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Loufiat

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Tout ce qui a été posté par Loufiat

  1. Loufiat

    Sur le Cogito

    Nous traduisons cogito par pensée, et nous n'y pensons plus. Si tu fais lire le texte à un lycéen, il va de soi pour lui que penser ici, c'est penser au sens où il l'entend ; c'est une évidence. Parce ce qu'il ne s'est jamais dit qu'il y a penser et penser. Mais tout le texte nous montre que "penser" prend ici un sens actif au plus haut point. J'essaie de mettre le doigt sur une erreur courante de lecture, quand le latin met en exergue l'activité qu'il y a à penser. (C'est une racine du mot cogito : agitation.) Assez comme avec le terme "méditation" qui pour nous signifie maintenant une sorte d'arrêt de la pensée, quand il signifiait une activité de concentration intense sur un sujet donné. C'est ignorer toute la partie consacrée à Dieu (cf. la réponse à Zen ci-dessus). Sans Dieu, toute l'évidence du cogito s'effondre selon Descartes lui-même. Pas depuis le cogito, depuis bien avant. Cette expérience est archi connue depuis l'antiquité : la caverne, etc. Elle est connue, mais peu commune, et on n'en parle que par métaphores, de façon détournée et toujours impropre. C'est qu'il n'y a, entre l'avant et l'après, aucune commune mesure. Tu ne peux pas deviner le paysage où tu trouveras quand tu auras sauté, tu ne peux pas le déduire de là où tu te trouves (tu général). La raison n'y aide donc pas, elle peut seulement amener au bord du précipice. Il faut le saut, et après seulement, tu explores. Je pense que Descartes a sauté et qu'un nouveau paysage s'est présenté à lui, dont il a rendu compte tant bien que mal.
  2. Loufiat

    Sur le Cogito

    Le sujet n'est pas érigé en absolu ; il y a Dieu. Et par là l'entièreté du monde et la possibilité de connaître. Je crois pour ma part que nous ne comprenons pas l'expérience métaphysique que tente de relater Descartes. Il nous averti pourtant "Je ne sais si je dois vous entretenir des premières méditations que j’y ai faites ; car elles sont si métaphysiques et si peu communes, qu’elles ne seront peut-être pas au goût de tout le monde : et toutefois, afin qu’on puisse juger si les fondements que j’ai pris sont assez fermes, je me trouve en quelque façon contraint d’en parler." Sauf à penser qu'un auteur écrit ce qu'il écrit sans y penser ? Dieu n'est pas non plus évoqué par accident, dans cette partie. Je ne reprends pas tout l'argument, mais quelques phrases me font tiquer, perso : "ayant remarqué qu’il n’y a rien du tout en ceci, je pense, donc je suis, qui m’assure que je dis la vérité, sinon que je vois très clairement que pour penser il faut être, je jugeai que je pouvois prendre pour règle générale que les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies, mais qu’il y a seulement quelque difficulté à bien remarquer quelles sont celles que nous concevons distinctement." Il y a "quelque difficulté" à "bien remarquer" quelles idées nous concevons clairement et distinctement.. "Ensuite de quoi, faisant réflexion sur ce que je doutois, et que par conséquent mon être n’étoit pas tout parfait, car je voyois clairement que c’étoit une plus grande perfection de connoître que de douter, je m’avisai de chercher d’où j’avois appris à penser à quelque chose de plus parfait que je n’étois ; et je connus évidemment que ce devoit être de quelque nature qui fût en effet plus parfaite." Autrement dit, Dieu. "Mais ce qui fait qu’il y en a plusieurs qui se persuadent qu’il y a de la difficulté à le connoître [Dieu], et même aussi à connoître ce que c’est que leur âme, c’est qu’ils n’élèvent jamais leur esprit au delà des choses sensibles, et qu’ils sont tellement accoutumés à ne rien considérer qu’en l’imaginant, qui est une façon de penser particulière pour les choses matérielles, que tout ce qui n’est pas imaginable leur semble n’être pas intelligible." Descartes fait face à un intelligible, inimaginable, qui est le pendant de la réalisation de son existence comme pensée ou esprit. Spinoza fera la même remarque, que les sens et l'imagination ne nous sont d'aucune aide pour parvenir à Dieu comme intelligible, et que la plupart des erreurs à son sujet viennent de ce que l'imagination et les sens interviennent. Descartes peut douter des vérités des géomètres, mais pas de l'existence de Dieu : "mais je ne voyois rien pour cela qui m’assurât qu’il y eût au monde aucun triangle : au lieu que, revenant à examiner l’idée que j’avois d’un être parfait, je trouvois que l’existence y étoit comprise en même façon qu’il est compris en celle d’un triangle que ses trois angles sont égaux à deux droits, ou en celle d’une sphère que toutes ses parties sont également distantes de son centre, ou même encore plus évidemment (?) ; et que par conséquent il est pour le moins aussi certain que Dieu, qui est cet être si parfait, est ou existe, qu’aucune démonstration de géométrie le sauroit être". Et tout repose sur cette évidence. "Et que les meilleurs esprits y étudient tant qu’il leur plaira, je ne crois pas qu’ils puissent donner aucune raison qui soit suffisante pour ôter ce doute, s’ils ne présupposent l’existence de Dieu. Car, premièrement, cela même que j’ai tantôt pris pour une règle, à savoir que les choses que nous concevons très clairement et très distinctement sont toutes vraies, n’est assuré qu’à cause que Dieu est ou existe, et qu’il est un être parfait, et que tout ce qui est en nous vient de lui : d’où il suit que nos idées ou notions, étant des choses réelles et qui viennent de Dieu, en tout ce en quoi elles sont claires et distinctes, ne peuvent en cela être que vraies." Nous avons quand même ici un complexe assez singulier... J'ignore comment le traiter au fond. Faut-il croire en une duplicité de Descartes ? Faut-il penser qu'il est idiot, ou qu'il s'est simplement fourvoyé, emporté ? Faut-il, pour critiquer le cogito et la nature spirituelle supposée par Descartes, incriminer la croyance en dieu, qui serait la première erreur dont le reste découle ? Pour moi, j'ai donné ma compréhension intime du texte, mais c'est sans certitude véritable au-delà de l'intime conviction. Descartes a vécu quelque-chose dont il n'est pas le seul à nous parler, mais dont il est incapable de parler en fait, parce que ça ne se dit pas ; ça s'éprouve, ça se vit, c' "est". Et c'est d'une autre façon, au-delà de l'imagination et des modalités courantes du penser.
  3. Loufiat

    Sur le Cogito

    J'irai plus loin encore, concernant le "sum" dans "ergo sum", en prenant quelques libertés, car je crois qu'on ne saisit bien l'expérience, dans ce qu'elle a de radical, que de ce point de vue. D'une certaine façon Descartes nous dit qu'il vient de naître, à ce moment-là, au cœur du doute. Sum ne me semble pas à prendre au sens de "je suis" ou "j'existe" comme quelque-chose qui était, qui pré-existait à l'expérience elle-même, au cogito, et qui continue d'être, indifféremment, après sa réalisation. Car jusque-là, j'étais sans être. Il y a vraiment, je crois, un saut, un renversement, un bouleversement et une réorientation radicale à partir du cogito. C'est un évènement de l'ordre de la nuit au jour, du sommeil à l'éveil, bref de la naissance. Et Descartes n'est ni le premier ni le seul à nous parler de cet évènement, de cet "accouchement", et c'est pourquoi je m'autorise cette interprétation. Le contexte, les conclusions, l'extérieur, le cheminement appartiennent à leur temps et sont fondateurs pour la modernité. Mais l'expérience en elle-même, "existentielle" que fait Descartes est connue depuis très longtemps. Et je trouve remarquable son utilisation du "malin génie" qui m'évoque Socrate et son démon, dont il disait qu'il lui soufflait en quoi ne pas croire et ce qu'il ne devait pas faire. Et quitte à risquer de tout mélanger, comment ne pas voir le trait qui s'établit entre le cogito, le connais-toi toi-même et les philosophies asiatiques, indiennes en particulier, qui ne cessent de préconiser un travail d'ascèse, de retournement du sujet sur lui-même, sur l'être - auquel on parvient par une foule de chemins, notamment celui du "ni, ni" : la négation des pensées qui se présentent à soi. D'autre part, on oublie presque toujours que tout de suite après, chez Descartes, il s'agit de Dieu. Or certes Descartes doit composer avec les autorités religieuses, comme Spinoza et toute production littéraire de l'époque. Mais on a quand même cet éclair qui tient tout ensemble : "je pense, je suis, Dieu est". Or Dieu est encore à un degré autre. Nous sommes dans la configuration du démon qui joue le rôle d'intermédiaire entre le divin et le terrestre ; le démon transmet, médiatise, par la parole, de l'un à l'autre, sans qu'ils puissent se toucher, sans qu'ils se confondent. Bref il y a l'être, l'Être, si on veut, qui accompagne le cogito et qui en est le fond inépuisable, l'espèce d'Océan dans lequel "je suis" advient. Descartes entre dans une nouvelle dimension au terme de son effort d'ascèse, de son "expérience de pensée". Mais il y a une rupture, un évènement. Et c'est la même rupture à laquelle Socrate tente d'amener ses interlocuteurs en les faisant accoucher. Accoucher de quoi ? D'eux-mêmes. Pour qu'ils deviennent ce qu'ils sont et qui attend, en quelque sorte, qu'ils percent le fond, qu'ils sortent de la caverne, etc., les métaphores sont innombrables et visent toujours cette trouée, percée, avènement, etc.
  4. Loufiat

    Sur le Cogito

    Salut ! Juste quelques réflexions dans le thème, qu'il n'y a pas vraiment lieu d'opposer aux tiennes ; quant à tes remarques sur le devenir du Cogito à travers l'Europe, je n'ai rien de particulier à dire, je les conserve à l'esprit comme indications intéressantes, à fouiller et auxquelles répondre éventuellement. Mais quand on évoque un auteur, j'ai toujours des scrupules, je tente de ressaisir ce qui est dit en substance - forcément avec mes mots et mon approche. Le terme "cogito" n'a pas tout-à-fait les mêmes connotations que le terme "penser". Ce qui s'en approche le plus chez nous c'est encore le terme "cogiter", lequel, quoi qu'ironiquement, a conservé l'idée d'un travail, de labeur, d'activité et d'intensité dont le terme "penser" est a priori dénué. "Penser" en français implique quasiment une absence. "A quoi tu penses", ça se demande quand l'autre nous est absent ; absent, c'est qu'il pense ou qu'il rêve éveillé, bade, etc. "A quoi tu cogites", ça se demande quand l'autre est agité, "intranquille", manifestement aux prises avec un problème, remuant et remué. Et c'est exactement la situation de Descartes, que l'on doit bien croire sur parole ; Descartes cogite, s'active intérieurement, "médite" au sens le plus actif qui soit ; et en quel sens ? Quel en est le contenu, à quel travail intérieur se livre-t-il ? à douter de tout. Et ça, on le répète, mais on oublie d'y insister vraiment alors que c'est fondamental pour comprendre ce qu'il se passe. Descartes se plonge dans le doute comme on plonge dans un bain - il prend tous les objets qui se présentent à sa réflexion pour les jeter au feu, un à un, et voir s'ils endurent ce doute. Les objets des sens ? Au feu. Les idées morales ? Au feu. Les opinions rapportées ? Au feu. Et tout ça s'embrase comme du petit bois. Mais ce qu'il jette au feu, ce sont précisément les "pensées" au sens courant, admis, le plus banal, dans le sens où nous disons "je pense que...". Tous les jugements que nous pouvons énoncer, et tout ce que nous jugeons être des pensées ; tout ce qui se reflète dans le miroir de l'esprit et des sens, toutes ces formes qui s'agitent sous nos yeux et que nous appelons "pensée". "L'herbe est verte" : au feu. "Je suis" : au feu. Le sens du Cogito ne peut pas être "je pense" comme nous le traduisons et l'entendons sans y penser, justement. Puisque l'objet de ce cogito, c'est la négation de ces pensées, disons, de cette modalité du penser ; c'est sa consommation dans le doute. C'est tout cela ensemble que Descartes enveloppe et tient dans le "je pense, je suis" : "Cogito ergo sum". Ce qui résiste au feu, c'est le feu lui-même ; c'est ce brasier intérieur dans lequel la pensée se consume, c'est cette activité de mise en abîme, de renversement, d'inversion de la pensée. Et à cet égard on se fout totalement de définir ou non le "je" car on pourrait aussi bien écrire "ça pense" ou "René pense, René existe" que ça n'y changerait rien. C'est le cogito qui compte, que Descartes expose et qu'il faut suivre à la trace pour y comprendre quelque-chose. Alors, quand on dit que Descartes nous propose une "expérience de pensée", on voit qu'on est encore très loin du compte, que c'est très insuffisant pour indiquer de quoi il s'agit. C'est bien plus intense, profond, radical que ça. Il faut s'imaginer Descartes suant, agité en tous sens, épuisé, à bout de force moralement, impliqué "corps et âme", dans sa chair. Jusqu'à l'éclair. Jusqu'à la trouée, jusqu'à la percée qui intervient finalement, et qu'on ne peut pas décomposer mot à mot, car c'est l'expérience entière qui est comprise. Je ne peux pas souscrire à attribuer à Descartes les mécompréhensions dont son texte a fait l'objet ici ou là. Il a fait plus que sa part. Et à mon avis il rejoint en fait une antique tradition, celle du doute. Mais tout ceci est galvaudé au possible maintenant. On ne saisit plus, ou si rarement, ni l'enjeu ni la profondeur de ce qu'il se passe. Parce qu'à ma connaissance, penser en philosophie, c'est ça, précisément, c'est cet enfoncement de la pensée, c'est cette négation de la modalité courante du penser, qui ouvre sur un tout nouvel espace, mental aussi bien qu'existentiel. C'est le "saut" kierkegaardien. On se tient sur une falaise, un certain paysage autour de nous, et on oscille là, incapables de rester sur place, mais incapables de sauter parce qu'on ignore ce qu'il y aura en dessous ; mais quant ce saut est fait, s'il arrive, un nouveau paysage s'ouvre à nous, qu'on ne pouvait pas deviner ni déduire de là où nous étions. C'est ça "penser" au sens des philosophes. C'est ça "penser" dans le cogito.
  5. Loufiat

    Sur le Cogito

    Mais je n'idealise en rien Descartes. Je me marre simplement quand j'entends geindre aujourd'hui à propos de l'animal machine, alors qu à l'époque de Descartes n'importe qui vit au plus à 200 mètres des champs et des élevages.. nous en sommes aux neurosciences, au cas où ça vous aurait échappé... tu ne vois pas le rapport ? Et Aurelien pense-t-il que Descartes n'a jamais vu un chat ? Ou bien qu'il manque de sens de l'observation ?... Quand même si on frise pas le ridicule... mais ça m'amuse moyen cette façon de traiter les œuvres. Ça me lasse au fond, voire ça m'énerve. Pour rien en plus, je ne suis pas un fan de Descartes particulièrement. Mais encore faut il reprendre ce qu'il appelle intelligence, âme, etc. Il faut d'abord prendre l'œuvre en elle-même. Ou bien on s'expose à toutes les confusions. Tous les contre sens. Mieux vaut encore se taire.
  6. Loufiat

    Sur le Cogito

    Je ris. On enfile tous les poncifs sur Descartes. L'animal machine, quelle horreur !... et il ne vous apparaît pas une seconde que nous en sommes à l'homme comme machine... bref... tout ça manque de probité... de sérieux... d'étude attentive... réellement attentive.
  7. Loufiat

    Sur le Cogito

    @Neopilinasaurais tu produire la lettre où Descartes dit avoir été trop loin ? Je réitère, Descartes ne pretend jamais fonder l'existence sur la pensée... Ce n'est simplement pas son objet. Il cherche un point stable à partir duquel construire méthodiquement. Dans le même ouvrage il nous parle de médecine et reconnaît sans ambiguïté la préséance du corps sur la pensée....
  8. Loufiat

    Sur le Cogito

    Mais... Descartes se fout de tout ça, ce n'est pas du tout son propos. Il faut revenir au texte. Le "cogito" nest qu'un moment d'un raisonnement, dans une progression. Il n'y a pas à le prendre comme début et fin. Ce n'est pas le slogan d'une marque de lessive. Je préfère quand tu t'en tiens à tes domaines..
  9. Loufiat

    Sur le Cogito

    Ce n'est pas dans la cadre de l'école de Francfort, c'était un autre sujet.
  10. Loufiat

    Sur le Cogito

    Ok. J'ai du mal avec ça. Qu'il y ait un avant et un après Descartes, sans aucun doute. On a du mal aujourd'hui à se représenter l'évènement que représente Descartes. On le discute partout. Il fixe un horizon pour trois siècles. (Pas souvenir que Nietzsche aborde le sujet explicitement, d'ailleurs ? parce que dans le genre créateur de nouvelles valeurs, Descartes se pose-là.) Mais je ne vois pas en quoi le cogito enferme le sujet. Peut-on reprendre le texte et que tu me montres par le menu comment ça se passe ? J'ai vraiment du mal à saisir ton point, le centre. Je veux bien essayer mais il faut partir du principe que je suis débile. Okay tu as une acception très large du positivisme, d'où sans doute un malentendu. Je me permets d'émettre un doute sur ce point. Je ne crois pas qu'il faille prendre les mots de Socrate à la légère, "ne pas savoir" comme premier savoir. Ce n'est pas une posture. Le philosophe est en proie à quelque-chose, et ce quelque-chose est de l'ordre à la fois d'un manque et d'un appel. Mais certes il en fait quelque-chose. Il y a une "production". Mais quel est l'objet de cette production véritablement ? Chez un Socrate, pour ce que Platon nous en dit, cette production c'est une mise en abîme. Pas d'écriture : Socrate se balade et discute avec tout un chacun. Quand les circonstances s'y prêtent, il met ses interlocuteurs face à leurs contradictions en les interrogeant, jusqu'à ce que, éventuellement, ils les résolvent et élèvent leur compréhension (se rappellent de ce qu'ils savaient déjà). Mais jusqu'à, généralement, atteindre des questions qui restent sans réponses - auxquelles on peut proposer des réponses, mais en sachant qu'elles sont un parti pris et qui rien ne vient les conforter véritablement. Autrement dit des questions qu'on a la force ou pas de maintenir ouvertes. L'effet de la dialectique socratique est de l'ordre de l'hypnose, la victime est véritablement saisie d'un état de stupeur, c'est un effondrement. Où est le positivisme là-dedans ? Et même Platon, qui va platoniser Socrate, répète à satiété que les réponses ou "solutions" auxquelles il parvient peuvent être entièrement illusoires (réminiscence, immortalité de l'âme, etc. ne sont pas fondées en raison ! Ce qui est certain même chez Platon, ce sont les apories fondamentales auxquelles on retourne incessamment). Il n'y a aucune honte à ne l'avoir pas (encore) lu. Je ne suis pas un philosophe professionnel, ce n'est pas non plus ma formation. Mais pas de philosophie d'ermite chez lui. Le moins qu'on puisse dire c'est que c'est vivant et bariolé. Peut-être as-tu une appréhension à cause du fait qu'il était chrétien ? Je te conseille de le lire, vraiment on n'en finit jamais de parler avec Kierkegaard, c'est une amitié pour la vie (ou pas, évidemment, quand on y entre pas). Ca précise le centre de ton propos. En quoi Descartes découvre-t-il la conscience de soi ? Il procède par déduction. Tout est explicite. Il cherche un fondement indubitable. Où est le problème ? Descartes ne dit jamais que c'est la conscience qui pose le monde ou que la conscience est le fait premier, antécédent. C'est un point de départ pour et dans une construction intellectuelle qui tente d'être aussi rigoureuse que possible. Descartes ne dit rien qui soit de l'ordre d'un existentialisme, type "existence avant essence". Ce problème arrive plus tard, il surgit dans des sociétés qui mutent d'ailleurs très rapidement, et de plus en plus rapidement jusqu'à l'espèce de lévitation du changement perpétuel que nous connaissons aujourd'hui. C'est-à-dire ? Je ne vois pas à quel programme ça engage. Ne vas-tu pas être obligé de poser une ligne à la parole ? Pour le dire autrement, tout ce qui t'incline à voir un sujet dans un être vivant ou autre d'ailleurs, c'est ce qui dans son comportement approche d'une parole.
  11. Loufiat

    Sur le Cogito

    Pour donner suite à une conversation débutée avec @Neopilina dans un fil initialement consacré à l'école de Francfort : Quelques pistes que j'aimerais creuser : Comment te situes-tu par rapport à Kierkegaard ? Suivant ta position, la sociologie devient-elle impossible ? Quid de l'histoire ? La philosophie peut-elle encore être autre chose qu'une déconstruction ? Est-ce que tu confonds système philosophique (Hegel, Marx etc.) et positivisme ? Que faire quand le sujet face à toi choisit le fusil plutôt que la discussion ? J'en rajoute, ça fuse, désolé (tu feras le tri entre les questions pertinentes ou débiles) : Qu'est-ce qu'un sujet ? Je vois passer un chat : lui aussi a un monde-propre, dans des modalités qui me sont largement inconnues. L'arbre aussi, contre lequel je m'appuie, doit avoir une forme de monde-propre, j'imagine (?). Finalement, si je dois conserver le "monde", c'est toujours d'un rapport au monde dont il est question, qui est en jeu. Réserves-tu la subjectivité à l'humanité ?
  12. Loufiat

    L'école de Francfort

    Je ne saisis pas bien la nouveauté de cette découverte. Le problème de l'articulation entre le singulier et l'universel ne date pas d'hier, la philosophie s'y casse les dents depuis l'antiquité (cest le probleme central dans la Dialectique negative d'Adorno...). Quant aux Sujets, je croyais qu'il s'agissait, à l'origine, des sujets "du roi", des sujets "de la loi" - assujettis à... et non pas sujets au sens d'une subjectivité dont la singularité est érigée en totem. Que penses tu d'un Kierkegaard, par exemple, je suis curieux ? A +
  13. Loufiat

    L'école de Francfort

    C'est que j'ai des réticences à "traiter" l'école de Francfort en un paragraphe lapidaire sachant la variété et la grande liberté des travaux qui s'en réclament. Le "programme" qu'ont pensé Adorno et Horkheimer laissait les coudées franches à beaucoup de choses. Il y a eu de nombreuses dissensions, de franches engueulades... juste avant de mourir, Adorno à eu à faire face à des mouvements étudiants qui, tout en se réclamant de lui, le traitaient de réactionnaire et partaient en live complet. Il ne pouvait plus cautionner. Il est vraisemblable que ces événements, actant son echec, aient précipité la mort de l'auteur de la Dialectique négative... et de nombreux essais sur la musique. (Il était meilleur à mon avis dans le concret de la musique qu'il connaissait d'expérience, que dans l'abstraction des théories générales - mais ce n'est qu'un avis). Bref, à Francfort il y a à boire et à manger, encore aujourd'hui : Habermas étant le plus connu mais pas le seul. Si ce n'est comparable à la grande époque de Horkheimer, ça fourmille encore et ça a essaimé un peu partout. Quant à la philo, admettons que c'est terminé. Le seul critère du jugement est dans l'action. Et on a vu ce qu'il en était.
  14. Loufiat

    L'école de Francfort

    Tout est dit : le sujet était donc votre critique Vous me faites rire. Avez-vous l'impression que Platon a réussi à instaurer son système politique ? Et tant d'autres. L'histoire et la philosophie ne sont qu'une suite d'erreurs et d'échecs.
  15. Loufiat

    L'école de Francfort

    D'accord, intéressant. A quelles idéologies pensez-vous ? C'est un peu léger, Wikipedia, 10 lignes. vous ne croyez pas ? C'est quoi du coup un positivisme ?
  16. Loufiat

    L'école de Francfort

    Bonjour Pirene, Quelle est votre question, s'il y en a une ? Pourquoi vous intéressez-vous à cette école ?
  17. Il me semble que la physique demeure incapable de dire à ce jour ce que c'est que le temps, ou de dire même si ça existe réellement, comme réalité fondamentale au delà des mouvements et régularités que nous pouvons observer. @zenalphaqui en sait bien plus que moi pourrait sans doute nous faire un rapide topo à ce sujet
  18. Je ne confondrais pas le temps et le mouvement, mais j'ai sans doute une notion un peu personnelle du temps. A voir donc ces réponses que tu attends
  19. Toute action se déroule "dans un temps", marque un moment, est elle-même constituée de moments qui se succèdent selon un certain ordre. Comme la parole, l'action, chez l'homme, c'est du temps, comme les mailles qui composent le tapis, comme les notes se succèdent pour former la mélodie. Succession, surgissement, développement... Bonne chance dans tes réflexions
  20. Bonjour Ambre, merci pour ta réponse à cette "lettre ouverte". Oui j'aurais tendance à réserver le concept de nécessité à ce qui est soumis au déterminisme le plus strict, ou en tout cas à des régularités très stables, des permanences à l'échelle humaine. (Le mouvement des astres paraît immuable et devoir être toujours le même à l'échelle humaine, bien que l'on sache maintenant que ceci n'est que temporaire, le soleil devant "mourir", etc. D'autre part nous avons les mathématiques et leurs abstractions : le triangle, etc., dont les découvertes impliquent toujours les mêmes conséquences, par définitions, calculs, etc.). Pourtant il y a ce sens, que tu emploies, de la nécessité comme ce qui s'impose à nous dans l'action, proche de la fatalité. Mais alors il s'agit d'un concept de la vie, je veux dire marqué par cette doublure du réel propre aux êtres humains, du fait de la parole, des croyances et de l'imaginaire. Le concept de nécessité en devient plus lâche, "redoublé" lui-même dans cet imaginaire, ces croyances... La nécessité d'une politique publique, la nécessité pour une entreprise, dans une décision que nous avons à prendre, marquée par l'incertitude, la discutabilité des fins, des valeurs... n'ont plus le même sens que la nécessité au sens de ce qui est déterminé, au sens des sciences naturelles. En fait, il me semble que, si je comprends bien, le sens dans lequel tu emploies nécessité : l'épuisement des calculs faits pour agir le plus justement, se rapporte à la notion du justice (ou justesse, en tout cas adéquation d'une action en réponse à un problème donné, etc.), et par là, peut-être, à la notion de croyance telle qu'évoquée, mais surtout aussi, à la notion de devoir ? Bien à toi
  21. Je t'écris donc à propos de José Ortega Y Gasset dont je relis l'ouvrage Idées et Croyances qui m'avait fortement marqué mais dont je gardais des souvenirs lacunaires. Pour situer le contexte, Gasset écris un peu après la première Guerre mondiale. Son objectif est la connaissance de l'homme. Il constate que le monde Occidental est en crise et pressent la montée des fascismes. Je me suis aperçu qu'on trouvait chez lui la plupart des intuitions fondamentales qui ont orienté par exemple un Castoriadis, dont je t'avais conseillé la lecture il y a bien longtemps, si tu t'en souviens. Mais Ortega Y Gasset est bien plus lisible, ses écrits sont plus simples et à la fois tranchants. Et je trouve que ses analyses devraient t'intéresser par rapport à tout ce que tu écris sur la nécessité. Je me doute que tu n'auras pas le loisir de le lire, d'autant que ses ouvrages ne sont plus réédités. J'ai une vieille version qui tombe en lambeaux. Peu importe. Dans les années 1920 donc, Gasset note l'effondrement de la croyance en la raison, qui avait pris le relais de la foi religieuse, qui avait elle-même commencé à s'affaiblir, à devenir une croyance passive, dès la fin du XVème siècle. Il remarque que la croyance en la raison subit le même phénomène, elle devient une croyance passive, et ceci, paradoxalement, alors que la raison "instrumentale", "naturaliste" atteint son apogée, commence à démontrer l'étendue de son pouvoir par ses applications. Or il sent quand-même monter partout en Europe une méfiance, un mépris, un rejet de la raison. Et il pose ce diagnostique : parce que la raison naturaliste (qui s'occupe des choses : l'astronomie, la physique, la chimie), certes triomphante, est incapable de donner un sens à la vie des hommes, ne leur sert à rien quant à savoir ce qu'est l'existence, ce qu'ils sont, ce qu'ils doivent faire. En somme, c'est l'échec des sciences "de l'homme", leur incapacité à éclaircir le chemin qui contribue à ce que la croyance en la raison s'affaiblisse - cette croyance qui avait été le fil conducteur de 3 siècles de sociétés européennes (depuis Descartes en somme). Pour ne pas griller d'étape, Ortega Y Gasset commence en fait son ouvrage par une distinction simple entre idées et croyances. Les idées, dit-il, nous les "avons" - les croyances, nous les "sommes". Ainsi on peut dire qu'on "croit quelque-chose", mais ce n'est encore qu'une idée. Ce que nous croyons, les croyances qui nous constituent, nous n'y pensons pas, nous les habitons. Il prend un exemple très simple. Imaginons un type lambda dans son appartement à Paris qui va pour acheter le pain. Il enfile sa veste, prend ses clefs, ferme la porte, descend les escaliers et ouvre la porte de l'immeuble. A aucun moment cet homme ne s'est demandé "est-ce que la rue existe ?" La fait que la rue existe est une croyance. De même il ne va pas se faire la réflexion qu'il ne peut pas traverser un mur : il croit qu'il ne peut pas. La croyance est active dans l'action même, elle "supporte" ce que nous faisons et disons. Pour Ortega Y Gasset, ces croyances qui nous constituent sont des constructions sur des millénaires. La permanence des choses : une chose qui était là, si je ferme les yeux, y est encore. Etc. Ce sont toutes des conquêtes qui ont dû être arrachées par les êtres humains et qui forment en somme un "système", "inconscient" si l'on veut (mais il répudie l'usage de ce terme). Pour nous, la Terre est une planète en orbite autour du soleil ; pour d'autres elle a pu être une déesse, Gaïa, avec ses volontés, ses colères, ses richesses qu'elle délivrait si on l'honorait avec ardeur... Et ceci était véritablement une croyance pour certains peuples. Mais il y a une vie sous-jacente des croyances. En somme c'est parce que je crois que le sol ne se dérobera pas sous mes pieds que je peux marcher : la croyance est ce qui permet aux hommes d'agir, de décider quoi faire, d'orienter leur vie et leur être. Mais c'est chaque fois de l'ordre d'une narration, d'un roman. Même quand nous disons que la terre est une planète, etc., c'est encore un roman, parce qu'on sent bien qu'il y a cette différence entre ce que la terre "est" réellement - et là personne n'en sait rien - et ce roman que nous nous racontons, cette histoire. La particularité de la science naturaliste est de s'appuyer sur des preuves et des démonstrations, mais ce n'en est pas moins une histoire qu'elle produit. Une histoire plus efficace à certains points de vue, et en même temps incapable de donner un sens à l'existence et à l'action des hommes, en fait. D'où la crise monumentale que vont traverser, selon Ortega Y Gasset, les sociétés Occidentales dans les années à venir (1920, donc). Mais ce qui devrait t'intéresser, ce sont les conclusions qu'il tire de ses petites analyses. L'homme n'a pas de nature, il a un défaut de nature. Quand on dit "nature", depuis l'antiquité on vise ce qui ne bouge pas dans l'être d'une chose, sa nécessité autrement dit, la loi régissant tels phénomènes. La pierre est ce qu'elle est pour toujours. Chaque tigre qui vient au monde est le premier tigre. Mais l'homme, si c'est vrai du point de vue de son corps et de son cerveau à la rigueur, qui sont effectivement des "choses", c'est totalement inutile du point de vue de sa vie, de son existence au total, entendue comme le tout "moi-monde". Ce défaut de nature fait que l'homme doit inventer. Il doit constituer un monde intérieur, des croyances. Devant la terreur que lui inspire la réalité même, l'homme se retire en lui-même, médite sur les choses, se fait des idées, ses idées et ces idées, quand elles prennent une ampleur, quand elles s'inscrivent dans l'usage (très lentement, tout doucement), se déposent dans le limon de ses croyances, et ainsi se forme le sol d'un monde dans lequel il parvient à vivre, à être, à se projeter. L'homme est un être d'imagination. Son monde intérieur lui permet de médiatiser ses rapports avec la nature, avec la réalité, plus ou moins efficacement. Mais le flot des choses ne cesse de venir mettre ses croyances en branle et alors il doit à nouveau penser. Penser parce que ses croyances s'entrechoquent entre elles et avec la réalité. Il connaît le doute, le doute entraîne le besoin de penser, de former de nouvelles lectures, et ainsi de suite, chaque génération constitue son monde. Mais chaque monde hérite du précédent dans le sens où nous ne pouvons plus être ce que nous avons été. Quand une croyance s'effondre, s'affaiblit de sa vigueur elle appelle son remplacement. Ainsi la nature de l'homme, contrairement à celle de la pierre, n'est pas du type de la nécessité, n'est pas du type du déterminisme, mais de l'ordre de la dialectique : affirmation, négation - affirmation, négation, sans d'ailleurs que ce soit simplifiable, résumable à ce schéma binaire. Et tant que nous essaierons de comprendre la situation humaine, et nous-mêmes, avec les catégories de la nécessité, en fait les catégories de la raison naturaliste, nous n'y comprendrons rien, nous nous condamnons à patauger dans d'infinis paradoxes. Ce constat posé en 1920 me semble encore terriblement d'actualité. Ainsi personne ne semble comprendre que les sociétés occidentales basculent de la gauche culturelle à la droite. Mais c'est précisément ce pendule de l'histoire qui est à l'oeuvre. Ce que nous avons été, nous ne pouvons plus l'être. Or d'un côté la "nature" de l'homme est de changer, de "devenir", d'être "artiste" en somme de s'inventer (mais pas arbitrairement, puisqu'il y a tout le poids du passé en particulier), bref de créer et recréer sans cesse un ordre, mais de l'autre côté, nous nous sommes constitués un monde matériel, "technique", qui lui exige plus ou moins impérativement au contraire la continuité, parce qu'il reproduit les catégories de la pensée naturaliste dont les fondements sont la permanence, la nécessité, l'identité. Ceci ne répond sans doute pas à tes questions, mais j'espère que ça nourrira ta réflexion.
  22. Sauf ton respect, quel ramassis de saloperies à 05 centimes tes "images" de propagande, ça a pas du coûter cher aux auteurs, on dirait même dû bénévolat. En attendant... à Paris, dans les bars, grosses ambiances, c'etait le feu
  23. Loufiat

    Critiques

    Je suis bien obligé en lisant tout ceci d'imaginer que vous savez pertinemment que vous enfilez une suite de contre-vérité. Je me demande si vous le faites pour être contredit. Ou en vous demandant si vous le serez. Il est bien évident pour toute personne un peu sensée et réfléchie que le langage courant se contrefout généralement du tiers exclu. Que dans la langue commune une chose peut parfaitement être à la fois cette chose et autre chose. L'ensemble des critiques que vous adressez s'applique exclusivement aux mathématiques. Pensez-vous qu'une personne qui prie n'imagine pas que Dieu ou quelle autre divinité, est à la fois là et absente devant elle ? Hormis le langage mathématique et la logique classique, quelle parole supporte le tiers exclu et tout ce que vous attribuez faussement au sens commun ou vulgaire dans vos divers messages ? Aucune. La poésie n'a que faire des scrupules des coupeurs de cheveux en quatre. Essayez de comprendre ce qu'est le temps en rapport à la parole et non plus aux maths et aux sciences physiques : les matheux réinventent l'eau tiède simplement ils le formulent dans leurs pompes habituelles.. Encore une fausse route, une inversion complete.. due au flou total dans lequel tout le monde choisit de laisser la parole en tant que telle. Dans l'espoir que cette réponse vous stimule (j'ai la quasi certitude que vous l'espériez, sinon que vous l'attendiez).
  24. Loufiat

    De l'existence de l'âme

    Je me permets juste de dire que cet argument est faux archi faux. Puisque l'état du système détermine réellement ce qui s'affiche à l'écran... sans blague. L'exemple dessert votre propos
  25. Loufiat

    La philosophie du Moi

    Pour faire court la parole nous permet de fixer un ensemble de points de repères, toujours relatifs, fluctuants mais qui apportent quand même une clarté relative à des choses qui ne sont ni claires ni bien définies. Le moi fait parti de ces bornes que nous posons, à mon avis. Et nous les posons toujours ensemble, jamais seul (Si c'est le sens que vous donniez à légende personnelle).
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