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Doïna Membre+ 11543 messages
Forumeur alchimiste‚
Posté(e)

Bonjour,

En 1797, l'annexion de la République de Venise par Napoléon Bonaparte mit fin à 800 ans d'indépendance.

Beaucoup de Vénitiens s'y étaient alors résignés en saluant leur nouveau maître comme un sauveur, en particulier les pauvres et les Juifs, tous autant de citoyens méprisés dans une cité où pouvoir et richesses n'étaient que le monopole d'une poignée de familles aisées. En remerciement, les soldats français spolièrent gentiment la Sérénissime de ses trésors d'art, commettant bon nombre d'abus et s'adonnant à de véritables pillages, et ce jusqu'au Quadrige ramené par les Croisés au XIII° siècle qui ornait depuis le portique de la basilique Saint-Marc (et dont les chevaux ne seront restitués à la cité qu'en 1815).

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Ci-dessus : fresque représentant le Lion de Venise dégradé à coups de marteau par des soldats français.

Après ce passage de sauterelles en uniformes bleu et blanc, Napoléon échangea Venise et ses territoires contre la Belgique avec les Habsbourg, pour la leur reprendre une fois devenu empereur suite à la défaite des Autrichiens en 1805. C'est là que, par le Traité de Presbourg, les possessions autrichiennes en Bavière et en Italie furent cédées à la France (ce qui englobait la Vénétie toute entière -incluant Venise-, l'Istrie et la Dalmatie concernant les territoires de la Botte).

En janvier 1806, retour des troupes françaises à Venise, nouvelle vague de pillages et d'abus ! Mais une vague qui cognera sur les têtes et videra les bourses jusqu'en 1815, soit dix ans ! Dix ans qui furent dix années de déclin, avec une industrie complètement déstabilisée, un commerce en ruine et une navigation pratiquement nulle.

Le belle Venise finit reléguée au rang de Province périphérique au bénéfice de Milan, qui passa capitale du Royaume d'Italie, et ses territoires (ceux sur la terre ferme, je précise) furent alors attribués à des maréchaux et des généraux français.

En novembre 1806, Napoléon Bonaparte, pour vaincre la résistance de ses ennemis les plus acharnés, décréta un bloc continental contre les bateaux et les marchandises anglais. Nouveau coup dur pour Venise et pour ce qui lui restait de trafic maritime. Evidemment, le processus de paupérisation qui s'ensuivit fut rapide et terrible : en quelques années seulement, le tiers de la population, soit quelques cinquante milles personnes, vint grossir les listes des miséreux.

Le patrimoine historique et artistique subit également des dommages très graves : entre 1806 et 1810, plusieurs confréries religieuses furent supprimées ainsi qu'environ soixante-douze églises.

Pour construire une salle de bal et un salon dans le palais royal (aménagé dans ceux de la place Saint-Marc), l'église San Geminiano, chef d'œuvre de Sansovino, fut sacrifiée. Puis, pour aménager un cimetière, outre l'église de San Cristoforo della Pace, ce fut un quartier tout entier qui fut détruit, et avec lui les innombrables œuvres d'art qui s'y trouvaient.

Une centaine de palais furent démolis avec tout ce qu'il pouvait y avoir de précieux dedans.

Plus de vingt-cinq mille tableaux -parmi lesquels des œuvres des plus grands : Carpaccio, Tiepolo, Tintoretto, etc.- furent dispersés aux quatre vents.

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Ci-dessus : une représentation satyrique de l'époque des troupes françaises dévalisant Venise.

En octobre 1813, les Autrichiens assiégèrent Venise, et ce ne fut que six mois plus tard, en avril 1814, après l'armistice de Schiarino Rizzino, qu'ils reprirent possession d'une ville dévastée, où ne restait plus à déboulonner que la statue d'un Napoléon athlétique et en toge, façon empereur romain, sur la place Saint-Marc... Une Sérénissime qui n'était plus que l'ombre de ce qu'elle avait été.

On comprend donc aisément le souvenir exécrable que les Vénitiens ont conservé de Napoléon Bonaparte. Et ça ne rigole pas !

En 2002, le Comité français pour la sauvegarde de Venise racheta cette fameuse statue de Napoléon en empereur romain afin de compléter le musée Correr : après tout, cette œuvre de Domenico Banti (élève de Canova) faisait partie de l'histoire de la ville. Que n'avait-on pas fait là ! Un vent de révolte se souleva immédiatement sur la lagune : c'est que par statue de Napoléon, les Vénitiens avaient entendu "statue du pilleur envahisseur" et rien d'autre ! A tel point qu'il fallut l'introduire de nuit dans le musée, où elle fut exposée. Les Vénitiens n'apprécièrent pas : la statue fut dégradée à plusieurs reprises, la main protectrice du soudard vola même une fois en éclats. On peut toujours la voir au musée Correr malgré tout, mais de derrière une vitre protectrice... devinez pourquoi.

napol.jpg

Source : Grande storia di Venezia, coll. Il Sapere, Atlantini.

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mdr Membre+ 5517 messages
Fervent utopiste‚ 33ans
Posté(e)

Merci pour cet intéressant partage .

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