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tison2feu

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Tout ce qui a été posté par tison2feu

  1. Je te remercie, Garalacass, de m'avoir fait découvrir non pas Demoule mais ce spécialiste de la reconstruction du proto-chinois Laurent Sagart, qui mentionne lui aussi l'importance desdites règles de correspondance phonétiques en linguistique comparée (A noter que Demoule n'y consacre qu'une seule ligne dans son ouvrage de 750 pages...). C'est toujours émouvant de mettre un visage sur une personne que l'on est amené à lire et à apprécier. Voilà pour le petit aparté, puisque comme toi (ou Deja-utilise), je ne faisais que passer afin de répondre au mieux à contrexemple. Je regrette un peu de ne pas avoir pu donner davantage de précision sur le berbère chleu et l'arabe au Maroc, même si j'entrevois l'extrême difficulté qu'il doit y avoir à appréhender la question brûlante des emprunts. Les spécialistes de ces langues auront reconstruit d'abord un proto-berbère et un proto-sémitique sans lesquels il aurait été impossible de reconstruire un proto-afroasiatique. Parmi les grands spécialistes du proto-afroasiatique figurent A. Yu. Militarev and O. V. Stolbova. qui ont contribué à la reconstruction de 2671 racines proto-afroasiatiques (Au cas où cela pourrait intéresser contrexemple, cf. le site http://starling.rinet.ru/cgi-bin/response.cgi?root=config&morpho=0&basename=\data\semham\afaset&first=1 ). Et si je me suis étendu un peu sur le proto-afrosiatique, c'est parce que se posent, exactement comme pour le proto-indoeuropéen, les mêmes problèmes de méthodologie pour une approche pluridisciplinaire (Encore un article qui pourrait intéresser contrexemple : https://journals.openedition.org/bmsap/564?lang=en ).
  2. Bonjour, Voilà une question on ne peut plus pertinente. Pour ce qui est de la comparaison du lexique de deux langues apparentées, on dit que deux termes sont en correspondance quand ils sont issus, par une série de changements phonétiques réguliers, d'un même étymon de la langue mère. Ainsi, le latin quis et le grec tis sont issus d'un radical tiré de la racine indo-européenne *kwis; ils sont en correspondance. Le linguiste comparatiste a découvert ainsi une correspondance régulière entre le son QW latin et le son T grec, et cette correspondance s'applique pour tous les mots latins commençant par QW et tous les mots grecs commençant par un T. C'est ce qu'il sera convenu d'appeler une règle de correspondance consonantique. L'étude comparée des langues indo-européennes a donc permis de mettre en lumière une multitude de règles de correspondance consonantiques et vocaliques (pour se faire une idée, cf. le tableau de ces correspondances phonétiques dans les langues indo-européenes figurant dans l'article Wikipedia consacré à l'indo-européen commun: https://fr.wikipedia.org/wiki/Indo-européen_commun#Méthode ). Ces règles de correspondance phonétiques sont accompagnées de nombreux ajustements en fonction de divers critères (place de la consonne ou de la voyelle dans le mot, rôle de l'accent tonique, harmonie vocalique, tons dans le cas de langues à tons, etc.) nécessitant l'élaboration de nouvelles lois phonétiques (Cf. liste dans l'article supra). De plus, ces correspondances phonétiques ne sont valables que durant une période de temps bien précise, au moment de la formation des langues en question. Ces règles de correspondance ne s'appliquent pas dans le cas d'emprunt lexical. Par exemple, le son K du latin vulgaire a évolué en CH français (Latin canis --> français chien). Mais tu as en français le mot canin qui a conservé le son initial du latin; ce mot, ou doublet lexical, est un emprunt récent dans l'histoire de la langue française, apparu au XVe s. sous l'influence des progrès scientifiques et de l'humanisme érudit. La mise en lumière de ces règles de correspondance phonétiques vaut pour toutes les grandes familles linguistiques à travers le monde, permettant de reconstituer des proto-langues qui font elles mêmes l'objet de comparaisons. Chacune de ces proto-langues (afro-asiatique, bantou, sino-tibétain, ouralien, altaïque, etc.) sont des constructions basées à partir de faits de langues, et n'ont donc absolument rien à voir avec des mythes.
  3. tison2feu

    ça pousse chez vous ?

    Une graine de palmier a atterri dans le jardin. Naissance d'une feuille palmée. Grâce à la bonne chaleur (et à l'eau du forage), le bananier a fait un petit ! Plantes grasses toutes frisées !
  4. tison2feu

    Concept et Idée

    Bonsoir, J'ai du mal à saisir en quoi les attributs de l'espace temps de la RG modifie l'esprit du raisonnement global tenu par Kant dans l'extrait cité (réflexion sur l'immensité de l'univers et sur l'universalisme de la morale). Ces attributs de l'espace temps de la RG me donne tout autant une sensation de finitude. Que la vision cosmique de Kant ait été réfutée, soit ! Mais ce qui importe, dans l'extrait en question, est cette prise de conscience de la place insignifiante de l'homme dans l'univers. Et je trouve le raisonnement tenu par Kant - avec ses enchaînements logiques, et notamment sa réflexion morale qui en découle - d'autant plus admirable que ce raisonnement pourrait être tenu aussi bien par un athée, un agnostique ou un croyant.
  5. tison2feu

    Concept et Idée

    Bonjour, Lorsque Kant écrit "le ciel étoilé au-dessus de ma tête", il parle au premier degré, au sens propre et non figuré. Il veut dire simplement qu'en regardant de façon sensible ce ciel/ce monde infini, il prend conscience de sa finitude, de la petitesse de la place qu'il occupe dans le monde. Rien à voir avec le regard symbolique d'un père autoritaire qui punirait ou récompenserait, d'autant que celui qui agirait à la seule fin d'être récompensé - donc de façon intéressée - aurait, dans l'optique kantienne, une conduite on ne peut plus immorale. «Deux choses remplissent le cœur d'une admiration et d'une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes, à mesure que la réflexion s'y attache et s'y applique : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi. Ces deux choses, je les vois devant moi, et je les rattache immédiatement à la conscience de mon existence. La première commence à la place que j'occupe dans le monde extérieur des sens, et étend la connexion où je me trouve à l'espace immense, avec des mondes au-delà des mondes et des systèmes de systèmes, et, en outre, aux temps illimités de leur mouvement périodique, de leur commencement et de leur durée. La seconde commence à mon invisible moi, à ma personnalité, et me représente dans un monde qui possède une infinitude véritable, mais qui n'est accessible qu'à l'entendement, et avec lequel je me reconnais lié par une connexion universelle et nécessaire. La première vision anéantit pour ainsi dire mon importance, en tant que je suis une créature animale, qui doit restituer la matière dont elle fut formée à la planète, après avoir été douée de force vitale pendant un court laps de temps. La deuxième vision, au contraire, rehausse ma valeur, comme intelligence, par ma personnalité dans laquelle la loi morale me révèle une vie indépendante de l'animalité, et même de tout le monde sensible» (Critique de la raison pratique).
  6. tison2feu

    La langue d'oc

    Plus j'écoute ta musique sur ce poème d'Arnaut Daniel, et plus je tombe sous le charme. Cela vaut la peine de cliquer sur ce lien si discret mais si riche de sentiment.
  7. tison2feu

    La langue d'oc

    Oui, cela serait intéressant de comparer avec ta chanson ! Ci-dessous la video en question :
  8. tison2feu

    La langue d'oc

    Très bonne initiative que d'avoir souligné les mots qui posent difficulté pour un locuteur provençal. Cela permet de conclure que, en dépit de quelques particularismes ou termes tombés en désuétude, les parlers d'oc constituent néanmoins, depuis plus de 1000 ans, un vaste continuum linguistique - permettant l'inter-compréhension - aussi bien dans l'espace que dans le temps. C'est vraiment remarquable que tu puisses traduire à partir de ta langue natale ce chant du périgourdin Arnaut Daniel. Pourrions-nous traduire avec la même aisance un poème écrit il y a mille ans en langue d'oïl à partir de notre langue "française"? Assurément pas! J'ai trouvé sur Youtube ce poème d'Arnaut Daniel mis en chanson, avec traduction par le romaniste Pierre Bec (qui parlait gascon): http://www.trobar-aquitaine.org/fr/troubadours-jongleurs/arnaut-daniel/174-troubadours-et-jongleurs/arnaut-daniel/les-cancons/336-en-cest-sonet-coind-e-ler A propos du vers "qu'Amors marves plan'e daura", P. Bec traduit "marves" par "sans hésiter". J'ai trouvé une autre traduction de ce vers par Gérard Gros dans une anthologie littéraire: "L'amour à l'instant polit et dore (ma chanson)..." https://edisciplinas.usp.br/pluginfile.php/3705408/mod_resource/content/1/Lyrisme_HFL.pdf Dans le dictionnaire d'Honnorat, "marves" est traduit par "immédiatement, promptement, sur le champ".
  9. tison2feu

    ça pousse chez vous ?

    Le bananier continue de faire des feuilles environ tous les 10 jours grâce à l'eau du forage et à la chaleur (les températures continuant ici d'avoisiner les 30° dans la journée). A sa sortie, la nouvelle feuille se présente comme un majestueux rouleau vertical très serré. Un jour peut-être, la nouvelle feuille sera remplacée par une inflorescence et un régime de bananes !
  10. tison2feu

    Les oiseaux de nos jardins

    Ce matin, l'une des tourterelles farfouillait au milieu des feuilles et racines de violettes !
  11. tison2feu

    La langue d'oc

    L'homo inginous (homme ingénieux) du sonnet de Bellaud m'a fait penser aussi à la littérature picaresque qui est en train d'éclore en Espagne à la même époque. Ingéniosité, ruse, débrouillardise, bon sens populaire, ironie, sens critique, verdeur de langage - même si Bellaud diffère du pícaro par sa grande culture -, autant de valeurs et qualités qui transparaissent à la seule lecture des sonnets proposés par toi. Ces valeurs REALISTES contrastent du tout au tout avec l'IDEALISME platonicien, le juste milieu aristotélicien, l'esprit chevaleresque et les vertus chrétiennes. On assiste partout en Europe à un décentrement du juste milieu, de cette mesura (la juste mesure), faite de modération, retenue, respect, indulgence, honneur, loyauté, courage - le juste milieu aristotélicien ayant été entièrement réfuté, un siècle auparavant, par l'humaniste italien Lorenzo Valla.
  12. tison2feu

    ça pousse chez vous ?

    Avec modération, il va sans dire! Comme le plant de verveine citronnée est encore très fourni en grosses feuilles, je vais préparer un nouveau litre !! (pour l'offrir cette fois).
  13. tison2feu

    ça pousse chez vous ?

    Un petit tour de jardin : fleur de sauge, campanules, dernières fleurs de Jacobinia carnea (ou Justicia carnea), et du raisin bien mûr.
  14. tison2feu

    ça pousse chez vous ?

    En tout cas merci Ines pour cette recette que j'ai suivie le mois dernier. Après filtrage, j'ai dégusté le doux nectar (40° quand même !) et le résultat est au-delà de toute espérance. Une saveur de menthe très forte, mais en plus savoureux encore ! Tu es la reine des chanoinesses !
  15. tison2feu

    La langue d'oc

    Quel chamboulement en l'espace de trois siècles! Ce poème de Bellaud est le contrepied en tous points du Roman de Flamenca et autres chansons de l'époque. Foin des longues périodes de continence volontaire - propre à l'exaltation passionnelle dans l'amour courtois !
  16. tison2feu

    La langue d'oc

    On voit encore ici l'importance de la promesse ("si vous promettez"), tout à fait semblable au serment signalé plus haut. D'un côté, il doit jurer de ne pas outrepasser les droits qu'elle lui concèdera, et de l'autre ces droits concédés consistent à faire tout ce qu'elle voudra. Cela laisse à la dame une totale liberté de manoeuvre à commencer par le fait, pour elle, de rester libre de se donner ou pas le premier jour, ou même de refuser de se donner. C'est elle qui mène la danse de bout en bout !
  17. tison2feu

    La langue d'oc

    D'autant que le nom Flamenca est formé sur le mot occitan signifiant "flamme" ! Les droits que concédait l'amante au troubadour n'était pas exactement ceux du mari, mais c'était au bon vouloir de celle-ci. Elle pouvait pousser plus loin les choses et ne pas prodiguer seulement les caresses considérées comme permises lors de l'épreuve d'amour (baisar, tener, abrasar, manejar).
  18. tison2feu

    La langue d'oc

    Je n'ai pas de mal à imaginer cette compétition bien réelle entre troubadours. Mais finalement, le "meilleur" troubadour n'est-il pas celui qui, sans brûler les étapes, parvient à rencontrer sa dame en chair et en os (épreuve de l'amour) ? Et comme les dames sont nombreuses, cela fait de nombreux troubadours à pouvoir prétendre être les meilleurs! Si la dame a décidé d'agréer son amant en acceptant finalement de le rencontrer, c'est bien qu'il est le meilleur, à savoir le plus vertueux, c'est-à-dire le plus digne de confiance et le plus capable de respecter la parole donnée. Le Roman de Flamenca (moitié du XIIIe s.) est à cet égard très instructif. C'est la dame qui prend l'initiative de l'épreuve de l'amour, en conviant son amant à prendre place auprès d'elle, non sans lui avoir fait jurer qu'il n'outrepasserait pas les droits qu'elle lui concédait. Comme la dame est nue, l'amant aussi, et le lieu secret, nous imaginons aisément la dose d'héroïsme qu'il y a pour l'amant à respecter son serment (encore que, si l'émotion du coeur est trop forte et véritablement sincère, il est toujours possible que l'exaltation sexuelle ne soit pas toujours au rendez-vous dès la première rencontre).
  19. tison2feu

    La langue d'oc

    Ces deux vers m'ont intrigué et j'ai cherché à en connaître le contexte car nous savons que, dans les codes de l'amour courtois, obligation est faite au parfait amant de s'humilier devant sa dame, celui-ci devant se garder de tout orgueil. Or, en lisant les deux vers suivants, il me semble que Bernard de Ventadour s'en sort pas trop mal : que plus me tra·l cors vas amor e melhs sui faihz a so coman. Traduction trouvée : le coeur me tire plus vers l'amour / et je suis mieux fait à ses ordres. Le poète semble dire qu'il n'y a pas de quoi tirer vanité d'être le meilleur chanteur puisque son culte de la chanson idéalement belle n'est que l'expression de l'extrême raffinement de son sentiment amoureux !
  20. tison2feu

    La langue d'oc

    Salut Garalacass ! Oui, c'est tout à fait ça, l'ajout du violoncelle transcende littéralement ce morceau. Le résultat final obtenu par Blaquière et le violoncelliste est magnifique (Faut dire que le violoncelle me fait craquer systématiquement!).
  21. tison2feu

    Le Jardin Sauvage

    Ines Presso avait proposé une recette à base de feuilles de verveine citronnée + alcool de fruits + sucre à laisser macérer pendant un mois. C'est amusant que tu parles de cela, parce j'ai appliqué cette recette le mois dernier et le moment est bientôt venu de filtrer le tout ! Liqueur de verveine : - 60 grandes feuilles - 30 petits morceaux de sucre - 1 litre d'alcool de fruit - 30 jours de macération et on filtre.
  22. tison2feu

    La langue d'oc

    Je trouve néanmoins émouvante la tournure que prend la fin du poème. "Importer une nouvelle langue", cela signifie ni plus ni moins tuer la langue des ancêtres et ce faisant toute une culture qui l'accompagnait. Chaque mot provençal, par sa charge affective et culturelle, avait un je-ne-sais-quoi de sacré. Le remplacer par un mot étranger s'apparente à un sacrilège. Ce poème me fait penser à une longue agonie, un chemin de croix où humiliations et insultes ("arriérés") ne sont même pas épargnées au locuteur provençal qui voit, jour après jour, chaque mot de sa langue chérie remplacé par un mot vidé de sens affectif et culturel.
  23. tison2feu

    ça pousse chez vous ?

    Oui, d'ailleurs la géométrie et la symétrie ne facilitent-elles pas la reproduction de la vie, sa transmission ou sa mémorisation, comme la présence d'un refrain ou d'un même son dans la poésie ? Chaque plante est chargée d'une poésie silencieuse.
  24. NIGLO est un mot formé à partir de l'allemand IGEL "hérisson". En Espagne, les gitans ont un autre mot pour dire hérisson : MANCÓN, emprunté probablement au grec. L'étude des emprunts aux langues iraniennes, arméniennes, grecques, etc. ont permis de suivre presque pas à pas les pérégrinations des Tziganes depuis leur foyer de dispersion dans l'Inde du Nord-Ouest. Malgré ces emprunts, le vocabulaire tzigane est fondamentalement indien.
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