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Le Fléau (1)


Maxence22

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Maxence22 Membre 8 799 messages
Forumeur accro‚ 47ans‚
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Appuyé sur le bastingage, Aymon admirait le somptueux paysage qui défilait devant ses yeux verts émeraude. Sa peau était de teint pale avec quelque plaque rougis par la chaleur ambiante. Ses longs cheveux auburn étaient légèrement ondulés que la brise matinale soulevaient légèrement et s'étalaient sur la largeur de ses petites épaules. Sa petite taille et sa fluette corpulence l'obligeait à se dresser sur la pointe des pieds pour se pencher légèrement en avant et admirer la coque de la jonque fendant les flots.

La jonque chargée de sa cargaison de thé, d'encens et de porcelaine, descendait calmement le fleuve bleu. Celui-ci prenait sa source dans les monts Kulan Tzan à plus de cinq mille mètres d'altitude. Il se jetait dans le Grand Océan cinq milles kilomètres plus loin par une embouchure formée d'estuaire et un delta après maintes péripéties.

Soudain malade à son arrivée à X'ia, il était maintenant un peu mieux même si parfois de violent maux de tête surgissaient, puis repartait aussi vite.

Le jour se levait à peine mais la chaleur avait convaincu Aymon de se vêtir d'une courte tunique de soie richement confectionnée dans les ateliers de textiles de Brienne, serrée à la taille par une ceinture de laine très fine. Sa frêle constitution le complexait mais cela était compensé par ses talents de troubadour. Ceux-ci lui permettaient de voyager à travers le monde : de Scordia, le continent froid du Nord, à Acardie, le continent chaud et désertique du Sud en passant par le continent recouvert de Jungle et de Savane de Tiquinoa. Son talent l'avait mené à jouer dans toutes les grandes cours et chez les personnages de l'aristocratie prétorienne, rohanaise, et lagide sans oublier les cités-états des civilisations hellènes et anatoliennes. Il allait désormais rencontrer pour la première fois de sa jeune vie la civilisation du Siam.

Parti de Domercy sur une galère, la traversée de la mer de Siam dura deux mois. Aymon débarqua à Baal et rejoignit X'ia par voie fluviale en remontant le fleuve des Neufs-Dragons. Il resta durant une semaine le temps de trouver un marchand qui pourrait l'emmener jusqu'à Chang-an. Il le trouva en un marchand filistin et il embarqua sur une jonque pour descendre le fleuve bleu jusqu'à la grande ville du nord du Siam..

Ils avaient d'abord traversé une gorge de hautes falaises et de pitons rocheux. Les façades de calcaire escarpées s'élevaient au-dessus du fleuve et lui donnait un paysage monotone dans un réseau complexe d'affluents, de collines, de falaises, de rochers et de grottes. Au bout de deux jours de navigation Aymon constata que le paysage devint plus agréable. Tout au long des berges entourée de pics, de rochers, de forêts et de collines, défilaient des monastères, des bourgs, des villages, des fermes isolées et de vastes rizières plantées en terrasse irriguées par un acheminement de tuyaux de bambous, des canaux ou des pompes à eaux. Les paysans travaillaient torse nu coiffé d'un chapeau de paille et chaussé de sandale. Il croisait d'innombrable petite embarcations au toit de bambou propulsé par une ou deux rames.

 

* * *


Ce que vit Aymon de la cité étaient ses puissantes murailles de terres et de briques. Quand il entra dans la ville, accompagné de son guide, une large avenue s'étirait jusqu'aux portes de la cité impériale. Là où résidaient l'empereur siamois. Il était précédé et suivis de caravanes de chameaux chargés de tapis, d'articles de cuirs, de fourrures, d'ivoire et d'épices, des adorateurs du feu, des marchands filistins, des danseuses d'Arcadie de l'Ouest, des musiciens baaliens, des religieux prétoriens, arcadiens, des astronomes.

Son guide lui expliqua que la ville comptait plus de dix milles familles étrangères. Chacun pouvait honorer le dieu qu'il souhaitait. Des temples étaient bâtis dans chaque quartier entouré de murs. On y accédait par des portes gardées la nuit. Les habitants faisaient leurs courses au grand marché de l'est ou a celui de l'Ouest. Dans chaque marché, les étals des commerçants et artisans étaient répartis en fonctions de leur spécialités. De jour comme de nuit, on vendait du poisson, des serpents et anguilles, des légumes et des épices, des oiseaux. On trouvait de tout à Chang'an. La capitale de l'Empire du Milieu dirigé par la dynastie Wu est une cité cosmopolite où la tolérance est le maître mots. La ville était découpée en quartiers séparés par de larges avenues. Chaque quartier, qui regroupe environ cent maisons, est également entouré de mur. Les familles de la haute société, des bourgeois et de la populace sont séparées. Par endroit, il observait des édifices de hautes tailles construit en bois. Composé de plusieurs étages, les pagodes ont un espace intérieur vaste avec accès par des escaliers. Ce sont des édifices servant de lieu de culte lui expliqua le guide. Chaque fois qu'il tournait la tête, Aymon s'émerveillait. Au delà des produits exotiques et de l'extrême ouverture d'esprit expliqué principalement par les intérêt économique, le produit le plus recherché était la soie.

Ils tournèrent dans une rue secondaire qui amenait vers l'un des grand marché de Chang'an pour se diriger vers la maison de son employeur.

- Mo jian zi lei ! Jian cai dao ! Criait le rémouleur.

Il portait son matériel pour aiguiser couteaux, ciseaux et objet tranchants. Dans une boutique, un client négociait l'achat de rouleaux de papier de riz avec le commerçant. La discussion était apparemment animée. Un coiffeur appelait le client, il portait sur ses épaules un bac d'eau, un réchaud à charbon et son attirail de ciseaux. Les rues du quartier des marchands étaient animées par les cris des vendeurs, les représentations des acrobates, conteurs et chanteurs. Les charrettes transportant des marchandises roulaient à côtés des chaises à porteur. Des restaurateurs cuisinaient dehors. Les odeurs de chou, de sauce de soja ou de haricot noir et de viande sautée se répandaient dans l'air. Partout les enseignes et les banderoles à caractères peints en rouge et suspendues au-dessus des boutiques se voyaient de loin.

Enfin, Aymon arriva devant la demeure de Zuei Zhou.

 

* * *


Entourée d'un haut mur, il entra dans la demeure par la grande porte.

Il traversa la petite cours et se présenta à l'entrée. L'édifice se composait d'éléments superposés qui s'élevaient en retrait les uns par rapport aux autres et étaient soutenus par des colonnes renforcé d'étais.

À l'entrée de la maison, dont la façade s'ornait de figures mythologiques, un grand chien veillait, attaché près de la porte à deux vantaux. À côté, un tambour était suspendu qui servait à annoncer l'arrivée d'un invité important pour la maisonnée. Zuei se pressa à la rencontre d'Aymon, les mains jointes dans ses manches et le corps incliné. Il portait une sorte de longue toge rouge avec le col et les manche noirs. Tenue appelée ici Hanfu. Une ceinture large était serrée autours de sa taille. Il avait de long cheveux noir et un visage fin. Il était d'âge moyen.

De sa voix grave et de son accent haché, il parla dans la langue commune et le salua chaleureusement.

- Bienvenu Aymon, entre dans mon humble demeure, dit-il.

Humble demeure... Aymon se demanda ce que pouvait bien être une somptueuse demeure selon le point de vue de Zuei.

- Merci noble Zuei, je suis heureux d'être ici et de me montrer à la hauteur de vos attentes, lui répondit-il.

Il entra suivit de son hôte. Ce qui l'étonna d'abord c'était le décors. Il comportait peu de sculptures. Celles présentes n'étaient que le support du toit ou des poutres intérieures habillement travaillées. Sur les murs d'entre-colonnements, des brocarts, des tentures brodées dessinés au point de chaînette, donnaient à Aymon l'impression de jouer un rôle architectural. Il remarqua que la maison possédait une orientation vers l'Ouest, tandis que son extrémité Est, servait de resserre à provisions. Zuei lui expliqua que dans sa culture c'était un signe de noblesse.

La demeure était une succession de bâtiments aux colonnes de bois vernis rouge et cloison de briques blanchies à la chaux séparé des cours propres à l'aménagement de jardins. Le troisième étage était constitué d'un pavillon accroché au faîte du toit, d'où l'on jouissait d'une vue agréable sur l'ensemble des bâtiments et les jardins environnants.

Les jardins étaient agrémenté de petits lacs. Des kiosques s'élevaient au milieu des arbres ou de l'eau et l'on pouvait ainsi, à l'abri des caprices du ciel, admirer la nature. Sur les pièces d'eau couraient des barques, dirigées au moyen d'avirons où voguaient de grands bateaux-dragons manœuvrés à la godille. Ainsi la résidence prenait véritablement l'aspect d'une demeure féerique. Des oiseaux d'agréments comme les paons ou les grues volaient librement autour des bâtiments, apportant aux architectures la grâce colorée de leur plumage. Mais la plus grande beauté de ces constructions naissait des pentes complexes de leurs toits multiples.

Le soir venu, le banquet donna lieu à un grand déploiement de faste. Jongleurs, musiciens, baladins et équilibristes venus charmer les convives assis sur des coussins ou des siège bas. Tous les invités durent paraître arborant en maintien et un costume exactement conformes à leur rang. Les mets préalablement découpés était présentés dans de multiples petits plats et bols de laque disposés sur des plateaux ou des tables basses. Les grands festins, dont les menus comportaient bouillon, bœuf, mouton, porc, poisson et gibier accompagnés de céréales et arrosés de boissons fermentées à base de millet.

Aymon, vêtu d'un habit de troubadour, s'avança vers le centre de la salle. Son luth dans sa main.

-Je suis Aymon. Conteur et musicien. J'arrive de Domercy pour vous distraire.

Il commença par jouer des airs connus du monde entier. Le banquet s'annonçait convivial, les invités semblaient être satisfait. Ils discutaient bruyamment, d'autres riaient aux éclats. Quelques autres, ayant abusé de boisson alcoolisées, étaient particulièrement joyeux.

Et Aymon jouait toujours. Il joua comme cela durant des heures.

Le banquet battait son plein. La nuit était particulièrement avancée. Il se leva et commença à jouer un air entraînant connu de lui seul. Il se mit à chanter. Puis à danser. Sa danse d'abord lente, elle s'accéléra. Le son de sa voix de plus en plus fort quant son luth lui aussi commença à produire un son étrange et délivra à chacune des notes un volute de fumée qui se répandit rapidement. Les paroles devenaient multiples et incompréhensibles. Sa danse frénétique et de plus en plus rapide rendaient son déplacement étourdissant, il semblait par moment figé dans l'espace et dans le temps. Le troubadour se déplaçait dans la salle de plus en plus rapidement et dégageait une lueur dorée l'auréolant d'un halo de lumière. Le fluide magique emplit la grande salle. Elle traversa en purifiant l’atmosphère festif.

L’élancement fut soudain, la douleur fut horrible. Les convives se tordirent de douleur alors qu’ils luttaient mentalement contre la magie. Ils gémirent et leurs gorges se serrèrent. Leurs cervelles bouillonnèrent subitement. Chacun entendait comme un hurlement résonner dans son crâne.

Quant la lumière s'atténua, le troubadour avait disparu remplacé par une sphère d'énergie bleuté qui se répandit au travers de la salle et frappa à son passage chacun de ses nouveaux esclaves. Ils se sentirent évoluer. Les muscles de leurs corps et leurs tailles évoluèrent dans le même temps. Leur visage devint plus dur et leurs yeux vides devinrent complètement blanc. Leurs peaux se durcirent comme une armure naturelle.

Puis, le fluide magique s'échappa de la maisonnée et s'éleva dans le ciel comme pour délivrer un message.

 

* * *


Au loin sur l'Océan un étrange nuage avançait en direction de l'embouchure du fleuve et de la ville. Il progressait anormalement vite.

Soudain, fendant la brume en deux, le navire apparut.

Sa coque et sa muraille verdâtre, tuméfiée et cireuses, couvert de verrues, de pustules et de lésions infectées, le rendait vivant. Un nuage putride se formait dans son sillage. Le gréement était depuis longtemps perdu dans les flots. La voilure déchirée et pourrie pendait le long de son unique mat. Le bastingage était rongé et balayé par les flots et le sel depuis des siècles. Les rames étaient actionnées dans une cadences parfaites mais pourtant ils n'y avaient aucun rameurs de visibles. C'était une trirème de guerre hellène.

Emplissant la cale de leur bourdonnantes présences des énormes mouches jaillissaient sur le pont. Une immonde odeur se dégageait de cet endroit corrompu et de la vermine grouillait. Des sabords, des nuages d'insectes s'échappaient, chacun d'eux libre de répandre le fléau de Koolvaï.

Le nuage maléfique s'abattit sur Chang-an. Koolvaï assouvit sa soif d'essence vital de la seule manière qu’il put concevoir, s'abreuvant des âmes et du sang de ces êtres inférieurs. Cette ville, là, offerte, il ne pouvait passer à côté d'une telle occasion. Les cris des humains, le vrombissement des ailes des insectes, les gémissements et les crissements des zombis s'élevèrent en même temps de cet endroits. Et, dominant littéralement Chang-an au fur et à mesure que l'essence vital était prélevé, un halo bleu s'échappait des victimes et se rassemblait au dessus.

* * *

La nuit était noire et sans Lune. La pluie s'abattait comme une rafale formant des flaques, gonflant le débit des ruisseaux et des rivières. Elle fouettait les visages blêmes des automates qui avançaient péniblement dans la boue de l'étroit chemin. Le vent soufflait violemment sur leurs frêles silhouettes qui se balançaient comme des roseaux. L'eau ruisselait le long des visages et des corps. Ils avançait lentement, titubant à chacun de leur pas.

Sortit le premier de la forêt, il progressait en tête. Son apparence et sa petite taille lui donnait un air fragile. Il semblait s'écrouler sous le poids de ses vêtements trempés.

Il s'arrêta. Il regarda sur sa droite puis sur sa gauche. Il gémit . Alors, ils émergèrent de l'ombre de la forêt par dix, cent, mille, dix milles. Ils trainèrent leurs carcasses sous la lumière de la lune. Leurs yeux vides. Leurs chaires pendaient et répandaient une odeurs putride laissant des bouts d'eux-même à chaque pas.

Il leva les yeux vers le ciel, et il hurla. Son luth tapait contre ses hanches et ses cheveux auburn plaqué contre son crâne la pluie lui fouettant son visage pale.
 
Derrière cette procession morbide, Chang-an était plongée dans les ténèbres. La ville, il y a encore quelque heures joyeuse, est désormais silencieuse. 
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Membre, à crocs? accroc?, Posté(e)
Elfière Membre 552 messages
Forumeur accro‚ à crocs? accroc?,
Posté(e)
Il y a 15 heures, Maxence22 a dit :


Appuyé sur le bastingage, Aymon admirait le somptueux paysage
...
-Je suis Aymon. Conteur et musicien. J'arrive de Domercy pour vous distraire.

 

Jusque là, tout allait tellement bien...

Quelle force descriptive... Un tableau fabuleux qui s'agrémente d'une nouvelle couleur inédite presqu'à chaque mot. En fait, je ne savais pas que l'envoutement avait commencé! Et que , totalement subjuguée, je comptais déjà au rang des victimes.

Vraiment bravo.

Citation


Au loin sur l'Océan un étrange nuage avançait en direction de l'embouchure du fleuve et de la ville. Il progressait anormalement vite.

Soudain, fendant la brume en deux, le navire apparut.


...

 

L'horreur est d'autant plus percutante qu'elle est inattendue! C'est génialement efficace.

Un récit fabuleux.

Merci

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Membre, 47ans Posté(e)
Maxence22 Membre 8 799 messages
Forumeur accro‚ 47ans‚
Posté(e)
il y a 46 minutes, Elfière a dit :

Jusque là, tout allait tellement bien...

Quelle force descriptive... Un tableau fabuleux qui s'agrémente d'une nouvelle couleur inédite presqu'à chaque mot. En fait, je ne savais pas que l'envoutement avait commencé! Et que , totalement subjuguée, je comptais déjà au rang des victimes.

Vraiment bravo.

L'horreur est d'autant plus percutante qu'elle est inattendue! C'est génialement efficace.

Un récit fabuleux.

Merci

Merci à toi.

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Membre, 64ans Posté(e)
Good Venins Membre 1 360 messages
Forumeur vétéran‚ 64ans‚
Posté(e)

bonjour,

j'ai bien noté qu'il s'agissait du texte N°1, Le N°2, nous informera peut-être ? sur le pourquoi de cette malédiction ?

Bravo en tous cas pour cet opus :hi:

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