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un jour... un poème

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chirona

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Membre+, 51ans Posté(e)
chirona Membre+ 3 432 messages
Baby Forumeur‚ 51ans‚
Posté(e)

Il existe de nombreux topics sur la poésie mais je souhaitais faire celui-ci pour permettre aux forumeurs qui le souhaitent de nous offrir un poème chaque jour. L'idée, c'est de créer le recueil de poèmes du forum.

Faites-nous plaisir en vous faisant plaisir :).

Allez, je commence.

Demain, dès l'aube...

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,

Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.

J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.

Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,

Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,

Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,

Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,

Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,

Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Victor Hugo, Les Contemplations, 1856

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Modérateur, ©, 107ans Posté(e)
January Modérateur 60 601 messages
107ans‚ ©,
Posté(e)

Soulève ta paupière close

Qu’effleure un songe virginal ;

Je suis le spectre d’une rose

Que tu portais hier au bal.

Tu me pris encore emperlée

Des pleurs d’argent de l’arrosoir,

Et parmi la fête étoilée

Tu me promenas tout le soir.

Ô toi qui de ma mort fus cause,

Sans que tu puisses le chasser,

Toute la nuit mon spectre rose

À ton chevet viendra danser.

Mais ne crains rien, je ne réclame

Ni messe ni De Profundis ;

Ce léger parfum est mon âme,

Et j’arrive du paradis.

Mon destin fut digne d’envie :

Pour avoir un trépas si beau

Plus d’un aurait donné sa vie,

Car j’ai ta gorge pour tombeau,

Et sur l’albâtre où je repose

Un poète avec un baiser

Ecrivit : Ci-gît une rose

Que tous les rois vont jalouser.

Théophile Gautier - Le spectre de la rose - 1837

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Invité Oroshi
Invités, Posté(e)
Invité Oroshi
Invité Oroshi Invités 0 message
Posté(e)

Si je vous le disais pourtant, que je vous aime,

Qui sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez ?

L’amour, vous le savez, cause une peine extrême ;

C’est un mal sans pitié que vous plaignez vous-même ;

Peut-être cependant que vous m’en puniriez.

Si je vous le disais, que six mois de silence

Cachent de longs tourments et des vœux insensés :

Ninon, vous êtes fine, et votre insouciance

Se plaît, comme une fée, à deviner d’avance ;

Vous me répondriez peut-être : Je le sais.

Si je vous le disais, qu’une douce folie

A fait de moi votre ombre, et m’attache à vos pas :

Un petit air de doute et de mélancolie,

Vous le savez, Ninon, vous rend bien plus jolie ;

Peut-être diriez-vous que vous n’y croyez pas.

Si je vous le disais, que j’emporte dans l’âme

Jusques aux moindres mots de nos propos du soir :

Un regard offensé, vous le savez, madame,

Change deux yeux d’azur en deux éclairs de flamme ;

Vous me défendriez peut-être de vous voir.

Si je vous le disais, que chaque nuit je veille,

Que chaque jour je pleure et je prie à genoux ;

Ninon, quand vous riez, vous savez qu’une abeille

Prendrait pour une fleur votre bouche vermeille ;

Si je vous le disais, peut-être en ririez-vous.

Mais vous ne saurez rien. — Je viens, sans rien en dire,

M’asseoir sous votre lampe et causer avec vous ;

Votre voix, je l’entends ; votre air, je le respire ;

Et vous pouvez douter, deviner et sourire,

Vos yeux ne verront pas de quoi m’être moins doux.

Je récolte en secret des fleurs mystérieuses :

Le soir, derrière vous, j’écoute au piano

Chanter sur le clavier vos mains harmonieuses,

Et, dans les tourbillons de nos valses joyeuses,

Je vous sens, dans mes bras, plier comme un roseau.

La nuit, quand de si loin le monde nous sépare,

Quand je rentre chez moi pour tirer mes verrous,

De mille souvenirs en jaloux je m’empare ;

Et là, seul devant Dieu, plein d’une joie avare,

J’ouvre, comme un trésor, mon cœur tout plein de vous.

J’aime, et je sais répondre avec indifférence ;

J’aime, et rien ne le dit ; j’aime, et seul je le sais ;

Et mon secret m’est cher, et chère ma souffrance ;

Et j’ai fait le serment d’aimer sans espérance,

Mais non pas sans bonheur ; — je vous vois, c’est assez.

Non, je n’étais pas né pour ce bonheur suprême,

De mourir dans vos bras et de vivre à vos pieds.

Tout me le prouve, hélas ! jusqu’à ma douleur même...

Si je vous le disais pourtant, que je vous aime,

Qui sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez ?

A Ninon, Musset, 1837

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Membre, 32ans Posté(e)
VO2max Membre 2 513 messages
Baby Forumeur‚ 32ans‚
Posté(e)

Mon âme a son secret, ma vie a son mystère :

Un amour éternel en un moment conçu.

Le mal est sans espoir, aussi j'ai dû le taire,

Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su.

Hélas ! j'aurai passé près d'elle inaperçu,

Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire,

Et j'aurai jusqu'au bout fait mon temps sur la terre,

N'osant rien demander et n'ayant rien reçu.

Pour elle, quoique Dieu l'ait faite douce et tendre,

Elle ira son chemin, distraite, et sans entendre

Ce murmure d'amour élevé sur ses pas ;

À l'austère devoir pieusement fidèle,

Elle dira, lisant ces vers tout remplis d'elle :

« Quelle est donc cette femme ? » et ne comprendra pas.

Mon âme a son secret, Félix Arvers

Je n'ai qu'une chose à ajouter::snif: :snif: :snif: :snif: :snif:

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Invité Oroshi
Invités, Posté(e)
Invité Oroshi
Invité Oroshi Invités 0 message
Posté(e)

Ton jouet quotidien c'est la clarté du monde.

Visiteuse subtile, venue sur l'eau et sur la fleur.

Tu passas la blancheur de ce petit visage que je serre

entre mes mains, comme une grappe, chaque jour.

Et depuis mon amour tu es sans ressemblance.

Laisse-moi t'allonger sur des guirlandes jaunes.

Qui a écrit ton nom en lettres de fumée au coeur des étoiles du sud?

Ah! laisse-moi te rappeler celle que tu étais alors, quand tu n'existais pas encore.

Mais un vent soudain hurle et frappe à ma fenêtre.

Le ciel est un filet rempli d'obscurs poissons.

Ici viennent frapper tous les vents, ici, tous.

La pluie se déshabille.

Les oiseaux passent en fuyant.

Le vent. Le vent.

Je ne peux que lutter contre la force humaine.

Et la tempête a fait un tas des feuilles sombres

et détaché toutes les barques qu'hier soir amarra dans le ciel.

Mais toi tu es ici. Mais toi tu ne fuis pas.

Toi tu me répondras jusqu'à l'ultime cri.

Blottis-toi près de moi comme si tu craignais.

Mais parfois dans tes yeux passait une ombre étrange.

Maintenant, maintenant aussi, mon petit, tu m'apportes des chèvrefeuilles,

ils parfument jusqu'à tes seins.

Quand le vent triste court en tuant des papillons

moi je t'aime et ma joie mord ta bouche de prune.

Qu'il t'en aura coûté de t'habituer à moi,

à mon âme seule et sauvage, à mon nom qui les fait tous fuir.

Tant de fois, nous baisant les yeux, nous avons vu brûler l'étoile

et se détordre sur nos têtes les éventails tournants des crépuscules.

Mes mots pleuvaient sur toi ainsi que des caresses.

Depuis longtemps j'aimai ton corps de nacre et de soleil.

L'univers est à toi, voilà ce que je crois.

Je t'apporterai des montagnes la joie en fleur des copihués

avec des noisettes noires, des paniers de baisers sylvestres.

Je veux faire de toi

ce que fait le printemps avec les cerisiers.

Pablo Neruda

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Invité morphee_
Invités, Posté(e)
Invité morphee_
Invité morphee_ Invités 0 message
Posté(e)

Du gouffre de leurs in octavo

Souleva ma tête vers le haut

La vision, du fond du caveau

Où coule le Styx en filet d'eau

Sans refléter un astre si beau

Que la Lune poétesse et oh..

Ma dame prouvait ce cadeau

Que j'étais face aux maestros

Ce qu'elle avait de plus beau

Madame envoyait ses ex-voto

Jusque l'astre Vénus, et aux

confins du plus lent des mélos

elle ne m'appelait pas Malraux

Mais m'offrant les plus beaux

Des mots, comme des radeaux

L'image de ma dame joie aux

allegro me fit un effet chameau!

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Modérateur, ©, 107ans Posté(e)
January Modérateur 60 601 messages
107ans‚ ©,
Posté(e)

Suivi du Suicide impie,

A travers les pâles cités,

Le Malheur rôde, il nous épie,

Prés de nos seuils épouvantés.

Alors il demande sa proie ;

La jeunesse, au sein de la joie,

L'entend, soupire et se flétrit ;

Comme au temps où la feuille tombe,

Le vieillard descend dans la tombe,

Privé du feu qui le nourrit.

Où fuir ? Sur le seuil de ma porte

Le Malheur, un jour, s'est assis ;

Et depuis ce jour je l'emporte

A travers mes jours obscurcis.

Au soleil et dans les ténèbres,

En tous lieux ses ailes funèbres

Me couvrent comme un noir manteau ;

De mes douleurs ses bras avides

M'enlacent ; et ses mains livides

Sur mon coeur tiennent le couteau.

J'ai jeté ma vie aux délices,

Je souris à la volupté ;

Et les insensés, mes complices

Admirent ma félicité.

Moi-même, crédule à ma joie,

J'enivre mon coeur, je me noie

Aux torrents d'un riant orgueil ;

Mais le Malheur devant ma face

A passé : le rire s'efface,

Et mon front a repris son deuil.

En vain je redemande aux fêtes

Leurs premiers éblouissements,

De mon coeur les molles défaites

Et les vagues enchantements :

Le spectre se mêle à la danse ;

Retombant avec la cadence,

Il tache le sol de ses pleurs,

Et de mes yeux trompant l'attente,

Passe sa tête dégoûtante

Parmi des fronts ornés de fleurs.

Il me parle dans le silence,

Et mes nuits entendent sa voix ;

Dans les arbres il se balance

Quand je cherche la paix des bois.

Près de mon oreille il soupire;

On dirait qu'un mortel expire :

Mon coeur se serre épouvanté.

Vers les astres mon oeil se lève,

Mais il y voit pendre le glaive

De l'antique fatalité.

Sur mes mains ma tête penchée

Croit trouver l'innocent sommeil.

Mais, hélas ! elle m'est cachée,

Sa fleur au calice vermeil.

Pour toujours elle m'est ravie,

La douce absence de la vie ;

Ce bain qui rafraîchit les jours ;

Cette mort de l'âme affligée,

Chaque nuit à tous partagée,

Le sommeil m'a fui pour toujours

Ah ! puisqu'une éternelle veille

Brûle mes yeux toujours ouverts,

Viens, ô Gloire ! ai-je dit ; réveille

Ma sombre vie au bruit des vers.

Fais qu'au moins mon pied périssable

Laisse une empreinte sur le sable.

La Gloire a dit : "Fils de douleur,

"Où veux-tu que je te conduise ?

"Tremble ; si je t'immortalise,

"J'immortalise le Malheur."

Malheur ! oh ! quel jour favorable

De ta rage sera vainqueur ?

Quelle main forte et secourable

Pourra t'arracher de mon coeur,

Et dans cette fournaise ardente,

Pour moi noblement imprudente,

N'hésitant pas à se plonger,

Osera chercher dans la flamme,

Avec force y saisir mon âme,

Et l'emporter loin du danger ?

Le Malheur - Alfred de Vigny

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Invité morphee_
Invités, Posté(e)
Invité morphee_
Invité morphee_ Invités 0 message
Posté(e)

en fait l' but du topic : les forumeurs font des poèmes, qu'ils mettent dans la machine à sous et celle-ci leur rend aux centuples :hu:

Du gouffre de leurs in octavo

Souleva ma tête vers le haut

La vision, du fond du caveau

Où coule le Styx en filet d'eau

Sans refléter un astre si beau

Que la Lune poétesse et oh..

Ma dame prouvait ce cadeau

Que j'étais face aux maestros

Ce qu'elle avait de plus beau

Madame envoyait ses ex-voto

Jusque l'astre Vénus, et aux

confins du plus lent des mélos

elle ne m'appelait pas Malraux

Mais m'offrant les plus beaux

Des mots, comme des radeaux

L'image de ma dame joie aux

allegro me fit un effet chameau!

anonyme

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Invité hum
Invités, Posté(e)
Invité hum
Invité hum Invités 0 message
Posté(e)
Anne

Anne qui se mélange au drap pâle et délaisse

Des cheveux endormis sur ses yeux mal ouverts

Mire ses bras lointains tournés avec mollesse

Sur la peau sans couleur du ventre découvert.

Elle vide, elle enfle d’ombre sa gorge lente,

Et comme un souvenir pressant ses propres chairs,

Une bouche brisée et pleine d’eau brûlante

Roule le goût immense et le reflet des mers.

Enfin désemparée et libre d’être fraîche,

La dormeuse déserte aux touffes de couleur

Flotte sur son lit blême, et d’une lèvre sèche,

Tette dans la ténèbre un souffle amer de fleur.

Et sur le linge où l’aube insensible se plisse,

Tombe, d’un bras de glace effleuré de carmin,

Toute une main défaite et perdant le délice

À travers ses doigts nus dénoués de l’humain.

Au hasard ! À jamais, dans le sommeil sans hommes

Pur des tristes éclairs de leurs embrassements,

Elle laisse rouler les grappes et les pommes

Puissantes, qui pendaient aux treilles d’ossements,

Qui riaient, dans leur ambre appelant les vendanges,

Et dont le nombre d’or de riches mouvements

Invoquait la vigueur et les gestes étranges

Que pour tuer l’amour inventent les amants...

*

Sur toi, quand le regard de leurs âmes s’égare,

Leur cœur bouleversé change comme leurs voix,

Car les tendres apprêts de leur festin barbare

Hâtent les chiens ardents qui tremblent dans ces rois...

À peine effleurent-ils de doigts errants ta vie,

Tout leur sang les accable aussi lourd que la mer,

Et quelque violence aux abîmes ravie

Jette ces blancs nageurs sur tes roches de chair...

Récifs délicieux, Île toute prochaine,

Terre tendre, promise aux démons apaisés,

L’amour t’aborde, armé des regards de la haine,

Pour combattre dans l’ombre une hydre de baisers !

*

Ah, plus nue et qu’imprègne une prochaine aurore,

Si l’or triste interroge un tiède contour,

Rentre au plus pur de l’ombre où le Même s’ignore,

Et te fais un vain marbre ébauché par le jour !

Laisse au pâle rayon ta lèvre violée

Mordre dans un sourire un long germe de pleur,

Masque d’âme au sommeil à jamais immolée

Sur qui la paix soudaine a surpris la douleur !

Plus jamais redorant tes ombres satinées,

La vieille aux doigts de feu qui fendent les volets

Ne viendra t’arracher aux grasses matinées

Et rendre au doux soleil tes joyeux bracelets...

Mais suave, de l’arbre extérieur, la palme

Vaporeuse remue au delà du remords,

Et dans le feu, parmi trois feuilles, l’oiseau calme

Commence le chant seul qui réprime les morts.

Paul Valéry

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Invité Oroshi
Invités, Posté(e)
Invité Oroshi
Invité Oroshi Invités 0 message
Posté(e)

Morphée, je dois être fatiguée, j'ai rien capté...

:)

Toi ma dormeuse mon ombreuse ma rêveuse

ma gisante aux pieds nus sur le sable mouillé

toi ma songeuse mon heureuse ma nageuse

ma lointaine aux yeux clos mon sommeillant oeillet

distraite comme nuage et fraîche comme pluie

trompeuse comme l'eau légère comme vent

toi ma berceuse mon souci mon jour et ma nuit

toi que j'attends toi qui te perds et me surprends

la vague en chuchotant glisse dans ton sommeil

te flaire et vient lécher tes jambes étonnées

ton corps abandonné respire le soleil

couleur de tes cheveux ruisselants et dénoués

mon oublieuse ma paresseuse ma dormeuse

toi qui me trompes avec le vent avec la mer

avec le sable et la matin ma capricieuse

ma brûlante aux bras frais mon étoile légère

je t'attends je t'attends je guette ton retour

et le premier regard où je vois émerger

Eurydice aux pieds nus à la clarté du jour

dans cette enfant qui dort sur la plage allongée

Claude Roy, Clair comme le jour

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Modérateur, ©, 107ans Posté(e)
January Modérateur 60 601 messages
107ans‚ ©,
Posté(e)

Mon enfant, ma soeur,

Songe à la douceur

D'aller là-bas vivre ensemble !

Aimer à loisir,

Aimer et mourir

Au pays qui te ressemble !

Les soleils mouillés

De ces ciels brouillés

Pour mon esprit ont les charmes

Si mystérieux

De tes traîtres yeux,

Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,

Polis par les ans,

Décoreraient notre chambre ;

Les plus rares fleurs

Mêlant leurs odeurs

Aux vagues senteurs de l'ambre,

Les riches plafonds,

Les miroirs profonds,

La splendeur orientale,

Tout y parlerait

À l'âme en secret

Sa douce langue natale.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux

Dormir ces vaisseaux

Dont l'humeur est vagabonde ;

C'est pour assouvir

Ton moindre désir

Qu'ils viennent du bout du monde.

- Les soleils couchants

Revêtent les champs,

Les canaux, la ville entière,

D'hyacinthe et d'or ;

Le monde s'endort

Dans une chaude lumière.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.

L'invitation au voyage - Charles Baudelaire

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Membre+, 51ans Posté(e)
chirona Membre+ 3 432 messages
Baby Forumeur‚ 51ans‚
Posté(e)

Mon rêve familier

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime

Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur, transparent

Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème

Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,

Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? - Je l'ignore.

Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore

Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,

Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a

L'inflexion des voix chères qui se sont tues.

Paul Verlaine, "Mon rêve familier", Poèmes saturniens, 1866

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Membre+, 51ans Posté(e)
chirona Membre+ 3 432 messages
Baby Forumeur‚ 51ans‚
Posté(e)
El desdichado

Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,

Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :

Ma seule Étoile est morte, – et mon luth constellé

Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,

Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,

La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,

Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?

Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;

J’ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène…

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :

Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

Nerval, Les Chimères, 1854

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Membre+, 51ans Posté(e)
chirona Membre+ 3 432 messages
Baby Forumeur‚ 51ans‚
Posté(e)

A Ninon

Si je vous le disais pourtant, que je vous aime,

Qui sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez ?

L’amour, vous le savez, cause une peine extrême ;

C’est un mal sans pitié que vous plaignez vous-même ;

Peut-être cependant que vous m’en puniriez.

Si je vous le disais, que six mois de silence

Cachent de longs tourments et des voeux insensés :

Ninon, vous êtes fine, et votre insouciance

Se plaît, comme une fée, à deviner d’avance ;

Vous me répondriez peut-être : Je le sais.

Si je vous le disais, qu’une douce folie

A fait de moi votre ombre, et m’attache à vos pas :

Un petit air de doute et de mélancolie,

Vous le savez, Ninon, vous rend bien plus jolie ;

Peut-être diriez-vous que vous n’y croyez pas.

Si je vous le disais, que j’emporte dans l’âme

Jusques aux moindres mots de nos propos du soir :

Un regard offensé, vous le savez, madame,

Change deux yeux d’azur en deux éclairs de flamme ;

Vous me défendriez peut-être de vous voir.

Si je vous le disais, que chaque nuit je veille,

Que chaque jour je pleure et je prie à genoux ;

Ninon, quand vous riez, vous savez qu’une abeille

Prendrait pour une fleur votre bouche vermeille ;

Si je vous le disais, peut-être en ririez-vous.

Mais vous ne saurez rien. - Je viens, sans rien en dire,

M’asseoir sous votre lampe et causer avec vous ;

Votre voix, je l’entends ; votre air, je le respire ;

Et vous pouvez douter, deviner et sourire,

Vos yeux ne verront pas de quoi m’être moins doux.

Je récolte en secret des fleurs mystérieuses :

Le soir, derrière vous, j’écoute au piano

Chanter sur le clavier vos mains harmonieuses,

Et, dans les tourbillons de nos valses joyeuses,

Je vous sens, dans mes bras, plier comme un roseau.

La nuit, quand de si loin le monde nous sépare,

Quand je rentre chez moi pour tirer mes verrous,

De mille souvenirs en jaloux je m’empare ;

Et là, seul devant Dieu, plein d’une joie avare,

J’ouvre, comme un trésor, mon cœur tout plein de vous.

J’aime, et je sais répondre avec indifférence ;

J’aime, et rien ne le dit ; j’aime, et seul je le sais ;

Et mon secret m’est cher, et chère ma souffrance ;

Et j’ai fait le serment d’aimer sans espérance,

Mais non pas sans bonheur ; - je vous vois, c’est assez.

Non, je n’étais pas né pour ce bonheur suprême,

De mourir dans vos bras et de vivre à vos pieds.

Tout me le prouve, hélas ! jusqu’à ma douleur même…

Si je vous le disais pourtant, que je vous aime,

Qui sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez ?

Alfred de Musset

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Membre, Artisan écriveur , 56ans Posté(e)
Bran ruz Membre 8 737 messages
56ans‚ Artisan écriveur ,
Posté(e)

"Les paris stupides" Jacques Prévert

"Un certain Blaise Pascal,

Etc, etc, etc..."

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Membre+, 51ans Posté(e)
chirona Membre+ 3 432 messages
Baby Forumeur‚ 51ans‚
Posté(e)
A une passante

La rue assourdissante autour de moi hurlait.

Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,

Une femme passa, d'une main fastueuse

Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.

Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,

Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,

La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté

Dont le regard m'a fait soudainement renaître,

Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !

Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,

Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1857

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Membre+, Posté(e)
Doïna Membre+ 17 817 messages
Maitre des forums‚
Posté(e)

La ville

Tous les chemins vont vers la ville.

Du fond des brumes,

Avec tous ses étages en voyage

Jusques au ciel, vers de plus hauts étages,

Comme d'un rêve, elle s'exhume.

Là-bas,

Ce sont des ponts musclés de fer,

Lancés, par bonds, à travers l'air ;

Ce sont des blocs et des colonnes

Que décorent Sphinx et Gorgones ;

Ce sont des tours sur des faubourgs ;

Ce sont des millions de toits

Dressant au ciel leurs angles droits :

C'est la ville tentaculaire,

Debout,

Au bout des plaines et des domaines.

Des clartés rouges

Qui bougent

Sur des poteaux et des grands mâts,

Même à midi, brûlent encor

Comme des oeufs de pourpre et d'or ;

Le haut soleil ne se voit pas :

Bouche de lumière, fermée

Par le charbon et la fumée.

Un fleuve de naphte et de poix

Bat les môles de pierre et les pontons de bois ;

Les sifflets crus des navires qui passent

Hurlent de peur dans le brouillard ;

Un fanal vert est leur regard

Vers l'océan et les espaces.

Des quais sonnent aux chocs de lourds fourgons ;

Des tombereaux grincent comme des gonds ;

Des balances de fer font choir des cubes d'ombre

Et les glissent soudain en des sous-sols de feu ;

Des ponts s'ouvrant par le milieu,

Entre les mâts touffus dressent des gibets sombres

Et des lettres de cuivre inscrivent l'univers,

Immensément, par à travers

Les toits, les corniches et les murailles,

Face à face, comme en bataille.

Et tout là-bas, passent chevaux et roues,

Filent les trains, vole l'effort,

Jusqu'aux gares, dressant, telles des proues

Immobiles, de mille en mille, un fronton d'or.

Des rails ramifiés y descendent sous terre

Comme en des puits et des cratères

Pour reparaître au loin en réseaux clairs d'éclairs

Dans le vacarme et la poussière.

C'est la ville tentaculaire.

La rue - et ses remous comme des câbles

Noués autour des monuments -

Fuit et revient en longs enlacements ;

Et ses foules inextricables,

Les mains folles, les pas fiévreux,

La haine aux yeux,

Happent des dents le temps qui les devance.

A l'aube, au soir, la nuit,

Dans la hâte, le tumulte, le bruit,

Elles jettent vers le hasard l'âpre semence

De leur labeur que l'heure emporte.

Et les comptoirs mornes et noirs

Et les bureaux louches et faux

Et les banques battent des portes

Aux coups de vent de la démence.

Le long du fleuve, une lumière ouatée,

Trouble et lourde, comme un haillon qui brûle,

De réverbère en réverbère se recule.

La vie avec des flots d'alcool est fermentée.

Les bars ouvrent sur les trottoirs

Leurs tabernacles de miroirs

Où se mirent l'ivresse et la bataille ;

Une aveugle s'appuie à la muraille

Et vend de la lumière, en des boîtes d'un sou ;

La débauche et le vol s'accouplent en leur trou ;

La brume immense et rousse

Parfois jusqu'à la mer recule et se retrousse

Et c'est alors comme un grand cri jeté

Vers le soleil et sa clarté :

Places, bazars, gares, marchés,

Exaspèrent si fort leur vaste turbulence

Que les mourants cherchent en vain le moment de silence

Qu'il faut aux yeux pour se fermer.

Telle, le jour - pourtant, lorsque les soirs

Sculptent le firmament, de leurs marteaux d'ébène,

La ville au loin s'étale et domine la plaine

Comme un nocturne et colossal espoir ;

Elle surgit : désir, splendeur, hantise ;

Sa clarté se projette en lueurs jusqu'aux cieux,

Son gaz myriadaire en buissons d'or s'attise,

Ses rails sont des chemins audacieux

Vers le bonheur fallacieux

Que la fortune et la force accompagnent ;

Ses murs se dessinent pareils à une armée

Et ce qui vient d'elle encor de brume et de fumée

Arrive en appels clairs vers les campagnes.

C'est la ville tentaculaire,

La pieuvre ardente et l'ossuaire

Et la carcasse solennelle.

Et les chemins d'ici s'en vont à l'infini

Vers elle.

Emile Verhaeren (Les villes tentaculaires)

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Membre+, 51ans Posté(e)
chirona Membre+ 3 432 messages
Baby Forumeur‚ 51ans‚
Posté(e)

Colloque sentimental

Dans le vieux parc solitaire et glacé

Deux formes ont tout à l'heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,

Et l'on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé

Deux spectres ont évoqué le passé.

- Te souvient-il de notre extase ancienne ?

- Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ?

- Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom ?

Toujours vois-tu mon âme en rêve ? - Non.

Ah ! les beaux jours de bonheur indicible

Où nous joignions nos bouches ! - C'est possible.

- Qu'il était bleu, le ciel, et grand, l'espoir !

- L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,

Et la nuit seule entendit leurs paroles.

Verlaine, Les Fêtes galantes, 1869

Modifié par chirona
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Membre+, Posté(e)
Doïna Membre+ 17 817 messages
Maitre des forums‚
Posté(e)

Le poème suivant est traduit du persan, il est un peu humoristique :

L'amour maternel

Une belle disait à celui qui l'aimait :

"Ta mère ne cesse de me faire la guerre.

Du plus loin qu'elle me voit,

son front se ride et ses sourcils se froncent.

Les yeux pleins de colère, de ses traits acérés

elle accable mon tendre coeur.

Elle me chasse du seuil de sa maison

aussi brutalement que la fronde chasse la pierre.

Tant que vivra une mère si dure,

le miel sera coloquinte sur mes lèvres et sur les tiennes...

Si tu veux que je sois à toi, tu dois à l'instant même,

sans retard, sans trembler,

T'en aller déchirer ce flanc

et arracher le coeur de ce sein étroit,

puis, pour effacer la peine du mien,

me l'apporter chaud et sanglant."

Le misérable, amoureux insensé,

ou plutôt criminel ignorant toute honte,

était ivre de vin, égaré par la drogue :

il oublia les sentiments d'un fils.

Jetant sa mère à terre il lui fendit le sein

et lui arracha le coeur,

puis se précipita vers la maison de sa maîtresse,

dans le creux de sa main tenant le coeur comme une orange.

Par hasard il buta sur le seuil et tomba,

se blessant légèrement au coude

et laissant échapper ce coeur tout chaud

et qui gardait encore un peu de vie.

Et lorsque, s'étant relevé,

il s'en approcha pour le ramasser,

il entendit alors de ce coeur plein de sang

sortir doucement ces paroles :

"Mon enfant, as-tu mal à ton bras écorché ?

As-tu mal à ton pied blessé ?"

:coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur:

Iradj (1874-1926)

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Membre+, 51ans Posté(e)
chirona Membre+ 3 432 messages
Baby Forumeur‚ 51ans‚
Posté(e)

C'était un bon copain

Il avait le coeur sur la main

Et la cervelle dans la lune

C’était un bon copain

Il avait l’estomac dans les talons

Et les yeux dans nos yeux

C’était un triste copain

Il avait la tête à l’envers

Et le feu la vous pensez

Mais non quoi il avait le feu au derrière

C’était un drôle de copain

Quand il prenait ses jambes à son cou

Il mettait son nez partout

C’était un charmant copain

Il avait une dent contre Etienne

A la tienne Etienne à la tienne mon vieux

C’était un amour de copain

Il n’avait pas sa langue dans la poche

Ni la main dans la poche du voisin

Il ne pleurait jamais dans mon gilet

C’était un copain

C’était un bon copain

Robert Desnos

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