Aller au contenu
  • billets
    110
  • commentaires
    751
  • vues
    443 770

Les Luminaires


569 vues

- OOOOOH LE MONSTRE ! OOOOOH L'ASSASSIN !

Il venait d'arracher sadiquement la tête du cafard. Il riait. Il riait fort. Il riait de son air supérieur.

- A MOIIIII ! A L'AIDEEEEE !

Le boucher s'installa avec joie sur le bas-côté, à l'occasion d'un petit rocher.

- Allons, calme-toi. Regarde, c'est tout à fait comestible. En veux-tu un morceau ?

- Je ne discute pas avec une chose comme vous !

- Vas-tu cesser tes jérémiades ? Personne ne s'intéresse à tes appels ridicules. Viens donc manger plutôt.

- JAMAIS !

Il continuait son festin, lentement, très lentement. L'horreur sur le visage de son camarade ne faisait que croître son plaisir à la dégustation.

- Dis-moi, pourquoi t'alarmer autant pour une simple petite bête ?

- Tu oses le demander ?! TU OSES ? Mais c'est un animal, c'est vivant !

- Tout comme toi et moi, en effet. Et donc ?

- Et donc ? Et donc il a souffert, il a dû sentir tes crocs répugnants s'enfoncer dans sa chair alors qu'il était encore qu'à l'agonie !

- J'aime ton humour ! Allez, installe-toi et raconte-moi.

Il s'installa, ne raconta pas.

- Alors, c'est quoi l'histoire ? Une fixation à la freudienne ?

- Vous voulez rire ? Je suis un végétalien, moi, Monsieur ! Je respecte la Vie, et celle-ci, avec un grand V !

- C'est beau, j'irais presque croire que tu y crois. Es-tu seulement sérieux ?

- Plus qu'il ne le faut !

- Pauvre homme.

Un autre cafard fuyait sur le côté. Il tendît sa main, manqua de le saisir.

- Eh mince !

- Arrêtez de les martyriser ! Je ne supporterai pas un autre acte barbare !

- Que vous faites l'enfant, dites-moi. Mais allez-y, expliquez-vous ! Que mangez-vous, si vous ne mangez pas la vie ?

- Les plantes ne souffrent pas. Il n'est pas bien honteux de se nourrir avec. Regardez ces animaux ! Regardez leurs yeux !

- Je dois dire que je n'ai rien vu. Mais je n'ai sans doute pas fait attention.

- Vous êtes sans coeur !

Un silence se roula sur l'herbe.

- Hop ! Te voilà, toi !

- AH NON ! POSEZ-LE !

- Donnez-moi une bonne raison.

- Regardez-le ! Il cherche à fuir, à quitter vos mains salies pour retrouver la vie !

- Je jure avoir déjà vu un arbre prendre ses jambes à son coup, ma foi.

- HERETIQUE !

- Ne tombons pas dans les insultes, je vous prie. Nous sommes au-dessus de ça, tout de même. Nous sommes des êtres humains.

- Vous êtes au mieux un sanglier ! Poilu et sans finesse.

- C'est cela. Mais donc, vous assumez parfaitement tuer des êtres vivants, du moment qu'ils ne poussent pas des cris, ne peuvent pas faire mine de se sauver et n'ont pas des yeux drôlement apitoiements, en tous les cas dans notre représentation ?

- Vous philosophez, et philosophez bien mal.

- Je ne soulève que l'hypocrisie de votre démarche, rien de plus. Assumez-vous donc ! Un organisme se nourrit d'organisme. Qu'il soit de feuille ou de poil, la différence n'est que dans le mensonge que vous cherchez à vous faire. Démontrez-moi seulement qu'un arbre ne souffre pas quand il est à moitié scié.

- Vous êtes écœurant.

- Bien assez pour accepter mon état et manger de la chair. Il existe une différence entre tuer et torturer. Demandez-donc aux carottes ce qu'elles pensent d'être scalpées, découpées en morceaux avant d'être dévorées! HAHAHA ! J'ai au moins la décence de le tuer avant de le manger, moi. Mais vous, vous ne pouvez pas affirmer qu'elle est morte. Il vous la faut bien, il vous la faut en couleur. N'est-ce pas ?

- Je ne soutiendrai pas votre position désuète et cruelle.

- Ah ! Le sentimentalisme !

Il se mit à arracher une herbe.

- Aïe !

Une autre.

- Aïe !

Et une autre.

- Aïe !

Et encore.

- Vous n'entendez pas leurs cris stridents ? Vraiment ?

Et encore.

- Ah mais... J'oubliais ! Ce ne sont là que des plantes. Insensibles. Dénuées d'émotions. Dénuées d'un joli cerveau bien moulé. Incapables de se mouvoir. Incapables de mimer ce que tout être vivant, absolument tous, recherche : survivre. Humain, trop humain, cela vous dit quelque chose ? J'ai de l'empathie, mais uniquement pour mon semblable. Les autres, ils peuvent bien être exterminés. Faites ce choix s'il vous plaît, mais cessez d'insulter la vie par votre bêtise. Si vous voulez justifier votre hypocrisie, assumez-le au moins et jouez de vos arguments égoïstes, mais ne tentez pas de faire verser une larme par la niaiserie. Car la Vie ne se résume pas à l'animalité. En réalité, elle n'en est ni le départ ni l'essentiel.

15 Commentaires


Commentaires recommandés

(Le verbe croître est intransitif ! Et tu as écrit : "des yeux drôlement apitoiements". Gare aux coquilles !)

Je ne vois pas trop où tu veux en venir. Et je pressens que tu vas me répondre : nulle part. Donc je suis bien emmerdé.

Lien vers le commentaire

(Il a qu'à transiter, ce con. Tant pis pour lui. Et ouai, disons que j'étais agacé en l'écrivant.)

On m'a toujours dit que seul le chemin comptait, pas l'arrivée en elle-même ! Donc ouai. Mais il vaut mieux ne pas comprendre.

Lien vers le commentaire

Y'a quelques fautes bien marrantes (mention spéciale : "prendre ses jambes à son couP") mais dans l'ensemble, ça rejoint ce que je pense du végétalisme. Cependant, le ton faussement polémique me gène un peu, même si je pourrais sans problème l'adopter...

Je crois que le souci principal des végétaliens n'est pas l'hypocrisie, mais plus profondément de ne pas accepter une philosophie de vie qui soit pessimiste : ce n'est pas hypocrite de refuser d'être jeté dans le monde et de devoir y répandre la souffrance sous peine de mourir soi-même, ce serait plutôt l'amorce d'une volonté de dépasser cette condition pour inventer une autre façon de vivre.

Mais en l'occurrence, seule la science pourra aider à réaliser ceci, pas le végétalisme : le jour où nous pourrons synthétiser chimiquement des aliments non-vivants qui soient viables pour notre survie, ce de façon massive, le problème sera résolu. Nous pourrons nous considérer comme des Surhumains. :p

Lien vers le commentaire

Vivre c'est manger, croitre c'est comprendre, mourir en paix c'est faux, alors les histoires c'est pour ce rassurer

les belles histoires c'est faire progresser l'humanité et là mon ami tu es en manque...

Dommage...

Le Musicien qui hait les amateurs

Lien vers le commentaire

Vivre c'est manger, croitre c'est comprendre, mourir en paix c'est faux, alors les histoires c'est pour ce rassurer

les belles histoires c'est faire progresser l'humanité et là mon ami tu es en manque...

Dommage...

Le Musicien qui hait les amateurs

Lien vers le commentaire

Je m'excuse pour les fautes ouai, j'ai pas trop fait gaffe je l'admets, et je n'ai pas fait ça à des heures où je suis des plus alertes.

Maintenant, et je dis ça aussi pour lemusicien, ce serait assez embêtant d'être lu au premier degré.

Parce que (et je vais faire plaisir à konvicted pour le couP, j'en suis sûr), les végétaliens ne m'emmerdent pas plus que les autres. En revanche, les emmerdeurs et les arguments ridicules, si. Et en l'occurrence, le raisonnement qui est utilisé ici est que "faut avoir un truc comme nous qu'on appelle une cervelle pour pouvoir sentir quelque chose". Non seulement c'est faux, mais c'est en plus une restriction grave de ce qu'est sentir. Le fait est qu'on ignore si un arbre est capable de souffrir ou non. C'est du même ordre que notre ignorance sur le fait de pouvoir rendre sensible quelque chose qui, en théorie, ne l'est pas comme (comme un robot).

Donc le végétalisme peut se défendre, je n'ai jamais été contre. Le seul truc qui m'a gonflé, ce soir-là, c'est de me faire dire "mon dieu, faut pas manger des animaux, ça a bobo". Sous-entendant le fait qu'une plante, bah, ma foi, ça peut bien être découpé et redécoupé. Ce n'est pas parce que la chose n'est pas visible qu'elle n'existe pas. Et quand j'ai demandé la démonstration que la sensation de souffrance n'existait pas chez la plante, je n'ai pas eu beaucoup de réponses. Nous considérons ça comme "logique", aussi logique que bien des choses qui ne vont pas de soi.

Du coup, lemusicien, non, je ne suis pas en manque de belles histoires faisant progresser l'humanité. Seulement, il me semble important de ne pas rejeter des choses parce que nous les pensons évidentes, ici la souffrance ou douleur sous une autre forme que celle animale et que nous pensons connaître (parce qu'en fait, on ne sait pas non plus s'il n'y a qu'une façon générale de la vivre). Et faire de notre ignorance ou des lieux communs des arguments, ça me dérange assez. Pour le reste, ma foi, qui mange qui ou quoi, ça m'indiffère grandement.

Je ne sais pas si je suis clair ou si j'ai raison, il n'empêche que j'attends d'être convaincu du contraire encore. En tous les cas, tequila moor, le ton faussement polémique est là pour rappeler que nous sommes profondément ridicules quand nous pensons discuter de grandes idées. Bref, mon propos n'était pas de savoir s'il est bon ou non de changer de façon de vivre, mais de savoir si ces façons de vivre sont justifiées par des arguments véridiques. Une façon de rappeler que les bonnes intentions ne suffisent pas. Ou, pire, que par les bonnes intentions, on peut nuire grandement. Comme je semble l'avoir fait, vu que je vogue entre l'incompréhension et le rejet.

C'est donc que je ne me suis pas tellement raté. Le sujet tient plus de l'émotion que de la raison. Et il est là, le problème.

Lien vers le commentaire

@Jedino

Je pense avoir compris dès le départ ton point de vue. Seulement je ne m'intéresse pas au même argument que toi : tu as vu un "mon dieu, faut pas manger des animaux, ça a bobo" et fais un texte entier pour t'en moquer, et te moquer de ce qu'il sous-entend, à savoir que ce qui n'est pas animal ne souffre pas. Mais ce qui m'intéressais était l'argument qui va plus loin, à savoir "mon dieu, faut pas manger ce qui est vivant, ça a bobo" : c'est là-dessus que s'est basé mon commentaire précédent.

Pour le reste, savoir si les bonnes intentions ou les mauvaises suffisent, ou s'il vaut mieux privilégier des intentions neutres... Tu ne me convaincras pas : le ridicule est inhérent à l'humanité, amha non parce qu'elle discute de grandes idées sur la base d'arguments véridiques, mais parce qu'elle expérimente ou se change elle-même ou change son environnement d'abord, et qu'elle est forcée ensuite à s'adapter au résultat. Sans forcément avoir d'arguments véridiques pour tout cela.

A mon sens, l'humanité n'est pas stratège, encore moins philosophe : elle est tacticienne, et ce n'est peut-être pas plus mal.

Lien vers le commentaire

konvicted : cf ton premier commentaire, allons. Ne te singe pas toi-même !

tequila(nounet) moor : Normal, tu es philosophe. Mais effectivement, ça pourrait être un degré de réflexion. Le seul problème, c'est que c'est pas génial pour notre transite à nous, il paraît (outch, je tombe dans le même jeu).

Mais sinon, ton point de vue se défend, en effet. Si ce n'est qu'il est assez peu tactique de s'adapter après avoir modifié sans réfléchir. Quant à savoir ce qui est mieux au niveau des intentions, ma foi... Vaut mieux un méchant philosophe qu'un gentil ridicule, non ?

Reste que je ne cherche pas à te convaincre de quoi que ce soit, tu l'es déjà à ta façon. Et j'aurais bien du mal à te démontrer que l'humanité est philosophe, c'est assez clair.

Sur ce, la séance "philosophe du dimanche un mercredi soir" est terminée pour moi, je vous souhaite une bonne soirée, les gayzous.

Lien vers le commentaire

Ah, tu m'as fait peur, le temps d'une seconde j'ai cru que c'était spécifiquement la phrase que j'ai citée qui devait me faire plaisir.

Pour revenir à la question de la souffrance végétale, on sait que les plantes sont capables de réagir à une agression, de ressentir quand elles se font manger toutes crues. Or, qu'est-ce que la douleur sinon une information sur une menace ou sur un dysfonctionnement, un message d'alerte pour nous dire : "enlève ta main de la plaque, ducon !, ou tu vas te la cramer" ? Le dédain envers la souffrance végétale (mais aussi celle d'animaux au système nerveux élémentaire ou inexistant, ou encore celle des microbes) n'est-il pas davantage le fait d'une définition anthropocentriste de la douleur que d'une incertitude sur les connaissances biologiques ?

Lien vers le commentaire

Ah oui tiens, je voyais la tactique comme l'ensemble des moyens mis en oeuvre pour réussir dans une situation donnée, sans penser aux situations qui en découleront, mais peut-être que. Par contre, je pense que les méchants philosophes sont ridicules, en plus d'être méchants : vaut donc mieux un gentil ridicule... Puis nous n'aurons qu'à nous changer le transit : avec un nom pareil, je suis sûr que ça ne sert à rien. Bonne soirée z'aussi !

Lien vers le commentaire

Une fois n'est pas coutume, je vais rejoindre la foule. Je trouve que ce texte détonne un peu avec ce que j'ai pris l'habitude de lire chez toi. Je pense que l'argumentaire du végétalisme est ici combattu par un argument puissant : celui de dire que nous sommes finalement des animaux, que nous appartenons à la nature et que rien ne pourra nous soustraire à ses règles. Un argument puissant mais que tu ne développes pas assez à mon gout, peut être parce que tu as voulu aussi soigner la forme (ce qui est tout à ton honneur). Pour moi ce que représente le personnage végétalien pour l'autre personnage, c'est un humain qui essaye pitoyablement de se soustraire aux lois de la nature. Sa démarche en devient risible car l'accent est mis uniquement sur lui, sans entrer en profondeur dans l'analyse du personnage non végétalien, or, c'est lui qui m'a immédiatement, personnellement, intéressé (forcément, vu son régime alimentaire, il ne pouvait être qu'un homme bien :sleep: ).

Pourquoi cherche-t-il à convaincre ? Pourquoi lance-t-il le débat ? comment en sont ils venu à ça ? Et s'il méprise autant le végétalisme, pourquoi alors semble-t-il être ami avec l'un d'eux ?

L'une des réponses à cette question, pourrait peut être se trouver dans le fait qu'il n'est pas nécessaire d'être végétalien pour vouloir se soustraire aux lois de la nature. En fait, le principe même de notre société, de notre civilisation, consiste à vouloir maîtriser notre environnement et notre biologie plutôt que de les subir. A faire des choix plutôt qu'à répondre à des instincts ou à des besoins physiologiques. C'est exactement la démarche du végétalien dans ton histoire, et je t'aurais alors mieux reconnu dans la profondeur de ton histoire, dans l'inversion des valeurs qui en permet l'analyse et dont je suis friand venant de toi.

Le végétalisme est peut être une sorte d'extrême, ou d'exotisme, dans la démarche de se soustraire à la nature, mais il n’empêche que ce n'est pas très différent de vouloir absolument se vêtir (clin d'oeil aux nudistes) de vouloir absolument travailler (clin d’œil aux fainéants ... ).

Finalement, j'ai le sentiment que tu as écrit ça un peu dans le feu d'un débat sur le sujet, voulant lancer un pied de nez à un opposant, mais oubliant un peu de prendre du recul.

Lien vers le commentaire

Le végétalisme a son mérite, je ne le combats. Ce qui m'irrite, ce sont les arguments fallacieux. Plus que le fait que nous soyons des animaux, c'est nier le fait que les plantes sont vivantes et que nous ignorons beaucoup de ce qu'elles sont et peuvent sentir, ou même ressentir. Une position beaucoup trop centrées sur notre foi en l'idée que la conscience dépend d'un cerveau, et que le reste ne ressent rien. Et faire de notre ignorance sur la question un argument m'a effectivement gonflé.

Mais je ne cherche pas vraiment à balancer à un opposant dans un débat. J'ai aucun problème pour le dire directement. En revanche, impulsif que je suis, il me fallait décharger un peu, quitte à faire quelque chose de très moyen.

Lien vers le commentaire
Ajouter un commentaire…

×   Collé en tant que texte enrichi.   Coller en tant que texte brut à la place

  Seulement 75 émoticônes maximum sont autorisées.

×   Votre lien a été automatiquement intégré.   Afficher plutôt comme un lien

×   Votre contenu précédent a été rétabli.   Vider l’éditeur

×   Vous ne pouvez pas directement coller des images. Envoyez-les depuis votre ordinateur ou insérez-les depuis une URL.

Chargement
×