Aller au contenu

La subversion du christianisme

Noter ce sujet


Loufiat

Messages recommandés

Membre, 36ans Posté(e)
Loufiat Membre 2 812 messages
Forumeur vétéran‚ 36ans‚
Posté(e)

Dans La Subversion du christianisme (1984), Jacques Ellul s'attaque à une question "de celles qui me troublent le plus profondément (...) : comment se fait-il que le développement de la société chrétienne et de l’Église ait donné naissance à une société, à une civilisation, à une culture en tout inverses de ce que nous lisons dans la Bible ? (...) Je dis bien en tout. Ce n'est pas sur un point qu'il y a eu contradiction, mais sur tous les points. (...) Il n'y a pas seulement dérive, il y a contradiction radicale, essentielle, donc véritable subversion." 

Ce livre intervient plus de 30 ans après Présence au monde Moderne (1948) dont il est l'un des prolongements. Présence, dont je ne trouve plus mon exemplaire (ce sera donc de mémoire), avait vocation à servir d'introduction pour l'ensemble du volet éthique de l’œuvre de cet auteur atypique qui aura traversé tout le 20ème siècle (1912-1994) en ne cessant de se demander ce que ça veut dire d'être un chrétien dans ce monde - ce qui est attendu de lui. 

Présence pose le problème éthique en ces termes : l’Écoute et la Pratique doivent aller ensemble. L'écoute, c'est l'exégèse biblique - étude de l'Ancien et Nouveau testament. La Pratique, c'est la traduction de ces enseignements dans "les œuvres", dans la vie. Or, ni cet enseignement, ni cette pratique ne se présentent comme un système ; ils ne peuvent déboucher sur aucun code de bonne conduite qu'il s'agirait de suivre et répéter. Pour résumer d'un mot l'exigence qui pèse sur le chrétien, c'est d'être "le sel de la terre et la lumière du monde", c'est-à-dire, selon Ellul, de faire signe au-delà du monde, vers un dieu qui est avant tout le Libérateur, en s'opposant aux puissances spirituelles qui asservissent les hommes. 

La situation où le Christ plonge ses témoins et fidèles, où il leur demande de rester et d'agir, est une situation impossible : ils doivent être et aller dans le monde, mais ne pas être du monde, ne pas lui appartenir, s'y soumettre - de la même façon que, tenté par Satan, le Christ refuse ce que celui-ci propose la domination sur les hommes, qu'elle soit économique, religieuse, politique. La responsabilité du chrétien est d'être et d'apporter à ce monde sa contestation, son sel et sa lumière ; ainsi le jugement doit-il toujours être en alerte, en question, et l'action mesurée à l’aune d'une appréciation juste de ceux qui recevront cette contestation - du contexte où œuvres et paroles vont s'inscrire et faire sens. Encore une fois, il n'est aucun code de bonne conduite, d'organisation sociale qu'il s'agirait de répéter - au contraire c'est la liberté donnée à l'homme de dénoncer les liens dans lesquels il s'enferre lui-même ; et ces liens et leurs visages sont innombrables, chaque fois spécifiques, appelant une action singulière leur répondant en propre.  

Or, cette situation est celle d'un laïc bien davantage que d'un moine isolé sourd et aveugle au monde. 

Modifié par Loufiat
  • Like 1
Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Annonces
Maintenant
Membre, 36ans Posté(e)
Loufiat Membre 2 812 messages
Forumeur vétéran‚ 36ans‚
Posté(e)

Mais à l'aune de quoi le christianisme doit-il être jugé ? A l'aune des écritures et de leur message qui font de la pratique "la pierre de touche de la vérité ou de l'authenticité"

"Toute la Révélation du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob revient incessamment là-dessus : l'homme qui mettra en pratique les commandes de Dieu vivra (...) Tu mettras en pratique ces commandements... L’Éternel te commande de mettre en pratique... Et réciproquement, le mal et la mort sont liés à l'absence de mise en pratique ou encore à la pratique des usages des autres peuples, aux coutumes abominables et l'on met en opposition radicale l’Écoute et la Pratique : ils écoutent mais ne pratiquent pas. Or cette importance décisive de la pratique est exactement reprise par Jésus, presque dans les mêmes termes. Les fidèles sont ceux qui écoutent et mettent en pratique. Et il y a une parabole à ce sujet que l'on entend habituellement fort mal : à la fin du Sermon sur la Montagne, il y a la parabole célèbre de l'homme qui construit sa maison sur le roc ou sur le sable, la première est solide et résiste à la tempête et aux torrents, la seconde s'effondre. En général on dit que le roc c'est Jésus lui-même. Mais ce n'est en rien la parabole ! 

Jésus dit : celui qui entend ces paroles et les met en pratique est semblable à un homme qui construit sur le roc. Autrement dit ce qui est le roc c'est l’Écoute et la Pratique ensemble. Mais la seconde partie est plus restrictive : celui qui écoute les paroles que je dis et ne les met pas en pratique est semblable à un homme qui a bâti sur le sable. Là sans doute seule la mise en pratique est en question, et nous pouvons dire que la pratique est le critère décisif de la vie et de la vérité. 

Or, dans la première génération chrétienne il n'y a aucun doute à ce sujet. Paul le rappelle sans cesse avec force lui qui était le théologien du salut par la grâce : "ce ne sont pas ceux qui écoutent la loi qui sont justes devant Dieu mais ceux qui la mettent en pratique qui seront justifiés. Quand les païens qui n'ont point la loi font naturellement ce que prescrit la loi (...) ils montrent que l’œuvre de la loi est inscrite dans leur cœur..." On a voulu, obstinément, mettre en contradiction une théologie de la foi chez Paul et une théologie des œuvres chez Jacques, mais ceci est radicalement inexact. 

Paul a sans cesse insisté sur l'importance critique de la pratique. Ce n'est pas pour rien que chacune de ses lettres s'achèvent par une longue "parénèse" montrant que la pratique est l'expression visible de la foi, de la fidélité à Jésus. Et il résout la contradiction coutumière dans le texte fondamental de l’Épître aux Éphésiens : "c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. Ce n'est point par les œuvres afin que personne ne se glorifie. Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres, que Dieu a préparées d'avance afin que nous les pratiquions". 

Le "chevillage" de ce texte est essentiel. Ce qui est rejeté, mis à bas c'est l'autojustification, c'est la glorification de soi par soi, c'est l'autosuffisance de l'homme pour la conduite de sa vie, pour accomplir le bien, etc. Sauvés : c'est par la grâce et non par les œuvres, mais justement pour que nous ne puissions pas nous glorifier par des œuvres. Par ailleurs, il est indispensable de faire les œuvres, car elles sont préparées d'avance par Dieu, elles sont dans le "plan" de Dieu, et quant à nous, nous sommes créés afin de pratique ces œuvres. Ce n'est pas Dieu qui accomplit les œuvres, c'est nous qui en avons la responsabilité. La mise en pratique est alors chez Paul à la fois le critère visible que nous avons sérieusement reçu la grâce, et que nous sommes effectivement entrés dans le Plan de Dieu. Donc pour Paul, dans la droite ligne de Jésus, la pratique est la pierre de touche de l'authenticité. Nous sommes bien en présence d'une constante millénaire. 

Dès lors ceux qui attaquent le christianisme sont parfaitement habilités à le faire à partir de la pratique désastreuse qui fût la nôtre. Les attaques de Voltaire, d'Holbach, de Feuerbach, de Marx, de Bakounine pour ne citer que ceux qui nous concernent le plus directement sont parfaitement exactes. Et au lieu de se défendre contre elles et de faire une maladroite, inutile, méprisable apologétique, il faut écouter leur attaque, prendre au sérieux ce qu'ils nous disent. Car ils démolissent le christianisme, c'est-à-dire très exactement le dévoiement que la pratique chrétienne a fait subir à la Révélation de Dieu."

La Subversion du christianisme, pp. 11-13, La Table Ronde 2018. 

  • Like 1
Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Membre, Posté(e)
Scénon Membre 3 779 messages
Forumeur expérimenté‚
Posté(e)
Il y a 13 heures, Loufiat a dit :

“[...] Les attaques de Voltaire, d'Holbach, de Feuerbach, de Marx, de Bakounine pour ne citer que ceux qui nous concernent le plus directement sont parfaitement exactes. Et au lieu de se défendre contre elles et de faire une maladroite, inutile, méprisable apologétique, il faut écouter leur attaque, prendre au sérieux ce qu'ils nous disent. Car ils démolissent le christianisme, c'est-à-dire très exactement le dévoiement que la pratique chrétienne a fait subir à la Révélation de Dieu.”

Oui, on pourrait citer bien d'autres auteurs, anciens et modernes, qui ont donné du christianisme institutionnel ou sociétal une critique acerbe, précise, justifiée, et contre laquelle les institutions ou les “fidèles” se défendent mollement, voire avec une mauvaise foi évidente.

Tout cela est peut-être le mieux résumé dans l'histoire du Grand Inquisiteur, racontée dans Les Frères Karamazov.

Mais beaucoup plus rares sont ceux qui à la fois critiquent ce christianisme mort, mortel, mortifère et moribond, et à la fois incarnent, pour ainsi dire, la Révélation vivante, ce qui est autrement plus intéressant.

Un de ceux-là est Paracelse (début XVIe): ses critiques, répétées encore et encore, adressées à l'Église (ou aux Églises, celle de Luther est naissante), au pape, aux curés, aux fidèles, sont directes, d'une violence inouïe, à découvert, sans filtre. Cependant, il ne se contente pas de montrer où le bât blesse, il prêche et par la parole et par l'exemple.

Il finit très probablement assassiné, car «on pardonne tout à un vivant, excepté d'être présent parmi les agonisants de ce monde».

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Membre, 36ans Posté(e)
Loufiat Membre 2 812 messages
Forumeur vétéran‚ 36ans‚
Posté(e)
Il y a 2 heures, Scénon a dit :

Mais beaucoup plus rares sont ceux qui à la fois critiquent ce christianisme mort, mortel, mortifère et moribond, et à la fois incarnent, pour ainsi dire, la Révélation vivante, ce qui est autrement plus intéressant.

Très heureux de vous lire, Scénon. Merci.  

Il me souvient avoir évoqué rapidement le cas Ellul avec vous, et je crois que vous aviez répondu ne pas le connaître. L'une des choses qui m'a retenu chez cet auteur, c'est la consistance entre ses écrits et sa vie - ses œuvres, son exemplarité. Quant à ceux qui l'ont côtoyé, outre ses qualités humaines, ses prêches dans le Temple qu'ils fondent chez eux avec sa femme à Pessac, ses engagements divers et constants (mais presque toujours marqués par l'échec), ils mettent souvent en avant un humour féroce : Ellul vous faisait vous plier de rire. On ne dirait pas, à le lire. 

Je continuerai de produire ici des entrées dans ses écrits d'éthique chrétienne parce qu'elles peuvent intéresser aussi bien un @Neopilina qu'un @Engardin et que, de façon générale, ces écrits ont l'avantage de poser des repères très éloignés des imbécilités qu'on lit partout, des lieux communs, etc., qui résultent de la méconnaissance crasse dans laquelle nos générations sont de ce qu'est ou peut avoir été la "Révélation", une révélation vécue, vivante. Or, notre monde, notre culture restent "chrétiennes", fût-ce par subversion. Cheminer avec Ellul revient souvent à éclairer les sous-sols de sa propre pensée, de ses propres valeurs ; ces écrits peuvent donc intéresser quiconque.

Si vous trouvez le temps et l'intérêt de les lire, vos retours seraient précieux. 

Modifié par Loufiat
  • Like 1
Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Membre, 36ans Posté(e)
Loufiat Membre 2 812 messages
Forumeur vétéran‚ 36ans‚
Posté(e)

Je poursuis cette introduction au problème qui se pose à Ellul

"Il ne faut pas le résumer, comme on l'a fait trop souvent, en une opposition entre le pur message de Jésus, et puis soit l'affreux Dieu des Juifs soit le détestable Paul, mensonger interprète. Il y a cohérence parfaite entre tout ce que nous pouvons savoir de Jésus le Christ et la révélation du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob et il y a aussi cohérence parfaite entre l'Evangelium Christi, des Évangiles et l'Evangelium de Christo, de Paul entre autres. 

Quant à dire que les Evangiles eux-mêmes, tels que nous les avons, ont été falsifiés, tripatouillés par la première ou seconde génération des chrétiens pour faire coïncider Jésus avec leur message et proclamation, cela ne peut se soutenir qu'au nom d'un Jésus refabriqué par tel ou tel moderne au gré de son idéologie (...). Non, l'attaque des antichrétiens est parfaitement légitime et doit être entendue telle quelle comme l'attestation de l'effroyable distance que la pratique chrétienne a créée par rapport à la Révélation.

Or, la difficulté tient justement en ce qu'il est impossible de dire : "Certes, notre pratique est mauvaise, mais voyez donc la beauté, la pureté, la vérité de la Révélation". Nous avons insisté sur l'unité des deux. Il faut absolument le bien comprendre. Il n'y a pas de Révélation connaissable hors de la vie et du témoignage de ceux qui la portent. (...) Si le chrétien n'est pas conforme dans sa vie à sa vérité, il n'y a plus de vérité. (...) Il nous faut comprendre que, en n'étant pas ce que Christ nous demande, nous rendons le tout de la Révélation mensonger, illusoire, idéologique, imaginaire, et ne portant plus aucun salut, par conséquent nous sommes acculés à être chrétiens ou à reconnaître la fausseté de ce que nous croyons. Telle est l'épreuve irrécusable de la pratique.

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Membre, Posté(e)
Scénon Membre 3 779 messages
Forumeur expérimenté‚
Posté(e)
il y a 34 minutes, Loufiat a dit :

“[...] Il nous faut comprendre que, en n'étant pas ce que Christ nous demande, nous rendons le tout de la Révélation mensonger, illusoire, idéologique, imaginaire, et ne portant plus aucun salut, par conséquent nous sommes acculés à être chrétiens ou à reconnaître la fausseté de ce que nous croyons. Telle est l'épreuve irrécusable de la pratique.”

Ou encore, comme le disait Clément d'Alexandrie : « Est chrétien celui qui a vu la lumière du Christ ».

Combien de fidèles sont capables de dire de quelle couleur elle est ?

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Membre, 36ans Posté(e)
Loufiat Membre 2 812 messages
Forumeur vétéran‚ 36ans‚
Posté(e)

Je m'excuse d'avance pour les longueurs, mais il est important de planter le décors et de rentrer dans certains détails. On en arrivera bientôt aux points décisifs, dans des passages qui pourraient en intéresser plus d'un lorsqu'il sera question du rapport entre Révélation et Philosophie notamment. 

Je poursuis, toujours au chapitre I de La Subversion 

"Nous devons encore éviter deux écueils : d'un côté, rejeter tout le passé de l’Église, mépriser et condamner tout ce qui fut, et dire schématiquement [l’Église] ce fut l'obscurantisme. La pensée judéo-chrétienne est la cause, l'origine de tout le mal moderne (...) et nous trouvons à côté de ces accusations acharnées mais simplistes la glorification du joyeux et pur païen, d'une polythéisme humain et libéral, d'une enfance spirituelle que le christianisme a fait avorter. 

Il y a en tout cela un peu de vrai, un petit peu, en ce qui concerne la chrétienté. Mais il y aurait presque à rétablir une exactitude historique sur chaque point (...). Il n'en reste pas moins vrai que le soubassement de toutes ces folles accusations, c'est la subversion vraie du christianisme. Mais l'autre écueil qui se présente à nous consiste à proclamer soit : aujourd'hui c'est différent - soit : il y avait quand même autre chose dans l'histoire chrétienne (...) Quand même l’Église a eu parfois de beaux sursauts de vérité (le Synode de Barmen). (...) Tout cela est exact mais n'enlève rien à ces accusations, massives, grossières, infantiles, dont le véritable objectif est de soumettre l'homme à un autre esclavage. 

Par ailleurs les chrétiens n'ont pas à accepter sans plus toutes les attaques concernant le passé de l’Église, en se rattrapant : "Oui, mais aujourd'hui, voyez comme tout a changé !" Hier l’Église était contre les pauvres, aujourd'hui elle est pour le socialisme (...). J'ai déjà ailleurs attaqué cette plasticité. Il n'y a là nul "progrès" : simplement l’Église adopte sans plus les idées et les mœurs de notre société (...). C'est exactement la même trahison [avec] en plus l'orgueil et l'hypocrisie qui consiste en battre sa coulpe de chrétien sur la poitrine des générations antérieures. 

Il faut par ailleurs éviter les explications vraiment simplistes de cette perversion. J'en retiendrai trois pour mémoire : celle qui se rattache à la célèbre formule de Loisy : "Les premiers chrétiens attendaient la venue immédiate du royaume de Dieu, et ce fut l’Église qui vint." (...) Rien ne permet de penser que les textes où Jésus annonce une longue attente soient faux. (...) De même, ne retenons pas l'opposition vraiment trop élémentaire de la distance entre un idéal et sa réalisation. Non, l'action de Dieu en Jésus-Christ, la Révélation de Dieu commencée avec Abraham n'ont rien à faire, absolument rien, avec un idéal [ni] au sens courant du terme, ni idéalisme philosophique. 

Nous sommes dès le début en plein réalisme et en plein matérialisme. L'idée de Dieu n'existe pas. [...] Enfin, et c'est du même ordre, il ne s'agit pas non plus d'une opposition entre le spirituel (...) et l'institutionnel. Encore une fois, la Révélation de Dieu ne ressortit pas au spirituel. Le Saint Esprit n'est pas du spirituel. Mais ces trois oppositions élémentaires ont chacune une petite part d'exactitude, nous les retrouverons au passage. 

En vérité, l'essence même de la subversion est déjà indiquée par la désignation de "christianisme", chaque fois que nous rencontrons cette désinence "isme", cela désigne un courant idéologique ou doctrinal, parfois dérivé d'une philosophie. (...) Il est vraisemblable que cette dérive et cette subversion désignées chaque fois sans aucune exception soient assez typiques du monde occidental. Nous n'avons pas à l'examiner ici. [Mais] la subversion, la perversion, l'inversion est ici plus énorme, plus aberrante, plus incompréhensible que dans tous les autres cas. 

Pour achever cette esquisse de la question qui se pose à moi de façon si dure, [Si] le Saint Esprit est, était, avait été avec les Églises nous n'aurions pas assisté à cette terrible subversion (...) Faut-il alors croire que Dieu s'est retiré, se tait ? Ce que j'ai tenté de dire dans L'Espérance oubliée. Faut-il croire que Dieu a échoué ? Mais l'échec du christianisme exprimant ce que l'homme a fait de la Révélation ne change rigoureusement rien à ce que Dieu a accompli : il s'est incarné. [Ce] qui est fait est fait. [Mais] la question est ce que nous en avons fait. Or, par le Saint Esprit, cela pouvait se réaliser dans l'Histoire. Mais le Saint-Esprit n'est pas plus dictatorial, autoritaire, mécanisant, autosuffisant que la Parole de Dieu ou que Jésus-Christ. Le Saint Esprit libère (...) [Il] n'est pas question d'une contrainte pesant sur l'homme et lui faisant faire ce que Dieu a décidé de faire. Tout l'inverse. Il est une puissance qui, une fois libéré l'homme de ses esclavages, le remet dans une situation de liberté, de choix, d'ouverture des possibles. Il est une puissance de lumière [et] qui peut démultiplier l'action de l'homme quand celui-ci choisit de faire la volonté de Dieu. Il est enfin une puissance de conscience qui montre à l'homme quelle est cette volonté (...) l'homme ne peut absolument pas se réfugier derrière "Je ne savais pas". Il a, par lui, une pleine conscience de la valeur, de la portée de sa pratique, [pleinement] responsable. Voilà tout ce qui ressortit à la présence du Saint Esprit. 

Lorsque les chrétiens ont fabriqué le christianisme, ils l'ont donc fait en pleine connaissance de cause, ils ont librement choisi cette voie-là [et] dès lors le Saint Esprit est resté inemployé. Vacant. Présent dans la seule souffrance. C'est pourquoi la question qui se pose, brulante, est une pure question humaine : pourquoi les chrétiens ont-ils fait l'inverse ? Quelles sont les forces, quels sont les mécanismes, quels sont les enjeux, quelles sont les stratégies, quelles sont les structures qui ont induit cette subversion ? A hauteur d'homme, et rien que cela. 

  • Like 1
Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Annonces
Maintenant

Rejoindre la conversation

Vous pouvez publier maintenant et vous inscrire plus tard. Si vous avez un compte, connectez-vous maintenant pour publier avec votre compte.

Invité
Répondre à ce sujet…

×   Collé en tant que texte enrichi.   Coller en tant que texte brut à la place

  Seulement 75 émoticônes maximum sont autorisées.

×   Votre lien a été automatiquement intégré.   Afficher plutôt comme un lien

×   Votre contenu précédent a été rétabli.   Vider l’éditeur

×   Vous ne pouvez pas directement coller des images. Envoyez-les depuis votre ordinateur ou insérez-les depuis une URL.

Chargement
×