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D'un clic ou d'une claque

Jedino

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Abstrait. Ils disaient que ce n'était que trop hermétique, que derrière ces simagrées se terrait en fait une réalité chaotique. Difficile, toujours, de dire si le pire tenait dans l'erreur ou la fausse agitation que cela provoquait. Erreur, car personne ne serait allé croire que le malheur se répandrait. Mais fausse agitation, également, puisque de toute façon nul n'y échapperait.

Essence universelle, donc. Cela tient finalement d'une incandescente vérité : les chemins sont faits pour être cabossés. L'uniformité n'est que la singularité d'un ensemble brûlant d'innombrables irrégularités. Les pierres qui font chuter ne sont qu'un ordre que nous cherchons vainement à gommer, pensant effacer ce qui blesse nos pieds et ralentit notre pas.

- Condamné, levez-vous.

La peine encourue pour une ignorance consciente de l'évidence est la capitale : une dose létale d'existence. Quoi de plus terrible que d'être interdit de mourir ? Sinon ce besoin vital de penser avoir prise sur notre vie ? Rien.

- Avez-vous quelque chose à ajouter ?

J'aimerais dire que nous le sommes tous. Des chiens battus par l'espoir et égarés par les illusions avec lesquelles elle nous titille. Gouzi gouzi ! Allez rigole. Zou ! Quelques années encore. Te voilà bien arrangé. Tu finiras par crever vivant, bien mal installé dans ta chambrette à te saouler de tes habitudes. Ivre de bêtises, ivre de temps. Si mon corps se traîne encore, le feu de mon âme s'est éteint depuis longtemps, ne laissant plus que cendres à l'arrière de cette chair.

- Je tiens à m'excuser auprès de la famille que j'ai brisé. Je ne souhaitais pas tout cela. A l'époque, j'étais idiot. Je n'avais pas cherché à connaître la suite, à comprendre que mon avenir ne méritait en rien ma passivité d'aujourd'hui. Que finalement, gagner du temps demain en le sacrifiant dès à présent était un mauvais calcul.

Tu sais, j'ai passé mes années à rêver de devenir quelqu'un. Je veux dire, à être l'un de ceux qui aura le droit d'être un souvenir pour tout le monde, et pour toujours. Une espèce de résurrection bien après ma disparition. Puis j'ai pigé que ça n'était qu'un songe. Alors je me suis tourné vers autre chose. D'abord des amusements humains, ensuite leurs démons les plus malsains. Les premiers virevoltent entre l'ennui et l'anéantissement. Les deuxièmes, entre le pathétique et l'accomplissement. Et, une fois que toutes les possibilités sont épuisées, que tout ce qui peut rallumer l'intérêt est consumé, il ne reste qu'une dernière option : pourrir de l'intérieur avant d'aller pourrir sous terre. Rejoindre la saleté d'un monde sous-terrain. Un monde sur lequel s'en construit un nouveau, hypocritement blanc. Aussi blanc que le visage d'un mort enterré.


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7 Commentaires


Il est de retour !

Faudra que je relise ça à tête reposée. En tout cas, j'aime bien l'idée de condamnation à vie. Faut dire que c'est en partie à l'origine de mon pseudo, je ne suis pas objectif. M'enfin, peut-on aimer avec objectivité ?

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De retour non ! Juste une petite envie, comme ça, au passage.

Mais je l'admets, tu m'as inspiré. Je ne te l'ai pas déjà dit, que tu étais mon modèle ?

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Non, je l'ai toujours soupçonné mais merci de le confirmer, ça me touche modérément.

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N'avais-tu pas pris tes clics et tes claques ?

A croire que non. Tu les déposes ici.

Au plaisir, Jedino.

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J'aime le thème (et ça ce n'est pas un scoop), et j'aime ton travail dessus.

Mais ne penses tu pas que même un mort passe par différents états et que, qu'il le veuille ou non, sa pourriture est pour d'autres de douces confiserie ?

Ton texte me fait penser au "Mort Joyeux" de Baudelaire...

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konvicted : nous en sommes à l'heure des confidences, que veux-tu.

Tequila Moor : il serait temps de te remettre au boulot, petit chenapan.

zera : J'avais, j'avais. Mais il semblerait que mes décisions soient aussi stables que moi. Ce qui, en quelque sorte, peut être rassurant.

Au plaisir, zera.

Loopy : Ah mais tu as raison, si tu sors du cadre tout à fait personnel, il y a une résurrection incessante à travers l'autre (et le fait qu'il t'ingère d'une quelconque façon). Mais ce texte est plus égoïste que ça, disons : il ne parle que de soi. Et mourir à travers l'autre n'est rien si tu ne le sais pas, ou plutôt, ne le vis pas. Alors qu'une mort "vivante", une mort alors que tu es en vie, non seulement tu la connais, mais tu la revis tous les jours. D'où l'idée de condamnation, vu que la peine se fait sur la durée, et non pas sur un événement (comme le serait la mort, qui est brève). En bref, la mort que nous craignons n'est rien : la "mort" d'une personne encore vivante, psychologiquement parlant ici, est à mes yeux plus terrible.

Je ne sais pas si c'est clair. Mais j'ai comme le sentiment d'avoir été plus "positif" que je ne l'avais moi-même imaginé.

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