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L'université face au décrochage


Invité Long Nao

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L'université face au décrochage

« À l’université, les cas de souffrance au travail se multiplient » (Le Monde, 29.09.14, Isabelle Rey-Lefebvre ), « Université de Bordeaux : le burn-out après la fusion ? » (Rue 89, 2.04.14, Jonathan Guérin ), « Le burn-out des labos » (Le Monde, 17.2.14, Camille Thomine). Le malaise des universitaires s’affiche dans la presse. Témoignant d’un mécanisme dorénavant classique de psychologisation des rapports sociaux de travail , on emprunte le vocabulaire de la psychologie pour relater les difficultés vécues par des travailleurs. Tentant d’objectiver ce phénomène, la presse et les organisations syndicales lancent des sondages sur les conditions de travail des personnels de l’enseignement supérieur.

(...)

C’est dans ce contexte que la thématique du « décrochage » à l’université et de la nécessaire lutte contre ce phénomène ont été affichées comme une priorité des gouvernements successifs. Cette priorité s’est d’abord manifestée par la mise en œuvre du « plan pour la réussite à licence » porté par Valérie Pécresse en 2007. Le Fond d’expérimentation pour la jeunesse a dans le même temps financé 15 projets visant à endiguer le « décrochage universitaire ». Une mission parlementaire a été confiée à Christian Demuynck et un rapport a été remis . Au cours de son bref passage au Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Laurent Wauquiez a placé son action dans les pas de sa prédécesseure . Dès sa prise de fonction, Geneviève Fioraso indique également que la réussite des étudiants, en particulier en premier cycle était un des objectifs prioritaires assignés aux Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche

La suite ici

Un passage m'a particulièrement interpellé :

les jeunes qui « cumulent les difficultés » [catégorie définie plus tôt dans cet article] sont confrontés à une violence sociale et symbolique forte. D’abord, parce qu’ils se rendent vite compte que leurs bagages ne leur permettent pas de suivre les enseignements théoriques et abstraits propres aux disciplines académiques. Ils ne parlent pas la même langue que les enseignants non seulement quand il s’agit du vocabulaire propre aux contenus pédagogiques (...) mais ils disent ne pas comprendre toute une série d’expressions considérées comme usuelles par le corps pédagogique. Ce processus d’infériorisation sociale est redoublé par la proximité avec les étudiants, qui leur manifestent avec plus ou moins de tact qu’ils ne sont pas au niveau .

Ce passage m'a interpellé parce que j'enseigne dans une zone culturellement à l'écart (Dunkerque est particulièrement mal doté en matière de matériel d'accès à la culture : les librairies ont notamment disparu en masse ces dernières années), où beaucoup de mes élèves n'ont pas le réflexe d'ouvrir un dictionnaire quand ils butent sur un mot un peu compliqué, et où on choisi souvent ses plats à la cantine à coups de "ça" (au lieu de nommer les choses par leur nom).

Personnellement, j'essaie de palier à cette difficulté en les obligeant à parler en classe entière d'articles journalistique, et éventuellement, au cours de l'exposé, à définir des termes moins courant.

Mais cet effort n'est pas une ligne directrice "normal" de mon enseignement, qui doit de fait se faire dans un langage simple et accessible. Au cours de ma dernière inspection, j'ai été repris sur mon vocabulaire français ! J'avais dis "telle expression est à utiliser avec parcimonie" (parce que compliquée à utiliser). Une élève (de seconde générale) a levé la main pour me demander ce que ça voulait dire, et maintenant figure dans mon rapport d'inspection qu'il me faut un langage de cours adapté !

Je trouve cela juste hallucinant quand on sait que, ce qui les attend après le bac, c'est un vocabulaire spécialiste, fort érudit, qui effectivement déconcerte ceux qui n'ont pas le réflexe de chercher des définitions et restent pantois devant des expressions peu familières. Mais malgré tout, on fait grossir, par des exigences à la baisse, un fossé qui fera des études supérieur une étape de formation de facto uniquement accessible à ceux qui en ont les moyens.

C'est juste consternant, et profondément frustrant pour le prof que je suis à qui ont demande d'envoyer le plus de monde possible en fac de chinois...

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J-Moriarty Membre 3 640 messages
Baby Forumeur‚
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Un passage m'a particulièrement interpellé :

Ce passage m'a interpellé parce que j'enseigne dans une zone culturellement à l'écart (Dunkerque est particulièrement mal doté en matière de matériel d'accès à la culture : les librairies ont notamment disparu en masse ces dernières années), où beaucoup de mes élèves n'ont pas le réflexe d'ouvrir un dictionnaire quand ils butent sur un mot un peu compliqué, et où on choisi souvent ses plats à la cantine à coups de "ça" (au lieu de nommer les choses par leur nom).

Personnellement, j'essaie de palier à cette difficulté en les obligeant à parler en classe entière d'articles journalistique, et éventuellement, au cours de l'exposé, à définir des termes moins courant.

Mais cet effort n'est pas une ligne directrice "normal" de mon enseignement, qui doit de fait se faire dans un langage simple et accessible. Au cours de ma dernière inspection, j'ai été repris sur mon vocabulaire français ! J'avais dis "telle expression est à utiliser avec parcimonie" (parce que compliquée à utiliser). Une élève (de seconde générale) a levé la main pour me demander ce que ça voulait dire, et maintenant figure dans mon rapport d'inspection qu'il me faut un langage de cours adapté !

Je trouve cela juste hallucinant quand on sait que, ce qui les attend après le bac, c'est un vocabulaire spécialiste, fort érudit, qui effectivement déconcerte ceux qui n'ont pas le réflexe de chercher des définitions et restent pantois devant des expressions peu familières. Mais malgré tout, on fait grossir, par des exigences à la baisse, un fossé qui fera des études supérieur une étape de formation de facto uniquement accessible à ceux qui en ont les moyens.

C'est juste consternant, et profondément frustrant pour le prof que je suis à qui ont demande d'envoyer le plus de monde possible en fac de chinois...

Vous enseignez le chinois?

Pour cette reprise que vous citez sur le terme de parcimonie; ce que peut vous reprocher un IPR c'est de ne pas expliquer vos termes utilisés si les élèves le demandent.

En aucun cas il ne peut vous reprocher l'usage d'un terme, sauf si vous parlez totalement chinois (pointe d'humour) en permanence. Je veux dire si il a l'impression que les gamins ne comprennent pas ce que vous dites.

Le terme de "parcimonie" ne peut être reproché à un enseignant même de collège, qu'on soit à Dunkerque, à Courbevoie ou à Louis Legrand.

Pour ce qui est des facs; la première année est la première vraie sélection du parcours "éducatif" des élèves ....

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Invité Long Nao
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Invité Long Nao
Invité Long Nao Invités 0 message
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J'ai expliqué le terme à la seule élève qui n'avait pas compris (ce n'est pas la première fois que je l'employais). Il est en gros écrit que je dois utiliser un langage français immédiatement accessible à mon public.

Quand j'ai lu cette remarque sur le rapport (ce point n'a pas été abordé durant l'entretien), ça m'a fait très mal, non seulement parce que je sais qu'est-ce qui attend ces élèves plus tard sur le plan des exigences en matière de langage (avec notamment une attente sociale), mais aussi parce que c'est inscrit, pour toute ma carrière, que j'ai un langage inadapté, pour un seul élève qui n'a pas compris...

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Membre, forumeuse acharnée, Posté(e)
querida13 Membre 49 207 messages
forumeuse acharnée,
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Les étudiants décrochent de leurs études parce qu'ils trouvent du travail et donc de quoi faire face en adultes à leurs besoins d'adultes dans un monde d'adultes .Ils quittent le monde infantilisant des notes pour celui des banknotes!

Autrefois vous aviez en fac les érudits maintenant que le bac est plus démocratisé vous avez des franges de la société plus populaires dont les moyens d'accès aux livres (et donc au vocabulaire d'autres érudits) sont plus limités pour la simple et bonne raison que leur culture n'est plus livresque mais télévisuelle! L'avez vous vous même intégré?Parc que vous parlez toujours de dictionnaire alors qu'ils connaissent tous wikipédia !Et d'autres de Bescherelle alors qu'on a le conjugueur sur internet etc... Armés de tels outils ,ils ne sont pas bien fûtés pour ne pas aller y chercher la signification des mots u'ils ignorent, avouons-le!

De plus je pense que le contenu des bibliothèques devrait être rapidement numérisé si l'on veut démocratiser l'enseignement!cela évitera une grande perte d'énergie pour aller emprunter ,ramener chez Soi ,rendre le livre ,monter des étages chargé de bouquins ,tourner des pages ...Du moins pour les lecteurs ,les autres ont-ils vraiment leur place en fac?

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Membre, 66ans Posté(e)
2strass Membre 1 234 messages
Baby Forumeur‚ 66ans‚
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J'ai expliqué le terme à la seule élève qui n'avait pas compris (ce n'est pas la première fois que je l'employais). Il est en gros écrit que je dois utiliser un langage français immédiatement accessible à mon public.

Je comprend mieux tes divers "interventions" sur les topics.........

Vu le "public" à qui tu "enseigne" :smile2: :smile2: :smile2: :smile2: :smile2: :smile2: :smile2: :smile2:

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Invité Long Nao
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Invité Long Nao Invités 0 message
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Vu le "public" à qui tu "enseigne"

Qu'est-ce qu'il a mon "public" :hu:

Mon public est très bien comme il est (sinon il y a longtemps que j'aurais changé de métier...), et je l'aime comme il est. Merci. Revenons au sujet.

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Membre, Posté(e)
J-Moriarty Membre 3 640 messages
Baby Forumeur‚
Posté(e)

J'ai expliqué le terme à la seule élève qui n'avait pas compris (ce n'est pas la première fois que je l'employais). Il est en gros écrit que je dois utiliser un langage français immédiatement accessible à mon public.

Quand j'ai lu cette remarque sur le rapport (ce point n'a pas été abordé durant l'entretien), ça m'a fait très mal, non seulement parce que je sais qu'est-ce qui attend ces élèves plus tard sur le plan des exigences en matière de langage (avec notamment une attente sociale), mais aussi parce que c'est inscrit, pour toute ma carrière, que j'ai un langage inadapté, pour un seul élève qui n'a pas compris...

Ne vous inquiétez pas pour ça; ça disparaitra à la prochaine inspection, et en aucun cas ça ne pourrait être retenu pour la suite de votre carrière.

C'est curieux que ce point n'ait pas été développé dans l'entretien; ne vous formalisez pas dessus.

Ce qui est écrit dans votre rapport incite plus pour un décalage entre votre langage et le niveau de compréhension des élèves, mais ça ne doit pas concerner le terme de "parcimonie".

Enfin, c'est ce que je comprends par cette phrase; "utiliser un langage français immédiatement accessible à mon public".

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Invité Long Nao
Invités, Posté(e)
Invité Long Nao
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C'est curieux que ce point n'ait pas été développé dans l'entretien; ne vous formalisez pas dessus.

D'accord ;)

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Membre, Forumeur confit, Posté(e)
Enchantant Membre 18 124 messages
Forumeur confit,
Posté(e)

Je reconnais que le métier d’enseignant n’est certainement pas une mission facile, étant donné l’hétérogénéité des élèves.

Tous les domaines spécialisés ont un vocabulaire synthétique associé à leur technique.

Assistant à un procès de justice, de me rendre compte que le jargon des avocats, des juges, bref des juristes en général, était pour moi grandement incompréhensible.

Une remarque de même nature que je me suis faite, lorsque j’ai eu l’occasion d’aller chez un notaire.

Vous est il arrivé de suivre une réunion traitant de l’informatique,des langages, des structures de programmes, des codages, des logarithmes ?

Bref, tout cela pour conclure que les milieux spécialisés ont tous un langage particulier et spécifique.

Et dès l’instant ou l’on ne saisit pas immédiatement le sens d’un mot ou d’une phrase au cours d’un développement, on a le sentiment d’être exclu de l’assemblée en question.

Il existe deux attitudes possibles, celle de se dire que ce monde là, dont le jargon est incompréhensible pour moi, de le rejeter de sa sphère d’appréhension, ou bien de potasser sois même pour essayer de comprendre.

C’est lorsque l’on est dans cette dernière disposition d’ouverture d’esprit, celle d’essayer de comprendre, que l’on finit par accepter la pertinence de certains usage de mots, certaines phrases, bref de s’intégrer à notre insu dans un domaine spécifique et particulier.

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Membre, Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis, 53ans Posté(e)
DroitDeRéponse Membre 91 845 messages
53ans‚ Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis,
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Un passage m'a particulièrement interpellé :

Ce passage m'a interpellé parce que j'enseigne dans une zone culturellement à l'écart (Dunkerque est particulièrement mal doté en matière de matériel d'accès à la culture : les librairies ont notamment disparu en masse ces dernières années), où beaucoup de mes élèves n'ont pas le réflexe d'ouvrir un dictionnaire quand ils butent sur un mot un peu compliqué, et où on choisi souvent ses plats à la cantine à coups de "ça" (au lieu de nommer les choses par leur nom).

Personnellement, j'essaie de palier à cette difficulté en les obligeant à parler en classe entière d'articles journalistique, et éventuellement, au cours de l'exposé, à définir des termes moins courant.

Mais cet effort n'est pas une ligne directrice "normal" de mon enseignement, qui doit de fait se faire dans un langage simple et accessible. Au cours de ma dernière inspection, j'ai été repris sur mon vocabulaire français ! J'avais dis "telle expression est à utiliser avec parcimonie" (parce que compliquée à utiliser). Une élève (de seconde générale) a levé la main pour me demander ce que ça voulait dire, et maintenant figure dans mon rapport d'inspection qu'il me faut un langage de cours adapté !

Je trouve cela juste hallucinant quand on sait que, ce qui les attend après le bac, c'est un vocabulaire spécialiste, fort érudit, qui effectivement déconcerte ceux qui n'ont pas le réflexe de chercher des définitions et restent pantois devant des expressions peu familières. Mais malgré tout, on fait grossir, par des exigences à la baisse, un fossé qui fera des études supérieur une étape de formation de facto uniquement accessible à ceux qui en ont les moyens.

C'est juste consternant, et profondément frustrant pour le prof que je suis à qui ont demande d'envoyer le plus de monde possible en fac de chinois...

Il va falloir procéder à une réforme de l'université pour combler le fosse et favoriser l'égalité des chances :D

Sinon il faudrait peut être sortir de l'hypocrisie et sortir d'une sélection larvée , pour passer à une sélection tout court . Cela permettrait aux étudiants au niveau de suivre leurs études dans de meilleurs conditions et aux autres de ne pas se fourvoyer dans une impasse .

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Membre, Posté(e)
J-Moriarty Membre 3 640 messages
Baby Forumeur‚
Posté(e)

Il va falloir procéder à une réforme de l'université pour combler le fosse et favoriser l'égalité des chances :D

Sinon il faudrait peut être sortir de l'hypocrisie et sortir d'une sélection larvée , pour passer à une sélection tout court . Cela permettrait aux étudiants au niveau de suivre leurs études dans de meilleurs conditions et aux autres de ne pas se fourvoyer dans une impasse .

L'égalité des chances est un serpent qui se mord la queue; les facs ne peuvent sélectionner en 1ere année, mais dans le cursus scolaire il faut tôt ou tard une sélection. Tout le monde ne peut faire médecin ou prof.

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Membre, Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis, 53ans Posté(e)
DroitDeRéponse Membre 91 845 messages
53ans‚ Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis,
Posté(e)

L'égalité des chances est un serpent qui se mord la queue; les facs ne peuvent sélectionner en 1ere année, mais dans le cursus scolaire il faut tôt ou tard une sélection. Tout le monde ne peut faire médecin ou prof.

C'est keceque je voulais dire avec un brin de provoc :D

Mais la suppression des prépas etc me laisse à penser que nous nous orientons vers une réforme pour l'égalité des chances ;)

Haro sur l'élitisme , 100% d'une classe d'age a l'ENS

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Membre, Anarchiste épistémologique, 52ans Posté(e)
kyrilluk Membre 7 694 messages
52ans‚ Anarchiste épistémologique,
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Je trouve cela juste hallucinant quand on sait que, ce qui les attend après le bac, c'est un vocabulaire spécialiste, fort érudit, qui effectivement déconcerte ceux qui n'ont pas le réflexe de chercher des définitions et restent pantois devant des expressions peu familières. Mais malgré tout, on fait grossir, par des exigences à la baisse, un fossé qui fera des études supérieur une étape de formation de facto uniquement accessible à ceux qui en ont les moyens.

C'est juste consternant, et profondément frustrant pour le prof que je suis à qui ont demande d'envoyer le plus de monde possible en fac de chinois...

Dans la mesure ou la maitrise du vocabulaire est correllee a l'intelligence, tu peux en deduire que tu n'as probablement pas a te reprocher quoi que se soit. Si ils ne maitrisent pas le vocabulaire que l'on attend de quelqu'un qui va a la Fac alors qu'ils sont en terminale, tu n'as strictement aucune chance de les aider.

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