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Boualem Sansal : 2084

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DroitDeRéponse

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Modérateur, ©, 108ans Posté(e)
January Modérateur 62 117 messages
108ans‚ ©,
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Je fais le plein de bouquins vendredi et il était sur ma liste. Sera sûrement mangé ce week-end. Je reviendrai à ce moment-là.

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Membre, Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis, 53ans Posté(e)
DroitDeRéponse Membre 90 860 messages
53ans‚ Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis,
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:hu:Entre deux dystopies : de 1984 à 2084

Le dernier livre de Boualem Sansal 2084 s'inscrit dans une lignée de livres de plus en plus commercialisés notamment en France. Son thème est celui de Soumission de Michel Houellebecq, et les deux font partie d'une pensée en vogue en France représentée par des intellectuels tels qu'Alain Finkielkraut ou Eric Zemmour.

Cette ligne de pensée prédit un avenir sombre pour la France et pour l'Europe en raison de la menace islamiste, résultat, selon eux, d'une présence de plus en plus ressentie des musulmans en Europe. Lors de son passage sur LCI, Sansal répond à la question comment il imaginait la France en 2084 par un seul mot : islamiste ! De fait, on ne s'étonnera pas qu'il soit cité par quelqu'un comme Eric Zemmour qui porte une haine incommensurable contre les musulmans et l'Algérie en particulier.

Pour Sansal, tout comme pour Michel Houellebecq, Islam est synonyme de soumission. Pour eux le mot soumission est rempli de terreur, il est synonyme de totalitarisme et évoque immédiatement le spectre de Big Brother de George Orwell auquel Sansal fait référence par le choix du titre. 2084 parle d'un pays, l'Abistan, soumis cruellement à la loi divine, un monde chaotique, résultat d'une guerre sainte, nous apprend le texte, qui a ravagé le monde entieSaveexiste quelque part une frontière, le protagoniste finira miraculeusement par la trouver, l'emprunter et disparaître, fin de l'histoire, et pas du monde comme le complément du titre nous l'indique.

THEME ET HISTOIRE

2084 de Sansal reprend tellement à la lettre des épisodes du chef-d'œuvre d'Orwell 1984 que l'on se demanderait pourquoi se donner la peine d'écrire un tel livre. L'Abilangue par exemple, la langue officielle de l'Abistan, n'est qu'un ensemble de mots insérés çà et là dans le texte sans que l'on sache quelle est vraiment sa fonction. Il est dit que cette langue, sans doute la langue arabe (la langue la plus riche du monde), a une emprise magique sur les esprits et les corps, elle les transforme en de profitables martyres pour le système. A la fin l'auteur ne tente même pas une explication, il fait le lien direct avec le novlangue d'Orwell, nous renvoyant ainsi à 1984.

Non seulement cela, mais ce qui est repris, comme l'Abilangue, est placé dans l'histoire sans que celle-ci ne le suggère. Dans 1984 de George Orwell, on découvre et comprend le novlangue au fur à mesure que l'histoire avance : le principe du novlangue est expliqué par le camarade de Winston pendant un repas à la cantine, ce dernier lui explique passionnément le plaisir de détruire les mots et le but derrière une telle entreprise (La réflexion d'Orwell sur la langue est tellement originale qu'elle est devenue un objet d'étude pour les linguistes). Le but derrière la répression sexuelle est expliqué par Julia, la jeune femme dont Winston tombe amoureux, pendant des moments intimes du couple. Le slogan du Parti est expliqué par le livre de la fraternité secrète que Winston parvient à obtenir et qui s'est avéré être un piège tendu par le Parti

En somme, Orwell a fait une excellente critique des régimes totalitaires sans négliger l'histoire racontée. Stephen King dans son livre Ecriture : mémoire d'un métier soutient qu'une bonne fiction part toujours d'une histoire et progresse vers son thème, elle ne part presque jamais du thème pour aboutir à l'histoire. Il fait cependant une exception à cette règle : George Orwell. Il s'étonne de la capacité de cet auteur de partir d'un thème ou d'une idée pour inventer ensuite une histoire qui soit tellement adaptée au thème qu'on douterait qu'il s'agit initialement d'une idée et non pas d'une histoire.

Dans 2084, on a l'impression que les idées et les thèmes sont souvent communiqués ou insérés sans tenir compte du récit. L'auteur se livre souvent à des réflexions invraisemblables compte tenu de l'histoire. Tel est le cas par exemple de l'épisode qui décrit le passage, comme d'un coup de baguette magique, du protagoniste et de son ami de l'Abistan, où règne une dictature absolue, vers un ghetto chaotique mais où règne néanmoins beaucoup plus de liberté. On a du mal à imaginer un homme qui vient de retrouver pour la première fois de sa vie une certaine liberté d'avoir des réflexions sur la langue et sur son lien avec la religion et la manipulation. Un homme qui a passé toute sa vie enchaîné se mettrait à courir si on lui arrachait ses chaînes, il est peu probable qu'il se mette à analyser ses chaînes. Quelques pages plus tard il reprend le sujet avec plus d'acharnement avec des questions tel que le rapport existant entre religion et langue ? Bref, on a l'impression que l'auteur a tellement d'idées à communiquer mais que l'histoire n'arrive pas à les contenir. En outre, de telles réflexions font que les dialogues sont très rares dans le texte ce qui a pour effet de rendre le récit très lent et ennuyeux. Ajoutant à cela que l'histoire tarde à commencer, et les détails inutiles abondent. La voix narratrice qui semble par moment omnisciente étouffe la voix de personnage. On a du mal à savoir qui parle, c'est une dystopie Orwellienne racontée dans un style Fontainien - c'est sans doute pour cela que la plupart des articles consacrés à cet œuvre ont du mal à la désigner : roman, fable, conte La façon de raconter rend toute identification avec le protagoniste impossible, et le suspens presque absent. Les points d'exclamation des passages en italique montrent la surprise chez le protagoniste, mais ne suscite rien chez le lecteur. En somme, l'auteur aurait mieux fait d'écrire un essai pour exposer ses idées.

LA QUESTION DU COMMENT ET DU POURQUOI ...

La suite :

http://www.lequotidi...m/?news=5219803

pourra t on espérer un avis personnel, nous ne parlons pas info mais littérature .

Zemmour est donc hors scope, j'ai lu l'excellent soumission, qui n'a pas du tout le même style ni le même fond que sensal. Quant a finkelkraut simple propagande de l'islam politique , il n'a rien a faire au milieu de ces auteurs, mais il est important de placer son nom pour le discréditer .

Houellebecq nous parle perte de structure d'un occident qui a perdu sa colonne vertébrale chrétienne: "Nietzshe cette vieille petasse avait raison, le christiannisme est une religion de femme " et knterroge plus notre société qui se laisse cueillir par un ben abbes l'emmenant vers de nouveaux horizons. Sansal que je n'ai pas fini nous parle d'un monde Orwellien où la religion contrôle tout , charge contre un islamisme qui dan les fais régit chacun des actes de la vie , yovah se preocuppe de votre quequette , ce que vous mangez , ce que vous dites , gloire a abi et a yovah .

bref pourrons nous bena espérer une intervention éclairée ?

lire les critiques littéraires nous savons tous faire .

Qu' avez vous pense de 2084 et soumission ?

half choukar arhi , toufakir ma3 raisouka 9 tatakalamoun maza toufakir

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Modérateur, ©, 108ans Posté(e)
January Modérateur 62 117 messages
108ans‚ ©,
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@ droit de réponse Je ne crois pas que tu aies participé ici (un topic qui date de la sortie du bouquin) : http://www.forumfr.com/sujet640403-soumission-de-michel-houellebecq.html?hl,houellebecq

Si tu l'as lu, tu peux apporter ta contribution ?

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Membre, Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis, 53ans Posté(e)
DroitDeRéponse Membre 90 860 messages
53ans‚ Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis,
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Chapitre 2

Pour des gens qui ne sont jamais sortis de leur peur, l'ailleurs est un abîme .

----

Peut être même avait il pensé Que la vérité , divine ou humaine, sacrée ou profane , n'était pas la véritable obsession de l

'Homme mais que son rêve , trop grand pour qu'il l'appréhendât dans toute sa folie, était d'inventer l'humanité et de l'habiter comme le souverain habite son palais .

Ça commence bien :)

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Membre, Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis, 53ans Posté(e)
DroitDeRéponse Membre 90 860 messages
53ans‚ Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis,
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A la fin des fins règnera le silence et il pèsera lourd, il portera tout le poids des choses disparues depuis le début du monde et celui encore plus lourd des choses qui n'auront pas vu le jour faute de mots sensés pour les nommer.

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Membre, Posté(e)
bena11 Membre 3 087 messages
Baby Forumeur‚
Posté(e)

:noel: Au secours DroitDeRéponse

Wassiny Laârej-Boualem Sansal, la guerre de «2084»

livres_2608633_465x348.jpg

Coup de tonnerre dans le ciel littéraire : l’auteur Wassiny Laâredj a accusé son collègue Boualem Sansal de lui a voir volé le titre de son roman qui sort en décembre au Salon du livre de Beyrouth.

Cette coïncidence m’a choqué : 2048, le dernier Arabe, est le titre d’un roman que j’ai annoncé depuis une année, écrit Wassiny Laâredj sur sa page facebook cet été. Alors que je viens d’apprendre que Boualem Sansal est en train de préparer la parution de son roman 2084, la fin du monde. Est-il possible de croire à une telle coïncidence ?» Les deux romans d’anticipation tentent d’imaginer un futur terrifiant empruntant largement à l’univers orwellien.

«Le seul qui peut m’accuser de l’avoir plagié est George Orwell (auteur du roman d’anticipation 1984, qui a inspiré les deux auteurs algériens), je suis navré que Wassiny, qui est un écrivain que je respecte beaucoup, en arrive à cette hypothèse», a répondu Boualem Sansal dans le quotidien londonien Al Hayat. Le candidat au prix Goncourt a nié que l’un aurait plagié l’autre ou volé son titre. «On ne peut plagier un livre qui n’a pas encore été publié et je ne crois même que cette affaire devait provoquer une tempête médiatique car nous sommes deux auteurs très connus».

Las, Wassiny Laâredj a quand même confié à des proches qu’il attaquerait en justice l’éditeur français de Sansal, Gallimard. «Je doute de cette démarche, commente un éditeur algérois. Il n’a aucune chance que sa plainte soit recevable.» «On aurait aussi bien pu dire que le titre du prochain roman de Wassiny ressemble étrangement au titre du livre de Amin Zaoui sorti en 2012 à Alger, Le dernier Juif de Tamentit», s’amuse un commentateur sur le web.

:p

http://www.elwatan.com/actualite/la-polemique-de-la-semaine-wassiny-laarej-boualem-sansal-la-guerre-de-2084-16-10-2015-305568_109.php

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Membre, Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis, 53ans Posté(e)
DroitDeRéponse Membre 90 860 messages
53ans‚ Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis,
Posté(e)

:noel: Au secours DroitDeRéponse

Wassiny Laârej-Boualem Sansal, la guerre de «2084»

livres_2608633_465x348.jpg

Coup de tonnerre dans le ciel littéraire : l’auteur Wassiny Laâredj a accusé son collègue Boualem Sansal de lui a voir volé le titre de son roman qui sort en décembre au Salon du livre de Beyrouth.

Cette coïncidence m’a choqué : 2048, le dernier Arabe, est le titre d’un roman que j’ai annoncé depuis une année, écrit Wassiny Laâredj sur sa page facebook cet été. Alors que je viens d’apprendre que Boualem Sansal est en train de préparer la parution de son roman 2084, la fin du monde. Est-il possible de croire à une telle coïncidence ?» Les deux romans d’anticipation tentent d’imaginer un futur terrifiant empruntant largement à l’univers orwellien.

«Le seul qui peut m’accuser de l’avoir plagié est George Orwell (auteur du roman d’anticipation 1984, qui a inspiré les deux auteurs algériens), je suis navré que Wassiny, qui est un écrivain que je respecte beaucoup, en arrive à cette hypothèse», a répondu Boualem Sansal dans le quotidien londonien Al Hayat. Le candidat au prix Goncourt a nié que l’un aurait plagié l’autre ou volé son titre. «On ne peut plagier un livre qui n’a pas encore été publié et je ne crois même que cette affaire devait provoquer une tempête médiatique car nous sommes deux auteurs très connus».

Las, Wassiny Laâredj a quand même confié à des proches qu’il attaquerait en justice l’éditeur français de Sansal, Gallimard. «Je doute de cette démarche, commente un éditeur algérois. Il n’a aucune chance que sa plainte soit recevable.» «On aurait aussi bien pu dire que le titre du prochain roman de Wassiny ressemble étrangement au titre du livre de Amin Zaoui sorti en 2012 à Alger, Le dernier Juif de Tamentit», s’amuse un commentateur sur le web.

:p

http://www.elwatan.c...-305568_109.php

2048 en clin d'oeil à Orwell c'était bien pourtant dommage.

Sansal il est sympa, le gars est aussi connu, tentez sous google :D

Bon en fait El watan utilise un pseudo wassiny laâredj, mais il faut chercher waciny laredj https://en.wikipedia.org/wiki/Waciny_Laredj

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Modérateur, ©, 108ans Posté(e)
January Modérateur 62 117 messages
108ans‚ ©,
Posté(e)

Quel farceur ce Boualem Sansal ! J'ai beaucoup aimé le bouquin, je le termine à l'instant. Et je le recommande parce-qu'il fallait quand même le faire ce que l'auteur a fait, construire un récit tantôt aussi poétique que l'inverse et le faire monter en puissance, narrer une logique implacable puis une autre de façon aussi pertinente pour et dans l'histoire et l'Histoire, franchement : moi je dis, bravo, Monsieur Boualem Sansal.

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Membre, Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis, 53ans Posté(e)
DroitDeRéponse Membre 90 860 messages
53ans‚ Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis,
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Pas encore fini ce sera pour demain , mais le bouquin me fait penser à une aventure à la valérian et laureline, avec ses convois sans fins et ses citadelles , le ghetto à blade runner , hâte d'arriver à la chute .

Mais pour le lecteur ayant l'habitude de rentrer dans le vif , il faudra être patient , l'indolence orientale peut dérouter :)

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Membre, Posté(e)
bena11 Membre 3 087 messages
Baby Forumeur‚
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Il faut croire pour mécroire.. Il faut mécroire pour croire hehe3.gif

:noel: In ''Pour qui sonne le glas''

« I have fought for what I believed in for a year now. If we win here we will win everywhere. The world is a fine place and worth the fighting for and I hate very much to leave it. »

:p

Lecture croisée de "Soumission" de Michel Houellebecq

et de "2084" de Boualem Sansal.

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Soumission totale : “2084 – La fin du monde” de Boualem Sansal

par David Isaac Haziza David-Haziza-150x150.jpg

Houellebecq « aurait fait pire », assure-t-il aujourd’hui, s’il avait dû écrire Soumission après les attentats de Charlie Hebdo. Ses « islamistes modérés » étaient en effet bien gentils, certes intraitables quant aux valeurs, mais plutôt pacifiques, ne fût-ce que par stratégie. Que l’on songe à ce que Muray écrivait dans sa lettre aux djihadistes, qu’il opposait à « l’homme en bermuda », au type du « consommateur, du voyageur, du touriste, du vacancier descendant de son camping-car ». L’islamisme de Ben Abbes n’est pas seulement modéré, politique et non-violent : c’est l’islamisme de l’homme en bermuda, du petit jouisseur, et de son partenaire et maître, le requin, le jouisseur haut de gamme. Devenir plausible mais ce n’est pas en effet de cette manière que l’islamisme est entré sur le devant de la scène française en janvier dernier. Et ce n’est pas non plus tout à fait ce que raconte Boualem Sansal dans 2084. Ce dernier roman terrifie par ses détails sanglants, les « stades », par exemple, où la méchanceté des masses converge pour sourire aux exécutions et aux flagellations publiques, sa description d’un monde impitoyable, totalitaire, quelque part entre le Moyen Âge et le jour d’après l’apocalypse nucléaire. Roman orwellien quand Soumission, lui, serait plutôt le Meilleur des mondes de l’islamisme : le Dernier Homme qui murmure en chacun de nous n’est pas loin de vouloir le faire, ce pari que suggère non sans ironie Michel Houellebecq.

Soumission décrit en effet le triomphe de l’islam dans une société qui, la nature ayant horreur du vide, s’est trouvée ainsi de quoi remplacer le sacré qu’elle ne connaissait plus depuis si longtemps. Mais son islam est en apparence bien profane, comme l’est à peu près le raëlisme de La possibilité d’une île. Il répondrait à la quête massive de confort, de stabilité et de jouissance, d’un monde de consommateurs machinaux. L’homme satisfait et tout à fait prêt à la « Soumission » de Houellebecq, est l’homme qui a déjà payé son bonheur au prix fort, comme dirait dans John le Sauvage à l’Administrateur. Homme sans passion, qui ne comprend plus ni Shakespeare ni les Tragiques ni la Bible, qui a renoncé en un mot au droit d’être malheureux. C’est le Dernier Homme nietzschéen, celui qui a chassé de lui le chaos qui l’habitait, qui ne veut plus « enfanter une étoile dansante ». « Hélas ! », s’écriait Zarathoustra devant la foule. « Le temps vient où l’homme deviendra incapable d’enfanter une étoile dansante. Hélas ! ce qui vient, c’est l’époque de l’homme méprisable entre tous, qui ne saura même plus se mépriser lui-même. » Le temps vient du Dernier Homme, de l’homme qui ricane parce qu’il n’a plus d’humour, qui croit avoir « inventé le bonheur » alors qu’il n’a trouvé que l’ennui ou le sot divertissement, l’orgasme alors qu’il jouit machinalement. La liberté parce que, n’ayant plus de berger, il fait partie, avec tous ses congénères, d’un seul troupeau. La félicité parce qu’il ne peine plus et qu’il sait expérimenter, sur commande et comme on avale un fruit, le bien et le mal. « Donne-nous ce Dernier Homme, ô Zarathoustra, criaient-ils ; fais de nous ces derniers hommes ! Et garde pour toi ton Surhumain ! » Ce Dernier Homme est déjà là. Selon ses désirs, son vécu, ses préférences, il partira en Syrie pour rehausser un peu la maussaderie de ses jours, ou restera en France mais n’oubliera jamais de se prendre en selfie. Son but reste foncièrement celui d’une félicité sans heurt. Son monde est déjà celui de Brave New World, c’est celui de Soumission, et c’est, la terreur pour les déviants en plus, l’Abistan de Boualem Sansal.

Le point commun du Meilleur des mondes et de 1984, de Soumission et de La fin du monde, c’est la réduction du sujet humain à la machine. Le mangeur de sandwiches en plastique houellebecquien est une machine. Le « combattant » de l’extension du domaine de la lutte est une machine à jouir, qui gagnera ou qui n’aura plus, tel Tisserand, qu’à mourir en voiture. Les personnages d’Aldous Huxley sont aussi des machines jouisseuses, et celles d’Orwell n’ont que la peur en plus. Le marché, l’Etat et la religion partagent à cet égard la conviction du scientisme le plus borné : dans les mots de Sansal, « l’esprit n’est au fond que de la mécanique, une machine aveugle et froide en raison même de son extraordinaire complexité qui lui impose de tout appréhender, tout contrôler et sans cesse accroître l’ingérence et la terreur. » Pourtant, « entre la vie et la machine, il y a tout le mystère de la liberté […] » : si Sansal est plus horrifique, il a peut-être aussi plus d’espoir pour les hommes sinon pour la France qu’il imagine bientôt islamiste, que l’auteur de Soumission, lequel accepte ou feint d’accepter le monde qui vient et le devenir-machine de l’homme.

L’analyse de la religion, ni simple fait social, ni simple fait théologique, est en gros partagée par les deux auteurs. Chez Houellebecq, la quête du sacré est un vieux motif mais il écrivait dans Extension du domaine de la lutte, que « la fusion sublime n’aurait pas lieu » et reniait dans La carte et le territoire jusqu’à l’eschatologie du roman en tant que telle, ne croyant plus, disait-il, qu’au monde « comme juxtaposition ». A moins que l’apothéose végétale des dernières œuvres de Jed Martin ne marque le retour, et de la narration comme force et comme sens, et du sacré ? A moins que la découverte de la mort par le clone à peu près immortel de La possibilité d’une île ne soit une épiphanie, la seule possible ? Que la Vierge « immarcescible » de Soumission ne désigne une autre possibilité ? La manière dont Houellebecq envisage le religieux est à la pointe du théologique, de l’économique et du politique. Son islam est soumission justement, et le converti Rediger y voit à la fois le comble du don de soi à la Pauline Réage, et de l’extension du domaine de la lutte soumettant les vulnérables aux meilleurs jouisseurs : « En ce qui concerne les êtres vivants, […] les desseins du Créateur s’exprimaient au travers de la sélection naturelle […]. L’inégalité entre mâles – si certains se voyaient accorder la jouissance de plusieurs femelles, d’autres devraient nécessairement en être privés – ne devait donc pas être considérée comme un effet pervers de la polygamie, mais bel et bien comme son but réel. » Il ne s’agit pas tant de foi que d’autorité ou de prohibition du doute. Un fait théologico-politique, donc, que Sansal résume ainsi dans 2084 : « Ne cherchez pas à croire, vous risquez de vous égarer dans une autre croyance, interdisez-vous seulement de douter… »

L’islam est à la fois religion d’Etat et religion du marché, aussi bien chez Sansal que chez Houellebecq, avec là encore chez ce dernier, plus de maussaderie et moins d’horreur que chez le romancier algérien. L’islam est la religion capitaliste par excellence. Au sujet du breuvage servi aux fonctionnaires de l’Abigouv et aux riverains de la gigantesque Kiïba, à la fois centre religieux, économique et politique de l’Abistan, le narrateur de 2084 explique : « La bouillie n’était pas aussi innocente qu’elle paraissait : elle contenait des produits clandestins, bromure, émollient, sédatif, hallucinogène et autres, qui développaient le goût de l’humilité et de l’obéissance. La bouillie dont se nourrissait le peuple cinq fois par jour, la hir, était pauvre en nutriments mais riche en goût et en fumet […]. Qu’importe, les gens en raffolaient, c’était l’essentiel. » Dans le monde de Sansal, comme dans celui de Houellebecq, on consomme la religion, « cinq fois par jour », comme on le fait d’un sandwich en plastique acheté sur l’autoroute ou d’un plat Monoprix. Et il en va ainsi parce que la religion en question est la religion des maîtres et des esclaves.

On ne peut pas accuser Houellebecq d’ « islamophobie » et en même temps faire de lui un homme de droite. Soit il est de droite, avec tout ce qu’enveloppe cette notion, et il aime l’islam car l’islam de Mohammed Ben Abbes oscille entre l’idéologie d’un centre-droit bien de chez nous (voyez le rôle qu’occupe Bayrou dans le roman), et celle du plus parfait anarco-capitalisme (peut-être serait-ce d’ailleurs là l’islam de Rediger plutôt que celui de Ben Abbes) ; soit en effet Houellebecq n’aime pas l’islam ou à tout le moins le critique – et serait donc « islamophobe » si ce mot avait un sens – mais il n’est pas de droite. Il suffit pour s’en convaincre de lire attentivement Soumission : il n’y prend pas tant parti pour ou contre l’islam ou sa version politique, que contre la lecture « de gauche » de l’histoire de cette religion, qui veut y voir celle des Damnés de la terre, quand elle est d’abord celle des ploutocrates du Golfe, des esclavagistes et des maris polygames. L’anecdote récente d’une domestique horriblement mutilée en Arabie Saoudite parce qu’elle avait voulu échapper aux mauvais traitements que lui infligeaient ses maîtres, anecdote hélas banale, suffirait à donner raison à la lecture houellebecquienne de l’islam. L’horreur sansalienne en plus.

Qui est l’Abi de Sansal ? Khomeiny, Al Baghdadi, Mohammed lui-même ? Qu’est le Gkabul ? Le Coran ou, comme semble le suggérer la fin du livre, une autre doctrine, née des décombres de l’ancienne ? De toutes les manières, nous avons là plus qu’une réflexion sur l’islamisme ou le futur du monde. Sansal porte un regard féroce sur l’islam même, effacement ou contrôle du passé, depuis sa naissance, depuis l’Hégire : les prophètes de la Bible, à en croire le Coran et la Sunna, étaient déjà musulmans ! A moins que la Bible et toutes les religions ne soient aussi visées par Sansal : qui se souvient des racines anciennes, des vieux mythes que la Genèse relit, habille, maquille et transforme ? Quel catholique se souvient vraiment que le christianisme maquilla et transforma à son tour, que Jésus faisait Shabbat et que le premier pape refusait de manger chez des Goyim ? Mohammed persécuta les Arabes qui résistaient à sa nouvelle religion ; selon Ibn Ishaq, l’auteur de la Sirat Rasul Allah, il fit tuer le Juif Afaq, poète qui le raillait dans la langue d’Ismaël, homme libre que le charisme du caravanier n’impressionnait guère – puis une femme, Asma Bint Marwan, qui avait dénoncé ce premier meurtre : tout un programme ! « Est-ce l’abilang qui a créé le Gkabul ou l’inverse ? » Fallait-il faire oublier que l’arabe avait eu une histoire, de Pétra à Palmyre, de l’empereur Philippe à la poésie antéislamique ? Quant à la Bible, on pourrait se laisser rêver à ce qu’était la « vraie » religion des Hébreux, du temps de leurs « idolâtries », à ce que pouvaient être leurs poèmes d’amants, leurs chroniques profanes s’il y en eut, ou leurs chansons à boire – mais l’hébreu ancien ne nous est pas connu par là. Reste donc à faire renaître la langue à elle-même. C’est le pouvoir de la poésie, et c’est celui du blasphème. Sansal en réalise un bien grand : le nom de son Dieu est déformé en une glaireuse appellation, « Yölah ». Quelle plus grande destruction que celle-là ? Sansal brise là une et mille idoles. A l’image de la maman qui chante des versets du livre saint de l’Abistan à son enfant, subvertit la langue du Gkabul, joue le texte contre lui-même : « sortie de la religion », par la religion même.

« L’existence d’une frontière était bouleversante. Le monde serait donc divisé, divisible, l’humanité multiple ? » L’Abistan occupe toute la planète, du moins est-ce ce que croient les gens raisonnables. Il n’y a pas de frontière, tout le monde doit se rassembler et se ressembler. Totalitarisme d’Etat ou bien du marché, c’est tout un. Alors il reste à aller voir. Dans Le meilleur des mondes, ce sont les sauvages, peuple mystérieux qui a conservé un peu du chaos qui faisait la civilisation. Houellebecq imaginait une population semblable quoique plus abjecte, proche de l’animalité la plus complète, dans La possibilité d’une île. Soumission racontant le monde d’aujourd’hui et non le futur, le retrait, le « là-bas » y a lieu, mais dans les livres, le défunt pot-au-feu de Huysmans, ou dans la contemplation de la Vierge noire. Le « là-bas » de Sansal, c’est ce qu’il y a au-delà de la frontière, et c’est la frontière elle-même. « Qu’est-ce que la frontière, bon sang, qu’y a-t-il de l’autre côté ? » se demande Ati, le héros. La frontière est d’ailleurs plus qu’un simple lien avec l’ailleurs, elle serait la garantie du monde, la garantie, en délimitant « notre » monde, qu’il y a et qu’il y aura toujours un monde. « Il n’est pas de monde », écrit Sansal, « qui ne soit borné, car sans limites il se dissoudrait dans le néant, il n’existerait pas ». Voilà pourquoi, Ati et Koa, son compagnon, savent que « si frontière il y avait elle pouvait être franchie, plus que cela, elle devait l’être quoi qu’il en coûtât, tant il est formidablement possible que de l’autre côté se trouve la partie manquante de la vie ».

La frontière est solidaire du nom et du visage. « N’ai-je pas fait émigrer Israël du pays d’Egypte comme les Philistins de Cafter et les Araméens de Kir? » (Amos, 9 : 7) : les peuples ont bien plus qu’une histoire, ils ont une nécessité métaphysique. L’asepsie huxleyenne comme celle de l’Etat orwellien, c’est la fin des peuples. La frontière chez Sansal nous renvoie à leur nécessité, comme le ghetto d’ailleurs, où vivent les Renégats, derniers témoins du monde ancien. Faut-il y voir une allusion aux Juifs qui seraient alors, malgré leur travestissement, plus « différents », plus « particuliers » chez Sansal que chez Houellebecq dont les personnages juifs, y compris la petite amie du héros de Soumission, sont décidément fort peu exotiques ? Houellebecq a pourtant aussi l’intuition du potentiel d’ « ailleurs » que représente l’existence juive persécutée pour cette raison même. En un retournement historique sans précédent, les Juifs sont ceux qui pourraient se sauver, seuls, des griffes totalitaires, car ils ont désormais Israël. « Il n’y a pas d’Israël pour moi », dit François. « Une pensée bien pauvre ; mais une pensée exacte. » « Israël », c’est le « Là-bas » par excellence, même avant 1948. Il est bien possible que les refuzniks (le mot apparaît dans le livre) de 2084 soient des avatars de cet être juif, de cette résistance qui a fait exister différents mondes en leur disant non. Boualem Sansal déclarait en 2012 : « Les Juifs étaient le ciment de l’Algérie. Faisant fonctionner l’Etat, ils maintenaient la paix et l’harmonie sociale entre les diverses communautés. Cela a été une erreur politique de laisser les Juifs partir, sans parler de la douleur que ça m’a causée. » Négatif de la société qui les contient, les habitants du ghetto ou d’au-delà de la frontière la font aussi plus pleinement être.

« Who controls the past controls the future. Who controls the present controls the past. » Telle était l’une des maximes de 1984. 2084 est le récit d’une double quête, celle du passé et celle de l’ailleurs, celle du temps et celle de l’espace, celle de l’histoire et celle de la géographie. « La découverte du passé avait failli tuer Toz. Tout cultivé qu’il était, il ne savait pas que 2083 existait ni qu’on pouvait remonter plus haut encore. Une terre ronde est un drame vertigineux pour qui la voyait plate et bornée. La question ‘Qui sommes-nous ?’ était subitement devenue ‘Qui étions-nous ?’ » Toz se bâtit un « Musée de la Nostalgie », Ati part à la recherche de la Frontière. Sansal veut percer la chaux uniforme qui nous recouvre le vieux monde. Comme Houellebecq, il a compris qu’en l’islam politique, convergeaient les trois uniformités, celle du dogme, celle de l’Etat et celle de la consommation. Réveiller Palmyre : l’homme qui alla en Israël, au mépris de ceux qui le méprisaient pour cela, est ici cohérent. Histoire et géographie. Différance et différence.

La France de 2084 sera-t-elle islamiste ? Nos deux écrivains ont l’air de le penser. Soumission nous décrit l’ascension pacifique d’un islamisme « modéré ». Mohammed Ben Abbes reprendra le travail des rois capétiens et de Napoléon. La France sera en paix, rendue au sacré et à la prospérité. Soumise. Paix et soumission : c’est le sens du mot « islam ». Ben Abbes conjuguera la réalisation des besoins de l’homme en bermuda et de ses trois femmes, à celle des besoins spirituels de la communauté. Pour Sansal, le devenir islamiste de la France fait encore moins de doute, c’est ce qu’il a déclaré, suggérant même que pouvait bien s’accomplir le scénario imaginé par Houellebecq.

Pourquoi pas ? Luttons-nous assez pour que cela n’arrive pas ? En avons-nous seulement les moyens ? Et contre quoi lutter d’ailleurs ? Contre les morituri de l’islam ? Contre ceux-là, nous vaincrons. Il y a ceux qui meurent pour la vie et ceux qui vivent pour la mort. Qui seront à plus forte raison prêts à complètement mourir pour elle. C’est leur force, mais ces fous de Dieu, il suffit de les éliminer, quitte à y risquer sa peau. Ati, le héros de 2084, décide qu’il mourra, s’il le faut, pour la vie, la vie d’ici-bas, la frontière. « Il découvrait, sans savoir le dire autrement que par un paradoxe, que la vie méritait qu’on meure pour elle. » Un peu semblable en cela au héros de Pour qui sonne le glas, qui formule en l’une des phrases les plus sublimes qui soient, tout ce qui sépare l’héroïsme du terrorisme kamikaze : « I have fought for what I believed in for a year now. If we win here we will win everywhere. The world is a fine place and worth the fighting for and I hate very much to leave it. » Mais si nous pouvons vaincre par rage de vivre, si nous pouvons exterminer Daesh, comment vaincre l’islamiste jouisseur, le capitaliste en turban, l’ingénieur stipendié de la République Islamique d’Iran ou tout simplement, les Rediger à venir ? Ni Houellebecq ni Sansal ne le disent autrement qu’en suggérant de se trouver, à toute force, un « là-bas », une île ou sa possibilité.

http://laregledujeu.org/2015/10/16/26050/soumission-totale-2084-la-fin-du-monde-de-boualem-sansal/

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Membre, Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis, 53ans Posté(e)
DroitDeRéponse Membre 90 860 messages
53ans‚ Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis,
Posté(e)

:noel: In ''Pour qui sonne le glas''

« I have fought for what I believed in for a year now. If we win here we will win everywhere. The world is a fine place and worth the fighting for and I hate very much to leave it. »

:p

Lecture croisée de "Soumission" de Michel Houellebecq

et de "2084" de Boualem Sansal.

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Soumission totale : “2084 – La fin du monde” de Boualem Sansal

par David Isaac Haziza David-Haziza-150x150.jpg

Houellebecq « aurait fait pire », assure-t-il aujourd’hui, s’il avait dû écrire Soumission après les attentats de Charlie Hebdo. Ses « islamistes modérés » étaient en effet bien gentils, certes intraitables quant aux valeurs, mais plutôt pacifiques, ne fût-ce que par stratégie. Que l’on songe à ce que Muray écrivait dans sa lettre aux djihadistes, qu’il opposait à « l’homme en bermuda », au type du « consommateur, du voyageur, du touriste, du vacancier descendant de son camping-car ». L’islamisme de Ben Abbes n’est pas seulement modéré, politique et non-violent : c’est l’islamisme de l’homme en bermuda, du petit jouisseur, et de son partenaire et maître, le requin, le jouisseur haut de gamme. Devenir plausible mais ce n’est pas en effet de cette manière que l’islamisme est entré sur le devant de la scène française en janvier dernier. Et ce n’est pas non plus tout à fait ce que raconte Boualem Sansal dans 2084. Ce dernier roman terrifie par ses détails sanglants, les « stades », par exemple, où la méchanceté des masses converge pour sourire aux exécutions et aux flagellations publiques, sa description d’un monde impitoyable, totalitaire, quelque part entre le Moyen Âge et le jour d’après l’apocalypse nucléaire. Roman orwellien quand Soumission, lui, serait plutôt le Meilleur des mondes de l’islamisme : le Dernier Homme qui murmure en chacun de nous n’est pas loin de vouloir le faire, ce pari que suggère non sans ironie Michel Houellebecq.

Soumission décrit en effet le triomphe de l’islam dans une société qui, la nature ayant horreur du vide, s’est trouvée ainsi de quoi remplacer le sacré qu’elle ne connaissait plus depuis si longtemps. Mais son islam est en apparence bien profane, comme l’est à peu près le raëlisme de La possibilité d’une île. Il répondrait à la quête massive de confort, de stabilité et de jouissance, d’un monde de consommateurs machinaux. L’homme satisfait et tout à fait prêt à la « Soumission » de Houellebecq, est l’homme qui a déjà payé son bonheur au prix fort, comme dirait dans John le Sauvage à l’Administrateur. Homme sans passion, qui ne comprend plus ni Shakespeare ni les Tragiques ni la Bible, qui a renoncé en un mot au droit d’être malheureux. C’est le Dernier Homme nietzschéen, celui qui a chassé de lui le chaos qui l’habitait, qui ne veut plus « enfanter une étoile dansante ». « Hélas ! », s’écriait Zarathoustra devant la foule. « Le temps vient où l’homme deviendra incapable d’enfanter une étoile dansante. Hélas ! ce qui vient, c’est l’époque de l’homme méprisable entre tous, qui ne saura même plus se mépriser lui-même. » Le temps vient du Dernier Homme, de l’homme qui ricane parce qu’il n’a plus d’humour, qui croit avoir « inventé le bonheur » alors qu’il n’a trouvé que l’ennui ou le sot divertissement, l’orgasme alors qu’il jouit machinalement. La liberté parce que, n’ayant plus de berger, il fait partie, avec tous ses congénères, d’un seul troupeau. La félicité parce qu’il ne peine plus et qu’il sait expérimenter, sur commande et comme on avale un fruit, le bien et le mal. « Donne-nous ce Dernier Homme, ô Zarathoustra, criaient-ils ; fais de nous ces derniers hommes ! Et garde pour toi ton Surhumain ! » Ce Dernier Homme est déjà là. Selon ses désirs, son vécu, ses préférences, il partira en Syrie pour rehausser un peu la maussaderie de ses jours, ou restera en France mais n’oubliera jamais de se prendre en selfie. Son but reste foncièrement celui d’une félicité sans heurt. Son monde est déjà celui de Brave New World, c’est celui de Soumission, et c’est, la terreur pour les déviants en plus, l’Abistan de Boualem Sansal.

Le point commun du Meilleur des mondes et de 1984, de Soumission et de La fin du monde, c’est la réduction du sujet humain à la machine. Le mangeur de sandwiches en plastique houellebecquien est une machine. Le « combattant » de l’extension du domaine de la lutte est une machine à jouir, qui gagnera ou qui n’aura plus, tel Tisserand, qu’à mourir en voiture. Les personnages d’Aldous Huxley sont aussi des machines jouisseuses, et celles d’Orwell n’ont que la peur en plus. Le marché, l’Etat et la religion partagent à cet égard la conviction du scientisme le plus borné : dans les mots de Sansal, « l’esprit n’est au fond que de la mécanique, une machine aveugle et froide en raison même de son extraordinaire complexité qui lui impose de tout appréhender, tout contrôler et sans cesse accroître l’ingérence et la terreur. » Pourtant, « entre la vie et la machine, il y a tout le mystère de la liberté […] » : si Sansal est plus horrifique, il a peut-être aussi plus d’espoir pour les hommes sinon pour la France qu’il imagine bientôt islamiste, que l’auteur de Soumission, lequel accepte ou feint d’accepter le monde qui vient et le devenir-machine de l’homme.

L’analyse de la religion, ni simple fait social, ni simple fait théologique, est en gros partagée par les deux auteurs. Chez Houellebecq, la quête du sacré est un vieux motif mais il écrivait dans Extension du domaine de la lutte, que « la fusion sublime n’aurait pas lieu » et reniait dans La carte et le territoire jusqu’à l’eschatologie du roman en tant que telle, ne croyant plus, disait-il, qu’au monde « comme juxtaposition ». A moins que l’apothéose végétale des dernières œuvres de Jed Martin ne marque le retour, et de la narration comme force et comme sens, et du sacré ? A moins que la découverte de la mort par le clone à peu près immortel de La possibilité d’une île ne soit une épiphanie, la seule possible ? Que la Vierge « immarcescible » de Soumission ne désigne une autre possibilité ? La manière dont Houellebecq envisage le religieux est à la pointe du théologique, de l’économique et du politique. Son islam est soumission justement, et le converti Rediger y voit à la fois le comble du don de soi à la Pauline Réage, et de l’extension du domaine de la lutte soumettant les vulnérables aux meilleurs jouisseurs : « En ce qui concerne les êtres vivants, […] les desseins du Créateur s’exprimaient au travers de la sélection naturelle […]. L’inégalité entre mâles – si certains se voyaient accorder la jouissance de plusieurs femelles, d’autres devraient nécessairement en être privés – ne devait donc pas être considérée comme un effet pervers de la polygamie, mais bel et bien comme son but réel. » Il ne s’agit pas tant de foi que d’autorité ou de prohibition du doute. Un fait théologico-politique, donc, que Sansal résume ainsi dans 2084 : « Ne cherchez pas à croire, vous risquez de vous égarer dans une autre croyance, interdisez-vous seulement de douter… »

L’islam est à la fois religion d’Etat et religion du marché, aussi bien chez Sansal que chez Houellebecq, avec là encore chez ce dernier, plus de maussaderie et moins d’horreur que chez le romancier algérien. L’islam est la religion capitaliste par excellence. Au sujet du breuvage servi aux fonctionnaires de l’Abigouv et aux riverains de la gigantesque Kiïba, à la fois centre religieux, économique et politique de l’Abistan, le narrateur de 2084 explique : « La bouillie n’était pas aussi innocente qu’elle paraissait : elle contenait des produits clandestins, bromure, émollient, sédatif, hallucinogène et autres, qui développaient le goût de l’humilité et de l’obéissance. La bouillie dont se nourrissait le peuple cinq fois par jour, la hir, était pauvre en nutriments mais riche en goût et en fumet […]. Qu’importe, les gens en raffolaient, c’était l’essentiel. » Dans le monde de Sansal, comme dans celui de Houellebecq, on consomme la religion, « cinq fois par jour », comme on le fait d’un sandwich en plastique acheté sur l’autoroute ou d’un plat Monoprix. Et il en va ainsi parce que la religion en question est la religion des maîtres et des esclaves.

On ne peut pas accuser Houellebecq d’ « islamophobie » et en même temps faire de lui un homme de droite. Soit il est de droite, avec tout ce qu’enveloppe cette notion, et il aime l’islam car l’islam de Mohammed Ben Abbes oscille entre l’idéologie d’un centre-droit bien de chez nous (voyez le rôle qu’occupe Bayrou dans le roman), et celle du plus parfait anarco-capitalisme (peut-être serait-ce d’ailleurs là l’islam de Rediger plutôt que celui de Ben Abbes) ; soit en effet Houellebecq n’aime pas l’islam ou à tout le moins le critique – et serait donc « islamophobe » si ce mot avait un sens – mais il n’est pas de droite. Il suffit pour s’en convaincre de lire attentivement Soumission : il n’y prend pas tant parti pour ou contre l’islam ou sa version politique, que contre la lecture « de gauche » de l’histoire de cette religion, qui veut y voir celle des Damnés de la terre, quand elle est d’abord celle des ploutocrates du Golfe, des esclavagistes et des maris polygames. L’anecdote récente d’une domestique horriblement mutilée en Arabie Saoudite parce qu’elle avait voulu échapper aux mauvais traitements que lui infligeaient ses maîtres, anecdote hélas banale, suffirait à donner raison à la lecture houellebecquienne de l’islam. L’horreur sansalienne en plus.

Qui est l’Abi de Sansal ? Khomeiny, Al Baghdadi, Mohammed lui-même ? Qu’est le Gkabul ? Le Coran ou, comme semble le suggérer la fin du livre, une autre doctrine, née des décombres de l’ancienne ? De toutes les manières, nous avons là plus qu’une réflexion sur l’islamisme ou le futur du monde. Sansal porte un regard féroce sur l’islam même, effacement ou contrôle du passé, depuis sa naissance, depuis l’Hégire : les prophètes de la Bible, à en croire le Coran et la Sunna, étaient déjà musulmans ! A moins que la Bible et toutes les religions ne soient aussi visées par Sansal : qui se souvient des racines anciennes, des vieux mythes que la Genèse relit, habille, maquille et transforme ? Quel catholique se souvient vraiment que le christianisme maquilla et transforma à son tour, que Jésus faisait Shabbat et que le premier pape refusait de manger chez des Goyim ? Mohammed persécuta les Arabes qui résistaient à sa nouvelle religion ; selon Ibn Ishaq, l’auteur de la Sirat Rasul Allah, il fit tuer le Juif Afaq, poète qui le raillait dans la langue d’Ismaël, homme libre que le charisme du caravanier n’impressionnait guère – puis une femme, Asma Bint Marwan, qui avait dénoncé ce premier meurtre : tout un programme ! « Est-ce l’abilang qui a créé le Gkabul ou l’inverse ? » Fallait-il faire oublier que l’arabe avait eu une histoire, de Pétra à Palmyre, de l’empereur Philippe à la poésie antéislamique ? Quant à la Bible, on pourrait se laisser rêver à ce qu’était la « vraie » religion des Hébreux, du temps de leurs « idolâtries », à ce que pouvaient être leurs poèmes d’amants, leurs chroniques profanes s’il y en eut, ou leurs chansons à boire – mais l’hébreu ancien ne nous est pas connu par là. Reste donc à faire renaître la langue à elle-même. C’est le pouvoir de la poésie, et c’est celui du blasphème. Sansal en réalise un bien grand : le nom de son Dieu est déformé en une glaireuse appellation, « Yölah ». Quelle plus grande destruction que celle-là ? Sansal brise là une et mille idoles. A l’image de la maman qui chante des versets du livre saint de l’Abistan à son enfant, subvertit la langue du Gkabul, joue le texte contre lui-même : « sortie de la religion », par la religion même.

« L’existence d’une frontière était bouleversante. Le monde serait donc divisé, divisible, l’humanité multiple ? » L’Abistan occupe toute la planète, du moins est-ce ce que croient les gens raisonnables. Il n’y a pas de frontière, tout le monde doit se rassembler et se ressembler. Totalitarisme d’Etat ou bien du marché, c’est tout un. Alors il reste à aller voir. Dans Le meilleur des mondes, ce sont les sauvages, peuple mystérieux qui a conservé un peu du chaos qui faisait la civilisation. Houellebecq imaginait une population semblable quoique plus abjecte, proche de l’animalité la plus complète, dans La possibilité d’une île. Soumission racontant le monde d’aujourd’hui et non le futur, le retrait, le « là-bas » y a lieu, mais dans les livres, le défunt pot-au-feu de Huysmans, ou dans la contemplation de la Vierge noire. Le « là-bas » de Sansal, c’est ce qu’il y a au-delà de la frontière, et c’est la frontière elle-même. « Qu’est-ce que la frontière, bon sang, qu’y a-t-il de l’autre côté ? » se demande Ati, le héros. La frontière est d’ailleurs plus qu’un simple lien avec l’ailleurs, elle serait la garantie du monde, la garantie, en délimitant « notre » monde, qu’il y a et qu’il y aura toujours un monde. « Il n’est pas de monde », écrit Sansal, « qui ne soit borné, car sans limites il se dissoudrait dans le néant, il n’existerait pas ». Voilà pourquoi, Ati et Koa, son compagnon, savent que « si frontière il y avait elle pouvait être franchie, plus que cela, elle devait l’être quoi qu’il en coûtât, tant il est formidablement possible que de l’autre côté se trouve la partie manquante de la vie ».

La frontière est solidaire du nom et du visage. « N’ai-je pas fait émigrer Israël du pays d’Egypte comme les Philistins de Cafter et les Araméens de Kir? » (Amos, 9 : 7) : les peuples ont bien plus qu’une histoire, ils ont une nécessité métaphysique. L’asepsie huxleyenne comme celle de l’Etat orwellien, c’est la fin des peuples. La frontière chez Sansal nous renvoie à leur nécessité, comme le ghetto d’ailleurs, où vivent les Renégats, derniers témoins du monde ancien. Faut-il y voir une allusion aux Juifs qui seraient alors, malgré leur travestissement, plus « différents », plus « particuliers » chez Sansal que chez Houellebecq dont les personnages juifs, y compris la petite amie du héros de Soumission, sont décidément fort peu exotiques ? Houellebecq a pourtant aussi l’intuition du potentiel d’ « ailleurs » que représente l’existence juive persécutée pour cette raison même. En un retournement historique sans précédent, les Juifs sont ceux qui pourraient se sauver, seuls, des griffes totalitaires, car ils ont désormais Israël. « Il n’y a pas d’Israël pour moi », dit François. « Une pensée bien pauvre ; mais une pensée exacte. » « Israël », c’est le « Là-bas » par excellence, même avant 1948. Il est bien possible que les refuzniks (le mot apparaît dans le livre) de 2084 soient des avatars de cet être juif, de cette résistance qui a fait exister différents mondes en leur disant non. Boualem Sansal déclarait en 2012 : « Les Juifs étaient le ciment de l’Algérie. Faisant fonctionner l’Etat, ils maintenaient la paix et l’harmonie sociale entre les diverses communautés. Cela a été une erreur politique de laisser les Juifs partir, sans parler de la douleur que ça m’a causée. » Négatif de la société qui les contient, les habitants du ghetto ou d’au-delà de la frontière la font aussi plus pleinement être.

« Who controls the past controls the future. Who controls the present controls the past. » Telle était l’une des maximes de 1984. 2084 est le récit d’une double quête, celle du passé et celle de l’ailleurs, celle du temps et celle de l’espace, celle de l’histoire et celle de la géographie. « La découverte du passé avait failli tuer Toz. Tout cultivé qu’il était, il ne savait pas que 2083 existait ni qu’on pouvait remonter plus haut encore. Une terre ronde est un drame vertigineux pour qui la voyait plate et bornée. La question ‘Qui sommes-nous ?’ était subitement devenue ‘Qui étions-nous ?’ » Toz se bâtit un « Musée de la Nostalgie », Ati part à la recherche de la Frontière. Sansal veut percer la chaux uniforme qui nous recouvre le vieux monde. Comme Houellebecq, il a compris qu’en l’islam politique, convergeaient les trois uniformités, celle du dogme, celle de l’Etat et celle de la consommation. Réveiller Palmyre : l’homme qui alla en Israël, au mépris de ceux qui le méprisaient pour cela, est ici cohérent. Histoire et géographie. Différance et différence.

La France de 2084 sera-t-elle islamiste ? Nos deux écrivains ont l’air de le penser. Soumission nous décrit l’ascension pacifique d’un islamisme « modéré ». Mohammed Ben Abbes reprendra le travail des rois capétiens et de Napoléon. La France sera en paix, rendue au sacré et à la prospérité. Soumise. Paix et soumission : c’est le sens du mot « islam ». Ben Abbes conjuguera la réalisation des besoins de l’homme en bermuda et de ses trois femmes, à celle des besoins spirituels de la communauté. Pour Sansal, le devenir islamiste de la France fait encore moins de doute, c’est ce qu’il a déclaré, suggérant même que pouvait bien s’accomplir le scénario imaginé par Houellebecq.

Pourquoi pas ? Luttons-nous assez pour que cela n’arrive pas ? En avons-nous seulement les moyens ? Et contre quoi lutter d’ailleurs ? Contre les morituri de l’islam ? Contre ceux-là, nous vaincrons. Il y a ceux qui meurent pour la vie et ceux qui vivent pour la mort. Qui seront à plus forte raison prêts à complètement mourir pour elle. C’est leur force, mais ces fous de Dieu, il suffit de les éliminer, quitte à y risquer sa peau. Ati, le héros de 2084, décide qu’il mourra, s’il le faut, pour la vie, la vie d’ici-bas, la frontière. « Il découvrait, sans savoir le dire autrement que par un paradoxe, que la vie méritait qu’on meure pour elle. » Un peu semblable en cela au héros de Pour qui sonne le glas, qui formule en l’une des phrases les plus sublimes qui soient, tout ce qui sépare l’héroïsme du terrorisme kamikaze : « I have fought for what I believed in for a year now. If we win here we will win everywhere. The world is a fine place and worth the fighting for and I hate very much to leave it. » Mais si nous pouvons vaincre par rage de vivre, si nous pouvons exterminer Daesh, comment vaincre l’islamiste jouisseur, le capitaliste en turban, l’ingénieur stipendié de la République Islamique d’Iran ou tout simplement, les Rediger à venir ? Ni Houellebecq ni Sansal ne le disent autrement qu’en suggérant de se trouver, à toute force, un « là-bas », une île ou sa possibilité.

http://laregledujeu....boualem-sansal/

Bonne critique, mais la conclusion met en parallèle deux combats . Le parallélisme n'est pas bon, le combat est séquentiel : il convient d'abord d'éradiquer idéologiquement l'islamisme fondamentaliste. L'incréé n'est pas et la religion s'adapte à l'Homme et non l'inverse .

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Membre, Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis, 53ans Posté(e)
DroitDeRéponse Membre 90 860 messages
53ans‚ Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis,
Posté(e)

Spécial dédicace @Roger_Lococo

^^

Versets 223

Si vous pensez que vous n'avez pas d'ennemis , c'est que l'ennemi vous a écrasé et réduit à l'état d'esclaves heureux de son joug .vous feriez mieux de vous chercher des ennemis que de vous laisser aller à vous croire en paix avec vos voisins .

Modifié par DroitDeRéponse
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Membre, Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis, 53ans Posté(e)
DroitDeRéponse Membre 90 860 messages
53ans‚ Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis,
Posté(e)

Fini pour moi également , je pleure Démoc n'est plus depuis longtemps et l'angsoc est mort.

Magnifique récit attaquant dans la langueur désespérante des noman's lands orientaux rien ne se passe ou si peu , juste l'activation de deux synapses imprévues , dans un monde parfait de soumission totale . Un effet papillon qui bouleversera un monde sans rien en changer mais donnera à un homme la possibilité d'une île .

Modifié par DroitDeRéponse
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Modérateur, ©, 108ans Posté(e)
January Modérateur 62 117 messages
108ans‚ ©,
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As-tu trouvé la fin à la hauteur de tout le récit ? L'espoir, sans en savoir rien. Moi oui.J'ai trouvé ça juste, l'auteur qui te laisse imaginer, quel sera ton espoir...

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Membre, Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis, 53ans Posté(e)
DroitDeRéponse Membre 90 860 messages
53ans‚ Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis,
Posté(e)

J'ai trouvé l'entrée en matière lente , et la fin magnifique .

La visite du musée de Toz est pour moi le désespoir absolu , et il décrit bien ( les ghettos, la frontière ) les seuls lieux d'espoir comme des constructions factices d'un pouvoir qui crée son propre ennemi . Du coup il n'aurait pas été cohérent de nous décrire ce qu'il serait arrivé à Ati , il lui aurait fallu nous décrire si Ati avait atteint un lieu factice ou pas , ce n'était pas possible , il aurait fallu ouvrir toute la clôture cognitive qu'il avait créé . La seule échappatoire était le non écrit qui nous mettait dans le même état d'esprit que ati, le saut vers l'inconnu.

Peut être aurez vous aussi noté le clin d'œil à la remarque d'arendt dans the origin of totalitarism( voir ma signature ) sur la source d'espoir que représente l'enfantement .

Bonne soirée

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Modérateur, ©, 108ans Posté(e)
January Modérateur 62 117 messages
108ans‚ ©,
Posté(e)

Ce livre est une pépite et la fin est magistrale je suis bien d'accord.

J'ai beaucoup aimé cette partie du bouquin qui explique l'abilang (que de clins d'œil avec l'abilang d'ailleurs), tu sais, là où à la fin du paragraphe apparaît la citation que tu as publiée.

De tous les livres que je lis, je retire un passage que je recopie. Pour 2084, j'ai choisi celui-là. Mais ça a été très difficile de choisir, j'en ai collé des onglets !

S21, les H3, etc.. ;)

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Membre, Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis, 53ans Posté(e)
DroitDeRéponse Membre 90 860 messages
53ans‚ Un con qui marche ira plus loin qu'un intellectuel assis,
Posté(e)

La mise en parallèle avec 1984 est aussi intéressante car on y perçoit la différence culturelle entre l'occident et l'orient arabo-musulman.

Dans les deux cas il y a le pouvoir de la langue, mais dans le premier on y sent toute la force de la technologie qui contraint , la puissance d'un occident coupé de la nature par le christianisme , qui se traduit par un big brother omniprésent dans un univers à la blade runner . Rien de tout ça chez sansal, un univers à la Mad Max mais dépouille de toute volonté et de toute techno, juste un chant des dunes qui vous enveloppe et vous endort à jamais , le roucoulement de l'abilang plutôt que la lobotomisation de la novlang, un djihâd suggéré mais toujours si loin vs une guerre si prégnante , la fin de l'esprit dans la soumission et le fatalisme vs la contrainte de l'esprit par une techno envahissante. La soumission vs la coercition .

Ayant étudié la civilisation arabo musulmane et voyagé au moyen orient c'est aussi un état d'être que j'ai ressenti

Le mur m'a tape drhabni l'het plus que je me suis pris le mur

Inch'yola

Modifié par DroitDeRéponse
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Membre, 114ans Posté(e)
stvi Membre 20 709 messages
Mentor‚ 114ans‚
Posté(e)

.................

Ayant étudié la civilisation arabo musulmane et voyagé au moyen orient c'est aussi un état d'être que j'ai ressenti

Le mur m'a tape drhabni l'het plus que je me suis pris le mur

Inch'yola

je suis étonné par ta façon de faire ...

Tu as eu la chance d'avoir étudié la civilisation arabo musulmane ,et nous avons la chance d'avoir quelqu'un qui pourrait donner un avis ...or tu te cantonnes souvent dans le rôle de conseilleur en donnant des titres d'ouvrages que pas grand monde a le temps de lire ...en faire une référence de temps en temps ,c'est bien ,mais à priori ,si je vais sur un forum c'est pour avoir des avis personnels et pas des résumés de livres ....

je suis tes posts avec intérêt ,mais souvent je suis déçu par le contenu formaté autour d'un ouvrage ..

quel est l'intérêt d'avoir étudié une civilisation si tu ne fais pas partager les impressions que tu en as retiré ................

cela n'engage que moi ...et ce que j'en dis ,tu as parfaitement le droit de l'ignorer smile.gif

j'ai lu le résumé de son livre sur le point ..j'en retire deux enseignements ..le premier c'est que l'Algérie est le miroir de la communauté musulmane en France ....

2084 est aussi une parabole de l'Algérie contemporaine, de son islamisation. Dans votre Lettre à un Français sur le monde qui vient, publiée dans Le Figaro, vous écrivez : « Après avoir détruit une partie du peuple durant l'ère intermédiaire de 1990, les hordes barbares s'apprêtent à recommencer. » Bouteflika ? « Le jour de son trépas, tout explosera. »

ça je l'ai écrit il n'y a pas si longtemps dans un de mes posts ,en suggérant de regarder de temps en temps de l'autre côté de la méditerranée pour se rendre compte de ce qui nous attend en France ....

le deuxième point c'est qu'il faut être islamistophobe et non pas islamophobe ...En revanche là, je ne suis pas tout à fait d'accord comment trouver la frontière entre l'islam et l'islamisme ...pourquoi avons nous le droit d'être catophobe sans que ce soit un gros mot et pas islamophobe ?

Modifié par stvi
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