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Guillaume_des_CS Membre 671 messages
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Kovanien

***

LE PRÉAMBULE DU NÈGRE

Moi, je suis le nègre. Le véritable auteur, c'est Kovanien. Ou plutôt, c'est le livre lui-même. Enfin, on ne sait pas très bien... Vous comprendrez tout à l'heure. Mais pour ce petit prologue qu'il m'a demandé d'écrire moi-même, il m'a subtilement conseillé de parler à la première personne. C'est singulier... Je vais essayer... Mais ne vous y trompez pas : c'est un artifice ; ce petit conte, qui pourrait bien être vu comme un délit d'initié, ce n'est pas moi qui l'ai commis...

Voilà, j'essaye quand même : ce livre, je l'ai conçu comme un bébé joufflu. Il est donc mignon, gentil, quelquefois drôle, quelquefois pénible, enfin... c'est un bébé quoi. Il a une tête, un tronc et des membres. J'ai eu de la chance car avec toutes ces saletés qui commencent à traîner dans l'atmosphère sans qu'on les voie... Bref, il est entier ; en trois parties. Vous pourriez donc penser que c'est un bébé-livre normal, un de plus... Ne le faites surtout pas ! Non que je veuille diriger votre pensée bien entendu, mais je dois vous prévenir : il est magique, et sa magie pourrait être dangereuse ! Je vais vous expliquer...

Dans sa première partie, il vous montre ce qu'il s'est mis dans la tête ; dans la deuxième, comment se fait la synthèse —  biochimique évidemment —  de ce qu'il s'est mis en tête... Et dans la troisième, ce que l'on pourrait faire du résultant de cette synthèse... Et c'est là qu'est le danger car ce "on", ce tout petit "on" qui pourrait en faire quelque chose..., ce ne sont pas ses membres, non, c'est... nous ! Les êtres humains ! "Les individus" comme il nous appelle... Or, ce que l'on pourrait en faire n'est pas tout à fait rien. À l'en croire, on pourrait changer le monde !... Seulement voilà, c'était compter sans moi...

Nous autres les nègres, avons ce qu'on appelle un Code de déontologie. Et ce code prévoit, en son Article 5878 alinea 4ter du Titre XXXVI du Livre V qui traite de "LA PROTECTION DUE AU LECTEUR", je cite : « Tout nègre qui se rendrait complice, par défaut d'information du lecteur, de toute manœuvre manipulatoire visant à faire croire que l'on peut transférer dans le monde réel les procédés magiques mis en œuvre dans le conte —  y compris le conte philosophique —  encourrait la peine prévue à l'Article 461bis alinea 2 du C.P.L. » Le C.P.L., c'est le Code Pénal Littéraire. Je le dis car il n'est pas très populaire...
Bon, j'admets qu'avant de décider de vous protéger, je suis allé voir ce que disait de son côté le 461bis... J'ai donc un peu hésité. Pourquoi cette hésitation ? C'est que, je dois l'avouer, à force d'écrire sous sa dictée, Kovanien m'a presque convaincu... Et si cette conviction n'est pas encore tout à fait certaine, il en est une autre qui l'est : son intention n'est pas manipulatoire, elle est... humaniste ! Qu'il s'y prenne maladroitement en enfreignant quelque peu la loi littéraire par des innovations dans la ponctuation est une chose. Qu'on l'accuse d'un crime en est une autre !... Cela dit, le 461bis ne me laissait guère d'autre choix que de vous prévenir...: « La peine encourue pour les délits prévus aux Articles 5878 et suivants [...], est la privation de dessert perpétuelle et de tous droits humains, assortie de l'emprisonnement à vie, jusqu'à la douzième génération..., dans une usine de fabrication de smartphones de la province de
谷歌苹果和其他人... » ! Là, j'ai essayé d'imaginer ma vie sans les crèmes glacées du Macdo et mon hésitation a disparue. C'est bon quand même d'avoir des lois... Tout devient plus simple.

Après, pour le transfert à la réalité, vous ferez bien comme vous voudrez... Vous, vous n'êtes pas nègre ; vous ne risquez rien d'essayer... Quand même, soyez prudent. Certains bébés grandissent très vite... Cela pourrait vous mener loin...

Bon, je vous laisse savourer... Ah non ! Une dernière chose encore... Le petit s'est mis au monde tout seul ! Pourquoi ? Ne le répétez à personne... Promis ? C'était une ruse pour éviter la censure. Quelle censure ? L'autocensure ; celle des éditeurs. Le problème avec eux, c'est qu'ils savent lire entre les lignes... Non, non, ne le prenez pas mal ! Ce n'est pas ce que je voulais dire... Vous aussi savez lire entre les lignes, je le conçois bien. Comment puis-je être aussi maladroit !? Vous voyez bien que je ne pourrai jamais être auteur... Ce que j'essayais de dire, c'est que ce petit livre est dangereux pour les éditeurs. Mais pas seulement pour eux... Mais aussi pour eux. En fait, il prétend démontrer comment l'on pourrait tout changer sans rien casser. Et dans ce "tout", il y a forcément tout ; il y a donc aussi le système de diffusion de la culture par le livre... Vous allez me dire : « Pourquoi auraient-ils peur puisqu'il s'agit de ne rien casser ? » Et c'est là justement, et pas avant, que j'aurais dû vous répondre : parce qu'ils savent lire entre les lignes ! Vous comprenez ? Car entre les lignes, ce qui n'est pas écrit, ce qu'on ne pourra jamais reprocher à ce petit livre puisqu'il ne le dit pas, c'est que beaucoup de choses pourraient disparaître si l'on suivait ses principes... Elles s'effondreraient sur elles-mêmes presque naturellement, par manque d'usage tout simplement. Enfin, j'exagère... Dans ce cas précis, ce ne serait pas tout à fait naturel. Cela serait davantage comparable à l'effet d'un virus... Une sorte de maladie contagieuse, une obsolescence précoce, une sénescence juvénile provoquée par une épidémie... Mais en tout cas : sans rien casser !

Bon, allez, je vous embrasse !

Bien à vous,

Guillaume des CLAIRS SOLEILS —  Le nègre.

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Guillaume_des_CS Membre 671 messages
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Kovanien - 1

Les 4 principes kovaniens

 

Premier principe kovanien : "je" est le centre de tout

Deuxième principe kovanien : La vie est jouissance

Troisième principe kovanien : Il n'est de responsabilité qu'individuelle

Quatrième principe kovanien : Il n'est de jouissance que parfaite

 

 

"Tout changer sans rien casser."

 

Ce petit livre est très malin. Il est si malin qu'il s'est écrit... tout seul ! Mais un livre sans auteur, tout le monde le sait, cela ne peut exister. Alors il l'a créé, son auteur, et nous le présente ainsi :

"Kovanien est un personnage imaginaire. Il est, et il n'est pas. Il est moi, il est toi, il est elle ou lui, ou il ne l'est pas... Il n'est que pour autant qu'on le perçoit en soi. À moi-même, son créateur, il échappe quelquefois ! Si tu peux t'identifier à lui, alors il sera toi ; sinon, il ne le sera pas et tu ne le sauras pas...

Ce personnage imaginaire est multiforme. C'est un homme ordinaire, et c'est un homme extraordinaire. Il a tout âge, indifféremment... et il n'est pas sexué. Dans la société, il est tout à la fois le milliardaire repus et le plus miséreux d'entre les pauvres. Il peut être érudit, il peut être ignorant... Il faudrait mille pages pour te dire tout ce qu'il peut être. Moi qui suis mauvais conteur, je ne saurais les écrire... Je vais donc les résumer :

Kovanien est une idée qui se transcende en un simple mortel. Celui-ci n'est supérieur ou inférieur ou égal à personne. Il est, comme toi, comme moi, différent et unique. Il est... "je".

À l'inverse, ce qu'il n'est pas tient en peu de mots : il n'est ni philosophe, ni docteur d'aucune foi ; de la philosophie —  mère de toutes les sciences -, il ignore le langage ; et de la religion, il n'a pas reçu le don.

Il dit m'avoir écrit ? Je laisse dire... Mon ambition est ailleurs que dans une querelle d'auteurs : je veux changer le monde !"

Ce petit livre, je l'ai lu une première fois, en moins d'une journée je crois. Quand j'ai tourné sa dernière page, je n'ai pu m'empêcher de retourner à la première... Il prétend réussir là où les religions et les révolutions ont échoué. Et il prétend le faire d'une façon mille fois moins compliquée que les premières, et bien sûr, mille fois moins sanglante que les deuxièmes. Il nous dit qu'on peut tout changer, sans rien casser. Qu'il suffit pour y parvenir, d'appliquer quatre petits principes à chacune de nos décisions.

D'ailleurs, moi qui l'ai lu je peux vous dire que je ne suis pas d'accord. Car on peut !, ne pas être d'accord avec lui... De mon point de vue, seuls les deux premiers sont des principes. Les deux autres ne sont que des conditions principales, des conditions de réalisation mises aux deux premiers. C'est donc avec seulement deux principes qu'il veut changer le monde !

Mais laissez-moi vous raconter comment je suis arrivé à cette conclusion...

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Guillaume_des_CS Membre 671 messages
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Kovanien 2

 

 

INTRODUCTION À LA PREMIÈRE PARTIE

 

Changer le monde ?

Pourquoi ce petit livre veut-il changer le monde ? Je lui ai posé la question évidemment. Sa réponse m'a d'abord surpris. Il m'a dit : « Pourquoi pas ? C'est un jeu, c'est tout. Vous n'arrêtez pas d'en parler de changer le monde ! J'ai pensé qu'un jeu qui pourrait vous permettre de le faire devrait vous plaire... Voilà. Il n'y a pas d'intention cachée. C'est juste un jeu... J'y ai mis quatre petits principes, qui tiennent en vingt-quatre mots très simples qu'un enfant peut comprendre, j'ai ajouté quelques graines de malice, un soupçon d'imagination, et j'ai secoué le tout pendant quelques années...

  C'est donc une recette ? un philtre ?, lui ai-je répondu. Tu veux nous le faire ingurgiter ?

  Une recette ? Peut-être... C'est vous qui déciderez. Mais je dirais "adopter" plutôt "qu'ingurgiter". Ce n'est donc pas un philtre.

  Et comment comptes-tu t'y prendre ?

  Je ne sais pas... Peut-être devrais-je commencer par te livrer mes quatre principes, qu'en penses-tu ?

  Oui, définitivement ! Car s'il suffisait de quatre petits principes pour changer le monde, il y a longtemps qu'on l'aurait changé, le monde ! Il ne devrait pas être très difficile de les mettre en vrac, tes quatre principes.

  Arf... Déjà tu es sur la défensive. Remarque, je m'y attendais un peu. Vous les humains, voyez la complication partout. Pourtant, des choses très simples dites avec simplicité peuvent être très puissantes...

  J'attends...

  Laisse-moi te prévenir d'abord. Ensuite, je te les dirai mes quatre petits principes... Mais pour commencer, fais-moi une promesse.

  Laquelle ?

  Vois-tu, pour les comprendre vraiment mes principes, justement à cause de leur simplicité, il faut les discuter.

  Les discuter ?

  Oui, les questionner, les mettre à l'épreuve, les critiquer avec vigueur, mais bienveillance... C'est le seul moyen de les comprendre vraiment. Alors, me promets-tu de le faire ? Me promets-tu d'aller jusqu'au bout de cette discussion ?

  Admettons...

  Non non, admettre est insuffisant. Je dois être sûr... Il te faut promettre !

  Bon c'est d'accord, je promets.

  Bien... Donc d'abord, je te préviens : mes quatre principes sont incontestables car...

  Incontestables !? Il n'y a donc rien à discuter !

  Mais laisse-moi donc finir ma phrase !

  Pardon...

  Ils sont incontestables en ce sens qu'ils ne font que constater des faits incontestables. Par exemple, mon premier principe, qui prend source dans la logique et la géométrie, se contente de décrire la position géographique de l'être humain dans son environnement. En gros, il dit : "l'être humain se trouve là, à cet endroit précis dans son environnement". Et personne, ni toi ni quiconque, ne peut dire que l'être humain ne se trouve pas à cet endroit précis de son environnement. C'est une évidence. L'être humain se trouve bien là, et tout le monde est forcément d'accord avec ce "là". En plus, tout le monde désire —  plus ou moins consciemment j'en conviens -, qu'il en soit ainsi. Car mes deux premiers principes ne sont pas seulement incontestables, ils sont aussi désirables ! Tu me suis ?

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Guillaume_des_CS Membre 671 messages
Forumeur forcené‚
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Kovanien 3

 

 

—  J'entends ce que tu dis, mais comment peux-tu être aussi sûr qu'aucun être humain ne puisse penser différemment ? Après tout, la position de quelque chose dans quelque chose dépend de la perception qu'on a de ces choses, non ?

—  Tu vois ? Tu es déjà dans la discussion ! C'est formidable ! On va pouvoir avancer... Mais je ne suis pas Normand, alors je te réponds : imagine une table carrée de 80 cm sur 80 cm. Je pose un objet à l'extrémité de cette table, dans un des quatre angles, et je te dis que cet objet se trouve posé sur la table, à l'un de ses quatre angles. Peux-tu le contester ?

—  Non, bien sûr, mais...

—  Tu ne peux le contester car c'est une évidence, un simple constat. Il ne s'agit pas de penser mais juste d'observer. Bien sûr, tu peux le contester si tu questionnes l'évidence elle-même. Mais alors, pardonne-moi, je questionnerai à mon tour ta bonne foi. Car enfin, un objet posé sur l'un des angles d'une table carrée est un objet posé sur l'un des angles d'une table carrée. D'accord ?

—  Hum... d'aaa...c...cord...

—  De la même façon, mon deuxième principe, qui lui prend source dans la biologie, ne fait qu'énoncer une caractéristique fondamentale de la vie.

—  La vie ?

—  Oui, la vie sous toutes ses formes. La vie possède une caractéristique fondamentale que vous, les hommes, avez peu à peu diabolisée, jusqu'au point... de l'oublier ! Une véritable amnésie collective...

—  Tu m'intrigues, mais tu me rends méfiant... Quand le diable s'en mêle...

—  Là où ta prudence me rassure, c'est qu'elle témoigne de ton esprit critique. Sans lui, les hommes se font moutons... Indociles, certes, mais moutons quand même. Or, mes principes, bien qu'ils soient universels, fonctionnent mieux avec les hommes qu'avec les moutons... Les hommes de bonne volonté, cela s'entend.
Quant au diable, rassure-toi : il pourra entrer, mais ne pourra nuire ! C'est qu'ils sont malins mes quatre petits anges ! Quand tu les combines, c'est une cage de Faraday qu'ils te forment. Tout, absolument toute énergie, toute idéologie, tout système de pensée peut y entrer, mais la cage les absorbe ! Elle n'en conserve que leurs qualités en regard de son dessein... Et son dessein est harmonie. Alors le diable, tu sais...

—  Tu me rappelles un certain Faust... Aurais-tu pactisé toi aussi ?

—  Pourquoi pactiser quand tu peux neutraliser ? Le diable n'est ni mon ami ni mon ennemi. Pas davantage la religion, l'idéologie ou la philosophie. Ils sont tous là depuis si longtemps qu'on pourrait presque dire qu'ils participent de la nature humaine. Ils sont quasi naturels ! Le système de mes quatre principes ne s'y oppose pas. Il synthétise une part de leur énergie dans une autre dynamique...

—  Il les récupère ?

—  Non, c'est plutôt comme j'ai dit, qu'il les absorbe. Comme il ne s'y oppose pas, ils n'ont aucune raison de le craindre. Il ne fait pas obstacle à leur empreinte sur l'esprit humain. Elle ne le concerne pas...
Mais, laissons cela pour l'instant, j'y reviendrai tout à l'heure, dans ma deuxième partie... Je vais te parler d'abord du troisième et du quatrième principes. Ces deux-là sont de même nature que les deux premiers en ce sens qu'ils constatent eux-aussi deux évidences, mais ces évidences sont un peu plus subtiles que les deux premières. Disons qu'elles sont moins tangibles et qu'il faut pour les accepter, outre un esprit conceptuel, et du courage et de la bienveillance.
Sur un autre plan, ils sont aussi les gardiens du sens...

—  Les gardiens du sens ?

—  Oui, les gardiens du sens. Vois-tu, si mes deux premiers principes se réalisaient, tu obtiendrais dans une sorte d'absolu... le plein épanouissement de l'individu humain ! Vous les hommes nommez cela "le bonheur" je crois. Mais ce concept vous appartient, je me limiterai à l'épanouissement...

—  Tu me fais rêver.

—  Oui, mais il y a un petit problème...

—  Je m'en doutais un peu.

—  Dans le meilleur des cas, les deux premiers principes s'annihileraient dans cette réalisation et le sens même de l'atteindre disparaîtrait.

—  Et dans le pire...?

—  Le pire, c'est la catastrophe ! Tu pourrais même obtenir l'effet opposé : l'individu le plus contracté, ou au contraire le plus disloqué, et, selon votre concept du bonheur, le plus malheureux qu'on ait jamais imaginé... Et bien sûr, un tel humain ne pourrait plus vivre en société. L'espèce même serait alors menacée...

—  Si je te comprends bien, tu nous proposes de jouer avec le feu ? Tes quatre petits principes sont la base d'un jeu qui pourrait bien nous conduire tout droit en enfer ?

—  Heu... non, justement, c'est pour éviter cela qu'ils sont quatre ! Disons... que les deux premiers pourraient tout aussi bien vous conduire en enfer qu'au paradis, et que c'est pour m'assurer du deuxième choix que je les ai assortis chacun d'une condition. Et ces deux conditions, donc les troisième et quatrième principes, ce sont les...

—  Gardiens du sens ! Tu vois que je suis...

—  Bravo !

—  Bien que..., le sens du sens m'échappe un peu ici...

—  C'est pourtant simple : mes deux premiers principes ne deviennent vertueux qu'au moment où ils s'inscrivent dans une dynamique dont le sens est déterminé par les deux autres.

—  Bon, ça sent quand même un peu le souffre ton jeu... J'espère que qu'il n'y est pas question de nitroglycérine...

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Guillaume_des_CS Membre 671 messages
Forumeur forcené‚
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Kovanien 4

 

  Non, c'est un jeu non violent. Toute explosion en est exclue. Si la violence avait quelque vertu, on le saurait. Surtout nous !, les livres. Que cela vous échappe encore nous attristent un peu...
Mais revenons à nos moutons. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'individuellement ces quatre principes ne produisent rien par essence, ni de bon, ni de mauvais, pour personne. Ce n'est qu'en système que les quatre à la fois, par une sorte d'alchimie, ils provoquent la magie ! Et cette magie, c'est la réalisation de l'individu autonome ; libre, puissant, responsable, un individu en totale harmonie avec son milieu... Dans mon jeu, seul cet individu-là peut être la pierre angulaire d'une société humaine équilibrée, elle aussi en harmonie avec son milieu. Et cette société-là, c'est le but de la partie !

  Autrement dit, tu poses une hypothèse selon laquelle la société humaine idéale pourrait se réaliser en combinant quatre conditions élémentaires. Plus qu'à une recette, cela ressemble fort à une théorie... Tu parles d'ailleurs toi-même de système... Avancerais-tu masqué ? Serais-tu l'œuvre insidieuse de l'un de ces nouveaux prêtres de la Systémique ?

  C'est amusant cette manie que vous avez de vouloir tout théoriser ! Remarque, je comprends ; c'est aussi ce qui vous a permis de vous différencier des autres espèces... Mais ne cherche pas midi à quatorze heures, je te l'ai dit : c'est juste un jeu. Et souviens-toi : mon auteur n'est ni philosophe, ni docteur d'aucune foi.

  Ah, oui, justement, parlons-en de ce Kovanien. J'ai cherché partout ! Je l'ai googueulisé, twittorisé, facebookisé, yahootisé même...: aucune trace de lui nulle part ! D'où vient-il ? Du passé ? du futur ? d'un univers parallèle ?...

  Ne préférerais-tu pas savoir où il va plutôt que d'où il vient ? Car il vient du néant. Je l'ai inventé. Il est le produit de mon imagination, et je suis l'œuvre de la sienne. Cela ne nous mène nulle part, on tourne en rond comme tu vois... Par contre, si vous entriez dans mon jeu..., il pourrait bien avoir un destin ! Et ce destin, lui, devrait vous intéresser...

  Tout cela est bien mystérieux... Laisse-moi réfléchir un instant... Quel pourrait être le destin de l'auteur imaginaire d'un livre réel —  je l'ai entre mes mains -, qui dévoilerait aux hommes le secret de leur bonheur dans une société idéale au travers de quatre petits principes qui tiennent en vingt-quatre mots qu'un enfant peut comprendre ?
Ma foi..., après l'odeur du souffre, je t'avoue que le parfum d'un gourou ne me séduirait guère...

  Voyons, sois logique ! Il nous faudrait un homme pour faire un gourou... Or, nous savons que Kovanien n'est pas un homme...

  Un nouvel Être suprême alors ? Un "Big Brother" ? ...un messie !?

  Tu y es presque...

  Non, pas un dieu quand même ?...

  Redescends d'un cran...

  Non, décidément je ne vois pas...

  C'est pourtant simple. Essaye d'imaginer, de te faire une image mentale de ce que pourrait être... très exactement, l'inverse, de ce que tu nommes un "messie" ou un "être suprême". Je dis  bien "l'inverse" et non pas "l'opposé"...

  Non, ce n'est pas simple. Tu me demandes de distinguer l'inverse de l'opposé, et tu prétends que c'est simple ! Sans mentionner qu'il s'agit ici de messie et d'être suprême... Ma parole, mais tu parles comme un livre !

  Livre je suis, comment veux-tu que je parle ?

  Mais quand même, fais un effort...

  Bon, j'en conviens... Laisse-moi réfléchir à mon tour...
Regarde, prenons le messie, de quoi s'agit-il ? Basiquement, c'est un messager. Le porteur d'un message... Bien sûr, vous l'avez complexifié à un point tel que le concept même de messie est devenu poreux, mais à la base, c'est un messager. Tu es là ?

  Je t'entends...

  Bien... Cherchons maintenant l'opposé du messie. Pour le Christ, par exemple, vous avez l'Antéchrist. Mais l'Antéchrist lui-même a mille figures dans votre histoire. Il peut être incarné ou purement conceptuel et théorique... Cependant, ces mille figures ont un point commun : l'Antéchrist est porteur d'un message lui aussi, et ce message contrarie celui du Christ. En fait, la figure de l'Antéchrist, qu'il soit incarné ou conceptuel, est elle-même identique à celle du Christ. C'est le même modèle : un être supérieur, unique, exceptionnel, porteur d'un message. Et leurs messages ne diffèrent qu'en termes de contenus. Ils sont de même nature et leur vocation à chacun est d'énoncer une vérité ou une solution supérieure... Voilà pour l'opposé. Remplace le messie par la philosophie, ou par l'idéologie, ou  par tout ce que tu voudras qui concerne l'état de l'être humain dans ses dimensions individuelle ou sociale et tu pourras faire le même constat : à chaque fois, l'opposé n'est au final qu'identiquement contraire !

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Guillaume_des_CS Membre 671 messages
Forumeur forcené‚
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Kovanien 5

 

  J'en conclus que le destin de Kovanien n'est pas d'être figure d'Antéchrist...

  En effet, car Kovanien n'est pas l'opposé... Il est l'inverse d'un messie, l'inverse de toute philosophie, de toute idéologie ou même de toute religion ! Et maintenant, tu vas voir comme cette différence entre l'opposé et l'inverse est simple : Kovanien n'est porteur d'aucun message ! Il ne propose aucune solution à aucun problème. Il n'énonce rien, aucune vérité, aucune solution supérieure... D'ailleurs, y a-t-il un problème ? Kovanien n'en sait rien. Cela ne l'intéresse pas. Qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas de problème ne change rien à son jeu...

  Ah là mais... toi et lui proposez bien de "tout changer sans rien casser", non ? C'est donc bien qu'il y a quelque chose qui ne va pas, qu'il y a quelque chose à changer, non ? Et si vous dites "tout", ne puis-je en conclure que "rien" ne va ? Tu m'as promis il y a un instant le bonheur parfait et la société idéale, et tu te rétractes déjà ? Tu me perds là...

  Je ne t'ai promis ni l'un, ni l'autre. J'ai parlé du "plein épanouissement de l'individu" et j'ai évoqué "le bonheur" comme la notion la plus proche à vos yeux de cet état. Mais cette notion est tellement imprécise, tellement variable d'un individu à l'autre, d'une époque à une autre de votre histoire, que je me garderais bien de la prendre comme référence de quoi que ce soit ! Quant à la société, j'ai parlé de "société équilibrée en harmonie avec son milieu". Toi seul parle de "société idéale"... Cependant, j'accepte les deux, et "le bonheur" et "la société idéale", comme possibles résultats du jeu Kovanien ! Car Kovanien ne propose que cela : un jeu qui permet de "tout changer sans rien casser"... Il ne dit pas, prédit encore moins, la nature des changements résultant du déroulement de son jeu, mais il n'exclut pas ces deux possibilités. Au contraire, en ajoutant ses conditions à ses deux principes initiaux, il en fait même des probabilités ! Mais probable n'est pas certain... Ce qui l'est, en théorie, c'est un individu renforcé sur le plan de son autonomie et un accroissement de l'équilibre général de la société. Si Kovanien pouvait promettre quelque chose, sa promesse se limiterait à ces deux dimensions. Mais Kovanien ne peut rien promettre, car "il est" et "il n'est pas". Kovanien est un personnage imaginaire... Dans le monde réel, "Kovanien" n'a qu'une seule réalité : c'est un mot. Et c'est du destin de ce mot dont j'aimerais te parler...

  Bon, mais auparavant, je veux savoir d'où vient ce mot ! Toute entité a son histoire. Prétendre, comme tu le fais, la balayer d'un revers de la main, ne me convient pas. La destinée de toute chose ne prend-elle pas source dans son passé ?

  Je n'en suis pas certain... Mais après tout, le champ de ma connaissance se limite à ces quelques centaines de pages que je pèse... Cela dit, je comprends ton exigence et vais donc m'y soumettre.

  Enfin j'obtiens quelque chose...

  Ce mot, "Kovanien", est un néologisme pur. Tu ne le trouveras dans aucune des langues parlées par les terriens. Par contre, il peut être facilement prononcé dans chacune d'elles, ce qui lui donne une dimension universelle à l'échelle de votre monde. Comme je te l'ai dit, c'est une invention. Il me fallait un mot qui puisse désigner à la fois mon auteur, mon jeu, et au delà... les artéfacts que produira mon jeu.

  Qu'entends-tu par là ? Que sont donc ces artéfacts ?

  Et voilà ! Nous y sommes... Ces artéfacts, comme tu vas voir, pourraient bien faire le destin de Kovanien ! Les artéfacts sont les effets du jeu sur la société. Le premier de ces effets, c'est le joueur. Chaque joueur pourra ainsi se dire kovanien, au sens du qualificatif, ou se réclamer de Kovanien au sens de sa participation à l'entité politique kovanienne, et dire alors : "Je suis Kovanien" !

  Politique ?

  Oui, politique. Un jeu de société qui permet de changer la société est forcément politique, non ?

  Je n'aime pas ce mot...

  Je comprends cela, vous l'avez tellement galvaudé... Cependant, il est inévitable car cette entité politique kovanienne est le deuxième artéfact. Mais rassure-toi, elle ne prendra jamais la forme d'un parti politique ; la règle du jeu l'interdira, comme elle interdira à tout joueur de se présenter à toute élection. La force de l'être politique Kovanien sera force d'influence sur le politique, et non pas instrument de gouvernement. Cela dit, je ne peux dissimuler qu'elle pourrait avoir pour effet mécanique de réduire le champ de ces instruments...

  Réduire le champ des instruments de gouvernement... Un fumet d'anarchisme maintenant ?

  Pourquoi pas ? Je te rappelle que le système de mes principes —  nommons-le une fois pour toutes "le système kovanien" -, est perméable à toute idéologie. Si quelque chose dans la théorie anarchiste peut servir à son dessein, il l'acceptera tout autant qu'il acceptera ce qui pourrait sembler contraire dans une autre.

  Hum... C'est un peu subtil... Aurais-tu un exemple ?

  C'est simple, regarde...

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Guillaume_des_CS Membre 671 messages
Forumeur forcené‚
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Kovanien 6

  Encore ! Décidément tout est simple avec toi...

 Euh... Pardonne-moi, c'est peut-être un tic de langage mais je ne peux quand même pas compliquer ce qui ne l'est pas juste pour plaire à tes oreilles... Regarde donc : la théorie anarchiste dit par exemple que le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins ; elle va même jusqu'à préconiser la suppression de tout gouvernement, le citoyen s'autogouvernant. Nous verrons dans ma troisième partie, quand nous discuterons des effets de mes principes sur la société, qu'aucun des quatre ne s'oppose à ce postulat, en tout cas jusqu'au moment où il prescrit la suppression de tout gouvernement. Le début de la proposition est donc acceptable, et l'idée finale d'un citoyen s'autogouvernant est éminemment compatible avec le dessein du système kovanien d'un individu autonome, puissant, responsable... Mais la proximité entre l'anarchisme et Kovanien s'arrête là. Kovanien n'est, contrairement à une idéologie, porteur d'aucun message, d'aucune vérité. Il ne peut donc prescrire la suppression, ni l'instauration, de quoi que ce soit. La réduction du champ des instruments de gouvernement pourrait être un effet mécanique du système kovanien ; mais ce n'est pas un objectif politique, c'est une conséquence possible, pas même certaine... Enfin et surtout, car c'est le seul déterminant, la suppression du gouvernement ne passerait pas la barrière de mon quatrième principe... Or, l'algorithme, la formule qui active le mécanisme de la magie dans le jeu Kovanien, commande que les quatre principes soient respectés pour qu'une action soit acceptable. Qu'un seul manque à l'appel, et l'action n'est pas recevable...

  Je vois... Tes principes sont en quelque sorte des clés de validation... La combinaison d'un coffre-fort ?

  Précisément. Mais voyons maintenant comment une valeur fondamentale d'une idéologie contraire peut, de la même façon, trouver grâce dans le système kovanien. Tant qu'à y être, reprenons source dans l'anarchisme. L'un de ses théoriciens, qui s'était fait élire député..., a dit un jour à la tribune de l'Assemblée Nationale : "La propriété, c'est le vol". La propriété est, comme tu sais, l'un des piliers sacrés du système capitaliste. Ce pilier est-il acceptable dans le jeu Kovanien ? La réponse est oui car la propriété passe la barrière de chacun des quatre principes..., jusqu'au moment où son objet pourrait être caractérisé comme le résultat d'un vol, ou qu'il s'agit d'un être vivant ! Dans ces deux cas, la propriété ne passe plus la barrière du quatrième principe, et, accessoirement, celle du premier quand il s'agit d'un être vivant. Autrement dit, l'esclavage, sous toutes ses formes, et la dépossession d'autrui, sous toutes ses formes —  y compris légales !-, sont rendus impossibles par le même petit principe des six mots très simples... Cela a-t-il pour conséquence de rendre acceptable dans le jeu Kovanien la proposition du député anarchiste de requalifier automatiquement la propriété en vol ? La réponse est non car cette requalification buterait sur le même quatrième principe !

  Donc ? Qu'apporte le système kovanien ?

  Il n'apporte rien de moins que la démonstration que deux valeurs fondamentales à deux idéologies antagonistes, peuvent cohabiter dans un système ayant pour dessein la construction permanente d'une société toujours mieux équilibrée, basée elle-même sur l'épanouissement de l'individu. Autrement dit, anarchistes et capitalistes peuvent partager le plaisir de ce jeu et contribuer à cette construction en y apportant chacun des valeurs apparemment contradictoires ! En fait, tout citoyen, quelles que soient ses convictions dans tout domaine, sa religion, son âge, la couleur de sa peau, ses préférences sexuelles, etc., peut participer à ce jeu et y contribuer. Grâce à la combinatoire opérée entre les quatre principes, la logique du système kovanien correspond mieux à la complexité du monde moderne. Nous sortons de la dualité binaire du "vrai ou faux", et, comme tu verras, nous allons bien au delà de la logique quaternaire qui n'y ajoute que le "ni vrai, ni faux" et le "vrai et faux à la fois"...

  Je pourrais être plus facilement d'accord avec cela si je connaissais les principes que tu invoques, mais dis-moi encore : comment ton système traduira-t-il dans les faits quotidiens ce genre de concept, qui, tu l'avoueras, est bien théorique...? Si j'ai bien compris cette idée d'artéfact, ma question est : comment ces artéfacts kovaniens se formeront-ils ?

  C'est la bonne question en effet, et je consacre à lui répondre toute ma troisième partie. Elle décrit concrètement le fonctionnement de l'algorithme du système en expliquant le déroulement du jeu dans la société. Comme tu posséderas alors les quatre principes, l'accès à la logique kovanienne te sera plus aisé... À ce stade où nous en sommes, je ne peux utilement t'en donner que la formule. Mais j'hésite à le faire...

  Pourquoi ?

  C'est trop abstrait, trop intellectuel, trop théorique en tout cas...

  S'il te plaît...

  Non...

  Allez...

  Il y a peut-être un moyen...

  Lequel ?

  Un dessin pour l'illustrer...

  Soit ! Dessine-la moi cette formule ! Je te préviens, je n'y renoncerai pas...

  C'est que...

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Deremensis Membre 91 messages
Forumeur en herbe‚ 39ans
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Tres interessant et bien ecrit. Cela ressemble un peu a un dialogue socratique non ? J'ai du mal avec la jouissance (to enjoy ?).... Curieuse pour la suite...

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Guillaume_des_CS Membre 671 messages
Forumeur forcené‚
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Kovanien 7

 

—  Quoi d'autre ?

—  Je suis un livre...

—  Et ?

—  Les livres savent écrire, car ils possèdent le pouvoir des mots...

—  Mais ?

—  Ils ne peuvent dessiner...

—  Je ne l'avais pas envisagé... Attends..., un instant...
J'ai la solution : décris-moi l'image, je ferai le dessin. Allez ! Commence !

—  Ton idée est séduisante... Choisir son auteur est chose courante dans notre univers, mais choisir son illustrateur..., je serai le premier ! Cela va faire bruisser dans les étagères...

—  Je t'écoute.

—  Allons-y donc ! C'est une maison que tu vas dessiner ; la maison de Kovanien. Et si ton dessin est bon, je le mettrai juste à la fin de ma première partie. Il servira d'introduction à la deuxième, celle qui discute les principes...

—  Ce que tu peux être méthodique... Allez..., dicte donc !

—  Bien... Dessinons la base.

—  Et les fondations ?

—  Écoute, si tu commences à vouloir être l'auteur de mon dessin, on ne va pas y arriver... J'ai dit "la base". La maison kovanienne n'a pas de fondations. Elle doit être solide, et "solidité", dans un environnement instable, n'est pas synonyme de "fixité". Mais c'est un détail en fait. Essaye juste d'oublier ce que tu tiens pour certain... Essaie... d'accepter l'idée d'avancer dans l'inconnu. Que risques-tu ? Ce n'est qu'un dessin !

—  Bon, d'accord... je suis ton crayon ! Vas-y ! "La base" donc...

 

 

PREMIÈRE PARTIE

La maison kovanienne

  Pour commencer, dessine-moi une jolie bulle, que tu feras noire et dans laquelle tu écriras : "réalisme économique" ; tout part de là...

  Comme ça ?

  Oui, très bien...

  Et c'est quoi, ce "réalisme économique" ?

  Je te l'ai dit, c'est le point de départ...

  Mais encore ?

  C'est ce qui a fait qu'un jour, probablement par le plus grand hasard, vous vous êtes rendu compte que vos chances de survie étaient beaucoup plus grandes quand vous vous groupiez que lorsque vous deviez affronter seul les difficultés de votre existence. Cela se passait il y a très longtemps. Au début, votre préoccupation était de vous défendre j'imagine... Mais très vite, en quelques centaines d'années peut-être, vous avez appliqué ce principe de regroupement à des entreprises offensives et vous êtes faits chasseurs. Il vous fallait des armes, vous les avez inventées et fabriquées. Il vous fallait un territoire, vous l'avez délimité et protégé. Mais surtout, chassant collectivement, il vous fallait partager le produit de la chasse... Et là, vous avez commencé à vous organiser en société ! C'était une nécessité et vous avez adopté une attitude économiquement réaliste : le réalisme économique était né ! Déjà, le collectif primait sur l'individuel, mais l'individu restait puissant. Il pouvait encore choisir de ne pas s'intégrer au groupe. S'il le faisait, c'était à ses risques et périls ; la cohésion du groupe n'en était pas menacée... Bien sûr, il ne pouvait à la fois rester libre et indépendant et profiter des avantages de la collectivité, mais il pouvait encore choisir... Aujourd'hui, ce choix n'est plus possible.

  Pourquoi pas ? Je ne vois pas ce qui pourrait m'empêcher d'aller vivre seul dans la forêt... Je me construirais une cabane, me nourrirais de baies, de chasse et de pêche, et pourrais me livrer à mon sou à la méditation...

  Ce qui t'en empêcherait, ce sont les lois de votre société. "Ta" forêt n'existe plus pour commencer. Toute forêt appartient à quelqu'un et tu n'y seras, dans le meilleur des cas, que toléré. Pour ta cabane, il te faudra un "permis de construire" ; permis encore il te faudra pour attraper ta nourriture car elle aussi appartient à quelqu'un ! Et bientôt, même l'air que tu respireras appartiendra à quelqu'un ! Pour l'eau, c'est déjà fait...

  Peut-être, mais si ce "quelqu'un"... c'était moi ! Suppose un instant que je sois immensément riche. Je m'achète une forêt de mille hectares, et j'y fais ce qu'il me plaît !

  Hé bien non, car où qu'elle soit, tu devras en partager la propriété avec un autre...

  De quel "autre" parles-tu maintenant ?

  Je parle du propriétaire de l'environnement de ta forêt ; je parle de l'État-Nation. Au final, ce sont toujours ses lois qui régiront ta propriété...

  Admettons... De toute façon, je n'ai pas vocation d'ermite. L'homme n'est pas fait pour vivre dans la solitude... Je crois même que c'est la pire des souffrances qu'on puisse lui faire subir ! L'isolement du prisonnier dans les quartiers de haute sécurité n'est-il pas là pour nous le rappeler ?

  Je ne sais pas. Nous autres sommes incapables de ressentir. Ce que je sais, par contre, c'est que le mot lui-même, ce mot de "solitude" que tu associes à "souffrance" et "isolement", pourrait être associé à d'autres...

  Que veux-tu dire ?

  Je veux dire qu'il fonctionne aussi avec "jouissance" et "liberté"... D'ailleurs, l'isolement ne naît pas forcément de la séparation d'avec ses pairs. Pense à l'exilé... Il est souvent seul, mais rarement isolé. A l'opposé, "l'enfant-soldat" de quelque despote sanguinaire doit aller jusqu'à s'isoler de lui-même pour survivre dans le groupe et s'y faire respecter. Sa solitude est peut-être plus lourde encore à porter que celle du prisonnier... Je ne sais pas... Je ne sais pas... Et mon ignorance de ces choses est peut-être justement la raison qui a fait cet algorithme que nous allons dessiner... Il pourrait bien nous montrer qu'à trop chercher quelque chose l'on obtient son contraire...
Mais rien n'est écrit. Continuons pour l'instant : dessine-moi trois autres bulles que tu disposeras de telle façon qu'elles forment un rectangle avec la première. Dans celle que tu placeras en bas à droite, tu écriras "Conformisme social" ; dans celle que tu superposeras à celle-ci, tu mettras "Moraligions" et "Idéologies" ; et enfin, dans celle du coin supérieur gauche : "Science et Technologie".

  Ainsi ?

  Exactement.

  Qu'avons-nous maintenant ?

  Maintenant, nous voyons les quatre piliers sur lesquels reposent toutes les sociétés humaines.

  Oh oh... Il va falloir t'expliquer... 

  Je vais m'expliquer, bien sûr... Mais d'abord, tu vas relier ces quatre bulles entre elles en traçant des flèches. La première partira du réalisme économique et pointera vers le conformisme social. La seconde du conformisme vers les moraligions, et ainsi de suite jusqu'à revenir au réalisme. Et sur la première flèche, tu écriras "impose" ; "produit" sur la seconde, "gouvernent" sur la troisième et "augmentent" sur la dernière. Enfin, au centre de ton croquis, tu esquisseras un individu.

  Un individu ?

  Oui, un être humain quoi... Et tu le feras penser : "Nous".

  J'en mets plusieurs alors ?

  Non, c'est un seul individu qu'il nous faut, et il se pense à la première personne du pluriel, c'est tout.

  Bon, ...voilà.

le_blockhaus_1.jpg
Explique-toi maintenant... Comment vois-tu là les piliers de notre société ?

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Guillaume_des_CS Membre 671 messages
Forumeur forcené‚
Posté(e)

Kovanien 8

 

—  Non seulement j'y vois les piliers de votre société, mais j'y vois les piliers de toute société humaine : présente, passée ou à venir...

—  À venir ? C'est donc que ton système, qui prétend changer la société, nous en propose une qui reposera sur les mêmes piliers ?

—  Je ne propose aucun modèle de société... Souviens-toi : Kovanien n'est porteur d'aucun message. Il n'apporte aucune solution miraculeuse, aucune préconisation révolutionnaire, aucune promesse... Il ne sait pas ce qui résultera de son jeu. Ce qu'il sait, c'est que son jeu emportera changement. Ce qu'il souhaite, c'est que ce changement se fasse dans le sens d'une plus grande autonomie de l'individu et d'une société mieux équilibrée et en meilleure harmonie avec son environnement. Je te fais observer que ces désirs n'impliquent pas de modifier les piliers sur lesquels repose cette société... Et comme nous avons bonne mémoire, nous autres, je te rappelle aussi que parmi tous ceux d'entre vous qui ont voulu changer la société au cours des cinq derniers millénaires, aucun, je dis bien "aucun" n'a jamais questionné un seul de ces quatre piliers !

—  Hum... Je ne sais trop quoi penser...

—  Évidemment, tu ne me laisses pas m'expliquer... Tu m'obliges à défendre des conclusions non encore démontrées...

—  Quand même, Marx, par exemple, n'a-t-il pas questionné ta bulle "Moraligions et idéologies" ?

—  Que mets-tu dans "moraligion" ?

—  Comment le saurais-je ? C'est toi qui a inventé ce mot !

—  Alors comment peux-tu le rapporter à Marx ?

—  Je ne l'ai pas fait !

—  Si, tu l'as fait.

—  Oui, bon, j'ai entendu "religion" je l'accepte...

—  Hé bien mais... c'est exactement ce dont il s'agit ! La moraligion est la religion de la morale, tout simplement. Et cette religion-là, ton Marx ne l'a jamais mise en cause, au contraire... Mais Kovanien ne connaît pas Marx. Il n'a pas à en connaître... Pas davantage à différencier les religions, d'où cet amalgame qu'il fait en les incluant dans les "moraligions". Car enfin, toute religion ne repose-t-elle pas sur des principes moraux tout autant que spirituels ?

—  On peut le voir ainsi...

—  C'est donc que toute religion est aussi moraligion.

—  Si tu veux... Mais reprends ton explication. J'aimerais y voir plus clair sur ces piliers... En observant ce schéma, j'ai l'impression qu'ils bornent un terrain plus qu'ils ne supportent une maison... Est-ce là cette maison de Kovanien dont tu me parles ?

—  Non, là, c'est "le blockhaus". L'individu humain s'y est enfermé. Ce n'est que lorsqu'il deviendra kovanien —  au sens politique du terme —  qu'il pourra en sortir. Il construira alors une superstructure qui englobera ce blockhaus. C'est l'ensemble que formeront ce blockhaus et cette superstructure que je nomme "la maison kovanienne". Regarde, voici ce qu'il se passe...
Au commencement, nous l'avons vu, vous vous êtes regroupés pour vous défendre. Ce regroupement est né de ce que je qualifierais d'utile et nécessaire : le réalisme économique. La première conséquence de ce réalisme économique est, paradoxalement, de nature morale et éthique et non matérielle. Elle consiste dans le fait que l'individu, qui est la base même du système social que permet de construire le réalisme économique, doit être aliéné, assujetti à ce système. C'est une condition primordiale. La société ainsi formée doit avoir sa personnalité propre pour que l'individu puisse y adhérer "librement", en considérant les avantages qu'elle lui offre en regard de son besoin de sécurité. Elle édicte donc des règles, lesquelles prescrivent des codes de comportement, et elle créée des valeurs. La première de ces valeurs —  la solidarité -, de tous temps et dans toutes les sociétés humaines, procède d'une logique simple et implacable : l'intérêt collectif prime sur l'intérêt individuel. L'individu doit alors se penser lui-même comme une partie d'un tout, et se comporter selon les règles et les valeurs produites par ce "tout". C'est ce que j'appelle le "conformisme social". Pour autant que ce "tout" conserve dimensions humaines et que l'individu peut en avoir une vision globale immédiate, cela ne pose pas problème. Il peut continuer d'adhérer car il le fait consciemment, délibérément. Là où les choses se compliquent, c'est quand le "tout" prend des proportions inhumaines, ou plutôt : surhumaines. J'entends par là gigantesques à un point tel que l'individu ne peut plus "en faire le tour"... A ce stade, son adhésion vacille ; elle se fragilise car il ne sait plus trop bien à quoi il adhère.
Il convient alors, pour cette société devenue véritable organisme, de se donner un corps qu'il puisse identifier comme le symbole, la représentation "concrète" à ses yeux, de ce qu'il ne peut plus voir ; elle le fait en développant les moraligions et les idéologies. Avec elles, le sens de l'engagement individuel revient... Mais..., toute moraligion et toute idéologie est un processus dynamique ! Ni l'une ni l'autre ne peuvent être figées, statiques ; il leur faut évoluer, atteindre un but. Elles sont en mouvement permanent... Le mouvement n'étant possible que par l'action d'une force, et la force elle-même que par la mobilisation d'une énergie, c'est dans la science et la technologie que moraligions et idéologies vont puiser cette énergie...

—  Mais alors il faut inverser la flèche qui les relie !

—  Elle pourrait l'être en effet, et elle pourrait être à double sens car ces deux entités s'alimentent mutuellement. En fait, ces flèches représentent le courant dominant, le mouvement général résultant. Elles masquent une multitude de contre-courants bien présents mais trop faibles pour inverser ce mouvement... Cela dit, observe le fonctionnement des institutions sociétales et pose-toi la question de savoir qui décide réellement des axes scientifiques et technologiques à explorer et développer ?

—  Les gouvernants bien entendu...

—  Et dans lequel de mes quatre piliers les placerais-tu, ces "gouvernants" ?

—  Oui, je vois... Mais un gouvernement ne pourrait-il être d'une part laïque, et d'autre part totalement libre de tout idéologie ? Ne pourrait-on imaginer une sorte de démocratie directe et absolue dans laquelle chaque citoyen participerait à la décision politique ?

—  Vient alors la question de la non religiosité de la laïcité quand elle est érigée en dogme... Certains de vos penseurs ont vu la religion jusque dans l'athéisme... et si l'athéisme peut être vu comme une religion, alors l'idéologie laïque procède de cette religion !
Pour la démocratie, qu'elle soit directe ou indirecte n'a finalement aucune incidence sur son incapacité fondamentale à répondre aux désirs de "chaque" citoyen, c'est-à-dire de tous, en même temps, et pour "chaque" décision politique, c'est-à-dire pour toutes les décisions. Conscients qu'étaient ceux qui l'ont inventée de cette infirmité, ils ont cru pouvoir la contourner en pluralisant le citoyen dans le concept de "peuple". Ainsi la démocratie serait le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. La formule est belle..., mais elle ne fonctionne que pour autant que le concept de peuple est clairement définissable. Quand la complexité rend ce concept opaque, instable, et au final obsolète ?, on ne sait plus qui gouverne qui, ou quoi, ni pour qui !
Et cela nous ramène à mon explication car ce sont la science et la technologie qui produisent la complexité. Bien sûr, l'on pourrait dire qu'elles ne font que la constater, la découvrir peu à peu... Mais comment en être sûr ? Où est la poule ? Où est l'œuf ? La complexité ne devient objet qu'au moment où l'on en prend conscience. S'ouvrent alors deux possibilités : soit on la comprend et elle est fascinante, soit on ne peut en avoir l'intelligence, et elle est terrifiante ! Dans le premier cas l'individu en est renforcé, grandi, augmenté ; l'horizon de son expérience existentielle en est élargi ; il jouit davantage de la vie... Dans le second : insécurisé, aliéné, diminué, le champ de son existence s'en rétrécit d'autant et l'angoisse le soumet à une quête incessante de... sécurité ! Et où va-t-il la trouver cette indispensable sécurité ?

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