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Ethikomène (ou de la morale versus la sagesse)

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Engardin

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Membre, 2ans Posté(e)
Engardin Membre 2 492 messages
Maitre des forums‚ 2ans‚
Posté(e)

Quand mon fils ainé était en classe préparatoire, je m'étais amusé à écrire avec lui un... "Dialogue de Platon" ! (sans complexe ! :))

Je pensais l'avoir déjà mis ici mais je ne le trouve pas... alors, le voici ...

 

ETHIKOMENE

 

Sur la morale (en politique) et la philosophie

 

Sophias, Ethikomène

 

 

1 PROLOGUE :

Définition de "l'homme moral" supérieur à l'homme sage selon Ethikomène.

 

SOPHIAS : – Ton pas est décidé, Ethikomène et ton air bien réjoui ! Aurais-tu conclu quelque bonne affaire pour ton négoce ou dois-tu l'illumination de ta mine à quelque heureuse rencontre ?

ETHIKOMENE : – Rien de tout cela, Sophias ! C'est mon esprit qui est charmé ; et l'admirable discours de Stésiphos que je quitte à l'instant en est la cause.

SO. : – La renommée de Stésiphos est grande en effet ; mais de quoi parlait-il donc ?

ETH. : – De l'homme moral, Sophias.

SO. : – Et il en faisait l'éloge, j'espère !

ETH. : – Plus encore ! De tous les biens que l'homme doit s'efforcer d'acquérir, c'est la morale, ou vertu, qu'il place en premier.

SO. : – Excellente parole, Ethikomène. Mais de la sagesse et du philosophe, qu'en dit-il ? Ne les place-t-il pas à égalité avec la vertu et "l'homme moral" ?

ETH. : – Du tout, Sophias ! Bien plus que celle du philosophe, la conduite de l'homme moral qui se conforme aux lois de la cité est digne d'éloge. Voilà ce qu'il affirme.

SO. : – Mais toi, Ethikomène, que t'en semble-t-il ?

ETH. : – La même chose, vraiment. L'homme vertueux, celui qui se conduit selon notre morale, pourra prétendre aux honneurs et à une situation enviée dans la cité, plus encore que le philosophe qui se tient en dehors du monde et de ses réalités.

SO. : – Et quel est-il, cet "homme moral" ?

ETH. : – Tout simplement celui qui recherche le bien, Sophias !

SO. : -- Qui recherche le bien pour tous, ou son bien propre ?

ETH. : – Eh ! Je vois où tu veux en venir ! Pas le bien de ses ennemis, par Zeus ! S'il cherchait le bien de ses ennemis, c'est son mal qu'il trouverait ! Dans son intérêt, l'homme moral recherche forcément son bien propre, se gardant de tout mal et de toute souffrance !

SO. : – Cet homme-là m'a tout l'air de savoir ce qu'il veut, Ethikomène ; et s'il parvient à ses fins, son existence sera tout à fait digne d'envie.

Souhaitons lui cependant de ne manquer ni de jugement ni de volonté.

ETH. : – Et pourquoi donc, Sophias ?

SO. : – Pour discerner le bien du mal et vouloir le premier tout en refusant le second.

ETH. : – Tu n'es pas sérieux, Sophias ! Cela même un enfant pourrait le faire !

SO. : – Est-ce donc si simple à ton avis ?

ETH. : – Pour sûr ! Reconnaître la douleur quand elle se présente ne pose certainement pas de grandes difficultés !

SO. : – Ainsi donc, "l'homme moral" est celui qui saura aisément choisir dans son intérêt tout le bien possible et éviter non moins aisément, mal et souffrance.

ETH. : – C'est tout à fait cela.

 

 

 

2 : L'homme moral doit posséder une certaine science du bien.

 

SO. : – Mais après un effort prolongé au soleil, le coureur à pied ne trouverait-il pas agréable de se plonger dans une source glacée ?

ETH. : – Sans doute.

SO. : – Et s'il fait cela, ne risque-t-il pas d'en retirer quelque mal, par suite d'un trop violent refroidissement, alors même que c'est son bien qu'il croit obtenir?

ETH. : – En effet Sophias.

SO. : – Le bien n'est donc pas si évident à reconnaître.

ETH. : – Dans ce cas, certes ; mais ton coureur à pied est bien loin de l'homme moral dont nous parlons. Et les questions de morale demandent une bien plus grande élévation de l'esprit !

SO. : – Tu es bien heureux, Ethikomène, d'avoir été initié aux Grands Mystères avant de l'avoir été aux petits ! Je voulais simplement dire que pour vraiment atteindre le bien, l'homme moral doit savoir le distinguer du mal et donc posséder une certaine science de ce bien.

ETH. : – Sans contredit.

SO. : – Car sinon, il se croit moral sans l'être véritablement.

ETH. : – C'est aussi mon avis.

 

 

3 : Le vrai homme moral ne cherche pas son bien personnel mais LE bien.

 

SO. : – Représente-toi à présent non plus un coureur unique mais toute une multitude de coureurs à pied dont un seul serait avisé du danger de l'eau froide. Que doit-il faire ? Avertir les autres du danger ?

ETH. : – Pas s'il veut gagner, Sophias !

SO. : – Mais alors, sa victoire étant due plus à la ruse qu'à ses capacités véritable de coureur à pied, aura-t-elle grande valeur ?

ETH. : – Certainement pas !

SO. : – Mais si, en revanche, après avoir informé les autres concurrents il n'est pas le vainqueur, ne retirera-t-il pas de son généreux comportement, malgré sa défaite une plus grande renommée encore que le vainqueur lui-même ?

ETH. : – Je pense en effet que tu as raison.

SO. : – Ne crois-tu pas que l'homme moral, s'il fait passer le bien de tous avant son bien propre ou quelque bien particulier, suscitera lui aussi chez ses concitoyens une bien plus grande estime ?

ETH. : – Cela semble juste.

 

 

4 : La difficulté d'être un homme moral.

 

SO. : – Ne dis-tu pas que c'est pour ses actions conformes au bien que l'homme moral est admiré dans la cité ?

ETH. : – Tout-a-fait.

SO. : – Mais admire-t-on ce qui est laid ?

ETH. : – Tu fais l'enfant, Sophias !

SO. : – Une action conforme au bien est donc aussi une belle action?

ETH. : – Bien sûr, le contraire serait étrange !

SO. : – De deux choses que l'on dit belles, laquelle sera supérieure à l'autre, et par tant la plus belle ; celle qui sera occasionnellement belle, ou belle en tout temps ?

ETH. : – Que veux-tu dire ?

SO. : – De deux statues identiques dont l'une a été sculptée dans le marbre le plus dur et l'autre modelée dans l'argile plastique, laquelle sera la plus belle?

ETH. : – Tu as bien dit que les deux statues étaient identiques ?

SO. : – En tout point !

ETH. : – Je les dirai donc aussi belles l'une que l'autre !

SO. : – Les trouveras-tu toujours pareillement belles lorsqu'après quelque intempérie, pluie ou vent, la statue d'argile commencera à s'éroder et que celle de marbre restera identique à elle-même ?

ETH. : – Non, bien sûr !

SO. : – En sorte qu'il faut à une statue être belle maintenant et toujours pour être vraiment belle.

ETH. : – Je te l'accorde.

SO. : – Pour réaliser laquelle de ces deux statues le sculpteur a-t-il le plus peiné ? Celle de marbre, tu en conviendras ?

ETH. : – Certainement. Mais nous sommes à nouveau bien loin de l'homme moral !

SO. : – En es-tu sûr ? Tu as dit toi-même que le bien était beau et le beau, bien ; es-tu toujours d'accord ?

ETH. : – Oui.

SO. : – Alors, s'il est difficile de faire le beau, il est aussi difficile de faire le bien ; et plus la contrainte sera grande, plus l’œuvre ou l'action seront belles et bonnes, comme par réaction. L'athlète le plus fort et le plus admiré est celui qui, soulevant le plus gros poids, est capable du plus grand effort. Et l'homme moral est d'autant plus digne d'éloge qu'il surmonte un grand nombre d'obstacles dans la recherche du bien.

ETH. : – C'est la vérité ; mais tu empruntes bien des détours.

SO. : – C'est précisément que la connaissance de la vérité n'est pas si simple ! L'homme moral sera donc celui qui, outre la connaissance du bien, saura s'armer de courage pour l'appliquer, ne reculant devant aucune difficulté.

ETH. : – C'est juste.

 

 

5 : Le sage philosophe doit connaître le bien.

 

SO. : – Et du philosophe que Stésiphos ne semble pas particulièrement porter dans son cœur ; qu'en penses-tu toi-même ?

ETH. : – La même chose que lui : c'est l'homme qui communique le trouble de son esprit à tous ceux qui l'écoutent. Et il fait bien, si tu veux m'en croire, de rester à l'écart des affaires de la cité !

SO. : – Tu es bien sévère à son égard, Ethikomène. Le philosophe n'est-il pas celui qui, comme son nom l'indique, aime la sagesse ?

ETH. : – Sans doute.

SO. : – Et pour l'aimer, ne faut-il pas savoir ce qu'elle est ou tout au moins en avoir quelque idée ?

ETH. : – Ma fois oui ; mais où veux-tu en venir ?

SO. : – Je veux simplement essayer de savoir avec ton aide qui est l'homme sage ; de même que nous avons tenté de connaître de plus près l'homme moral.

ETH. : – Soit !

SO. : La sagesse est-elle la science qui a pour objet la souffrance, la douleur, la faiblesse et la lâcheté ?

ETH. : – Tu te moques de moi, Sophias !

SO. : – Réponds-moi plutôt : a-t-elle pour objet la connaissance de ces choses que l'on regroupe habituellement sous le terme plus général de mal ?

ETH. : Non bien sûr ! Ce serait plutôt le contraire.

SO. : – c'est donc la science du courage, de la force, en un mot, du bien.

ETH. : – C'est évident.

 

 

6 Il n'y a qu'un seul bien.

 

SO. : – Hé ! Ne vois-tu pas ce que je vois ?

ETH. : – Quoi donc ?

SO. : – Peut-il y avoir deux biens à connaître ?

ETH. : – Je ne comprends pas ta question, Sophias.

SO. : – Le bien est-il semblable à lui-même ou différent ?

ETH. : – Mais pas Zeus ! je ne sais pas ce que tu veux dire !

SO. : – Le non-bien peut-il être le bien ?

ETH. : – Tu t'amuses à faire l'ignorant, Sophias !

SO. : – Il n'y a donc qu'un seul bien ?

ETH. : – Hé ! absolument.

 

 

 

7 CONCLUSION :

L'homme moral doit être sage et l'homme sage est forcément moral.

 

SO. : – N'avons nous pas dit tout à l'heure que l'homme moral possédait la connaissance du bien ?

ETH. : – Oui.

SO. : – Ne disons-nous pas à présent la même chose du sage ?

ETH. : -- Je le crois bien.

SO. : – Et nous venons de dire à l'instant qu'il n'y a qu'un seul bien.

ETH. : – En effet.

SO. : – C'est donc le même bien que doivent connaître l'homme moral et le sage.

ETH. : – C'est tout a fait la vérité, Sophias ; et c'est bien pour cela que l'homme moral est supérieur : il a non seulement la connaissance, comme l'homme sage, mais en plus, par sa vertu d'homme moral, il a la puissance d'agir !

SO. : – Ne claironne pas ta victoire, Ethikomène ; garde un peu de pitié pour le vieil homme que je suis ! Et prenons surtout garde de ne pas brûler les étapes de notre recherche. Il nous faut encore éclaircir un point.

ETH. : – Parle, Sophias !

SO. : – N'y a-t-il pas dans le bien, lorsqu'on le connaît, un impératif qui nous force à lui obéir ?

ETH. : – Qu'entends-tu par là ?

SO. : – Connaître le bien c'est savoir que le bien est meilleur que le mal.

ETH. : – Sans contredit.

SO. : – Et qu'il est de loin préférable.

ETH. : – Oui.

SO. : – Celui qui préfère le bien agira-t-il en vue du mal ?

ETH. : – Pas du tout !

SO. : – L'homme sage agira donc en vue du bien.

ETH. : – C'est évident !

SO. : – Et celui qui agit en vue du bien n'est-ce pas celui-là même que nous appelions tout à l'heure l'homme moral ?

ETH. : – Je ne sais comment cela se fait, Sophias ; mais il me semble que tu as raison.

SO. : – Il te semble seulement ou tu en es-tu tout à fait sûr ?

ETH. : – J'en suis sûr.

SO. : – Ne vois-tu donc toujours pas ce que je vois ?

ETH. : – Quoi donc ?

SO. : – Que si l'on en croit ce que nous venons de dire, l'homme moral et le sage ne sont qu'un seul et même homme.

ETH. : – Tu as raison.

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Membre, Mr.Préfait, 44ans Posté(e)
Mak Marceau Membre 7 062 messages
44ans‚ Mr.Préfait,
Posté(e)

Impressionnant comme mot quand même.

Pour la question, je me souviens plus ce qu'est de la moral. Et ChatGPT me donne autre chose que j'avais découvert.

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Membre, 2ans Posté(e)
Engardin Membre 2 492 messages
Maitre des forums‚ 2ans‚
Posté(e)
Il y a 2 heures, Phylou a dit :

L'IA "pense" que ce mot à à voir avec Éthiopiens.

https://share.google/aimode/Sj8n946FBZ4uLwrZn

 

Quelle con cette IA

:laugh: 

Tu as compris que j'avais inventé des noms en fonction de leur rôle : Sophias, depuis "sophia" (la sagesse) un genre de nouveau Socrate !  et Ethikomène depuis "éthique" qui défend l'éthique (ou la morale)... 

A l'époque, j'avais lu tout Platon et je m'en souvenais encore  (:laugh:) j'étais chaud, chaud  ! Mon idée c'était (dans l'esprit de Platon) que le bien, le beau, le grand, tout ça c'était la même chose !... et un peu une sorte de mépris du monde matériel, du monde réel ... Genre la statue en argile, ça vaut rien ! :mur:  Et moi, je suis potier comme aurait dit Cézanne ! ("Moi aussi je suis peintre !")

Vous voulez pas rire, vous ? 

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Membre, 2ans Posté(e)
Engardin Membre 2 492 messages
Maitre des forums‚ 2ans‚
Posté(e)
Il y a 2 heures, Talon 1 a dit :

Dialectique socratique.

Le bien n'est pas une valeur commune. 

Mais une valeur universelle ! :laugh:

Là je reste socratique ! Ou plutôt platonicien ...

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Membre, 70ans Posté(e)
Phylou Membre 15 082 messages
Maitre des forums‚ 70ans‚
Posté(e)
Il y a 1 heure, Engardin a dit :

Vous voulez pas rire, vous ? 

Bien entendu, c'est pratiquement la seule chose qui nous aide à supporter le monde 

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