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La subversion du christianisme

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Loufiat

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Membre, 36ans Posté(e)
Loufiat Membre 2 864 messages
Forumeur vétéran‚ 36ans‚
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Te voilà prude, @Demsky ; un tour en boîte gay te fera peut-être relativiser ? Enfin donc oui Ellul peut être cru voire, en l'occurrence, outrancier. Ça ne change pas que les contresens s'enchaînent dans cet article et témoignent au mieux d'une méconnaissance de l'oeuvre comme de l'auteur. Qu'Ellul note la montée d'une frénésie sexuelle notamment dans les milieux homosexuels n'en fait pas un défenseur du patriarcat. 

Je n'aurai pas le temps de publier la seconde partie aujourd'hui. Je m'y remets dès que possible. 

À bientôt 

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Membre, 36ans Posté(e)
Loufiat Membre 2 864 messages
Forumeur vétéran‚ 36ans‚
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Mon travail qui arrivait à son terme a été perdu suite à une mise à jour ; je ne le reprendrai pas entièrement. Je me contente finalement de retranscrire la conclusion de ce chapitre concernant "le moralisme" - savoir, comment la Révélation a été subvertie en moralisme par l'action des Églises, dans son lien avec les évolutions de la condition féminine dans les sociétés chrétiennes au fil du temps. Nous en sommes au point où Ellul ramasse tout, synthétise et conclut

*

"L’Église a choisi l'esprit de contrainte et de domination et a rejeté l’Évangile. Elle a établi, nous avons vu comment, le primat de la loi et de la morale par-dessus la foi, l'espérance et la charité, et de ce fait, [elle] a éliminé la femme, l'a réduite au second rôle, elle l'a soumise aussi à la loi et aux jugements moraux. La plus grand perte éprouvée par l’Église provient de cette substitution de la morale à l’Évangile qui entraîne le rejet de la femme comme témoin vivant de cet Évangile. (...) 

Je pense que nous tenons là la véritable explication de ce revirement stupéfiant selon lequel la femme devient objet de répulsion et de défiance en même temps qu'elle est complètement minorisée, à partir d'une Révélation biblique qui au contraire la place au centre de la volonté de Dieu pour l'humanité. C'est donc cette transformation de l’Évangile, bonne nouvelle, grâce, joie, liberté, amour, et dans les relations humaines, souplesse, finesse, attention aux petits, protection des faibles, ouverture, en une morale du devoir et du jugement, provoquée par l'immoralisme de la société ambiante, et considérée comme la seule issue, la seule réponse possible, c'est cela qui conduit à exclure la femme de sa place et de sa vocation spirituelle, qui la rejette hors du cercle responsable. Cette opération a été conduite par des hommes, qui se sont comportés là en défenseurs du groupe, comme s'il s'agissait d'une agression militaire violente. 

A partir de ce moment, il a fallu procéder à deux opérations : neutraliser la femme et se justifier théologiquement. Car il ne faut pas oublier que nous nous situons dans l’Église et le milieu chrétien. Neutraliser la femme : c'était d'autant plus essentiel que précisément la Révélation de Dieu en Jésus-Christ, telle qu'elle nous est donnée dans la totalité de la Bible, attribuait à la femme (la Vivante !) toutes les valeurs de vie (et non pas les valeurs de bien social) ; on l'a alors neutralisée dans l’Église par les trois voies qui [ont] été bien étudiées : 1) l'obligation de silence, de passivité, d'obéissance, d'effacement, affirmée sans nuance comme valable pour toutes les femmes. 2) Le statut de virginité supérieur à tout autre (contrairement à l'enseignement à vrai dire ambigu de Paul qui dans certains cas et pour certains motifs estime que la virginité est supérieure au mariage mais qui par ailleurs déclare que la femme sera sauvée en devenant mère, ce qui bien clairement ne parle pas de la situation individuelle mais de la référence à la promesse faite à Eve que sa postérité écrasera le serpent). Or, la virginité exclut la femme, non pas de son rôle social mais de sa vérité même, à savoir d'être porteuse de vie et transmetteuse de vie. 3) Enfin l'idéalisation (qui se situe dans le prolongement de la virginité) avec en particulier la Vierge Marie, qui devient le modèle de la soumission (Fiat), alors qu'elle est le modèle de l'écoute et de la foi (ce qui est tout autre chose !) et qui permet d'avoir une parfaite bonne conscience dans l'abaissement de la femme puisqu'on l'élève d'autant plus idéologiquement. C'est le mécanisme bien connu de la projection dans l'idéal pour se débarrasser d'une réalité gênante. 

En même temps que se développait ce processus de neutralisation, les théologiens devaient prouver que l'exclusion de la femme et son abaissement étaient fondés bibliquement. C'est alors que se développent ces lectures vicieuses de l'Ecriture que nous avons dénoncées : l'évacuation des textes spirituels concernant la femme, le retrait hors de leur contexte des textes qui peuvent être lus contre elles, la majoration de ces textes-là par rapport aux autres. Enfin l'inversion de lecture de certains, comme par exemple le fait que la femme soit créée en dernier ou à partir de la côté d'Adam. Telle est une conséquence majeure de cette tragique substitution de la morale à la Révélation qui fut pendant deux mille ans l'un des visages de la perversion de la volonté de Dieu."

*

Voilà, j'aurai fait mon possible pour donner du grain à moudre - la suite vous appartient. 

@Scénon s'étonnait de ce que cette discussion ne soit pas plus animée, pour ma part ça ne me surprend pas du tout. D'une part je sais qu'il est généralement dérangeant, pour une femme en particulier, de lire un énième homme écrire sur ces sujets, d'autant plus quand cet homme semble hypostasier "la femme" une fois de plus. D'autre part, lire ces textes demande un temps dont nous n'avons pas tous le loisir ni la volonté, mais encore ça demande une disponibilité et un effort par le cœur qu'il y faut mettre, car on navigue à rebours de préjugés séculaires sur un sujet particulièrement difficile et miné : le christianisme. Sujet qui rebute. L'attitude généralement dans ce cas est une indifférence a priori hostile. Je le comprends et le regrette, car je crois qu'il y a une perte insoupçonnée à ne pas avoir de bons repères sur ce sujet, parce que nous restons une société, des peuples, des individus façonnés par cette histoire ; mais, enfin, il n'y a aucune raison de forcer, tout au contraire. Donc : advienne que pourra. 

Enfin merci à celles et ceux qui ont pris le temps de lire et d'entretenir cette discussion. 

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Membre, 70ans Posté(e)
pic et repic Membre 20 011 messages
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Le 11/08/2026 à 12:34, Scénon a dit :

Puis arrivent les sectaires qui prétendent avoir tout compris et qui massacrent au nom d'un Dieu qu'ils ne connaissent pas plus que leurs adversaires,

bonjour, 

quand un homme est convaincu de connaitre la volonté de Dieu et qu'il est résolu à l'accomplir à tout prix , il devient l'être le plus dangereux au monde ...( cit de  Ken Follet dans : une colonne de feu 2017 ) .

bonne journée.

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Membre, Posté(e)
Neopilina Membre 8 426 messages
Maitre des forums‚
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Ellul :

Le 03/09/2026 à 10:14, Loufiat a dit :

"L’Église a choisi l'esprit de contrainte et de domination et a rejeté l’Évangile. Elle a établi, nous avons vu comment, le primat de la loi et de la morale par-dessus la foi, l'espérance et la charité, et de ce fait, [elle] a éliminé la femme, l'a réduite au second rôle, elle l'a soumise aussi à la loi et aux jugements moraux. La plus grand perte éprouvée par l’Église provient de cette substitution de la morale à l’Évangile qui entraîne le rejet de la femme comme témoin vivant de cet Évangile. (...) 

Je pense que nous tenons là la véritable explication de ce revirement stupéfiant selon lequel la femme devient objet de répulsion et de défiance en même temps qu'elle est complètement minorisée, à partir d'une Révélation biblique qui au contraire la place au centre de la volonté de Dieu pour l'humanité. C'est donc cette transformation de l’Évangile, bonne nouvelle, grâce, joie, liberté, amour, et dans les relations humaines, souplesse, finesse, attention aux petits, protection des faibles, ouverture, en une morale du devoir et du jugement, provoquée par l'immoralisme de la société ambiante, et considérée comme la seule issue, la seule réponse possible, c'est cela qui conduit à exclure la femme de sa place et de sa vocation spirituelle, qui la rejette hors du cercle responsable. Cette opération a été conduite par des hommes, qui se sont comportés là en défenseurs du groupe, comme s'il s'agissait d'une agression militaire violente. 

A partir de ce moment, il a fallu procéder à deux opérations : neutraliser la femme et se justifier théologiquement. Car il ne faut pas oublier que nous nous situons dans l’Église et le milieu chrétien. Neutraliser la femme : c'était d'autant plus essentiel que précisément la Révélation de Dieu en Jésus-Christ, telle qu'elle nous est donnée dans la totalité de la Bible, attribuait à la femme (la Vivante !) toutes les valeurs de vie (et non pas les valeurs de bien social) ; on l'a alors neutralisée dans l’Église par les trois voies qui [ont] été bien étudiées : 1) l'obligation de silence, de passivité, d'obéissance, d'effacement, affirmée sans nuance comme valable pour toutes les femmes. 2) Le statut de virginité supérieur à tout autre (contrairement à l'enseignement à vrai dire ambigu de Paul qui dans certains cas et pour certains motifs estime que la virginité est supérieure au mariage mais qui par ailleurs déclare que la femme sera sauvée en devenant mère, ce qui bien clairement ne parle pas de la situation individuelle mais de la référence à la promesse faite à Eve que sa postérité écrasera le serpent). Or, la virginité exclut la femme, non pas de son rôle social mais de sa vérité même, à savoir d'être porteuse de vie et transmetteuse de vie. 3) Enfin l'idéalisation (qui se situe dans le prolongement de la virginité) avec en particulier la Vierge Marie, qui devient le modèle de la soumission (Fiat), alors qu'elle est le modèle de l'écoute et de la foi (ce qui est tout autre chose !) et qui permet d'avoir une parfaite bonne conscience dans l'abaissement de la femme puisqu'on l'élève d'autant plus idéologiquement. C'est le mécanisme bien connu de la projection dans l'idéal pour se débarrasser d'une réalité gênante. 

En même temps que se développait ce processus de neutralisation, les théologiens devaient prouver que l'exclusion de la femme et son abaissement étaient fondés bibliquement. C'est alors que se développent ces lectures vicieuses de l'Ecriture que nous avons dénoncées : l'évacuation des textes spirituels concernant la femme, le retrait hors de leur contexte des textes qui peuvent être lus contre elles, la majoration de ces textes-là par rapport aux autres. Enfin l'inversion de lecture de certains, comme par exemple le fait que la femme soit créée en dernier ou à partir de la côté d'Adam. Telle est une conséquence majeure de cette tragique substitution de la morale à la Révélation qui fut pendant deux mille ans l'un des visages de la perversion de la volonté de Dieu."

Je salue l'intention. Mais il ne creuse pas assez. Exemple connu. Nietzsche a conchié ce monothéisme, comme on sait, mais on sait aussi qu'il épargne Jésus-Christ, et Nietzsche fait déjà bien mieux qu'Ellul. Il n'y a pas ce monothéisme sans la moraline, c'est à dire celle dictée par la névrose. Et comme c'est principalement des hommes qui rédigent l'Ancien Testament, le Nouveau Testament et l'Islam, c'est d'emblée, intrinsèquement, mal parti pour la femme. Tous ces textes, même le moins grave en apparence pour la femme, le Nouveau Testament, est intrinsèquement, constitutivement, misogyne, sexiste. Ensuite, et en plus, dans les trois cas, les fonctions cléricales sont réservées aux hommes. Ce monothéisme c'est (pas que mais notoirement) la mauvaise (double sens) conscience de la névrose, et comme c'est celle d'hommes, c'est mal barré pour la femme. Ce monothéisme c'est surtout la mauvaise conscience névrotique des hommes qui y adhèrent et qui le transmettent, le véhiculent. Et dans les trois cas ça a été et c'est illustré ad libitum et ad libitum. C'est comme le " Bolide marxiste " (etc.), à la " fin ", " en bout de chaines ", il y a des effets qui s'accumulent, qui se répètent de telle sorte que " l'accident ", la " dérive ", la " subversion ", le " détournement ", etc., ne peuvent plus être décemment invoqués. C'est les fameux " effets pervers ", mais effets quand même. Si on creuse, dans ce cas et d'autres, on voit à quel point, comment, pourquoi, c'est conséquent

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