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Annalevine

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À propos de Annalevine

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    Forumeur alchimiste
  • Date de naissance 02/01/1947

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  1. Quand je lis les commentaires sur la pensée de Heidegger tous partent de ce constat. Dans les années 30 les Allemands sont dans l’urgence : leur sentiment est qu’ils vont disparaître d’une manière imminente, en tant que civilisation particulière. C’est l’angoisse, l’idée d’une destruction proche menée sur trois fronts : à l’ouest les Américains et leur économie triomphante, à l’est les Russes et leur bolchevisme implacable, à l’intérieur du pays les forces représentantes des empires naissants de l’impérialisme capitaliste américain et de l’impérialisme bolchevique russe. C’est l’angoisse à son paroxysme. L’idée d’une extinction possible de leur culture, de leur identité culturelle, l’idée même que le mot « identité » lui-même est menacé de destruction. Le mot « identité » lui-même est en voie d’être anéanti par les idéologies naissantes triomphantes de l’ouest et de l’est. La réaction de Heidegger est la recherche de l’Etre . L’Etre est le pilier de l’identité allemande pour lui. L’Etre est à chercher dans les origines, chez les Grecs. Mais Heidegger n’a pas le temps de partir à la recherche de l’Etre. Trop tard, la catastrophe est déjà là. Les computers, les scientifiques, la technique, la raison analytique destructrice de la pensée globale, holiste, spatiale est déjà à l’œuvre : les étants sont arrachés à l’Etre. Le déracinement est déjà en cours. Il n’y plus d’Etre il n’y a plus que des étants. C’est la chute. Le monde est une cascade d’étants, une avalanche, une brisure innombrable ... Je sens que Heidegger a raison de dénoncer l’arrachement des étants à l’Etre, mais là où il me stupéfie c’est qu’il rend les Juifs responsables de cette catastrophe ! Pour le coup les Juifs tiennent, dans cette catastrophe, réelle, le rôle facile de boucs émissaires.
  2. Quand, à Moscou, l’Hébreu et le Russe, ensemble étudient ma dernière leçon de maths et prennent conscience que cette leçon leur délivre un savoir qui, comme ils disent, n’est pas même contenu dans les livres, quand je les sens ivres de ce savoir acquis, quand ils s’écrient « nous sommes des tueurs » alors qu’ils sont déjà les meilleurs du lycée, mon plaisir n’est pas d’être reconnu par eux, comme le pense mon épouse, mon plaisir est qu’ils S’APPROPRIENT mon savoir. Ainsi mon individualité se dissout lentement dans leur vie, je peux mourir, j’ai transmis.
  3. Les Allemands savaient depuis longtemps qu’il existait deux modes, deux façons de penser. Peut-être ne se rendaient-ils pas compte que ces deux modes existaient dans le même individu. Les Hébreux le savaient aussi, les Grecs aussi, les Asiatiques aussi. Mais il me semble que ces peuples voyaient ces deux modes campés par des individus différents au sein même de leur population. Ils ne voyaient pas que le même individu pouvait réunir en lui les deux modes principaux de penser. L’exception, c’est-à-dire ceux qui ne savaient pas, sont les peuples issus du christianisme et de l’islam. Ces peuples-là fonctionnaient avec l’idée qu’il existe une unité de penser, un seul mode de penser. C’est là, la grande communauté de penser des chrétiens et des musulmans. Mais aussi des peuples issus de ces deux religions qui, même quand ils deviennent athées restent conditionnés dans leur vision univoque du fonctionnement du penser. Leur conditionnement n’a même plus besoin de Dieu pour se perpétuer. L’aliénation de ces peuples est au comble. Il est moins marqué tout de même chez les Réformés mais il reste marqué chez les catholiques et chez les descendants athées des catholiques. Chez les Réformés c’est différent tout de même. En se révoltant contre l’autoritarisme des Papistes ils ont inauguré une autre façon de penser, ouverte à la multiplicité du penser. Ce sont eux qui ont inventé la démocratie pas les Français. Des 1620 les Quakers par exemple diffusèrent dans la Nouvelle Angleterre le principe de la multiplicité du penser, 160 ans avant la révolution.
  4. Heidegger perçoit bien les deux formes de pensée. Dans son texte de 1959, Sérénité, il écrit : « La pensée qui calcule ne s’arrête jamais, ne rentre pas en elle-même. Elle n’est pas une pensée méditante, une pensée à la poursuite du sens qui prévaut en tout ce qui est. Il y ainsi deux sortes de pensée, dont chacune est à la fois légitime et nécessaire : la pensée qui calcule et la pensée qui médite. Or c’est cette seconde sorte de pensée que nous avons en vue lorsque nous disons que l’homme est en fuite devant la pensée » L’homme, l’homme scientifique pour Heidegger ou plutôt l’homme « technique » pour lui, le « technicien », l’ingénieur en somme, est justement celui-là qui fuit devant la « pensée ». L’homme scientifique est celui qui calcule, qui compte, qui mesure, qui ne s’intéresse pas au sens. Cette pensée est aussi aujourd’hui celle du philosophe qui calque sa pensée sur la rationalité du scientifique. Heidegger finit par accorder le vocable « pensée » à l’autre pensée, la pensée méditante c’est-à-dire à la pensée non verbale, laquelle si j’en crois Sperry n’est pas pour autant aussi méditante que ce qu’en pense Heidegger. Ce n’est pas parce qu’elle ne possède pas le verbe qu’elle est forcément méditante. La pensée qui calcule est la pensée « technique », c’est aussi la pensée verbale, celle qu’en France nos savants tiennent pour la seule existante ( l’autre pensée pour eux est inconsciente, animale, bref c’est de la merde ou c’est une pensée inutile). Je comprends la révolte de Heidegger contre la technique dont l’esprit règne en tyran sur la totalité des potentiels de pensée. Pour le technicien, ils abondent sur le forum, la pensée non technicienne est ravalée dans la case : inconscient, instinct, automatisme etc. Beurk. Bon d’accord. Mais pourquoi rend-il les Juifs responsables de la tyrannie imbécile des techniciens ? Comme si sciemment, intelligemment, les Juifs étaient responsables de l’aveuglement des scientifiques. De toute façon les deux modes de penser coexistent en tout individu. Toute la question c’est : quel rapport parvenons-nous à établir entre les deux modes de penser et comment arrivons-nous à une synthèse et non à choisir la tyrannie d’une pensée contre l’autre ?
  5. Je bifurque de la question juive vers la question philosophique. »Abraham et les Juifs, nous dit Hegel, inventent une opération singulière : la séparation et la coupure entre le fini et l’infini, le transcendant et l’immanent, la différence et l’identité, le rationnel et le sensible « ( Gérard Bensussan, la règle du jeu, numéros 58 59). Ce reproche fait aux Juifs est surprenant. Car aujourd’hui nous savons ( enfin les Francais ne le savent pas car leur pensée s’est arrêtée aux année 50, depuis ils ne s’informent plus) donc je dis que c’est surprenant car nous savons qu’effectivement notre pensée est multiple. Nous ne pensons pas de la même manière avec notre hémisphère droit ou avec notre hemisphere gauche. La division est réelle. Les Juifs n’ont pas fabriqué cette multiplicité. Ils l’ont révélée. La question, et Hegel a bien sûr raison sur ce point : comment réaliser l’unité ? Par un dépassement, par la lutte permanente de la dialectique selon lui. Mais peut-on reprocher aux Juifs une différenciation confirmée deux cents ans plus tard par les prix Nobel américains récents ?
  6. Citer Nietzsche dans un sujet qui s’interroge sur l’antisémitisme ne manque pas de sel. Sinon je reste surpris, en approfondissant la pensée allemande, et sa philosophie, son idéalisme, par la permanence de son attaque contre le judaïsme. Je n’avais pas perçu cette récurrence car il arrive la plupart du temps que l’attaque porte contre le christianisme ( Nietzsche ). Il fallait que je fusse aveugle pour ne pas m’apercevoir que chez Nietzsche, Hegel et Heidegger l’attaque contre le christianisme est aussi et d’abord une attaque contre le judaïsme. Le christianisme est anti judaïque, l’idéalisme allemand est antisémite, nuance, énorme nuance. Il faudrait essayer de comprendre l’antisémitisme allemand en comprenant que cet antisémitisme est d’abord une révolte contre le christianisme. Bref tout cela exige une enquête historique. En relisant Heidegger je me rends compte que les juifs sont surtout des boucs émissaires. La révolte de Heidegger porte sur l’advenue d’une civilisation du calcul comme il dit, du « comptable », du mesurable, une révolte contre la technique et donc une révolte contre la science telle qu’elle s’applique au quotidien. Pourquoi pas d’ailleurs, je communie avec sa révolte, mais qu’il rende les juifs responsables de ce génie du « calcul » m’étonne. Il me semble qu’il devrait s’en prendre à l’idéologie dominante de son époque et de la nôtre ( le despotisme de la raison calculante ) laquelle idéologie ne me paraît pas être le fait du judaïsme.
  7. Bien sûr je m’énerve pour rien. Après tout que quelques personnes choisissent de vivre et de mourir dans une vision étriquée du monde pourquoi pas ? Ce qui m’agace c’est quand je vois combien cette pensée étriquée, rationnelle, raisonnée, entravent le développement de nos enfants. Il faut souvent râler contre ces gens qui ne fonctionnent que sur une jambe et qui tendent sans qu’ils s’en rendent compte à mutiler les enfants. Il faut souvent réconforter les jeunes, leur dire : oui votre imaginaire est créateur, oui vous avez raison de tenter de tout imaginer. Bon d’un autre côté ceux qui se produisent ici n’ont heureusement pas de pouvoir de nuisance sur la générosité d’esprit de nos petits. Donc laissons les dans leur pré carré.
  8. Ce qui est étonnant c’est que, si j’analyse la pensée des intervenants, elle est totalement conforme au descriptif du mode de fonctionnement de l’hémisphère gauche. Séquentiel, analytique, progressif, temporel, déterministe, matérialiste, bref c’est presque un cas d’école. Mais ce qui m’étonne c’est que ces gens, totalement matérialistes, ne font aucune relation entre le fonctionnement cérébral et leur pensée. Ils sont matérialistes mais ils nient toute corrélation entre cerveau et pensée. Or il s’avère que le cerveau est infiniment plus complexe qu’on ne le croit, et que la pensée matérialiste ici développée correspond aux seules facultés cognitives d’un seul continent cérébral. Ils n’ont même pas la prudence de se dire : Peut être sommes nous plus complexes que cet être que nous choisissons d’être. Ils sont matérialistes mais nient la possible excroissance neurorale de leur pensée matérialiste. À travers leur pensée résolument unique, volontairement unique, nous voyons aussi le mal de notre siècle : cette outrance dans la simplification de la pensée. Cette aliénation des autres modes de pensée qui, physiquement, conduit au dépérissement réel de leur cerveau (comme si la nature au fond s’était égarée en donnant plusieurs façons de connaître ) appauvrit l’être humain et précipite dans le nihilisme. Bien sûr il y a les jeunes, les enfants, qui eux ne sont pas invalides ni mutilés, qui nous remettent dans le chemin de la complexité ( quand on a la générosité de s’occuper d’enfants et de leur donner notre temps) le chemin de l’irrationnel, de l’imaginaire ouf ! Et là je me dis heureusement que la mort existe qui débarrasse sans cesse le plancher de ceux qui ont choisi de vivre en mutilés.
  9. Quand je lis ça je vois à quel point nous sommes, en France, conditionnés par la vision cartésienne du monde. La personne qui parle ne sait pas qu’elle fait uniquement fonctionner son cerveau gauche. Elle ne sait pas que l’esprit humain ou le cerveau est bien plus complexe. Cette personne ne connaît que l’activité analytique cérébrale. Si nous faisions une IRM de son cerveau seul un hémisphère s’allumerait. Cette personne tend à tout subordonner à la seule vision « algébrique » du monde. Elle ne sait pas que l’esprit ou le cerveau est multiple et non pas unifié. Par son ignorance de la multiplicité des façons de « connaître » elle frise la caricature. Je vois aussi qu’il y a une incapacité à apprendre, à s’ouvrir aux idées nouvelles. Une incapacité à s’ouvrir à toutes les découvertes faites sur le fonctionnement multiple du cerveau. Je vois là le triomphe de l’esprit « scientifique » certes nécessaire mais très loin d’être suffisant ni capable d’appréhender seul le monde et sa complexité. Je retrouve cette confusion étonnante entre modèle mathématique et réalité . Cette croyance ou plutôt cet aveuglement à confondre modèle mathématique et réalité. Le temps et l’espace dont il est parlé ici sont ceux de modèles uniquement propres à agir sur le matériel, le plus basique, celui des particules et des ondes. Qui plus est il s’agit d’un temps et d’un espace appliqués au monde inanimé. Il y a cette aliénation du profane ou du technicien qui étend au monde vivant les modèles du monde inanimé. Il y a cette croyance que tout est réductible aux parties. Et cette incapacité de saisir que les parties dans leur relations et intégrations engendrent des mondes qui sont au delà des simples parties. Bref à lire épixes je lis l’exacte description de l’hémisphère gauche du cerveau. La pensée unique des Francais étouffe les autres pensées cérébrales. À force de mépriser les chercheurs qui s’expriment en anglais les Français ne développent plus qu’une pensée caricaturale, celle d’un seul continent cérébral alors que le cerveau n’est pas fait d’un seul continent mais de multiples continents. Mais ils ne savent même pas qu’il y a plusieurs consciences, plusieurs façons d’appréhender le monde, façons multiples qui conduisent le penseur complexe à saisir qu’il y a aussi une pluralité de mondes. C’est la capacité à saisir la pluralité des mondes, la capacité à comprendre par exemple que le temps mathématique n’est pas le temps du vivant, c’est cette capacité à saisir cette pluralité qui conduit certains d’entre nous à sans cesse être en mouvement, en synthèse, en recherche. La création est toujours actuelle, le monde est sans cesse en création mais ce que j’écris là est hors de portée du petit Français qui reste rivé a son dieu raison et à sa prison régie par la règle de la causalité.
  10. Si je vais jusqu’au bout de l’idéalisme, au fond est ce que Groenland existe ? Est ce que Fraction existe ? Est ce que le forum existe ? Et s’ils existent, est ce que leur existence ne procède pas de ma puissance créatrice ? Ainsi j’engendre tous les personnages du forum. Cette hypothèse il est nécessaire de la prendre au sérieux. Je me rends compte en lisant Fraction, que Fraction est engendré par moi. C’est fascinant le forum, je m’y engendre moi même.
  11. Dans cette définition de l’idéalisme et du réalisme nous avons déjà un problème : qu’est ce que l’Idée ? Pour ma part je préfère cette définition donnée par Jean Beauffret, dans son étude du poème de Parménide (quadrige/puf) page 56 : « Les mots Idéalisme et Réalisme sont parmi les plus dangereux du langage en raison de la multiplicité de leurs acceptions possibles. Il semble cependant entendu en philosophie que l’on nommera réaliste toute doctrine déterminant la connaissance à partir de son « objet » interprété lui-même comme « existant » réellement hors de la pensée, c’est-à-dire indépendamment d’elle, et que l’idéalisme affirmera au contraire que ce que le sens commun tient pour chose réelle n’est cependant ce qu’il est que par la pensée et en elle ». Je vous laisse tous cogiter.
  12. Éduqués, devenus serviles d’un système au sein duquel les puissants savent les acheter, bardés de savoirs analytiques dont ils usent, sans le savoir, pour séparer et réduire, étendant leurs compétences adaptées aux choses jusqu’au domaine vivant, qu’ils détruisent, les scientifiques avancent, armée de soumis au service de la finance. À vrai dire ils sont en effet irresponsables et seuls sont responsables ceux qui les emploient. Mais quand un esclave, les yeux crevés, me regarde et balbutie des savoirs fossilisés depuis des lustres dans des domaines dont la connaissance dépend de l’expérience vécue et non de savoirs livresques, quand un électricien soudain se met à parler d’inconscient, alors je ris de cet esclave savant.
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