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Blasphème, l'éternel retour


Invité caminde

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Blasphème !

Le mot semble sorti d’une querelle médiévale mettant aux prises des clercs tout-puissants et des fidèles impies ou égarés. Il a pourtant ressurgi ces dernières semaines, en France, dans le langage profane et vulgarisé de la plus immédiate actualité. Il a suffi que des catholiques intégristes s’en prennent avec virulence à deux pièces de théâtre mettant en scène le Christ, et que ces supposées offenses soient relayées – plus pacifiquement – par une partie de la hiérarchie et des fidèles catholiques, pour que le mot, à nouveau, fasse florès. Des musulmans ulcérés par des caricatures du prophète de l’islam Mahomet qu’a publiées l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo leur ont emboîté le pas, criant à leur tour au « blasphème ». Au point d’en faire l’un des mots-clés de cet automne 2011.

Surprenante, incompréhensible même pour nombre de contemporains détachés de toute croyance ou d’affinités avec le « sacré », cette notion semble aujourd’hui anachronique. « Cette accusation ne vaut que dans des communautés de croyances partagées, observe Olivier Bobineau, sociologue des religions. Aujourd’hui elle apparaît donc inopérante : il est vain d’accuser de blasphème un non-croyant ou le croyant d’une autre religion ! Historiquement, le blasphème était bien compris comme une défaillance de la foi des croyants. Or, aujourd’hui, on prend en compte le propos, pas le messager. »

« Dans les sociétés pluriculturelles et civilo-laïques comme la nôtre, non seulement le sacré des uns n’est plus le sacré des autres mais le sacré a été “profané” au sens où il a été rendu profane, ajoute Joseph Maïla, ancien recteur de l’Institut catholique de Paris, premier responsable du pôle religions du ministère des affaires étrangères, aujourd’hui directeur de la prospective au Quai d’Orsay. Du coup, le terme même de blasphème n’est pas compris. On est dans un cas typique d’asymétrie, de déphasage culturel. »

Employée dans un contexte d’inculture religieuse et de sécularisation, cette notion est d’autant plus difficile à cerner qu’elle ne donne lieu à aucune définition précise. Au fil des siècles, les ressorts sur lesquels les autorités, religieuses ou civiles, se sont appuyées pour l’invoquer ont régulièrement évo- lué. « Le blasphème délibéré n’est pas une réalité universelle, souligne le dominicain François Bœspflug, historien et théologien, auteur de La Pensée des ima- ges (Bayard, 2011). Tous les peuples n’ont pas exprimé le besoin de brocarder leurs propres dieux.

Le blasphème visant les dieux du lieu est une affaire limitée au bassin méditerranéen qui a commencé dans la Grèce antique. On n’en trouve pas trace en Inde ancienne, en Chine, au Japon. »

« Dans les sociétés pluriculturelles et civilo-laïques comme la nôtre, le sacré des uns n’est plus le sacré

des autres » Joseph Maïla, ancien recteur de l’Institut catholique de Paris

Dans la culture hellénique, le blasphème, rappelle l’historien Alain Cabantous dans son Histoire du blasphème en Occident (Albin Michel, 1998), concerne toute parole de mauvais augure, tout mot susceptible de faire tort à un individu ou à un dieu. Mais c’est dans le judéo-christianisme qu’il acquiert, ensuite, un statut essentiel : « Tu ne prononceras pas le nom de Dieu en vain », indique le décalogue. L’ancien testament prévoit des sanctions : maudire dieu – ou ses parents – est passible de la mort.

Dans le judaïsme, une religion qui interdit à la fois de représenter Dieu et de prononcer son nom, la notion de blasphème reste limitée : sans visée prosélyte, le judaïsme condamne et exclut plus facilement « celui qui porte atteinte à la communauté » que celui qui maudit Dieu. « Le judaïsme a eu plus à souffrir de caricatures antisémites que de caricatures purement religieuses, explique le rabbin Mendel Samama, qui suit au Conseil de l’Europe les questions religieuses. Si la caricature n’est ni raciste ni antisémite, le croyant passe outre. »

L’art très contemporain du blasphème

Confrontées à la mondialisation, à d’autres croyances et à l’athéisme, les religions tentent d’affirmer l’identité de leurs communautés face aux agressions extérieures. Au risque de menacer la liberté d’expression. Ce sont alors les préfets qui sont chargés de repérer les offenses faites à la religion ! « L’intention est davantage de maintenir l’ordre public que de protéger la nation, selon François Bœspflug. Tout cela s’écroule en 1870. Le pacte de non-agression contre la religion dominante ne tient plus. Jusqu’au début du XXe siècle, Paris sera la capitale de la caricature anticatholique, les artistes faisant preuve d’une audace dont nous sommes bien loin. »

Aujourd’hui, le jeu, au moins en Occident, n’est plus dangereux : comment expliquer que certains continuent cependant à « blasphémer » et que d’autres s’évertuent à crier au« blasphème » ? Après tout, les provocations ad extra – menées par des non-croyants ou des croyants d’une autre religion à l’encontre d’une confession – pourraient être considérées comme insignifiantes par les fidèles, et le blasphème ad intra – celui d’un croyant qui, « offensant le divin, s’offense lui-même », selon François Bœspflug – pourrait apparaître comme une forme de schizophrénie.

Et pourtant ! A travers les siècles, rappelle Alain Cabantous, blasphémer revient à « contester une hiérarchisation des valeurs fondamentales, bouleverser le sens de la déférence obligée, nier la vertu d’obéissance et, à terme, douter de l’essence même du pouvoir qui les fonde. C’est aussi troubler l’équilibre général de la société ».

Certains artistes et intellectuels se sont engouffrés dans cette symbolique. « La culture chrétienne n’est plus dominante, mais elle le fut longtemps et elle continue de produire une contre-culture », souligne M. Bobineau.

« Pour certains, la figure du Christ et le thème de la crucifixion ont été “dévissés” de la culture chrétienne, ajoute le dominicain François Bœspflug. Pour beaucoup, il est devenu un motif désidéologisé, utilisé comme le symbole d’uneinjustice. » Reste qu’entre l’intention de l’artiste ou du pamphlétaire et la perception des croyants le fossé peut être immense. « Au-delà d’une souffrance sincère de la part de certains fidèles, il faut se dire qu’un dieu accessible à une flèche, à une injure, n’est plus un dieu », insiste le dominicain. Relayant un sentiment largement partagé chez les croyants de toutes religions, il estime toutefois que la plus totale liberté d’expression ne doit pas empêcher « la société d’éduquer au respect et à la retenue ».

D’un point de vue sociologique, la réaction des croyants aux atteintes supposées à leur croyance suggère aussi d’autres analyses. « Chaque fois que l’on a voulu sanctionner plus sévèrement le blasphème, c’est lorsque les sociétés étaient en voie de déchristianisation, relève M. Bobineau. Crier au blasphème est donc l’aveu de la déconfessionnalisation de la société. Or, cette insistance à vouloir rappeler l’importance du sacré, du religieux, n’a jamais permis une rechristianisation. » Le chercheur voit dans l’invocation du blasphème par certains croyants « un sursaut de foi, le dernier instrument de contrôle d’une institution religieuse sur les fidèles, dans un monde qui leur échappe ».

« Blasphémer,c’est nier la vertu d’obéissance » Alain Cabantous historien des religions

Pour nombre d’observateurs, la dénonciation du blasphème est le signe d’un repli identitaire et d’un refus de la modernité émanant des sociétés séculières. Confrontées à la mondialisation, à d’autres formes de croyance et à l’athéisme, les religions s’efforcent d’opposer la communauté des croyants – l’Oumma, pour les musulmans – aux agressions extérieures. « Invoquer le blasphème, c’est attiser la confrontation des idées religieuses ; c’est le cheval de Troie des guerres de religion, avance M. Bobineau. On est face à la volonté de dire :il y a eux et nous.»

Si la notion de blasphème revient sur le devant de la scène, c’est aussi, estime M. Maïla, parce que le monde actuel est « iconique » : aujourd’hui, beaucoup d’identités passent par des marqueurs, des images. Dans ce contexte, la liberté d’expression, notamment dans ses formes les plus radicales, heurte donc ceux qui ne supportent pas de voir «leurs» images remises en question et qui refusent implicitement la représentation de la diversité. D’autant que les images circulent de nos jours très rapidement de part et d’autre de la planète : une caricature de Mahomet faite au Danemark peut être massivement diffusée quelques heures plus tard dans des pays musulmans d’Asie ou d’Afrique.

Malgré les tentatives, ici ou là, de (re)créer dans le droit un délit de blasphème, la majeure partie des pays démocratiques et laïques s’y opposent. Un pays comme l’Irlande l’a cependant réactualisé en janvier 2010. L’article de loi, aux contours assez flous, prévoit une amende de 25 000 euros pour toute personne tenant «des propos grossièrement abusifs ou insultants sur des éléments considérés comme sacrés par une religion, et choquant ainsi un nombre substantiel de fidèles de cette religion ». Plus anecdotique, l’Alsace et la Moselle, toujours sous régime concordataire, prévoient dans leur droit local trois ans de prison pour celui qui provoque « un scandale en blasphé- mant publiquement contre Dieu par des propos outrageants ». Cette disposition, toujours applicable bien qu’elle soit en contradiction avec la liberté d’expression, n’a pas été activée depuis 1954.

« L’Etat n’est pas théologien, il n’a pas compétence pour définir ce qui relève du blasphème, insiste François Bœspflug. Le blasphème est une notion anthropologique qui échappe au droit. En revanche, dire que cela n’existe pas est tout aussi vain, car on ne règle pas par décret la sensibilité des gens. » Vouloir instaurer un délit de blasphème supposerait que les religions aient des frontières dogmatiques ainsi que des rituels inamovibles et figés à toutes les époques, dans tous les pays. Quel juge pourrait d’ailleurs dire : ceci est un blasphème ? s’interroge M. Maïla.

Tout en jugeant la référence au délit de blasphème « archaïque et sans fondement légal », l’avocat Thierry Massis, qui a plaidé la demande d’interdiction d’une publicité reproduisant une Cène où les apôtres et Jésus étaient représentés par des femmes, rappelle que le droit au respect des croyances s’articule naturellement avec les dispositions de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, qui visent la diffamation et l’injure à raison de la religion. « A ce titre, estime-t-il, seul ce droit fondamental de la personnalité, reconnu par les grands textes et par le juge, peut être revendiqué. »

Dans les pays, comme la France, où la liberté d’expression est garantie, les tribunaux pénalisent « l’injure, l’attaque personnelle et directe dirigée contre un groupe de personnes en raison de leur appartenance religieuse » ou l’incitation à la haine raciale ou religieuse : ils jugent donc régulièrement des affaires qui concernent la diffamation des individus. Mais la justice profane déboute quasi systématiquement les groupes religieux qui, devant les tribunaux, questionnent la liberté d’expression au nom de la défense de leur religion. Il existe en effet une nuance de taille entre les droits de l’homme et les droits supposés d’une croyance, ce que certains fidèles peinent à admettre.

Stéphanie Le Bars

http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/12/24/blaspheme-l-eternel-retour_1622124_3224.html

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Membre, 62ans Posté(e)
grandfred Membre 15 741 messages
Baby Forumeur‚ 62ans‚
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ho nom de dieu de nom de dieu de merde !!!!

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Membre, Tu n'auras d'autre batracien devant ma face, 110ans Posté(e)
Grenouille Verte Membre 32 822 messages
110ans‚ Tu n'auras d'autre batracien devant ma face,
Posté(e)

La notion de blasphème reste très actuelle, même en dehors du domaine de la religion.

La droite a ainsi fait voter une loi contre "l'outrage au drapeau", une sorte de "délit de blasphème contre la république".

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Membre, 38ans Posté(e)
nissard Membre 4 415 messages
Baby Forumeur‚ 38ans‚
Posté(e)

a non l'outrage au drapeau n'a rien a voir

le drapeau français comme tout drapeau doit être respecter

des milliers d'homme sont mort pour le préserver il est normale qu'on lui témoigne du respect

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Membre, 62ans Posté(e)
grandfred Membre 15 741 messages
Baby Forumeur‚ 62ans‚
Posté(e)

heu......................... des millions d' hommes sont morts à cause des religions !!!!!!!!!! alors on devrait respecter les superstitions ?? religions ?? d' ailleurs, le nationalisme et le ""respect"" des drapeaux sont des superstitions !

les 3 couleurs ne sont pas celle du peuple ! lire

http://www.contreculture.org/AT%20Cocarde%20tricolore.html

et

http://fr.wikipedia.org/wiki/Drapeau_rouge

et encore :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Symbolisme_anarchiste

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Membre, Tu n'auras d'autre batracien devant ma face, 110ans Posté(e)
Grenouille Verte Membre 32 822 messages
110ans‚ Tu n'auras d'autre batracien devant ma face,
Posté(e)

a non l'outrage au drapeau n'a rien a voir

C'est vrai qu'interdire de "blaphémer" une organisation politique c'est complètement différent de blasphémer une organisation religieuse. :mef: :mef: :mef:

le drapeau français comme tout drapeau doit être respecter
Les croyants pensent exactement la même chose de la religion.

Merci donc de confirmer que le blasphème repose sur les mêmes bases que l'outrage au drapeau.

des milliers d'homme sont mort pour le préserver il est normale qu'on lui témoigne du respect

Si tu veux comcer à compter les martyrs, c'est la religion qui va gagner.

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Membre, Posté(e)
faits-dhiver Membre 214 messages
Baby Forumeur‚
Posté(e)

Tout récent!

Une cour d’appel autrichienne a maintenu la condamnation d’Elisabeth-Sabaditsch-Wolff, une mère de famille viennoise et militante contre le djihad, pour avoir « dénigré des croyances religieuses » lors d’une série de conférences sur les dangers de l’islam radical.

Ce jugement du 20 décembre 2011 prouve que tandis que le christianisme et le judaïsme peuvent être dénigrés en toute impunité dans l’Autriche postmoderne et multiculturelle, énoncer la vérité sur l’islam entraîne immédiatement une lourde peine judiciaire.

Malgré le fait que ce cas ait des implications énormes pour la liberté d’expression en Autriche, et dans toute l’Europe, il n’a reçu pratiquement aucune couverture dans les grands médias américains.

Les problèmes kafkaïens d’Elisabeth Sabaditsch-Wolff ont débuté en novembre 2009, lorsqu’elle a animé un séminaire en trois séances pour le Freedom Education Institute, une organisation politique liée au Parti de la Liberté Autrichien.

Un hebdomadaire socialiste sur papier glacé, intitulé pompeusement NEWS en lettres majuscules, a envoyé une journaliste incognito à cette conférence afin d’enregistrer secrètement les deux premières sessions. Les avocats de cette publication gauchiste ont ensuite envoyé les transcriptions au procureur viennois comme preuves de discours de haine envers l’islam, selon l’article 283 du code pénal autrichien (Strafgesetzbuch, StGB). Les poursuites judiciaires ont été engagées contre Sabaditsch-Wolff en septembre 2010, et le procès, présidé par un juge multiculturel mais sans jury, a commencé le 23 novembre 2010.

La suite...en original

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Membre, Artisan écriveur , 58ans Posté(e)
Bran ruz Membre 8 737 messages
58ans‚ Artisan écriveur ,
Posté(e)

Je trouve le concept même de blasphème totalement incongru dans une République laïque comme la notre.

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Membre, Tu n'auras d'autre batracien devant ma face, 110ans Posté(e)
Grenouille Verte Membre 32 822 messages
110ans‚ Tu n'auras d'autre batracien devant ma face,
Posté(e)
le procès, présidé par un juge multiculturel

Salaud de juge non blanc. :dev:

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Membre, Dégonfleur de baudruches, 68ans Posté(e)
Dinosaure marin Membre 24 125 messages
68ans‚ Dégonfleur de baudruches,
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C'est quoi un juge "multiculturel" ? Un juge qui a plus de culture que les identitaires ?

Il n'a pas besoin d'être très brillant alors.:dev:

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Membre, Posté(e)
faits-dhiver Membre 214 messages
Baby Forumeur‚
Posté(e)
le procès, présidé par un juge multiculturel

Salaud de juge non blanc. :dev:

Toujours aussi instructives comme interventions! :bo:

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