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  1. satinvelours

    Histoire de la Russie

    Russie, lettre 12 : la création de l’État russe moscovite Première partie : l’œuvre d’ Ivan III le Grand (1462-1505) 1) Ivan III le « Grand » : les conquêtes de territoires Quand Ivan Ier Kalita prit le pouvoir à Moscou, en 1326, avant d’être intronisé par les Mongols en 1328, la principauté couvrait une superficie de 20 000 km² (soit l’équivalent de la superficie de la Picardie-Somme/Aisne/Oise). Quand Ivan III le Grand succéda à son père Vassili II l’Aveugle en 1462, elle couvrait 430 000 km². A la fin du règne d’Ivan III, en 1505, elle couvrait 2 000 000 km² (France métropolitaine : 544 000 km²). Ainsi sous l’action opiniâtre des ses souverains, Ivan Ier Kalita (1326-1340), Siméon le Fier (1340-1353), Ivan le Rouge (1353-1359), assisté par Alexis, Dimitri Donskoï (1359-1389) assisté aussi par Alexis, Vassili Ier (1389-1425), Vassili II l’Aveugle (1425-1462) et enfin Ivan III le Grand (1462-1505) la principauté passa de 20 000 km² à 2 000 000 km² soit un coefficient multiplicateur de 100 entre 1326 et 1505. En 1462, à la prise de pouvoir d’ Ivan III, la Rus était constituée de deux territoires : l’un au sud-ouest centré sur Kiev était sous la domination de la Pologne-Lituanie, l’autre au nord-est, centré sur Moscou, vivait encore sous l’influence des Mongols-Tatars. A côté de la principauté existaient deux groupes de territoires autonomes : l’ensemble Novgorod-Pskov-Viatka et l’ensemble Riazan-Rostov-Iaroslavl-Tver (voir carte : l’ascension de Moscou, lettre 9). Usant de la force, de la ruse et des liens matrimoniaux Ivan III s’empara des apanages des seigneurs vassaux : Riazan, Iaroslavl, Rostov (la moitié du territoire de Riazan resta tout de même dans la possession d’un vassal local, mais Moscou fut désignée comme la gardienne de cet apanage). Puis il partit à la conquête de Novgorod et de Tver . En 1462 Novgorod couvrait un vaste territoire plus étendu encore que celui de la principauté de Moscou. Novgorod était désormais affaiblie, minée par des conflits internes entre les boyards et la plèbe (le peuple). Les boyards cherchèrent à consolider leur pouvoir sur le peuple en sollicitant l’aide de la Lituanie. En 1471 ils signèrent un traité d’union avec Casimir IV de Lituanie, également roi de Pologne. Un gouverneur lituano-polonais vint gérer la ville. Alors Moscou intervint. Elle ne pouvait pas laisser Novgorod passer sous une domination étrangère. C’était de Novgorod que jadis Rurik et ses successeurs, les grands conquérants varègues, étaient partis pour fonder la Rus de Kiev. Ivan envoya en 1471 contre Novgorod son armée commandée par le prestigieux chef de guerre Daniel Kholmski, appuyée par un détachement tatar fourni par le khan de Kasimov (voir lettre 11). L’armée novgorodienne fut mise en pièces. La ville renonça à son union avec la Lituanie et dut payer un énorme tribut à Moscou. Mais elle resta autonome. Casimir, impuissant devant la puissance moscovite, demanda de l’aide au khan de Saraï, Ahmed. Ce dernier marcha jusqu’à l’Oka, fleuve situé au sud de Moscou, mais Ivan III envoya contre lui les Tatars ayant accepté sa suzeraineté. Ahmed renonça. Les boyards de Novgorod continuèrent de vouloir s’affranchir de Moscou. Le peuple demanda l’aide d’ Ivan. En 1478 ce dernier repartit à l’assaut. La ville tomba, la répression fut féroce. Toutes les familles qui avaient soutenu la Lituanie furent pourchassées. Moscou annexa Novgorod. Devenues moscovites les possessions septentrionales de Novgorod permirent d’étendre le territoire de Moscou jusqu’à l’océan Glacial arctique et de constituer une base de départ pour progresser, à travers la Sibérie, vers le Pacifique, à l’est. Ivan se tourna contre Tver. Le prince Michel qui régnait sur la principauté chercha le soutien de Casimir IV avec lequel il signa un accord en 1483. Ivan marcha contre la ville, aussitôt Michel répudia l’accord et se déclara « frère cadet » obéissant d’ Ivan. Ivan stoppa l’offensive, aussitôt Michel redemanda secours à Casimir. Cette fois Ivan décida de faire le siège de Tver. La ville qui ne pouvait plus souffrir Michel et était devenue pro-moscovite se rendit sans combattre en 1485. Michel s’enfuit en Lituanie sans laisser d’héritier. Moscou incorpora Tver. En 1480 Ivan rendit public son refus d’allégeance à la Horde d’Or en cessant de payer tout tribut. Cette date marque la libération officielle de Moscou du joug mongol. Ahmed fit alliance avec Casimir IV et s’avança vers Moscou. Les deux armées, celle d’ Ivan et celle d’ Ahmed se firent face sur les bords de l’Ougra, affluent de l’Oka et frontière entre les possessions moscovites et lituaniennes. Ahmed se retira sans combattre quand il vit les troupes du khan de Crimée, Menghi-Ghireï repousser les bataillons lituaniens et se joindre aux troupes moscovites. En 1502, Menghi-Ghireï, passé sous l’influence des Turcs de Constantinople, mais toujours allié des Russes, prit et détruisit Saraï. Ce fut la fin de la Horde dont le territoire brisé fut réparti entre les khanats de Kazan, d’Astrakhan, de Sibir (ouest de la Sibérie) et de Crimée. Ivan se considérait comme l’héritier légitime de toute la Rus, y compris la Rus de Kiev. En 1492 à la mort de Casimir IV qui régnait sur la Lituanie et la Pologne, la Lituanie fut dirigée par son fils Alexandre tandis que la Pologne fut dirigée par un autre de ses fils, Jean Albert. L’Union polono-lituanienne réalisée jusqu’alors à travers une même personne était ainsi rompue, affaiblissant les deux pays. Ivan III en profita pour attaquer la Lituanie. La bataille décisive eut lieu sur les rives de la Vedrocha le 14 juillet 1500. Les Russes l’emportèrent. Par le traité de paix de 1503 les Lituaniens cédèrent à Moscou un tiers de leur territoire : une partie des régions de Smolensk et de Polatsk, et une grande partie de celle de Chernigov. Mais Kiev resta en Lituanie (voir carte de la lettre 9). Ainsi grâce à ses conquêtes et à ses achats d’apanages Ivan III le Grand fit passer la superficie de la principauté moscovite de 430 000 km² à 2 000 000 km². Je t’embrasse, Le 18 août 2019
  2. Lettre 59-4 16 août 2019 Samuel, XVI siècle Evolution générale en Europe (partie 4) : la contre-réforme et les guerres de religion Face à l’essor du protestantisme l’Église catholique entreprit sa propre réforme appelée la contre-réforme. Ignace de Loyola (1491-1556) initia ce renouveau catholique. Au cours du siège de Pampelune, en Espagne, en 1521, opposant François 1er, roi de France à Charles Quint, l’empereur d’Allemagne (qui était aussi roi d’Espagne sous le nom de Charles 1er) Ignace de Loyola, jeune noble espagnol, fut blessé. Immobilisé il décida de changer de vie. De combattant sur le terrain militaire il devint combattant au profit de son Église, l’Église catholique. Retiré à Manresa, près de Monserrat, en Espagne, il s’astreignit à une ascèse sévère, renonçant à tous les désirs terrestres pour ne plus obéir qu’à la volonté du Christ et à la promotion du catholicisme. Selon la légende lui et six de ses compagnons, le 15 août 1534, dans l’église Saint-Pierre de Montmartre, à Paris, firent vœu de pauvreté, de chasteté et d’obéissance à Dieu, au Christ, au Pape. Ainsi naquit la Compagnie de Jésus : les Jésuites. La Compagnie se mit à la disposition du pape en 1540 qui s’en servit comme bras armé (spirituellement) de la reconquête catholique. Le Pape Paul III, élu en 1534, face à la progression des idées luthériennes en Italie, créa la Congrégation de la suprême Inquisition qui devint ensuite le Saint-Office : six cardinaux dont l’impitoyable Carafa furent nommés inquisiteurs généraux et organisèrent une répression féroce contre les luthériens italiens. En 1543 le Pape décida la création de l’Index : les livres jugés dangereux pour la foi catholique furent interdits de lecture et des mesures sévères frappèrent les libraires et les imprimeurs qui les éditaient. La Papauté, sous l’influence des Jésuites, réaffirma les dogmes catholiques que les protestants avaient rejetés : réaffirmation de la tradition fixée par les Papes et non pas seule référence aux écritures, réaffirmation de l’autorité de la Vierge et des Saints, rejet de la traduction luthérienne de la Bible, vénération des reliques et des images, possibilité de trouver le salut non seulement dans la foi mais aussi dans les œuvres (voir à ce sujet la position de Luther : lettre 59-3), reconduction du célibat des prêtres et du latin dans la pratique du culte (Luther avait remplacé le latin par l’Allemand). En même temps la Papauté pourchassa tous les abus dans son propre clergé, extirpant la corruption, combattant les mœurs licencieuses, organisant la formation des prêtres dans des séminaires sous la direction des Jésuites. Puis la Papauté exigea d’exercer sur toute l’Église catholique de l’Occident son autorité spirituelle, les rois ne devant pas, selon elle, s’occuper des affaires religieuses, et le Pape devant détenir la décision quant à la gestion de tous les clergés catholiques. Cette exigence est appelée l’Ultramontanisme. Elle s’oppose au Gallicanisme position politique française qui veut organiser l'Église catholique de façon autonome par rapport au pape. En 1560 l’Église catholique s’est redressée. Contre la réforme scindée en plusieurs Églises rivales (luthériens, calvinistes, anglicans…) l’Église catholique opposait désormais un front uni, un seul dogme, un seul chef, un bras armé et militant : les Jésuites. Confortés par la nouvelle légitimité morale de leur Église, pour les catholiques, la lutte contre les protestants pouvait commencer. C’est en France, pays à dominante catholique, dirigé par des rois catholiques, que cette guerre des religions s’engagea. Les belligérants furent aussi appelés, pour les catholiques : papistes (servants du Pape) et pour les protestants : huguenots, mot apparu en 1552, altération sans doute du mot allemand eidgenossen, c’est-à-dire : unis par serment. En France, à François Ier qui régna de 1515 à 1547 succéda en 1547 son fils Henri II. Il tenta de contenir la progression du calvinisme, en vain. Il mourut en 1559. Ses trois fils lui succédèrent : François II, roi à quinze ans, qui régna de 1559 à 1560, Charles IX, roi à dix ans ce qui nécessita la régence de sa mère Catherine de Médicis, il régna de 1560 à 1574, et enfin Henri III qui régna de 1574 à 1589. Ils révélèrent une faiblesse de caractère telle que ce furent les nobles et leurs factions qui imposèrent leur autorité. Mais comme les uns étaient protestants et les autres catholiques, comme en plus chaque faction visait aussi le pouvoir politique cela dégénéra en guerres civiles. Les historiens distinguent huit guerres de religion entre 1562 et 1593. Le conflit atteignit son paroxysme avec le massacre de la Saint-Barthélémy ordonné par Charles IX sous l’influence de sa mère Catherine de Médicis. Le massacre commença à l’aube du dimanche 24 août 1572 (jour de la Saint-Barthélemy) à Paris. Sur l’ordre du Roi il s’étendit à toutes les grandes villes du royaume. Les tueries déchirèrent le pays, les protestants résistèrent. L’anarchie se généralisa. Charles IX mourut en 1574. Son successeur Henri III apaisa les tensions en désavouant le massacre de la Saint -Barthélemy, en accordant aux huguenots le droit de célébrer leur culte dans toute la France sauf à Paris. Ces dispositions déplurent aux catholiques. Ils formèrent une Ligue dirigée par le duc Henri de Guise, dit le Balafré (à la suite d’une blessure infligée par un protestant lors d’une bataille). La Ligue prônait l’union de la France avec la Papauté et avec l’Espagne (pays fermement catholique) alors dirigée par le roi Philippe II. Le Balafré aspirait à remplacer Henri III pour barrer la route à Henri de Navarre, le successeur légitime de Henri III, mais de confession protestante. Il s’entendit avec Philippe II pour faire pression sur Henri III afin qu’il interdise aux protestants d’ exercer leur culte et qu’il les oblige à abjurer leur religion sous peine d’exil. Il s’entendit avec le Pape afin que celui-ci déchut Henri de Navarre de tous ses droits à la couronne. Alors la guerre reprit. Le peuple était derrière le Balafré. Le Balafré vint défier le Roi à Paris, le Roi mobilisa ses troupes. Le peuple se souleva : ce fut la Journée des Barricades (mai 1588). Le Roi recula, il nomma le Balafré à un poste administratif de prestige mais en sous-main il organisa son assassinat. Le duc de Guise mourut percé d’une trentaine de coups d’épées et de dagues au château de Blois le 23 décembre 1588. Le lendemain le peuple de Paris se révolta. Des délégués des seize quartiers de la ville, le Conseil des Seize, prononça la déchéance d’Henri III. Henri III décida de reprendre Paris. Il s’allia avec Henri de Navarre, tous deux firent le siège de la capitale. Henri III fut assassiné par un moine catholique, Jacques Clément (en août 1589). Avant de mourir il désigna Henri de Navarre comme son successeur légitime. Ce dernier s’empara de la royauté sous le nom d’Henri IV. Mais il ne put prendre Paris, il se replia en Normandie. Il repartit à l’assaut de la capitale. Il remporta quelques victoires mais à nouveau il échoua à prendre la ville. Philippe II envoya son général Alexandre Farnèse défendre Paris. Henri IV dut lever le siège en 1590, une garnison espagnole s’installa dans Paris. Le Roi d’Espagne songea alors mettre sur le trône de France sa fille Isabelle. Il déclara son intention à la Ligue et au peuple de Paris. Celui-ci vacilla dans ses convictions. L’amour de la Patrie le disputa à l’attachement au catholicisme. Là-dessus Henri IV abjura sa religion, il se convertit au catholicisme. Alors le peuple se retourna et défendit son Roi. Henri IV fut sacré roi le 27 février 1594 en la cathédrale de Chartres. [Sacre : cérémonie bénie par l’Église catholique représentée par ses évêques ; le sacre lui-même consista en l’onction d’une huile sainte sur le corps du roi ; selon la légende cette huile, conservée dans une abbaye, avait été jadis apportée par des anges sur terre pour soigner les blessures d’un saint, Saint Martin]. Puis il rentra sans combattre dans Paris. Les Espagnols furent chassés de France après d’âpres combats. Après de longues et délicates négociations Henri IV dit «le Grand» parvint à faire signer aux belligérants, papistes et huguenots, un compromis qui mit fin aux guerres de religion en France : l’Édit de Nantes, signé le 30 avril 1598. L’Édit accordait aux protestants le droit de célébrer publiquement leur culte, il leur accordait aussi l’égalité avec les catholiques devant la loi et l’accès à tous les emplois. J’espère que tu t’acclimates bien à ta nouvelle vie en Russie. La Place rouge est la plus belle des places, elle rayonne sous la mémoire d’une histoire séculaire, la grande histoire de Russie. Je pense à toi, je suis tes pas chaque jour là-bas, Je t’aime
  3. satinvelours

    Histoire de la Russie

    Russie, lettre 11 15 août 2019 Samuel, Je reviens sur les deux événements notables ayant eu lieu sous le règne de Vassili II : L’émancipation de l’Église orthodoxe russe En 1438 Vassili décida de nommer, comme Métropolite de Moscou, Jonas, l’évêque de Riazan. Mais le Patriarche de Constantinople refusa d’entériner cette nomination et nomma, à la place de Jonas, un Grec : Isidore. C’est ce dernier qui, sous l’impulsion de Jean VIII Paléologue (voir lettre 58-4, histoire des Hébreux) en recherche d’alliés occidentaux pour repousser la menace ottomane, négocia en 1438-1439 la réunification de la chrétienté latine et de la chrétienté grecque (la chrétienté orthodoxe) séparées depuis le schisme de 1054 (voir lettre 54-1 sur les Hébreux), réunification attendue en préalable de toute aide militaire occidentale. Isidore accepta l’Union des deux Églises [Il faut se rappeler que cette Union fut très mal reçue par le peuple de Byzance qui restait dans le souvenir de la quatrième croisade (voir lettre 58-4, précitée)]. Arrivé à Moscou, après cette signature, le Métropolite Isidore officia selon un nouveau rite dans lequel le nom du Pape de Rome fut cité avant celui du Patriarche. Cela mit en fureur Vassili qui destitua Isidore sur le champ et le fit jeter en prison [Isidore réussit à s’évader ; il alla se réfugier en Occident]. En 1443 l’assemblée des évêques orthodoxes russes nomma Jonas comme Métropolite de Moscou. Puis Moscou rejeta l’Union et se déclara désormais seule gardienne de l’orthodoxie, rejetant ainsi l’autorité du Patriarche de Constantinople. L’Église russe étant ainsi devenue libre et indépendante Moscou se considéra désormais comme l’unique héritière spirituelle de l’ancien Empire romain d’Orient. L’émancipation de la Russie de l’empire mongol A partir du début du XV ème siècle la cohésion de la Horde d’Or perdit de sa force. De vastes territoires dépendant du khanat de Saraï firent sécession. Ainsi en fut-il du khanat de Crimée en 1430, puis de celui de Kazan en 1436, puis encore de celui d’Astrakhan en 1466 (sous le règne du successeur de Vassili, Ivan III le Grand). L’année 1452 vit un événement mémorable avec la fondation de la principauté de Kasimov : un prince mongol, Kasim, appartenant à la dynastie régnante, reconnut la suzeraineté russe. Vassili avait en effet pris à son service des nobles mongols (accompagnés de leurs serviteurs) qui ne s’entendaient plus avec le khan de Saraï. En échange de sa protection l’un des chefs de ces dissidents, Kasim, descendant de Genghis Khan, aida Vassili dans sa lutte contre Dimitri Chemiaka (voir lettre 10). Pour le remercier Vassili lui offrit donc la principauté de Kasimov, située au sud-est de Moscou (voir carte lettre 9). La création de cette principauté mongole soumise au grand-prince de Moscou est considérée par certains historiens comme la fin officieuse de la domination mongole en Russie, comme la défaite de la steppe (les Mongols et leurs alliés les Tatars) face à la forêt (les Russes). En fait le khan de Saraï, Ahmed, s’efforça de réduire cette dissidence en attaquant Moscou en 1451, 1455 et 1461 mais il fut à chaque fois repoussé. Il ne put rien faire pour stopper la décomposition de la Horde. Je t’embrasse
  4. Dans la nausée en particulier nous avons d’une façon répétitive, vraiment récurrente, quelles que soient les pages de ce roman, une description d’objets ou quelque chose qui concerne l’objet, et les objets les plus utilitaires et les plus triviaux. Il faut passer par les objets, parce que l’objet est ce qui existe à l’extérieur de moi. Étymologiquement objet : « objectum », c’est littéralement ce qui est jeté devant moi. Par définition cela présuppose que moi qui vois quelque chose jeté devant moi, je ne le confonde pas avec cette chose qui est devant moi. C’est tout l’implicite de ce terme. Existence et objet sont sur le plan philosophique des notions qui s’interpellent mutuellement. Pour en venir à la découverte de ma propre existence, je ne puis le faire qu’en passant par la découverte de l’existence des objets [entendu ce que je n’avais pas jusqu’à présent entr’aperçu]. Or, exister signifie littéralement être hors de soi : ex sistere. Dans le texte célèbre de la racine du marronnier, Roquentin qualifiera cette méditation sur la racine « d’extase horrible ». Etre hors de soi signifie donc ne plus s’appartenir, ne plus se reconnaître, s’éprouver comme radicalement étranger (thème repris par Albert Camus dans L’Étranger). Expérience ontologique qui va être un bouleversement radical de notre être, et entre autre de l’être du narrateur qui ne sera plus jamais le même après cette découverte de l’existence et particulièrement de la contingence de l’existence. Sur le plan philosophique on peut déjà commencer à comprendre dès le début de la Nausée qu’il va falloir apprendre à faire une différence entre être et exister. Être induisant un état, une essence, donc l’idée d’une adéquation totale avec soi-même, exister exigeant au contraire une coupure, une rupture, un décalage. Mais ce décalage va emporter avec lui tous nos repères, toutes nos habitudes qui vont s’abîmer dans cette faille qui s’ouvre à commencer par deux choses : d’une part la vie au sens où nous la confondions avec l’existence, d’autre part cette vie que Sartre assimilera à une comédie sociale. Nous jouons tous une comédie [vieux thème stoïcien] et ce que perd Roquentin c’est moins une authenticité que le fait qu’il était relativement à l’aise, jusqu’à cette catastrophe qui lui tombe dessus, dans le rôle social qui était le sien. Il jouait son personnage sans avoir l’idée et la conscience de jouer ce qui n’est qu’un personnage (persona : le masque). Personne et personnage indiquent l’idée de quelque chose d’artificiel qui nécessairement vient se plaquer sur notre réalité donnée au départ. Donc deux choses vont s’abîmer, vont se perdre : d’une part cette comédie qui est la société mais sans laquelle nous demeurerions incompréhensible à nous-mêmes et d’autre part le langage.
  5. Mercredi 14 août 2019 J’aime, quand vient la nuit, tenter cette expérience de pensée : m’imaginer, seul, absolument seul, dans un lieu où je me sentirais chez moi, tenter ainsi de voir ce qui adviendrait, ce dont je prendrais conscience. Dans un premier effort je tente de déterminer ce lieu. Ce pourrait être une bergerie, un cayolar si je me transpose en Pays basque, pays qui m’est quelque peu familier. Mais cet effort ne me permet jamais d’arriver à mes fins. Quel que soit le lieu que j’imagine je m’aperçois que je ne m’y sentirai jamais chez moi. Il n’existe pas en ce monde de lieu dans lequel me sentir, absolument, chez moi. Il n’ y a pas de « chez moi » ici-bas.
  6. La nausée nous confronte à cette inquiétante étrangeté. Roquentin se met à voir, éprouver les objets du monde comme étant monstrueux. Pourquoi ? Le tout début de la nausée commence par des descriptions d’objet. Nous rentrons dans la découverte de l’existence au travers de la redécouverte du monde des objets. La question est de savoir pourquoi. Peter Handke décrit le même monde désenchanté : L’Angoisse du gardien de but au moment du penalty Georges Pérec : Un homme qui dort, montre l’enfermement, les risques du solipsisme dans les limites étroites de sa propre conscience, sans pouvoir communiquer, rentrer en contact d’une façon ou d’une autre avec les choses.] Il ne faut pas s’étonner que la Nausée commence par les objets non moins parce que ce serait le nouveau thème de la modernité, mais au travers de la saisie de l’objet il y a un rapport au monde et aux autres. L’objet va servir de médiation par rapport au monde et surtout ce que signifie le monde pour les phénoménologues et les existentialistes. Le monde ce n’est pas la nature, le milieu, l’environnement. C’est le monde humanisé. Le monde est un terme qui implique nécessairement autrui, donc l’autre, donc les êtres humains qui m’entourent. Dans les objets existent les autres. Rapport ambigu avec les objets qui sont investis, habités par la présence des autres – anonymes ou personnes qui nous ont offert cet objet –. Je rencontre toujours l’autre mais bien sûr d’une façon indirecte et occultée. Par rapport à cela il faudrait renverser les choses en disant que, en effet, si la modernité s’intéresse tellement au monde des objets, c’est que justement la modernité entend peut-être, en faisant écho ici avec l’existentialisme sartrien, entend relayer cette nouvelle façon désenchantée de voir le monde, de rentrer en rapport avec le monde, qui se passe sous des modalités négatives, la nausée, l’angoisse, mais qui figure un moment incontournable si je veux rebâtir le monde, et le rebâtir en me libérant du joug, du poids de certaines illusions que notre culture imprégnée de métaphysique a bâti, et qui nous a toujours demandé à croire à l’existence de certaines valeurs, par exemple la liberté, la vérité, le bien... Ce qui ne veut pas dire que pour l’existentialisme cela n’existe pas, mais si cela existe c’est que moi je le fais exister. Cela n’existe pas indépendamment de moi. C’est à moi, par ce souci d’exister, qu’alors ces choses qui ne sont pas autre chose que des valeurs et des façons que l’ai de me rapporter au monde, se mettront peut-être à avoir une certaine réalité pour moi. Mais ceci va introduire une cassure (cf. Le monde cassé - Gabriel Marcel). L’existentialisme d’une façon générale, en dehors de Sartre, prend acte d’une certaine cassure qui m’interdit d’une façon ou d’une autre de vivre le monde, de me vivre moi-même, de me rapporter aux choses de la façon habituelle. Soit de la façon inconsciente et aveugle que l’habitude me donne, soit même de la façon que la philosophie m’a donné et dont j’ai hérité. Donc la cassure se révèle au travers de mon appréhension du monde des objets et des objets. On retrouve au travers de ce rapport aux objets, et c’est ce qui intéresse Sartre, le sens profond d’exister. Il faut que l’objet me renvoie une étrangeté, me renvoie l’existence de quelque chose que, jusqu’à présent, je n’avais absolument pas perçu [justement mon existence] pour que, par voie de conséquence, je découvre ce que c’est qu’exister, et que des objets je puisse alors en passer à moi et que je me saisisse pleinement comme un existant. Je ne peux pas le faire directement. Je suis obligé d’en passer par la médiation des objets.
  7. – Journal daté 25 janvier 1932 ( Ier et troisième alinéa) Cette découverte qui va être l’épaisseur de l’existence apparaît au héros de la Nausée comme une maladie. L’existentialisme sartrien pourrait être défini comme, au départ, la découverte de la maladie qu’est l’existence. Bouleversement radical sur le plan ontologique de la façon de vivre. Cela ne veut pas dire que l’on ne peut recommencer à vivre, mais il y a une révolution à faire et il y a un passage incontournable. L’artifice littéraire est, dans la genèse de sa propre pensée, la pensée philosophique, un point de départ obligé. La pensée phénoménologique commence par la description des choses telles qu’elles surgissent à ma propre conscience c’est ce que peut-être, d’abord, l’artifice littéraire permet. C'est en tenant un journal et en notant d’une façon quasi obsessionnelle les micros événements qui peuvent sembler dérisoires, mais qui surgissent à la conscience que Roquentin n’a pas d’autres réponses que celle qui est bornée dans les étroites limites de ce surgissement. On comprend pourquoi tout l’existentialisme n’est qu’une extension théorisée, philosophiquement théorisée, de ce qui s’origine dans la Nausée. Dans la Nausée il n’y a pas de place à la joie. Dans la joie il y a forcément l’adhésion de quelque chose. Quand je suis distant de..., je ne peux pas être dans la joie. Je peux rire, le rire suppose toujours la distance, mais je ne peux pas être dans la joie. La joie suppose une participation à, une addition à, et pour une certaine partie, dans la joie on est dans le partage. Dans la Nausée on est dans la coupure, dans la séparation, dans ce qui, sur le plan phénoménologique, renvoie plutôt à « l’époché ». C’est une expérience très austère. –Épisode du galet C’est la première fois que le mot nausée apparaît au début du roman. Le héros commence à se déprendre du monde et particulièrement de ce monde des choses qui l’entourent : le galet, la pipe, le verre de bière sont les premiers objets qui hantent la conscience du héros dans les premières pages de la Nausée. On pourrait dire que tous ces textes illustreraient la notion freudienne de « unheimlichkeit » : l’inquiétante étrangeté. Freud nous explique qu’il nous arrive parfois d’être saisis par une vague peur, en tout cas une inquiétude dont nous ne pouvons pas assigner véritablement quelle en est la cause, et cette inquiétude ou cette peur nous saisit face a ce qui est quotidien, à ce qui est la banalité même. Ce que l’on a traduit par « inquiétante étrangeté » veut dire qu’il ne s’agit pas de l’étrange fantastique. Ce n’est pas quelque chose d’inhabituel qui surgirait dans mon horizon de pensée et qui, n’étant pas connu de moi, susciterait la peur, à tout le moins l’inquiétude, mais bien au contraire cette inquiétude et cette peur qui tout à coup, sans raison apparente, me saisissent face à ce que je connais bien, face à l’ensemble de mes repères quotidiens et habituels. Freud va convoquer un certain nombre d’exemples qu’il emprunte à sa propre vie, à la littérature, à des récits de patients, mais tous ces exemples illustrent cette idée. La conclusion freudienne sera de montrer que, au travers de l’inquiétante étrangeté, ce qui se manifeste c’est la pression sourde qu’exerce l’inconscient qui affleure presque ici la couche conscience. Je sens qu’il y a sous les présentations que me donnent ma conscience quelque chose d’autre, qui doit bien exister puisque j’en suis inquiété et que j’éprouve ce malaise que normalement je ne devrais pas éprouver.
  8. 8 août 2019 Concevoir pour la rentrée à venir des actions déterminées, comme chaque année, devrait logiquement m’occuper en cette fin de vacances d’été. Mais j’éprouve ce sentiment qu’agir, désormais, a pour seul but de me distraire. M’empêcher de me tourner vers l’immensité sombre qui apparaît. Suspendre toute action m’angoisse, mais moins je prendrai de temps pour affronter la chose, moins je disposerai de temps, plus tard, pour l’affronter. Éviter l’affrontement engendre désormais en moi une angoisse plus intense que celle de l’affrontement. Qu’est-ce qui apparaît et veut toute mon attention ? Le seul écoulement du temps me rapproche de la chose et me rendra éminemment vulnérable si, avançant ainsi vers elle, sans que j’y puisse mais, je refuse de la voir. Que se passera-t-il quand je serai arrivé à ses pieds ? Quand son regard sur moi dissipera mon inconscience sans que je ne dispose plus d’une seule seconde pour transformer mon désordre émotionnel en une cathédrale de mots agencés pour donner à voir, à ma descendance, les sombres mystères de la création ? Créer en moi une disponibilité pour que cela puisse paraître ? Ou encore imaginer un autre type d’action que les actions que je mène, toutes destinées à penser exclusivement aux autres et à m’oublier. Un type d’action qui me mène jusqu’à la chose, consciemment. Je ne crois pas qu’elle fera le chemin jusqu’ à moi. C’est à moi de prendre mon bâton de pèlerin et d’ouvrir le chemin sur lequel je m’avance déjà du seul fait que les jours chassent les jours.
  9. satinvelours

    Histoire de la Russie

    Russie, lettre 10 4 août 2019 Vassili 1er (Basile en français) devint grand-prince de Moscou et régna de 1389 jusqu’à sa mort en 1425. Il continua avec intelligence et prudence la politique traditionnelle des princes moscovites : agrandir la principauté et veiller à sa prospérité. Il fit l’acquisition de nouveaux apanages dont celui de Nijni-Novgorod, la cité la plus riche de la Volga (Nijni-Novgorod se trouve entre Moscou et Kazan). Il annexa aussi Souzdal. Il eut à affronter le nouveau grand-prince de Lituanie, Vitovt ( le successeur d’Olgerd) qui était aussi son beau-père (il avait épousé sa fille). Vitovt avait des vues sur les terres moscovites. Il eut aussi à affronter le khan de Saraï envers lequel il exprima un certaine indépendance en omettant de lui payer le tribut. Un autre acteur apparut sur la scène : Tamerlan. Tokhtamysh qui avait conquis son titre de khan au détriment de Mamaï grâce à l’appui de Tamerlan profita de l’éloignement de ce dernier, parti conquérir la Perse, pour envahir ses terres. Tamerlan furieux revint à Saraï et infligea une défaite sanglante aux armées du khan. Mais ce dernier, année après année ne cessait de reconstituer ses troupes et profitait à chaque fois du départ de Tamerlan pour attaquer ses terres (et à chaque fois Tamerlan revenait et lui infligeait une défaite). En 1395, Tamerlan, excédé, décida d’en finir. Il ravagea Saraï, Astrakhan, Tana, villes de la Horde puis il remonta vers le nord pour punir Moscou qui avait commis l’imprudence d’aider le khan dans l’une de ses rebellions. Il ravagea Riazan, s’approcha de Moscou qui déclara la guerre sainte contre l’envahisseur. Mais Tamerlan, attiré par d’autres batailles à mener au Moyen-Orient, se désintéressa de Moscou et s’en alla sans combattre. Vitovt, voyant Moscou occupé à préparer sa défense contre Tamerlan, attaqua la principauté. En 1395 il s’empara de Smolensk puis de Liouboutsk (situé entre Moscou et Riazan). Puis comme le khan Tokhtamysh avait trouvé refuge chez lui, Vitovt décida de le rétablir comme khan à la place de celui que Tamerlan avait installé, Timour Qoutlough. Vitovt pensait ainsi constituer un front uni avec les Mongols pour attaquer Moscou. Mais l’armée de Vitovt fut écrasée par le nouveau khan. Moscou en profita pour reprendre Smolensk. Vitovt reconstitua son armée et reprit Smolensk quelques années plus tard. Pendant deux siècles et demi la ville devint la frontière pour laquelle Russes et Polonais ne cessèrent de se battre. Après la reprise de Smolensk Vitovt se convertit au catholicisme et s’engagea dans un processus d’union avec la Pologne (déjà convertie au catholicisme). Son but était de créer une alliance pour repousser les chevaliers de l’Ordre teutonique qui avançaient sur son territoire à l’ouest. En 1410 les forces conjuguées de la Lituanie, de la Pologne et des principautés russes sous domination lituanienne mirent en déroute les Teutons lors de la bataille de Grunwald (Tannenberg en allemand). Cette victoire brisa définitivement l’Ordre. Un siècle plus tard, en 1525, les possessions de l’Ordre furent réunies en un État, appelé Prusse, sous domination de la Pologne. Cet État devait tenir un rôle essentiel dans l’avenir politique de l’Europe. La bataille de Grunwald devint le symbole au cours des siècles de l’affrontement entre Slaves et Allemands. Après cette victoire la Lituanie et la Pologne signèrent un traité en 1413. Le grand-duché de Lituanie reconnut la souveraineté de la couronne polonaise en échange de quoi la noblesse lituanienne bénéficia de tous les droits et privilèges attachés à la cour polonaise. En 1425 la mort de Vassili 1er déclencha une guerre de succession. L’héritier désigné était son fils Vassili, âgé de dix ans, qui devint Vassili II. Sa mère, la princesse Sophie, et le Métropolite Photius assumèrent la régence. L’oncle de Vassili II, le frère de Vassili 1er (et donc aussi le fils de Dimitri Donskoï) Iouri Dimitrievitch, refusa de reconnaître l’autorité du jeune héritier et revendiqua la succession. Photius et les boyards de Moscou (les nobles) demandèrent l’aide de Vitovt. Celui-ci accorda son soutien, Iouri s’inclina. Vitovt en profita pour annexer Tver et Riazan. La principauté de Moscou paraissait devoir passer sous l’autorité de Vitovt. Mais ce dernier mourut en 1430 ce qui déclencha là encore une guerre de succession. A l’issue de cette guerre le fils de Jagellon (lui-même fils d’Olgerd) Casimir Jagellon, devint grand-duc de Lituanie. En 1445 il devint roi de Pologne. Ainsi la Lituanie passait progressivement dans l’orbite de la Pologne. Pendant ce temps la guerre de succession avait repris de plus belle à Moscou. Les parties finirent par demander l’arbitrage du khan. Ce dernier arbitra en faveur de Vassili II. Iouri passa outre la décision du khan, il renversa Vassili II. Une longue guerre commença qui se poursuivit après la mort de Iouri en 1434 sous la conduite de ses fils Vassili le Louche et Dimitri Chemiaka. Vassili II parvint à faire prisonnier Vassili, son cousin du même prénom. Il lui creva les yeux. D’où le nom de Vassili le Louche. Puis Dimitri s’empara de Vassili II, à son tour il lui creva les yeux. D’où le nom de Vassili II l’Aveugle. La guerre se termina avec la victoire de Vassili II. Deux événements importants eurent lieu sous le règne de Vassili II (qui régna de 1425 à 1462) : l’émancipation de l’Église orthodoxe russe de l’autorité du Patriarche de Constantinople (le Métropolite dépendait du Patriarche qui acceptait ou nom sa nomination) et l’émancipation de la Russie de l’emprise mongole (bien que cette émancipation ne fut officiellement actée qu’en 1480). Je reviendrai sur ces deux évènements dans la prochaine lettre. Je t’embrasse
  10. La Nausée : feuillets sans date – Premier alinéa Ce premier alinéa de la Nausée évoque l’entreprise phénoménologique. La phénoménologie rend une philosophie de la conscience, comme sera la philosophie de Sartre elle-même. Elle préconise, à la suite de son père spirituel le philosophe Husserl, un « retour aux choses mêmes ». Cela signifie mettre entre parenthèses le sens, la portée symbolique des choses, le vécu symbolique que nous avons des choses, et même pourrions-nous dire leur signification telle que cette signification est établie, arrêtée par la communauté à laquelle, que je le veuille ou non, j’appartiens. Autrement dit mettre entre parenthèses le monde tel que ce monde est décrit, tel que ce monde est posé comme un monde signifiant par les hommes pour justement s’appliquer à décrire un surgissement, le plus pur possible, face à ma conscience ou pour ma conscience. Or cette attitude n’est pas naturelle. Dans la vie quotidienne nous vivons le monde, nous collons aux événements. Et dire que nous collons aux événements c’est dire que nous mélangeons sans cesse à la fois ce que ma conscience propre peut en saisir dans son originalité, dans son individualité avec le prolongement nécessaire de cette expérience qui est le sens, les significations que les autres, le monde, autrui qui est mon horizon de vie et m’accompagne, confèrent à ces événements et confèrent à ce monde. Attitude phénoménologique que les phénoménologues appelleront la réduction : « Épochè », vieux terme grec. Dans le scepticisme il y avait déjà l’idée que, comme la vérité n’existe nulle part, je suis obligé de me contenter de ce qui provient de moi. Je ne puis, je ne dois m’appuyer que sur mes émotions, mes sentiments, mon jugement indépendamment de tout le reste qui peut en définitive être parfaitement mis entre parenthèses, être tenu à distance. L’épochè est cette attitude intellectuelle qui consiste à mettre entre parenthèses le monde et à introduire entre le monde et moi, les événements du monde, autrui et moi, cette distance qui va me permettre de décrire ce surgissement des choses à la conscience. – Deuxième alinéa Le blanc est une ruse de Sartre. C’est une mise en scène d’un oubli, un faux oubli montrant l’incertitude dans laquelle est le narrateur qui tient ce journal et qui peut très bien ne pas avoir trouvé le mot adéquat pour traduire ce qu’il ressent. Ce qui est important c’est l’opposition entre avant et maintenant et la Nausée s’ouvre sur l’indice d’une catastrophe « minuscule », une déflagration intérieure que le personnage va vivre jusqu’à la dernière ligne de la Nausée. Catastrophe minuscule qui est cette faille qui s’introduit à l’intérieur du personnage et qui va peu à peu le séparer du monde, des choses et de lui-même. Au fond ce que va vivre Roquentin, c’est cette impossibilité sans cesse grandissante d’adhérer à lui-même. Il va donc être amené à se regarder vivre et cette position va générer une panique. Si l’on faisait la lexicographie de la Nausée [relever la fréquence lexicale de tel ou tel terme dans un texte], on serait intéressé de voir la fréquence des mots peur, panique, angoisse, tout le lexique de la peur et d’une peur intense qui va jusqu’à la terreur. D’où l’attente du personnage d’événements banals propres à le rassurer et le raccrocher à l’existence (oreille contre la porte et attentte du voisin de palier).
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