 1807 au Blocus continental organisé par la France contre l’Angleterre et fermer ses ports à cette dernière. [Le blocus continental est le nom donné à la politique suivie par Napoléon pour tenter de ruiner le Royaume-Uni en l'empêchant de commercer avec le reste de l'Europe] Alexandre fut satisfait de cet accord. En juin 1807 il adressa une lettre à sa sœur Catherine : « Dieu nous a épargnés ! Nous sortons de la lutte non point en victimes mais même avec un certain éclat » J’espère que tu passeras de bonnes vacances. Je pense toujours à toi, Je t’aime
  4. satinvelours

    Histoire de la Russie

    Russie lettre 22 : le règne d’Alexandre 1 er (1801-1825) 10 février 2021 Samuel, Alexandre 1er, 1777-1825, avait 23 ans lorsqu’il monta sur le trône de Russie le 23 mars 1801. Il fut couronné le 15 septembre 1801. Dès son arrivée au pouvoir le jeune tsar gracia tous les nobles sanctionnés par Paul 1er. Douze mille personnes retrouvèrent leur liberté. Les Russes réfugiés à l’étranger furent amnistiés, l’entrée sur le territoire et la sortie furent déclarées libres. Les imprimeries privées purent de nouveau éditer et les livres étrangers furent librement importés. La police secrète de l’Empereur (appelée : l’Expédition secrète) fut supprimée et la torture fut interdite. Alexandre se lança ensuite dans une politique de réformes sociales ambitieuse. De 1801 à 1805, s’appuyant sur quatre amis aristocrates, cultivés et libéraux, le comte Paul Stroganov (1772-1817), le prince Adam Czartoryski (1770-1861), le cousin de Stroganov, le comte Nikolaï Novossiltsev (1761-1836) et le comte Victor Kotchoubeï (1768-1834) il constitua avec eux le « Comité intime » chargé d’élaborer ces réformes. Dès la première séance du Comité les participants exprimèrent leur intention de s’attaquer à l’autocratie et au servage. Alexandre projeta d’établir une République mais comme il ne voulait en rien céder de son pouvoir il y renonça. Finalement l’autocratie perdura. Le Sénat devint une instance suprême de décision en matière judiciaire et administrative. Ses décrets eurent désormais autant de poids que ceux du souverain qui gardait toutefois la possibilité d’en empêcher l’ application. Des ministères furent créés. Il y eut les ministères de la Guerre, de la Marine, des Affaires Étrangères, de la Justice, de l’Intérieur, des Finances, du Commerce et de l’Éducation. Puis le ministère du Commerce fut supprimé et on créa le ministère de la Police. Concernant la question paysanne, en 1803, fut mise en application une loi prévoyant que les nobles pourraient émanciper volontairement leurs serfs en leur vendant des terres. Ainsi fut reconnu le droit pour les serfs d’accéder à la propriété privée à condition que leurs maîtres y consentent. Mais ceux-ci furent peu nombreux à octroyer un tel droit. En définitive le Comité ne parvint pas à engager sérieusement ces réformes en raison des contradictions dans lesquelles il s’était enfermé : comment limiter l’autocratie sans restreindre l’autocrate, comment libérer les paysans sans offenser leurs propriétaires. Alexandre finit par mettre fin aux activités du Comité en 1805. Une seconde période de réformes s’étendit de 1807 à 1812. Elle fut pilotée par un nouveau collaborateur, appelé Michel Spéranski (1772-1839) fils d’un pauvre prêtre de village. En 1809 Spéranski soumit au tsar un projet de réforme des institutions. Dans ce projet un monarque régnait avec un pouvoir limité par la Loi laquelle était du ressort d’une Douma d’État. A la base, la plus petite division administrative du pays, le canton ou volost, se dotait d’une douma composée de propriétaires terriens et de délégués de paysans d’État. Cette assemblée élisait des doumas de districts (ouïezd) qui à leur tour élisaient des doumas de gouvernements qui enfin élisaient les membres de la Douma d’État. L’exécutif était assuré à chaque échelon territorial par les administrations des volosts, des districts et des gouvernements, contrôlées par les ministères. Leurs membres étaient élus par les doumas respectives tandis que les ministres étaient nommés par le monarque. Chaque division territoriale avait son tribunal dont les juges étaient élus par le peuple (marchands, artisans, petits propriétaires…). Le Sénat était le gardien de la justice, ses membres étant élus par la Douma d’État. Enfin le tout était parachevé par un Conseil d’État formé par des membres de l’aristocratie. Quand aux serfs il était prévu de les libérer de l’emprise des nobles bien qu’ils restassent attachés à une terre, avec la possibilité d’en changer. Cette réforme originale, assez révolutionnaire rencontra tant d’oppositions de la part des nobles qu’Alexandre renonça à la mettre en application. Mais elle inspira nombre de réformateurs qui devaient par la suite se succéder à la tête de la Russie. Michel Spéranski parvint seulement à convaincre Alexandre de créer un Conseil d’État en 1810, composé d’experts nommés par le souverain chargé de préparer les lois. Puis il fut disgracié en 1812. Plus tard Alexandre expérimenta quelques réformes locales. En 1816 il abolit le servage en Estlandie, en 1817 en Courlande et en 1819 en Liflandie. Il y arriva d’autant mieux que les nobles de ces petites provinces étaient favorables à l’abolition de la servitude en raison de leur vision libérale du monde (vision dans laquelle il est économiquement plus efficace d’enrôler des salariés plutôt que des esclaves). Sur la carte de la lettre 18 du 13 mars 2020 [le règne de Pierre le Grand], l’Estlandie correspond à l’Estonie suédoise, la Liflandie à la Livonie suédoise, tandis que le duché de Courlande jouxte la Livonie, à l’ouest. Je vais maintenant reprendre l’édition suivie des lettres après avoir dû pendant un moment les interrompre en raison d’un voyage. Je n’ai jamais cessé de penser à toi même si je n’ai pas pu t’écrire ces deux derniers mois. Je t’aime
  5. satinvelours

    Histoire de la Russie

    Russie lettre 21 : le règne de Paul 1 er (1796-1801) 8 décembre 2020 Samuel, L’assassinat de Paul 1er Paul en s’attaquant aux privilèges de la noblesse finit par concentrer sur lui tout leur ressentiment. C’est surtout sa manière d’exercer l’autocratie, sans aucune règle, en se fiant uniquement à ses humeurs et à ses colères qui le rendirent impopulaire. Sa grossièreté, sa violence, son arbitraire entraînèrent ses ennemis jusqu’à ses proches collaborateurs dans une conjuration destinée à le destituer. De plus son revirement inattendu, d’allié de la Grande-Bretagne contre la France à désormais allié de Bonaparte contre les Anglais ne fut pas compris par son entourage. Un nid de conspirateurs s’organisa dans le salon d'Olga Zherbstsova, sœur de Platon Zoubov, l’ancien favori de Catherine II, banni par Paul de la Cour dès 1796. Âme du complot, il recruta ses deux frères et le comte Pahlen, "froid comme la glace, perfide et féroce", gouverneur militaire de la capitale, et encore quelques autres officiers. Les conjurés décidèrent d’installer Alexandre, le fils aîné de Paul, au pouvoir. La nuit du 23 mars 1801, conduits par les deux frères Platon et Nicolas Zoubov, accompagnés de quelques séditieux, les conjurés pénétrèrent dans le palais. Nicolas Zoubov frappa l’empereur, et comme Nicolas était une force de la nature, un seul coup suffit à tuer le tsar. Il n’est pas sûr que les factieux aient voulu tuer Paul, mais les événements en décidèrent ainsi. Sorti de la chambre, les assassins avertirent Pahlen et Alexandre restés à la porte. On expliqua à Alexandre que malheureusement les choses avaient mal tourné. Hésitant, attristé par ce meurtre dans la confidence duquel il n’avait pas été mis (il pensait que les conspirateurs se contenteraient d’arracher l’abdication à Paul), Alexandre néanmoins ne pouvait plus reculer : il s’empara du pouvoir. La nouvelle de la mort de Paul Ier, d'une" apoplexie foudroyante ", fit l'effet en France d'un véritable coup de tonnerre. Bonaparte la reçut de la bouche de Talleyrand et s’en émut. "Si Paul 1er avait vécu, vous auriez perdu l'Inde" disait Napoléon à son geôlier de Sainte - Hélène. Nostalgique, il songeait, tout éveillé, "J'aurais atteint Constantinople et les Indes. J'eusse changé la face du monde." J’espère que tout va bien à Moscou, Je t’embrasse, Je t’aime
  6. satinvelours

    Histoire de la Russie

    Russie lettre 21 : le règne de Paul 1 er (1796-1801) 4 décembre 2020 Samuel, Politique extérieure Paul hérita de sa mère un territoire considérablement agrandi après les annexions de régions jadis dominées par la Turquie (annexions réunies sous le nom de Nouvelle Russie) et d’ une partie de la Pologne. Après le projet grec de Potemkine Catherine avait entériné le projet indien de Zoubov qui consistait (voir Russie lettre 20 : la fin du règne de Catherine II) à passer par le Caucase afin certes d’attaquer la Turquie par l’est mais aussi d’aller jusqu’en Inde dans l’intention de contrecarrer la puissance commerciale des Britanniques installés dans ce pays depuis 1750 (Catherine voulait détourner à son profit le flux commercial existant entre l’Inde et l’Europe occidentale). Quand elle commença à mettre en œuvre ce projet ses armées eurent le temps de prendre Bakou mais elles furent arrêtées dans leur élan par la mort de la tsarine. Paul considéra, à l’époque, que ce projet indien était utopique, aussi rapatria-t-il ses armées. De même il considérait d’un œil réprobateur l’annexion des territoires polonais considérant qu’il aurait mieux valu consolider les acquis ottomans avant de continuer sur la voie de conquêtes. 1) La révolution française et la première coalition (1792-1797) Paul décida de lutter contre la révolution française. Il s’agissait pour lui d’une guerre idéologique : défendre l’autocratie contre la République. Guerre idéologique initiée par sa mère qui ne supportait pas le désordre français et qui s’emportait contre Louis XVI qualifié par elle d’incompétent. Pour bien comprendre le cadre de l’intervention de Paul il est nécessaire de revenir sur la Révolution française. Cette révolution, commencée en mai 1789, fit l’effet d’un coup de tonnerre au sein de toutes les nations européennes. Soudain un pays renversait son régime monarchique pour le remplacer par un régime démocratique dans lequel la souveraineté ne puisait plus sa légitimité en Dieu mais dans le peuple. Le peuple souverain se substituait au Dieu souverain. Il s’agissait d’une révolution certes politique mais aussi d’une considérable révolution philosophique, accompagnée en outre par la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. La révolution française eut un écho immense dans les populations européennes, séduites par la perspective de participer enfin au pouvoir jusque là réservé aux nobles, aux rois ou aux empereurs. De plus face à l’arbitraire du souverain se dressait désormais chaque homme, muni de droits inaliénables, de droits naturels devant lesquels tout souverain ou puissant devait s’incliner. Une telle révolution inquiéta, le mot est faible, les pouvoirs autoritaires alors en exercice en Europe. Si dans un premier temps les monarques laissèrent faire, quand il apparut ensuite que la France avant bien l’intention d’exporter sa révolution au-delà de ses frontières, ils décidèrent d’intervenir. La Prusse et l’Autriche s’entendirent pour initier une intervention. Ce voyant la France n’attendit pas que ses ennemis attaquent, elle attaqua la première : elle déclara la guerre au Saint Empire en 1792. Du coup, par le jeu des alliances, elle se trouva affrontée à une coalition, la première coalition, formée par la Grande-Bretagne, le royaume de Piémont-Sardaigne, l’Espagne, le Portugal, le royaume des Deux-Siciles, la Prusse, le Saint Empire (Autriche) et ses possessions (Bohème, Hongrie), les Provinces Unies. La France au début subit de sérieux revers mais elle réussit à résister à cette coalition et même à prendre l’offensive. Elle fut aidée en cela par le soudain retrait de la Prusse de la coalition en 1794. La Prusse s’inquiétait des menées militaires de Catherine en Pologne. Désirant participer au démembrement de ce pays la Prusse se détourna de l’ ennemi français et lança ses armées en Pologne. C’est ainsi qu’elle parvint à participer au partage final de la République des Deux Nations en 1795. Ce que nous retiendrons des menées de cette première coalition, dans le cadre de l’histoire de la Russie, c’est la première campagne d’Italie menée par les Français de 1796 à 1797, dirigée par le jeune général Bonaparte contre les Autrichiens. Cette campagne se termina par la victoire de la France et par la mainmise de celle-ci sur les territoires du Nord de l’Italie. C’est là qu’intervint ensuite la Russie. Cette victoire mit fin à la guerre menée par cette première coalition. Seule la Grande-Bretagne continua le combat contre la France. 1) La deuxième coalition (1798-1802, 1798-1799 pour les Russes) En 1798 Bonaparte, pour contrer l’Angleterre, décida d’envahir l’Égypte afin de couper la ligne commerciale entretenue par l’Angleterre avec l’Inde via l’isthme de Suez. L'expédition fut un succès. Bonaparte s’empara de Malte, consolida l’influence française sur les îles ioniennes situées entre l’Italie et la Grèce et débarqua en Égypte. Mais cette occupation provoqua l’intervention de l’Empire ottoman qui vit dans cette expédition une intrusion sur son territoire et qui déclara la guerre à la France le 9 septembre 1798. Paul prétexta l’intervention des Français en Méditerranée pour se lancer dans sa guerre idéologique (en outre les Français en intervenant en Méditerranée contrait le rêve grec des Russes). Contre toute attente il signa un traité d’alliance avec l’Empire ottoman le 23 décembre 1798 ouvrant les ports et les détroits turcs aux navires russes. Aussitôt la flotte russe épaulée par la flotte turque, sous le commandement de l’amiral Ouchakov, rentra en Adriatique et s’empara des îles ioniennes. Une république y fut proclamée, placée formellement sous l’autorité ottomane, en fait dominée par la Russie. Pendant ce temps les Anglais coulèrent la flotte française en Méditerranée ce qui isola Bonaparte en Égypte. Puis Paul s’allia à la Grande-Bretagne et au royaume des Deux-Siciles pour reconquérir l’Italie avant d’envahir la France, laissant les Turcs attaquer Bonaparte désormais coincé au Moyen Orient. Les Russes, commandés par le général Souvorov, considéré comme l’un des plus grands généraux russes de l’histoire, épaulés par les Autrichiens, remportèrent victoire sur victoire, reprenant Rome, Milan, Turin. Souvorov projeta alors d’entrer en France et de marcher sur Paris. Affolés par les succès russes les Autrichiens lâchèrent soudain Souvorov et le mirent dans des positions stratégiques si délicates qu’il ne put plus tenir ses positions. Furieux de l’attitude des Autrichiens Paul se retira de la coalition le 22 octobre 1799. Le 9 octobre de la même année Bonaparte parvint à rentrer discrètement en France à bord d’une frégate. Le 9 novembre il s’empara du pouvoir lors du coup d’État du 18 brumaire. Paul n’était pas seulement furieux contre l’Autriche mais aussi contre l’Angleterre. Il estimait ne pas avoir été assez soutenu par les alliés, qui, il est vrai, préférèrent se désolidariser des Russes plutôt que de les voir triompher en France. Le 1 er octobre 1800, le comte Rostoptchine chef de la politique extérieure russe présenta à Paul un projet de politique nouvelle. Son rapport commençait ainsi : « la Russie tant par sa situation que par sa force inépuisable est et doit être la première puissance du monde ». Le comte recommandait de s‘allier avec la France, la Prusse et l’Autriche, de pratiquer une neutralité armée avec l’Angleterre, de prendre Constantinople ainsi que la plupart des pays balkaniques, de former une république grecque qui passerait ensuite sous le contrôle de la Russie. Paul apprécia ce rapport et décida de le réaliser. [Constantinople était jadis la capitale de l’Empire romain d’Orient, Empire inspiré par la culture grecque dont il parlait la langue. La Grèce était l’âme de cet ancien Empire, d’où la volonté de Paul de joindre la Grèce à Constantinople reconquise]. Entre temps l’action des Anglais qui prirent Malte aux Français et s’installèrent en Méditerranée irrita Paul. Quand Bonaparte lui proposa secrètement, en 1801, une alliance pour lutter contre l’Angleterre, Paul se laissa séduire d’autant que la France lui proposait de l’aider à s’emparer de la Turquie s’il aidait à contrer l’Angleterre. Pour amadouer le tsar Bonaparte lui renvoya des prisonniers russes capturés pendant la guerre d’Italie. Paul chassa alors de Russie tous les émigrés français hostiles à la révolution dont le futur Louis XVIII. Bonaparte plaisait à Paul parce qu’il avait restauré un régime autoritaire en France. Ce n’est pas tant la révolution que Catherine et Paul exécraient, c’était plutôt la disparition de l’autorité. L’autocratie qu’elle fut aristocratique ou révolutionnaire devait rester pour eux l’autocratie. Finalement un plan d’invasion de l’Inde réunissant Français et Russes commença à germer dans l’esprit des deux souverains. Mais Paul, impatient, présomptueux, précipita les évènements en enjoignant au commandement des Cosaques du Don de marcher sur l’Inde au travers de territoires que personne n’avait encore cartographiés. Il voulait partir seul à la conquête de l’Orient. Début mars 1801 les Cosaques partirent bravement en campagne. Dans la prochaine lettre je te raconterai l’assassinat de Paul, survenu le 23 mars 1801, ce qui mit aussitôt fin à cette aventure un peu folle. Je t’embrasse, Je pense à toi et je t’aime
  7. satinvelours

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    Russie lettre 21 : le règne de Paul 1 er (1796-1801) 2 décembre 2020 Samuel, Dès le jour de la mort de sa mère Catherine, le 6 novembre 1796, ou le 17 novembre 1796 dans le calendrier grégorien, Paul son fils, se fit nommer Empereur, le manifeste annonçant son avènement étant rédigé le 18 novembre. (Il fut couronné quelques mois plus tard). Il savait que sa mère ne voulait pas qu’il lui succéda et qu’elle avait projeté de nommer pour successeur son petit-fils Alexandre, le fils aîné de Paul. Ce dernier détruisit tous les papiers personnels de sa mère afin que rien ne transpira de cette intention. Il s’empara ainsi du pouvoir sur la seule mais puissante légitimité d’être le fils de Catherine. L’Impératrice ne partageait pas les idées sociales ni politiques de son fils. Ces idées il les avait élaborées en 1788 dans un projet d’organisation de l’État dont nous citons ces quelques passages : « L’objet de toute société est le bien-être de tous et de chacun », « Une société ne peut exister si la volonté de chacun n’est pas tendue vers un but commun », « Il n’est pas de meilleur modèle que l’autocratie car elle concilie la force des lois et la promptitude du pouvoir d’un seul ». Si sa conception de l’autocratie n’allait pas contre les idées de sa mère en revanche la déclaration d’une société unie dans un but commun semblait être une attaque contre la division sociale de la société russe entre nobles et serfs voulue par la tsarine. Paul ne supporta pas que Catherine voulut l’évincer, il ne supporta pas non plus la manière dont elle avait traité son père, Pierre III, en le faisant tuer. Il est peu probable que Pierre fut son père puisque ce dernier ne partageait plus d’intimité avec son épouse depuis longtemps mais comme Paul se pensait être le fils de Pierre, il en décida ainsi, d’être ce fils. Ces événements d’ordre affectif affectèrent son caractère. Il devint ombrageux, irritable, tyrannique, sujet à des accès fréquents de colère. D’une manière générale il terrorisait son entourage. Le premier acte de pouvoir de l’Empereur fut de corriger cet acte de pouvoir de sa mère : l’assassinat de Pierre III. Ce dernier ayant été tué avant même de se faire couronner, Paul ordonna l’exhumation du corps et posa la couronne sur un crâne fictif puisqu’il ne restait plus rien de Pierre, juste ses vêtements. Puis le cercueil de Pierre III fut exposé aux regards des Russes près de celui de Catherine. Paul ensuite libéra les prisonniers politiques enfermés par sa mère, il libéra notamment Kosciuszko. Cela ne l’empêcha pas plus tard d’emprisonner à son tour tous ceux qui lui déplaisaient. Politique intérieure La premier acte législatif de Paul fut de modifier la loi de succession au trône. La primogéniture mâle remplaça le libre choix du successeur réservé au tsar ainsi que l’avait jadis décidé Pierre le Grand. Cette « Loi de succession au trône russe » resta en vigueur jusqu'à la révolution de 1917. Pendant toute la durée de son règne, un peu plus de quatre ans, l’Empereur promulgua 2179 oukases, deux fois moins certes que sa mère mais celle-ci régna 34 ans durant. Le dénominateur commun de ces textes législatifs fut la lutte contre les nobles et contre leurs privilèges. Paul voulut l’égalité pour tous, mais dans son esprit, il s’agissait d’une égalité dans l’esclavage de tous, dans la soumission au tsar. Il dira à un émissaire suédois « N’est grand en Russie que celui à qui je parle, et seulement pendant que je lui parle ». Paul va donc restreindre les privilèges de la noblesse, en rétablissant d’abord à leur encontre les châtiments corporels. Puis il stoppa le renforcement du servage et l’allégea. La corvée fut limitée à trois jours (temps de travail gratuit donné par les paysans au seigneur). Les paysans désormais prêtèrent serment à l’Empereur, non aux nobles. Il ordonna de percer dans le palais un guichet spécial où chacun, même les paysans, put déposer une supplique au nom de l’Empereur. Chaque jour à sept heures du matin il relevait les billets et les lisait. Il prenait sur le champ des décisions mais elles apparaissaient souvent contradictoires ce qui augmenta la peur qu’il engendrait : comment le satisfaire ? Néanmoins sa tyrannie ne toucha que le cercle étroit des seigneurs de la Cour et des officiers de la garde. La noblesse ne supporta pas les foudres du tsar tant elle s’était habituée à la bienveillance de Catherine. Aussi forma-t-elle contre lui le projet de le tuer. Dans la prochaine lettre je te parlerai de la politique étrangère de Paul, politique qui fut en ligne avec les grandes ambitions de sa mère. Je pense à toi, Je t’aime
  8. satinvelours

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    Russie lettre 20 : le règne de Catherine II (1762-1796) 26 novembre 2020, Samuel, Cinquième partie : la fin du règne de Catherine II La série des victoires militaires remportées par l’Impératrice exalta son désir de conquête. Son nouveau favori, Platon Zoubov, reprit le projet grec conçu par son prédécesseur, Potemkine, et lui donna une autre ampleur. En 1795 il proposa dans un document intitulé « Considérations de politique générale » une vision politique et une vision militaire d’un nouveau projet. Dans la vision politique il redessina la carte du monde, faisant disparaître la Prusse, la Suède, l’ Autriche, le Danemark et la Turquie pour les remplacer par des territoires certes autonomes mais soumis à l’autorité suprême de l’Empire russe. Dans la vision militaire deux armées devaient l’une passer par le corridor du Caucase (situé entre la mer Noire et la mer Caspienne) pour attaquer la Turquie par l’est, l’autre passer par les Balkans pour attaquer la Turquie par l’ouest. La conquête de l’Anatolie permettrait ainsi à Catherine de régner sur Constantinople en installant sur le trône son second petit-fils : Constantin (dans son esprit son premier petit-fils, Alexandre devait lui succéder à la tête de la Russie). Son intention était aussi d’annexer tout le Caucase et de créer une voie commerciale reliant la Russie à Bakou (port de la Caspienne) puis à l’Inde en passant par la Perse (que Catherine espérait bien placer sous sa suzeraineté). Au moment où les Européens occidentaux ouvraient leurs propres voies commerciales à destination de l’Inde et de l’Extrême-Orient Catherine voulut s’immiscer dans ce commerce international en créant sa propre filière territoriale. En avril 1796 le général Valerian Zoubov, le frère de Platon, reçut l’ordre de partir rétablir l’ordre en Perse suite à la demande d’intervention d’un monarque local détrôné par un concurrent. L’intention de Catherine était en fait de conquérir le Caucase et d’y établir sa base commerciale avec l’Inde tout en faisant de la Perse un royaume qui lui fut dévoué. Plus tard elle attaquerait la Turquie par l’est. Mais Catherine II mourut subitement le 6 novembre 1796 ce qui mit fin au projet. Valerian Zoubov eut le temps de prendre Bakou, mais le successeur de Catherine, son fils Paul Ier, fit évacuer la ville. [ Pierre le Grand fut le premier à former l’intention de conquérir le Caucase afin de se donner une voie de pénétration en Perse et d’une manière générale dans le Proche-Orient (Syrie, Irak, etc,). Le 26 juillet ses troupes occupèrent Bakou mais elles évacuèrent la ville après sa mort]. Contrôler le Caucase est une constante de la politique étrangère de la Russie. Lors de la guerre entre la Géorgie et la Russie, en 2008, les Russes prirent à la Géorgie les provinces d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie. Lors du conflit récent (novembre 2020) entre l’Azerbaïdjan et le Haut-Karabakh, enclave arménienne en Azerbaïdjan, la Russie intervint et fit signer la paix entre les belligérants. Cette guerre profita à l’Azerbaïdjan qui reprit des territoires au Haut-Karabakh mais l’intervention de la Russie l’empêcha de poursuivre sa conquête. La situation est actuellement stabilisée grâce au déploiement sur place d’un détachement militaire russe comprenant 2000 soldats et une centaine de blindés. Une carte du Caucase actuel est jointe. On y voit la frontière de la Fédération de Russie (la Russie proprement dite plus des territoire qui lui sont rattachés) : Karachaïévo-Tcherkessie, Kabardino-Balkarie, Ossétie du Nord, Tchétchénie, Daguestan. Depuis la guerre de 2008 il faut ajouter l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. On voit aussi où se trouve le port de Bakou. On voit enfin que le contrôle du Caucase permet d’accéder à la Turquie et à l’Iran (la Perse). [ l’Artsakh est l’autre nom du Haut-Karabakh. L’ Azerbaïdjan y a récupéré des territoires mais les Russes désormais stabilisent les positions grâce à leur présence militaire] J’espère que la mise au pont d’un vaccin te permettra de desserrer bientôt l’étreinte du virus ! Je pense à toi, Je t’aime
  9. satinvelours

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    Russie lettre 20 : le règne de Catherine II (1762-1796) 24 novembre 2020, Samuel, Quatrième partie : la politique étrangère de Catherine II 4) Les partages de la Pologne d) Le troisième partage de la Pologne en 1795 Face au dépeçage de son pays le général polonais Tadeusz Kosciuszko, qui s’était illustré lors de la guerre d’indépendance des États-Unis, proclama l’insurrection générale contre les occupants, le 24 mars 1794, à Cracovie. L’impératrice russe ordonna aussitôt au général Fiodor Denissov d’attaquer Cracovie. Le 4 avril 1794 les deux armées se rencontrèrent près du village de Raclawice au cours d’un affrontement resté dans l’histoire sous le nom de : bataille de Raclawice (village près de Cracovie). Les Russes furent battus et durent reculer. A Varsovie, en avril 1794, les populations polonaises dirigées par Jan Kilinski assiégèrent la garnison russe. Les Russes furent battus et durent quitter la ville. A Vilnius (appelée aussi Wilno : voir carte du premier partage de la Pologne pour situer la ville – Vilnius est aujourd’hui la capitale de la Lituanie) un soulèvement populaire éclata le 22 avril forçant là encore les Russes à se retirer. Le 7 mai 1794 Kosciuszko promulgua le manifeste de Polaniec (100 km au nord-est de Cracovie) par lequel il abolit partiellement le servage, accorda la liberté civile aux paysans et leur promit protection contre les nobles. Pour la première fois dans l’histoire d’un pays slave les paysans furent reconnus comme faisant partie de la nation. Mais les forces polonaises n’étaient pas assez nombreuses ni assez bien armées, les nobles polonais s’opposèrent de plus à Kosciuszko préférant trahir la nation plutôt que de perdre leurs privilèges. Enfin les Prussiens décidèrent de rentrer dans cette guerre et de venir épauler les Russes. Le 6 juin Kosciuszko fut battu à la bataille de Szczekociny (60 km au nord de Cracovie) par la coalition russo-prussienne. Les Polonais se replièrent sur Varsovie tandis que, le 15 juin 1794, les Prussiens occupèrent Cracovie. Varsovie, assiégée par la coalition des armées des deux Empires, résista. Le siège finit par être levé par les coalisés. Les Russes armèrent un nouveau corps d’armée commandé par le général Alexandre Souvorov, le héros de la seconde guerre de Turquie. Ce dernier attaqua Varsovie à son tour et remporta la victoire de Maciejowice le 10 octobre 1794, près de Varsovie. Kosciuszko blessé au cour de la bataille fut capturé par les Russes qui l’envoyèrent à Saint-Pétersbourg où il fut emprisonné. Varsovie résista encore. Le 4 novembre 1794 les Russes lancèrent un assaut sur Praga, banlieue de Varsovie. Après 4 heures de combat les 24 000 militaires russes enfoncèrent les défenses de la ville et massacrèrent 20 000 de ses habitants. Cet événement restera dans l’histoire sous le nom de : « massacre de Praga ». Ainsi Varsovie tomba. C’en était fini de cette ultime insurrection des Polonais pour sauvegarder leur nation. L’année suivante, le 24 octobre 1795, à Saint-Pétersbourg, l’Autriche, qui exigea de participer à l’ultime démembrement du royaume de Pologne, la Russie et la Prusse signèrent un traité entérinant la disparition de la Pologne. L'Autriche annexa l'ouest de la Galicie avec les villes de Cracovie et de Lublin, 48 000 km2, 1,2 million d'habitants (vert clair sur la carte jointe). La Prusse annexa les territoires réunis sous la dénomination : Nouvelle Prusse Orientale avec Varsovie, 48 000 km2, 1 million d'habitants (bleu clair sur la carte jointe). [Voir aussi carte de la Prusse de la lettre précédente où la dénomination : « Nouvelle Prusse Orientale » est reprise]. La Russie annexa le reste du territoire formant une bande centrale entre sa dernière acquisition et les nouvelles acquisitions de l’Autriche et de la Prusse, avec la ville de Vilnius (Wilno) 121 000 km2, 1,2 million d'habitants (mauve sur la carte jointe). Le roi Stanislas II fut contraint à l'abdication. Gracié par le tsar Paul I, le successeur de Catherine, Kościuszko retourna deux ans aux États-Unis. Puis il s'installa en France et il mourut en Suisse des complications liées à une chute de cheval en 1817. Son corps fut inhumé dans la cathédrale de Cracovie en 1818. Passe une bonne journée Je pense à toi, Je t’aime
  10. satinvelours

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    Russie lettre 20 : le règne de Catherine II (1762-1796) 19 novembre 2020, Samuel, Quatrième partie : la politique étrangère de Catherine II 4) Les partages de la Pologne c) Le deuxième partage de la Pologne en 1793 En réaction à la catastrophe de ce premier dépeçage les Polonais se mobilisèrent et ouvrirent une session du Parlement appelée la Grande Diète ou la Diète de quatre ans ou encore le Grand Seim qui se tint à Varsovie du 6 octobre 1788 au 29 mai 1792 dans le but de réformer la gouvernance du pays et de restaurer la souveraineté de la République. La Diète adopta la Constitution du 3 mai 1791 inspirée de la pensée politique et sociale des Lumières européennes ainsi que de la constitution américaine de 1787. Dans le texte de cette Constitution la monarchie devenait héréditaire, le roi était doté d’un pouvoir exécutif réel, il gouvernait en s’appuyant sur un conseil des ministres responsable devant la diète dont la nouvelle composition faisait une place importante aux représentants de la bourgeoisie, à égalité avec les représentants de la noblesse. La diète détenait le pouvoir législatif, le liberum veto était supprimé et remplacé par la règle de la majorité. La Constitution établissait la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Enfin les paysans étaient placés sous la protection du gouvernement afin d’atténuer les abus du servage et l’armée devait se renforcer pour aller jusqu’à compter 100 000 soldats. Cette Constitution ne fut pas acceptée par les nobles qui refusaient de perdre leurs privilèges. Ils formèrent en 1792 la confédération de Targowica (nom d’une petite ville de l’Ukraine). Menés par le comte Stanislaw Szczesny Potocki ils se rendirent à la cour de la tsarine Catherine II pour obtenir son soutien. Soutien que l’Impératrice leur accorda aussitôt tant elle était irritée par les velléités révolutionnaires des Polonais. Elle voyait dans la Constitution de 1791 l’influence de la Révolution française alors en cours. Si Catherine appréciait les philosophes français qui, malgré leurs idées « éclairées », défendaient l’autorité monarchique ou impériale, en revanche elle n’aimait pas les révolutionnaires français. La révolte de Pougatchev l’avait échaudée et de toutes façons elle tenait à conserver l’autorité impériale. De plus elle ne voulait pas d’une Pologne militairement renforcée car elle poursuivait un but : récupérer toutes les anciennes terres de la Rus de Kiev et même réunir au sein de la Russie tous les slaves de l’Ouest (n’ oublions pas que c’est après la disparition de la Rus de Kiev que les slaves de la Rus se séparèrent en Grands Russes, Ukrainiens et Biélorusses). Le texte fondateur de cette confédération fut écrit par le général russe Vassili Popov, chef d'état-major du prince Gregory Potemkine et proclamé le 14 mai 1792. Dans ce texte les confédérés demandaient l’aide de la Russie pour contrer la Diète. Quatre jours plus tard, deux armées russes envahirent la République des Deux Nations. L’intention de Catherine n’était pas seulement d’annuler la Constitution de 1791, c’était aussi d’annexer de nouveaux territoires de la Pologne. Frédéric Guillaume de Prusse ne vit pas d’un bon œil cette intervention et il fit savoir à Catherine qu’il renoncerait à intervenir contre ses armées si elle acceptait de partager le territoire polonais. Catherine accepta. Le 23 janvier 1793 la Prusse et la Russie signèrent un traité pour convenir d’abolir les dispositions de la Constitution de 1791 et pour se partager le pays. En 1793, les députés de la Diète de Grodno (petite ville de Biélorussie), dernière diète réunie de la République des Deux Nations, en présence des forces russes, acceptèrent, forcés, les exigences politiques et territoriales de la Russie et de la Prusse. La Russie reçut divers territoires qui lui permit de retrouver l’ère d’influence de l’ancienne Rus de Kiev, environ 250 000 km². Voir cartes comparatives jointes et lettre 6 du 12 juin 2019. La Prusse reçut la ville de Gdansk (Dantzig) et divers territoires réunis sous le nom de : Prusse Méridionale, soit environ 58 000 km². Après la seconde partition, la République des Deux Nations perdit environ 308 000 km² après en avoir perdu 211 000 lors du premier partage. Elle fut réduite à 217 000 km2. Elle perdit encore environ 2 millions d’habitants. Elle ne possédait plus qu’une bande de territoires correspondant à la partie centrale blanche de la carte jointe, allant de Mitawa à Lublin. A noter que, dans ce nouveau partage, l’Autriche n’intervint pas. J’espère que l’alternance de tes cours n’est pas trop difficile à gérer. Je pense à toi, toujours, Je t’aime
  11. satinvelours

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    Russie lettre 20 : le règne de Catherine II (1762-1796) 16 novembre 2020, Samuel, Quatrième partie : la politique étrangère de Catherine II 4) Les partages de la Pologne a) Présentation générale Nous avons étudié dans la lettre 19 du 9 août 2020 la guerre de succession de Pologne (1733-1735) à l’issue de laquelle Philippe Auguste, le fils d’Auguste le Fort, devint roi sous le nom d’Auguste III. Ce dernier mourut le 5 octobre 1763 ce qui ouvrit une nouvelle succession. La Pologne formait alors un conglomérat de domaines féodaux détenus par de puissantes familles seigneuriales qui poursuivaient des buts privés plutôt que de s’occuper du bien public. Le pouvoir central n’avait plus le contrôle de l’État. Celui-ci était « coiffé » par une Diète composée de députés provinciaux, représentant essentiellement la noblesse, dotés chacun du pouvoir exorbitant de bloquer toute décision au nom du « liberum veto », droit de s’opposer à toute proposition. La Pologne était composée de quantité de nationalités : Polonais, Lituaniens, Biélorusses, Ukrainiens, Juifs aux religions diverses : catholicisme, orthodoxie, protestantisme, judaïsme. Cette diversité favorisait les « dissidences » c’est-à-dire le désir de certaines « nationalités » de basculer du côté des puissances voisines de la Pologne aux cultures et origines ethniques semblables aux leurs. Ces puissances étaient au nombre de trois, Prusse, Autriche et Russie. Ces trois pays convoitaient les terres et populations de la République des Deux Nations. Enfin la Pologne, peuplée de 11 millions d’habitants répartis sur un territoire encore assez vaste, ne disposait d’aucune armée digne de ce nom : seulement une armée de 12 000 hommes. Pour information, vers 1760, le France comptait 25 millions d’habitants, la Russie 19 millions, l’Espagne 10 millions, la Prusse 5 millions et l’Autriche 3 millions. b) Le premier partage de la Pologne en 1772 Après la mort de Philippe Auguste Catherine II et Frédéric II, le roi de Prusse, proposèrent Stanislas Poniatowski au trône de Pologne. Poniatowski était un ancien amant de Catherine avant qu’elle s’empare du pouvoir. Mais surtout aux yeux de l’Impératrice il était apparenté au puissant clan Czartoryski, pro-russe, possesseur d’immenses territoires en Lituanie. Quant à Frédéric II il s’était entendu avec Catherine pour gérer ensemble les affaires de la Pologne. Pour forcer la main aux électeurs des troupes russes convergèrent vers Varsovie. Le 6 septembre 1764 ceux-ci nommèrent Stanislas Poniatowski roi de Pologne. Il prit le nom de Stanislas-Auguste et régna sous le nom de Stanislas II. Il devait être le dernier roi de Pologne, régnant de 1764 à 1795. Stanislas II eut des velléités de réforme : renforcement du pouvoir central, suppression du liberum veto. Mais Saint-Pétersbourg et Berlin ne voulaient pas d’un pouvoir central fort. Ils se voulaient les défenseurs des « dissidents » c’est-à-dire des protestants (proches de la Prusse) et des orthodoxes (proches de la Russie) contre les catholiques (le pouvoir polonais en place). [Ce terme « dissident » devait acquérir une renommée mondiale dans les années 70 pour désigner les ennemis du pouvoir soviétique]. Aussi firent-ils pression sur le roi pour que les dissidents aient les mêmes droits politiques que les catholiques. La Diète polonaise refusa. Des troupes russes rentrèrent à Varsovie et arrêtèrent quelques chefs catholiques. Sous la menace, en 1767, la Diète promulgua une loi accordant aux dissidents les mêmes droits qu’aux catholiques. En 1768 un traité d’amitié perpétuelle fut signé entre la Pologne et la Russie. En réaction la confédération de Bar (Bar : ville de Podolie) fut formée en 1768 par un groupe de nobles polonais afin de s'opposer à l'influence de la Russie dans leur pays et de lutter contre le roi Stanislas II, considéré comme un allié de la Russie. Ainsi démarra une guerre civile qui dura de 1768 à 1772. Les troupes russes et prussiennes s’opposèrent, sur le territoire polonais même, aux insurgés. Ceux-ci reçurent l’aide de l’Autriche et de la France. Mais l’Autriche se retira du conflit dès 1771 (tout en occupant quelques territoires polonais attenant à l’Autriche) et la France n’apporta qu’une aide financière. Les confédérés furent finalement vaincus en 1772. Cette défaite provoqua le premier partage de la Pologne. Le 5 août 1772, à Saint-Pétersbourg un traité fut signé entre la Russie, la Prusse et l’Autriche. La Russie s’empara des terres biélorusses, soit un territoire de 92 000 km² comptant 1 800 000 habitants, l’Autriche s’empara de la Galicie avec la ville de Lemberg encore appelée Lvov, 83 000 km² et 2 650 000 habitants, la Prusse s’empara de la Prusse occidentale à l’exception de Dantzig, 36 000 km² et 580 000 habitants. Cette acquisition était précieuse pour la Prusse lui permettant de réunir le duché de Prusse au Brandebourg. [Sur une carte jointe, partage de la Pologne 1772, Dantzig n’est pas en fait encore acquise à la Prusse. Celle-ci ne s’empara de la ville que lors du deuxième partage de 1793]. Au total la Pologne perdit environ un tiers de son territoire et plus du tiers de sa population. J’espère qu’il ne fait pas encore trop froid à Moscou. Je pense à toi, Je t’aime
  12. satinvelours

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    Russie lettre 20 : le règne de Catherine II (1762-1796) 15 novembre 2020, Samuel, Quatrième partie : la politique étrangère de Catherine II Pierre le Grand avait résolu l’un des trois problèmes internationaux fondamentaux de la Russie : l’accès à la Baltique. Il restait deux problèmes à résoudre : l’accès libre à la mer Noire, empêché par le khanat de Crimée et l’Empire ottoman, et la souveraineté de la Pologne, sujet de tous temps surveillé par les Russes. 1) La première guerre de Turquie 1768-1774 Les événements de Pologne sur lesquels nous reviendrons plus loin provoquèrent la guerre. Depuis la fin de la guerre de Sept Ans en 1763 ( voir lettre 19 du 9 août 2020) des troupes russes stationnaient sur le territoire polonais. Le pays devint un protectorat russe, concrétisé par un traité d'amitié perpétuelle signé entre le roi polonais Stanislas II et Catherine. Ce traité déplut à une partie de la noblesse polonaise qui rentra en guerre civile afin de renverser Stanislas et de chasser les Russes. Au cours de cette guerre une petite ville, Balta, alors située en territoire ottoman, fut attaquée par les zaporogues, opposés à l’insurrection (ils soutenaient la Russie) alors qu’ils poursuivaient des insurgés qui y avaient trouvé refuge. Le sultan intima l’évacuation de la ville, et, inquiet des intentions russes (menacer l’Empire sur ses frontières nord), il exigea l’évacuation de la Pologne par les Russes. Catherine refusa. Moustapha III déclara la guerre à la Russie le 6 octobre 1768. Catherine répondit en lançant une attaque d’envergure. En 1768 deux armées terrestres commandées par les généraux Alexandre Roumiantsev et Piotr Panine prirent Azov, envahirent la Crimée, pénétrèrent en Bessarabie et occupèrent, dans les Balkans, les principautés chrétiennes orthodoxes assujetties à la Turquie : la Moldavie et la Valachie. En 1769 les Russes prirent Jassy, capitale de la Moldavie puis Bucarest, capitale de la Valachie.[ Voir carte de la lettre 19 du 19 août 2020 pour repérer la Moldavie et la Valachie. La Bessarabie est la région située entre le Danube, le Dniestr et la Moldavie (Kilia, Akerman, Bender) ]. Pendant ce temps une flotte russe partit de la Baltique, contourna le continent européen, passa le détroit de Gibraltar, croisa au large du Péloponnèse où elle tenta de soutenir une insurrection grecque contre l’Empire ottoman, en vain. Finalement, à l’issue d’un voyage de six mois, commandée par le comte Alexis Orlov, l’un des frères qui aida Catherine à prendre le pouvoir, l’escadrille attaqua la flotte turque le 6 juillet 1770 dans la baie de Tchesmé. Les Turcs furent écrasés. [Voir carte jointe de la Turquie. Tchesmé est notée Cesmé sur cette carte, en façade occidentale, au large d’Izmir]. La guerre ensuite s’enlisa mais ni les Tatars de Crimée ni les Ottomans ne purent renverser la situation. Le traité de Kutchuk-Kaïnardji [aujourd’hui Kaïnardja, dans le nord-est de la Bulgarie], signé le 21 juillet 1774, mit fin à la guerre et acta la défaite de l’Empire ottoman, défaite historique qui signa le déclin progressif de cet Empire et la montée en puissance de la Russie. Par ce traité la Russie prit possession des places fortes d’ Azov, Kertch et Kinbourn (Kherson sur la carte jointe) permettant, pour Kinbourn, le contrôle des fleuves Boug (Bug sur la carte) et Dniepr, pour Azov le contrôle du Don, et pour Kertch le contrôle du détroit reliant la mer d’Azov à la mer Noire. Les marchands russes obtinrent le droit d’emprunter les détroits du Bosphore et des Dardanelles, s’ouvrant ainsi l’accès à la Méditerranée. Sur la carte jointe ces deux détroits commandent l’accès à la mer de Marmara (le Bosphore au nord, Istanbul, les Dardanelles au sud, Canakkale), mer qui relie la mer Noire à la Méditerranée (la mer Égée). Pour la Russie il faut donc contrôler la mer d’Azov, puis la mer Noire et enfin la mer de Marmara pour accéder à la Méditerranée. La Crimée devint indépendante et se libéra ainsi de la suzeraineté ottomane. La Moldavie et la Valachie furent rendues à la Turquie mais la Russie garda le droit d’y intervenir pour protéger les populations orthodoxes qui y vivaient. Les steppes situées entre le Dniepr et le Boug (voir carte) jusque-là contrôlées par les Zaporogues mais encore sous suzeraineté ottomane devinrent russes. Enfin la Russie prit possession de la Grande et de la Petite Kabarda (Kabardia sur la carte jointe) province du Caucase du Nord peuplées de montagnards musulmans, jusque-là sous suzeraineté de la Crimée. L’acquisition de cette région ouvrit une voie de progression vers la Transcaucasie (Caucase du Sud). Les résultats remarquables de cette guerre firent de la Russie l’un des pays les plus puissants d’Europe. 2) La consolidation des acquis Toutes ces acquisitions furent consolidées par Grigori Potemkine (1736-1791) militaire intervenu en faveur de l’Impératrice lors de sa prise de pouvoir en 1762 puis remarqué par celle-ci pendant la guerre contre la Turquie. Il devint son favori en 1774. Elle le nomma gouverneur général des provinces nouvellement acquises appelées : Nouvelle-Russie. Il perdit sa qualité de favori en 1776 mais pendant 13 ans, de 1776 à 1789, il demeura proche de la régnante, il devint son ami et son principal conseiller, honoré en tant que prince sérénissime. En tant que gouverneur de la Nouvelle Russie il chassa les Zaporogues des terres qu’ils occupaient sur la rive occidentale du Dniepr (entre le Dniepr et le Boug où la Russie venait de conquérir de nouveaux territoires) et les remplaça par des immigrants tous dévoués à l’Impératrice. C’est à ce moment-là que la Sietch zaporogue fut détruite tandis que les Cosaques furent déplacés dans la région du Kouban (entre la mer Noire et la Kabardia). Potemkine fit construire sur ces terres des villes comme Iekaterinoslav, Nikolaïev ou Kherson (villes aujourd’hui ukrainiennes) Profitant des discordes dynastiques dans le khanat de Crimée, Potemkine l’annexa au nom de la Russie en 1783. Il y construisit la ville de Sébastopol et y créa la flotte militaire de la mer Noire. La même année il fit signer à Catherine le traité de Saint-Georges par lequel la Géorgie orientale (dans le sud du Caucase) se plaça sous l’autorité de la Russie. Potemkine et Catherine commencèrent à nourrir des rêves grandioses, connus sous le nom de « projet grec ». Il s’agissait de refouler les Ottomans et de rétablir un grand Empire chrétien dont Constantinople serait le centre. Ainsi renaîtrait l’ancien Empire romain d’Orient centré sur Constantinople. Catherine fit appeler son second petit-fils Constantin, le confia à une nourrice grecque et fit frapper des médailles reproduisant Sainte-Sophie espérant que l’enfant devienne le futur Empereur de Byzance ressuscitée. 3) La seconde guerre de Turquie 1787-1792 La Turquie déclara le guerre à la Russie en 1787 après que les Russes eurent rejeté un ultimatum exigeant l’évacuation de la Crimée. La Sublime Porte bénéficiait de la sympathie de plusieurs puissances européennes dont la Grande Bretagne et la Suède inquiètes du pouvoir grandissant de la Russie. La Russie bénéficiait du soutien de Joseph II l’empereur d’Autriche qui comptait sur elle pour contrer la Prusse dont les visées hégémoniques en Allemagne inquiétaient (la Prusse avait des vues sur la Bavière). La guerre commença mal pour Catherine. L’été 1787 fut une catastrophe agricole (famine) ce qui obligea l’Impératrice à se concentrer sur des problèmes internes de ravitaillement entre les régions. De plus en 1788 la Suède lui déclara la guerre espérant effacer les conséquences de ses anciennes défaites. Enfin, en 1790, Joseph II mourut. Son successeur, son frère Léopold II, sortit de la guerre contre la Turquie et parvint à s’entendre avec la Prusse. Potemkine connut des revers et finit par suggérer de quitter la Crimée. Catherine refusa. Il perdit son rôle de conseiller (en 1789) et fut remplacé par Platon Zoubov. La guerre reprit menée par le général Alexandre Souvorov. Les Russes remportèrent des combats cruciaux et en 1790 Souvorov assiégea Izmaïl, la plus puissante forteresse turque construite dans le delta du Danube (voir carte jointe). La ville tomba, Koutouzov, le général qui, plus tard, fit face à Napoléon lors de la campagne de Russie, fut le premier à y rentrer. Cette défaite convainquit le sultan de faire la paix. Sur le front suédois les Russes remportèrent des victoires aisées. La Suède cessa le combat et fit la paix en 1790. Le traité de paix entre la Turquie et la Russie fut signé le 9 janvier 1792 à Jassy. La Turquie confirma ses pertes de la guerre précédente, reconnut l’annexion de la Crimée et céda des terres entre le Boug et le Dniestr. Sur ces terres, à l’emplacement de la petite forteresse turque de Hadjibey (voir carte) Catherine fit construire un port qu’elle appela : Odessa, ce qui signifie : Odyssée, en ligne avec son rêve grec. J’espère que cette alternance de cours entre le présentiel et le distanciel ne te pose pas trop de soucis. N’oublie pas que, si tu as un problème en maths, tu peux me questionner quand tu veux : je te répondrai. Je pense à toi, j’espère que tu pourras bientôt observer Jupiter d’où je te vois. Je t’embrasse, Je t’aime
  13. satinvelours

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    Russie lettre 20 : le règne de Catherine II (1762-1796) 8 novembre 2020, Samuel, Troisième partie : la réforme des institutions Celle-ci, mise en œuvre dès 1775, porta sur les administrations locales. Elle fut inspirée par la révolte de Pougatchev. Constatant l’effondrement des autorités locales pendant cette révolte Catherine II décida de renforcer l’administration provinciale par la décentralisation, une répartition des pouvoirs et des fonctions, et la participation accrue de la noblesse locale à cette administration. Elle réduisit la taille des circonscriptions administratives (provinces), puis elle divisa ces circonscriptions en districts. Chaque province était peuplée d’environ 300 000 habitants, chaque district de 30 000 habitants. Un gouverneur fut nommé à la tête de chaque province, assisté de fonctionnaires. Les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire furent en principe séparés (influence des philosophes occidentaux, notamment Montesquieu) mais comme il n’était pas question d’affaiblir l’autocratie impériale et son droit de contrôle voire d’intervention, cette séparation des pouvoirs fut plutôt symbolique. En fait la population fut divisée en classes sociales et chaque classe, ou ordre, fut jugée par un tribunal particulier et selon une procédure propre. Il n’ y avait donc pas une loi égale pour tous, ni un jugement égal. La classe des nobles fut considérablement privilégiée. L’Impératrice contribua à diviser la société russe en maîtres et esclaves. La Charte de la Noblesse de 1785 consolida le pouvoir de la noblesse reposant sur l’asservissement des paysans. Cette Charte reconnut une existence juridique à la noblesse de chaque district et de chaque province. Les nobles furent exemptés d’impôts, dispensés de l’obligation de servir l’État, dispensés de toute sanctions physiques en cas de manquement à la Loi. Seul un tribunal d’exception pouvait les sanctionner en cas de faute grave. C’est ainsi que Vassili Klioutchevski, historien russe du XIX ème siècle, décrit le noble de l’époque : « sa situation sociale reposait sur l’injustice politique et se voyait couronnée par une vie d’oisiveté. Il passait des mains du sacristain qui lui donnait des rudiments d’instruction à celles d’un précepteur français, complétait sa formation au théâtre italien et finissait ses jours dans son cabinet de Moscou ou de la campagne, un livre de Voltaire à la main...en Europe on le tenait pour un Tatar déguisé et chez lui pour un Français né en Russie » L’Impératrice continua de distribuer aux nobles des terres de l’État en transférant aussi à ceux-ci la « propriété » des paysans qui y travaillaient. Elle pratiqua enfin la « sécularisation » des immenses domaines de l’Église en en faisant passer la propriété à l’État. Je pense à toi, Je t’aime
  14. satinvelours

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    Russie lettre 20 : le règne de Catherine II (1762-1796) 29 octobre 2020, Samuel, Deuxième partie : la révolte de Pougatchev Près des Cosaques du Don vivaient les Cosaques de l’Iaïk , ancien nom du fleuve Oural (voir carte « guerre civile » où ce fleuve apparaît nettement). Ils étaient mécontents pour diverses raisons : ils avaient perdu le monopole du commerce du sel récupéré par Saint-Pétersbourg, ils avaient été assujettis à l’impôt, le pouvoir central les contrôlait de plus en plus, bref ils perdaient progressivement leur autonomie. Leur mécontentement croissant fut suivi de doléances qui ne reçurent aucun écho favorable près du pouvoir russe. C’est alors qu’apparut un cosaque du Don, Emelian Pougatchev. Né en 1642, fils d’un petit propriétaire terrien, il participa à la guerre de Sept ans (voir lettre 19, paragraphe 5) puis à la première guerre russo-turque (1769-1774) sur laquelle nous reviendrons ultérieurement. Il déserta avant la fin de la guerre et vécut une vie de vagabond. En 1772 il rencontra un vieux croyant qui lui fit part du mécontentement et du désir de révolte des Cosaques de l’Iaïk. Il eut alors l’idée de devenir leur chef. Pour asseoir sa légitimité, il leur déclara qu’il était l’Empereur Pierre III, toujours vivant, miraculeusement échappé de prison. Même si la plupart des chefs cosaques ne le crurent pas ils remarquèrent sa bravoure et décidèrent de se ranger derrière lui. Mais les autorités ne tardèrent pas à emprisonner le faux tsar, à Kazan. Il parvint à s’évader et à retrouver ses partisans. Le 16 septembre 1773, entouré de 80 hommes, il publia un manifeste dans lequel il déclara l’indépendance des paysans vis à vis de leurs propriétaires terriens, leur droit à devenir propriétaire des terres qu’ils cultivaient et leur droit à s’emparer, exécuter et pendre tous les nobles qu’ils rencontreraient. Ce manifeste rencontra un écho favorable auprès de dizaines de milliers de serfs mais aussi près des ouvriers, des vieux croyants et des minorités ethniques qui voulaient se débarrasser de l’autorité du gouvernement impérial. Dans un premier temps, de septembre 1773 à avril 1774, l’armée des insurgés remonta le Iaïk et s’empara des forteresses qui le jalonnaient. Mais elle fut arrêtée à Orenbourg. La guerre de Turquie était terminée et Catherine pouvait maintenant opposer aux insurgés des troupes régulières. Dans un deuxième temps, Pougatchev choisit de se déporter vers la Volga. Le 12 juillet il s’empara de Kazan mais le général Michelson reprit la ville et le mit en déroute. Dans un troisième temps, de juillet à septembre 1774, suivant les cours de la Soura et de la Volga, Pougatchev se dirigea vers le sud. Il traversa des régions où les populations, serfs et minorités ethniques, lui furent favorables. Les villes tombèrent, les paysans révoltés se déchaînèrent et massacrèrent les nobles. Certains serfs formèrent des bandes autonomes, un paysan Estafiev déclara à son tour être Pierre III et s’attaqua aux nobles. Mais les troupes gouvernementales, dirigées par Michelson, désormais libérées totalement de la guerre russo-turque écrasèrent les troupes de Pougatchev à Salnikov le 25 août 1774. Le rebelle parvint à s’enfuir mais les Cosaques irrités de le voir ne plus défendre que les serfs et oublier leurs propres revendications le livrèrent aux autorités, le 14 septembre 1774. Il fut exhibé dans une cage en fer puis il fut décapité à la hache, et ses bras et jambes furent tranchés par le même moyen. Cette exécution soulagea la noblesse. Catherine se rendit compte qu’elle ne pouvait pas gouverner sans l’appui des nobles, que la révolte populaire était trop violente. Elle prit le parti des nobles, elle abandonna les serfs à leur sort. Après la révolte de Pougatchev Catherine décida de supprimer toute autonomie aux Cosaques. Elle les dispersa, changea jusqu’au nom de leurs villages, leur refusa de nommer leurs propres chefs. Concernant les Cosaques zaporogues elle détruisit leur structure sociale organisée autour de la sietch en rasant leur quartier général établi sur l’île de Khortitsia au milieu du Dniepr (voir lettre 16 paragraphe 5). L’aventure de Pougatchev inspira Alexandre Pouchkine qui publia en 1836 le roman : « La fille du capitaine » qui a pour thème les aventures et les amours de deux jeunes gens pris dans la tourmente de la révolte d'Emelian Pougatchev. « La Fille du capitaine » est considéré comme l'un des premiers chefs d'œuvre de la littérature russe. Je pense à toi, Bon courage pour la rentrée
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    Russie lettre 20 : le règne de Catherine II (1762-1796) 25 octobre 2020, Samuel, Première partie Catherine II dut, dès sa prise de pouvoir, le 9 juillet 1762, se montrer prudente. Elle n’avait réussi à évincer son mari qu’en s’appuyant sur quelques hommes de la Garde, notamment les frères Orlov dont l’un d’entre eux, Grigory, était alors son amant. En outre, à côté de la faiblesse numérique de ses partisans, elle était d’origine exclusivement allemande, née princesse de la petite principauté germanique d’Anhalt-Zerbst, elle n’avait donc pas la légitimité ni de descendre des Romanov ni d’être russe. Comme elle avait eu un fils, Paul, né en 1754 de son union avec Pierre III (mais le vrai père de cet enfant était probablement un autre amant) il paraissait aller de soi qu’elle exerçât une régence jusqu’à la majorité de cet enfant. Elle s’y refusa et se dépêcha au contraire de se faire couronner Impératrice le 12 septembre 1762. Elle avait alors 33 ans. Elle eut, en 1764, à faire avec une contestation issue de la noblesse russe qui tenta, par l’action d’un jeune officier, Basile Mirovitch, de libérer l’ancien tsar Ivan VI qu’Elizabeth avait jeté en prison lors de sa propre prise de pouvoir, pour le rétablir à la tête de l’Empire. Mais Ivan VI fut tué par ses gardiens et Catherine fit exécuter Mirovitch. En 1763-1764, lors du processus de dépossession de l’Église de ses biens immeubles au profit de l’État, processus sur lequel nous reviendrons dans une autre lettre, le métropolite Arsène, furieux, prononça des anathèmes contre l’Impératrice mais il ne fut pas suivi par les autres prélats. Catherine parvint à le faire juger, à le défroquer et à le jeter en prison. Ainsi lentement, par petites touches, par l’usage de la force et de l’autorité, elle réussit à s’imposer. En 1766 elle se sentit assez forte pour commencer à réformer le pays. Catherine s’appuya, pour engager ses réformes, sur sa culture vaste, fondée principalement sur la philosophie, surtout française, celle des Lumières. Elle avait appris le français enfant, alors qu’elle était encore en Allemagne, et s’était intéressée aux philosophes tels Voltaire avec lequel, une fois devenue Impératrice, elle noua une correspondance épistolaire, ou encore Montesquieu dont le traité « De l’esprit des lois » l’inspira. Elle resta ouverte à la pensée germanique, nouant aussi une correspondance épistolaire avec le baron Fréderic-Melchior Grimm, diplomate et homme de lettres bavarois, principalement d’expression française, ayant collaboré à l’Encyclopédie. Sa première décision fut de créer une Commission législative destinée à réfléchir sur l’état de la société russe . La Commission législative. En 1766 elle convoqua cette Commission. Elle rédigea elle-même, à l’intention de cette Commission, comme base de réflexion, un texte, le Nakaze ou «Grande Instruction », inspiré par Montesquieu et le juriste italien Beccaria. Dans ce texte elle posa trois principes : « La Russie est une puissance européenne ». Cette affirmation n’allait pas de soi en 1766, et d’ailleurs elle ne va toujours pas de soi au XXI siècle. Le destin de la Russie est-il l’Europe ou l’Asie ? Pour Catherine, d’origine allemande, le destin de la Russie c’est l’Europe. « Le souverain, en Russie, est un eurocrate ; car aucun autre pouvoir que celui réuni en sa seule personne ne peut agir conformément à l’espace d’un si grand État ». Cette formule est issue de « L’esprit des lois ». N’oublions pas que, pour les philosophes du siècle des Lumières, leur inclination allait vers le despotisme « éclairé ». Au contraire de ce que nous croyons aujourd’hui ces philosophes défendaient en fait l’Autorité, même s’ils la souhaitaient « éclairée » « L’agriculture ne saurait prospérer là où nul n’a rien qui lui appartienne en propre ». Cette affirmation plongea les contemporains de l’Impératrice dans l’expectative. Que voulait-elle signifier ? Que les paysans devaient être libérés de leur assujettissement aux propriétaires terriens ? Contre cette interprétation toute la noblesse se souleva. En revanche les paysans virent dans cette affirmation une incitation à conquérir leur affranchissement. Ainsi naquit la révolte de Pougatchev. Cette révolte dont nous parlerons ci-après, suivie ensuite, en Europe, par la révolution française, effraya Catherine. Elle battit en retraite, se rendit aux arguments des propriétaires terriens et finit par consolider l’esclavage des paysans. La Commission comprit 564 députés, 28 nommés et 536 élus. Les députés nommés représentaient les institutions de l’État, dont le Sénat. Les autres furent élus par des collèges représentatifs de la population russe : noblesse terrienne, citadins (marchands), paysans de l’État, cosaques et minorités nationales. Des catégories ne furent pas représentées : les serfs et le clergé. Les députés débattirent entre eux mais ils s’opposèrent de manière si irréductible, étant donné la divergence de leurs intérêts, que Catherine finit par dissoudre la Commission en 1768. Seuls subsistèrent encore quelques comités de réflexion mais la révolte de Pougatchev en 1772 convainquit l’Impératrice d’arrêter là l’expérience. Les débats de cette Commission éclairèrent toutefois Catherine sur l’état réel de la société russe. Elle s’appuya sur ces informations pour réformer les institutions en 1775. Passe de bonnes vacances, Je pense à toi, Je t’aime
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