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qu'est-ce qui est bon et bien? Qu'est-ce qui ne l'est pas?


Invité vieilledame

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Invité vieilledame
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Litérature. Rubrique "vos écrits" Essais.

Je vous raconte une histoire qui date de l'époque où je travaillais durement à faire le bien que je voulais faire. A l'époque, je doutais pas le moins deu monde de mes capacités à savoir ce qui est bon et bien et ce qui ne l'est pas. Je suis beaucoup plus réservée maintenant.

Nous avions une petite voisine infirme motrice cérébrale. Elle s'appelait Nadine et avait dix-huit ou dix-neuf ans. Elle avait quitté son école spécialiséedepuis peu vivait maintenant la semaine dans un foyer pour adultes handicapés. Elle se déplaçait dans un fauteuil roulant qu'un tiers devait pousser. Elle avait de grosses difficultés d'élocution. Malgré douze années passées dans un institut qui assurait la rééducation et la scolarité d'enfants et d'adolescents atteints de handicaps divers, elle n'était pas parvenu à apprendre à lire.

Je savais que moi, je pouvais lui enseigner la lecture. J'ai toujours été une excellente pédagogue. Alors nous avons travaillé ensemble les week-ends, quand elle revenait chez elle, et un peu chaque jour pendant les vacances, avec l'accord et même la complicité de sa mère. Son père n'était pas dans le secret, parce que savoir lire était un cadeau que Nadine lui préparait pour son anniversaire.

Il y avait mille avantages à mes yeux à savoir lire : Nadine ne s'ennuierait plus jamais, elle s'instruirait et se distrairait sans déranger personne ; ses parents ressentiraient une des plus grandes joies de leur vie. Nadine serait fière d'elle-même. Et moi, j'aurais quelques gouttes de goire : j'aurais réussi là où des enseignants chevronnés avaient échoué; donc, que des avantages pour tout le monde.

Nadine a effectivement appris à lire assez bien pour faire ce qui aurait dû être une merveilleuse surprise à son père. Mais les conséquences de cette décision apparemment si bonne n'ont pas du tout été celles auxquelles je m'attendais.. Cette journée d'anniversaire qui aurait dû être un jour de fête est devenu une journée de grande tristesse.

En proie au chagrin, aux regrets, et même aux remords et à la culpabilité, son père a commencé à répéter à partir de ce jour là, que si sa fille avait pu apprendre à dix-huit ans, elle aurait pu apprendre aussi enfant ; que sa fille avait bien plus de possibilités intellectuelles que personne ne l'avait cru et que tout était trop tard maintenant ; que lui, son père, n'avait pas été capable de voir qu'il avait laissé sa fille chérie dans une mauvaise école pendant toutes ces années et qu'il avait donc échoué dans son rôle de père... Sa souffrance était énorme. Il a beaucoup vieilli en quelques semaines. Sa dépression a rejailli sur son épouse et sa fille, puis sur son autre fille et la famille de cette dernière.

J'ai dû déménager. Nadine, n'ayant personne pendant la semaine pour l'entraîner à la lecture, a fini par oublier ce qu'elle savait.

Nous agissons en fonction de nos idées, de notre compréhension de la situation, des informations fatalement limitées que nous possédons, de nos opinions nées du passé, de motifs plus ou moins cachés parce que plus ou moins avouables... Et nous prétendons malgré tout trop souvent savoir ce qui est bon et bien et ce qui ne l'est pas...

"Je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien." (Platon)

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Invité elaine
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Invité elaine
Invité elaine Invités 0 message
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Moi je pense que même si on s´est trompé, il ne faut jamais regretter d´avoir voulu ou essayer de faire du bien sans en rechercher une quelconque satisfaction personnelle.

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Membre, Posté(e)
lucdf Membre 4 113 messages
Forumeur balbutiant‚
Posté(e)
]En proie au chagrin, aux regrets, et même aux remords et à la culpabilité, son père a commencé à répéter à partir de ce jour là, que si sa fille avait pu apprendre à dix-huit ans, elle aurait pu apprendre aussi enfant ; que sa fille avait bien plus de possibilités intellectuelles que personne ne l'avait cru et que tout était trop tard maintenant ; que lui, son père, n'avait pas été capable de voir qu'il avait laissé sa fille chérie dans une mauvaise école pendant toutes ces années et qu'il avait donc échoué dans son rôle de père... Sa souffrance était énorme. Il a beaucoup vieilli en quelques semaines. Sa dépression a rejailli sur son épouse et sa fille, puis sur son autre fille et la famille de cette dernière.

Je dirais que à partir de ce moment, le père avait un problème qu'il devait gérer. Mais c'était son problème. On ne peut pas être à la fois responsable (ton attitude) et assumer la responsabilité des autres. Chacun son rôle. Le principal, c'est que la personne handicapée ait fait des progrès qui la rende plus autonome.Quoi que l'on fasse il peut toujours y avoir des conséquences négatives ou des dommages collatéraux. Le principal, c'est d'agir en toute conscience en pesant le pour et le contre. Sinon c'est la stagnation ou la paralysie qui nous guète.

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Invité vieilledame
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Moi je pense que même si on s´est trompé, il ne faut jamais regretter d´avoir voulu ou essayer de faire du bien sans en rechercher une quelconque satisfaction personnelle.

Vous avez raison. Et surtout, le "ne pas chercher une satisfaction personnelle". C'est l'idéal. Il y a cependant "ce qui devrait être" et "ce qui est."

Mais vous savez bien qu'il est rarissime d'agir pour quelqu'un si nous n'en retirons pas un avantage, au moins psychologique (j'aime mon image). Pour ses enfants, on irait au bout du monde sans rien en retirer. Mais pour des étrangers... A défaut de paiement en argent, il nous faut au moins un paiement sous forme de "merci", ou de compliments.

Celui qui s'imagine faire quelque chose pour autrui dans la gratuité parfaite s'illusionne sur lui même.

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Invité vieilledame
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Invité vieilledame
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Posté(e)

Je dirais que à partir de ce moment, le père avait un problème qu'il devait gérer. Mais c'était son problème. On ne peut pas être à la fois responsable (ton attitude) et assumer la responsabilité des autres. Chacun son rôle. Le principal, c'est que la personne handicapée ait fait des progrès qui la rende plus autonome.Quoi que l'on fasse il peut toujours y avoir des conséquences négatives ou des dommages collatéraux. Le principal, c'est d'agir en toute conscience en pesant le pour et le contre. Sinon c'est la stagnation ou la paralysie qui nous guète.

Vous avez raison aussi. Ce petit esais voulait juste démontrer que nous ne connaissons pas à l'avance les répercutions de nos actes et que, même s'ils semblent bons et bien, leurs suites peuvent être tout à fait inattendues.

De quelque chose d'apparemment bon, peut sortir de la souffrance. Et ca, nous ne pouvons pas le prévoir.

Une petite histoire pour illuster le fait dans l'autre sens:

"Un fermier avait un fils costaud qu'il voyait comme le soutien de ses vieux jours. Or, ce fils fit une mauvaise chute de cheval qui le laissa estropié. Le fermier fut désespéré et ses voisins les plaignirent beaucoup, lui et son fils. Mais La guerre fut déclarée. Tous les hommes en âge de sa battre durent partir. Le jeune homme estropié fut exempté. A la fin de la guerre, des années plus tard, ce fils estropié pouvait aider à la ferme, à la mesure de ses forces; il pouvait tenir compagnie à son père. Les voisins, eux, avaient perdu leur fils."

D'un mal réel, peut sortir un avanatge ulterieur... et d'un bien réel (apprendre à lire dans mon essais) peut sortir de la soufrrance.

Mais bien sûr, comme vous le dites très bien, il faut bien agir en faisant de notre mieux. Il est d'ailleurs impossible de vivre sans agir...

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Modérateur, ©, 109ans Posté(e)
January Modérateur 62 528 messages
109ans‚ ©,
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Nous agissons en fonction de nos idées, de notre compréhension de la situation, des informations fatalement limitées que nous possédons, de nos opinions nées du passé, de motifs plus ou moins cachés parce que plus ou moins avouables...

Et le coeur alors ? La sensibilité ?

Cette chose sincère qui existe encore ? Rare, je vous l'accorde, mais elle existe encore.

Au nom de quoi devrions-nous faire taire notre compassion, notre compréhension, même si elle se limite à nos connaissances ? Au nom d'une possible erreur ?

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Invité vieilledame
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Et le coeur alors ? La sensibilité ?

Cette chose sincère qui existe encore ? Rare, je vous l'accorde, mais elle existe encore.

Au nom de quoi devrions-nous faire taire notre compassion, notre compréhension, même si elle se limite à nos connaissances ? Au nom d'une possible erreur ?

Là aussi vous avez raison. La compassion!

Je n'ai pas écrit qu'il fallait la faire taire!

C'est juste un petit essais sur les conséquences inattendues d'une action que l'on pensait au depart être bonne. Ce n'est pas un livre de 200 pages sur les motifs des actions.

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Membre, Talon 1, 80ans Posté(e)
Talon 1 Membre 24 503 messages
80ans‚ Talon 1,
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"L'amour-propre est un ballon gonflé de vents qui éclate à la moindre piqûre." Voltaire

Il produit ici le remords de ce père. Si le bien produit cet effet chez quelqu'un, qui faut-il corriger, le bien ou le père ? Le plus grand bien est l'honnêteté car elle ne peut être mal utilisée, au contraire de la beauté, la richesse, la santé et autres biens qui peuvent être utilisés pour le mal. Votre action fut honnête.

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Invité vieilledame
Invités, Posté(e)
Invité vieilledame
Invité vieilledame Invités 0 message
Posté(e)

"L'amour-propre est un ballon gonflé de vents qui éclate à la moindre piqûre." Voltaire

Il produit ici le remords de ce père. Si le bien produit cet effet chez quelqu'un, qui faut-il corriger, le bien ou le père ? Le plus grand bien est l'honnêteté car elle ne peut être mal utilisée, au contraire de la beauté, la richesse, la santé et autres biens qui peuvent être utilisés pour le mal. Votre action fut honnête.

Ca n'a servi à rien, puisque personne n'est venu la faire lire au foyer; le personnel n'avait pas le temps; et puis, il fallait lui tourner les pages et lui expliquer les mots qu'elle ne connaissait pas. Qui allait faire ca? Je pensais vivre des années dans ce village et passer un moment chaque week-end avec Nadine. Mais ca ne s'est pas fait.

Vous dites que la souffrance du père serait dû à son amour propre blessé. Je ne crois pas que ce soit ca. Il a vu que les décisions prises autrefois n'avaient pas été aussi bonnes qu'il l'avait cru.

Des parents peuvent être torturés quand ils pensent "Je n'ai pas fait tout ce qui était possible pour mon enfant" ou " Si j'avais pu savoir..."

Il est mort d'ailleurs un an ou deux ans plus tard.

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Modérateur, ©, 109ans Posté(e)
January Modérateur 62 528 messages
109ans‚ ©,
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Mais non ça n'a pas servi à rien. Vous lui avez apporté, le temps que vous étiez là.

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lucdf Membre 4 113 messages
Forumeur balbutiant‚
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Ca n'a servi à rien, puisque personne n'est venu la faire lire au foyer; le personnel n'avait pas le temps; et puis, il fallait lui tourner les pages et lui expliquer les mots qu'elle ne connaissait pas. Qui allait faire ca? Je pensais vivre des années dans ce village et passer un moment chaque week-end avec Nadine. Mais ca ne s'est pas fait.

Beaucoup de nos actions échouent. Mais cela valait la peine d'essayer.Il est difficile de maitriser toutes les conséquences de nos actes, trop de facteurs extérieurs et incontrôlables entrent toujours en jeu.

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Invité vieilledame
Invités, Posté(e)
Invité vieilledame
Invité vieilledame Invités 0 message
Posté(e)

Beaucoup de nos actions échouent. Mais cela valait la peine d'essayer.Il est difficile de maitriser toutes les conséquences de nos actes, trop de facteurs extérieurs et incontrôlables entrent toujours en jeu.

Exactement le thème de cet essai.

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Modérateur, ©, 109ans Posté(e)
January Modérateur 62 528 messages
109ans‚ ©,
Posté(e)

Beaucoup de nos actions échouent. Mais cela valait la peine d'essayer.Il est difficile de maitriser toutes les conséquences de nos actes, trop de facteurs extérieurs et incontrôlables entrent toujours en jeu.

Oui, ça vaut toujours la peine (la joie aussi) ;)

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