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Ces poèmes qui nous touchent.


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Messages recommandés

Invité
Invités, Posté(e)
Invité
Invité Invités 0 message
Posté(e)

« Je suis – mais qui je suis, nul ne sait ou s’en soucie ;

Mes amis me délaissent tel un souvenir vieux :

De mes propres souffrances je me rassasie-

Elles enflent et meurent dans un essaim oublieux

Comme les ombres de nos affres amoureuses-

Et pourtant je suis et je vis –ballotté, vaporeux,

 

Dans le vaste néant du mépris et du bruit,

Dans l’océan vivant des rêves éveillés

Sans le moindre bonheur et sans la moindre vie,

Seul le grand naufrage de mes vies estimées ;

Et même les êtres que j’aime, les êtres chers,

Me sont devenus étrangers –et je les perds.

 

Je rêve de lieux ou nul homme n’a marché,

Où nulle femme encore n’a souri ni pleuré,

Ainsi là avec Dieu, toujours, y demeurer,

Et rêver tel qu’enfant doucement j’ai rêvé,

Serein et calme, couché dans un songe éternel,

L’herbe en dessous –par-dessus, l’arche du ciel. »

 

John Clare

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Membre, Ker m'oco, Posté(e)
Sexophone Membre 2 935 messages
Ker m'oco,
Posté(e)

Le vase où meurt cette verveine
D’un coup d’éventail fut fêlé ;
Le coup dut effleurer à peine :
Aucun bruit ne l’a révélé.

Mais la légère meurtrissure,
Mordant le cristal chaque jour,
D’une marche invisible et sûre
En a fait lentement le tour.

Son eau fraîche a fui goutte à goutte,
Le suc des fleurs s’est épuisé ;
Personne encore ne s’en doute ;
N’y touchez pas, il est brisé.

Souvent aussi la main qu’on aime,
Effleurant le cœur, le meurtrit ;
Puis le cœur se fend de lui-même,
La fleur de son amour périt ;

Toujours intact aux yeux du monde,
Il sent croître et pleurer tout bas
Sa blessure fine et profonde ;
Il est brisé, n’y touchez pas.

Sully Prudhomme

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Membre, 66ans Posté(e)
pila Membre 18 571 messages
Baby Forumeur‚ 66ans‚
Posté(e)

L'Etranger.

- Qui aimes-tu le mieux, homme enigmatique, dis? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
- Tes amis?
-Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté?
- Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L'or?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !

Baudelaire.

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Membre, 126ans Posté(e)
win-nie Membre 238 messages
Baby Forumeur‚ 126ans‚
Posté(e)

J 'aimerais un chêne pour en débiter les planches

Les entreposer sous un hangar en bois , laisser sécher

Attendre l'âme et voir durcir les lattes blondes , épuiser la sève

L'entendre parfois craquer , la nuit , après une journée de soleil ardent

Savoir qu'il vit encore et enseigner à l'ami qu'il faudra avec ces planches me fabriquer un cercueil

Alors je retrouverais la terre de mon village natal

J'irais reposer dans le cimetière où j'allais jouer enfant

Dans le jardin où déjà reposent des âmes qui avaient le même nom que moi

Posé en terre , je retournerai à la terre

Les hommes continueront à s'étriper , à s'éviscérer

Moi , du moins j'aurais vécu

j'aurais aimé la terre avant de me coucher en elle , avant que l'on me recouvre d'elle

J'aurais traversé la vie comme une comète dans un ciel noir d'encre

J'aurais ouvert les flots devant moi qui se seront refermés derrière

Effaçant jusqu'à la trace de mon passage

La terre où je me décomposerai conservera cette force-là  qui repartira ailleurs

Féconder l'âme d'un arbre qui recevra la pluie , le soleil et la foudre

Posé en terre , je retournerai à la terre

Atomes libérés d'une forme qui avait mon nom

Particules reparties vers d'autres aventures

La sérénité triomphera.

 

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Membre, Grégairophobe..., Posté(e)
Mite_Railleuse Membre 42 008 messages
Grégairophobe...,
Posté(e)

Il y a ici, quelqu'un qui postait des poèmes qui m'ont pratiquement tous émue. Avec une simplicité et une fluidité rares. Elle ne vient plus, et c'est dommage. J'en poste quelques-uns. Merci @Isa-Dora...

Vieillesse

Mon enfant je t'en prie
Surtout ne m'en veux pas,
S'il arrive que j'oublie
Certains des mots parfois.

Les tiens à l'âge tendre
N'étaient pas toujours clairs,
Mais juste les entendre
Berçait mon coeur de mère.

Mes jambes me trahissent
Je titube, je vacille,
S'il advient que je glisse
Soutiens-moi bien ma fille.

Garde donc à l'esprit
Que pour tes premiers pas,
Au début de ta vie
Tu as compté sur moi.

Sais-tu cette patience
Que j'ai dû déployer,
Du jour de ta naissance
A tes jeunes années.

Mon ouïe s'affaiblit
Je n'entends plus très bien,
Mais quand tu me souris
Et que tu prends ma main,
Les mots sont inutiles...
Je sais que tu es là...

Le chasseur repenti

La brume envahit tout

De sa douceur ouatée.

L'homme est déjà debout

Il savoure son café.

L'aube pointe son nez,

Et des nuages d'or,

S'en vont s'effilocher

Sur la forêt qui dort.

Il a tout préparé

Prend son arme au salon,

Sa gibecière fermée

Emplie de munitions.

Il sort de la maison

Et part à pas feutrés,

Là-bas dans le buisson

Un bruit l'a alerté.

Ses sens sont aiguisés

Il épaule son fusil,

Ajuste sa visée

Et soudain il faiblit,

Son attention se pose

Sur la grâce infinie

Sublimant toute chose

En lui-même il sourit...

Pourquoi donc aujourd'hui

Se sent-il si coupable

De ravir une vie

A ce monde admirable.

Il retourne sur ses pas

Heureux, le coeur léger

Son fusil sous le bras...

Il n'ira plus chasser...

La maison abandonnée

La maison du siècle dernier
Dresse sa carcasse lugubre.
Tellement d'années inoccupée
L'ont laissée vétuste, insalubre.

Au jardin envahi de ronces,
S'est réfugiée la sauvagine,
Et la vieille statue de bronze
Défie la silhouette en ruines.

Derrière les fenêtres aveugles
On imagine la maison...
Tapis persans et jolis meubles,
Tableaux de maîtres dans le salon.

Des fêtes devaient s'y donner,
Belles dames et galants messieurs,
Dansant sur le parquet ciré,
Lustres brillant de mille feux.

Certains soirs on peut y entendre,
Les doux murmures des amants,
Serments brûlants et mots très tendres...
Ou serait-ce le bruit du vent ?

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Membre, 126ans Posté(e)
win-nie Membre 238 messages
Baby Forumeur‚ 126ans‚
Posté(e)
il y a 8 minutes, Mite_Railleuse a dit :

Il y a ici, quelqu'un qui postait des poèmes qui m'ont pratiquement tous émue. Avec une simplicité et une fluidité rares. Elle ne vient plus, et c'est dommage. J'en poste quelques-uns. Merci @Isa-Dora...

Vieillesse

Mon enfant je t'en prie
Surtout ne m'en veux pas,
S'il arrive que j'oublie
Certains des mots parfois.

Les tiens à l'âge tendre
N'étaient pas toujours clairs,
Mais juste les entendre
Berçait mon coeur de mère.

Mes jambes me trahissent
Je titube, je vacille,
S'il advient que je glisse
Soutiens-moi bien ma fille.

Garde donc à l'esprit
Que pour tes premiers pas,
Au début de ta vie
Tu as compté sur moi.

Sais-tu cette patience
Que j'ai dû déployer,
Du jour de ta naissance
A tes jeunes années.

Mon ouïe s'affaiblit
Je n'entends plus très bien,
Mais quand tu me souris
Et que tu prends ma main,
Les mots sont inutiles...
Je sais que tu es là...

Le chasseur repenti

La brume envahit tout

De sa douceur ouatée.

L'homme est déjà debout

Il savoure son café.

L'aube pointe son nez,

Et des nuages d'or,

S'en vont s'effilocher

Sur la forêt qui dort.

Il a tout préparé

Prend son arme au salon,

Sa gibecière fermée

Emplie de munitions.

Il sort de la maison

Et part à pas feutrés,

Là-bas dans le buisson

Un bruit l'a alerté.

Ses sens sont aiguisés

Il épaule son fusil,

Ajuste sa visée

Et soudain il faiblit,

Son attention se pose

Sur la grâce infinie

Sublimant toute chose

En lui-même il sourit...

Pourquoi donc aujourd'hui

Se sent-il si coupable

De ravir une vie

A ce monde admirable.

Il retourne sur ses pas

Heureux, le coeur léger

Son fusil sous le bras...

Il n'ira plus chasser...

La maison abandonnée

La maison du siècle dernier
Dresse sa carcasse lugubre.
Tellement d'années inoccupée
L'ont laissée vétuste, insalubre.

Au jardin envahi de ronces,
S'est réfugiée la sauvagine,
Et la vieille statue de bronze
Défie la silhouette en ruines.

Derrière les fenêtres aveugles
On imagine la maison...
Tapis persans et jolis meubles,
Tableaux de maîtres dans le salon.

Des fêtes devaient s'y donner,
Belles dames et galants messieurs,
Dansant sur le parquet ciré,
Lustres brillant de mille feux.

Certains soirs on peut y entendre,
Les doux murmures des amants,
Serments brûlants et mots très tendres...
Ou serait-ce le bruit du vent ?

J'aime le "chasseur repenti".

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Membre, 126ans Posté(e)
win-nie Membre 238 messages
Baby Forumeur‚ 126ans‚
Posté(e)

J 'ai vu d'anciens révolutionnaires

Construire vingt ans plus tard un monde pire que celui qu'ils voulaient détruire

Collaborer à de plus pitoyables sociétés

Se rouler de joie dans ce qu'ils compissaient jadis

Manger au banquet des puissants , ripailler aux festins des petits-fils de leurs ennemis d'hier

Boire et s'ivrogner  aux mêmes goulots des mêmes boutelles

Coucher dans les mêmes lits

Honorer les mêmes femmes ayant beaucoup servi aux pères et aux grand-pères parfois

Je les ai vus dire en plus qu'ils étaient restés intègres , qu'ils n'avaient pas trahi

Que seuls les imbéciles ne changent pas d'avis

Je les ai vus fier d'eux

Crachant sur la petite poignée restée fidèle  , envoyant parfois dans les culs-de-basse-fosse les amis d'hier

Sûrs ainsi de n'avoir plus de témoins  de leurs revirements

J'ai vu un prêtre coucher avec un chien et ce chien coucher avec un un roi

Voilà ce que j'ai vu..

 

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  • 4 semaines après...
Invité
Invités, Posté(e)
Invité
Invité Invités 0 message
Posté(e)

Tueur de monstres

Théodore de BANVILLE
Recueil : "Les exilés"

Le beau monstre, à demi couché dans l’ombre noire,
Laissait voir seulement sa poitrine d’ivoire
Et son riant visage et ses cheveux ardents,
Et Thésée, admirant la blancheur de ses dents,
Regardait ses bras luire avec de molles poses,
Et de ses seins aigus fleurir les boutons roses.
Au loin ils entendaient les aboiements des chiens,
Et la charmante voix du monstre disait : Viens,
Car cet antre nous offre une retraite sûre.
Ami, je dénouerai moi-même ta chaussure,
J’étendrai ton manteau sur l’herbe, si tu veux,
Et tu t’endormiras, le front dans mes cheveux,
Sans craindre la clarté d’une étoile importune.
Mais, comme elle parlait, un doux rayon de lune
Parut, et le héros, dans le soir triste et pur,
Vit resplendir avec ses écailles d’azur
Le corps mystérieux du monstre, dont la queue
De dragon vil, pareille à la mer verte et bleue,
Déroulait ses anneaux, et de blancs ossements
Brillèrent à ses pieds, sous les clairs diamants
De la lune. Alors, sourd à la voix charmeresse
Du monstre, et saisissant fortement une tresse
De la crinière d’or qui tombait sur ses yeux,
Il tira son épée avec un cri joyeux,
Et deux fois en frappa le monstre à la poitrine.
Et, hurlant comme un loup dans la forêt divine,
Crispant ses bras, tordant sa queue, horrible à voir,
L’Hydre au visage humain tomba dans son sang noir,
Tandis que le héros sous l’ombrage superbe,
Essuyant son épée humide aux touffes d’herbe,
S’en allait, calme ; et, sans que ce cri l’eût troublé,
Il regardait blanchir le grand ciel étoilé.

16 novembre 1873.

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  • 1 mois après...
Membre, Beluga-Pangolin, Posté(e)
BELUGA Membre 15 220 messages
Beluga-Pangolin,
Posté(e)

Parce que c'est à côté de chez moi que ça s'est passé, que je connais les lieux dont il parle, et que cette jeune femme est toujours enterrée là, près de cette Seine qui a dévasté la vie de son père :

 

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

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Invité sera-angel
Invités, Posté(e)
Invité sera-angel
Invité sera-angel Invités 0 message
Posté(e)
il y a 11 minutes, BELUGA a dit :

Parce que c'est à côté de chez moi que ça s'est passé, que je connais les lieux dont il parle, et que cette jeune femme est toujours enterrée là, près de cette Seine qui a dévasté la vie de son père :

 

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

C'est mon mien ça !!! Merci ! Pas mieux!

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Invité Petit pois
Invités, Posté(e)
Invité Petit pois
Invité Petit pois Invités 0 message
Posté(e)

MEDITATION

Quoiqu’on aime et souffre ensemble,
tous les deux,
au fond l’on ne se ressemble
que bien peu.
Il suffit d’une querelle
même infime,
pour qu’entre nous se révèlent
des abîmes!
On croit qu’on est éperdu
de tendresse,
mais dès qu’il ne s’agit plus
de caresses,
on ne se comprend en somme
qu’à demi…
Si tu étais un homme,
serions-nous des amis?

 

Paul Géraldy ( "Toi et moi") mon éternel livre de chevet

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Invité sera-angel
Invités, Posté(e)
Invité sera-angel
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Posté(e)

Aimons toujours ! Aimons encore !...

Aimons toujours ! Aimons encore !
Quand l'amour s'en va, l'espoir fuit.
L'amour, c'est le cri de l'aurore,
L'amour c'est l'hymne de la nuit.

Ce que le flot dit aux rivages,
Ce que le vent dit aux vieux monts,
Ce que l'astre dit aux nuages,
C'est le mot ineffable : Aimons !

L'amour fait songer, vivre et croire.
Il a pour réchauffer le coeur,
Un rayon de plus que la gloire,
Et ce rayon c'est le bonheur !

Aime ! qu'on les loue ou les blâme,
Toujours les grand coeurs aimeront :
Joins cette jeunesse de l'âme
A la jeunesse de ton front !

Aime, afin de charmer tes heures !
Afin qu'on voie en tes beaux yeux
Des voluptés intérieures
Le sourire mystérieux !

Aimons-nous toujours davantage !
Unissons-nous mieux chaque jour.
Les arbres croissent en feuillage ;
Que notre âme croisse en amour !

Soyons le miroir et l'image !
Soyons la fleur et le parfum !
Les amants, qui, seuls sous l'ombrage,
Se sentent deux et ne sont qu'un !

Les poètes cherchent les belles.
La femme, ange aux chastes faveurs,
Aime à rafraîchir sous ses ailes
Ces grand fronts brûlants et réveurs. 

Venez à nous, beautés touchantes !
Viens à moi, toi, mon bien, ma loi !
Ange ! viens à moi quand tu chantes,
Et, quand tu pleures, viens à moi !

Nous seuls comprenons vos extases.
Car notre esprit n'est point moqueur ;
Car les poètes sont les vases
Où les femmes versent leur coeurs.

Moi qui ne cherche dans ce monde
Que la seule réalité,
Moi qui laisse fuir comme l'onde
Tout ce qui n'est que vanité,

Je préfère aux biens dont s'enivre
L'orgueil du soldat ou du roi,
L'ombre que tu fais sur mon livre
Quand ton front se penche sur moi.

Toute ambition allumée
Dans notre esprit, brasier subtil,
Tombe en cendre ou vole en fumée,
Et l'on se dit : " Qu'en reste-t-il ? "

Tout plaisir, fleur à peine éclose
Dans notre avril sombre et terni,
S'effeuille et meurt, lis, myrte ou rose,
Et l'on se dit : " C'est donc fini ! "

L'amour seul reste. O noble femme
Si tu veux dans ce vil séjour,
Garder ta foi, garder ton âme,
Garder ton Dieu, garde l'amour !

Conserve en ton coeur, sans rien craindre,
Dusses-tu pleurer et souffrir,
La flamme qui ne peut s'éteindre
Et la fleur qui ne peut mourir !
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  • 2 mois après...
Invité
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Invité
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A QUELQU’UN AU PARADIS

Tu étais pour moi, amour, tout ce vers quoi mon âme languissait — une île verte en mer, amour, une fontaine et un autel, enguirlandés tout de féeriques fruits et de fleurs, et toutes les fleurs à moi.

Ah ! rêve trop brillant pour durer : ah ! espoir comme une étoile, qui ne te levas que pour te voiler. Une voix du fond du Futur crie : « Va ! — va ! » — mais sur le Passé (obscur gouffre) mon esprit, planant, est muet, immobile, consterné !

Hélas ! hélas ! car pour moi la lumière de la vie est éteinte : « non ! — plus ! — plus ! — plus ! » (ce langage que tient la solennelle mer aux sables sur le rivage) ne fleurira l’arbre dévasté de la foudre, et l’aigle frappé ne surgira.

Et tous mes jours sont des extases, et tous mes songes de la nuit sont où ton œil d’ombre s’allume et luit ton pas — dans quelles danses éthérées — par quels ruissellements éternels !

 

Edgar Allan Poe

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Invité sera-angel
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Invité sera-angel
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Posté(e)

Une de mes préférées également Célèbre poème de Rudyard Kipling, écrit en 1909.

SI… TU SERAS UN HOMME, MON FILS

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie 
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir, 
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties 
Sans un geste et sans un soupir ; 

Si tu peux être amant sans être fou d’amour, 
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre, 
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour, 
Pourtant lutter et te défendre ; 

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles 
Travesties par des gueux pour exciter des sots, 
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles 
Sans mentir toi-même d’un mot ; 

Si tu peux rester digne en étant populaire, 
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois, 
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère, 
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ; 

Si tu sais méditer, observer et connaitre, 
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur, 
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maitre, 
Penser sans n’être qu’un penseur ; 

Si tu peux être dur sans jamais être en rage, 
Si tu peux être brave et jamais imprudent, 
Si tu sais être bon, si tu sais être sage, 
Sans être moral ni pédant ; 

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite 
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front, 
Si tu peux conserver ton courage et ta tête 
Quand tous les autres les perdront, 

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire 
Seront à tout jamais tes esclaves soumis, 
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire 
Tu seras un homme, mon fils.

 

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Membre, 78ans Posté(e)
Blaquière Membre 19 162 messages
Maitre des forums‚ 78ans‚
Posté(e)

"Le cri perdu"

(Sully PRUD’HOMME)

 

Quelqu’un m’est apparu, très loin, dans le passé,
C’était un ouvrier des hautes pyramides
Adolescent perdu dans ces foules timides
qu’écrasait le granit, pour Chéops entassé.

Or ses genoux tremblaient, il pliait harassé
sous la pierre, surcroît au poids des cieux torrides
L’effort gonflait son front et le creusait de rides
Il cria tout à coup comme un arbre cassé,

Ce cri fit frémir l’air, ébranla l’éther sombre
Monta puis atteignit les étoiles sans nombre
Où l’astrologue lit les jeux tristes du sort

Il monte, il va, cherchant les dieux et la justice
Et depuis trois mille ans sous l’énorme bâtisse
Dans sa gloire, Chéops inaltérable dort.

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Membre, 78ans Posté(e)
Blaquière Membre 19 162 messages
Maitre des forums‚ 78ans‚
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Le cygne

René-François Sully Prudhomme

Sans bruit, sous le miroir des lacs profonds et calmes,
Le cygne chasse l’onde avec ses larges palmes,
Et glisse. Le duvet de ses flancs est pareil
A des neiges d’avril qui croulent au soleil ;
Mais, ferme et d’un blanc mat, vibrant sous le zéphire,
Sa grande aile l’entraîne ainsi qu’un lent navire.
Il dresse son beau col au-dessus des roseaux,
Le plonge, le promène allongé sur les eaux,
Le courbe gracieux comme un profil d’acanthe,
Et cache son bec noir dans sa gorge éclatante.
Tantôt le long des pins, séjour d’ombre et de paix,
Il serpente, et laissant les herbages épais
Traîner derrière lui comme une chevelure,
Il va d’une tardive et languissante allure ;
La grotte où le poète écoute ce qu’il sent,
Et la source qui pleure un éternel absent,
Lui plaisent : il y rôde ; une feuille de saule
En silence tombée effleure son épaule ;
Tantôt il pousse au large, et, loin du bois obscur,
Superbe, gouvernant du côté de l’azur,
Il choisit, pour fêter sa blancheur qu’il admire,
La place éblouissante où le soleil se mire.
Puis, quand les bords de l’eau ne se distinguent plus,
A l’heure où toute forme est un spectre confus,
Où l’horizon brunit, rayé d’un long trait rouge,
Alors que pas un jonc, pas un glaïeul ne bouge,
Que les rainettes font dans l’air serein leur bruit
Et que la luciole au clair de lune luit,
L’oiseau, dans le lac sombre, où sous lui se reflète
La splendeur d’une nuit lactée et violette,
Comme un vase d’argent parmi des diamants,
Dort, la tête sous l’aile, entre deux firmaments.

René-François Sully Prudhomme, Les solitudes

 

Il y a quelques jours, ma sœur m'a rappelé que mon père en avait fait un vrai sketch de ce poème...

Le prof à un élève:

-- Allez au tableau et récité-moi "le cygne"

L'élève attaque d'une voix tonitruante :

-- SANS BRUIT SU...

Le prof le coupe en plein élan :

-- A votre place : Zéro !

L'élève :

-- Mais Monsieur ! je le sais par cœur !

--A votre place zéro !

A un autre élève :

-- A vous !

L'élève attaque sûr de lui :

-- SANS BRUIT SUR L....

Le prof :

-- A votre place zéro !

L'élève :

--Mais Monsieur...

Alors le maître (mon père !) fait sa démonstration et chuchote en faisant légèrement siffler les "s":

---  Ssans bruit.....      ssous le miroir       des lacs      profonds       et   cal' mes...

Le sscygne  chchassse l'onde     avec    ses     laaarges     paal' mes 

 Et gliiiiissssse. .... 

 

Avec ma sœur, on était obligés de comprendre ce que c'était la poésie avec un olibrius pareil ! :smile2:

 

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Invité sera-angel
Invités, Posté(e)
Invité sera-angel
Invité sera-angel Invités 0 message
Posté(e)
Le 12/05/2019 à 09:48, Blaquière a dit :

Le cygne

René-François Sully Prudhomme

Sans bruit, sous le miroir des lacs profonds et calmes,
Le cygne chasse l’onde avec ses larges palmes,
Et glisse. Le duvet de ses flancs est pareil
A des neiges d’avril qui croulent au soleil ;
Mais, ferme et d’un blanc mat, vibrant sous le zéphire,
Sa grande aile l’entraîne ainsi qu’un lent navire.
Il dresse son beau col au-dessus des roseaux,
Le plonge, le promène allongé sur les eaux,
Le courbe gracieux comme un profil d’acanthe,
Et cache son bec noir dans sa gorge éclatante.
Tantôt le long des pins, séjour d’ombre et de paix,
Il serpente, et laissant les herbages épais
Traîner derrière lui comme une chevelure,
Il va d’une tardive et languissante allure ;
La grotte où le poète écoute ce qu’il sent,
Et la source qui pleure un éternel absent,
Lui plaisent : il y rôde ; une feuille de saule
En silence tombée effleure son épaule ;
Tantôt il pousse au large, et, loin du bois obscur,
Superbe, gouvernant du côté de l’azur,
Il choisit, pour fêter sa blancheur qu’il admire,
La place éblouissante où le soleil se mire.
Puis, quand les bords de l’eau ne se distinguent plus,
A l’heure où toute forme est un spectre confus,
Où l’horizon brunit, rayé d’un long trait rouge,
Alors que pas un jonc, pas un glaïeul ne bouge,
Que les rainettes font dans l’air serein leur bruit
Et que la luciole au clair de lune luit,
L’oiseau, dans le lac sombre, où sous lui se reflète
La splendeur d’une nuit lactée et violette,
Comme un vase d’argent parmi des diamants,
Dort, la tête sous l’aile, entre deux firmaments.

René-François Sully Prudhomme, Les solitudes

 

Il y a quelques jours, ma sœur m'a rappelé que mon père en avait fait un vrai sketch de ce poème...

Le prof à un élève:

-- Allez au tableau et récité-moi "le cygne"

L'élève attaque d'une voix tonitruante :

-- SANS BRUIT SU...

Le prof le coupe en plein élan :

-- A votre place : Zéro !

L'élève :

-- Mais Monsieur ! je le sais par cœur !

--A votre place zéro !

A un autre élève :

-- A vous !

L'élève attaque sûr de lui :

-- SANS BRUIT SUR L....

Le prof :

-- A votre place zéro !

L'élève :

--Mais Monsieur...

Alors le maître (mon père !) fait sa démonstration et chuchote en faisant légèrement siffler les "s":

---  Ssans bruit.....      ssous le miroir       des lacs      profonds       et   cal' mes...

Le sscygne  chchassse l'onde     avec    ses     laaarges     paal' mes 

 Et gliiiiissssse. .... 

 

Avec ma sœur, on était obligés de comprendre ce que c'était la poésie avec un olibrius pareil ! :smile2:

 

C'est comme ça que j'ai appris .. et aimé la poésie également .. ton père était un vrai poète.

La poésie tu la vis ou tu la quittes !

D'ailleurs quand on récite correctement certaines poésies , on voit les images se dessiner sous nos yeux !

Baudelaire

Bohémiens en voyage

La tribu prophétique aux prunelles ardentes
Hier s'est mise en route, emportant ses petits
Sur son dos, ou livrant à leurs fiers appétits
Le trésor toujours prêt des mamelles pendantes.

Les hommes vont à pied sous leurs armes luisantes
Le long des chariots où les leurs sont blottis,
Promenant sur le ciel des yeux appesantis
Par le morne regret des chimères absentes.

Du fond de son réduit sablonneux le grillon,
Les regardant passer, redouble sa chanson ;
Cybèle, qui les aime, augmente ses verdures,

Fait couler le rocher et fleurir le désert
Devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert
L'empire familier des ténèbres futures.

 

 

 

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Membre, Cóínnéóídh mé do bhás, Posté(e)
Mórrígan Membre 14 045 messages
Cóínnéóídh mé do bhás,
Posté(e)

Vous ne saurez jamais que votre âme voyage
Comme au fond de mon cœur un doux cœur adopté
Et que rien, ni le temps, d'autres amours, ni l'âge
N'empêcheront jamais que vous ayez été;

Que la beauté du monde a pris votre visage,
Vit de votre douceur, luit de votre clarté,
Et que le lac pensif au fond du paysage
Me redit seulement votre sérénité.

Vous ne saurez jamais que j'emporte votre âme
Comme une lampe d'or qui m'éclaire en marchant;
Qu'un peu de votre voix a passé dans mon chant.

Doux flambeau, vos rayons, doux brasier, votre flamme
M'instruisent des sentiers que vous avez suivis,
Et vous vivez un peu puisque je vous survis.

 

(Marguerite Yourcenar, extrait du recueil "Les charités d'Alcippe"  nouvelle édition 1984, Gallimard)

 

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  • 3 semaines après...
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Invités, Posté(e)
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Le livre de Cinthia– (1902) extrait VIII

 

J’aime te voir souffrir. Je suis douce pourtant
Mais j’aime, sur ton front, la douleur qui ravage
Et j’aime, dans tes yeux, cette lueur sauvage
Comme un couteau brandi sur un sein palpitant.

Et je t’aime. D’un coeur sec, attentif, insistant,
Je verse la douleur, lent et brûlant breuvage,
Dans tes veines, afin d’y mettre un esclavage
Aussi fort que la joie et que l’amour constant.

Chant d'amour

Simonne (Michel) Azaïs

Que nos cuisses enlacées
L’odeur de nos corps sans honte
Nos bouches infatiguées
Et nos sexes qui s’affrontent
Mes seins
Ton membre dressé
A l’amour qui nous harcèle
Nos sanglots entrecoupés
Que la jouissance appelle
Notre désir épuisé
Qui revit sous nos caresses
Nos chairs
Émues de baisers
Que des doigts plus fiévreux pressent
Nos ventres
Enfin soudés à l’aube conceptionnelle
Fassent de ces nuits passées
Un chant de rut
Éternel.

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