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La charge émotionnelle des mots


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Savonarol Membre 9 711 messages
Esprit de contradiction‚ 40ans
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Si les mots ont un sens, la charge émotionnelle que porte celui qui les prononce semble interférer dans la définition admise de ceux-ci, pour devenir au delà d'un mot, une intention.

Selon qui écoute, qui parle, qui dit, qui entend, et en fonction de l'ambiance politique, de l'image de celui qui parle, des préjugés de ceux qui écoutent, de la certitude des uns à propos des autres, la charge émotionnelle remplace donc la raison.

En y réfléchissant, c'est la définition même de la paranoïa que d'approprier à un mot, non pas le sens qu'il a , mais l'intention dont on suppose que celui qui la porte veut diffuser.

Avec la charge émotionnelle, un mot peut donc finir par perdre complétement son sens.

L'Histoire regorge d'exemple de mots à qui on a attribuée une charge émotionnelle négative pour le rendre maudit.

"Nègre", par exemple, était un terme employé aussi bien par les blancs que par les noirs pour désigner ces derniers. La dimension insultante s'est greffée qu'au terme de l'émancipation des noirs, comme suite à un besoin de sacraliser cette libération par l'enfermement d'un terme dédié dans une boîte de pandore, d'où seule une personne mal intentionnée pourrait le sortir.

La charge émotionnelle des mots est changeante selon :

- la géographie (pays démocratie ou dictature par exemple)

- l'humeur ( disposé ou non)

- la nature de la discussion ( débattre d'un meurtre avant que le jugement du meurtrier soit rendu auprès de proche de la victime par exemple)

- qui la discute ( la sensibilité de chacun)

- le public ( la même discussion, avec les mêmes opinions entre deux personnes sans public n'aura pas la même charge émotionnelle que sur un plateau de télévision, avec un but de persuasion (et donc une intention politique au delà de la vérité)

Mais les mots, eux, conservent leur définition de manière intemporelle, invariable selon qui les prononce, selon que les intentions changent d'une personne à l'autre.

Pour autant, personne ne prendrait le risque de se définir national-socialiste à cause de la charge émotionnelle du mot qui lie ces termes au racialisme, à l'extermination et à un genre de paganisme germanique.

Il y a là, en fait, le clivage philosophique "gauche / droite" , d'un coté trop d'émotion, de l'autre pas assez, la solution étant l'harmonie des deux, car tout est question d'harmonie pour vivre heureux ensemble, non ?

Modifié par Savonarol

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alcina Membre 5 752 messages
Forumeur alchimiste‚ 52ans
Posté(e)

C'est toute la difficulté de la langue Française, un mot pouvant avoir plusieurs sens il arrive parfois que seul un de ces sens soit le plus souvent retenu et le plus admis. Ce qui aboutit parfois à des situations très explosives par ce que la perception du mot utilisé n'aura pas été là même entre celui qui l'écrit et celui qui le lit.

Par contre je pense qu'il y à moins de problème quand la même conversation est tenue oralement par ce que associé au mot il y à l'expression du visage et du corps qui eux, nous envoient également un message et c'est en associant les deux que l'on percevra plus le sens que la personne à voulu donner à son mot ou à sa phrase.

Mais peut être suis je complètement HS

Merci.

Modifié par alcina
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Blaquière Membre 5 074 messages
Forumeur alchimiste‚
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Oui mais qui s'exprime en un seul mot ?

C'est vrai que coincer sur un seul mot (dans une phrase) est un peu débile, mais nous y cédons tous suivant notre état du moment et nos a priori!

Mais si l'on n'est pas un excité on arrive quand même à s'entendre et à préciser les choses pour éviter les contresens.

Et mettre le doigt sur les vraies divergences (si elles existent).

L'opposition gauche/droite et sentimentalité/cynisme, mériterait d'être approfondie. Et étayée.

(A priori je ne suis pas contre mais je suis sûr que beaucoup ne l'entendront pas de cette oreille !)

On pourrait imaginer aussi l'opposition :

populaire/élite et sentimentalité/cynisme ?

(à ma grande honte je me classe d'instinct dans : populaire !!!)

Modifié par Blaquière

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deja-utilise Membre 4 575 messages
If you don't want, you Kant... ‚
Posté(e)

Si les mots ont un sens, la charge émotionnelle que porte celui qui les prononce semble interférer dans la définition admise de ceux-ci, pour devenir au delà d'un mot, une intention.

La charge émotionnelle des mots est changeante selon :

- la géographie (pays démocratie ou dictature par exemple)

- l'humeur ( disposé ou non)

- la nature de la discussion ( débattre d'un meurtre avant que le jugement du meurtrier soit rendu auprès de proche de la victime par exemple)

- qui la discute ( la sensibilité de chacun)

- le public ( la même discussion, avec les mêmes opinions entre deux personnes sans public n'aura pas la même charge émotionnelle que sur un plateau de télévision, avec un but de persuasion (et donc une intention politique au delà de la vérité)

car tout est question d'harmonie pour vivre heureux ensemble, non ?

Oui, les mots vont plus loin que leurs simples définitions ( et les phrases plus qu'une juxtaposition de définitions ), c'est le cas des expressions par exemple, ce qui compte n'est pas ce que l'on dit, ni exprime, mais ce que l'on signifie à l'autre, le message à faire passer.

La même phrase dite par telle personne, ou dans tel lieu, ou dans telle circonstance n'aurait pas la même signification! Sans parler de l'intonation, le rythme, l'intensité, le timbre etc...

Nous ne pouvons pas faire l'économie de la charge historique d'un mot, pas plus que l'on peut faire l'impasse de la situation dans laquelle nous sommes, ou avec quelles personnes, le langage est un tout, qui se "résume" à du traitement d'informations, et ce quelles qu'elles soient.

Ce n'est donc pas de l'harmonie, mais un traitement adéquat, plus ou moins pertinent, des dites informations, selon des intentions, des principes de vie, des convictions, des besoins, des croyances, des peurs, etc...

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Invité Dompteur de mots
Invité Dompteur de mots Invités 0 message
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Oui, les mots vont plus loin que leurs simples définitions ( et les phrases plus qu'une juxtaposition de définitions ), c'est le cas des expressions par exemple, ce qui compte n'est pas ce que l'on dit, ni exprime, mais ce que l'on signifie à l'autre, le message à faire passer.

La même phrase dite par telle personne, ou dans tel lieu, ou dans telle circonstance n'aurait pas la même signification! Sans parler de l'intonation, le rythme, l'intensité, le timbre etc...

Nous ne pouvons pas faire l'économie de la charge historique d'un mot, pas plus que l'on peut faire l'impasse de la situation dans laquelle nous sommes, ou avec quelles personnes, le langage est un tout, qui se "résume" à du traitement d'informations, et ce quelles qu'elles soient.

Ce n'est donc pas de l'harmonie, mais un traitement adéquat, plus ou moins pertinent, des dites informations, selon des intentions, des principes de vie, des convictions, des besoins, des croyances, des peurs, etc...

La manière dont nous utilisons les mots peut être considérée analogue à la manière dont nous nous comportons en société. D'une part, nous sommes tenus de respecter des règles établies afin de coordonner notre action avec celle des autres, et d'assurer l'équilibre du tout de la société. Il y a une partie de nous qui tend donc vers un personnage social idéal. Et d'autre part, il est impensable que nous puissions vivre sans nous révolter de temps à autre, sans subvertir le modèle qui nous soit proposé, afin d'affirmer notre individualité, afin de créer l'avenir, etc.

C'est la même chose dans le cas des mots: le dictionnaire constitue une espèce de code civique du langage que nous sommes tenus de suivre, tout en préservant notre individualité par le biais de la subversion. Les mots, parce qu'ils sont à la base balisés, rigides, nous posent un défi de créativité où il s'agit de coller suffisamment au règles pour être compris d'autrui et en même temps s'en détacher suffisamment pour exprimer quelque chose qui soit fidèle à notre singularité. Écrire est en cela toujours un défi de créativité. Les poètes testent toujours les limites de cette dualité en étirant les mots au maximum, en les détachant presque de tout rapport avec le code civique du langage. Le vers poétique est comme un bungee langagier qui nous permettrait de sauter dans les zones plus sauvages de l'esprit et de nous ramener à la surface par sa force élastique.

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Quasi-Modo Membre 7 658 messages
Macrocéphale bossu‚ 33ans
Posté(e)

Il semble évident que le contexte politique (avec références historiques entre autres) jouera en faveur ou défaveur de certains mots ou concepts. Nous avons la même tendance au niveau de notre histoire individuelle, et je pense ici notamment à la subtile distinction entre humour et dérision. Certains mots vexeront certains parce qu'ils comportent une forte charge émotionnelle, quand au contraire ils feront rire d'autres qui n'y verront rien de mal, exactement comme entendre le prénom de la personne qu'on aime nous fait frémir quand elle laissera de marbre les autres. Coluche déjà disait qu'on pouvait rire de tout mais pas avec tout le monde : et cela, n'importe qui peut le vérifier.

L'émotion peut à ce titre nuire au bon déroulement d'une conversation parce qu'un propos aura été pris personnellement plutôt qu'en général. Quand l'émotion est trop présente on saute à la conclusion avant d'examiner les raisons valables de la soutenir, et notamment en politique ou en religion où on trouvera aussi, soulignons-le, des opportunistes pour jouer sur les fibres sensibles (p.ex. faire comme si son interlocuteur était raciste alors qu'on sait très bien que ce n'est pas le cas mais qu'on veut seulement le décrédibiliser). Elle devient alors le lit de la mauvaise foi quand la recherche de la vérité doit faire place au désintéressement, ce qui implique une grande maîtrise de soi et/ou une mise à distance.

La recherche d'une vérité philosophique c'est souvent d'abstraire les faits pour généraliser ou mettre en lumière des mécanismes, ce qui implique de dépassionner le débat. De façon générale, il me semble observer que plus on généralise, plus nos concepts sont désincarnés, plus on dépassionne le débat et meilleures seront les conditions de la discussion (mais aussi moins on passionnera un éventuel public). Au contraire, aller du général vers le particulier ou encore s'attarder sur un phénomène ou un évènement (ou une personne) en particulier attise les braises, ce qui peut dynamiser les échanges si cela reste dans une moindre mesure, mais quand il y a trop d'émotions alors chacun a peur de perdre la face, d'être ridiculisé, et devient de mauvaise foi en tombant dans les sophismes, ce qui en général, passionne le public.

Modifié par Quasi-Modo

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Talon Membre 1 722 messages
Forumeur alchimiste‚ 72ans
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Sans émotion , c'est la raison pure. Mais la mémoire entre en jeu. Quand nous apprenons un mot, il provoque un mouvement, donc une sensation. Quand nous l'entendons à nouveau, nous recherchons la sensation initiale qui a permis de le retenir en mémoire.

"La faculté de photographie mentale, appartient plutôt à la subconscience qu'à la conscience ; elle obéit difficilement à l'appel de la volonté." H. Bergson

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Savonarol Membre 9 711 messages
Esprit de contradiction‚ 40ans
Posté(e)

L'émotion entrave la raison, mais ce que tu dis me rappelle pas mal la manière dont on apprend à élever les chiens. En associant un bruit avec un geste, un ordre avec et une récompense.

Normalement, il faudrait arriver à se défaire des stimulis d'élevage pour comprendre les choses en toute objectivité, sinon on ne fait que réagir à l'instinct, sur des stimulis, comme les animaux.

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La Suggestion Membre 438 messages
Forumeur survitaminé‚
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Bonjour,

J'en parle sur d'autres sujets mais je pense que la dangerosité de cette altération du sens des mots a surtout lieu dans des expressions qui véhiculent de systèmes de pensée de façon implicite. Par exemple, si le mot "nègre" a été banni il ne contient pas tellement plus de nuance ou d'utilité que le mot "noir" qui l'a très vite remplacé. Il y a un certain équilibre dans le langage sur toute une gamme d'expression et de termes.

Le vrai problème est à mon sens quand cette altération touche le contenu implicite d'un mot qui sert à raisonner.

Par exemple (je le donne souvent) , l'émotion que véhicule le mot "miracle" dans le langage courant est basé sur l'altération du mot "impossible" , "l'impossible est arrivé".

D'une certaine façon le mot miracle manipule l'auditeur en jouant sur un paradoxe. Bien que les individus comprennent que "n'arrive que ce qui peut arriver" , le mot miracle ne perd pas de son "aura mystique" car il détourne l'attention de l'auditeur sur le fait qu' il a pensé la chose impossible jusque là vers la "source" du "miracle" qui au contraire profite de l'aura mystique générée par le paradoxe.

Ex: "moïse colore la rivière en rouge/transforme en sang" , quelqu'un s'écrie c'est un "miracle/prodige", tout le monde se met alors à se prosterner mais peu se demandent "pourquoi pensons nous que faire une telle chose est impossible? Ne serait-ce pas plutôt improbable?" qui induit la question du "comment a t-il fait/quelle est la technique?".

Le mot miracle exploite la propension à croire (en l'absence d'explication immédiate) et détourne l'attention de la possibilité que ce soit le système de pensée qui était jusque là incomplet ou erroné. Il exploite l'aura mystique que génère le paradoxe qu'il contient et éloigne aussi l'auditeur de la question "quelle est la technique".

Cordialement.

Modifié par La Suggestion

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Quasi-Modo Membre 7 658 messages
Macrocéphale bossu‚ 33ans
Posté(e)

L'émotion entrave la raison, mais ce que tu dis me rappelle pas mal la manière dont on apprend à élever les chiens. En associant un bruit avec un geste, un ordre avec et une récompense.

Normalement, il faudrait arriver à se défaire des stimulis d'élevage pour comprendre les choses en toute objectivité, sinon on ne fait que réagir à l'instinct, sur des stimulis, comme les animaux.

Nous avons surtout je pense, tendance à imiter le comportement d'une autorité en regard de certains mots ou idées, et principalement le comportement de l'autorité qui nous aura appris ce nouveau mot. Cette première expérience associée à ce mot lui donnera une tonalité générale (positivement ou négativement connotée), un peu comme l'humeur du jour donne sa teinte aux évènements qui s'y déroulent, première impression dont il pourra être difficile de se dissocier par la suite. Si en plus ce que tu affirmes est vrai (que l'apprentissage des mots est comparable à un réflexe pavlovien) ce serait terrible, parce que le langage ne serait en fait qu'un conditionnement, quand la philosophie prétend l'utiliser pour se déconditionner ou se libérer, ce qui apparaîtrait alors aussi vain que de tirer sur un noeud coulissant dans l'espoir de s'en détacher (quand il ne ferait alors que se resserrer d'avantage).

Le dilemme que je me pose est le suivant : faut-il considérer qu'il y a toujours des préconceptions lors de l'emploi d'un mot, ou serait il permis d'espérer un jour se libérer des conditionnements inhérents au langage et son apprentissage (au risque de s'illusionner)?

L'essentiel, si il est possible d'éviter ce travers et de se libérer, serait de savoir garder un regard d'enfant (lui qui ignore à priori le langage), c'est à dire un regard sans préconceptions, dans la mesure du possible. Et si tout cela est impossible (pou x ou y raisons), au moins comprendre que les mots sont comme des étiquettes sans jamais les considérer comme des touts qui seraient porteurs d'une valeur en soi : un mot n'a de sens que dans un contexte composé d'autres mots avec lesquels il s'articule. La tonalité positive ou négative qu'il comporte est indifférente à la vérité que tente de porter la phrase qui comporte ce même mot.

Au tribunal de la vérité, on ne juge pas les mots ou les idées sur leurs signifiants (sur leurs formes) mais sur leur signifié (sur leur sens) ou sur la vérité qu'ils portent, dont on ne saura jamais assez s'assurer l'appréhension lors d'un dialogue courtois! C'est pourquoi les discussions les plus intéressantes sont celles qui temporairement et humblement essayent de rentrer dans le langage de l'autre (à la façon de Socrate avec sa maïeutique) afin de l'encourager à développer et analyser ses concepts pour lever toutes les ambiguïtés et, au besoin, faire les distinctions nécessaires à l'expression claire de l'idée.

La façon privilégiée d'invalider une pensée entre deux interlocuteurs de bonne foi et se respectant serait plutôt de révéler une incohérence interne ou de proposer des distinctions, plutôt que de se croire autoriser à rebondir trop vite en synthétisant (généralisant) les propos de l'autre sans réclamer plus de précisions (alors que la précision dans ce domaine est toujours nécessaire), de prendre systématiquement ce que l'autre affirme comme un tout qu'on aurait d'emblée compris (attitude très prétentieuse) et sur quoi on porterait de surcroît un jugement moral négatif (ou positif) et définitif, ce qui déplace la discussion du plan de la réalité au plan de la morale, c'est à dire de ce qu'on pense que la réalité devrait être.

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Invité samira123
Invité samira123 Invités 0 message
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Bonjour, un mot seul a une définition mais aussi tout ce que l’on pourra y rattacher, certains mots ont une répercussion négative ou positive qui seuls n’ont pas de conséquence mais peuvent créer une charge émotionnelle suivant le terme abordé, la personne à qui cela est adressé. Une phrase qui est une succession de mots peut avoir un tout autre sens de part sa construction, le contexte, le ton employé… Une phrase peut être interprétée de différentes façons d’où l’importance de demander des explications à celui qui transmet le message et d’en tenir compte car parfois ce n’est pas le cas, ce qui peut amener un dialogue de sourd car incompréhension totale.

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Savonarol Membre 9 711 messages
Esprit de contradiction‚ 40ans
Posté(e)

Bonjour,

J'en parle sur d'autres sujets mais je pense que la dangerosité de cette altération du sens des mots a surtout lieu dans des expressions qui véhiculent de systèmes de pensée de façon implicite. Par exemple, si le mot "nègre" a été banni il ne contient pas tellement plus de nuance ou d'utilité que le mot "noir" qui l'a très vite remplacé. Il y a un certain équilibre dans le langage sur toute une gamme d'expression et de termes.

[...]

Comment ça se passe, au juste, dans un cerveau humain, pour que le sens du mot employé soit remplacé par l'image que celui qui emploie véhicule?

Je veux dire, si un nazi tortionnaire avéré m'explique comment fonctionne le circuit artériel et comment éviter qu'elles ne se bouchent, la pertinence de ses propos sera recouvert dans quelle proportion par son image négative ?

Ce qui est éminemment triste, c'est que l'on en vienne à devoir utiliser des procédés de manipulation pour "convaincre" puisque la vérité ne se suffit pas à elle seule.

Nous avons surtout je pense, tendance à imiter le comportement d'une autorité en regard de certains mots ou idées, et principalement le comportement de l'autorité qui nous aura appris ce nouveau mot. Cette première expérience associée à ce mot lui donnera une tonalité générale (positivement ou négativement connotée), un peu comme l'humeur du jour donne sa teinte aux évènements qui s'y déroulent, première impression dont il pourra être difficile de se dissocier par la suite. Si en plus ce que tu affirmes est vrai (que l'apprentissage des mots est comparable à un réflexe pavlovien) ce serait terrible, parce que le langage ne serait en fait qu'un conditionnement, quand la philosophie prétend l'utiliser pour se déconditionner ou se libérer, ce qui apparaîtrait alors aussi vain que de tirer sur un noeud coulissant dans l'espoir de s'en détacher (quand il ne ferait alors que se resserrer d'avantage).

Le dilemme que je me pose est le suivant : faut-il considérer qu'il y a toujours des préconceptions lors de l'emploi d'un mot, ou serait il permis d'espérer un jour se libérer des conditionnements inhérents au langage et son apprentissage (au risque de s'illusionner)?

L'essentiel, si il est possible d'éviter ce travers et de se libérer, serait de savoir garder un regard d'enfant (lui qui ignore à priori le langage), c'est à dire un regard sans préconceptions, dans la mesure du possible. Et si tout cela est impossible (pou x ou y raisons), au moins comprendre que les mots sont comme des étiquettes sans jamais les considérer comme des touts qui seraient porteurs d'une valeur en soi : un mot n'a de sens que dans un contexte composé d'autres mots avec lesquels il s'articule. La tonalité positive ou négative qu'il comporte est indifférente à la vérité que tente de porter la phrase qui comporte ce même mot.

Au tribunal de la vérité, on ne juge pas les mots ou les idées sur leurs signifiants (sur leurs formes) mais sur leur signifié (sur leur sens) ou sur la vérité qu'ils portent, dont on ne saura jamais assez s'assurer l'appréhension lors d'un dialogue courtois! C'est pourquoi les discussions les plus intéressantes sont celles qui temporairement et humblement essayent de rentrer dans le langage de l'autre (à la façon de Socrate avec sa maïeutique) afin de l'encourager à développer et analyser ses concepts pour lever toutes les ambiguïtés et, au besoin, faire les distinctions nécessaires à l'expression claire de l'idée.

La façon privilégiée d'invalider une pensée entre deux interlocuteurs de bonne foi et se respectant serait plutôt de révéler une incohérence interne ou de proposer des distinctions, plutôt que de se croire autoriser à rebondir trop vite en synthétisant (généralisant) les propos de l'autre sans réclamer plus de précisions (alors que la précision dans ce domaine est toujours nécessaire), de prendre systématiquement ce que l'autre affirme comme un tout qu'on aurait d'emblée compris (attitude très prétentieuse) et sur quoi on porterait de surcroît un jugement moral négatif (ou positif) et définitif, ce qui déplace la discussion du plan de la réalité au plan de la morale, c'est à dire de ce qu'on pense que la réalité devrait être.

En fait, comment se conditionner à faire abstraction de sa passion pour entendre la vérité ?

N'est-ce pas finalement plus une question d'orgueil que de passion? L'humilité face à l'autorité du savoir n'était-elle pas plus importante avant l'arrivée des médias à domicile, et donc, la potentialité de l'accès à la connaissance ( tout le monde y accède "potentiellement" et donc le savoir est "potentiel", il se joue par anticipation. Si X énonce une opinion, d'abord je la conteste puis je cherche de quoi argumenter ma contestation sur internet)

Est-ce que le refus de la raison ne vient pas de l'époque qui nous répète et tant à nous démontrer qu'on est tous potentiellement " quelqu'un" , en omettant de nous dire qu'on est pas grand chose au départ ?

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Quasi-Modo Membre 7 658 messages
Macrocéphale bossu‚ 33ans
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Comment ça se passe, au juste, dans un cerveau humain, pour que le sens du mot employé soit remplacé par l'image que celui qui emploie véhicule?

Question très intéressante. Je dirai que cela ne saurait se faire directement et sans ambiguïté, mais uniquement par comparaison/analogie et approximations successives. Mais toutes les analogies ont leurs limites, car ce qui est semblable à certains égards est également différent à d'autres égards, sinon on ne compterait pas les deux éléments pour deux mais on parlerait d'un seul et même élément. Il nous est impossible de part notre solitude existentielle d'échapper à ce doute métaphysique selon lequel nous n'avons peut-être pas tout à fait compris ce que nous aurions dû comprendre du discours de l'autre. En analysant plus profondément j'arrive même à la conclusion que nous n'avons aucun moyen de faire la différence entre un discours qui nous paraît faux mais que nous n'avons pas compris et un discours vrai.

Je veux dire, si un nazi tortionnaire avéré m'explique comment fonctionne le circuit artériel et comment éviter qu'elles ne se bouchent, la pertinence de ses propos sera recouvert dans quelle proportion par son image négative ?

Ce qui est éminemment triste, c'est que l'on en vienne à devoir utiliser des procédés de manipulation pour "convaincre" puisque la vérité ne se suffit pas à elle seule.

L'avenir est-il au storytelling? Les politiciens semblent en tous cas en faire le pari. Comme aurait dit Georges Fraîche en son temps : les gens intelligents dans une démocratie, personne ne s'y intéresse car ils ne représentent en tout et pour tout que grand maximum 5% de la population. Ceux qui vont faire que les hommes politiques arrivent au sommet ce sont les abrutis ou les gens moyens immensément majoritaires, facilement manipulables par l'élite. Cela fait partie de notre nature : nous sommes si facilement touchés/impressionnés/subjugués par une personne qui parle avec aisance ou une certains grandiloquence...

En fait, comment se conditionner à faire abstraction de sa passion pour entendre la vérité ?

N'est-ce pas finalement plus une question d'orgueil que de passion? L'humilité face à l'autorité du savoir n'était-elle pas plus importante avant l'arrivée des médias à domicile, et donc, la potentialité de l'accès à la connaissance ( tout le monde y accède "potentiellement" et donc le savoir est "potentiel", il se joue par anticipation. Si X énonce une opinion, d'abord je la conteste puis je cherche de quoi argumenter ma contestation sur internet)

Est-ce que le refus de la raison ne vient pas de l'époque qui nous répète et tant à nous démontrer qu'on est tous potentiellement " quelqu'un" , en omettant de nous dire qu'on est pas grand chose au départ ?

Tout à fait, la logique du système tu l'as bien comprise. Je me suis également déjà interrogé sur la question de savoir si internet ne participait pas à la mise en place d'un fanatisme généralisé, car en trois clics il est possible de trouver et intégrer des groupes d'autres individus qui partagent les même idées que soi et nous donneront alors des raisons qu'on jugera (à tort ou à raison) bonnes puisqu'elles confirment nos préjugés. Cela permet de rester confinés dans notre petit monde, au risque de s'enfermer dans une bulle. C'est aussi la prolifération de toutes les théories complotistes possibles et imaginables avec lesquelles il faudra peut-être à l'avenir compter (ce qui serait inquiétant).

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Savonarol Membre 9 711 messages
Esprit de contradiction‚ 40ans
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Très intéressant réponse, Quasi-Modo, j'ai pas le temps de répondre pour le moment mais je poste pour présenter ce petit bouquin très intéréssant qui vaut le coup d'être lu :

19154370_9749367.jpg

Le storytelling de Christian SALMON traite de l’histoire du storytelling. Il le définit et énumère différents exemples. En effet, le storytelling est le fait de raconter une histoire afin de mieux vendre un produit car le client pense tout connaître et donc effectuer un achat en toute connaissance du produit. De plus le storytelling touche tous les secteurs : politique avec les « spin doctors », économique avec les grands gourous du management et du marketing… Cependant l’auteur critique beaucoup la politique américaine avec notamment principalement Reagan, Clinton et Bush junior ; mais aussi il critique beaucoup les grandes entreprise et la mondialisation. Mais le thème est très intéressant et fait réfléchir sur beaucoup de publicités ou de discours et on se rend compte que certaines choses nous sont cachées mêmes s'il faut arriver à juger quels exemples sont les plus pertinents et les plus possibles.

Ce livre est le fruit d’une enquête sur les nouveaux usages du récit dans des domaines aussi divers que le management, le marketing, la communication politique et institutionnelle, l’ingénierie des informations – et leurs applications dans le domaine civil et militaire.

  1. Au niveau microéconomique de l'entreprise, le storytelling est investi par les techniques de production ("storytelling management") et de vente ("branding narratif") qui permettent de produire, de transformer et de distribuer des marchandises. Ce sont des pratiques de configuration concrète des conduites : apprentissage, adaptation, formation, guidage et contrôle des individus.
  2. Au niveau idéologico-politique, les récits sont utilisés pour capter l'attention, crédibiliser l'action des gouvernants, conquérir le pouvoir, etc. L'objectif est d'engager les masses, de synchroniser et de mobiliser les individus et les émotions.
  3. Au niveau individuel enfin, le succès des blogs fournit un exemple frappant de cet engouement pour les histoires. Selon Pew Internet & American Life Project, 77 % des blogueurs n'ont d'autre motivation que de raconter leur histoire.

http://fr.wikipedia....ing_%28livre%29

Modifié par Savonarol

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deja-utilise Membre 4 575 messages
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Question très intéressante. Je dirai que cela ne saurait se faire directement et sans ambiguïté, mais uniquement par comparaison/analogie et approximations successives. Mais toutes les analogies ont leurs limites, car ce qui est semblable à certains égards est également différent à d'autres égards, sinon on ne compterait pas les deux éléments pour deux mais on parlerait d'un seul et même élément. Il nous est impossible de part notre solitude existentielle d'échapper à ce doute métaphysique selon lequel nous n'avons peut-être pas tout à fait compris ce que nous aurions dû comprendre du discours de l'autre. En analysant plus profondément j'arrive même à la conclusion que nous n'avons aucun moyen de faire la différence entre un discours qui nous paraît faux mais que nous n'avons pas compris et un discours vrai.

Pas mieux!

Et l'analogie, la similitude peut être un moyen, certes faillible, mais possible à cette impasse. D'aucuns diront que demander à d'autres ou multiplier les sources pourraient en être un autre, enfin prendre l'inconnu à bras le corps et s'informer/se former sur la base d'une documentation fiable, d'un enseignement de qualité, de ces derniers points découle in fine la notion de confiance, véritable noeud de la problématique.

L'avenir est-il au storytelling? Les politiciens semblent en tous cas en faire le pari. Comme aurait dit Georges Fraîche en son temps : les gens intelligents dans une démocratie, personne ne s'y intéresse car ils ne représentent en tout et pour tout que grand maximum 5% de la population. Ceux qui vont faire que les hommes politiques arrivent au sommet ce sont les abrutis ou les gens moyens immensément majoritaires, facilement manipulables par l'élite. Cela fait partie de notre nature : nous sommes si facilement touchés/impressionnés/subjugués par une personne qui parle avec aisance ou une certains grandiloquence...

Je vois que nous sommes toujours sur la même longueur d'onde Quasi-modo, ;)

J'ai lu récemment " qu'en général nous retenons bien mieux les formulations que les raisonnements, les démagogues et les sophistes le savent et savent en tirer profit "!

Un slogan/tournure/aphorisme aguicheur/provocateur a bien plus d'effet qu'un raisonnement "froid" et bien construit/mené! C'est plus économe intellectuellement et plus "parlant" d'un premier abord, je crois que la plupart des gens aiment le prémâché, et surtout si ça correspond à l'avis général, " le bon sens est la chose la mieux partagée au monde " ( http://www.philolog....agee-descartes/ ), citation qui illustre aussi les raccourcis verbaux.

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deja-utilise Membre 4 575 messages
If you don't want, you Kant... ‚
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J'en parle sur d'autres sujets mais je pense que la dangerosité de cette altération du sens des mots a surtout lieu dans des expressions qui véhiculent de systèmes de pensée de façon implicite. Par exemple, si le mot "nègre" a été banni il ne contient pas tellement plus de nuance ou d'utilité que le mot "noir" qui l'a très vite remplacé. Il y a un certain équilibre dans le langage sur toute une gamme d'expression et de termes.

Le vrai problème est à mon sens quand cette altération touche le contenu implicite d'un mot qui sert à raisonner.

Par exemple (je le donne souvent) , l'émotion que véhicule le mot "miracle" dans le langage courant est basé sur l'altération du mot "impossible" , "l'impossible est arrivé".

D'une certaine façon le mot miracle manipule l'auditeur en jouant sur un paradoxe. Bien que les individus comprennent que "n'arrive que ce qui peut arriver" , le mot miracle ne perd pas de son "aura mystique" car il détourne l'attention de l'auditeur sur le fait qu' il a pensé la chose impossible jusque là vers la "source" du "miracle" qui au contraire profite de l'aura mystique générée par le paradoxe.

Ex: "moïse colore la rivière en rouge/transforme en sang" , quelqu'un s'écrie c'est un "miracle/prodige", tout le monde se met alors à se prosterner mais peu se demandent "pourquoi pensons nous que faire une telle chose est impossible? Ne serait-ce pas plutôt improbable?" qui induit la question du "comment a t-il fait/quelle est la technique?".

Le mot miracle exploite la propension à croire (en l'absence d'explication immédiate) et détourne l'attention de la possibilité que ce soit le système de pensée qui était jusque là incomplet ou erroné. Il exploite l'aura mystique que génère le paradoxe qu'il contient et éloigne aussi l'auditeur de la question "quelle est la technique".

Bonjour,

je dirai plus simplement que certains locuteurs utilisent des mots qui suscitent toute une réaction inconsciente, et les publicitaires, les beaux-parleurs savent en user, il y a en nous des forces qui ne demandent qu'à s'exprimer, il suffit d'une étincelle pour que l'explosion/implosion se produise, cette étincelle sera un mot, une image, une tournure, voire un lien insoupçonné entre deux mots, spécifique à l'individu, comme on associe une odeur à un évènement/émotion. Ce mot ne sera en définitive qu'un révélateur ( partiel ), comme l'alcool révèle ( plus complètement selon la dose ) le véritable individu qui est en nous, derrière la "censure", les mots n'ont de pouvoir que relativement à l'individu qu'ils impactent, bien plus forts que n'importe quelle drogue, plus dangereux que n'importe quelle arme!

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La Suggestion Membre 438 messages
Forumeur survitaminé‚
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Effectivement cette manipulation peut être utilisée sciemment par les individus, mais en faisant cela ils se rendent détectables. Ce qui m'inquiète surtout ce sont les expressions rentrés dans le langage courant ou "l'imaginaire collectif".

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deja-utilise Membre 4 575 messages
If you don't want, you Kant... ‚
Posté(e)

Je suis bien d'accord avec toi, les archétypes en sont un exemple dans les théories psychanalytiques, et la psychologie des foules également, de plus:

Oui, les mots vont plus loin que leurs simples définitions ( et les phrases plus qu'une juxtaposition de définitions ), c'est le cas des expressions par exemple, ce qui compte n'est pas ce que l'on dit, ni exprime, mais ce que l'on signifie à l'autre, le message à faire passer.

La même phrase dite par telle personne, ou dans tel lieu, ou dans telle circonstance n'aurait pas la même signification! Sans parler de l'intonation, le rythme, l'intensité, le timbre etc...

Nous ne pouvons pas faire l'économie de la charge historique d'un mot, pas plus que l'on peut faire l'impasse de la situation dans laquelle nous sommes, ou avec quelles personnes, le langage est un tout, qui se "résume" à du traitement d'informations, et ce quelles qu'elles soient.

Ce n'est donc pas de l'harmonie, mais un traitement adéquat, plus ou moins pertinent, des dites informations, selon des intentions, des principes de vie, des convictions, des besoins, des croyances, des peurs, etc...

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