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La diabolisation est une déresponsabilisation


casdenor

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Membre, Bubon baveux de Belzébuth, 38ans Posté(e)
casdenor Membre 11 203 messages
38ans‚ Bubon baveux de Belzébuth,
Posté(e)

Nombreux sont ceux qui connaissent, en théorie tout du moins, la banalité du mal, le concept philosophique de Hannah Arendt. Celle-ci présente le cas d'Eichmann, le responsable de la logistique de la "solution finale", celui qui s'occupait notamment de l'identification des personnes à déporter, et de la déportation en elle-même, et ce, au sein du Reich comme des pays conquis. Loin de voir en Eichmann le monstre que certains dépeignaient, Hannah Arendt voit en lui un parfait fonctionnaire, un individu zélé, soumis à l'autorité à tel point qu'il en vient à ne considérer le bien et le mal qu'en fonction de celle-ci.

La banalité du mal, c'est cette idée selon laquelle l'inhumain se loge, non pas au sein de monstre, mais d'individus ordinaires. La banalité du mal, cependant, ne vise en aucun cas à excuser celle-ci, mais au contraire, à revenir sur la limite que l'on institue entre les monstres et nous-mêmes.

Pour ma part, j'irais même plus loin encore que ça. Je dirais que le concept même de "monstre" a été créé pour déculpabiliser les individus, et que la diabolisation participe d'un processus permettant de se déresponsabiliser, et d'avoir un bouc-émissaire permettant de ne pas se remettre en question. Dans une société valorisant l'égo, valorisant la perfection, il est en effet bien plus simple de créer des boucs-émissaires. Ceux-ci permettent à la fois de ne pas avoir à se remettre en question, tout en unifiant les individus. "Nous ne sommes pas de ceux-là"

On remarque que cette idée est extrêmement courante.

Pourtant, selon diverses études ( http://www.courrierinternational.com/article/2007/08/30/pedophiles-une-deviance-a-traiter-des-l-enfance?page=all ) rapportée par le courrier international, 70% des pédophiles ont été abusés dans leur enfance, et plus de la moitié d'entre eux ont commencé à l'adolescence. En d'autres termes, le passage de victime à agresseur ''se fait en quelques années''. La méthode du bouc-émissaire est donc, en plus, contre-productive. Qui va chercher une thérapie pour son enfant après qu'il ait été victime de pédophilie ? Qui, après avoir découvert ça, va accepter l'idée qu'il y a un risque que son enfant devienne pédophile ? Très peu de personnes. En effet, dans notre société, par cette diabolisation du mal, devient inacceptable l'idée même qu'une personne du camp des victimes devienne agresseur, car cela signifierait qu'il faudrait abolir les barrières si profondément instituées entre les deux camps.

Le viol bénéficie de cette même considération. Bien que dans la majorité des cas, les violeurs se trouvent être des proches, on continue de perpétuer l'idée qu'un viol c'est un parking, un homme cagoulé, un couteau, des cris et des larmes. Le bouc-émissaire est parfait. On peut l'injurier, dire qu'il faut lui couper les couilles, on s'en fiche, car on sait que ce n'est pas ''nous''. De ce fait, le viol est bien entendu combattu, mais uniquement ce viol-là, le viol diabolisé, le viol bouc-émissaire, le viol le moins courant, tandis que tous les autres... ce ne sont pas des viols. Elle l'a cherché. Elle n'a pas dit non. etc. etc.

Le racisme fonctionne sur le même principe. Le raciste, c'est le salaud qui tabasse du nègre ou veut les éradiquer de la surface de la planète. Voilà le "bon raciste", le parfait bouc-émissaire. À nouveau, il n'est plus question de se regarder soi, mais de s'insurger envers un individu qu'on ne connaît probablement pas, et qu'on ne connaîtra peut-être même jamais qu'à travers un ou deux faits divers, ça et là. Et on continuera, pendant ce temps-là, à ne pas s'occuper du père qui dit que bon, quand même, un noir en petit ami, hein... ou encore que "oui, bon, tu sais ces gens-là, ils savent pas très bien travailler". On laissera passer les phrases "je ne suis pas raciste mais..." qui sont constamment racistes. On les laissera passer, parce qu'elles sont ordinaires. Et si l'on considérait le racisme comme ordinaire, on devrait s'occuper de soi. Il vaut mieux s'occuper du vrai raciste. Du bon bouc-émissaire.

À chaque oppression son bouc-émissaire permettant de ne pas se remettre en question. La Manif Pour Tous a droit au GUD, et hop, ils se sentent détendus. Et les rares oppressions n'ayant pas de bouc-émissaire sont celles qui sont soit encore entièrement validées socialement (psychophobie), soit entièrement invisibilisées (putophobie).

Le bouc-émissaire est la conséquence de la banalité du mal, un moyen simple pour la communauté de rejeter l'intégralité de la faute sur une extrémité, afin de ne pas avoir à se remettre globalement en question. Le bouc-émissaire, c'est l'égo de la société qui dit à tout ceux qu'elle opprime: "Ce n'est pas nous c'est lui."

Il est temps de dédiaboliser le mal. De lui rendre sa banalité. Le grand écart est terriblement difficile, car la banalité ne doit pas s'accompagner de la banalisation. Mais au final, quiconque souhaite se remettre en question le peut, et ne tombera pas dans la banalisation. Il convient peut-être de se demander pourquoi nous sommes si prompt à rejeter la responsabilité sur autrui. Moi je dirais que nous avons peur de ne pas être parfait, peur de faire le mal, et qu'inconsciemment, nous avons conscience de le faire. Alors on le nie. On le refoule. On le rejette sur "lui, là.".

Et on retourne à table, parce que le dessert est servi.

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Membre, Zigbu, 77ans Posté(e)
Zigbu Membre 6 639 messages
77ans‚ Zigbu,
Posté(e)

Et on retourne à table, parce que le dessert est servi.

C'était quoi ton dessert ?

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Invité Henri.
Invités, Posté(e)
Invité Henri.
Invité Henri. Invités 0 message
Posté(e)

D'accord pour dire que la diabolisation est une deresponsabilisation. Je suis moins d'accord sur son affiliation à la théorie de la banalité du mal d'Hannah Arendt. Banalité du mal ne signifie pas que le mal est en chacun de nous, prêt à surgir au gré des circonstances, mais au contraire que cette banalité est un phénomène essentiellement extérieur, qui devient banal lorsqu'il devient la norme. Des lors, l'individu peut en toute innocence accomplir les actes qu'on lui assigne sans faire intervenir sa conscience. Quand le mal devient la norme, le bien devient l'exeption. L'inversion des valeurs explique la banalisation. Faire le bien, dès lors, c'est désobéir, donc etre hors la loi. Quand la société donne l'autorisation de faire le mal parce qu'elle l'a pris pour norme, alors nous sommes dans la banalisation du mal. Tout individu est capable du mal, non parce qu'il porte le mal en lui-meme, mais parce que la difficulté est de discerner le bien du mal, phénomènes constamment fluctuants...

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Membre, Posté(e)
Vivolta Membre 666 messages
Baby Forumeur‚
Posté(e)

Donc si on résume gazer des gens, violer des femmes et avoir une pensée ou une parole qui ne te convient pas c'est la même "banalité du MAL".

A aucun moment tu ne te rends compte qu'il y a un degré dans la gravité des faits que tu reproche entre la destruction physique d'une personne et des remarques le plus souvent refoulées ?

"le MAL" que tu combats est moins destructeur que les repas mal équilibrés.

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Membre+, Posté(e)
Doïna Membre+ 19 727 messages
Maitre des forums‚
Posté(e)
Je dirais que le concept même de "monstre" a été créé pour déculpabiliser les individus
et si le concept de monstre avait été créé non pas pour déculpabiliser les individus, mais comme exemple à ne pas suivre pour le bon équilibre de la société ?
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Membre, Bubon baveux de Belzébuth, 38ans Posté(e)
casdenor Membre 11 203 messages
38ans‚ Bubon baveux de Belzébuth,
Posté(e)

Ça revient au même loargan: en prenant un exemple monstrueux, on est tranquille, vu que les personnes ne le suivront pas de toute manière. Donc personne ne risque rien et tout le monde dort sur ses deux oreilles.

@Henri. Si je ne m'abuse Hannah Arendt, justement, mettait en lumière que le mal était en chacun de nous par, justement, le fait que la majorité des individus ne pensent pas constamment à séparer le bien du mal, et donc se love dans le premier qui s'enroule autour d'eux.

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Membre, 115ans Posté(e)
stvi Membre 20 709 messages
Mentor‚ 115ans‚
Posté(e)

..................................................

Le bouc-émissaire est la conséquence de la banalité du mal, un moyen simple pour la communauté de rejeter l'intégralité de la faute sur une extrémité, afin de ne pas avoir à se remettre globalement en question. Le bouc-émissaire, c'est l'égo de la société qui dit à tout ceux qu'elle opprime: "Ce n'est pas nous c'est lui."

Il est temps de dédiaboliser le mal. De lui rendre sa banalité. Le grand écart est terriblement difficile, car la banalité ne doit pas s'accompagner de la banalisation. Mais au final, quiconque souhaite se remettre en question le peut, et ne tombera pas dans la banalisation. Il convient peut-être de se demander pourquoi nous sommes si prompt à rejeter la responsabilité sur autrui. Moi je dirais que nous avons peur de ne pas être parfait, peur de faire le mal, et qu'inconsciemment, nous avons conscience de le faire. Alors on le nie. On le refoule. On le rejette sur "lui, là.".

Et on retourne à table, parce que le dessert est servi.

diaboliser est à la portée de n'importe qui ....Il suffit de lire la liste des fausses idées reçues ....Le nombre d’animaux pacifiques ou presque qu'on a diabolisé devrait dépasser la bonne centaine ....

l'homme adore se faire peur ,et faire peur aux autres ..ce n'est pas pour rien que les contes pour enfants regorgent de meurtres de tortures et d'abandons ...;

diaboliser avec son vocabulaire spécifique est une façon de conjurer le sort ,de faire "son devoir" ,de se ranger du côté des gentils et de désigner les méchants ....

Mais qui est réceptif à la diabolisation ??? on peut répondre sans trop avoir peur de se tromper :

ceux qui ne demandent qu'à y croire

ceux qui n'ont pas d'idées précises sur la question

les influençables qui seront toujours de l'avis du dernier qui a parlé ......

La diabolisation n'a pas d'emprise sur ceux qui sont raisonnés et qui ont déjà leur idée .....idem pour la dédiabolisation

en résumé diaboliser c'est s'adresser à des esprits faibles ,en espérant qu'il y en ait beaucoup ....

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Invité Henri.
Invités, Posté(e)
Invité Henri.
Invité Henri. Invités 0 message
Posté(e)

@Henri. Si je ne m'abuse Hannah Arendt, justement, mettait en lumière que le mal était en chacun de nous par, justement, le fait que la majorité des individus ne pensent pas constamment à séparer le bien du mal, et donc se love dans le premier qui s'enroule autour d'eux.

Toutes mes excuses pour l'aparté sur Hannah Arendt. Je ne voudrais pas parasiter ton topic très intéressant. Mais c'est justement sur la base du mal exterieur a l'homme que Hannah Arendt a conceptualisé la banalité du mal. Non pas que les circonstances permettent à l'homme d'exprimer le mal qui est en lui, mais que justement l'homme prenne le mal pour norme, dès qu'il émane d'une autorité supérieure, sans y confronter sa conscience, parce que justement discuter la norme imposée par l'autorité serait pour lui le mal. Il est evident que le mal existe en chacun, et Hannah Arendt a justement démontré que même le meilleur des hommes est capable du mal, si celui-ci devient la norme, par obeissance passive. Eichmann, dans un autre temps, eût été le meilleur des fonctionnaires...

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Membre, Posté(e)
Vivolta Membre 666 messages
Baby Forumeur‚
Posté(e)
Pour ma part, j'irais même plus loin encore que ça. Je dirais que le concept même de "monstre" a été créé pour déculpabiliser les individus, et que la diabolisation participe d'un processus permettant de se déresponsabiliser, et d'avoir un bouc-émissaire permettant de ne pas se remettre en question. Dans une société valorisant l'égo, valorisant la perfection, il est en effet bien plus simple de créer des boucs-émissaires. Ceux-ci permettent à la fois de ne pas avoir à se remettre en question, tout en unifiant les individus. "Nous ne sommes pas de ceux-là"

La diabolisation est l'instrument du pouvoir. Celui qui la manie a le pouvoir de soumettre la plèbe à sa volonté en la faisant culpabiliser. En lui montrant comme elle ressemble à l'épouvantail si elle refuse de se soumettre.

Celui qui la manie se sent puissant, capable de plier les autres à sa volonté par le simple emploi des mots. Et il en profite de culpabiliser, de terroriser des innocents pour leur prendre de l'argent en réparation de leurs "fautes morales".

Et ça c'est ton métier Johnny. Déterrer les fautes morales imaginaires des gens pour les faire culpabiliser. Prendre l'argent c'est pour tes patrons.

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Membre, Esprit de contradiction, 48ans Posté(e)
Savonarol Membre 10 346 messages
48ans‚ Esprit de contradiction,
Posté(e)

Hanna Harent n'avait pas pris en compte , dans son analyse, la suspension consentie de l'incrédulité qui a sauté du domaine cinématographique pour s'incarner dans le domaine politique à force qu'on épuisait les thématiques de fond au profit du fait divers et que l'idéologie et que le média remplaçait la cervelle.

Eichmann déporte en toute connaissance de cause mais il est un "fonctionnaire" . Aujourd'hui, il n'est pas simplement question de "savoir mais de choisir de ne pas tenir compte", il est question de se persuader qu'on sait et que l'autre se trompe. Ainsi le Surmoi devient le meilleur ami du ça et détruit l'esprit critique nécessaire à la remise en question : on devient son propre animal et donc un intégriste. Et le pire des intégristes, puisque comme toujours persuadé d'avoir raison et qu'en face se dessine "le Mal".

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Invité ézîa
Invités, Posté(e)
Invité ézîa
Invité ézîa Invités 0 message
Posté(e)

Nous sommes aussi nos actes et devenons monstrueux quand ceux-ci sont immondes.

Ceux dont les conséquences dramatiques de leurs mauvais actes sont à la fois présentes et avenirs peuvent être qualifiés de monstres s'ils se complaisent dans leur criminalité.

Nous pouvons bien être conscients de la cruauté d'autres et être soi-même innocent. L'humilité nous apprend que le savoir, l'éducation sont fort utiles à la justice. Tout le monde peut être innocent mais c'est un idéal à atteindre.

(Avec respect pour le Diable, un des précieux anges de l'Enfer :dev: )

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Membre, Bubon baveux de Belzébuth, 38ans Posté(e)
casdenor Membre 11 203 messages
38ans‚ Bubon baveux de Belzébuth,
Posté(e)

La diabolisation n'a pas d'emprise sur ceux qui sont raisonnés et qui ont déjà leur idée .....idem pour la dédiabolisation

en résumé diaboliser c'est s'adresser à des esprits faibles ,en espérant qu'il y en ait beaucoup ....

Je ne suis pas d'accord avec ce point, parce qu'il implique à nouveau une diabolisation justement: les idiots qu'on ne peut pas raisonner, et de l'autre, les intelligents. Et curieusement, on se placera directement chez les intelligents. Ça permet, à nouveau, de se déresponsabiliser, de ne pas avoir à se remettre en question: "est-ce que je diabolise quelque chose / Est-ce que je suis réceptif à certaines diabolisations".

Au contraire, j'aurais tendance à dire que la diabolisation touche non pas les esprits faibles mais tous les esprits, et que seul un travail d'intense remise en question (d'où le parallèle avec Hannah Arendt) peut, non pas définitivement, mais au jour le jour, repousser cet état.

Nous pouvons bien être conscients de la cruauté d'autres et être soi-même innocent.

On voit ici à nouveau, désolé de te le dire ézia, un rapport de diabolisation. Il y a la cruauté d'autres, et l'innocence des uns, avec cette séparation massive dont je montrais plus tôt qu'elle n'est pas pertinente, et qu'elle est bien plus ténue que ce à quoi l'on s'attend.

Est-on monstrueux quand nos actes sont immondes ? Justement, non. L'idée de "monstre" est là uniquement pour pouvoir se sentir mieux vis-à-vis de soi-même "moi je n'en fais pas parti".

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Membre, Posté(e)
Olympe de Gouges Membre 463 messages
Baby Forumeur‚
Posté(e)

Je ne suis pas d'accord avec ce point, parce qu'il implique à nouveau une diabolisation justement: les idiots qu'on ne peut pas raisonner, et de l'autre, les intelligents. Et curieusement, on se placera directement chez les intelligents. Ça permet, à nouveau, de se déresponsabiliser, de ne pas avoir à se remettre en question: "est-ce que je diabolise quelque chose / Est-ce que je suis réceptif à certaines diabolisations".

Au contraire, j'aurais tendance à dire que la diabolisation touche non pas les esprits faibles mais tous les esprits, et que seul un travail d'intense remise en question (d'où le parallèle avec Hannah Arendt) peut, non pas définitivement, mais au jour le jour, repousser cet état.

On voit ici à nouveau, désolé de te le dire ézia, un rapport de diabolisation. Il y a la cruauté d'autres, et l'innocence des uns, avec cette séparation massive dont je montrais plus tôt qu'elle n'est pas pertinente, et qu'elle est bien plus ténue que ce à quoi l'on s'attend.

Est-on monstrueux quand nos actes sont immondes ? Justement, non. L'idée de "monstre" est là uniquement pour pouvoir se sentir mieux vis-à-vis de soi-même "moi je n'en fais pas parti".

Absolument!

On a vu ces cris de haine et ces interventions sur les réseaux sociaux pour désigner "le monstre" que ne peut qu'être l'ex-femme de Dutroux, par exemple.

Si un individu est un "monstre", il ne fait plus partie de l'espèce humaine.... il n'a rien en commun avec moi.... aucun de ses bas instincts ne se trouve latent, caché en moi.

Si Eichman est un "monstre" comme l'a montré H.Arendt, et non un fonctionnaire zélés, en aucun cas, jamais, je ne pourrais lui ressembler.

Même chose pour un violeur : en le désignant comme un monstre, j'exclus la possibilité que ce même "mal" soit tapi en moi, gentil père de famille qui lorgne la jolie donzelle d'à côté.

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Membre, 63ans Posté(e)
Kim417 Membre 1 176 messages
Baby Forumeur‚ 63ans‚
Posté(e)

Absolument!

On a vu ces cris de haine et ces interventions sur les réseaux sociaux pour désigner "le monstre" que ne peut qu'être l'ex-femme de Dutroux, par exemple.

Si un individu est un "monstre", il ne fait plus partie de l'espèce humaine.... il n'a rien en commun avec moi.... aucun de ses bas instincts ne se trouve latent, caché en moi.

Si Eichman est un "monstre" comme l'a montré H.Arendt, et non un fonctionnaire zélés, en aucun cas, jamais, je ne pourrais lui ressembler.

Même chose pour un violeur : en le désignant comme un monstre, j'exclus la possibilité que ce même "mal" soit tapi en moi, gentil père de famille qui lorgne la jolie donzelle d'à côté.

Il est temps de dédiaboliser le mal. De lui rendre sa banalité. Le grand écart est terriblement difficile, car la banalité ne doit pas s'accompagner de la banalisation.

or pour moi, c'est bien là le vrai danger, l'autre effet pervers... on voit chaque jour que la "dédiabolisation" (réussie) du FN a largement participé à la libération de la parole et la banalisation de certaines idées, non seulement au sein de la populations, mais aussi de la droite tout entière...

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Membre, Bubon baveux de Belzébuth, 38ans Posté(e)
casdenor Membre 11 203 messages
38ans‚ Bubon baveux de Belzébuth,
Posté(e)

J'y vois toujours le même effet pervers: le fait de considérer que si l'autre n'est pas un monstre ça n'est pas grave. Au final, c'est là tout le point de la diabolisation: Dans ce schéma, l'autre est un monstre. Si l'autre prouve qu'il n'est pas un monstre, alors il est rangé du côté des innocents.

C'est donc un problème de schéma coupable vs innocents, bon vs mal, monstre vs humains qui est en cause, que ce soit dans la diabolisation ou les entreprises de dédiabolisation des extrêmes.

Et ce n'est qu'en sortant de ce schéma que l'on parviendra à avancer.

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Invité ézîa
Invités, Posté(e)
Invité ézîa
Invité ézîa Invités 0 message
Posté(e)

Vous voulez interdire le terme "monstre" en prétextant que sa seule utilisation vise les autres mais en vérité nombreux l'ont déjà utilisé pour eux même quand ils ont eu conscience de l'horreur de leurs résultats (physiques, psychiques et créatifs). :zen:

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Membre, Bubon baveux de Belzébuth, 38ans Posté(e)
casdenor Membre 11 203 messages
38ans‚ Bubon baveux de Belzébuth,
Posté(e)

Et quand on l'utilise pour soi-même, c'est pour se séparer du reste de la population. Séparation qui, comme je l'ai expliqué, est malsaine et déreponsabilisante.

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Invité ézîa
Invités, Posté(e)
Invité ézîa
Invité ézîa Invités 0 message
Posté(e)

On peut plutôt se juger ainsi et agir pour se corriger, s'améliorer en gardant sa place dans la collectivité.

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Membre, Posté(e)
Olympe de Gouges Membre 463 messages
Baby Forumeur‚
Posté(e)

or pour moi, c'est bien là le vrai danger, l'autre effet pervers... on voit chaque jour que la "dédiabolisation" (réussie) du FN a largement participé à la libération de la parole et la banalisation de certaines idées, non seulement au sein de la populations, mais aussi de la droite tout entière...

Je me demande si ce n'est pas juste une question de vocabulaire, et qu'on soit d'accord sur le fond.

MLP a voulu "dédialoliser" le FN, c'est-dire devenir banal, surtout pas dangereux, perdre l'odeur de racisme, d'antisémitisme, de négationnisme, de fascisme laissée par son père.Et ça, Kim a raison: c'est dangereux, néfaste; la parole raciste s'est libérée et ces discours considèrent avoir le droit de cité.

Sont-ce pour autant des "monstres" ou des humains pétris de haine?

Est-on toujours un être humain quand on est pétri de haine de l'autre? H.Arendt répond que oui. Il existe de humains mauvais.

Je ne pense pas que ça nous "déresponsabilise": au contraire, ça nous met en garde contre nous-mêmes .

Ne pas les appeler des "monstres" ne veut pas dire les "dédiaboliser".

J'y vois toujours le même effet pervers: le fait de considérer que si l'autre n'est pas un monstre ça n'est pas grave. Au final, c'est là tout le point de la diabolisation: Dans ce schéma, l'autre est un monstre. Si l'autre prouve qu'il n'est pas un monstre, alors il est rangé du côté des innocents.

C'est donc un problème de schéma coupable vs innocents, bon vs mal, monstre vs humains qui est en cause, que ce soit dans la diabolisation ou les entreprises de dédiabolisation des extrêmes.

Et ce n'est qu'en sortant de ce schéma que l'on parviendra à avancer.

Quelles que soient les horreurs dites ou commises par quelqu'un, "ce ne serait pas grave" si ce quelqu'un n'est pas un monstre??? L'Homme ne se réconciliera jamais avec l'Homme depuis l'holocauste. Car ce sont bien des hommes qui ont fait ça à d'autres hommes. Pas des extra-terrestres, des monstres venus d'ailleurs, mais des humains. Et c'est grave, évidemment.

H.Arendt insistait justement sur la responsabilité. Celle du petit fonctionnaire zélé, celle du geôlier ,celle que tout un chacun peut avoir dans un rouage.(quand elle dit que la défense d'Eichman axée sur l'obéissance à l'autorité n'est pas acceptable)

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Invité ézîa
Invités, Posté(e)
Invité ézîa
Invité ézîa Invités 0 message
Posté(e)

Si on s'interdisait de savoir ce qu'est la monstruosité on pourrait aussi s'interdire de savoir ce qu'est l'héroïsme. :D

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